Posté le : 21 mai 2026 à 19:34:45
Modifié le : 21 mai 2026 à 19:35:09
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Ralph Gottlieb
1912–1914 / Républicain / Erdrin
Ralph Gottlieb entra dans l'histoire cantaise par la grande porte de la Chancellerie fédérale, et en sortit par la petite porte de derrière, réservée au personnel, au sens propre comme figuré.
Né dans le quartier germanophone du Neudorf à Roune, dans une famille de professeurs de philosophie, lui offrant une éducation des plus prestigieuses. Gottlieb était un intellectuel brillant, peut-être le plus brillant de tous les chanceliers, mais aussi un politicien médiocre, peut-être le pire de tous, combinaison classique et fatale.
Premier chancelier républicain, c'est-à-dire ouvertement anti-monarchiste, il avait réussi l'exploit de convaincre suffisamment de parlementaires que le Souverain coûtait plus qu'il ne rapportait, dans un pays où la couronne était encore un symbole quasi sacré. En marge du puissant parti républicain, il n’est pas un des partisans de la victoire éclatante de celui-ci aux élections fédérales de 1912, aboutissant à une inédite victoire des républicains dans un contexte de défiance généralisée à l’égard de la noblesse. Faute d’accord entre des mouvements républicains assez différents : centralisateur en Erdrin et LandTange, confédéraliste en Ckey ou au Baden, indépendantiste en Frochine… L’Assemblée fédérale eut du mal à choisir un chancelier adéquat, d’autant plus que la plupart des élus étaient jeunes et inexpérimentés, au grand plaisir des pairs de la Chambre royale, qui ridiculisèrent rapidement les nouveaux élus.
Finalement, après plus de 3 mois d’attente, de longues réflexions et plusieurs candidatures ratées, le camp républicain, déjà bien divisé, choisissait Gottlieb comme chancelier, penseur indépendant, mais véritablement républicain, élu à l’Assemblée fédérale depuis 1900 pour la 45e circonscription de Roune. Il devient ainsi le premier chancelier originaire de l’Erdrin, pourtant région la plus peuplée du pays, mais toujours germanophone de naissance.
Son programme de réduction rapide des prérogatives royales déclencha une crise constitutionnelle sans précédent dès ses premiers mois : la Chambre royale bloqua systématiquement tous ses textes, peu importe leur domaine ; le Souverain Alexandre IV refusa de contresigner plusieurs décrets, et l’opposition Libérale, Nationaliste et Chrétienne s’unie pour la première fois pour former une fronde spectaculaire au Conseil des Territoires, ou ils était majoritaires. Finalement, la plupart des textes proposés par Gottlieb ou son gouvernement n'aboutissent pas, faute de validation unanime des trois chambres.
Les parlements régionaux n’ont jamais eu aussi peu de travail, puisqu’aucun texte à transposer / adapter / harmoniser ne leur parvenait du Parlement fédéral. Au contraire, toutes les régions, dirigées par des Nationalistes (Baden, Nord, Erdrin), des Libéraux Royalistes (Ckey, LandTange), des Chrétiens Démocrates (Dicarpie, Erdrin, Toipou) voir par une collation des trois (Frochine) ont su avec une grande sagesse assurer la continuité des services publics, locaux comme fédéraux. C’est dans cette période particulièrement mouvementée qu’émergea l’association, d’abord informelle puis institutionnalisée, Territoires de Canta, réunissant toutes les régions mais aussi toutes leurs collectivités locales, afin de poursuivre l'œuvre d’un Etat fédéral défaillant. Cela a permis de redonner de l’élan au pouvoir régional, en perte de vitesse depuis de nombreuses années au profit d’un Etat fédéral toujours plus puissant.
Acculé de toute part, Gottlieb tenta le coup de force politique : il convainquit ses alliés de démissionner en masse pour forcer de nouvelles élections générales, comptant sur un élan populaire qui ne vint pas. Dans le même temps, il essaya d’organiser une grande manifestation républicaine dans Roune. Réunissant environ 100.000 personnes, elle est totalement submergée par la contre-manifestation royaliste, organisée par l'opposition et rassembla selon les sources les plus sérieuses environ un million de personnes. La Chancellerie fédérale est prise d’assaut par de jeunes royalistes radicaux, ne voulant leur faire face, Gottlieb fuit précipitamment le bâtiment par une porte dérobée et embarque sur un navire amarré à proximité, lui permettant de fuir Roune. Son gouvernement n’aura pas cette même chance, et plusieurs ministres seront blessés, mais jamais dans de graves proportions. Cette "auto-dissolution" de 1914 reste dans les manuels comme l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire en politique. Le Parti républicain ne se releva pas vraiment de cet épisode avant plusieurs décennies.
Finalement, Gottlieb s’entoure de quelques républicains radicaux et se réfugie sur l'île d’Erde, petite île de moins de 200 habitants dépendant de la principauté de LandTange. Rejoints par un petit millier de militants républicains, il va proclamer l’indépendance de l’île dès 1915, sous le nom de “République Libre et Démocratique d’Erde”. Prenant cela pour une plaisanterie, les autorités fédérales comme de LandTange ne vont jamais réagir. Gottlieb va diriger cette pseudo république jusqu’à sa mort en 1926, avec pas beaucoup plus de succès qu’à la chancellerie fédérale, ses partisans vont être nombres à quitter cette utopie démocratique. A sa mort, l’île est rapidement réintégrée sous l’égide de LandTange, qui a envoyé un seul voilier non armé dans le mois suivant le décès. Le seul héritage de cette période est l’accession au rang de “quartier” d’Erde, sorte de municipalité dans le système de LandTange, sous le nom de République Libre et Démocratique d’Erde. Avant cela, Erde était rattaché au quartier de Zee, vaste quartier réunissant la plupart des petites îles de la principauté. Gottlieb est enterré sur l’île et les représentants républicains viennent fleurir sa tombe à chaque anniversaire de sa mort.