Ce glyphe est de forme carrée et se compose d’un unique carré plein en trait fin. Il s’agit du glyphe Ko, qui représente le monde des esprits. Il constitue également une clé fondamentale de l’écriture muloquoise, puisqu’une part considérable des glyphes l’intègrent dans leur composition. Le monde mental des Muloquois, comme celui de nombre de peuples premiers d'Aleucie, est largement structuré autour de la dichotomie entre le monde matériel et le monde des esprits. Notons que les esprits ne se limitent pas aux seules entités liées aux êtres matériels que l’on rencontre ; ils englobent également les dieux ainsi que les éléments naturels qui, par leur importance ou la puissance qu’ils incarnent, ont été tenus pour divins. Par ailleurs, on remarquera que l’écriture muloquoise reflète une conception selon laquelle le monde spirituel est en soi extérieur et supérieur au monde matériel. Ainsi, lorsque l’on veut signifier l’interpénétration des deux deux mondes, c’est le glyphe Ma (le monde matériel) qui contient Ko (le monde spirituel), et non l'inverse, comme on le voit par exemple dans le glyphe Mako (le sanctuaire). Et lorsque les deux mondes sont distincts ou opposés, c’est le monde des esprits qui se place au-dessus du monde des hommes, comme l’illustre le glyphe Polpakkojumma (la malédiction). Cela nous montre bien, si il en était besoin, que les muloquois se localisaient dans un monde matériel dans lequel le monde spirituel, plus noble, s'autorisait des excursions.
Le Glyphe Polpakkojumma ou Glyphe de Malédiction (AN)
Ce glyphe est rectangulaire dans le sens vertical. Il se compose, dans sa partie supérieure, d’un carré tracé en trait fin contenant un triangle vide qui surmonte un carré vide, et dans sa partie inférieure, d’un carré tracé en trait épais renfermant un disque ou cercle vide. Les Aleuciens muloquois de Barbery nomment ce glyphe Polpakkojumma, qui signifie littéralement : « Le chef qui est à craindre est dans le monde des esprits, et l’homme est dans le monde matériel ». Cette signification peut sembler obscure et peu directement liée à l’idée de malédiction. Il faut, pour la comprendre, se référer à la manière de penser muloquoise. Le « chef qui est à craindre » désigne ici, de manière évidente, une divinité, comme l’indique clairement sa présence dans le monde des esprits. L’homme, quant à lui, se trouve dans le monde matériel et s’en trouve détaché du dieu. C’est ce détachement qui fait de lui un homme profane, un jumma. En somme, la malédiction chez les Aleuciens muloquois procède moins de la colère d’un dieu que de son abandon, c’est-à-dire du retrait de la protection du « chef à craindre », laissant l’homme livré à la merci de ceux qui, jusqu’alors, craignaient son protecteur. Formellement, ce glyphe réunit les clés Pol (tabou) et Pak (chef), ainsi que les glyphes Ko (le monde des esprits) et Jumma (l’homme profane). Il est assez fréquent, car on le rencontre souvent dans les textes d’exécration et de malédiction destinés à protéger les lieux sacrés et les objets de culte.
Le Glyphe Jumbomapak ou Glyphe du Profanateur (AO)
Ce glyphe est de forme carrée. Il se compose d’un carré plein tracé en trait épais, dans lequel se trouve un carré plein en trait fin renfermant un trait fin vertical qui surmonte un disque ou cercle vide, et est surmonté de trois carrés vides, et flanqué de deux traits épais verticaux, eux-mêmes accompagnés de six triangles vides de chaque côté. Les Muloquois de Barbery appellent ce glyphe Jumbomapak, c’est-à-dire le profanateur, et littéralement : « L’homme qui entre illégalement dans le conseil des dieux qui est interdit aux hommes ». Ce glyphe est complexe et réunit plusieurs glyphes et clés, mais il apparaît avant tout comme un dérivé de Bomapak (le conseil des chefs ou l’assemblée des dieux). La présence de trois carrés vides dans la partie supérieure du glyphe, formant Polpolpol (l’interdit absolu, le tabou infranchissable), rend impossible l’idée que l’on puisse être en présence de chefs et rend évident que le pak de Bomapak fait référence à l'assemblée des dieux. On remarquera également le disque ou cercle vide, qui constitue la clé de Jum (l’homme). On peut en déduire que, chez les Aleuciens muloquois, un profanateur est avant tout un homme qui pénètre là où il n’a pas le droit d’aller. Ce glyphe n’est pas rare et, comme on peut s’y attendre, on le rencontre fréquemment aux abords des lieux sacrés muloquois.
Ce glyphe est de forme carrée. Il se compose d’un carré plein tracé en trait épais, dans lequel se trouve un carré plein en trait fin renfermant un disque ou cercle vide. Ce glyphe se prononce Jummako, ce qui signifie littéralement « l’homme dans le sanctuaire » et que l’on doit rendre par « l’homme qui a reçu une initiation », d’où son nom logographique de glyphe de l’initié. Il se compose des glyphes Ma, le monde matériel, et Ko, le monde des esprits, les deux donnant le glyphe Mako, sanctuaire, ainsi que de la clef Jum, le disque, c'est à dire la clef de l’homme. Comme nombre de sociétés aleuciennes, et de sociétés en général d’ailleurs, les Muloquois disposaient de rites d’initiation destinés à faire acquérir un statut particulier. Outre l’entrée à l’âge adulte, on pense naturellement aux chefs et aux prêtres, mais il existait en réalité bien plus d’états nécessitant une initiation, même si certains nous sont pour l’heure encore largement inconnus et doivent peut être le demeurer pour toujours. Ces initiations, dont le déroulé devait certainement beaucoup varier et qui, par leur nature secrète, ne nous sont pas connues, étaient précédées d’épreuves visant à juger si l’aspirant était digne de l’état qu’il convoitait, puis l’on passait aux rites à proprement parler qui pouvaient être multiples et inclure plusieurs étapes et le recours à plusieurs individus d'états différents. Notons que la notion d’initiation est centrale chez les Muloquois, ce qui peut se voir, notamment, par le fait que la profanation, c'est à dire le Glyphe Jumpokopak, est pour eux, étymologiquement, la pénétration d’un profane, un non-initié, un Jum, dans un endroit qui lui est défendu, Pol, et que la malédiction, Polpakkojumma, autre exemple, consiste moins en la colère d’un dieu qu’au détachement de celui-ci de son initié, ce qui revient, en un sens, à rompre le lien initiatique et constitue un chatiment abominable et craint de tous.
Le Glyphe Jum ou Glyphe de l'Homme ou Glyphe du Profane (AQ)
Ce glyphe est de forme carrée. Il se compose d’un carré plein tracé en trait épais, dans lequel se trouve un disque ou cercle vide. Ce glyphe se prononce Jum et signifie l’homme ou le profane, les deux notions étant elles-mêmes disjointes et devant se distinguer l’une de l’autre selon le contexte dans lequel est employé ce glyphe. Formellement, il se compose du glyphe Ma, le monde matériel, et de la clef de l’homme, qui se prononce Jum. En toute logique, on devrait le traduire par « l’homme qui est dans le monde matériel », mais en réalité le Ma n’est là avant tout que pour habiller le glyphe, car le muloquois ne permet pas qu’une clef faite d’un seul petit symbole (carré vide, disque, triangle vide) soit représentée seule. Sans cette règle typologique, on pourrait distinguer Jum, l’homme, de Jumma, le profane, mais ce n’est pas le cas dans les faits et la prononciation Jumma n’existe sans doute pas, tout du moins si l’on s’en tient à ce que nous enseignent les derniers Aleuciens Muloquois de Barbery, notre seule source pour établir les valeurs phonétiques des glyphes. Ce glyphe est d’un usage très courant et se rencontre dans à peu près tous les contextes, et ce autant dans son acception littérale, le profane, que dans son acception imposée par la typologie, l’homme.
Comprendre la construction des glyphes en haut muloquois : Reconnaitre et distinguer certaines clefs de glyphe et quelques glyphes-clés fondamentaux
Mlle Hochet montrant une boite muloquoise et les inscriptions que l'on trouve à son sommet.
...Début de la transcription du cours
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le mentionner, le muloquois et les langues apparentées sont des langues dites polysynthétiques, c’est-à-dire qu’il y a en quelque sorte confusion entre le mot et la phrase, et que le mot englobe et agglutine l’ensemble des composantes de la phrase pour former un seul et unique mot. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il n’y ait pas de ponctuation, qu’une phrase muloquoise débute au début de la ligne à gauche, ou au début de la colonne en haut, et aille continûment jusqu’au bout. Il n’est pas question ici d’aller plus en profondeur concernant la syntaxe de cette langue, ou plutôt de son écriture, d’autant plus que le haut-muloquois, qui est le seul qui nous occupe ici, est très limité en la matière comme nous aurons l'occasion d'y revenir plus tard dans ce cycle de cours.
Non, dans ce cours, je vais vous parler des clefs et des lois que l’on observe pour ce qui regarde la composition des glyphes. Car le haut-muloquois fonctionne avec des clefs, comme l’essentiel des systèmes logographiques, ou idéographie comme on le dit aussi assez fautivement, c’est-à-dire les systèmes d’écriture dans lesquels on transmet d’abord du sens plutôt que de la phonétique. À ce sujet, je me permets de vous rappeler que les valeurs phonétiques que je vous donne dans ce cours reposent exclusivement sur ce que nous ont transmis les Aleuciens muloquois de Barbery, et il s’agit de sonorisations très tardives, sans doute énormément influencées par le bas muloquois et donc largement dissemblables à celles qu’employaient les scribes qui ont employés ces glyphes. Disons-le clairement : il n’existe plus aujourd’hui aucune source solide témoignant de la valeur phonétique ancienne des glyphes que nous étudions. Cet état de fait pousse d’ailleurs certains savants à rejeter totalement la phonétisation muloquoiso-barberienne et à se contenter d’une approche purement sémiologique de l’écriture. Pour ma part, si vous tenez à connaître ma position en la matière, je pense que la prononciation, il est vrai tardive, que nous offrent ces dernières populations indigènes est un outil précieux qu’il faut savoir garder à sa place. Personnellement, je me sers ponctuellement de la valeur phonétique des glyphes car elle me permet de mieux les manipuler, mais je reconnais qu’en l’absence de composante phonétique de l’écriture, il n’y a pas de rébus en muloquois, rien ne rend indispensable l’emploi de cette phonétisation tardive. Que chacun fasse donc comme il veut en la matière pourvu qu'il soit capable d'en rendre compte.
Donc, comme je le disais, le muloquois dispose d’une écriture purement logogrammique, ou idéographique comme on le dit souvent assez fautivement, dans laquelle ce sont les signes qui donnent la valeur des glyphes sans aucune médiation du son. Cela dit, comme pour les systèmes phonétiques, cela n’empêche nullement la plurivocité des signes, et il n’est pas rare qu’un glyphe ait plusieurs acceptions. Cependant, ces acceptions ne sont en réalité jamais arbitraires et procèdent plutôt de choix opérés puis traditionnalisés dans la lecture de ces glyphes. Notons cependant qu’il n’y a pas d’équivalent logographique au phénomène d’homophonie des systèmes phonétiques, je veux dire qu’employer le même glyphe dans deux sens différents ce n’est pas comme employer deux mots distincts mais qui se confondent, car chaque glyphe est considéré comme un être propre et sa plurivocité n’entraîne pas sa division. C’est un détail, mais cela peut avoir son importance.
A présent, attaquons le sujet de ce cours, à savoir comment se compose un glyphe. Il se compose de clefs et de glyphes plus simples. On appelle clefs les signes chargés de sens qui n’ont cependant pas d’existence autonome, dans le sens où ces signes n’existent pas isolément dans l’écriture ; ils ne forment pas de glyphe à eux seuls. On parlera plutôt de glyphes-clefs quand le signe forme un glyphe à lui tout seul. Nous allons montrer tout cela en nous servant de cette jolie boîte aleucienne qui vient des villages muloquois de Barbery et qui, sans être très ancienne, est tout de même authentique dans ses inscriptions en ce que l’on les retrouve déja dans du mobilier archéologique archaique, mobilier que, naturellement, je ne peux pas manipuler comme ça.
Reproduction des inscriptions du couvercle de la boite.
Comme vous le voyez, cette inscription est horizontale et se compose de deux glyphes. Si vous avez un peu de mémoire et que vous n'avez pas été trop inattentifs durant les précédents leçons, vous n'aurez aucun mal à reconnaitre le premier glyphe car, étant très fréquent, nous l'avons déja rencontré plusieurs fois dans le cadre de mon cours . Il s'agit naturellement de Pol, le glyphe du Tabou. Vous savez, ce glyphe un peu particulier qui fonctionne comme une interjection et dont le sens varie selon si il y en a un seul ou si ils sont deux ou trois. Vous le voyez, il se compose d'un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un carré plein en trait fin dans lequel se trouve un carré vide. Sachez qu'il se compose en réalité de deux glyphes et d'une clef. Les deux glyphes sont Ma, le monde matériel, et Ko, le monde spirituel, et la clef, qui est la clef du tabou justement, est le carré vide. Voici une petite illustration pour vous aider à comprendre :
Planche montrant la composition du glyphe Pol, la glyphe du tabou
Vous le voyez, il ne s’agit, en définitive, que de connaître les glyphes et les clefs dont est fait le glyphe considéré pour comprendre plus ou moins ce qu'il signifie. Je ne dirai rien sur Pol, vous reprendrez vos cours. Vous verrez que vous comprendrez beaucoup mieux tout ce que l’on a déjà dit précédemment. En revanche, peut-être pourrions-nous nous permettre un petit excursus concernant les règles de tracé des glyphes. Vous connaissez déjà les formes de base, c’est-à-dire le trait épais, le trait fin, le carré vide, le disque et le triangle vide. Voila pour les formes, mais vous vous douter bien qu'il existe aussi des règles dans la disposition de ces formes. Vous allez voir, c’est très simple. Comme nous l’avons déjà vu, il existe deux types de formes générales : les glyphes à base rectangulaire (horizontale ou verticale) et les glyphes carrés. Ainsi les formes qui peuvent se modifier, à savoir celles qui sont en trait et non celles qui sont vides, vont épouser les bords du glyphe, puis les formes modifiables qu’elles contiennent vont se comporter de la même manière, et ainsi de suite. On ne cherche pas à remplir l’espace, mais à bien placer les formes. On n’agrandit ni ne diminue jamais les formes vides ; le haut muloquois tolère très bien le vide mais pas le changement d’épaisseur des traits ni la déformation des formes vides. Si vous avez bien fait attention aux descriptions des glyphes, vous aurez remarqué que l’on ne fait pas de description absolue, mais qu’elles sont toujours relatives, je veux dire relatives à un élément considéré, avec comme règle générale d’aller de l’extérieur à l’intérieur et de haut en bas (ou plutôt du spirituel au matériel) entre les composantes distinctes.
Mais voilà qui suffit, je pense, sur ce sujet. Poursuivons notre traduction. Nous allons attaquer le deuxième glyphe, sur lequel il y a beaucoup plus de choses à dire. Vous trouverez dans la planche que je vous fais passer une partie des opérations de combinaison nécessaires pour obtenir le glyphe central de cette inscription, c’est-à-dire Takomapokjumpopolpak ou glyphe du Konjac. Au passage, vous constatez que les systèmes phonétiques sont souvent beaucoup plus économes en mots et en notions que les systèmes logographiques car nous, il nous faut six petites lettres pour signifier le Konjac, là où le muloquois ancien devait associer par moins de sept clefs pour neuf signes. En revanche, le sens du mot est beaucoup plus profond et fascinant.
Planche montrant les principales étapes de construction du glyphe Takomapokjumpopolpak
Nous commençons donc par la première opération, à savoir la combinaison de Ta, l’eau vive, et de Ko, le monde des esprits. Je n’insiste pas sur ces glyphes, nous les connaissons pour les avoir déjà vus, ce sont des glyphes de base, et tous les deux des glyphes-clefs. En les combinant on obtient très logiquement le glyphe Tako. Ce glyphe est pour ainsi dire quasi identique à Boma, le feu de camp, si ce n’est que Boma est retourné verticalement et que souvent il perd la forme rectangulaire de Bo pour adopter la forme carrée de Ma. Et ce n’est pas la même épaisseur de trait entre Ma et Ko, et cela change tout. Le feu de camp est matériel (trait épais de Ma), tandis que l’eau vive dont il est question est spirituelle (trait fin de Ko). Cette eau vive spirituelle a une importance centrale dans la religion muloquoise et sa représentation du monde ; il s’agit de la Rivière de la Vie. Je ne vais pas trop entrer dans le détail, c’est un vrai sujet à part entière, mais sachez que tout ce qui est vivant vient de la Rivière de la Vie et est appelé à y retourner après sa mort. Notons qu’il y a un distinguo à opérer entre le fleuve sacré du Makota et la Rivière de la Vie, c’est que le premier est matériel et spirituel là où la seconde est purement spirituelle.
On en arrive donc à notre seconde combinaison, à savoir Tako, la Rivière de la Vie, et Ma, le monde matériel. Cela nous donne naturellement Takoma. Il s’agit de la rivière de la vie pénétrant dans le monde naturel, et donc sa signification est « être vivant ». Vous voyez que le carré plein en trait épais est vide. C’est normal, on parle encore à ce stade d’être vivant en général ; il va se remplir quand nous allons préciser, et c’est précisément la troisième combinaison. Takoma, l’être vivant, accueille dans sa partie matérielle, Ma, le glyphe Pok, la montagne, la hauteur. Ici, il faut comprendre, grâce à la logique de la plurivocité des glyphes que nous avons évoqué en début de cours, que Pok possède un sens dérivé de son sens général de hauteur et qui est celui de l’accroissement vers le haut, de la croissance en somme. Et l’être vivant qui grandit, c’est ainsi qu'en muloquois l’on parle des plantes. Takomapok désigne donc les plantes. Enfin, la dernière opération consiste à associer Takomapok et Jumkopolpak. Inutile d’entrer dans l’analyse de Jumkopolpak, faites-moi confiance, cela veut dire prêtre. La combinaison des deux, c’est-à-dire que Jumkopolpak entre dans le Pok de Takomapok nous renseigne sur le fait que c’est la plante qui est liée à Jumkopolpak (on remarquera que les sribes ont fait le choix de faire tomber le Mako, sanctuaire, de Jumkopolpak pour des raisons de praticité d'écriture). Concrètement, vous l'aurez compris, le Takomapokjumkopolpak est la plante des prêtres, et c’est bien ainsi que l’on appelle le Konjac dans cette écriture. Là encore, nous passons, mais il y aurait à dire sur le pourquoi de cette association et ses implications culturelles et religieuses.
En conclusion, on comprend maintenant ce que veut dire cette inscription, Pol Takomapokjumkopolpak. Il s’agit d’une mise en garde informant celui qui manipule la boite que celle-ci contenait, ou avait vocation à contenir, la plante des prêtres, c’est-à-dire le Konjac. Sans doute en poudre, et pour un usage rituel. Enfin, cette inscription sur cette boîte nous a permis de voir comment fonctionne le système de clefs et de glyphes-clefs.
Le Glyphe Tako ou Glyphe propre de la Rivière de la vie (AR)
Ce glyphe est de forme rectangulaire sur le plan horizontal et se compose d’un carré tracé en trait fin dans lequel se trouvent deux traits épais horizontaux entre lesquels se trouve un trait fin horizontal. Ce glyphe se prononce Tako chez les Aleuciens muloquois de Barbery. Formellement, il s’agit du glyphe Ta, l’eau vive, placé dans le glyphe Ko, le monde spirituel. Littéralement, on pourrait le traduire par « la rivière qui coule dans le monde des esprits », mais il est d’usage d’employer la formule « Rivière de la Vie ». La Rivière de la Vie est un concept éminemment important dans la spiritualité muloquoise, car il s’agit de l’origine de la vie matérielle et de sa fin ultime. En effet, tout ce qui est vivant vient de la Rivière de la Vie et y retourne après sa mort pour revenir ensuite sous la forme d'un nouvel être vivant dans une logique cyclique. C’est d’ailleurs quelque chose qui est particulièrement bien rendu à l’écrit, car le glyphe Tako, la Rivière de la Vie, est employé comme clef pour l’ensemble des glyphes désignant les êtres vivants. Notons cependant que Tako, la Rivière de la Vie, ne doit pas être confondu avec Makota, le Fleuve Sacré entre le monde des esprits et le monde matériel, bien que ces deux cours d'eau soient évidemment liés. Le fleuve Makota est en effet quelque chose de matériel et de sacré (une force de la nature divinisée) qui est le véhicule par lequel les âmes quitte le monde des esprits ou y retournent, tandis que Tako, la Rivière de la Vie, est purement spirituel et hors du monde matériel. Dans les faits, Tako est avant tout utilisé comme glyphe-clef pour transcrire les espèces vivantes ; sinon, on peut le croiser ça et là dans un cadre religieux et mystique.
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. En bas l’on trouve un rectangle plein en trait fin dans le sens horizontal dans lequel se trouvent deux traits épais horizontaux entre lesquels se trouve un trait fin horizontal. En haut l’on trouve un rectangle plein en trait épais. Ce glyphe se nomme Takoma et il peut être traduit littéralement comme « l’émanation de la rivière de la vie dans le monde matériel ». Concrètement, il se compose des glyphes Tako, la Rivière de la Vie, et Ma, le monde matériel ce qui, associé à sa configuration spatiale, désigne les êtres vivants sans distinction, pris au sens large. Ainsi, que ce soit un homme, un animal ou une plante, il est possible de les désigner via ce glyphe. En revanche, il ne peut être utilisé pour désigner un esprit ou, au contraire, un être purement matériel comme, par exemple, une pierre. Ce glyphe est la manifestation à l’écrit de la croyance muloquoise que la vie est d’origine spirituelle et est à comprendre comme se trouvant dans un cycle perpétuel, un peu comme un cours d’eau mais coulant sans cesse dans le même sens et dont les eaux passeraient et repasseraient perpétuellement par les mêmes endroits avant de retourner à leur source qui est en même temps leur estuaire. Ce glyphe est cependant employé de manière beaucoup plus prosaïque que le glyphe Tako, la Rivière de la vie, qui sert à le construire, et on le trouve employé dans de nombreux contextes, y compris souvent profanes, puisqu’il sert à construire l’intégralité des glyphes désignant les êtres vivants, à l’exception de l’homme en tant qu’homme et ses dérivés qui ne disposent pas de la glyphe-clé Tako, sans doute du fait qu'il est alors contextuellement considéré comme un être hybride entre le monde matériel et selon des esprits. Cependant, il est à noter qu'il existe bien un glyphe rare qui se compose de Tako, la Rivière de la vie, Ma, le monde matériel, et Jum, l'homme, et qui se nomme très logiquement Takomajum, et qui renvoie à la notion d’homme comme être vivant et qu’il est de coutume, pour cette raison, de nommer glyphe de l’être humain ou l’animal homme.
Le Glyphe Takomapok ou Glyphe de la vie végétale (AT)
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. En bas, un rectangle plein tracé en trait fin qui occupe un quart vertical du glyphe et qui contient deux traits épais horizontaux entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. En haut, un rectangle plein en trait épais dans lequel se trouve un triangle plein en trait épais. Ce glyphe se prononce Takomapok chez les Aleuciens des derniers villages de Barbery, et il signifie, littéralement, « l’émanation de la Rivière de la Vie dans le monde matériel et qui gagne les hauteurs ou s'accroit vers le haut », c’est-à-dire un être végétal, une plante. Ce glyphe se compose de Takoma, l’être vivant, c’est-à-dire l’émanation de la Rivière de la Vie, et de Pok, la montagne, la hauteur et l’idée de croissance. On pourra en apprendre davantage sur la Rivière de la Vie en allant lire l’entrée consacrée au glyphe Takoma. On notera au passage que l'étymologie de cette glyphe rend remarquablement bien la vision du monde partiellement panthéistique, mêlée de vitalisme, qui est celle des Muloquois, vision selon laquelle les plantes sont dotées d’une âme et d’une essence mystique tout à fait comparable à celle des hommes et des animaux. En ce qui concerne la fréquence d’emploi de ce glyphe, il s’agit d’un glyphe assez commun que l’on rencontre fréquemment tant dans les témoignages épigraphiques que dans le registre mobilier. La vie des Muloquois étant faite, pour l’essentiel, de chasse en milieu naturel, de cueillette et de petites cultures saisonnières, le besoin de désigner les plantes et de les distinguer les unes des autres s’est fait logiquement ressentir, c'est pourquoi Takomapok est aussi le glyphe-clé sur lequel se construisent l'ensemble des glyphes désignant les plantes.
Ce glyphe est de forme carrée et se compose d’un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un carré plein en trait fin, dans lequel se trouvent un triangle vide surmontant un carré vide surmontant un disque vide. Ce glyphe se prononce Jumkopolpak, et signifie, littéralement : « l’homme qui est dans le sanctuaire au service du chef qu’il convient de craindre », c’est-à-dire le prêtre. Notons que de façon purement phonétique, il faudrait dire Jummakopolpak, le glyphe Ma, c’est-à-dire le monde matériel, semble avoir disparu à l’usage. Nous faisons ici le choix de respecter l’usage des Muloquois de Barbery contre les lois de la phonétique, mais il est vraisemblable que les anciens Muloquois prononçaient ce Ma ou ce qui en tenait lieu à l’époque. Certains, parmi les muloquoisologues modernes, estiment que ce Ma est tombé intentionnellement pour magnifier la figure du prêtre en ôtant de son glyphe la valeur phonétique de ce glyphe-clef un peu vile qui est Ma, glyphe de la matérialité. En réalité, le plus probable est que ce glyphe de Jumkopolpak ait existé sous les deux formes et que la forme la plus logique, celle de Mako, ait fini par l’emporter sans que cela n’affecte cependant sa prononciation. Il n’est pas possible, à ce jour, de trancher cette question de manière définitive. En ce qui concerne le sens de ce glyphe, il fait référence au prêtre, ou shaman, celui qui, après avoir reçu une initiation qui en fait un intime des esprits, réalise les rites en lien avec eux et conserve la mémoire de la tribu. Nous préférons employer le terme de prêtre plutôt que celui de sorcier car il n’y a aucune notion de sorts ou de malédictions dans sa pratique et que ce mot nous semble connoté trop négativement ; hors le prêtre est au contraire un intermédiaire, un pont entre le monde matériel et les entités du monde spirituel. Il n’y a donc aucune raison de lui refuser la prêtrise comme cela se fait trop souvent ailleurs, mais il s’agit bien entendu d’une prêtrise païenne. Ce glyphe est d’usage assez courant, notamment pour la transcription des rites ou la signalisation des sanctuaires. Par ailleurs, notez qu'en faisant tomber Mako, Jumkopolpak permet de former la clef du prêtre, c'est à dire : Un triangle vide surmontant un carré vide surmontant un disque vide.
Le Glyphe Takomapokjumkopolpak ou Glyphe du Konjac (AV)
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. La première partie est en bas, sur un quart, et se compose d'un rectangle plein en trait fin dans lequel se trouvent deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. La seconde partie est au-dessus, sur les trois autres quarts, et consiste en un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un triangle plein en trait épais, dans lequel se trouve un triangle vide surmontant un carré vide surmontant un disque. Ce glyphe se prononce Takomapokjumkopolpak dans la prononciation des derniers villages muloquois de Barbery. La longueur de ce nom n’a rien d’arbitraire, elle vient du caractère hautement composé de ce glyphe. Littéralement, ce glyphe signifie : « l’émanation de la Rivière de la Vie dans le monde matériel qui s’accroît vers le haut et qui est liée à celui qui se trouve dans le sanctuaire au service du chef qu’il faut craindre ». Plus simplement, on peut le traduire directement par « plante des prêtres ». Et cette plante, c’est le Konjac. Le Konjac est une plante à cormes (une sorte de tubercule) dont les prêtres muloquois font un grand usage dans leur alimentation, notamment pour servir de base à leur potage cérémonial. Cette plante dont on ne mange que le corme, que l’on a préalablement séché et réduit en poudre, n’a cependant aucun goût ni aucune qualité nutritive ; il s’agit d’un pur épaississant qui permet cependant de donner du corps aux décoctions qui, elles, peuvent avoir des vertus diverses, médicinales ou psychotropes grace à l'ajout d'autres plantes. Il s'agit donc, en quelque sorte, d'une base, d'un substrat neutre. On ne sait pas bien comment est arrivé le Konjac en Nouvelle-Gallouésie, mais il s’agit d’une plante originaire de Nazum. On la cultive toujours dans le monde monastique makotan, et c’est d’ailleurs auprès des communautés religieuses volignonistes que l’on peut l’acheter où elle est employée comme coupe-faim et comme alliée contre les tentations sensuelles. Cependant, le Konjac est à présent totalement naturalisé en Centre-Aleucie et se trouve à l’état sauvage partout dans les terres du Makota, du Dakora et de Barbery. Les Aleuciens muloquois de Barbery continuent d’ailleurs de la cultiver ou de la prélever car, outre de servir aux décoctions des prêtres, elle est également largement intégrée à l’alimentation traditionnelle de cette population.
Comprendre un texte en haut muloquois : La dispute de Polpakmatakomapok et Polpakmatakomata à l'assemblée des dieux
Mlle Hochet montrant une impression du texte.
...Début de la transcription du cours Pour ce quatrième cours de haut muloquois, je pense qu’il est grand temps d’attaquer un texte et de ne plus se contenter de simples inscriptions aussi intéressantes soient-elles. Il s’agira aussi de nos premiers hiéroglyphes, car jusqu’à présent nous n’avons vu que des pétroglyphes. Je vous fais passer le texte sur lequel nous allons travailler ; tâchez de vous assurer que chacun ait le sien. Normalement, il y en a assez pour tout le monde. Comme vous pouvez le voir, il n’y a aucune différence entre pétroglyphe et hiéroglyphe. En haut muloquois, il n’existe d’ailleurs qu’une seule écriture, purement solennelle, et aucun équivalent à une écriture cursive. Si vous vous rappelez bien de ce que nous avons dit, cela ne devrait pas vous surprendre, puisque nous avions indiqué que les Muloquois avaient une approche mystique et cérémonielle de l’écriture, et non pratique. On n’écrit que ce qui est digne d’être lu, et non pas ses comptes ou sa liste de courses. C’est pourquoi, donc, il n’y a pas d’écriture cursive.
Vous allez me demander, alors, s’il n’y a pas de différence entre les hiéroglyphes et les pétroglyphes et si, globalement, le haut muloquois n’a qu’une seule graphie, pourquoi faire une distinction entre ces deux mots ? C’est uniquement une question de support : les pétroglyphes sont taillés dans la pierre ou d’autres supports durs, tandis que les hiéroglyphes sont écrits sur de l’écorce, de l’argile ou d’autres supports tendres. Il s’agit là de la seule différence. N’oubliez pas cela, et ne soyez donc pas intimidés par l’emploi de ces mots savants, sans doute un peu trop complexes pour ce qu’ils signifient. Mais laissons cela et passons à la traduction du texte. Nous avons un peu de travail, comme vous allez le voir.
Ce texte était inscrit sur une série de plusieurs écorces de boulot qui étaient conservées au Dakora et qui sont actuellement perdues. Sans doutes dorment elles dans une réserve oubliée au milieu des gravats et des miasmes putrides du Wasteland. Heureusement, des copies de ce texte ont été faites et publiés avant qu'il ne devienne inaccessible. Vous le voyez d'un tenant, mais il faut bien vous dire qu'il y avait trois écorces. Enfin, laissons cela et attaquons la traduction, nous verrons nombres de choses utiles et intéressantes en nous contentant d'analyser et de traduire ces phrases. Je vous rappelle, une nouvelle fois, qu'il n'y a ni majuscule ni point en haut muloquois et que la seule façon de signifier un changement de phrase consiste à passer à la ligne. C'est donc tout naturellement que nous allons passer de ligne en ligne en commençant par la première.
La première ligne, donc, se compose de trois glyphes. Si vous faites bien attention vous verrez que nous les connaissons déja tous les trois : Boma ou le feu de camp, Bomapak ou le conseil des chefs, Polmakopakpok ou les dieux. Phonétiquement, selon les sonorités des villages barberiens, l'on obtiendrait ceci : Boma bomapak Polmakopakpok. On peut traduire : "Au feu de camp où s'assemblent les dieux". En réalité, il y a une double tautologie dans cette phrase puisque Bomapak, le conseil des chefs (ou des dieux), inclut déja un feu de camp, non seulement sur le plan grammatologique (dans le glyphe) mais aussi sur le plan sémiotique (la définition) puisque c'est le feu de camp où les chefs (ou les dieux) s'assemblent, Boma pak. Quant à Polmakopakpok, les dieux, ils sont là sans doute pour lever une légère ambiguïté possible car , comme je l'ai dit, Bomapak peut tout autant signifier l'assemblée des chefs que l'asssemblée des dieux, car les dieux ne sont, en un sens, qu'un type de chef (ou les chefs une sorte de dieux subalternes incarnés). On ne peut pas exclure non plus qu'il s'agisse d'un choix littéraire et stylistique pour développer cette phrase introductive qui serait beaucoup moins profonde si elle composait que seul glyphe Bomapak. Nous obtenons donc comme traduction : "Au feu de camp où s'assemblent les dieux".
La deuxième phrase se compose de cinq glyphes qui, là encore, nous sont tous connus. Le premier est Polmakopakpok, il précède et qualifie Polpakbo, "Celui qui est au dessus et qui commande au feu", le dieu du feu, qui est l'un des dieux au sommet du panthéon muloquois. Il est suivi de Makota, lui aussi qualifié de dieu par le glyphe Polmakopakpo, c'est donc le dieu Makota, c'est à dire le fleuve divinisé, maitre des eaux, qui occupe lui aussi une place supérieure dans le panthéon. Et il y a Pak, le chef, mais qui signifie aussi "cheffer", présider, diriger et qui est placé en apposition de l'ensemble. Nous obtenons donc en muloquois de Barbery : Polmakopakpok Polpakbo Polmakopakpok Makota Pak. Et l'on peut traduire : "Les dieux Polpakbo et Makota présidaient".
Avec la troisième phrase, nous allons voir de nouveaux glyphes. Le premier, c'est toujours Polmakopakpok, le dieu. Il complète le glyphe qui suit immédiatement : Polpakmatakomapok, c'est à dire le Chef-qui-est-à-craindre-et-qui-cultive, en sommes Polpakmatakomapok est le dieu de l'agriculture. Le troisième glyphe est Pakpolpakpolpakbo, il indique que cet esprit est soumis à Polpakbo, le dieu du feu. Puis on a de nouveau Polmakopakpok, le dieu, cette fois lié à Polpakmatakomata, c'est à dire "Chef-qui-est-à-craindre-et-qui-pratique-l'élevage", Polpakmatakomata est, en effet, l'esprit ou le dieu de l'élevage. Le glyphe suivant est Pakpolpakmakota, c'est à dire "chef-qui-craint-le-chef-qui-est-à-craindre-Makota". En clair, ce glyphe indique que l'on a affaire à un dieu, une déité ou un esprit qui est subordonné au fleuve Makota divinisé. Enfin, il y a un dernier glyphe, qui donne l'action, c'est Mokkoba, la dispute, se disputer. Donc cette phrase se prononce Polmakopakpok Polpakmatakomapok Pakpolpakpolpakbo Polmakopakpok Polpakmatakomata Pakpolpakmakota Makkoba. Et on peut traduire ainsi : "Polpakmatakomapok, l'esprit de l'agriculture qui sert le dieu Polpakbo, et Polpakmatakomata, l'esprit de l'élevage qui sert le dieu Makota , se disputaient".
La quatrième phrase est interréssante car on y voit pour la première fois un glyphe interrogatif. C'est le premier, celui avec le pok cerclé d'un trait fin. Le cercle plein en trait fin est la clé de l'interrogation, la plupart du temps on indique ce que l'on veut savoir en l'écrivant dans ce cercle en trait fin. Comme ce cercle s'appelle Mar et que l'on voit un pok dedans, il s'agit du glyphe Marpok. Marpok est interrogateur et porte sur la taille ou la hauteur, ainsi que tout ce qui est découle. On pourrait le comprendre comme "qu'en est t-il de la hauteur ?". Et il est suivi par deux glyphes qui sont Matakomapok, culture ou plantation, et Matakomata, l'élevage. On peut donc comprendre l'interrogateur dans ce sens : "Qui est le plus grand de l'agriculture et de l'élevage?". Ensuite l'on voit le glyphe Makomarpolmakopakpok, l'ordre ou commandement divin suivit de Jummako, l'homme initié, l'un des nôtres. Ce qui donne phonétiquement : Marpok Matakomapok Matakomata Makomarpolmakopakpok Jummako. Ce qui peut se traduire : "Laquelle de ces activités, l'agriculture ou l'élevage, est la plus grande pour que nous l'imposions aux hommes qui sont en lien avec nous ?".
Pour la cinquième ligne, on a vu juste les trois premiers glyphes à la ligne 3 : "Polmakopakpok Polpakmatakomapok Pakpolpakpolpakbo", c'est à dire "Polpakmatakomapok, l'esprit de l'agriculture qui sert le dieu Polpakbo". Il est clairement placé en position de thème ici, on peut dire "Pour lui" pour comprendre la proposition suivante : Matakomapok, la culture, Takomapok, les plantes, Moktakoma, la nourriture. Ce qui donne : "Polmakopakpok Polpakmatakomapok Pakpolpakpolpakbo Matakomapok Takomapok Moktakoma", et que l'on peut traduire : "Pour Polpakmatakomapok , l'esprit de l'Agriculture qui sert le dieu Polpakbo, l'agriculture était la plus grande car les plantes [qu'on récoltait] permettaient de se nourrir."
La sixième ligne est la réponse de Polpakmatakomata. On y trouve donc ses trois glyphes, celui de sa divinité, celui de son nom et celui indiquant sa subordination à Makota, le Fleuve divinisé. Puis l'on voir le glyphe Matakomata qui est le glyphe de l'élevage et complété du glyphe Jumjumpakjum, l'ami-de-l'homme-qui-craint-l'homme, c'est à dire le chien. Puis le dernier glyphe est Mokmaktakomata, c'est à dire la chasse. Cette phrase se prononce : " Polmakopakpok Polpakmatakomata Pakpolpakmakota Matakomata Jumjumpakjum Mokmaktakomata". On peut traduire cette phrase ainsi : " Pour Polpakmatakomata, l'esprit de l'élevage qui sert le dieu Makota, c'est l'élevage qui l'emporte car il permet d'avoir des chiens qui sont des serviteurs [utiles] pour la chasse".
Les quatre premiers glyphes de la septième ligne, nous les avons a déja rencontrés tel quel à la deuxième ligne, il s'agit de "Polmakopakpok Polpakbo Polmakopakpok Makota", "les dieux Polpakbo et Makota". Ils sont suivis par Jumjummarmakopolmakopakpok, la trêve ou l'apaisement demandé par les dieux. Puis nous voyons deux autres glyphes que nous avons vus l'un avec l'autre à la première phrase : " Bomapak Polmakopakpok" c'est à dire l'assemblée des dieux. Ce qui donne phonétiquement : "Polmakopakpok Polpakbo Polmakopakpok Makota Jumjummarmakopolmakopakpok Bomapak Polmakopakpok", que l'on peut rendre par : "les dieux Polpakbo et Makota voulurent la paix dans l'assemblée des dieux".
La huitième ligne commence par le glyphe Makomarpolmakopakpok, ordre ou décret divin. Ce glyphe se retrouve en ouverture des deux lignes qui suivent accompagné de Jummako, l'homme initié. Cette formule peut se traduire par : "il fut ordonné aux hommes". Puis nous connaissons la suite : Matakomapok Takomapok, la culture des plantes, puis Matakomata Jumjumpakjum, l'élevage des chiens. Et on peut traduire : "Il fut ordonné aux hommes de cultiver les plantes et d'élever les chiens.
La neuvième et la dixième ligne sont construite de la même façon et vous pouvez déja presque les traduire par vous même. Je n'ai qu'à vous dire que le troisième glyphe est Jumkopolpakpolmakopakpok et qu'il signifier honorer ou rendre un culte et vous pouvez les prononcer ainsi : "Makomarpolmakopakpok Jummako Jumkopolpakpolmakopakpok Polmakopakpok Polpakbo Polmakopakpok Polpakmatakomata Pakpolpakmakota" et "Makomarpolmakopakpok Jummako Jumkopolpakpolmakopakpok Polmakopakpok Makota Polmakopakpok Polpakmatakomata Pakpolpakmakota". Ce qui doit se traduire : "Il fut ordonné que les hommes rendraient un culte à Makota et à Polpakmatakomata, l'esprit de l'élevage, serviteur de Makota et un culte à Polpakbo et à Polpakmatakomapok , l'esprit de l'agriculture".
La onzième et dernière phrase est la conclusion de cette histoire. Elle se compose de sept glyphes dont six que vous connaissez et la septième qui est Jumjumka, qui est la concorde, l'amitié. Cette phrase se prononce se prononce Polmakopakpok Polpakmatakomapok Pakpolpakpolpakbo Polmakopakpok Polpakmatakomata Pakpolpakmakota Jumjumka. Et on peut traduire ainsi : "Polpakmatakomapok, l'esprit de l'agriculture qui sert le dieu Polpakbo, et Polpakmatakomata, l'esprit de l'élevage qui sert le dieu Makota , se réconcilièrent".
Traduction finale :
Au feu de camp où s'assemblent les dieux [Se tenait une réunion que] les dieux Polpakbo et Makota présidaient Polpakmatakomapok, [l'esprit de l'agriculture] qui sert le dieu Polpakbo, et Polpakmatakomata, [l'esprit de l'élevage] qui sert le dieu Makota , se disputaient [entre eux, chacun soutenant une thèse opposée] : Laquelle de ces activités, l'agriculture ou l'élevage, est la plus grande pour que nous l'imposions aux hommes qui sont en lien avec nous ? Pour Polpakmatakomapok , [l'esprit de l'Agriculture] qui sert le dieu Polpakbo, l'agriculture était supérieure car les plantes [qu'on récoltait] permettaient de se nourrir. Pour Polpakmatakomata, [l'esprit de l'élevage] qui sert le dieu Makota,[ c'était, au contraire,] l'élevage [qui] l'emportait [sur la culture] car il permettait d'avoir des chiens qui sont des serviteurs [utiles] pour la chasse. Les dieux Polpakbo et Makota voulurent la paix dans l'assemblée des dieux [et donnèrent satisfaction à leurs serviteurs]. [C'est ainsi qu'] Il fut ordonné aux hommes [de faire ces deux choses, c'est à dire] de cultiver les plantes et d'élever les chiens. Il fut [en outre] ordonné que les hommes rendraient un culte à Makota et à Polpakmatakomata, [l'esprit de l'élevage], serviteur de Makota et un culte à Polpakbo et à Polpakmatakomapok , [l'esprit de l'agriculture], serviteur de Polpakbo. [C'est ainsi que] Polpakmatakomapok, [l'esprit de l'agriculture] qui sert le dieu Polpakbo, et Polpakmatakomata, [l'esprit de l'élevage] qui sert le dieu Makota , se réconcilièrent [et que la concorde fut maintenue dans l'assemblée des dieux].
Comme vous pouvez le constater, il s'agit d'un mythe fondateur expliquant d'où vient l'agriculture et l'élevage chez les muloquois et quels sont les dieux qui sont tutélaires de ces activités. Il n'est pas le moment d'entrer dans le détail de ces pratiques, on en parlera en son temps. Que l'on ne soit cependant pas surpris de voir le chien apparaitre quand on parle d'élevage car les muloquois, nativement, n'élevaient que des chiens et ce pour les aider à la chasse. Bien entendu bien d'autres animaux sont arrivés par la suite mais le souvenir en est resté. Pour ce qui est de l'affiliation du dieu de l'agriculture au dieu du feu et du dieu de l'élevage au dieu des eaux vives, je pense, et mon père avant moi, que la raison principale de cette affiliation est à chercher dans la construction même des glyphes. En effet, on ne comprendrait pas qu'un dieu dont le glyphe, c'est à dire le nom sacré, contient le nom d'un autre dieu ne soit pas le serviteur naturel de ce dernier. Hors les animaux ont comme clé l'eau (et son principe de mouvement), donc relève naturellement de Makota et les plantes ont comme clé la montagne (et son principe de hauteur avec comme sens dérivé la croissance verticale) et sont donc évidemment affiliés au dieu du feu (dont c'est l'un des attributs).
Le Glyphe Matakomapok ou Glyphe de l'agriculture (AW)
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. La première partie est en bas, sur un tiers : il s’agit d’un rectangle tracé en trait fin dans lequel se trouvent deux traits épais horizontaux entre lesquels se trouve un trait fin horizontal. La seconde partie est au-dessus, sur deux tiers, et se compose d’un rectangle tracé en trait épais dans lequel se trouve un rectangle en trait épais dans lequel se trouve un triangle plein en trait épais. Il s’agit du glyphe de l’Agriculture que les Muloquois de Barbery appellent Matakomapok. Formellement, il s’agit du glyphe Takomapok (l’émanation de la Rivière de la Vie dans le monde matériel qui est régie par un principe de croissance vers le haut, c’est-à-dire un être végétal) contenu dans un Ma, lequel renvoie certes, dans son sens premier, au monde matériel, mais aussi, dans un sens second, à une aire contrôlée, un champ. Matakomapok, c’est donc le champ où poussent les végétaux et, comme le muloquois ne verbalise pas explicitement à l’écrit, il s’agit aussi, par extension, de l’acte de cultiver, de l’agriculture : littéralement « ce qui se fait au champ des choses végétales ». À ce sujet, il peut être opportun de faire observer que tel quel, on parle de l’agriculture en général, mais qu’il est d’usage de remplacer le glyphe-clé Takomapok par un glyphe plus précis si l’on veut parler d’une culture en particulier. Notons que les Muloquois cultivaient de nombreuses espèces végétales en plus des trois sœurs que sont le maïs, le haricot et la courge ; on pense notamment au Konjac et au tabac, en plus de bien d’autres choses moins célèbres. Il en ressort que, bien que très bien attesté, Matakomapok est finalement assez rare car il est très générique, trop pour un usage précis. Par ailleurs, l’agriculture est une chose suffisamment tenue en estime, ou bien suffisamment mystérieuse, pour disposer d’un esprit ou d'une déité (c'est la même chose) bien identifié : il s’agit de Polpakmatakomapok, « Le-chef-qu’il-faut-craindre-et-qui-préside-à-l’agriculture ». C’est un sujet de Polpakbo, le dieu du feu et l’un des dieux centraux du panthéon muloquois.
Le Glyphe Takomata ou Glyphe de la vie animale (AX)
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. La première est un rectangle horizontal en bas, sur un tiers, tracé en trait fin, dans lequel se trouvent deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. La seconde partie occupe les deux autres tiers et se compose d’un rectangle en trait épais dans lequel se trouvent deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. Il s’agit du glyphe de la vie animale que les Muloquois de Barbery prononcent Takomata. Littéralement, il veut dire : « émanation de la Rivière de la Vie dans le monde matériel qui est dotée d’un principe de mouvement, qui est automotrice » ; en d’autres mots, il s’agit d’un animal. Il se compose de deux glyphes-clefs : le premier, c’est Takoma, c’est-à-dire « émanation de la Rivière de la Vie dans le monde matériel », c’est-à-dire l’être vivant ; et l’autre, c’est Ta, l’eau vive, la rivière, mais aussi l’idée de mouvement. Tous les animaux sont des Takomata : les mammifères, les reptiles, les araignées, les insectes, les poissons et les crustacés, globalement tout ce qui est vivant et qui est prompt à se déplacer de lui-même. Attention cependant : les méduses, les champignons, les myxomycètes et autres choses difficiles à classer pour nous sont des végétaux pour les Muloquois, car ils n’organisent pas le vivant selon une stricte phylogénie comme nous le faisons, mais plutôt sur la base de ce qu’ils en voient concrètement ; en l’occurrence, est végétal ce qui pousse et est animal ce qui se meut de lui même. Pour le reste, c’est un glyphe qui se rencontre assez fréquemment, quoique imprécis, mais il est surtout glyphe-clef pour l’ensemble des nombreux glyphes animaux dont les muloquois font un grand usage.
Ce glyphe est de forme carrée et se compose de deux parties. La première est un rectangle horizontal en bas, sur un tiers, tracé en trait fin, dans lequel se trouvent deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. La seconde partie occupe les deux autres tiers et se compose d’un rectangle en trait épais dans lequel se trouve un autre rectangle en trait épais, dans lequel se trouvent deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait horizontal fin. Il s’agit du glyphe de l’élevage. Les Aleuciens muloquois de Barbery le prononcent Matakomata. Il se construit sur la même logique que l’agriculture, c’est-à-dire qu’il se compose du glyphe-clef Takomata, l’animal, et du glyphe-clef Ma, le monde matériel entendu dans son sens dérivé, secondaire, d’espace clos sous contrôle. En somme, Matakomata c’est le pré où l’on garde l’animal derrière une clôture et, par extension, il s’agit de l’élevage. Et comme pour l’agriculture, ce glyphe peut parfaitement servir de glyphe-clef pour recevoir en son centre l’espèce animale précise que l’on élève. Les Muloquois anciens connaissaient plusieurs élevages, mais le chien et le dindon sont les deux espèces qui étaient principalement élevées. Le chien était élevé pour la chasse, le dindon pour l’alimentation. L’élevage est un domaine suffisamment important ou mystérieux pour disposer de son propre esprit, qui se nomme Polpakmatakomata, c’est-à-dire « le-chef-qui-élève-et-qui-est-à-craindre », et qui est un sujet du dieu Makota, le fleuve divinisé.