05 Août 2011 - Maître Isamu & Maître Ishida posent leurs pieds sur Kajiwa
- Au port de Yukigawa, dans la province de Ringo, l'aurore éclaire de ses rayons d'or le village qui s'éveille, chassant la douce fraîcheur de la nuit et annonçant un matin d'été déjà chaud. Dans ce faubourg paisible, des figures vêtues de kimonos et de robes traditionnelles fujiwanes se dessinent, évoquant la beauté intemporelle du Fujiwa d'antan. Sous leurs pas, le gravier encore humide d’une nuit fraîche chuchote des histoires d'antan, alors qu'ils s'apprêtent à prendre la mer, apaisée ce matin, en direction de l'île de Kajiwa au nord. La traversée ne serait guère longue. Yukigawa, niché sur la côte septentrionale de Wano, n'était qu'à un battement de cœur marin de leur destination. Ce port, quoique modeste, offrait le luxe de la discrétion. La pêche y avait presque disparu, ne laissant qu'un vestige nommé Ashi. Cet ancien, à la limite de la sénilité, passait ses journées à contempler l'horizon depuis l'un des pontons. À le voir, on se demandait si son esprit errait encore parmi les vivants ou s'il avait déjà entamé un autre voyage. Son regard perdu n'accrochait que celui d'un chat sauvage, son unique compagnon. Au loin, un bateau d'apparence modeste attendait. Malgré son allure humble, il était connu pour sa rapidité insoupçonnée. Alors que les premiers ronronnements du moteur se mêlaient au murmure des vagues, les six silhouettes embarquèrent. Le port retrouva son silence coutumier, tandis que le bateau, guidé par les premières lueurs de l'aube, filait vers le nord.
À l'assaut des frêles vagues, le bateau fendait le paysage marin fujiwan de Wano avec une assurance tranquille. En ce mois d'août, la mer avait choisi de se montrer clémente, déroulant devant eux un tapis d'azur idéal pour la pêche et la navigation. Le seul adversaire de la journée serait sans doute l'astre solaire, dont les rayons implacables commençaient à mordre la peau. Pourtant, rien ne semblait pouvoir entraver la progression du groupe de six hommes. Les courants leur étaient favorables, leur permettant de voguer avec aisance. Leur traversée ne dura guère plus d'une heure et demie. À l'approche de leur destination, un homme en kimono, son katana fièrement fixé à sa hanche, s'accorda un moment de contemplation. Ses yeux se perdirent dans la majesté de l'île de Kajiwa, et un temple aux dorures scintillantes situé en son cœur attira tout particulièrement son attention. Bien que Kajiwa n'était point de petite envergure – elle s'étalait en effet sur une dizaine de kilomètres carrés – ce temple semblait régner sur elle comme un monarque bienveillant.
Alors que le navire jetait l'ancre avec habileté près de l'un des ports disponibles, la nature de l'île se dévoilait plus amplement. Ses rivages rocheux se dressaient tels des gardiens intemporels, défiants les audacieux qui oseraient l'approcher. Ces rocs, façonnés par le temps, protégeaient Kajiwa depuis des siècles, et il était clair qu'ils n'accordaient passage qu'aux âmes vaillantes. Le premier port, visible dès l'arrivée par le sud, trônait avec une fierté certaine, le fruit d'une rénovation récente sans doute, prêt à accueillir des navires d'envergure respectable. Les entrepôts, tout aussi neufs, témoignaient de la capacité de l'île à recevoir et stocker d'importantes cargaisons.
L'île, quoique déserte, porte encore l'empreinte indélébile des maçons et architectes qui y ont œuvré. Ils y ont harmonieusement fusionné architecture traditionnelle, nature sauvage, et techniques modernes. À première vue, le lieu semble avoir suspendu le temps, un souhait manifeste d'Okada Asō, le propriétaire. Il avait toujours insisté sur l'importance historique de Kajiwa, rejetant l'idée d'y bâtir un vaste complexe industriel. Lorsque le groupe de six hommes posa le pied sur cette terre, ils s'engagèrent sur un sentier de sable et gravier, bordé de statues anciennes, témoins silencieuses de l'histoire de l'île. Sous la voûte formée par une forêt dense, de multiples sentiers s'entrelacent, invitant l'inexpérimenté à s'égarer. Pourtant, en tête du groupe, deux figures semblaient connaître chaque recoin de l'île. Les rares rayons du soleil qui filtraient à travers le feuillage estival révélaient des visages graves: ceux de Maître Isamu et Maître Ishida, deux Sages au tempérament bien affirmé. Bien qu'ils ne soient plus officiellement reconnus en tant que tels, rappelons que Kataclysmic n'est plus une organisation formelle. Sur cette étendue non négligeable de dix kilomètres², les deux Sages, bien que flanqués d'une modeste garde rapprochée, demeurent prudents. Car, même sur une île apparemment déserte, leur statut imposant au sein de la société requiert vigilance. En effet bien que Kajiwa fût reculée, en l'absence d'une pleine opérationnalité, elle demeurait relativement libre d'accès. Au cœur d'une clairière baignée de soleil, une esplanade s'était naturellement transformée en parking. Une variété de véhicules s'y trouvait, des SUV aux camionnettes. Malgré le gravier qui formait l'essentiel des voies, la circulation y était fluide. Les hommes embarquèrent dans une camionnette sombre en direction du cœur de l'île. Une fois sur place, il était difficile de détourner le regard de la splendeur qui se dressait majestueusement devant eux. Le Pavillon d'Or, une structure dominante, tirait son nom des toits recouverts de fines feuilles d'or qui scintillaient sous l'ardent soleil. Tapi au cœur de l’île de Kajiwa, le Pavillon d’Or se dressait comme une énigme sculptée par les dieux eux-mêmes. La première vision de cette merveille était une expérience presque irréelle, comme si l’on se trouvait face à un mirage. Ses toits, recouverts de fines feuilles d'or, s'étiraient vers le ciel telle une prière silencieuse. Chaque rayon de soleil qui effleurait sa surface le transformait en une cascade d’éclats lumineux, faisant miroiter l'édifice dans un ballet de reflets dorés. Le bois sombre qui formait la charpente du temple contrastait avec l'éclat de l'or, rappelant la dualité de la nature humaine – entre lumière et ombre, sacré et profane. Les jardins alentour, luxuriants, semblaient caresser doucement la base du temple, le berçant dans un écrin de verdure. Le murmure des feuilles susurrant des secrets antiques ajoutait à la mélodie du lieu. Chaque détail, chaque courbe et chaque gravure sur le Pavillon d’Or semblait raconter une histoire, un fragment de l'âme de l’île. La vision de cet édifice était si intense qu'elle provoquait un vertige presque spirituel, rappelant aux visiteurs la puissance éphémère et pourtant éternelle de la beauté.
À l'approche du Pavillon d’Or, la majesté du lieu imposa un silence respectueux parmi les hommes. Le son de leurs pas sur les pavés de pierre résonnait en écho avec le chant des oiseaux qui nichaient dans les arbres centenaires du temple. La fraîcheur du lieu contrastait avec la chaleur extérieure, comme si le temple lui-même avait le pouvoir d'apaiser les éléments. Maître Isamu, d’un pas décidé mais lent, fut le premier à pénétrer dans l'enceinte du temple, suivi de près par Maître Ishida. Leur stature imposait le respect, et bien que l'organisation Kataclysmic n'eût plus officiellement cours, ces deux figures emblématiques commandaient toujours une attention particulière. Les gardes qui les accompagnaient, bien qu’armés, semblaient presque superflus face à la sérénité dégagée par les deux Sages. À l'intérieur du Pavillon, l'air était empreint d'un parfum doux d'encens qui enveloppait chaque recoin, flottant au gré des courants d’air. De délicates lanternes en papier, suspendues au plafond, projetaient des ombres dansantes sur les murs ornés de fresques anciennes, retraçant l'histoire du Fujiwa et du Pavillon d’Or. Les hommes se sont avancés plus profondément dans le temple, passant d'une salle à l'autre, découvrant des trésors d'art et d'artisanat préservés à travers les siècles. Chaque pièce semblait raconter une histoire, et chaque recoin révélait un secret. Les Sages, guidant le groupe, murmurèrent des prières silencieuses devant les autels, leur dévotion palpable dans l'air. Après ce voyage dans le temps et l'histoire, le groupe se retrouva dans la salle principale du Pavillon d’Or. Devant eux, une immense statue dorée de Bouddha semblait les accueillir, ses yeux bienveillants fixés sur eux. Le lieu dégageait une telle puissance que même les plus aguerris parmi eux sentirent un frisson les parcourir. Ce moment, hors du temps et de l'espace, marqua le début d'une nouvelle aventure pour ces hommes, sous le regard protecteur du Pavillon d’Or.
Les rayons de lumière qui perçaient le réseau dense de feuillage à l’extérieur semblaient s'incliner devant la figure qui apparut derrière Bouddha. Un homme, Le Prieur, s'avança avec une dignité et une sérénité qui se mariaient à l'aura du lieu. Vêtu d’une robe monastique aux teintes terreuses, son visage était marqué par les années mais ses yeux brillaient d'une sagesse intemporelle.
Le Prieur s’inclina profondément, ses mains jointes en un geste de respect.
« Sois le bienvenu, Maître Isamu, Maître Ishida. Il est d’une grande joie de recevoir des âmes si vénérables dans ces lieux sacrés. »Maître Isamu, le dos droit, rendit le salut,
« Ta bonté nous réchauffe, noble Prieur. Nous venons quérir sagesse et guidance dans les tréfonds de cet illustre sanctuaire. »Le Prieur, les mains toujours jointes, s’effaça légèrement, les invitant à avancer.
« Que la lumière de ce havre de paix vous apporte les réponses que vos cœurs cherchent. Les échos de cette noble structure résonnent de vérités éternelles. »Maître Ishida, dont les yeux balayaient le lieu avec une admiration silencieuse, prit la parole, sa voix éraillée mais claire.
« Les éons semblent avoir tissé leurs secrets dans chaque pierre, chaque mur de ce temple. Peut-être leurs murmures dévoileront ils les fils du destin que nous cherchons à démêler. »Avec un hochement de tête empreint de respect, Le Prieur guida les Sages à travers les couloirs sacrés, où chaque pas semblait réveiller les anciennes légendes endormies dans les murs dorés. Ils s’installèrent dans une pièce aux coussins de soie, l’air alourdi par les volutes d’encens.
Le Prieur, sa voix une mélodie douce et basse, débuta.
« Que cherchent donc les grands Sages dans l’antique sanctuaire de nos ancêtres ? Quel mystère, quelle quête pousse vos pas dans l’ombre de ces murs sacrés ? »Les visages des deux Sages, éclairés par la lueur vacillante des lampes à huile, se penchèrent légèrement vers l’avant, et le dialogue avec Le Prieur s’entama.
Maître Isamu, son regard devenant plus intense, parla avec une conviction solennelle,
« Vénérable Prieur, le destin de ce lieu sacré, et de nous-mêmes, est intrinsèquement lié à une vision plus large, une illumination partagée. Il est temps de diffuser les enseignements de Kataclysmic, d’ouvrir les portes de la sagesse et de l’envie à ceux qui cherchent la voie. »Le Prieur, une lumière d'interrogation dans ses yeux, attendait la continuation, silencieux.
« Kajiwa, ce lieu sacré, sera le berceau d’une nouvelle communauté, un refuge pour les âmes qui résonnent avec les échos de Kataclysmic. Ici, ils trouveront la foi, l’harmonie et la compréhension. Ils seront éduqués dans les voies de la connaissance et des traditions, et leur esprit s’élèvera à de nouveaux sommets, » déclara Maître Isamu, chaque mot résonnant avec une force tranquille.
Le Prieur, absorbant chaque mot, ressentit un mélange de révérence et d’appréhension,
« C’est une vision noble, un rêve d’unité. Mais un tel dessein… demandera une guidance sage et une main ferme. »Les yeux de Maître Isamu étincelaient d’une flamme,
« Et c’est pour cela que ta présence est d’une importance capitale. Tu seras l’ancrage spirituel, le gardien des principes sacrés, guidant chaque âme sur le chemin de l'éveil. Les sympathisants de Kataclysmic seront les piliers de cette communauté nouvelle, vivant et respirant les enseignements sacrés, trouvant la voie dans l’obscurité. »Le Prieur, après un moment de réflexion profonde, hocha la tête en signe de compréhension,
« Ma vie est dédiée au service de la lumière et de la vérité. Si telle est la voie destinée, je l’accueillerai avec humilité et dévouement. »Maître Isamu, un léger sourire aux lèvres, conclut,
« Ensemble, nous bâtirons un nouveau Fujiwa de lumière et de sagesse, un sanctuaire pour l’esprit, un havre pour l’âme. La renaissance de ce lieu sacré n’est que le commencement de l'odyssée spirituelle qui nous attend. »Maître Ishida, un homme d'une présence souvent silencieuse, se leva lentement, ses yeux, deux abysses obscurs, fixaient le Prieur. Sa voix, un murmure presque enroué par le silence prolongé, rompit l'atmosphère paisible. Le ton de Maître Ishida était grave, chaque mot un écho sombre,
« Okada Aso est la main qui a préservé ces murs, ce jardin, cette âme. Sans lui, le Pavillon d'Or serait une relique oubliée, un écho sans voix dans les annales de l’histoire. »Il fit un pas en avant, la menace subtile, main sur le manche de son katana,
« Okada Asō détient le destin de ces terres sacrées dans ses mains, et son verbe est la loi incontestée. La transformation et la renaissance de ce lieu sacré sont le prix de ta présence, le pacte qui scelle ton rôle en ces murs dorés. »Son regard ne flanchait pas, scrutant les profondeurs de l'âme du Prieur,
« N’oublie jamais, le souffle de Kataclysmic est le vent qui traverse ces jardins, et son désir, la pluie qui nourrit ces terres. Accepter sa volonté, c’est embrasser la lumière; le défier, c’est s’égarer dans l’obscurité. Tu es le Prieur de ce sanctuaire par sa grâce. Reflète bien sur le privilège et la responsabilité que cela implique. » Maître Ishida se rassit, le silence retombant autour d’eux, lourd de mots non dits et de vérités enfouies.
Maître Isamu reprît la parole une dernière fois:
« Actuellement, un dialogue profond et stratégique s'orchestre entre Okada Asō et l'État du Fujiwa. Son regard est posé sur les horizons lointains où l'autonomie de cette île pourrait permettre à l'essence de Kataclysmic de s'épanouir, de fleurir loin des ombres intrusives de la gouvernance extérieure. L'éloignement subtil des autorités n'est pas un acte de rébellion, c’est un acte de préservation. Préserver la pureté de nos aspirations, la sanctité de nos convictions. Il est impératif que tu comprennes, vénérable Prieur, que l’ombre du changement plane au-dessus de ces terres. Les activités futures de cette île seront le reflet de la vision d'Okada, une vision qui transcende les limites de l'autorité et émancipe l'esprit de l’oppression. »