Le Premier ministre, Antoine Carbasier, entre dans la pièce. Il scrute la pièce de ses yeux, personne n'est encore arrivé. Un grand moment de soulagement. Il va sur le canapé et s'allonge. Après quelques minutes, il se lève et lit une note sur son bureau tout en soufflant de tout son être au fil de la lecture peu ravissante somme toute.
Le ministre de la Défense est au Grand-Kah et cette idée l'inquiète à chaque instant de la journée. Il avait tant à faire, il avait autre chose à faire que de s'inquiéter pour cette visite. Des rapports à lire, des rapports urgents pensa-t-il soudainement en référence aux rapports des services de renseignements. Des interviews à donner pour faire bonne figure, la préparation des questions au gouvernement qui auront lieu demain à l'assemblée puis à la chambre des nobles. En se parlant tout seul il déclare :
Hummm, on n'est pas rendu mon cher, dit-il tout en prenant son portable et regardant s'il a reçu un message ou appel. Mais rien de tout ça. Alors il émit des cris bizarres avec sa bouche pour se détendre, évacuer la pression il ne le savait pas lui-même. Il regarde les dernières actualités dans la presse Gan-tainaise en n'espérant pas voir une maladresse de son ministre de la Défense. Mais rien dans la presse à l'heure actuelle, ce qui ne le soulagea pas du tout.
Quel fils de pute. Il tient tout le parti par les couilles et je suis impuissant. Gnegegnen on devrait négocier avec le Grand Kah. Je t'en foutrais du Grand kah, mais dans les chiottes et paf on tire la chasse là d'eau. Pourquoi il veut tant négocier avec eux ? Il ne comprend pas qu'on va se foutre à dos la Loduarie qui est pile à côté de nous. Humm ça tiendrait qu'à moi, j'aurais déjà accepté une rencontre avec la Loduarie. Mais bon, il semblerait que Gary veuille négocier avec ses connards d'anarchiste. On est où là ? Trop de personnes au sein du gouvernement semblent le soutenir pour que j'y puisse faire quelque chose. En espérant qu'il réussira ce qu'il veut faire. La bonne nouvelle, c'est qu'il me fait chier que sur ce dossier pour l'instant
Mais le bruit de porte qui s'ouvre l'interrompt dans ses pensées. Un homme jeune d'environ un mètre soixante-dix, bien plus petit que le Premier ministre, fait son apparition. Agé de trente-deux ans cela fait de lui le ministre le plus jeune du gouvernement. Cela lui avait valu beaucoup de critiques sur ses capacités à occuper un ministère aussi important que le sien. Mais l'amitié qui noue Antoine Carbasier et l'homme dans la pièce était trop forte pour qu'Antoine lui refuse le ministère de l'Intérieur. D'autant plus qu'il était sacrément bon en politique. Ayant un réseau au sein du parti assez développé. Moins développé que Gary Hubert, mais pas loin. Enlaçant l'homme le Premier ministre dit :
-Comment tu vas Julien Tutard ? Ca me fait plaisir de te voir.
-Bien merci, sûrement moins fatigué que toi. Il faut que je t'emmène avec moi au sein de mon ministère. Tu verras les mecs se la coulent douce comparé à toi.
-Que veux-tu ? Je n'y peux rien si mon gouvernement, c’est ouvert aux nations du monde. J'ai fait quatre rencontres, dont un sommet en dix jours. C'est du jamais-vu pour notre nation. Un programme spatial qui prend trente pour cent de mon temps et je mets de côté Gary.
-D'ailleurs, concernant le programme spatial. Je vais tenir plusieurs réunions entre les différents acteurs au ministère. Pour savoir comment intervenir pour mieux protéger les secrets industriels. Je pense qu'on peut renforcer nos moyens en changeant de doctrine. De plus, j'ai pris l'initiative d'engager des formations concernant nos forces de sécurité, dont les pompiers pour prévoir divers risques. Que cela soit incendie, terrorisme ou autre. C'est tout nouveau tout cela. Je t'en reparlerai.
Concernant Gary, je crois savoir de quel problème tu parles. Il est allé voir tous les députés pour leur demander s'ils soutiendraient un accord avec le Grand-Kah. Selon les propos qu'on m'a rapportés, trente pour cent le soutiennent. Mais en comptant les voix de la gauche qui votera pour très certainement l'accord passera. D'autant plus que les militaires sont tout joyeux de recevoir un matériel tout neuf et aux derniers standards technologiques.
-Tout ça ne me plaît guère. Mais je n'ai pas le choix de céder sur la question du Grand-Kah. En espérant qu'il sait ce qu'il fait et que le Grand-Kah peut-être un partenaire de confiance. Il se rend compte qu'on risque de foutre en rogne la Loduarie ? C'est notre proche voisin putain.
-Non seulement, il s'en rend compte et compte s'en servir. Plusieurs conseillers au sein de mon ministère m'ont avoué ce matin qu'il compte utiliser la Petite Guerre froide entre les deux nations pour négocier un prix nettement à la baisse concernant l'achat d'arme. Je doute que ça marche sincèrement. Oh, j'ai failli oublié. Mais malgré la réticence des députés, le chef de notre parti à l'assemblée m'a assuré du soutien de tous les députés concernant un plus grand laxisme dans la distribution de visas si cela doit advenir.
Le Premier ministre n'a pas le temps de répondre, que les portes s'ouvrent suivi d'une bribe de conversation entre deux personnes. La première personne visible, une femme des moins élégantes du Royaume. La députée et proche du Premier ministre était une femme petite et en surpoids assurément. Avec sa coupe qui ne lui va pas du tout et les lunettes de travers, elle donne un air non-sérieux. Mais tous ceux qui la connaissent savent son intelligence et son humour.
La deuxième personne fut tout son contraire. Une femme des plus élégante. Catherine Merdique, qui porta un nom malheureux, est une femme grande, imposante avec ses yeux en amande brûlant de passion assurément. La ministre de l'éducation marcha toute en élégance avec un pas assuré.
Quelques minutes, plus tard, alors que le Premier ministre et tout le monde sont assis autour d'une table.
- Notre prévision de croissance sur le trimestre est comprise entre trois à quatre pour cent sur l'année et pourrait atteindre environ quinze à vingt pour cent. Ce qui est énorme et risque de provoquer une inflation de l'ordre de cinq pour cent. La banque centrale va augmenter les taux directeurs de zéro virgule cinq pour cent sur une période de deux mois. De plus mon ministère, travail sur plusieurs mesures pour aider les entreprises en cas d'inflation trop forte. Notamment concernant les factures d'électricité pour les TPE/PME. En-dehors de cela tous les indicateurs économiques sont positif, le chômage baisse de plus zéro virgule trois pour cent. Ce qui est un très bon chiffre, dit la députée.
-Et donc ? Baser la communication du gouvernement sur un unique axe est très risqué tout de même. Je ne sais pas sincèrement. Si les chiffres économiques se dégradent ça sera la fin pour nous. L'opposition va nous étriller. Les républicains y arrivent déjà assez bien, si on peut éviter de ramener dans la danse les partis royalistes, je suis preneur.
-Ce n'est pas idéal certes, mais tu marqueras une rupture franche avec Gary. Il est là l'intérêt. Si tu arrives à maintenir des chiffres économiques, aussi bon, l'influence de Gary sur le parti va diminuer et la tienne augmenter. C'est sûrement ta place qui se joue là. Tu en as marre de Gary, tu as perdu sur le Grand-Kah c'est trop tard. Mais là, tu peux gagner les prochaines batailles avec l'économie, répondit Catherine Merdique.
- De plus, tu peux faire fuiter les dernières merdes qui lui collent au cul dans la presse. Avec un peu de chance malgré tout le talent politique et l'influence qu'il a, il ne pourra pas tenir son poste de ministre. Antoine, tu peux prendre le contrôle du parti plus que tu l'as actuellement. C'est clair et net. Plusieurs députés te soutiennent, même un bon nombre, plus que, le soupçonne, Gary pour sûr. On est minoritaire au sein du gouvernement à te soutenir, mais à l'assemblée, c'est tout le contraire. S'il réussit à obtenir un accord favorable avec le Grand-Kah, des députés iront vers lui. C'est pour ça qu'il te faut une grande réussite pour ta propagande interne et envers l'opposition.
Bon ok. Mais permettez moi de modifier un peu le plan. Il est ministre de la Défense et des armées, on est d'accord ? Il faut que je montre une autorité. Julien, ton ministère va devoir serrer la vis. En-dehors des visas bien sûr. Nous devons adopter une politique plus sécuritaire de ce qui était prévue. Penche-toi sur la question en lien avec le ministère de l'Économie. Mais une augmentation des effectifs de polices de plus de dix pour cent sur trois ans. Cela baissera le niveau des policiers recruté mais pas grave. Regarde les besoins par branche.
De plus, voit pour déloger quelques camps de migrants. Avant de déloger quoi que ce soit vient me demander. Il faudra trouver un camp médiatiquement connu pour plus d'effet. On se rendra sur place, dans le plus grand village le proche tous les deux pour faire une conférence de presse. L'opposition va s'en donner à cœur joie. Mais on aura de quoi répliquer avec l'économie et la diplomatie. On s'ouvre au monde, ils n'ont pas eu les couilles de le faire.
Le Premier ministre tape du poing sur la table à l'annonce de la dernière phrase. Signe de la prise de conscience qu'il pouvait gagner le combat contre Gary Hubert. Il en rêvait, il peut le faire. Faire tomber Gary Hubert l'homme qui contrôle le parti dans l'ombre depuis au moins dix ans. Les casseroles qu'il a au cul et connu de tous sont les seules raisons qui explique qu'il soit pas Premier ministre actuellement. Les yeux d'Antoine Carbasier brillent intensément oubliant presque l'affaire du Grand-Kah, acceptant cette défaite dans cette bataille. Tout en retrouvant une vitalité. La même vitalité qui l'a fait élire Premier ministre, gagner la bataille électorale contre le MRU.