Pourquoi un rapprochement avec la Loduarie communiste à la fin de l'automne 2014 ?
La Manche Silice est un pays de contraste, une nation plurielle où la liberté individuelle tient une place prépondérante, où la foi est vive dans le cœur des citoyens. Rien ne destine ce grand État indépendant de l'Eurysie australe d'environ 50 millions d'habitants à faire ami-ami avec un régime autocratique communiste ultracentralisé, paranoïaque et surarmé.
Pourtant, le triumvir Firmino Costa est parvenu à rallier la plupart des exécutifs des régions autonomes, des fleurons industriels et la haute fonction publique à cette idée.
Quelques années auparavant, l'expérience d'une collaboration nourrie avec le Kronos communiste de Baldassarre Calabraise avait tourné court au bout d'une douzaine de mois. Les pressions exercées sur la Manche Silice par la Youslévie alors en conflit ouvert, ont eu raison des accords bilatéraux qui avaient nettement profité aux acieries de Villeneuve, devenues pourvoyeuses du régime renversé depuis.
Depuis, l'horizon s'est dégagé et la situation exigeaient une normalisation des relations avec la Loduarie et son dirigeant, Lorenzo Geraert-Wojtkowiak. "Lorsque vous avez l'ambition d'être une puissance d'équilibre et que vous papillonnez à droite à gauche en Eurysie sans l'appui d'une grande organisation internationale, vous vous heurtez rapidement à la Loduarie qui n'a pas hésité à engager des moyens militaires hors de ses frontières pour défendre son domaine d'influence ou l'étendre. La Manche Silice a donc poussivement condamné les opérations menées en Okaristan et en Manche Blanche. Récemment, elle s'est émue d'une interception violente d'avions kartyens. Vous ne pouvez pas être crédibles si vous ne donnez pas un peu le change à des dirigeants énormément isolés qui sont en recherche de notoriété et d'estime internationale", explique Rafaelo De Gugliemoes, expert au centre d'analyse stratégique de l'université mandréanne.
La situation en Youslévie est également pour beaucoup dans ce changement de perspective. Héméraldo Vera a pris le pouvoir dans la république sœur, aux fonctionnements longtemps symbiotique avec la Manche Silice. Au cours de la décennie passée, rarement la péninsule d'Ostremont n'a envisagé ses relations internationales autrement qu'en accord avec les visées des directeurs des conseils Romereteguy puis Vallancour. Or, le nouveau dirigeant aurait donné une sorte de feu vert au Triumvirat en actant la fin du processus évasien (mort à petit feu de l'Union des nations évasiennes) pour se consacrer à un prétendu redressement national.
Firmino Costa, qui dispose du leadership sur le reste du triumvirat suite à une série de succès électoraux ces derniers mois, n'a jamais caché sa proximité idéologique avec le Liberalintern mais le manque d'initiative de grands pays de cette alliance à l'égard de la Manche Silice a déçu de nombreux militants du parti Liber-Wolsnosc. Sans faire allégeance à l'UNCS, se positionner comme un pays ami de la Loduarie communiste permettrait peut-être à l'organisation de reconsidérer ses relations avec la péninsule d'Ostremont et de la traiter enfin comme un acteur incontournable sur la scène internationale et un potentiel Etat à courtiser.
Qu'en pensent les deux autres triumvirs ? Pour Anselmo Martinez qui cultivait un désir d'intégration évasienne encore plus grande, les errements de la Youslévie et les chasses aux sorcières menées dans son fief électoral des Bouches de l'Aguapa ont changé la donne. "Ce pays explosera sans croissance. Force est de constater que la poudre parle en Eurysie et que la guerre menace d'anéantir les rares progrès que nos sociétés ont pu faire ses dernières années. Je crois que nous devons saisir toutes les mains qui se tendent quitte à se boucher le nez. Ce n'est pas par gaitée de cœur que je me suis rendu à Karty, ce sera la même chose pour Lyonnars", a-t-il confié à Foedus Custodire.
Vittorio IV laisse peu fuiter ses opinions. Annoncé comme représenté par son fils, le dauphin Ettore, il fera finalement partie du voyage. "Les déplacements du monarque landrin se raréfient. Il doit se ménager. Il reste cependant très intéressé par les questions militaires et aimerait se rendre compte lui-même des standards de défense de la Loduarie communiste que l'on dit redoutable sur mer, terre et air", confie un proche.
Le club des dirigeants d'entreprises de Manche Silice candidats à la participation au voyage officiel est emmenée par Frantisek Jirka, président des acieries de Villeneuve.
Role-Play de Manche Silice - Page 2
Posté le : 31 oct. 2024 à 17:39:46
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Posté le : 01 déc. 2024 à 02:13:05
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Mi-mars 2015
L'hiver touche à sa fin dans le sud de la péninsule d'Ostremont et l'air s'est considérablement radouci. Jamais à l'abri d'un coup de brise descendant des massifs, les locaux ne s'aventurent pas à l'extérieur de chez eux sans être habillé précautionneusement.
Rigoberto Da Palone fait exception. Son sang chaud l'immunise contre les coups de froid. Après avoir terminé sa journée dans un garage automobile fortunéen, il regagne son logement de l'autre côté de la frontière.
Le bras à la fenêtre de son pick-up, il allume une cigarette. Malgré ses efforts pour se nettoyer les mains à l'acétone avec un torchon, il lui reste du camboui sur les mains. Le garagiste ne distingue plus tellement cette odeur âpre qui l'accompagne partout depuis douze ans. Il n'y fait plus attention. Ses narines font abstraction de ces liquides qui le souillent tous les jours.
À peine arrivé chez lui, dans un appartement de deux pièces au deuxième étage d'un immeuble collectif de taille moyenne, il se jette sur son lit et s'endort rapidement. Vivant seul, Da Palone relègue la douche au matin. Qui viendra se plaindre de cette odeur de sueur et de garage?
Habituellement, Rigoberto veille tard devant sa télévision. Il n'a pas loupé un épisode de l'émission les Héros de Pădure, qui fascine tout le pays. Mais ce jour-là, il fait l'impasse. Lassé et fatigué.
***
Le lendemain matin, Rigoberto est tiré de son sommeil par une bruit perçant. À mesure que le garagiste émerge, il distingue des sons semblables à des mots. Il se redresse sur son lit, passe une main maladroite autour de sa tête, s'ébroue et tend à nouveau l'oreille.
Va à Notre-Dame du Rocher devant la statue de la madone de Léandre
Le garagiste se lève brusquement et se précipite dans le hall d'entrée pour s'assurer que personne ne se trouve dans le logement. Quelques minutes passent et Rigoberto De Palone tente de remettre ses idées en place.
Il y a bien longtemps qu'il s'est détourné de la foi catholique dans laquelle il avait été élevée. La vie ne lui ayant pas fait de cadeau, il se disait qu'il dealerait avec Dieu une fois la mort venue et qu'il n'avait rien à attendre de lui tant qu'il vivrait.
Pourtant cette voix et ce commandement ne le quittait pas. C'était son seul jour de repos. Podestavre était à 2 heures de route. La perspective d'un tel trajet lui portait peine mais il se décidait finalement à partir.
***
Arrivé dans la cathédrale de Saint-Marie du Rocher, Rigoberto De Palone passa la porte principale et s'avança vers la nef. Là, un sacristain l'arrêta et lui demanda de se signer, ce qu'il fit.
Mis à part cet homme qui retourna s'asseoir à son siège à l'entrée du lieu de culte, la cathédrale semblait déserte. Les pas de Rigoberto vers le fond de la nef résonnaient. Arrivé face à l'autel, il se remémorait progressivement ses cours de catéchisme et il s'inclina tout en se signant avant de prendre à droite et de s'aventurer dans les absides derrière le choeur, là où se trouvaient les chapelles.
Il passa devant deux chapelles, l'une consacrée à Gianfranco Ier, fondateur de la nouvelle Léandre, la seconde dédiée aux marins. Arrivé face à la troisième où trônait une statue de la Madone, Notre-Dame du Rocher représentée en piéta, notre personnage s'approcha d'un prie-dieu. Il sentit une pesanteur inhabituelle sur ses épaule et se laissa tomber sur un prie-dieu.
Une raie de lumière passa au travers d'une vitrail qui se trouvait dans derrière la statue. Rigoberto aveuglé porta une main à son front pour former une sorte de visière. Alors qu'il pensait que sa vision allait se stabiliser, c'est le contraire qui se déroula. Il pensait qu'une tâche se formait sur les cornées de ses yeux et se les frotta vigoureusement avec les mains.
Se croyant aveugle l'espace de quelques longues secondes, il s'apprêtait à céder à la panique lorsqu'une voix, la même que celle qu'il avait entendu la veille s'éleva.
"Je suis la vierge du Rocher, tu es le seul à avoir su entendre cet appel que je lance depuis des siècles. Si tu es prêts à me confier ton enveloppe charnelle pour que je puisse m'adresser mon message au peuple de Léandre et au monde, repars d'où tu viens et reviens me voir dans huit jours".
De Palone recouvre instantanément une vision claire. Il ne savait pas ce qu'il venait de vivre mais n'avait qu'une envie, s'échapper rapidement de la cathédrale où régnait une atmosphère pesante. Entre temps, des dizaines de paroissiens étaient entrés et avaient pris possession des bancs alors que l'office du soir allait démarrer.
***
La semaine s'est écoulée et Rigoberto a fait une totale abstraction de son expérience mystique à Podestavre. La routine couplée à la pénibilité des ses tâches quotidiennes l'avait anesthésié.
Le jour du fameux rendez-vous était arrivé. Rigoberto n'avait pas oublié mais exténué par sa semaine, il s'était saoulé jusqu'à perdre connaissance et émergeait comateux au milieu de l'après-midi. Non, il ne sortirait pas de chez lui. Pas de voyage à Podestavre.
Les semaines se succédaient et De Palone avait fini par complètement oublier la voix et sa visite à la cathédrale de Podestavre jusqu'au jour où il frôla la mort à son travail.
Il avait accepté de rendre service à un client habitué qui réclamait les vidanges de plusieurs véhicules décommissionnés et utilisés pour diverses entreprises criminelles. Ces opérations de maintenances ne se déroulaient pas dans le garage qui l'employait mais dans un entrepôt désaffecté de la grande périphérie de la zone sous souveraineté fortunnénne.
Il avait accompli sa mission et terminait de faire les niveaux des berlines noires aux vitres teintées lorsque trois hommes pénétrèrent dans le garage clandestin pour tenter d'y mettre le feu. Ce vaste local était un lieu de stockage de marchandises contrefaites, de produits de recels et d'armes qu'il convenait de faire disparaître.
Des accélérateurs de feu parsemaient les bases de la structure metallique de la halle désaffectée. Difficile de savoir si les incendiaires avaient connaissance de la présence de Rigoberto de Palone à ce moment-là. Les flammes cernaient le garagistes et des morceaux incandescents de la charpente tombaient dangereusement aux alentours. Il se vit mourir jusqu'à ce que la sensation de pesanteur qu'il avait vécu dans la cathédrale ne se ressaisisse de son corps et ne le conduise vers une brèche par où il allait miraculeusement s'échapper de l'entrepôt qui finirait pas s'écrouler complètement sur lui-même quelques instants plus tard.
Avant de perdre connaissance, il sembla à de Palone entendre à nouveau cette voix familière qui lui demanda de revenir au pied de la statue de la Madone à Podestavre. Quand il reprit ses esprits, il tenta de chasser ce souvenir et rentra chez lui comme il put.
L'hiver touche à sa fin dans le sud de la péninsule d'Ostremont et l'air s'est considérablement radouci. Jamais à l'abri d'un coup de brise descendant des massifs, les locaux ne s'aventurent pas à l'extérieur de chez eux sans être habillé précautionneusement.
Rigoberto Da Palone fait exception. Son sang chaud l'immunise contre les coups de froid. Après avoir terminé sa journée dans un garage automobile fortunéen, il regagne son logement de l'autre côté de la frontière.
Le bras à la fenêtre de son pick-up, il allume une cigarette. Malgré ses efforts pour se nettoyer les mains à l'acétone avec un torchon, il lui reste du camboui sur les mains. Le garagiste ne distingue plus tellement cette odeur âpre qui l'accompagne partout depuis douze ans. Il n'y fait plus attention. Ses narines font abstraction de ces liquides qui le souillent tous les jours.
À peine arrivé chez lui, dans un appartement de deux pièces au deuxième étage d'un immeuble collectif de taille moyenne, il se jette sur son lit et s'endort rapidement. Vivant seul, Da Palone relègue la douche au matin. Qui viendra se plaindre de cette odeur de sueur et de garage?
Habituellement, Rigoberto veille tard devant sa télévision. Il n'a pas loupé un épisode de l'émission les Héros de Pădure, qui fascine tout le pays. Mais ce jour-là, il fait l'impasse. Lassé et fatigué.
***
Le lendemain matin, Rigoberto est tiré de son sommeil par une bruit perçant. À mesure que le garagiste émerge, il distingue des sons semblables à des mots. Il se redresse sur son lit, passe une main maladroite autour de sa tête, s'ébroue et tend à nouveau l'oreille.
Va à Notre-Dame du Rocher devant la statue de la madone de Léandre
Le garagiste se lève brusquement et se précipite dans le hall d'entrée pour s'assurer que personne ne se trouve dans le logement. Quelques minutes passent et Rigoberto De Palone tente de remettre ses idées en place.
Il y a bien longtemps qu'il s'est détourné de la foi catholique dans laquelle il avait été élevée. La vie ne lui ayant pas fait de cadeau, il se disait qu'il dealerait avec Dieu une fois la mort venue et qu'il n'avait rien à attendre de lui tant qu'il vivrait.
Pourtant cette voix et ce commandement ne le quittait pas. C'était son seul jour de repos. Podestavre était à 2 heures de route. La perspective d'un tel trajet lui portait peine mais il se décidait finalement à partir.
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Arrivé dans la cathédrale de Saint-Marie du Rocher, Rigoberto De Palone passa la porte principale et s'avança vers la nef. Là, un sacristain l'arrêta et lui demanda de se signer, ce qu'il fit.
Mis à part cet homme qui retourna s'asseoir à son siège à l'entrée du lieu de culte, la cathédrale semblait déserte. Les pas de Rigoberto vers le fond de la nef résonnaient. Arrivé face à l'autel, il se remémorait progressivement ses cours de catéchisme et il s'inclina tout en se signant avant de prendre à droite et de s'aventurer dans les absides derrière le choeur, là où se trouvaient les chapelles.
Il passa devant deux chapelles, l'une consacrée à Gianfranco Ier, fondateur de la nouvelle Léandre, la seconde dédiée aux marins. Arrivé face à la troisième où trônait une statue de la Madone, Notre-Dame du Rocher représentée en piéta, notre personnage s'approcha d'un prie-dieu. Il sentit une pesanteur inhabituelle sur ses épaule et se laissa tomber sur un prie-dieu.
Une raie de lumière passa au travers d'une vitrail qui se trouvait dans derrière la statue. Rigoberto aveuglé porta une main à son front pour former une sorte de visière. Alors qu'il pensait que sa vision allait se stabiliser, c'est le contraire qui se déroula. Il pensait qu'une tâche se formait sur les cornées de ses yeux et se les frotta vigoureusement avec les mains.
Se croyant aveugle l'espace de quelques longues secondes, il s'apprêtait à céder à la panique lorsqu'une voix, la même que celle qu'il avait entendu la veille s'éleva.
"Je suis la vierge du Rocher, tu es le seul à avoir su entendre cet appel que je lance depuis des siècles. Si tu es prêts à me confier ton enveloppe charnelle pour que je puisse m'adresser mon message au peuple de Léandre et au monde, repars d'où tu viens et reviens me voir dans huit jours".
De Palone recouvre instantanément une vision claire. Il ne savait pas ce qu'il venait de vivre mais n'avait qu'une envie, s'échapper rapidement de la cathédrale où régnait une atmosphère pesante. Entre temps, des dizaines de paroissiens étaient entrés et avaient pris possession des bancs alors que l'office du soir allait démarrer.
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La semaine s'est écoulée et Rigoberto a fait une totale abstraction de son expérience mystique à Podestavre. La routine couplée à la pénibilité des ses tâches quotidiennes l'avait anesthésié.
Le jour du fameux rendez-vous était arrivé. Rigoberto n'avait pas oublié mais exténué par sa semaine, il s'était saoulé jusqu'à perdre connaissance et émergeait comateux au milieu de l'après-midi. Non, il ne sortirait pas de chez lui. Pas de voyage à Podestavre.
Les semaines se succédaient et De Palone avait fini par complètement oublier la voix et sa visite à la cathédrale de Podestavre jusqu'au jour où il frôla la mort à son travail.
Il avait accepté de rendre service à un client habitué qui réclamait les vidanges de plusieurs véhicules décommissionnés et utilisés pour diverses entreprises criminelles. Ces opérations de maintenances ne se déroulaient pas dans le garage qui l'employait mais dans un entrepôt désaffecté de la grande périphérie de la zone sous souveraineté fortunnénne.
Il avait accompli sa mission et terminait de faire les niveaux des berlines noires aux vitres teintées lorsque trois hommes pénétrèrent dans le garage clandestin pour tenter d'y mettre le feu. Ce vaste local était un lieu de stockage de marchandises contrefaites, de produits de recels et d'armes qu'il convenait de faire disparaître.
Des accélérateurs de feu parsemaient les bases de la structure metallique de la halle désaffectée. Difficile de savoir si les incendiaires avaient connaissance de la présence de Rigoberto de Palone à ce moment-là. Les flammes cernaient le garagistes et des morceaux incandescents de la charpente tombaient dangereusement aux alentours. Il se vit mourir jusqu'à ce que la sensation de pesanteur qu'il avait vécu dans la cathédrale ne se ressaisisse de son corps et ne le conduise vers une brèche par où il allait miraculeusement s'échapper de l'entrepôt qui finirait pas s'écrouler complètement sur lui-même quelques instants plus tard.
Avant de perdre connaissance, il sembla à de Palone entendre à nouveau cette voix familière qui lui demanda de revenir au pied de la statue de la Madone à Podestavre. Quand il reprit ses esprits, il tenta de chasser ce souvenir et rentra chez lui comme il put.
