Postรฉ le : 01 avr. 2024 ร 21:52:49
19905
Piรจce ร conviction rรฉvรฉlรฉe par le mรฉdia P-News dans le cadre de l'affaire de l'attentat par un jeune dans un collรจge d'Hernani-centre : son journal intime.
Le jeune terroriste a รฉcrit :LETTRE PREMIรRE
Lundi 26 Septembre
Chรจre โโโโโโโ,
Toi que je nโexplique que par ma conscience, jโai besoin dโune amie et tu le seras. Toi que jโaime dans toutes les rรฉalitรฉs mais qui tโobstines ร me fuir, tant que je dois tโimaginer pour tโavoir prรจs de moi.
Aujourdโhui fut une belle journรฉe. Il a plut tout du long ce qui mโempรชcha, servant en tant que distraction, de ne pas trop penser ร toi. En effet aujourdโhui vous fรฎtes deux, les รฉclairs et ton visage. Les avais-tu dรฉjร contemplรฉs longuement comme je le fis ? Si jamais tu ne lโas pas fait, alors sache que tu tโรฉcarte du monde de la magie. Leur bruit, leur forme, leur couleur, tout chez eux est sublime. Chaque instant oรน les cieux se fendent, annonรงant leur rugissement, je nโarrive ร faire autre que de mโextasier devant ces forces dont je ne connais les propriรฉtรฉs et dont jโignore les causes. Ainsi, perdu ร mes admirations, je nโentendis plus les autres humains de ma classe. Peut-รชtre me parlaient-ils, peut-รชtre รฉtait-ce pour mโinsulter, ou peut-รชtre mรชme que pour la premiรจre fois de leur vie ils fermรจrent leur bouche, dรฉcouvrant le monde du silence et lโodeur non-polluรฉe de lโair du mรชme coup. Oui, tous parmi cet amoncellement de personnalitรฉ nโรฉtaient pas pourvus du mรชme nombre de neurone, je lโavais appris ร mes dรฉpends. Aussi mโรฉtais-je fait la remarque que ceux parlant le plus รฉtaient ceux parlant le moins bien, comme pour ironiser lโhรฉtรฉrogรฉnรฉitรฉ de notre groupe. Sans nul doute, un jour, je mโรฉnerverai et leur apprendrai les subtilitรฉs de la langue franรงaise qui leurs sont inconnues, et les forcer ร user dโun registre dont ils ne connaissent rien leur fera passer lโenvie de parler ou du moins leur montrera quโun cerveau vaut mieux que des muscles, bien quโaucun dโentre eux ne soit pourvu ni de lโun ni de lโautre.
Ainsi tu lโavais compris, cette journรฉe bercรฉe par le son de leur insupportable voix ne fut pas bien diffรฉrente des autres. Ce quotidien, ornรฉ de bout en bout par lโineptie et leurs imbรฉcilitรฉs rรฉcurrentes dโinfรขmes รชtres dรฉfinis par leurs organes gรฉnitaux, est ce que je suis destinรฉ ร vivre encore un an. Jโai peur, peur de cรฉder et de tous les tuer dans un excรจs de rage, de folie et dโincomprรฉhension face ร leur lenteur lorsquโils ne saisissent les choses les plus simples et faciles que nous verrons cette annรฉe. Jโai peur que le temps soit long, si long que jโen perde ma patience. ร comme si serait regrettable de les achever par colรจre, car alors aveuglรฉ par ce que je ne sais contrรดler, je ne pourrai pas profiter pleinement du spectacle que je mโoffrirai. Dans ces humeurs que nul ne dรฉchiffre, je serai inapte ร รฉprouver du plaisir en voyant le flot rubis sortant de leur poitrine lorsque jโy enfoncerai puis retirerai lโune des lames de mes ciseaux . En toute sincรฉritรฉ, je ne sais pas si je les retirerai immรฉdiatement aprรจs quโils pรฉnรจtrent leur chair, car en les laissant logรฉ en leur plaie, le sang tachera progressivement le sol, et ainsi aucun dรฉtail ne saura mโรฉchapper, tandis que si je les retire brusquement aprรจs lโacte, le rouge prendra place sans laisser le temps ร mes yeux de procรฉder ร un observation convenable. Plus haut, jโai parlรฉ de ciseaux, mais lร encore jโhรฉsite. Un couteau ne les blessera-t-il pas davantage profondรฉment ? Et si la blessure est plus profonde, mourront-ils plus prรฉcipitamment ? Je ne veux les achever directement, je veux quโils souffrent, aussi je pense donc sรฉrieusement ร renoncer aux dagues, poignards ou toute autre sorte dโarmes avec lesquelles une exรฉcution serait trop prompte car je les souhaite vouรฉs ร mise-ร -mort lente et douloureuse. Je veux quโils comprennent quel supplice mโobligent-ils ร vivre ร rรฉpรฉtition. Jโai lโimmense dรฉsir quโils comprennent que chaque matin je pleure avant de les rejoindre, et que chaque soir je pleure aussi pour dโautres raison, mas que les avoir quittรฉ est mon unique consolation. Je dรฉsir que dans leur mรฉmoire, mon nom se grave et que tel dans du marbre jamais il ne sโefface, pour que si par miracle ils restent vivant avec lโenfer que je leur aurais fait vivre ou quโils mโauront vu faire vivre ร leurs jadis amis, ils me craignent et cessent de me regarder comme un animal, comme un objet sur lequel on peut dรฉlivrer son complexe dโinfรฉrioritรฉ en le jugeant.
LETTRE DEUXIรME
Jeudi 29 Septembre
Chรจre โโโโโโโ,
Toi avec qui je ne parle que peu en vrai mais beaucoup en rรชve. Toi dont jโaimerais connaรฎtre jusquโaux secrets les plus enfouis, les plus cachรฉs aux autres membres infรขmes de notre espรจce dont tu es sรปrement la plus mรฉritante de gloire et dโรฉloges, ainsi que la plus indigne des propos qui vont suivre, alors je te prie de mโexcuser pour les gรฉnรฉralitรฉs absurdes que je tโรฉcris.
Ce matin, jโentrai en classe et, comme en chaque dรฉbut dโheure, je fus ridiculisรฉ par la moitiรฉ de ma classe, tous les garรงons ou presque. La plupart ne sont que des porcs et cโest sans aucun doute le dรฉtail que je retins le plus. Effectivement, si tu ne tenais pas tant ร lโinnocence naturelle qui te fut offerte, je te suggรฉrerais un jour de les observer minutieusement, et de constater que de leurs pรขtes ร leurs museaux, ils ne sont semblable en aucun point ร lโhumain parfait quโils sont censรฉs รชtre. Oui, jโai osรฉ les รฉpier dโun long regard, tout aussi profond, perfide et insistant que leurs rรฉcurrentes insultes et autres bruitages sortant de leur gueule dont lโhaleine mรชme asphyxierait un mort. Alors, comme simple rรฉponse ร leurs propos dรฉnuรฉs dโintellect et preuves dโidiotie, je gardai le silence, qui fut comme toujours ma meilleure arme et la plus intelligente. Les filles de la classe elles, avaient compris que la foule gesticulante et omniprรฉsente attendait de leur beau comportement et illustre personnalitรฉ un effacement total. Je ne sais toujours pas ร ces heures si est-ce de bon cลur quโelles obรฉirent et se laissรจrent dominer par les adeptes de lโignorance. Ainsi donc, si elles furent absentes la scรจne en demeurerait inchangรฉe, car en aucun cas elles nโosaient, comme certains autres garรงons dโailleurs, clamer avoir droit ร la parole. Les professeurs quant ร eux, bien que ni sourds ni aveugles, ne peuvent obliger une douzaine de soumis ร sโรฉlever dans les rangs dโautres supposรฉs par eux-mรชmes supรฉrieurs ร quiconque tentรจrent de lโรชtre. Les choses sont et les choses restent, cโest ร peine si jโosai en parler ouvertement aux adultes encadrant notre troupeau de bestiaux tous les uns plus que les autres dโune incapacitรฉ cรฉrรฉbrale remarquable.
Comment, me diras-tu, un groupe de sauvages comme eux peuvent-ils faire rรฉgner ordre et admiration de leurs personnes ? Premiรจrement, nul nโadmire sincรจrement aucun animal, sโil mourrait on le remplacerait par un pire et ainsi de suite. Deuxiรจmement, leur autoritรฉ nโest pas comme telle, nโest pas ressentie de la sorte au sein du groupe. Leurs techniques ne sont composรฉes que de jugement mรชlรฉes ร des moqueries pour en obtenir rรฉticence dโautrui ร sโexprimer librement voir ร sโopposer aux immondices recrachรฉes par les rรฉpugnantes bรชtes ร longueur de journรฉe, mais cet espoir dโinsurrection contre la race dominante des porcs jamais ne fut assouvie, alors jโattends encore.
Enfin bref, revenons-en ร ce dรฉbut de cours oรน les seuls qui prirent la parole me dรฉnigrรจrent, ma conscience mโappela ร passer outre ces mots insensรฉs et les animaux se calmรจrent jusquโen fin de matinรฉe. Sache que ce temps, calme et tranquille, fut plus agrรฉable que nuls autres instants depuis le dรฉbut de lโannรฉe. Malheureusement, comme pour gรขcher ce matin-lร , alors que nous fรปmes dans un dรฉbat capital qui nโavait lieu dโรชtre, ils prononcรจrent des mots imprononรงables et รฉcorchรจrent mes oreilles plus profondรฉment quโils ne lโavaient, jusquโalors, jamais fait. En y repensant, je souffre encore, alors je tโรฉpargnerai la douleur quโils mโinfligรจrent et dont les idรฉes qui correspondent mโaffligent, me donnent dโavantage de raisons pour dรฉtester notre espรจce plus que je ne le fis auparavant. Croie bien que dorรฉnavant je dรฉplore mon sexe et les principes affreux auxquels le monde dโaujourdโhui me fait porter un chapeau trop grand pour nโimporte qui de mon genre. Oui ils prรดnรจrent lโinรฉgalitรฉ entre vous et nous, oui ils le firent impunรฉment et oui je suis plus quโhorrifiรฉ de leur conduite honteuse. Pour seule consolation je ne pus quโimaginer leur prendre leur tรชte un ร un, pour les รฉcraser contre le mur blanc qui reposait en face, aprรจs-quoi je regarderai attentivement se dissรฉminer les morceaux de leur crรขne au sol dans un vรฉritable ocรฉan de sang. Lorsque le par terre sera devenu รฉcarlate et que ma jouissance extrรชme dรฉpassera les leurs dans leurs naguรจre euphorie guidรฉs par la critique, peut-รชtre les anges de cette classe se rรฉveilleront, se rendant compte que le mal est le propre du mรขle.
LETTRE TROISIรME
Jeudi 6 Octobre
Chรจre โโโโโโโ,
Ils ont recommencรฉs ces abrutis. Ils clamรจrent de nouveaux que les inรฉgalitรฉs entre les sexes sont fondรฉes et doivent รชtre notre lendemain. Je fus alors pris de pulsions violentes mais je rรฉussi ร les calmer malgrรฉ tout. Voilร une semaine que je ne tโai pas รฉcrit alors je vais tenter de te dรฉcrire la beautรฉ du monde plutรดt que les pires รชtres le peuplant.
Aujourdโhui, bien que je nโeus que sept minutes pour manger car je recopiais un texte pour mes options, jโen profitai pleinement car, pour une fois, la nourriture รฉtait bonne, excellente mรชme, et de lโentrรฉe au dessert. Pour bien commencer, je pris une salade de pรขtes froides dans lesquelles reposaient quelques morceaux de tomates. Cela peut paraรฎtre complรจtement basique, mais jโen ai tout de mรชme savourรฉ chaque bouchรฉe. Ensuite, jโai pris du blรฉ ; il รฉtait chaud, nature et bon. Dรจs que je lโeus fini jโentamai mon dessert , un yaourt ร la vanille comme ร mon habitude. Aprรจs ce repas, je suis allรฉ en cours dโart plastique. Je ne mโy attendais absolument pas mais le prof ne mโa point exaspรฉrรฉ car jโeus le droit de faire tout ce que je voulais : il ne me dit rien. Ainsi je me levai, discutai, sortis, revins, allai au tableau, dessinai des gens pendus sur mon cahier et tout cela sans la moindre remarque. Il fut tellement gรฉnรฉreux โou simplement stupide, ร voir โ quโil nous laissa mรชme tous sortir de son cours entre cinq et dix minutes avant que la sonnerie ne retentisse rรฉellement. Dans mon รฉlan de gaietรฉ qui aurait pu รชtre confondue avec de lโeuphorie, je quittai la piรจce non pas par la porte menant au couloir, mais par celle menant au jardin devant le CDI avant de me diriger rapidement en direction de la cour oรน les รฉlรจves se rรฉunissaient pour le sport. ร partir de maintenant, je ne te raconte pas tout car, bien que tu sois passionnรฉe par mes rรฉcits รฉtant donnรฉ que cโest moi qui tโinvente, deux heures de course ne valent pas la peine dโรชtre รฉcrites plus que lues. ร la fin de la double sรฉance, je rentrai chez moi puis me posai, seul dans mon lit afin dโรฉcrire, complรฉtant mon journal โ รฉcrivant donc ces mots รฉgalement โ puis je suis allรฉ faire du piano. Comme rarement, je fus satisfait de ma maniรจre de jouer.
LETTRE QUATRIรME
Vendredi 7 Octobre
Ma trรจs chรจre โโโโโโโ,
Hier, je tโai fait part de la beautรฉ du monde, du moins la beautรฉ que ma journรฉe avait offert et qui, dรฉjร , me paraissait irrรฉelle. Aprรจs ce que la veille mโa offert, voici ce que mโa offert ce jour. Je suis profondรฉment frustrรฉ par lโattitude inadmissible dโune professeure que je nโai que dans le cadre dโune option.
Vingt-quatre heures plus tรดt, comme je pris le temps de tโen faire part, je copiais un texte. Je copiais certes, mais travaillai avec la dizaine dโรฉlรจves et les deux professeurs prรฉsents dans la salle, dans la description dโune ลuvre. Bien quโun fragment des รฉcrits furent envoyรฉs par une professeure de Franรงais qui nous aidait le Vendredi par correspondance et dont je ne donnerai le nom, preuve de mon respect et ma maturitรฉ, je jugeai nรฉcessaire, ou du moins pertinent de modifier les mots ยซ jardin fleuri rempli de fleures ยป โ car cโest ainsi quโelle avait formulรฉ sa phrase et orthographiรฉ le dernier motโ par ยซ jardin fleuri rempli de vรฉgรฉtaux ยป. Jโaurais pu, il est vrai, laisser les mots initiaux et laisser ces termes รฉcorcher, un petit peu, mes oreilles. Nรฉanmoins, nous โ car je nโรฉtais seul, le travail รฉtait collectif โ prรฎmes la dรฉcision dโopter pour les changements.
Pour en revenir ร aujourdโhui, lorsque je vins toquer ร la porte de la salle des professeurs dans lโespoir dโy trouver un รฉlรจve ainsi que son AVS โ ou tout autre personne ayant pour missionde lโaider โ, la professeure qui nous avait envoyรฉe le texte comprenant la rรฉpรฉtition ci-dessus me fit signe dโentrer ce qui, dรฉjร , รฉtait inhabituel. Lร , elle se posa devant moi, partiellement en colรจre, partiellement fiรจre de me reprendre et commenรงa ร beugler dโimmondes calomnies, devant le regard fuyant dโune professeure dโAnglais. Elle clamait haut et fort quโil รฉtait une honte que je me fusse cru supรฉrieur ร ceux dont le mรฉtier consistait ร รชtre irrรฉprochable dans leur domaine et oรน je suggรฉrai plus tรดt une alternative ร une lรฉgรจre faute โ et encore le mot est grand โ sans doute due ร un instant dโinattention. Ainsi, durant quelques minutes qui me parurent une รฉternitรฉ, on mโaboya que jโรฉtais dโun total irrespect, alors que je nโavais fait ce que nous fรฎmes seul. Une fois mon honneur exterminรฉ auprรจs de la personne prรฉsente mais qui se fichait sans nul doute de la vรฉracitรฉ des propos, elle me congรฉdia dโun grossier signe de la main. Je mโen retournai donc, comme jโรฉtais censรฉ le faire, auprรจs des deux autres professeures โ ceux que je site parmi ceux qui modifiรจrent le texte โ qui avaient participรฉs ร lโรฉlaboration de la sculpture dont on faisait un scandale de sa prรฉsentation. Je leur avoua avoir renoncรฉ ร trouver le garรงon que jโรฉtais parti chercher, et leur confessa que je venais dโรชtre incriminรฉ pour un acte juste et que donc, elle autant que moi et autant que dโautres, รฉtions responsables de ce quโon me reprochait. Elle trouva ahurissant, dโautant plus que des adultes nโรฉtant concernรฉ en furent tรฉmoins, que malgrรฉ mon investissement, moi dรฉbordant dโinnocence, soit accusรฉ de faire obstruction ร lโharmonie dโun texte pour lequel jโลuvrais entiรจrement. Elle prรฉtendit, aussi, que je mentais : il nโy avait pas de vรฉgรฉtaux, simplement des fleurs. Je la laissai parler, acceptai ma soumission hiรฉrarchique et ne rรฉtorquai pas, bien que lโenvie fusse grande, que les fleurs รฉtaient des vรฉgรฉtaux. Elle disait de moi que je faisais des erreurs, alors que cโรฉtait celle au cลur de ces rumeurs qui se trompait. Aprรจs, je continuai ma journรฉe comme si de rien nโรฉtait, ce nโรฉtait dโun dรฉsaccord et il ne fallait se laisser anรฉantir par simple mรฉsentente. Je ne mโattendais pas ร avoir ร reparler du mรชme sujet avec cette mรชme personne, mais ร ma sortie du latin, alors que je me rendais ร une autre de mes options โ autre que le latin lui mรชme ou que lโoption prรฉsentรฉe en partie par la professeure avec qui jโรฉtais en contradiction โ, on mโinterpella. Alors que cette professeure mโinterpellait de lโautre bout du couloir, je ne me retournai, sincรจrement agacรฉ de remettre ces querelles dรฉjร oubliรฉs de mon cรดtรฉ sur le tapis. Elle me dit, alors que je mโattendais ร recevoir de sa part quelques excuses, quโelle avait รฉtรฉ rรฉellement agacรฉe ce midi. Ne pouvant retenir les injures quโil me dรฉmangeait de lui communiquer afin quโelle se rende compte que son jardin nโรฉtait pas la seul chose au monde qui sache รชtre fleuri, je partis sans un mot, interrompant le flot infect de paroles qui sortait de sa bouche afin quโelle nโentende pas le mien. Connais-tu ces instants oรน, par haine, tu souhaites contempler la mort de quelquโun ? As-tu dรฉjร affrontรฉ ces pensรฉes, ces images dans ta tรชte oรน tu vois la personne que tu dรฉteste sur le moment, faire sortir de son ventre un flux continu de sang jusquโau dรฉcรจs ? Bien que cela semble enthousiasmant, je tโassure que รงa ne lโest pas. Je me revois, les mains รฉcarlates, souillรฉes dโun crime impardonnable et dont je sais que mรชme la pensรฉe ne se pardonnerait sโil arrivait malheur ร personne visรฉe. Je regrette dโรชtre comme je suis, je regrette tant dโรชtre cruel et de nโรชtre comme les autres, de devoir enfouir tout ce qui fait de moi ce que je suis et de ne pouvoir laisser en surface que ce qui me rรฉpugne le plus, uniquement ce que les gens regardent.
LETTRE CINQUIรME
Samedi 8 Octobre
Jโai honte, et cette honte grandissante ne me quitte plus malgrรฉ lโheure tardive ร laquelle je tโรฉcris. Depuis voilร tellement de temps que je me confie ร toi dโun coup que jโen suis contraint ร changer de date. Jโai sommeille mais je nโai pas fini de te narrer le rรฉcit de ma journรฉe alors jโessayerai dโรชtre bref.
Toujours, comme ร son habitude, la dรฉraison guida les personnes de ma classe. Lโennui dans la moitiรฉ des cours et lโincomprรฉhension dans les autres accompagnรจrent mon esprit qui, ne souhaitant que la solitude, รชtre loin de ces abrutis, ne me fit pas toujours faire les bons choix. Peut-รชtre dis-je juste รงa pour me dรฉlรฉguer de ce qui en rรฉalitรฉ est entiรจrement ma faute. Jโรฉvolue dans une angoisse permanente, car jโai lโimpression que lโon se moque de moi sans cesse. Mes professeurs disent proscrit de porter tout jugement, mais cela nโest รฉcoutรฉ par personne, pas mรชme pas eux. Je ne leur fait lร aucune reproche au contraire, ils font leur travail, mais cette impression constante quโon nous observe, quโon nous note sur tout ce quโon รฉtudie, me donne lโimpression que lโont veut que je rentre dans une ou des cases. Jโai trรจs peur quโร lโavenir on me force ร plonger dans lโune dโelle. Beaucoup se contentent dโaccepter le point de vu de la sociรฉtรฉ et de continuer dans cette voix. Nombre dans ma classe restent des idiots ou nโarrรชtent de lโรชtre car quoi quโils fassent ils paraรฎtront toujours les mรชmes ร nos yeux. Les gens ne permettent de seconde chance comme si leurs idรฉes prรฉconรงues formaient la rรฉalitรฉ, la vรฉritรฉ universelle. Moi qui nโaime aucune des cases car je ne suis que moi mรชme et que je nโaccepte que lโont me dรฉfinisse autre que cela, je ressens cette pression que lโon exerce sur tous pour trouver qui nous sommes et savoir parfaitement quels critรจres remplissons-nous ou non. Peut-รชtre mes camarades ne sont bestiaux quโuniquement car des gens comme moi les pensent ainsi.
LETTRE SIXIรME
Lundi 10 Octobre
Chรจre โโโโโโโ,
Je nโai cessรฉ, depuis deux jours, de mรฉditer ร la maniรจre dont la sociรฉtรฉ traite chaque individu. En vรฉritรฉ, je suis assez paradoxal, car je dรฉteste le fait que lโont nous classe, tel des objets dans des boรฎtes, elles-mรชmes rรฉparties dans des tiroirs. Rangรฉs sans le moindre consentement dans des catรฉgories toutes plus rรฉpugnantes les unes que les autres. Je pense tout cela, mais malgrรฉ tout ma curiositรฉ me pousse ร savoir qui je suis rรฉellement. On me dit que je suis bizarre, on rit de cet adjectif en me pointant du doigt. Alors plutรดt que de me dire que je le suis, je prรฉfรจre me dire que je suis simplement diffรฉrent, et comprendre pourquoi. Je veux comprendre pourquoi je ne suis pas comme les autres, et plus que tout pourquoi je ne suis pas comme toi.
Ainsi, je sais que je suis dans certaines cases et non dans dโautres. Je sais quโelles existent et tout ce que je veux est dรฉcouvrir vraiment qui je suis et non me donner des รฉtiquettes. Pour me connaรฎtre un petit peu mieux, jโavais demandรฉ ร mon ancien professeur de physique โ avec lequel je mโentends excellemment bien โ de passer un test pour connaรฎtre la raison de mon รฉtrangetรฉ. Finalement cโest mon professeur principal qui a repris le flambeau โ ou plutรดt ma professeure principale, professeure dโAnglais pour qui je conรงois un immense respect et un grand attachement.
Aussi, alors que je mangeais comme ร mon habitude avec une amie chez la CPE, elle me raconta quโelle sโรฉtait faite disputรฉe par la mรชme professeure que celle qui mโavais prรฉcรฉdemment horripilรฉe. Outrรฉ, je rรฉflรฉchis toujours ร quel hauteur pourrais-je durant la semaine, provoquรฉ un scandale car, de mon point de vue, ces actes en mรฉritent bien un. Figure-toi, bien que tu tโen doutes dรฉjร sรปrement, que la raison pour laquelle elle se fit disputer est pire que la mienne, elle nโavais strictement que suivie les ordres quโon lui avait donnรฉs. Tu ne sais pas combien il mโest difficile de ne pas dรฉcrire prรฉcisรฉment ce que je souhaitais faire ร la pauvre vieille femme, mais je ne veux pas que mes mots souillent ta pensรฉe si dรฉlicate alors je saurais mโabstenir de te clamer la description des honteuses idรฉes qui me viennent ร lโesprit.
LETTRE SEPTIรME
Mardi 11 Octobre
Bien chรจre โโโโโโโ,
Je suis profondรฉment scandalisรฉ, profondรฉment outrรฉ et meurtri par les propos qui mโarrivรจrent. Mon amie de la derniรจre fois, alors que nous mangions encore une fois dans la mรชme salle isolรฉe, mโavoua quโil arrivait de temps ร autre ร ce quโelle te parle et se plaignent de moi. Comment ? Pourquoi ? Quโai-je fait pour que lโon me trahisse ainsi ? Elle qui รฉtait la seule personne ร qui je parlais encore, car je commenรงais ร lโapprรฉcier. Elle me plante un couteau dans le dos et la plaie nโest pas prรจs de se refermer. Comment ? Par quel procรฉdรฉ a-t-elle pris conscience quโil existait de si cruels affronts ! Quelle offense me fit-elle, de plus en venant me le confesser ! ร moi ! Il nโen sera pas ainsi, lorsquโelle sโy attendra la moins, moi aussi saurai la faire souffrir, pleurer et saigner. Ce crime envers lโรฉtique amicale, envers moi, ne restera impuni. Je suis chรขtier par les gens qui ont cessรฉs mโรชtre fidรจles. Quโai-je bien pu faire pour mรฉritรฉ pareil supplice ? Quel ami, quel diable pourrait faire cela ! Quelque part jโai honte dโailleurs, de vouloir lui me faire mal pour passer le temps et la douleur. Je veux me pendre. Vรฉritablement, je sens les idรฉes noires me revenir, idรฉes dont jโavais presque oubliรฉ lโexistence. Je pleure en รฉcrivant ces mots et sur le papier, au contact de mes larmes, sโefface mon รฉcriture et la haine qui en dรฉgage. Est-ce donc cela le bon chemin ร suivre ? Tromper la haine par la tristesse ?
NOTE AU LECTEUR
Vous qui avez tout lu de ce journal, nโavez vous de vie pour vous intรฉresser ร celle-ci qui nโest, malgrรฉ tout ce qui est racontable ร son sujet, absolument pas captivante ? Si vous nโavez de vie, alors comment, vous cadavre, arrivez-vous ร lire ? Sincรจrement je me pose la question.
Autre possibilitรฉ : vous allez au bout de ce que vous commencez. Si cโest le cas je vous admire รฉnormรฉment et espรจre que nous adhรฉrons aux mรชmes valeurs, agissons pour les mรชmes causes et aspirons ร un idรฉal commun, ร savoir une sociรฉtรฉ oรน hommes et femmes seraient รฉgaux et oรน lโintelligence dominerait, par son illustre grandeur et sa lumiรจre, sur lโignorance qui aux heures oรน jโรฉcris ces lignes, reste une bien trop noire idรฉe dont les adeptes forme une bien trop sombre proportion de lโeffectif humain de notre รฉpoque.