
Jadirov&Fils est une entreprise spécialisée dans la vente de blé basée à Solgrad, en Clovanie. Cette dernière est en effet un pays riche en champs et en plaines fertiles, dont les paysans ont peaufiné l'art de les cultiver depuis des siècles et des siècles. Mais la Clovanie est surtout une terre de marin. Cette appellation peut sonner comme un oxymore aux oreilles étrangères, mais sachez que, comme on le dit chez nous : « la mer se cultive ». Tous les pays du monde peuvent commander l'excellent blé Clovanien, qui leur sera livré dans les meilleures conditions grâce aux majestueux navires de Jadirov&Fils, conduits par des marins au savoir-faire unique.
N'importe quel acteur de la scène internationale peut passer commande auprès de Jadirov&Fils, en indiquant le nombre de tonnes de blé demandé ainsi que le type de blé dont il souhaite faire l'acquisition. Nos services se feront un plaisir de vous acheminer votre commande et de répondre à n'importe laquelle de vos demandes à propos de notre marchandise.
Nos tarifs :
Prix par tonne
- Blé du Bereg, fond de grenier : Qualité 1 : 0,5 points
- Blé du Bereg, fond de grenier : Qualité 1 : 0,2 points
- Blé du Bereg, bas de gamme : Qualité 1 : 1 point
- Blé du Bereg, très faible : Qualité 1 : 2 points
- Blé du Bereg, faible : Qualité 1 : 2,1 points
- Blé du Septentrion, faible : Qualité 1 : 3 points
- Blé du Septentrion, tendre : Qualité 1 : 6 points
- Blé du Septentrion, haute gamme : Qualité 1 : 17 points
- Blé des Polites, tendre : Qualité 1 : 35 points
- Blé de Yug, fond de grenier : Qualité 1 : 24 points
- Blé de Yug, faible qualité : Qualité 1 : 40 points
- Blé de Yug, blanc, faible qualité : Qualité 1 : 40
- Blé de Yug, dur : Qualité 1 : 30 points
- Blé de Yug, noir : Qualité 1 : 50 points
- Blé de Yug, blé de force : Qualité 1 : 70 points
- Blé de Yug, tendre : Qualité 1 : 100 points
- Blé de Legkibourg, dur : Qualité 1 : 70 points
- Blé de Legkibourg, blé de force : Qualité 1 : 78 points
- Blé de Legkibourg, tendre : Qualité 1 : 150 points
- Blé de l'Entre-Deux-Mers, bas de gamme : Qualité 1 : 160 points
- Blé de l'Entre-Deux-Mers, dur : Qualité 1 : 200 points
- Blé de l'Entre-Deux-Mers, tendre : Qualité 1 : 260 points
- Blé de l'Entre-Deux-Mers, noir : Qualité 1 : 350 points
Qualité 2 : 0,7 points
Qualité 2 : 0,3 points
Qualité 3 : 0,5 points
Qualité 4 : 0,7 points
Qualité 2 : 1,3 points
Qualité 3 : 1,6 points
Qualité 2 : 2,3 points
Qualité 2 : 5 points
Qualité 2 : 10 points
Qualité 3 : 12 points
Qualité 2 : 20 points
Qualité 3 : 24 points
Qualité 2 : 45 points
Qualité 2 : 28 points
Qualité 3 : 30 points
Qualité 2 : 50 points
Qualité 2 : 50
Qualité 2 : 90 points
Qualité 2 : 100 points
Qualité 2 : 245 points
Qualité 2 : 500 points
Cette inlassable activité binaire de marin et de paysan prenait tout le temps de Michel Jadirov. Il n'allait donc pas à l'école et n'était guère instruit. Il parlait peu, et les seuls mots qui sortaient de sa bouche formaient des phrases déconstruites, des demandes simples, il n'employait la langue Clovanienne que pour les choses les plus nécessaires, c'est-à-dire pour peu de choses. En revanche, c'était par ses gestes qu'il communiquait. Michel maniait la faux avec acharnement, plaçant dans chacun de ses mouvements les émotions qu'il n'arrivait pas à transcrire en mots. Lorsqu'il tirait les filets des bateaux, on pouvait percevoir dans les gestes rapides et appliqués de ses bras toutes ses joies, ses colères, toutes ses ambitions.
Un jour, lors d'une grande tempête en mer que personne n'avait prévue, un accident survint. Tout d'un coup, les éléments se déchaînèrent. Les vagues semblaient se révolter contre les cieux qui les avaient fait naître, s'élevant à des dizaines de mètres de haut. Les vents sifflaient de toutes leurs forces sur les visages paniqués des marins. Tout le monde se mit à courir sur l'embarcation, jusqu'au moment où celle-ci se souleva à la verticale, propulsant tout l'équipage à l'arrière du bateau. Michel, encore frêle comparé aux autres matelots, manqua alors de tomber par dessus bord. Les jambes propulsées dans le domaine déchaîné des flots, seule sa main droite le retenait au bastingage. Alors, son père, dans un élan d'héroïsme, se précipita pour le ramener sur le sol mouillé du bateau de pêche, et ceci en dépit de l'immense vague qui se préparait à déferler vers les corps agglutinés de l'équipage. Sauvant de justesse son fils unique qui avait depuis plusieurs secondes la moitié du corps dans le royaume de la mort, il subit à la seconde suivante la masse gigantesque d'eau salée, et la vague écumante semblait baver d'appétit, alléchée par cette proie facile. Tout de suite après, la tempête, comme rassasiée, se calma, et peu à peu, s'enfouit dans les abysses de l'océan. Michel, qui était toujours protégé par le solide panneau de bois derrière lequel l'avait jeté son père, rouvrit ses yeux inquiets pour les tourner vers les membres de l'équipage. Les marins, avec regard qui disait tout, le prirent dans leurs bras. On ne retrouva jamais le corps d'Alexander Jadirov.
Outre le désastre émotionnel causé par la mort du père de Michel, la disparition de ce dernier instaura une précarité financière dans la famille qui la plongea dans une pauvreté extême. Mais, avec une présence d'esprit et une inventivité qu'il prouva maintes autres fois dans sa carrière, Michel Jadirov prit l'initiative de monter sa propre affaire commerciale, liant ses deux grands talents : l'agriculture et la navigation. De nos jours, nous ne pouvons que regarder l'histoire de ce jeune garçon avec des yeux emplis d'admiration, et nous ne pouvons nous empêcher de voir en lui une sorte de réincarnation de l'âme de Clovan Ier, notre premier souverain et le fondateur de la Clovanie. Ce dernier avait su unifier marins et paysans pour combattre les pirates qui assaillaient la population de Legkibourg. Mais, après quatorze siècle de civilisation Clovanienne, aucun Clovanien, en réalité, n'avait véritablement su unifier ces deux entités dans sa seule personne. Personne, avant Michel Jadirov, Jadirov Ier, comme on le surnomme dans l'entreprise actuelle.
Comment unifier ces deux savoirs, nous demanderez-vous ? Michel cultivait le blé avec force un jour, décuplant ses capacités et produisant ainsi la même quantité qu'un paysan ordinaire n'en produirait en cinq jours de travail acharné. Puis, le jour suivant, il chargeait son blé dans son bateau et allait le vendre sur les côtes orientales de la Clovanie, là où les foyers avaient moins accès au blé. Ainsi, il proposait une marchandise exceptionnellement facile d'accès et d'une quantité remarquable. Sur le chemin du retour, il parvenait à pêcher de quoi nourrir sa mère pour le soir. Son travail était admirable, les marins qui le suivaient et les paysans qui le regardaient cultiver la terre Clovanienne s'ébahissaient un peu plus chaque jour, et sa renommée finit par atteindre un niveau national. On disait que son navire labourait les flots et que sa faux naviguait dans les blés. La vie du fils et de la mère s'améliora donc peu à peu, et le jour où sa mère trépassa, lorsqu'il avait atteint l'âge de 24 ans, Michel pouvait au moins se satisfaire de l'avoir rendue fière par son travail et de lui avoir offert une fin de vie plus que convenable.
Michel Jadirov commença donc à se faire connaître et nombre de concurrents tentèrent d'imiter ses méthodes sans parvenir à un tel degré de maîtrise des épis et de la mer. Bientôt, il décida de graver ses méthodes de commerce dans le marbre et fonda une véritable entreprise, en l'an de grâce 1928. Celle-ci gagna un rapide succès et Jadirov desservit en quelques années tous les environs de la ville de Solgrad. En 1932, Jadirov comptait déjà 300 marins à son service, tous plus aguerris les uns que les autres. Michel Jadirov leur donnait les clés pour mener à bien ses ambitieux objectifs, mais conservait le secret de son savoir-faire pour son fils. En effet, Michel donna à son entreprise une vocation familiale en nommant son fils Victor vice patron l'enseigne dès la majorité de celui-ci. Ainsi, lorsque Michel mourut à l'âge de 46 ans, Victor prit le relais. L'entreprise Jadirov&Fils comptait alors plus de 400 employés et occupait la place de plus grande enseigne du pays, assurant la distribution de blé dans la quasi totalité des côtes du Golfe des Merveilles et des mers Clovaniennes. La flotte était grandiose, et les marins aguerris. Victor propulsa l'entreprise sur des rails prospères, à un niveau international.
De père en fils, Jadirov&Fils ne cessa de s'améliorer, d’accroître son influence dans les mers et sur la terre. Il n'y a aucun doute possible là-dessus, il s'agissait, dans la seconde moitié du vingtième siècle, de la plus grande entreprise de blé du pays, si ce n'était pas la plus grande entreprise tout court. Toutefois, elle subit, comme toutes les firmes Covaniennes, de 1978 à 1993, la politique d'austérité de Pétroléon IV, qui lui interdit alors tout commerce avec l'étranger. Le blé continuait tout de même de se vendre abondamment à l'intérieur de la patrie.
Mais le 18 janvier de la première année de notre siècle, Alban Jadirov décéda d'un cancer de la gorge. Il avait incarné, bien plus qu'un PDG, un véritable capitaine de navire dans l'histoire de Jadirov&Fils. Manœuvrant la firme vigoureusement, adaptant le plus judicieusement possible ses réformes internes aux bouleversements économiques de la Clovanie. Le contexte voyait en effet la première phase du règne de Pétroléon V qui, cherchant à mener à son terme la politique de son défunt père, replaçait la Clovanie dans les rangs de la diplomatie et du commerce international. Mais à sa mort, son fils ne se montra pas digne de l'héritage de sa lignée.
A son arrivée, les greniers se vidèrent drastiquement, et les caisses avec, plongeant un des noms les plus prestigieux du dernier siècle Clovanien dans une descente aux enfers aveugle. Charles n'était pas fait pour de telles responsabilité, et passait son temps à dilapider l'héritage de ses aïeux dans des voluptés ingrates. L'entreprise faisait-elle naufrage à cause de la débauche de son dirigeant, ou bien ce dernier se perdait-il dans la débauche afin d'oublier la faillite imminente de l'entreprise ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question, mais quoi qu'il en soit, un cercle vicieux infernal s'enclencha et le nom de Jadirov tomba peu à peu dans l'oubli. Les anciens Clovaniens parlent même du « temps de Jadirov » pour parler de la belle époque, de celle où ce nom était présent sur tous les bateaux qui passaient, sur toutes les caisses qui transitaient, et sur tous les tracteurs de Clovanie. Mais à partir d'environ 2004, ce nom ne disait plus rien à personne.
Il en fallait alors beaucoup pour sauver Jadirov&Fils. Mais un homme en Clovanie en avait les capacités. Le 30 août 2008, Charles Jadirov décéda dans d'étranges circonstances lors d'un voyage en Afarée, et son fils Émile Jadirov reprit les rennes. Celui-ci est un ancien commerçant dans le domaine de l'armement, qui avait roulé sa bosse dans différentes entreprises, s'étant très tôt détaché de son père débauché. Mais au décès de son père, il suivit son devoir ancestral. Comme Nikolaï III qui avait su se détacher des vices de ses prédécesseurs au dixième siècle de notre ère, Émile restructura l'enseigne Jadirov&Fils pour tenter d'en refaire la grande firme qu'elle représentait il n'y a pas si longtemps que cela dans l'esprit des Clovaniens. Il retissa ainsi son réseau commercial d'antan et fit grimper ses parts de marché. Enfin, l'entreprise Jadirov&Fils put s'ouvrir à l'international et recevoir les commandes d'acteurs étrangers.