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Atlas Géographique et culturel - Page 2

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Imagerie populaire et folklore militaire

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Richard Torino, animateur de l'office de tourisme de Velsna a écrit :4 janvier 2013

Les licteurs du Sénat: soldats, gardes du corps et (anciens) bourreaux



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Licteur en tenue de cérémonie


Dans la Grande République, une distinction a toujours été faite entre les magistrats dits « ordinaires » et les magistrats bénéficiant d’un pouvoir de coercition, détenteurs d’une magistrature leur permettant de faire autorité dans un domaine donné. Parfois, nius pouvons apercevoir ces hommes et ces femmes drapés de la tête aux pieds de costumes désuets et armés d’un faisceau suivre comme des ombres ces magistrats détenteurs d’autorité coercitive. Nous pouvons les voir ainsi, mais également lors des célébrations civiques, et enfin dans le cadre de véritables opérations militaires. Partout où il y a des détenteurs du pouvoir dans une situation vulnérable, il y a ce que l’on appelle des « licteurs » à quelques mètres d’eux. Leur attribut principal : la hache à faisceau, est significative de la raison de leur existence originelle qui certes, a quelque peu perdu de son sens avec le temps. Le faisceau de verges entourant la hâche qu’ils abordent fièrement est leur instrument de contrainte : soit pour une punition corporelle (les verges), soit pour une mise à mort par décapitation. Bien évidemment, ces pratiques sont aujourd’hui abandonnées et il ne reste que la symbolique de ces objets, représentants de ce monopole de la violence que détiennent les magistrats de la Grande République à l’égard de ses citoyens. Retour sur ces personnages mythiques qui servent en silence Velsna.


L’origine des licteurs :

Si on trouve bien des individus portant le titre de lictor durant la période rhêmienne, il est pour le moment impossible pour les historiens de relier ces deux faits entre eux. En aucun cas les licteurs velsniens en sont une continuité, du moins, les sources ne nous permettent pas de l’affirmer. De même, il serait tentant de chercher dans l’Histoire primitive des cités de Leucytalée des institutions s’en rapprochant, mais là encore, aucun élément probant. Il n’existe pas à Fortuna ou à Léandre de fonction semblable à celle des licteurs du Sénat alors même que le fond institutionnel de la Grande République reprend une grande part du substrat juridique de ces deux entités politiques. S’il faut chercher une origine à la charge de licteur, l’archéologie a peut-être récemment trouvé la réponse. En effet, on privilégierait aujourd’hui la piste autochtone depuis la fouille d’une tombe à tolos occitane, qui a révélé de restes d’un faisceau, d’où émergeait une hache à deux fers. La tombe, datée du début du VIIIème est donc antérieure à la fondation de Velsna. L’interprétation de cet unique est toutefois à considérer avec prudence, compte tenu du fait qu’aucune information précise peut nous éclairer sur sa fonction. Les velsniens auraient très bien pu procéder à une réutilisation d’un objet n’ayant que peu de rapports avec la fonction qu’ils lui donnèrent par la suite. L’hypothèse selon laquelle la hache à fasceaux soit utilisée par les occitans comme un instrument de justice est donc soumise à des réserves.


Formation, effectifs et organisation :


Depuis le XIIIème siècle, le nombre de licteurs sénatoriaux est estimé à 3 000, répartis en trois régiments distincts. Le recrutement des licteurs est avant tout le fruit de la cooptation, comme pour beaucoup de fonctions au sein de la Grande République. Il s’agit d’une fonction prestigieuse qui attire les citoyens de bonne famille, la plupart du temps entre la IIème et la Vème classe censitaire, pour souvent issus de familles sénatoriales de longue date. On interprète souvent les licteurs comme étant une position tremplin vers des fonctions plus prestigieuses, et qui permet en même temps de réaliser son service militaire. A bien des égards, ces jeunes hommes et jeunes femmes sont perçus comme un vivier de futurs sénateurs et sénatrices. Contrairement à la totalité des unités militaires velsniennes, les licteurs ne dépendent ni du commandement militaire velsnien à la tête duquel il y a le stratège, ni du commandement d’une quelconque cité. Les licteurs sont directement soumis à l’autorité du Doyen du Sénat, plus vieux membre de la chambre législative encore en activité. En cas de guerre cependant, le Sénat peut se réserver le droit de transférer le commandement d’une partie d’entre eux au Stratège.
Particularité dans l’armée velsnienne : le système de recrutement des licteurs, dont il a été dit qu’il fonctionne par cooptation, s’appuie sur une direction collégiale. Ce sont ainsi les membres déjà présents dans l’unité qui ont la charge de désigner de nouvelles recrues parmi les candidats. Toutefois, les membres du Sénat peuvent exercer des pressions afin d’intégrer des éléments d’autres unités de l’armée qui se sont montrés particulièrement méritant. Cela constitue toutefois l’exception à la règle.


Fonction :

Les licteurs sont une unité extrêmement polyvalente, mais leur fonction principale est sans conteste d’assurer la sécurité des magistrats et des sénateurs de la Grande République. Ils sont leur service d’ordre attitré à toutes les occasions et ouvrent le passage du sénateur au travers des foules. Autrefois, si leurs faisceaux de verges leur servait à battre des récalcitrants et contrevenants à la loi, cet usage a disparu et c’est là devenu un objet cérémoniel que ces derniers portent dans le dos en supplément d’une arme de service moderne. Il y a également un code de conduite à tenir auprès de leurs protégés sénatoriaux. Ainsi, un sénateur qui est traditionnellement protégé de trois licteurs doit toujours être précédé dans sa marche de l’un d’entre eux, et être protégé sur ses arrières par les deux autres. Lorsque les licteurs d’un magistrat inférieur croisent le chemin d’un magistrat supérieur, ceux-ci doivent se saisir de leurs faisceaux et frapper le sol avec leur pointe trois fois de suite.

Les gardes de licteurs ont également un nombre variable selon le rang du magistrat qu’ils protègent : un sénateur sans magistrature sera protégé par trois licteurs, un juge de la plèbe en aura quatre, un stratège en aura dix, un procurateur des monnaies cinq et ainsi de suite. A noter que les licteurs ne sont en revanche pas tenus d’assurer la sécurité des membres du Conseil Communal en tant que tels, ceux-ci n’étant pas considérés comme des magistratures sénatoriales. Cependant, comme tous ses membres sont des sénateurs, ils disposent des trois licteurs dévolus à un sénateur sans magistrature.

En cas de guerre, les licteurs présentent leur seconde fonction qui est de servir de réserve militaire d’élite. D’ordinaire, chaque licteur est responsable de l’entretien de ses armes, et ceux-ci étant issus des plus grandes familles velsniennes, ils s’équipent du meilleur armement que l’on puisse trouver. Il s’agit également de l’une des rares unités professionnelles de l’armée velsnienne, dont la durée du service s’étale généralement d’entre seize et vingt ans. La solde d’un licteur, bien que symbolique étant donné la catégorie sociale à laquelle appartiennent ces derniers, est en moyenne quatre fois supérieure à celle d’un garde civique, cela sans compter les nombreuses primes et distributions d’argent dans le cadre des festivités civiques.





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Culture et folklore

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Richard Torino, animateur de l'office de tourisme de Velsna a écrit :

La San Stefano: la plus grande des fêtes de Velsna



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Il vient des jours dans la plupart des sociétés humaines, où l’Histoire se met en pause le temps d’une journée, où il y a ce besoin constant d’assurer une forme de cohésion sociale par divers moyens. Et les Hommes, la plupart du temps, n’ont rien trouvé de plus fédérateur que l’établissement de mythes communs, de célébrations dans lesquelles tous se reconnaissent. Velsna ne fait pas exception à la règle, et la vie de la cité est ponctuée en permanence de grandes dates, qui prennent la forme de jours chômés, de festivals et de fêtes. Le substrat de la plupart d’entre elles se perdent dans les méandres du temps, mais toutes ces fêtes ont pour point commun d’avoir été coptées par l’Eglise de Catholagne au début du moyen-âge. C’est le cas de la San Stefano, se déroulant tous les 17 et 18 décembre, notre sujet du jour qui figure aux côtés du carnaval de Velsna au mois de mai et des fêtes de fin d’année, comme l’une des dates les plus importantes du calendrier. L’une des célébrations civiques dont le gouvernement de la cité prend le plus de soin à financer et à exercer.

Pour comprendre l’origine de cette fête, il nous faut rapidement remonter au début du IXème siècle, selon le folklore et l’histoire de San Stefano. On nous conte ainsi l’histoire de ce moine venu de Catholagne pour évangéliser le territoire actuel de Velsna, et qui est devenu un peu malgré lui le saint patron protecteur de la ville. Profitant de l’installation récente des colons velsniens dans la région, celui-ci érigea une petite paroisse dans la cité…jusqu’à ce que ce dernier remarque la persistance de certains comportements parmi les habitants, des croyances païennes. San Stefano se fit alors le porte-parole d’une certaine rigueur vis-à-vis de ce phénomène, faisant abattre plusieurs autels dédiés à Dame Fortune. Mais son plus grand travail était dans la campagne, parmi des populations occitanes indigènes qui n’étaient pas encore évangélisées. C’est lors de l’une de ces campagnes d’évangélisation que San Stefano acquis ses « lettres de noblesse ». Echouant à convertir une communauté paysanne d’occitans après avoir détruit plusieurs autels païens, il se fit chasser de leurs terres par ces derniers, ne devant la vie sauve dans sa fuite, et au reflexe qu’il a eu de jeter sur son chemin des pièces d’or afin de détourner l’attention de ses poursuivants. Par la suite, la date de cette péripétie malheureuse est devenue le prétexte pour une société velsnienne christianisée, de s’évoquer à elle-même les réminiscences de ce passé païen par une fête dont l’origine la plus lointaine serait à lier avec la fin de la période des moissons.

Mais cessons de parler Histoire, et revenons à la fête en elle-même, car il y a beaucoup à dire.

Chaque célébration est premièrement marquée par une annonce officielle du Sénat velsnien, par le biais du doyen de l’assemblée : toute la semaine des 17 et 18 décembre doit être chômée, ce qui n’a pas d’équivalent à Velsna, où les autres célébrations ne suscitent pour ainsi dire jamais un engouement conduisant au besoin de fermer tous les commerces et lieux de travail pour une durée aussi longue. En effet, tout lieu de travail ou d’activité publique, hormis ceux attrait à la défense nationale, au fonctionnement de la cité et aux commerces liées à l’animation de la San Stefano, doivent fermer par décret du Sénat. Ordre est donné de suspendre toutes les affaires judiciaires en cours, et même le mécanisme légal de déclaration de guerre est suspendu. Les portes du Palais des Patrices de Velsna sont fermées et le resteront jusqu’au terme de la fête.

Il est garanti à tous les citoyens résidant sur le territoire de la cité velsnienne un logis gratuit sur toute la durée de l’évènement, le manque à gagner des logeurs étant compensé par l’évergétisme des édiles, les sénateurs chargés de l’organisation des grands évènements de la cité et de maintien en état de ses infrastructures. Les jours précédents voient donc la plupart du temps, Velsna être surpeuplée par des habitants des campagnes et des cités voisines, ce qui peut être un véritable casse-tête logistique pour ces magistrats, et dont le financement de la San Stefano repose entièrement sur leurs propres deniers. Leur réputation politique de ces personnages influents est donc en jeu, et organiser une fête plus mémorable que celles des années précédentes est une priorité pour ces hommes politiques, dont la réélection repose souvent sur la réussite de ce genre d’évènement.

Lorsque le 17 décembre arrive, les festivités commencent. Ces dernières doivent refléter toute une symbolique originelle tournant autour du renouvellement du monde par l’intermédiaire de la fin des moissons, avec lesquelles la San Stefano coïncide. La connotation de ce jour très particulier se fait ressentir jusque dans le style vestimentaire des velsniens, qui connaît une grande rupture. En effet, il est courant d’user d’autant de vêtements aux couleurs aussi criardes que possible, et le nombre de citoyens se prêtant à ce jeu transforme la ville en un grand spectacle de couleurs que l’on pourrait comparer au Carnaval de Velsna, qui se déroule quant à lui au printemps. Il est également courant que les habitants portent des « bonnets achosiens » qui reflètent un autre aspect de ces festivités : l’ordre du monde et les normes sociales traditionnelles sont totalement renversées l’espace de deux jours. Il n’y a plus de patriciens et de plèbe, plus de patron et de client. Et ce chapeau, similaire à celui que portaient les serfs achosiens libérés à l’époque médiévale, devient le symbole de cette éphémère égalité.



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Procession de la San Stefano 2009


De bon matin, les velsniens s’amassent alors à la place San Stefano pour assister à la procession marquant le début effectif de la San Stefano. Pour symboliser la fuite de San Stefano des mains des occitans, des sénateurs entourent un cortège de chars aux couleurs tout aussi bariolées que celles des habitants, et sèment de l’argent sur leur passage. Inutile de préciser que des mouvements de foule peuvent survenir dans le sillage du cortège de s’arroger une part du butin. En tête du cortège, le doyen du Sénat a alors le rôle le plus important : celui de diriger le transport d’une statuette de Dame Fortune qui est déposée devant le porche de la Basilique San Stefano. Au fur et à mesure de la fête, les greffiers sénatoriaux, qui à l’accoutumée sont chargées de mettre par écrit les débats du Sénat, devront heure après heure, enrouler la statue avec une corde. Au terme des deux jours, une fois qu’elle aura été entièrement enroulée et attachée à un petit boulet de fer, le doyen du Sénat accompagné des greffiers, devront la jeter dans le Grand canal de Velsna, ce qui marquera la fin des festivités. Encore une fois, il s’agit d’une réminiscence de la christianisation de la région au VIIIème et au IXème siècle.

Nous entrons là dans le vif de la fête. Par décret du Sénat et pour les deux prochains jours, les factures de tous les débits de boissons et des points de restauration de la ville seront pris en charge par les sénateurs s’étant portés volontaires pour régler les dépenses relatives à la fête. C’est là le début d’une grande orgie de nourriture et de vin, et les velsniens se privent rarement dans leurs excès. Sur la voie publique, les citoyens en train de décuver se multiplient au fil de la journée, tandis que les restaurants se remplissent et sont aussi animés que des fourmilières. Mais il ne faut pas croire que la fête ne touche que la sphère publique, car le « renversement du monde » a également des répercussions sur le privé.

Il est ainsi courant au sein de nommer un « San Stefano » que l’on ceint d’une couronne, la plupart du temps des enfants, des domestiques (au sein des familles aisées) ou d’autres d’individus possédant un statut social inférieur au sein de la cellule familiale. Le temps de deux jours, les chefs de famille laissent donc la place aux « petits rois ». Comme une réminiscence de la terreur originelle que le concept de monarchie et de tyrannie inspire à la société velsnienne, les « San Stefano » ont alors le droit d’invoquer des ordres arbitraires et n’ayant guère de sens (exemple typique : « cessez ce que vous faites et dansez. », « Plongez dans le Grand Canal »). Bien entendu, gare ne pas outrepasser certaines convenances, au risque d’essuyer quelque déconvenue. Par exemple, couronner des personnes qui sont réellement détentrices d’un pouvoir politique notable est très mal considéré, et va à l’encontre de l’esprit de la célébration. Ainsi, l’année 2011 a vu l’ancien sénateur Dino Scaela être couronné par l’un de ses confrères à l’occasion d’une réception publique. La réaction ne s’est pas fait attendre et les deux hommes ont ainsi été abondements chahutés par la foule.

Au programme de ces réceptions données dans les palazzio des patriciens et ouvertes à tous, les invités sont conviés à participer à des séances de moquerie publique à l’égard de leurs gouvernants et de leurs responsables politiques. Ces critiques exutoires, bien souvent gratuites, relevant parfois de véritables reproches, sont là également l’occasion pour les velsniens de défier symboliquement des individus ayant un rang social bien plus élevé, lesquels sont obligés de les écouter jusqu’au bout de leur propos. On rapporte ainsi qu’au XIIIème siècle, le philosophe Dion d’Aula a contraint le sénateur Luca Balbo à subir pas moins de neuf heures de critiques vis-à-vis de l’intégralité des actions politiques de son mandat.

Bien entendu, qui dit fête de fin d’année dit cadeau, et il s’agit là d’un autre aspect commun de la San Stefano. Ainsi, outre les distributions d’argent, le mécénat de théâtre de rue et d’autres manifestations publiques est de mise, de même que le don d’objets, aussi bien entre les membres d’une famille qu’entre un patron et son client. Il faut croire que cette tradition ne laisse pas indifférente, puisque même ceux qui sont les plus aigris à l’accoutumée se prennent au jeu. On rapporte ainsi que Matteo DiGrassi voue une étrange affection à cet évènement, et qu’il n’est pas avare de cadeaux sous la forme de farces et de jeux de mots à double-sens aux membres de sa clientèle. Ainsi, à un sénateur qu’il sait avare d’or, il lui offre du miel qui, après tout, à la même couleur. Tandis qu’à une vieille femme qui attend derrière ce dernier dans la file de velsniens lui rendant visite, il lui offre un lingot. Mais on ne peut parler de cadeau qui va trop loin sans évoquer celui qu’offrit Vittorio Vinola aux velsniens en 2010. Le jeune sénateur avait ainsi payé l’intégralité des prostituées de la ville afin de frapper aux portes des maisons, en leur demandant « de se trouver un bon parti à ses frais ».

Bien entendu, l’ampleur et l’extravagance de la fête attire également les critiques. Les célébrations ne sont pas sans provoquer des tapages nocturnes. Au XVIème siècle, l'austère sénateur Enrico Bernoldi rapporte: "La nuit tombe mais personne ne dort. Les ivrognes se livrent à ses chansons et à des rires gras dans la rue. Ils frappent à toutes les portes et prennent un malin plaisir à réveiller leurs occupants.". Ainsi, il y a régulièrement un sénateur pour proposer de « rendre la fête plus enrichissante », en remplaçant toute cette débauche par un « diner calme en famille » et « des séances de lecture ». Ces propositions sont bien souvent refusées et moquées.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, et au terme de deux jours se terminant souvent par une gueule de bois, les greffiers du Sénat ont fini d’enrouler leur corde autour de la statuette de Dame Fortune. Vint alors le moment de la jeter par-dessus bord sous les hourrahs d’une foule à l’allure moins fraiche et à la voix plus enrouée qu’au premier jour. Les « San Stefano » couronnés sont symboliquement destitués, la cité se « libère » de la tyrannie de l’arbitraire et la rude vie politique velsnienne reprend ses droits.


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Politique et société: être citoyen velsnien

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I) Une "nation politique élitiste": le rejet paradoxal du concept d’État-nation et de l'universalisme

Dés lors de sa fondation et tout au long de son existence, la cité sur l'eau a hérité, en tant qu'entité politique indépendante, de particularismes qui lui sont propres. Il convient ainsi de noter qu'en 2015, la Grande République de Velsna est l'un des seuls pays d'Eurysie occidentale ne présentant pas les caractéristiques d'un État nation au sens moderne du terme, et cela en plusieurs sens. En premier lieu, Velsna ne se définit pas comme étant une "entité-nation", le gouvernement d'un peuple au sens ethnique ou culturel. Là où des pays comme Achos sont des constructions politiques fondées autour d'une appartenance forte à une "civilisation achosienne", la Grande République ne s'estime en rien être dépositaire des intérêts d'une population spécifique. Les locuteurs du velsnien vivant à l'étranger ne font pas l'objet d'une protection particulière de la part du gouvernement de la cité, comme à Saint Alban ou en ce qui concerne les minorités velsniennes subsistantes en Achosie du sud. La Grande République n'est pas tant la "propriété" d'un peuple que celle d'un groupe politique, et la langue velsnienne standard n'est perçue que comme un outil permettant de rendre cohérente son administration.

Le terme de nationalisme est donc relativement piégeux lorsqu'on aborde la question velsnienne. Si il y a une identité, qui il est vrai est forte et provoque un sentiment sporadique de xénophobie, celle-ci est avant tout politique: on rejette les individus qui n'appartiennent pas à un corps civique, et non en vertu d'une appartenance ethnique ou culturelle spécifique. De tels épisodes ont volontiers lieu en période de tension politique avec d'autres puissances, et rarement dans d'autres cas.

Nous pourrions qualifier Velsna de nation politique, mais là encore, ce serait occulter une partie du sujet avec une définition vague. Tanska est une nation politique par exemple, en plus d'être un État-nation. Teyla l'est également, tout comme la Loduarie: des états qui se définissent par la présence d'un corps civique. Mais au cas velsnien vient se rajouter une autre réalité: la nation velsnienne est plus étroitement liée à l'appartenance à un groupe social qu'aucune autre. Là où la citoyenneté est un droit chez la plupart de ses voisins, la nationalité velsnienne est elle perçue comme un privilège donnant l'accès à des droits spécifiques. Il est par exemple tout à fait possible pour un étranger de passer son existence entière sur le territoire velsnien, pour finalement jamais ne jamais recevoir la nationalité velsnienne pour lui et ses enfants. L'absence d'un droit du sol est une réalité inhérente à une société conservatrice où l'on cherche à ralentir les évolutions au sein du corps civique.

Il existe des moyens, rares et le plus souvent issus d'initiatives prises par le Sénat permettant un octroi de la citoyenneté, mais de telles décisions demeurent rares et sont confinées à des cas particuliers. Par exemple, une intégration au corps civique est possible pour les étrangers ayant servi en mercenariat pendant au moins dix ans dans les armées velsniennes. Dans d'autres cas, une cité ou nation étrangère, lorsqu'elle est intégrée à la Grande République, peut voir tous ses habitants êtres intégrés collectivement au corps civique. Enfin, en dehors de ces deux cas, nous pouvons noter en cas de services exceptionnels rendus à la cité, que le parrainage par un sénateur velsnien peut permettre son octroi. L'accès à des magistratures au sein d'une cité libre de la Grande République peut, elle aussi, être un autre chemin vers l'accès à la citoyenneté. Nous pouvons ainsi qualifier la citoyenneté velsnienne de "nation politique élitiste", où le droit n'est certes pas déterminé par une origine géographique ou culturelle, mais où son accès est limité à des situation précises.



II) Un droit à deux vitesses: citoyens et pérégrins

Cette réalité d'une citoyenneté restreinte n'est pas sans provoquer une grande différence de statut parmi les populations évoluant sur le territoire de la Grande République. En plus d'une de la stratification que l'on connait au sein même du corps civique, et qui est le propre de Velsna, il nous faut également aborder le groupe social des pérégrins, et qui regroupe tous les individus légalement resencés par le gouvernement communal, mais qui ne bénéficient pas pour autant de la citoyenneté. Être étranger reconnu à Velsna, un pérégrin, ne constitue pas seulement une appellation commode, mais est un véritable statut permettant l'accès à des droits propres. En théorie, le pérégrin bénéficie des mêmes droits et devoirs vis à vis de la cité que n'importe quel citoyen, hormis le droit de représentation politique. En dehors de cette exception, le pérégrin est lui aussi astreint à l'impôt, au service militaire, en échange d'un droit d'accès à la justice, au travail et à la reconnaissance de son existence. Paradoxalement à sa représentation politique inexistante dans la théorie, il est courant que les pérégrins fortunés, paradoxalement, entretiennent des réseaux de clientèle permettant de voir son groupe d’intérêt représenté par des citoyens velsniens intégrés dans ces dits réseaux.

Le terme de pérégrin est toutefois réducteur et ne consiste pas une classe sociale cohérente: en lieu et place, on voit ainsi évoluer une grande variété de statuts dans cette population. Un pérégrin peut être fortuné comme pauvre, il peut être résidant à Velsna depuis cinq ans ou depuis plusieurs générations. Une cité intégrée à la Grande République, par exemple, peut tout à fait refuser la citoyenneté velsnienne pour ne garder que la sienne, faisant ainsi techniquement des pérégrins de tous ses citoyens. On peut ainsi voir des individus ayant la nationalité de leur cité libre pour ne pas avoir celle de Velsna, faisant ainsi qu'ils peuvent voter aux élections locales et en parallèle, ne pas avoir le droit de vote pour les scrutins nationaux.

On estime ainsi que Velsna, pour ses 3 millions d'habitants, compte près de 150 000 étrangers ne pouvant accéder à une quelconque forme de droit de vote, et qui possèdent ce statut.



III) Un corps civique ultra-politisé

Les velsniens sont souvent perçus par les étrangers comme une population "souffrant" d'une "hypertrophie politique". Le fait que la citoyenneté soit davantage perçue comme un privilège que comme droit explique en partie cet attachement, à ce qui est donc la garantie d'un statut social envié au sein de la cité, mais il ne s'agit que d'une raison parmi d'autres. En effet, si la société velsnienne est régie par des rapports liés à la répartition des richesses de chacun, matérialisée à Velsna par le système de clientèle privée, la fortune personnelle n'est qu'une partie de ce qui peut permettre l'ascension sociale, la participation à la vie civique constitue l'autre face de la pièce. L'acquisition de capitaux est le fait du fonctionnement d'une économie de marché, tempérée par une fort sentiment de corporatisme dans certains secteurs. La vie politique quant à elle, est perçue comme la principale source de ce que l'on nomme "la dignité", une forme de prestige confortant la reconnaissance sociale de toute la cellule familiale. Chaque fonction, de la plus insignifiante position de petit fonctionnaire aux plus importantes magistratures sénatoriales, permet son acquisition, qui est cumulable par le nom de famille porté (même si les évolutions récentes de la société contemporaine ont quelque peu renforcer le caractère individuel de la "dignité".

Dans ce contexte, chaque dignité ou statut obtenu par le biais d'élections ou de nomination est ainsi une âpre bataille: soi les sénateurs n'ont cesse de se disputer des commandements militaires capables de leur forger une réputation, il en va de même pour l'ensemble de la société velsnienne, où la compétition est omniprésente par le biais de la politique, là où à l'étranger, le prestige est davantage assuré par la réussite individuelle, hors de tout débat quant à la citoyenneté. Dans ce contexte, cela explique donc en grande partie l’agressivité de la presse d'opinion velsnienne, dont le but est souvent de flatter la clientèle du sénateur qui en est la plupart du temps le propriétaire, tout en pointant du doigt ses adversaires politiques.

Les campagnes électorales constituent la manifestations sociale la plus évidente de cette "hypertrophie politique", à tel point que l'on parle "d'année électorale" lorsqu'on fait allusions, tous les quatre ans à une seule et même années où tous les mandats, locaux et nationaux, sont renouvelés. Si l’État velsnien est faible en soi en comparaison à ses voisins eurysiens, la politique, à Velsna, désigne une réalité bien plus large qu’un simple processus électif désignant un gouvernement technique. Contrairement à la majorité des pays dont les différentes élections sont espacées dans le temps, le gouvernement de la Grande République a depuis bien longtemps calé au sein d’une même année toutes les élections sénatoriales des différentes cités, en plus de la sénatoriale velsnienne de loin la plus importante. Cela sans compter les élections internes des conventions d’entreprises, en théorie totalement détachées de l’Etat, où ces dernières désignent des représentants au sein d’organes représentatifs chargés de représenter les intérêts de leurs secteurs économiques. Toutes ces institutions sont renouvelées tous les quatre ans. A bien des égards, l'année électorale est ainsi le moment fort de l'ensemble de la vie politique de la cité, où les rivalités internes pour accéder à une forme de pouvoir politique sont les plus intenses. A tel point que l'ancien calendrier velsnien numérotait ses années en fonction du nombre de législatures que la cité avait connue.

Paradoxalement à cette hyperactivité du corps civique velsnien, l’État est quant à lui souvent considéré comme atrophié dans sa communication, cet aspect de la vie politique étant davantage l'affaire des initiatives individuelles des citoyens. Ainsi, le corps civique est une cacophonie alimentée par des déclamations publiques et meetings multiples, quand les institutions de la Grande République sont parfois opaques sur certains sujets, en particulier dans le domaine de la politique étrangère.


IV) Le modèle du citoyen soldat

Nous ne pourrions pas aborder la citoyenneté velsnienne sans évoquer la relation très particulière qui lie les velsniens à l'armée de la Grande République. Il existe un nombre de différences notables qui induisent souvent en erreur les étrangers lorsqu'on évoque le rapport de la citoyenneté à l'armée. Les États nations modernes, où les armées de métier sont la norme, perçoivent l'armée comme étant le prolongement de l'autorité de l’État. Le plus souvent, les relations directes entre cette armée et les citoyens sont volontiers ténues, voire inexistantes. L'armée puise sa légitimité que parce que l’État possède le monopole de la violence depuis le début de l'ère industrielle. Le commandement militaire est subordonné au pouvoir politique, et les passerelles entre ces deux émanations d'autorité sont rares. Il est inconcevable de voir dans les faits, le premier ministre tanskien prendre le contrôle d'opérations de terrain, et il laissera le plus souvent cette affaire à des "professionnels de la guerre", qui évoluent dans une hiérarchie parallèle Or, ce n'est pas le cas de la cité velsnienne, où les frontières entre la classe politique et l'armée sont inexistantes.

En effet, il est impossible de dissocier ce qui n'est en réalité une unique émanation du pouvoir. Là où les armées de métier ne sont que le prolongement du monopole de la violence exercé par les États modernes, fondant leur légitimité à exister par leur représentation politique, le pouvoir politique velsnien perçoit son armée comme la représentation directe du corps civique qui constitue la cité. L'armée et le citoyens sont ainsi intrinsèquement liées par ces deux réalités: le service militaire obligatoire d'une durée d'un an et le commandement de l'armée assuré directement par les élus de la Grande République. En plus de ce premier contact avec l'armée qu'est le service militaire, le citoyen peut, jusqu'à ses 45 ans, faire l'objet d'une levée militaire décidée au tirage au sort aléatoire d'une certain nombre de citoyens, prélevés en fonction des accords passés entre Velsna et les cités libres qui composent son territoire. Toutes les cités n'ayant pas les mêmes relations, avant tout contractuelles, avec Velsna peuvent faire l'objet de traitements différents. Il est même possible de convertir l'impôt annuel dû à Velsna en citoyens recrutables en cas de levée.

A la tête de l'armée, des sénateurs et parfois des magistrats locaux qui doivent leur légitimité à leur élection, et qui ne perçoivent pas les charges militaires comme relevant d'une autre compétence que les charges politiques. Dans le cadre de ces charges, la guerre n'est ainsi perçue que comme un prolongement des ambitions alimentées par le biais des carrières politiques, ce qui sous-tend une tendance à l'initiative individuelle et à la proportion à l'agressivité des cadres de l'armée, d'autant plus que ces charges sont limitées dans le temps et doivent être renouvelées chaque année par le Sénat. Cela signifie que les commandants n'ont qu'une période limitée pour retirer du prestige de leurs fonctions acquises, et jouent contre la montre. Dans ce cadre, la tendance à percevoir comme du gâchis les périodes où les conflits sont inexistants rend les cadres de l'armée d'autant plus ambitieux.

(à suivre)
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