07/11/2018
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Activités étrangères à Carnavale - Page 11

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PONFITE DE BAPHOMET

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Après avoir pris connaissances des mots fraternels exprimés par les sataniste théistes de Carnavale au sujet de leurs frères de foi alloumniens, le Pontife de Baphomet, représentant suprême de l'ensemble des sataniste théiste d'Alloumni, a décidé de se rendre personnellement sur le sol de Carnavale.
Accompagné de deux disciples du Pontife de Baphomet, le Pontife a effectué une visite symbolique et fraternelle destinée à renforcer les liens unissant les religieux sataniste théistes de Carnavale et d'Alloumni. Cette visite s'est déroulée dans un esprit de paix, de respect mutuel et de communication autour des valeurs centrales du satanisme théiste : la liberté, la responsabilité, la connaissance, l'amour et la lumière.

De retours à Alloumni, le Pontife de Baphomet a tenu un discours solennel dans des grandes Eglises de Baphomet d'Alloumni. Il y a proclamé :

- Baphomet, notre Seigneur, guide nos pas. Que tous les satanistes théistes, que tous les lucifériens de Carnavale, d'Alloumni, et de chaque terre ou nos voix résonnent, soient bénis par la grâce de Baphomet. Que sa sagesse unisse nos communautés et nous rendent plus fort.

Cette déclaration marque une nouvelle étape dans la coopération religieuse entre les fidèles d'Alloumni et ceux de Carnavale.
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Sécurité Nationale | Affaires étrangères | Justice | Politique intérieure


Face au refus de réalité carnavalais, Tanska pourrait rompre avec sa politique actuelle qui se veut mesurée

Alors que la presse carnavalaise, au mépris de toute réalité, se fait la protectrice d'une Carnavale qui se porterait bien; l'absence de volonté de mettre fin à la guerre du côté de Carnavale pourrait pousser le gouvernement tanskien à changer sa politique, au grand plaisir de certains de ses alliés.
XX XXXXX XXXX [difficile à dater du fait des immenses failles temporelles du conflit]
Il n'y a que très peu de soldats tanskiens sur le sol métropolitain de la Principauté. A l'exception de plusieurs dizaines d'officiers coordinateurs et de quelques forces spéciales, les forces fédérales tanskiennes sont avant tout situées sur les îles de la Principauté. Cette politique d'absence, initialement symbolisée par le refus tanskien de vouloir occuper la partie continentale de Carnavale pourrait changer rapidement face à l'absence de volontés réelles de négocier de la part de Carnavale.

Pour la presse carnavalaise, qui se fait l'écho d'une classe bourgeoise engrossée par la guerre, tout va bien ou presque, en Carnavale. Il ne faut évidemment pas lever les yeux aux ciels. Carnavale n'y a plus d'avions depuis que son aviation s'est faite décimer dans une cuisante défaite en l'espace de seulement quelques journées de combat. Depuis le début des opérations onédiennes, pas un avion carnavalais ne vole. Pour autant Carnavale ne perdrait pas. Ne regardons pas non plus le territoire où la métropole est occupée à plus de 90%. De plus les forces de l'Organisation des Nations Démocratiques contrôlent assez bien les zones urbaines métropolitaines et périphériques de la capitale. Elles y interviennent dans la satisfaction de certains besoins élémentaires et ne sont plus contraintes par la résistance carnavalaise que précédemment depuis les opérations de l'été 2017 qui a permit d'en assurer la domination. Dans les campagnes, ces mêmes forces contrôlent les voies d'approvisionnement de la capitale et les petites bourgades. Carnavale a ainsi perdu tout contact avec ses stations radars, ses stations de suivis de satellites, ses centres de production d'énergie, ses fermes qui, quand elles ne sont pas détruites - ce qui est le cas pour les stations radars et suivis de satellites - sont sous contrôle onédien. L'absence de forces onédiennes dans la "Cité Noire" ne tiens pas à une quelconque réelle résistance des forces carnavalaises, mais aux considérations humanistes des forces coalisées voulant éviter une hécatombe que provoquerait avec joie les classes dirigeantes carnavalaises pour maintenir leur pouvoir si cela leur était possible.

A l'échelle internationale, le projet colonial génocidaire carnavalais est lui aussi un échec cuisant. La politique internationale de reconnaissance de la Cramoisie, tentant faussement de se détacher de sa métropole coloniale en vendant un projet humaniste, panafaréen à travers une ingénierie sociale inventée de toute part s'est retrouvée humiliée sur le théâtre politique afaréen. La seule raison de son existence ne tiens non pas en une difficulté à l'envahir, la Cramoisie n'est que faiblement armée et moins encore protégée, mais en l'absence de volonté politique de nombreux dirigeants afaréens, aux premiers rangs desquels ceux du Califat d'Azur, d'assumer des décisions difficiles de fin d'un génocide et d'un projet colonial. La déclaration de Cramoisie, qui entérine l'échec diplomatique carnavalais, offre toutefois une sauvegarde temporaire de deux années à ses colons qui n'arriveront pas à aboutir au projet martien. Dans deux ans, le Califat, confronté à l'échec évident d'une politique martienne relevant d'une vision digne de la science fiction mal placée dans les relations internationales contemporaines, et d'un idéalisme acerbe du vingt-et-unième siècle d'espérer pouvoir mettre fin à la colonisation de cette manière, s'en retrouvera obliger de choisir. Le choix sera unique et simple : ou bien laisser la colonie génocidaire cramoisienne exister, insultant au passage toute l'action politique Azuréenne d'un échec cuisant mais prévisible, ou bien se résoudre au choix difficile mais nécessaire d'entreprendre l'action militaire.

Tel est le discours que l'on peut aujourd'hui entendre dans les couloirs gouvernementaux de plusieurs ministères. Ce qui résonne de plus en plus, à la fois dans les couloirs de la diplomatie mais aussi dans les entrailles de la défense, c'est une forme de fatigue vis-à-vis de l'inaction généralisée face à Carnavale-Cramoisie.

Sur le sol carnavalais même, la "méthode mesurée" tanskienne semble être arrivée à date de péremption reconnaissent plusieurs officiels. Carnavale s'enferme dans un discours militariste et se réarme considérablement pour reprendre le conflit. Rien ne laisse envisager autre chose qu'une future tentative d'offensive terrestre carnavalaise pour reprendre en partie le contrôle des terres. Largement favorisé par la lente temporalité du conflit - bien que les autorités carnavalaises y soient totalement aveugles préférant s'en prendre à une quelconque entité mystique ou divine qui s'en prendrait à elle quand, si elle existait, aurait en réalité permit leur survie -, Carnavale ne retarde que son réel refus de faire la paix pour mieux se préparer. Dans ce contexte, les forces onédiennes, bien conscientes de cela ont d'ores et déjà entrepris de nombreuses mesures de sauvegardes sur le sol carnavalais. Et la prochaine d'entre elle pourrait être le déploiement massif de forces tanskiennes sur place. Aucun chiffre officiel, mais une fourchette basse de 10 000 soldats est estimée quand elle pourrait atteindre les 25 000 dans son estimation haute selon plusieurs sources au fait du dossier. Ce déploiement ne comprendrait évidemment pas la permanence aérienne au-dessus de Carnavale et la présence navale dans les eaux environnantes.

Les préparatifs seraient d'ores et déjà en cours et les consultations auraient débutées depuis désormais plusieurs semaines avec les partenaires onédiens de Tanska. La présence sur le sol carnavalais de la sixième armée du monde pourrait, peut-être, faire pencher le poids dans la balance en faveur de la paix. Contactée, deux officiers des renseignements proches du dossier indiquent qu'il est "peu probable" que Carnavale s'ouvre à des négociations même si 100 000 onédiens étaient présents sur place.

Le risque politique est élevée mais les parlementaires, les uns après les autres, semblent s'y résoudre. Près de 50 000 soldats onédiens sont d'ores et déjà présent sur le sol Carnavalais.

A la question, "faut-il entrer dans la ville ?", les députés et officiels interrogés s'y refusent encore, les militaires, eux, soutiennent l'option.
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11 Mai 2018 : Vacances à Bourg-Léon : un peu de relâche "en famille" avant de retourner au Makota et affronter la mort
Photographie , noir et blanc, style XIXe, une femme hommasse et un peu grosse dans sa quarantaine en robe du XIXe siècle descend de son avion privée dans un aérodrome, elle est encore en haut de l'échelle, elle est attendue par la femme en robe elle aussi du XIXe avec gants longs et boucles à l'anglaise et qui est enceinte de trois mois et il y des gardes du corps féminines autour, style sombre, film noir, il y a un néons sur un bâtiment de l'aéroport indiquant : Bourg-Léon

Mlle Marie-Angélique Poulin, la milliardaire et mentor (pour le moins) de Mlle Dalila, défaite en Messalie dans le cadre d'une élection qu'elle ne pouvait, de toutes façons, structurellement pas remporter, retarde son retour au Makota (et son procès dont nous connaissons tous l'issue pour l'avoir votée) et retourne vivre à Bourg-Léon pour quelques mois, le temps de voir naitre ses filles que porte Mlle Dalila. Les couches de Mlle Dalila sont prévues pour fin Octobre 2018 et comme c'est une grossesse supervisée par l'hôpital Dalyoha, il n'y a pas de raison de penser qu'il puisse y avoir un accident quelconque (les praticiens carnavalais n'y ont vraiment aucun intérêt). Pour le reste, Mlle Poulin se réservera une suite pour se loger confortablement, elle et sa pupille, ainsi que leurs gardes du corps féminins qui assurent leur sécurité personnelle (la milliardaire ne manque pas d'ennemis). Cet événement n'a rien de secret, même si la PMA parthénogénétique des embryons avec l'ADN des deux femmes et l'implantation par GPA de Mlle Dalila demeurent évidemment un secret absolu. Officiellement, Mlle Dalila est enceinte des œuvres d'un père inconnu et donc se prépare à être fille-mère d'enfants qui seront adoptés par Mlle Poulin, comme la Loi makotane le permet (et au sujet de quoi, naturellement, la loi carnavalaise ne fait aucun obstacle).

En terme de jeu, Mlles Dalila et Poulin sont dont aux premières loges pour voir comment se déroule la guerre en Carnavale, encore que pour l'heure Bourgleon soit épargné. Notons cependant que bien que la guerre et son cortège de malheurs puissent toujours frapper cet endroit (comme en n'importe quel autre de la principauté du reste, et que cela puisse précipiter la mort de Mlle Poulin (laquelle, nous le savons, est déja écrite), Mlle Dalila, quant à elle, ne risque rien en sa qualité de personnage protégé pour le Makota.
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Evénement imprévu : La déclaration d'une réussite de greffe de cerveau amène la Veuve Pascale à se présenter avec une Améthyste

Dans un cabinet de consultation médicale, une vieille femme en robe du XIXe et jeune femme en robe du XIXe à large décolleté et épaule nue et long gant blanc,  qui est triste et le regard éteint sont assisent et attendent et il y a des gardes du corps autour d'elles

La veuve Pascale arrive à Carnavale à bord de son avion privé flambant neuf — une pratique actuellement très en vogue au sein de l’oligarchie makotane. Elle est accompagnée de ses gardes du corps ainsi que d’une jeune femme aisément reconnaissable comme une clone d’Améthyste, mais il s'agit d'une version ou exemplaire jusqu'à présent inconnu : peut-être makotan, mais en tout cas non déclaré, puisqu’elle ne fait pas partie des dix de la maison close — et la onzième étant une nonne, ce n’est manifestement pas elle.

Originaire des hauts plateaux orientaux* du Makota, la veuve Pascale porte encore et toujours les vêtements sombres du deuil depuis la mort de son mari, survenue des décennies plus tôt lors d’un accident industriel, qui l’a laissée seule et sans enfants à la tête d’un vaste domaine. À présent âgée de quatre-vingt-dix ans, et disposant de l’accord écrit de l’Améthyste qui l’accompagne (elle a un document signé mais la jeune femme semble, elle, distante et confuse, certainement sédatée), la veuve demande une transplantation pour elle-même dans le corps de la jeune femme. Elle propose pour ce faire une somme absolument considérable, de plusieurs millions de dollars makotans — une monnaie-or, et donc une valeur immense.

Seule condition : elle exige que ses gardes et ses médecins assistent à l’opération, car elle craint qu’on ne substitue son cerveau à un autre. Elle exige en outre un secret absolu autour de cette intervention et déclare qu’elle se montrera infiniment redevable à la famille Dalyoha si celle-ci acceptait de lui rendre le service de lui sauver la vie en la prolongeant de quelques décennies encore. Le choix est désormais entre les mains de Blaise. Il va de soi — et cela est parfaitement clair — que l’ensemble de cette opération est totalement illégal au regard des lois makotanes.


* Pour être précis, la veuve Pascale qui est une fille Bedon, est originaire du comté de la Neuterre mais feu son mari et sa famille sont les principaux ranchers du Comté du Noyer dont ils sont également les principaux industriels. Il s'agit donc d'un haut niveau dans l'oligarchie du Makota.
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24 mai 2018 : Décès de la Veuve Pascale, Améthyste Pascale, sa fille adoptive, quitte Bourgléon et ramène le corps de sa mère sur sa terre natale du Makota
Photographie , plan d'ensemble dans un aérodrome de nuit, noir et blanc film noire une jeune femme en robe du XIXe à large décolleté et épaule nue et long gant blanc, avec un discret sourire cruel  en robe du XIXe siècle s'apprête à monter dans son avion privée, elle est encore en bas de l'escalier et il y des gardes du corps il y a un néons sur un bâtiment de l'aéroport indiquant : Bourgléon.

---------- Détail du RP ----------
Un sentiment, depuis longtemps oublié, étreint la jeune femme. C'est un mélange de légèreté, de vitalité et de bien-être, en somme un sentiment de jeunesse, tempéré cependant par une forme d’incrédulité et une impression tenace d'étrangeté. La toute nouvelle demoiselle Améthyste Pascale n'est pas encore tout à fait apte au service, sa démarche et ses mouvements sont encore un peu incertains, presque comme si elle était ivre, bien qu'elle n'ai pas bu d'alcool (elle n'a naturellement pas le droit de boire un seul verre avant quelque temps). Fraîchement adoptée (et c'est le moins que l'on puisse dire) par feu la veuve Pascale, Mlle Améthyste Pascale se trouve être, certainement, la plus riche des clones du monde, et bientôt sera-elle aussi la plus connue et révérée.

La vie de Mlle Pascale sera très différente de celle qu'avait vécue sa mère adoptive (si l'on peut dire). En effet, la veuve n’avait pas fait grand-chose de sa triste existence, enfermée dans le carcan des conventions makotanes qui, il y a plus d’un demi-siècle, étaient autrement plus étouffantes qu’aujourd’hui (ce qui ne peut que laisser songeur qui connait un peu le Makota), la vieille femme avait aussi été, des années durants, maltraitée par un mari qui cependant avait fini par lui faire le plaisir de mourir. En résumé, la Vieille Pascale n'avait jamais été ni épanouie, ni heureuse. Il n'en sera pas de même pour Améthyste ! Cette jeune femme à qui le monde sourit, et qui peut maintenant réussir partout où la Vieille ne pouvait pas même espérer entrer.

Malgré un léger mal de tête — somme toute compréhensible pour qui comprend ce qui vient de se passer — la voici désormais pleine d’idées nouvelles, jeunes, neuves, pour moderniser son vieux pays et le mettre enfin sur la voie du Progrès, le vrai : celui de Carnavale, et non celui que proposent l’OND et Mlle Dalila. C’est ce techno-progrès transgressif qu’elle entend maintenant incarner et promouvoir, sans doute en brigant la place de cet imbécile de Véque à la tête du parti productiviste. Mais pour l’heure, il y a un corps hideux à enterrer et une succession à achever. Curieuse succession, quand on y réfléchit bien.

Enfin, un avenir radieux se dessine pour cette toute nouvelle demoiselle Améthyste Pascale, que personne jusqu'alors ne connaissait (mais la Veuve Pascale pouvait bien adopter qui elle voulait, n'est-ce pas ? Y compris une Améthyste). Et si l’on excepte quelques désagréments biologiques qu’il faudra régler à moyen terme — et pour lesquels on saura bien trouver une solution (elle fera, au plus vite, les investissements nécessaires), c'est assurément une vie nouvelle qui commence pour elle.
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Un article de presse en trois colonnes avec  une illustration qui est une  Photographie demie teinte ou tramage, noir et blanc, dans un cimetière on met en terre un cercueil, Un prêtre traditionaliste bénie le cercueil au goupillon tandis des des enfants de chœur se tiennent à coté de lui, l'un à gauche avec le missel d'autel dans les mains, l'autre à droite avec le bénitier, un homme en costard tient un portait de la vieille femme femme, la jeune femme est en robe du XIX mais noir et elle pleurniche avec un mouchoir dans les doigts à coté du cercueil et pas au premier plan. Et il y a beaucoup de monde  et elle est légendée : "Photographie de la mise en terre de Madame Madeleine Pascale au cimetière de Bedonville, comté de la Neuterre." .

Décès de la Veuve Pascale : On lui découvre une fille adoptive, In Les Nouvelles du Makota, le 26/05/18

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Articles connexes et références

Les femmes de pouvoir et d'influence au Makota (Mlle Poulin, Mme Lavacher, Mlle Olaf)
  • Mlle Olaf, directrice des Hôtels de Luxe Olaf, In Les Nouvelles du Makota, le 2/04/18

  • Autre (RP)

    Le texte en blocDécès de la Veuve Pascale : On lui découvre une fille adoptive
    Emportée par la maladie à l'age vénérable de 90 ans, la milliardaire aura curieusement adopté une Améthyste
    Alors qu’elle était connue pour son caractère difficile et peu traitable, et réputée odieuse dans le Tout Sainte-Régine — ce que tous ceux qui l’ont connue pourront confirmer — la veuve Pascale aura surpris l'ensemble de la bonne société (et les parieurs impudents) en adoptant, sur son lit de mort, sa servante personnelle et aide de vie : une clone d’Améthyste jusqu’alors non recensée et totalement inconnue. Nous comprenons dès lors beaucoup mieux pourquoi la jeune femme — si tant est que l’on puisse appeler cette chose une femme — pleure avec tant d’ostentation sa toute nouvelle, et déjà défunte, mère adoptive. Il est d’ailleurs à noter qu’elle fut la seule à la pleurer, l’essentiel de l’assistance étant composé du personnel de feu la veuve Pascale. Tout cela s’est déroulé très vite et ne manque pas de soulever un certain nombre de questions. Dans cet article, nous revenons sur les faits et faisons le point avec vous pour rendre les choses plus claires.
    Qui était la veuve Pascale ? – Biographie
    Née en 1928 au ranch Bedon — le domaine familial, l’une des principales propriétés du comté de la Neuterre — Madeleine Pascale aura traversé l’essentiel du XXᵉ siècle en occupant le rôle, somme toute ordinaire, d’une fille de bonne famille makotane. D’abord demoiselle durant les seize premières années de sa vie, ancienne pensionnaire de Sainte-Aurore, le plus prestigieux établissement pour jeunes filles du Makota, elle est rapidement mariée, à l’âge de seize ans, en 1944, à M. Albert Pascale, principal rancher et industriel du comté des Noyers. Il s’agit naturellement d’un mariage arrangé. La jeune fille ne découvre son futur époux qu’une quinzaine de jours avant la cérémonie, célébrée — comme le veut l’usage chez les Pascale — dans la chapelle du ranch familial. À en croire les extraits de journaux de l’époque conservés dans nos archives, il s’agissait d’une noce particulièrement somptueuse, qui fit date dans la bonne société locale.
    Le mariage tourna toutefois presque immédiatement au vinaigre. Albert Pascale était en effet réputé pour être un alcoolique notoire et un homme d’une violence extrême. Selon les révélations ultérieures de la veuve elle-même et de membres de son personnel, il ne tarda pas à battre régulièrement son épouse, lui infligeant des blessures suffisamment graves pour nécessiter de fréquentes interventions médicales. Les archives de la Clinique du comté des Noyers font hélas bien état de ces admissions pour causes traumatiques, pudiquement classées sous l’intitulé d’« incidents domestiques ». Mme Pascale révélera également que son mari s’acquittait fort mal — voire pas du tout — de ses devoirs conjugaux. Ce point, naturellement invérifiable, semble néanmoins corroboré par l’absence totale de grossesse au cours de leur union.
    Coup du sort ou bénédiction, Albert Pascale finit par mourir près de vingt ans plus tard, en 1963, après être tombé, ivre mort, dans le concasseur d’une de ses machines excavatrices minières. Un drame longtemps mal compris, que certains interprétèrent comme un suicide ou un meurtre déguisé, mais que la police du comté et les maréchaux du Makota — dépêchés en raison du statut de congressiste de la victime — qualifièrent rapidement d'accident. Toujours est-il qu’Albert Pascale ne fut guère regretté, et certainement pleuré par personne. Fils unique de parents décédés depuis longtemps, beaucoup plus âgé que son épouse, patron tyrannique et cruel, il ne laissait derrière lui ni proches ni amis véritables. Et ce ne fut assurément pas sa femme qui versa des larmes sur sa disparition, en dehors des usages sociaux, naturellement.
    Devenue veuve à trente-cinq ans, Madeleine Pascale se retrouva ainsi à la tête d’un véritable empire agricole et minier, que personne ne pouvait lui disputer puisqu’elle était l’unique héritière de son mari. Les conventions de l’époque imposant toutefois certaines limites, elle désigna des directeurs et gestionnaires pour chacune de ses entreprises et mena dès lors une existence largement recluse dans le Manoir du Ranch Pascale.Elle ne se remaria jamais, un tel choix l’ayant contrainte à renoncer aux biens de son défunt époux. Commence alors une vie terne, silencieuse et refermée sur elle-même — une existence triste qui dura plus d'un demi siècle et qui vient de s’achever il y a quelques jours.
    Les derniers jours de la veuve Pascale
    Atteinte de nombreuses pathologies — ce qui n’a rien de surprenant à l’âge de quatre-vingt-dix ans — la veuve Pascale décide de s’envoler pour Carnavale à bord de son avion privé, qu’elle utilisait habituellement pour ses allers-retours entre son ranch du comté des Noyers et son manoir de Sainte-Régine, capitale du Makota. Inutile de préciser que Mme Pascale se rendait à Bourgléon afin de bénéficier d’une médecine indiscutablement supérieure à ce qui se pratique chez nous. Elle ne s’y rend évidemment pas seule : outre son pilote, elle est accompagnée de ses nombreux gardes du corps et son médecin personnel, ces gens constituant en quelque sorte une cours qui ne la quittent jamais, ainsi que de sa servante la plus proche, une Améthyste dont il semble qu’elle ait fait l’acquisition peu de temps auparavant, dans des conditions demeurées inconnues. Toujours est-il que la médecine de Grand-Hôpital se révéla impuissante à la soigner de son état de sénescence avancée. C’est ainsi qu’elle s’éteint ce 24 mai, après une longue agonie de plus d’un mois. Durant cette période, toutefois, la vieille femme trouve encore en elle la force de désigner sa servante comme légataire universelle de l’ensemble de ses biens. L’acte est établi de la manière la plus nette et la plus incontestable qui soit, et dûment attesté par les autorités de Carnavale, et plus particulièrement celles de Bourgléon qui ont également établi l'acte de décès de concert avec le médecin personnel de la veuve. La dépouille de la veuve Pascale est rapatriée le jour même par le même avion qui l’avait conduite à Carnavale, et ses funérailles sont organisées en grande pompe par la toute nouvelle demoiselle Pascale. Celle-ci déclarera à cette occasion que la vieille femme « le méritait amplement, parce qu’elle était bonne et méritante et qu'elle avait beaucoup souffert ». On en attendait pas moins d'une clone qui passa du statut de servante à celui milliardaire parmi les plus influentes du Makota au cotés de Mlle Poulin ou de la Veuve Lavacher.
    Qui est cette clone Améthyste qui se nomme à présent Mlle Améthyste Pascale ?
    C’est sans doute le point le plus mystérieux de cette affaire. Outre le fait que l’on peine à comprendre pourquoi ce clone a été fait héritier de l’empire de la veuve Pascale — mais après tout, certains ne lèguent-ils pas leurs biens à leurs animaux de compagnie ? — on ne sait toujours pas qui est réellement cette Améthyste. Évidemment, comme toutes les autres, nous savons qu’elle est âgée de trente-cinq ans et qu’elle est le clone de la fille d’Arthur Castelage, ancien président de la Banque princière Castelage de Carnavale dont la fille n’est autre qu’Améthyste Castelage, actuel chef d’État de la principauté. Mais au-delà de ces éléments, nous ne savons rien. Elle ne fait pas partie des dix Améthystes prostituées recensées au Bordel des Améthystes, et elle n’est pas non plus l’Améthyste religieuse qui est toujours en poste et enseigne dans sa petite école. Elle ne correspond pas davantage aux autres exemplaires connus ailleurs dans le monde, y compris l’énigmatique modèle de Vlastie, dont nous savons peu de choses, sinon que, s’il existe encore, il doit être fortement altéré — ce qui n’est pas le cas ici. Il faut donc admettre que nous sommes face à un exemplaire clandestin et… milliardaire, très probablement acquis sur le marché noir par la veuve Pascale, dans des conditions sordides et pour des raisons qui nous échappent. On aimerait croire à des motivations philanthropiques, sans toutefois se bercer de trop d’illusions. En tout cas, nous le disons clairement : Reposez en paix, Mme Pascale.





    Commentaire extradiégétique
    La vidéo ci-dessus est un commentaire généré automatiquement. Elle simule un entretien entre deux journalistes sur une radio quelconque qui n'est pas makotane (c'est socdem quoi). Elle a pour fonction de vous donner un résumé approximatif à écouter. Attention, la vidéo commet fréquemment des erreurs, y compris grossières, et n'est pas donc pas une source, elle doit seulement vous inciter à aller lire l'article si il attire votre attention ! C'est un moyen pour vous de gagner du temps.
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    Il nous avait manqué !

    « J'étais bloqué dans l'ascenseur de la Tour de l'Ange » ; c'est avec facétie que le candidat d'origine makotane revient sur le devant de la scène médiatique, pour la première fois depuis l'annonce de la suspension de sa campagne. Après un discours qui aura galvanisé ceux qui ont bien voulu l'entendre, Julonin Venbranle, citoyen carnavalais de désormais trente-huit ans, renouvelle sa proposition d'une « Carnavale aux Carnavalais. » Où était-il pendant tout ce temps ? « Coincé dans les embouteillages du grand tunnel des Bourdons », renchérit-il sous les applaudissements d'une foule hilare, qui veut voir en lui un visage amène pour le prochain Conseil municipal, s'il faut en croire les sondages. Culminant à 44 % des intentions de votes, Venbranle peut-il être le super-héros dont la Cité Noire a besoin ? « Il ne l'est qu'en contraste des autres », réplique, modérée, Madame Fataly, experte en sondages venue de Messalie, mais dont l'Institut Doimouyé exerce à travers tout le continent. « On aimerait que quelqu'un se bouge autant que lui », rappelle Isabeau Laid, cardinal ayant survécu à l'ingestion de chlorofluorocarbure à l'ananas lors de l'Armageddon't. « J'adore ce mec », aurait répondu le candidat à la volée. Pour autant, « rien n'est acquis », estime la directrice de la campagne Venbranle, en déplacement à l'étranger ; « A Carnavale, l'impensable est toujours sûr ! »


    Quartier du Labyrinthe : bientôt des sorties de secours ?

    Les habitants des quartiers riverains émettent depuis longtemps des plaintes au sujet du voisinage de la grande propriété du Baron de Serviette, dont les goûts architecturaux ne satisfont pas les papilles des parents inquiets de la zone. « Mon fils était juste allé chercher son ballon », se plaint Elléosud Mac Aque, dont l'enfant n'a toujours pas reparu après vingt-sept semaines passées dans le terrain du Baron. « On l'entend parfois recompter ses pas », se lamente un voisin, qui « n'en peut plus du bruit » : « je voudrais dormir la nuit », rouspète-t-il, pas entendre des gosses perdus appeler leur maman. Selon Ariane Minoculée, urbaniste au cabinet d'experts Ponts & Chaussettes, « le quartier n'est pas aux normes » pour permettre l'évacuation des enfants perdus en cas d'incendie. Pas aux normes, mais à quelles normes ? « Aux normes de l'OND », se justifie l'ingénieure, qui rappelle que « mon métier, c'est d'anticiper. »
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    Philippe Géminéon sacré meilleur savant au monde

    ¡ Buenas tardes Carnavale ! Le Paltoterra célèbre le génie carnavalais. Avec le Prix Luz du Meilleur savant international, le Docteur Philippe Géminéon est récompensé pour l'ensemble de sa carrière, mais surtout pour son dernier film : « greffe de cerveau, une première mondiale », acclamé par la critique. A l'occasion de la remise de cette récompense san youtaise, le Professeur qui officie depuis quatre-vingt-ans aux Laboratoires Dalyoha a tenu à saluer la « terrible et miraculeuse » histoire de la science carnavalaise, qui stupéfie le monde depuis au moins plusieurs décennies : clonage d'animaux et d'humains, création de nouvelles espèces vivantes par ADN artificiel remodelé, moteur cyclométrique, numérisation de la conscience et modèles surpuissants d'intelligence artificielle sont d'autres réalisations à mettre au crédit d'une institution à la très noble et ancienne mémoire, l'Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale. Un lieu sobre, discret, austère, « où l'on forme les meilleurs », aussi bien sur le plan scientifique que sur le plan épistémologique. Comment mieux chercher, mieux trouver, mieux créer ? La réponse apportée par la Dalyoha Compagnie est aussi limpide qu'unique au monde : « en balayant la morale. » Après avoir brisé le tabou de l'unicité de l'être, par la duplication des humains, c'est celui de la mort que Carnavale se prépare à lever. Car si l'esprit est dans le cerveau, celui-ci pourrait-il être greffé, à l'infini, se libérant de la contrainte jusqu'ici absolue de notre enveloppe corporelle périssable ? « Nous irons là où d'autres n'oseront pas s'aventurer », a déclaré le Professeur carnavalais devant un parterre de collègues venus du monde entier. Pour l'instant, cette incontestable victoire scientifique carnavalaise intimide le reste du monde. Pendant que l'usurpateur Pape Augustin se terre dans son silence de marbre doré, les oulémas d'Azur divergent quant à l'attitude à tenir ; « la question n'est pas de savoir si le Coran avait prédit » la victoire de l'Humanité sur la mort, selon un sheikh, elle est de savoir « ce qu'il en dit, puisqu'il l'a prédite. » Dans le reste du monde, l'indifférence masque mal la défaite intellectuelle d'idéologies en mal de stigmatisation ressentimentale. « L'immortalité est un privilège de riche », pourraient arguer les communalistes, s'ils n'étaient pas les poids morts (et relativement inutiles) de la Principauté, pieds et points liés avec la Noire Eglise.

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    Économie : tout seul, on va plus vite

    « La situation est au beau fixe », peut se réjouir Améthyste Castelage. D'après des données millimétrées de l'institut drovolskien Mondus, les perspectives de croissance sont excellentes pour la Principauté pour le troisième trimestre 2018. « L'économie fleurit depuis plus de deux ans sans s'interrompre » ; un développement à cadence accélérée, voulue par les habiles paramétreurs de la Banque Castelage autant que suscité par la motivation patriotique des Carnavalais eux-mêmes. « L'OND s'attendait à ce que Carnavale se brise », estime un expert, qui dénonce « la non-prise en compte du facteur moral » dans l'équation du tableur des états-majors onédiens. Au mépris de toutes les conventions, la Cité Noire a fait de la guerre « une occasion unique de se réaffirmer », et malgré les destructions considérables occasionnées à certains quartiers et à sa précieuse aviation, les investissements affluent pour redonner à la Principauté « les arguments de la puissance. » Contrairement à toutes les spéculations, Carnavale semble vouloir aborder la fin de la décennie avec sérénité, et ce malgré un isolement diplomatique et commercial de plus en plus prégnant. « Personne n'a à se targuer d'un fait qui relève entièrement de notre propre stratégie », veut croire Miribelle Zébutt, chargée d'affaires à la Société Luciférienne Carnavalaise. Selon celle qui représente un acteur montant sur le marché des idées, « les Carnavalais sont et veulent rester les maîtres d'eux-mêmes », quitte à s'aliéner le discorde. « Mieux vaut un splendide isolement que des alliances lâches », relève-t-elle, alors que certains questionnent de plus en plus l'intérêt d'un partenariat au Grand Kah, un empire qui brille par son absence à aider Carnavale, et qui a récemment refusé de permettre l'entrée de matériel militaire neuf à Carnavale via sa base de la Citadelle, selon des sources informelles proches du candidat Venbranle. « On n'aurait pas attendu autant de patriotisme » de la part des autres candidats, persifle le camp juloninien. « Il n'y a pas d'amour », résume-t-on dans les milieux économiques stupéfiés par la croissance carnavalaise malgré un tel abandon de ceux qui se voulaient ses soutiens autoproclamés ; « il n'y a que des preuves d'amour. »



    Julonin Venbranle : rien ne lui résiste, pas même le format [grid] !
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    16.07.2018

    Votre demande de construction d'usine a été acceptée !

    Merci d'avoir choisi le dème de Caloubiers pour installer la Zone Numéro 2 de la Concession aurifère de Carelliac. C'était de toutes façons le seul endroit possible pour trouver de l'or. Et pour avoir choisi le Haut-Teyras en vue de construire une centrale électrique (au fioul ?). Les profits perçus seront versés sur votre compte bancaire à la Banque Océane en fin de chaque trimestre (fin de chaque mois IRL).

    Messalie remercie ses Bienfaiteurs.

    Note : construire une usine crée de l'emploi en Caloubiers et en Haut-Teyras, et donne un boost de faveur à la municipalité locale (L'Olivier) pour les prochaines élections.
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    — Alors ?

    — Beau gosse le fréro !

    — Un petit côté Blaise Dalyoha.

    — Elles me vont bien ?

    — Elles te vont comme si elles avaient été faites pour toi le sang.

    — Greg, c'est sérieux putain.

    — W'Allâh ! Elles sont bien.

    — Greg...

    — Oh, pardon, Amra.

    — Hum. Fais-voir ton miroir...

    — Non, votre ami a raison, Monsieur Le Gwerec'h. Par Dieu, vous pétez le feu.

    Il sourit.

    — Ça me donne un côté cyberpunk.

    — Ils vont adorer, croyez-moi, Monsieur Le Gwerec'h.

    — Comment vous savez ça ?

    — Greg, laisse, c'est son métier.

    — Je suis une Pythie, Monsieur Greg. Je sais tout, je devine tout. Un frémissement de votre part, en deux coups d'oeil, je vous trouve ce qu'il vous faut.

    — Vous auriez dû être styliste.

    — Je suis une bonne character designer.

    — Bon, c'est pas tout, mais les lunettes, c'est accessoire. Ce qui compte, c'est le fond.

    — Vous avez tort, Monsieur Le Gwerec'h. Le fond, c'est la forme. Toujours. C'est pour ça que vous êtes beau, Celte, et rebelle.

    — "Le physique de ses idées", comme on dit.

    — Et vous pensez que ces lunettes vont m'aider à plaider ma cause ?

    — Absolument. Si vous apparaissez à la tribune avec votre petite veste de connard, votre voix fluette et votre tête de clone en manque de vitamine D, ils vous renverront chier. Ils vous taperont sur l'épaule en disant : "oui, oui, mon gars, on va s'en occuper", et ils vous feront circuler.

    — Faut marquer les esprits, fréro. Tu vas leur retourner la tête.

    — C'est plutôt leur remettre à l'endroit que j'aimerai faire.

    — Insh'Allâh.

    — Pardon ?

    — Si Dieu veut. Il faut toujours dire ça quand on parle au futur, sinon vous allez vous porter l'oeil.

    — Ah, d'accord.

    — C'est marrant, ma grand-mère disait ça aussi. Mar plij Doué, si Dieu veut.

    — Dieu, Dieu, Dieu... On peut s'arrêter là ? J'en ai rien à faire moi de Dieu.

    — Eh, Alan, attention.

    — Pardon, Amra.

    — Mais non, Monsieur Le Gwerec'h. Ne vous excusez pas. Vous avez le droit de vous exprimer. Nous sommes en République.

    — En Union, vous voulez dire.

    — Oui, pardon. En Union. Vous avez le droit de professer vos croyances.

    Je crois en l'esprit Sein, en la sainte mamelle magnifique...

    Greg éclate de rire.

    — À quelle heure est votre avion demain ?

    — Onze heure trente. Il faudra que je prenne de l'avance, Greg.

    — T'inquiète, on prendra mon bateau.

    — Vous allez être parfait, Monsieur Le Gwerec'h. J'en suis sûr.

    — Merci. Dites, vous serez là, ce soir ?

    — Pour le fest-noz ?

    — Oui.

    — Je ne crois pas, Nolwenn m'a promis qu'on ferait du caramel maison.

    — Ah, Nolwenn. Si elle pouvait, elle resterait chez elle toute l'année.

    — Qui a dit que tous les Celtes étaient des alcooliques ?

    — Un propagandiste impérialo-colonial, peut-être ?

    — Inventer des tares aux peuples à soumettre, c'est un sport universel.

    — Bon, Monsieur Le Gwerec'h, Monsieur Greg, si vous en avez terminé je vais rentrer.

    — Oui, merci Amra. Merci beaucoup.

    — Mais de rien. C'est naturel.

    — Bon retour alors.

    — Merci, bon retour. Et bon voyage !

    Na hoileán go léir !



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    Pulsions



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    — Combien tu en as en ce moment ?

    — Trois. La dernière est arrivée juste il y a quelques semaines.

    Les pattes du doberman font s'éclabousser de la boue et des graviers plus loin. Au bout d'une longue laisse, la bête renifle et jappe, il renâcle près des troncs qui s'alignent, veut choper un truc derrière les branches des buissons. Je ne sais même pas comment on tient un chien tellement je n'ai rien à voir avec ces bêtes.

    — C'est simple, tu le tiens comme ça, pour lui montrer c'est qui le chef. Anubis, calme !

    Cacendre Fumée qui lit dans mes pensées attrape la chaîne. La bête piaille, ou bien c'est juste un aboiement qui restera coincé dans sa gorge ; obéissante, elle reste à proximité, et la laisse se détend.

    — Tu ne le laisses pas aller ?

    — C'est interdit de libérer les chiens de chasse sur l'île. Privilège du seigneur.

    La psychiatre cognitiviste jette une oeillade amusée vers la forme bleutée qui se dégage, à la fin de la matinée, au-dessus de la brume, entre les silhouettes des arbres. Le Palais d'Hiver, timide et délicat depuis de fraîches semaines, hausse ses frontons dans le lointain.

    — Je sais pas comment tu fais.

    — Il faut aimer être obéi.

    Les deux collègues se taisent quelques instants. Les feuilles gouttent depuis la pluie de la nuit dernière. Condensée juste au-dessus des herbes, la brume flotte par intermittence ; elle s'éloigne quand on s'en approche.

    — Et toi, combien ?

    Surprise qu'on lui retourne la question, le Docteur Fumée hausse les sourcils, sonde avec une feinte concentration l'information requise, ne la restitue que derrière un faux-semblant teinté de confidentialité professionnelle.

    — Quelques uns. Oui, quelques uns.

    Sybille se pince très légèrement les lèvres en réprimant son amusement. Elle ne remarque pas la foudre dans le coup d'oeil de Cacendre, fardée et pâle, dont les petits doigts gantés sont faits d'acier.

    — Et toi, tu ne regrettes toujours pas ?

    Son air innocent trahit son intention de souligner malignement la faiblesse de son ex. Celle-ci fait un petit rire en continuant à avancer.

    — Rien du tout. Que regretterais-je ?

    — C'était une opportunité unique que la direction t'as faite. Si tu veux mon avis, tu...

    — Travailler pour l'armée ne m'intéresse pas.

    — L'armée, la science, quelle différence ?

    — Ce n'est pas la même approche, sourit le Docteur d'Héboïdophrénia. Pas en ce qui me concerne.

    — Toi et ton approche...

    Elles arrivaient à hauteur de l'aile des Murmurantes, au bout de l'allée des Simples. Autour d'elles, les bois se mirent à doucement bruisser, comme si la forêt dans son sommeil faisait trembler légèrement ses écailles chlorophyllées et grinçantes. Le chien se faufilait sur la pelouse bordant le château, reniflant la présence récente d'un daim ou d'un écureuil, ou simplement les exhalaisons humifiées de la terre noire mêlée aux graviers du sentier.

    — Je te laisse à tes petits patients, dit Cacendre, la bouche en coeur. Je dois me dépêcher, le projet n'attend pas. Au plaisir d'une prochaine balade. Bonne journée, Sybille.

    — Bonne journée, Cacendre.




    * * *




    16 août. Je prends ces notes dans un café près de la Pharmacopée. Il pleut doucement, l'été est frais et humide. Je fais le point. La direction du service m'a demandé de contribuer au rapport des connaissances sur l'état de la conscience. J'ai participé à un programme d'évaluation DCCH à l'aile des Sémillantes. Cela n'a rien donné ; la lobotomie pratiquée sur des sujets conscients anéantit la stabilité psychique et cause des troubles trop graves pour que la pratique analytique soit seulement possible. J'émets l'hypothèse que le pic à glace inséré dans l'orbite touche trop près aux zones fonction du langage, matériau crucial dans ma discipline. Ma participation n'apportera sans doute rien d'utile au programme conjoint de la psychiatrie et de la chirurgie pour établir un mode de traitement des défaillances psychiques ou idéologiques par la voie chirurgicale. Après tout, je me suis même construite contre cette idée. J'avais fait part de mes réticences au Professeur Gaule au sujet de la pertinence clinique d'utiliser des clones humains comme cobayes pour ce genre de recherches ; j'avais bien commencé ma carrière sur l'étude des symptômes psychopathologiques de ces mêmes clones cobayes, et conclu à leur inefficience relative pour produire autre chose que des organes digestifs. Leur cerveau ne parvient pas à se former absolument, du moins pas dans les vingt premières années de leur existence. Il est substantiellement différent de celui de sujets naturels. J'ai recommandé la clôture du programme au profit de nouvelles méthodes non-susceptibles d'atteindre à l'intégrité psychophysique des patients, telles que la stimulation électrique de haute intensité, qui a prouvé sa remarquable pertinence pour étudier la douleur et le traumatisme. Cette méthode permettrait d'utiliser des cobayes naturels, tels que des prisonniers de guerre mentalement sains s'il nous en reste au service des ressources humaines, et sur un plus long terme, ce qui permettra de renforcer les conclusions du programme. On m'a remercié mais non merci. L'option envisagée par les directeurs du programme est de se consacrer désormais sur des enfants clones de moins de cinq ans, supposément les plus aboutis de nos services en matière de développement neuronal. J'ai invité à ne pas confondre marketing et réalité clinique. On m'a demandé de me retirer du projet, ce que j'ai fait. J'ai écrit au service de clonage pour leur indiquer que mes travaux auprès des clones très jeunes ne permettaient absolument pas de corroborer leurs assertions en matière de qualité neuropsychologique des sujets clonés. Plus polis que les ânes battés qui mènent aujourd'hui le programme d'isolation chirurgicale de la conscience humaine, le secrétariat du Professeur Gerbedorée m'a répondu que leurs examens IRM confirmaient que les plus jeunes clones, produits après 2009 et plus sûrement après 2012, répondaient parfaitement aux standards des sujets naturels, avec un biais bénéfique indiquant même des capacités neurologiques renforcées par rapport à leur parent naturel. C'est une façon élégante de dire qu'ils ne partagent aucun des postulats de la psychanalyse, dont je suis jusqu'à preuve du contraire la mieux au fait sur cette île, en tous cas en matière d'étude des clones ; postulat dont l'un des principaux est celui de l'inconscient. J'ai signalé à ma supérieure la nécessité de procéder à une étude psychiatrique d'une à trois générations au moins pour valider scientifiquement les prétentions du service de clonage, que je considère enthousiasmé par de simples analyses IRM et qui a les yeux bien gros en matière de développement commercial pour faire de leurs clones les prochains produits phares des Laboratoires. Je n'ai pas eu de réponse. Le Professeur Gaule travaille à un projet autrement plus urgent et, si j'en crois l'atmosphère de confidentialité qui s'insinue dans mon cabinet même, voulu par en haut. Soit ! Cette question n'est de toutes façons plus de mon ressort. J'ai quitté le programme de Détermination Chirurgicale de la Conscience Humaine depuis sept mois. Qu'ils aillent désormais se faire voir.

    Cacendre est jalouse. Elle l'a toujours été. Avoir été mise au parfum de ce projet de la direction dont aucun écho ne filtre ne fait que décupler l'excitation de son complexe à mon égard. J'ai pourtant toujours loué les qualités particulières de son travail psychiatrique, qui est remarquable. Je ne le lui ai jamais caché. Peut-être aurai-je dû le faire. Le ressentiment se nourrit de n'importe quoi de toutes façons. C'est effectivement un affect de pauvre. La tolérance du sujet pour son propre équilibre s'abaisse à mesure qu'il recherche une planche de salut psychique. Sa condition entre donc dans un cercle vicieux où les pulsions réorganisées à l'aune du ressentiment et de la haine de soi produisent les conditions du maintien et du renforcement de cet état. Cacendre est une fille intelligente et intuitive. Son orgueil la défend de reconnaître ce qu'elle a inconsciemment compris de ce que je comprenais d'elle. Et des raisons irrémédiables pour lesquelles, sur un plan privé, je ne saurai partager ma vie une seule seconde de plus avec quelqu'un comme elle. J'ai rompu notre relation en même temps que j'ai quitté l'ICCH. Il ne lui a pas fallu longtemps pour prendre les devants et marquer symboliquement que ma décision était la sienne, et que j'en étais preneuse, et non donneuse. Je l'ai accepté et je le tolère, en cadeau de départ pour elle, dont elle n'aura sans doute jamais conscience. Elle est aussi une fille solide et ne s'est pas du tout laissé abattre. Elle me partage non sans plaisir la multitude de ses nouvelles relations. Mon célibat actuel doit la ravir. Je suis heureuse de nos balades. Ses yeux me plaisent énormément. Grondement éclair. Des avions de chasse viennent de passer au-dessus de l'île. Finiront-ils par nous frapper ? Angoisse mon chat d'amour.




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    * * *




    19 août.

    Numéro 1 progresse. Ses séances sont plus calmes, plus introspectives. Ses rêves sont moins agités. Il a revu le grand visage qui hurle. Le rapport à son père se dénoue petit à petit. Rien à voir avec l'angoisse irritée de ses premières séances. J'en suis heureuse. Je dois parfois me retenir de rire car sa manière de parler est imagée comme peuvent l'être les histoires d'un vieux jardinier. Il dit se sentir parfois plus créatif qu'il ne l'avait jamais été. Impossible en revanche de s'imaginer reprendre une cisaille. Il déplore que ses supérieurs ne l'écoutent pas ; c'est le lot de tous ceux qui ont des supérieurs, je le crains. Il s'en tire bien. Cela fera le mois prochain neuf ans qu'il vient en consultation. C'est le patient que j'aurai accompagné le plus longtemps. Je dois préparer un rapport bref au Professeur Gaule à son sujet. J'aurai dû demander sa mise sous sécurité ; le département devrait en avoir le contrôle absolu, il est hors de question que les services de Blanchâtaigne foutent en l'air neuf ans de progrès avec leurs gros sabots utilitaristes. S'ils s'y intéressaient de trop près, ils seraient capable de me le refoutre en l'air. Mieux vaut que Numéro 1 reste le plus discret possible à son propre sujet, et qu'il continue ses séances au cabinet. Si nous évoluons encore sur notre lancée des dernières années, Numéro 1 pourrait être le premier cas de rétablissement suite à une intrusion dans les Jardins Botaniques.

    Numéro 2 ne s'est pas présentée à sa séance d'aujourd'hui. C'est la troisième fois d'affilée. Je suis donc dans l'obligation de prévenir son supérieur hiérarchique. Elle a repris le travail depuis plus d'un an. En tant qu'employée des Laboratoires, sa mutuelle exige une prise en charge effective. Elle pourrait être sanctionnée. Dilemme. Je ne suis pas une flic. Je vais lui faire un SMS.

    Numéro 3 va devoir repartir au Drovolski suite aux accords négociés avec la Compagnie Dalyoha. Il fait l'objet de poursuites pénales. Je ferai une note au Professeur Gaule à son sujet, peut-être pourra-t-elle être transmise à ses geôliers dans l'attente de son procès. Hélas pour lui, la désertion risque de lui valoir une lourde peine dans la Dicastocratie. C'est dommage, il sortait doucement de son mutisme traumatique. Je ne crois pas qu'il existe un psychanalyste au Drovolski qui pourra lui permettre de continuer. Son état va vraisemblablement se dégrader, si j'en crois ce que prévois la loi de son pays contre les témoins d'expériences radiologiques dans le domaine militaire qui désertent leur poste.

    Il est question qu'une Numéro 4 rejoigne le cabinet. Carlatine doit me reconfirmer ça cette semaine. D'un point de vue économique, ce serait bien de ne pas traîner, je dois justifier de mes heures à la fin du mois.




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    * * *




    20 août. Des nouvelles du Numéro 4. Carlatine m'explique que l'appel qu'elle a eu était très inhabituel. Si j'ai bien compris, il y a un problème de visa. Multiple d'ailleurs. Cela a à voir avec le blocus, ou j'ai dû mal comprendre. Elle a recommandé au patient de voir directement avec la Porte Verte dans ce cas précis. Il se dit capable de rejoindre l'île par ses moyens propres. Son service de sécurité a demandé des garanties sur le cabinet, et propose un point de rencontre en mer. Une séance de psychanalyse en mer ? J'attend un nouvel appel de sa part. La Numéro 4 bis ne devrait pas apparaître avant encore plusieurs mois, si j'ai bien compris la note du Professeur Gaule. Elle doit être en traitements à l'aile des Murmurantes. Peut-être même qu'en haut s'inquiète d'un traitement moins médicalisé qu'il n'en a l'habitude. Ma méthode, encore, objet de suspicion. Ce n'est pas étonnant dans une institution qui fait l'essentiel de ses revenus en vendant de la chimie.

    21 août. Numéro 4 bis ne viendra pas. J'ai donc pris sur moi de proposer mes services au département de biomédicale. Je participerai au suivi des patients sur de nouveaux antipsychotiques sur la paralysie du sommeil et le soulagement des troubles liés à la paranoïa chez les adolescents. On m'a demandé si ça marche pour les clones... Cela me permettra de faire mes heures manquantes avant la fin du mois. Le responsable du programme est très bien, il s'intéresse à la méthode psychanalytique pour apporter un complément qualitatif aux tests cognitifs qu'il fait subir aux cobayes. Selon lui et ses lectures sur le sujet, le spectre du trauma biaise fortement les résultats de toutes les études des Laboratoires menées sur des cobayes humains. Il m'a demandé si un tel biais existait aussi chez les animaux. Je lui ai répondu qu'en l'absence de langage pour communiquer avec les animaux, le matériau essentiel de l'analyse ne pouvait être obtenu, et donc que je ne disposai pas de la réponse à sa question. Je lui ai signifié l'hétérogénéité de la méthode analytique avec la méthode scientifique, mais cela ne lui fait pas peur. C'est un jeune chercheur comme on devrait en faire plus. Son supérieur lui fait confiance pour produire des résultats. Il se demande si un département d'études s'attache à établir la connaissance du langage avec des animaux. Les animaux n'utilisent pas la langue, sauf peut-être quelques singes particulièrement proches de l'humain, mais ce n'est mon domaine de spécialité. Je lui ai indiqué que des programmes de dressage très avancés existaient sur Bourg-Léon, il paraît qu'ils ont réussi à établir un mode de communication avec des Afaréens. Néanmoins, c'est surtout avec des dauphins ou des phoques qu'on arrive à créer un dialogue, ou ce qui pourrait s'en rapprocher. Il me semble que les dauphins peuvent être des kamikazes très efficaces, pour peu qu'on leur cache que l'objet de leur mission n'est pas d'aller récupérer des crevettes savoureuses, mais de se faire exploser avec une mine sur le dos au contact de navires ennemis. Les phoques, eux, amusent la galerie dans le grand Aquarium. Peut-être devrions-nous songer à établir un travail préparatoire avec les gardiens des phoques pour renforcer notre connaissance du langage des animaux ? Il m'a dit qu'il avait aussi entendu parler d'un programme pour comprendre les chats. Ce serait une unité particulièrement bien financée en Azur. Je ne sais pas si cette information est vraie, et même si elle pourrait déboucher sur des applications utiles dans le monde social. J'en doute fortement. Et ce n'est sans doute même pas le but des chercheurs azuréens de toutes façons.

    Je touche là à une grande question. J'ai évité de dérailler sur ce thème avec le jeune chercheur, de toutes façons nous avions du travail. Mieux vaut ne pas exprimer publiquement mon doute grandissant sur l'intérêt d'une science mise au service de la rentabilité commerciale de la compagnie. Ce serait un crime de déloyauté que des édits princiers du Moyen-Âge condamnent par les pires supplices, si j'en crois le service juridique du Palais d'Hiver. Je ne sais pas moi-même exactement comment formuler ce doute. Il ne touche aucunement à l'excellence de la connaissance produite par Carnavale, qui est véritablement la plus avancée du monde. Néanmoins, je pense que bien des champs échappent encore à notre étude, et qu'ils y échapperont encore longtemps tant que notre axe de recherche soit voué à la domination scientifique. En tant que praticienne d'une discipline qui échappe à la méthode scientifique, je suis peut-être l'une des mieux à même au sein de cette institution à réfléchir en-dehors des clous de la rationalité scientifique basée sur des expériences reproductibles et sur un corpus théorique construit par des expériences. Parfois, je me mets même à critiquer cette méthode. Est-ce le ressentiment qui pointe le bout de son nez ? Comment démontrer scientifiquement l'existence de la conscience ? La psyché humaine, la psyché tout court pour en revenir aux animaux, est-elle mue par des lois appréhensibles via IRM, neurochirurgie ou tests comportementaux ? Je demeure fermement résolue sur ma propre certitude : la seule trace de la conscience, en-dehors des actes quotidiens indissociables du contexte physique et social du sujet, est celle du langage ; et pour connaître le langage, encore faut-il l'écouter. Il n'y a de méthode d'appréhension du langage que celles développées par la psychologie analytique, et, si j'en crois ma propre expérience, la production par le sujet d'une conscience de lui-même à travers le langage est en soi un acte thérapeutique. Je n'en démordrai pas contre les savants fous des Laboratoires qui voudraient bien plastifier le cerveau, malgré les limites avérées de leurs pratiques psychiatriques, de leurs clones mal digérés, de leurs méthodes excessivement rationalistes promues par un système de valeur où la conscience a peu de place.

    Cacendre m'avait un jour demandé ce que je foutais encore à Bourg-Léon. Elle croit que j'y réside essentiellement parce que les consultations y sont bien payées, que la mutuelle est confortable, que le cadre de travail est propice à la vie d'une célibataire, et d'autres raisons matérielles qui sont loin d'être négligeables. Oserai-je lui dire que c'est par plaisir que je reste ? Elle m'aurait ri au nez, étant donné ma frilosité à participer aux expériences les plus exaltantes, tels que la stimulation électrique de cadavres pour rendre l'illusion de la vie ; un champ d'études rouvert par les Laboratoires après l'Armaggedon't, et qui semblent être une voie diplomatique prometteuse pour résoudre des problèmes divers d'ordre international. Du plaisir vraiment ? Je me pose parfois la question à moi-même. Quel plaisir ai-je réellement pris à entendre un jardinier me parler de la boue, de son père, à chercher ses mots et à tousser dans mon cabinet ? Quel plaisir aurai-je réellement pris à me faire ghoster par une patiente sceptique sur la méthode, gênée de l'espace qu'elle y trouverai pour parler, d'être écoutée sans voir qui l'écoute ? Quelle libido étrange me conduit à rester comme une araignée dans son coin de mur ? L'une de mes patientes précédentes m'avait dit ne jamais déranger les araignées quand elle faisait la poussière. Elle y voyait des porte-bonheurs. Son fils avait confirmé ses intuitions en lui apprenant qu'une araignée dans la maison est signe d'une bonne qualité de l'air. Elle les laissait alors, perturbant minimalement leurs toiles et leurs longues pattes inquiètes qui parfois l'épouvantaient. Je suis comme une araignée à Bourg-Léon. Malgré mes critiques, aucune n'est d'ordre ressentimental. Je suis là, je ne fais de mal à personne, sauf peut-être à Cacendre qui m'en aura fait aussi. Trouver sa propre légitimité est souvent un travail que l'analyse permet de réaliser. C'est de sortir d'un carcan de conventions, qui limitent et frustrent l'expression des besoins du sujet, que permet leur objectivation non pas par la science, qui le permet certainement, mais par le langage. Le langage comme source définitive de matériau conscient. Je m'intéresse à tout ce qui se trouve à ma petite portée. Je prendrai encore le temps d'écouter. La vraie question est celle de ma propre libido sur cette île. Parfois, de plus en plus régulièrement ces derniers temps, je me prend à repérer chez moi des formulations de mes patients, passés et présents. La pulsion de vie, libidinale, sexuelle, se mêle à des pulsions agressives. Celles-ci sont internes, externes, ou les deux à la fois, et se caractérisent par des symptômes qui peuvent être des troubles. Voilà plusieurs années que je n'ai pas fait d'autodiagnostic. Il faudrait que je reprenne rendez-vous chez le psychiatre pour me faire analyser. Hélas, je ne connais pas d'autre psychanalyste à Bourg-Léon, du moins pas de mon niveau. Il y a des choses en moi qu'un professionnel pourrait peut-être voir. Cacendre ne les a pas vues. Elle les a vues inconsciemment. Elle les a vu sans les voir. Dans un contexte saturé d'une odeur, on en oublie l'odeur. C'est ce qui se passe sur cette île. Je suis à l'image de mes collègues. Nous manquons d'objectivité pour nous analyser nous-mêmes. Tout ceci m'intéresse. La psyché collective existe elle aussi. C'est un champ de savoir à défricher, et je suis joyeuse seulement à y penser. Le gay savoir sans doute. Celui-ci a été amorcé, plutôt à l'étranger qu'à Carnavale paradoxalement, bien que Cacendre et ses collègues pourraient témoigner d'expériences particulièrement intéressantes en matière de psychologie des masses, des foules, des Etats. Il est une pulsion que certains auteurs d'outre-mer attribuent désormais comme cause de phénomènes politiques, sociaux, économiques majeurs liés à l'histoire humaine elle-même. Colonialisme, exterminations, nationalismes exacerbés, mais aussi tout simplement la préservation même des institutions sociales, seraient ainsi les symptômes non seulement de calculs matérialistes bien compris, mais aussi d'une pulsion qui est à trouver dans la psyché humaine. Elle m'intéresse, elle me parle, elle m'imbibe, la pulsion du sadisme.


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    Culte


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    — On vous avait presque oublié, Venbranle.

    En ouvrant la porte du fumoir, l'homme en livrée noire sortit une petite boîte métallique dont il extrait une cigarette. Julonin fumait déjà avec un chef pastafari, dont les spaghettis honorifiques traînaient jusqu'au sol. Le prêtre de la religion culinaire tendit au pasteur luciférien la flamme d'un briquet, pour qu'il s'en allume une.

    — Ravi de vous revoir, Père Cabache.

    Frère Cabache, Venbranle. Nous sommes tous des égaux, ne l'oubliez pas.

    Samaël Cabache prit une taffe sur sa clope.

    — Encore un.

    — Pardon ?

    Le pasteur leva un sourcil courroucé à la remarque du pastafari, qui s'expliqua en bafouillant un peu.

    — Non je me demandai pourquoi vous vous appelez tous Samaël, vous autres Lucifériens.

    — C'est un prénom répandu dans notre communauté, admit l'autre. Comme l'est Philipesto chez vous, Monsieur... ?

    — ... Boulette. Enchanté.

    — Enchanté.

    On aurait pu croire que le pastafari allait s'arrêter là mais non.

    — Et du coup, votre prénom... ?

    — Mon prénom ?

    Samaël. C'est quoi, du breton ?

    — Pas du tout. C'est de l'hébreu. De la racine sam : « aveugle. » Étonnant, n'est-ce pas ?

    Le prêtre de la bolognaise semblait intéressé, la bouche légèrement entrouverte dans l'attente d'explications plus substantielles. Se donnant un faux air blasé, le Luciférien les donna sans déplaisir.

    — Samaël est un personnage de la tradition abrahamique préchrétienne, prémonothéiste même, de l'époque où les Hébreux avaient, aux côtés de YVH, plusieurs autres divinités mineures, qui les reliaient d'ailleurs aux autres peuples de la région — c'était une époque où ils n'avaient pas construit cette fiction infantile du Dieu-Père sadique et du peuple « élu » tel le pingouin qui va vers les montagnes tout seul, fiction judicieusement réactivée par des idéologues — mais je vous passe ces détails. Équivalent de Satan, archange de la planète Mars et de son dieu de la guerre, parfois simple ange déchu dans la cohorte des démons, et même pour la petite histoire personnage du folklore messaliote habitant l'île fabuleuse de Paradès, on le mentionne comme le tentateur d'Ève — le masculin, tentateur du féminin, voilà qui donnera du fil théologique à retordre à nos orthodoxes — dans plusieurs ouvrages d'occultisme récents et même dans les textes de la Kabale, qui sont des références majeures.

    — C'est un prénom kabalien vous avez dit ?

    Le Luciférien se passa la main devant la bouche, pour ne pas hurler peut-être.

    — Si vous voulez.

    — C'est votre prénom de naissance ou vous l'avez choisi vous-mêmes en vous convertissant ? Parce que si tout le monde le porte c'est pas très pratique...

    — Laissez, cher confrère, ça vous dépasse.

    Un petit blanc passa, auquel Samaël Cabache donna une fessée en demandant de nouvelles cacahuètes pour « Monsieur le maire ». Julonin releva.

    — Vous ne manquez pas d'humour, Frère Cabache.

    — Enfin, Venbranle, tout le monde sait que vous allez être élu.

    — Insh'Allâh.

    — Vous n'y croyez pas vous-mêmes ?

    — Je crois ce que je vois.

    Credo quod video, comme Saint-Thomas. Dites donc, Venbranle, vous connaissez bien votre catéchisme.

    — Ma mère était très pieuse.

    Puis, pour rassurer Philipesto Boulette dont la figure affichait une petite moue d'inquiétude :

    — ... Et une grande mangeuse de blé dur, je vous le certifie, cher représentant de l'Eglise carnavalaise du Spaghetti Volant. Elle adorait spécialement les tagliatelles.

    Le pastafari en fut rassuré. Il espérait qu'une fois devenu maire, Julonin Venbranle imposerait son plat fétiche dans les cantines scolaires. En échange il promettait le soutien de sa communauté. Ce n'était pas le seul. Ce jour-là, l'un des multiples galas qui émaillaient la joyeuse actualité de la Cité Noire — de mieux en mieux nommée vu les coupures de courant intempestives causées par des destructions croissantes dans la banlieue — s'était transformée en petite conférence spirituelle où s'étaient donné rendez-vous les représentants des différentes chapelles de la métropole. Lucifériens, satanistes, scientologues, côtoyaient Assomptionnistes, Avènementistes, Pentecôtistes, et autres résidus de chrétiens qui n'avaient pas suivi l'Eglise de Carnavale dans le suicide collectif — un mystère dont les ressorts théologiques demeuraient de plus en plus suspects. L'Antagoniste s'était pourtant bel et bien manifesté, et il avait même été vaincu !

    — Je vais reprendre un peu de passata avant de retourner au jacuzzi de prosecco, déclara finalement le père Boulette. Messieurs.

    Ils le saluèrent d'un regard et le laissèrent sortir du fumoir. Restait dans l'espace exigu la pâle lumière d'un carreau ouvert sur le ciel, brouillé par le verre épais, faisant danser les volutes de cendres dans son rayon.

    — Votre mère vous a donc bien élevé, reprit Samaël Cabache en renouant avec le fil de la discussion.

    — J'ai fugué de chez moi avant mes quinze ans, Frère Cabache.

    — Pour quelle raison ? Vous n'en pouviez plus du bénédicité avant de passer à table ?

    — Entre autres.

    Le Luciférien avait les yeux brillants. Il reprit une taffe et se déplaça sur le côté de Julonin.

    — Alors nous avons en commun le rejet des bondieuseries.

    — Si vous le dites.

    — Avez-vous déjà entendu parler du Luciférisme ?

    — Tous les jours depuis que je suis revenu dans cette ville, Frère Cabache.

    Le VRProméthéen eut un petit rire faux.

    — Vous exagérez. Nous ne sommes pas si nombreux à Carnavale, notre capitale est cosmopolite.

    — Vous êtes assez prosélythe pour qu'on ne vous loupe pas.

    — Oui, la Société Luciférienne Carnavalaise a mis le paquet sur le marketing. Mais bon, ce sont des slogans de surface, à l'emporte-pièce. Ça ne dit rien de la complexité douloureuse, des aphorismes, des profondeurs d'une philosophie existentialiste. Ces délicatesses-là sont pour ceux qui savent en goûter la précieuse saveur.

    — Ou qui n'ont que ça à foutre.

    — C'est du pareil au même, il en faut pour le tout-venant et pour les clients raffinés.

    Julonin eut un petit rictus. Le religieux lui concéda le point.

    — Il faut bien vivre, Venbranle, vous devriez le savoir, vous qui êtes un entrepreneur.

    — Vous avez tout à fait raison. J'ai moi-même pollué les AE de cette ville avec un grand nombre d'affiches.

    — Il faut ce qu'il faut.

    — Un bon slogan vaut mieux qu'un long discours.

    — Bien dit.

    Quelqu'un toqua à la porte du fumoir. Julonin n'eut pas le temps de savoir qui c'était, Samaël en verrouilla la porte pour ne pas être dérangé alors qu'il cuisinait le candidat préféré des Carnavalais.

    — Dites-moi, Julonin, la campagne s'éternise, comment se passe le financement de votre train de vie ? Vos mécènes doivent être en train de raquer sévère.

    — Vous venez de nous enfermer là.

    — Eh bien mourrons d'asphyxie ensemble dans ce fumoir si cela nous chante. Un jour, la science carnavalaise ramènera à la vie nos cendres désoxygénées, et vous serez le Messie dont cette ville avait besoin. Mais je m'égare. Je vous parlais de votre campagne, Venbranle. On dit que vous n'avez plus un sou, et que vous habitez dans un quartier abandonné, sans eau ni électricité, à peine de quoi manger. Est-ce vrai ?

    — C'est le cas de beaucoup de monde à Carnavale ces temps-ci. Sauf si on travaille pour l'armée.

    — Améthyste Castelage ne peut pas être sur tous les fronts.

    — Elle a pourtant plein de clones qui pourraient l'aider à le faire.

    — Ne vous en faites pas. Quand vous serez élu maire, il faudra tout reconstruire. Ce sera stimulant.

    — Pour le moment cette fiction n'existe que dans votre tête, Frère Cabache. Vous préjugez un peu vite du choix de nos concitoyens. Les sondages, ça s'en va et ça revient.

    — C'est fait de tous petits riens.

    — Ça se chante et se retient comme une chanson populaire.

    — Vous connaissez vos classiques et vous êtes assez prudent pour ne pas mettre la charrue avant la beuh. Franchement, Venbranle, admettez-le, vous êtes le candidat idéal.

    Julonin se pencha pour apercevoir son visage dans la glace. La pénombre du fumoir faisait ressortir l'angle droit de sa mâchoire, sa mèche dépassait juste un peu, descendant sur ses sourcils. Il se jaugea avec une moue, comme s'il se rasait.

    — Vous trouvez ?

    Samaël le rejoignit dans le reflet de la glace.

    — Vous avez littéralement la gueule de l'emploi.

    — Si vous le dites.

    — Il n'y a qu'une chose qui cloche.

    — Ma cravate ?

    Le Luciférien écrasa sa clope dans le cendrier, faisant rougeoyer les dernières étincelles qu'il extermina d'un coup de pouce. Il appuya son index sur le front du candidat.

    — Votre âme, Julonin.

    D'un coup sec, Samaël déverrouilla la porte du fumoir, l'ouvrit, et sortit, invitant par l'exemple le candidat à le suivre. Julonin écrasa son mégot et le jeta en saisissant sa veste. A travers la foule mondaine, qui riait en se partageant du champagne, des pistaches et des conversations sucrées, le Luciférien tranchait son chemin avec décision, s'appuyant sur sa cane-épée. Julonin accéléra le pas pour le suivre jusque sur un balcon, dont la porte-battante ouvrit l'air soudain pleinement revivifié, qui emplit alors ses poumons et souleva ses mèches de cheveux, sa cravate, et fit battre ses vêtements sur son corps. L'air était frais et puissant, il venait de la mer, du golfe entourant la belle ville de Carnavale dont, pour une fois, les gratte-ciels adamantins brillaient sous l'éclat d'un soleil clément, dans l'une de ces belles éclaircies dont nous gratifie parfois le climat des côtes granitiques de l'Extrême-Occident, qui tombent comme des bénédictions à travers les mouettes et les vagues, et qui font s'allumer le fond émeraude des hauts-fonds de la côte ; le soleil, d'un simple contact, rend tout sublime, et à ce moment, par la pleine vue sur la ville, sur la rade, sur les navires au loin de l'O.N.D. qui erraient comme des fantômes grisâtres, on distinguait les milles pépites d'or reflétées au fond du port abandonné de Carnavale, tréfonds à demi enmarécagés où était enfoui, dans la vase et le sable, le trésor de la Principauté. Tout ça était vrai, car Julonin était vrai.

    — Vous voyez, c'est ça votre problème.

    Samaël scrutait le visage du candidat, qui ne comprenait pas trop ce que voulait dire le leader philosophique, plissant les paupières car le vent arrivait de face.

    — Mon problème ?

    — On ne comprend pas ce que vous voulez.

    — Ce que je veux ?

    Un pli d'agacement traversa la lèvre du Frère Cabache.

    — Je vous observe quand vous observez cette ville, je vois que vous l'aimez, cela se voit dans vos yeux.

    — Euh... Vous êtes psychologue comportementaliste ? Vous savez lire dans la tête des gens ?

    — Je sais lire dans leurs gestes, pas dans leur tête. Justement, Julonin, justement, c'est ce que vous avez dans la tête qui m'échappe.

    Julonin secoua légèrement le menton pour indiquer qu'il ne comprenait pas plus où le Luciférien voulait en venir.

    — J'aime Carnavale, c'est vrai, se justifia-t-il alors. Ce n'est pas que de l'esbroufe pour les électeurs.

    — C'est bien. Mais ce n'est pas encore assez.

    — Dites donc Frère Cabache c'est pas vous qui allez me dire ce qui est assez ou pas assez. Vous n'êtes même pas un vrai cadre de la S.L.C. vous avez été inventé pour

    — Julonin ce qui vous manque ce n'est pas d'être un Carnavalais crédible, vous l'êtes, ni d'avoir la gueule du maire de Carnavale, vous l'avez. Ce qu'il vous manque, c'est d'être fidèle, non pas à la lettre, mais à l'esprit de Carnavale. Ce qu'il vous manque, Julonin, c'est la foi.

    Le candidat se renfrogna. Il scrutait les bombardements d'un hangar agricole, au loin.

    — Vous avez dit vous-mêmes que Carnavale avait assisté à l'enterrement de Dieu. Quelle foi voulez-vous que j'ai ? Je suis un homme d'affaires, je ne crois en rien.

    — Votre mère était pieuse, vous l'avez dit vous-mêmes. Je ne peux croire que le même tempérament ne vibre pas aussi en vous. Vous croyez, Julonin, vous croyez en quelque chose, même si vous n'en avez pas nécessairement conscience. C'est ce en quoi vous croyez qui me préoccupe, et que j'aimerai connaître.

    — Vous êtes peut-être un bon comportementaliste mais vous faites un piètre psychanalyste Monsieur Cabache. Ma mère n'a pas ajouté de spiritualité dans mon biberon. Je me fous de toutes ces bondieuseries...

    Il désigna l'intérieur de la tour-manoir avec un geste désinvolte.

    — ... Ces prêches, ces théories, ces fanfreluches, je m'en tape comme de ma dernière sirène. Ne me parlez pas comme à un adolescent qui n'a pas fini de muer, Frère Cabache, je n'ai pas besoin de vos conseils pour savoir ce que ma mère m'a légué ou non. Ce qu'elle m'a légué figure à son testament. Vous voulez savoir à quoi je crois, hein ? Eh bien sachez-le : je suis matérialiste. Ce que m'a mère m'a légué n'est pas dans ma psyché mais dans mon compte en banque, parce que ce ranch du Makota, figurez-vous, je l'ai vendu, et avec j'ai tout vendu, les crucifix, les boiseries, les Evangiles, on a fait un grand vide-grenier et tout ça est parti comme une lettre à la poste. Pour tout vous dire j'ai même perdu l'adresse exacte du cimetière.

    Le Luciférien hochait légèrement du menton en écoutant Julonin. La bouche pincée avec orgueil, il murmura :

    — ... C'est bien, c'est bien.

    — Pardon ?

    — Non rien. Vous êtes bien disposé, c'est tout. Il vous faudra juste un peu de temps.

    — Un peu de temps pour quoi ?

    Samaël Cabache reporta son attention sur la ville, immense, vertigineuse, tournoyante. Prenant soudain un air de promoteur immobilier en campagne, il dégaina un sourire impeccable et, sur un ton enjoué :

    — Venbranle, en tant que maire, quelle politique religieuse mènerez-vous ?

    — Une politique religieuse ?

    Julonin se rappela qu'il avait eu des fiches à ce sujet. Il fouilla dans sa mémoire.

    — Euh... La laïcité, la bienveillante indifférence.

    — Et bien vous avez tort. Le rôle de chef politique, a fortiori du Maire de Carnavale, ne saurait s'affranchir de la question religieuse, pas plus que la politique en théorie ne peut s'abstraire de la foi. Ces deux domaines se touchent, surtout quand les conditions sont à vif, dans le cadre d'une guerre par exemple : tout se réduit à l'essentiel, le superflu disparaît, la chair à vif fusionne, les gens ont besoin de réponse aussi claires que bien ancrées dans les ressorts affectifs les plus élémentaires de l'énergie sociale. C'est ça, être chef. La religion n'est pas une option. Tenez, prenez l'exemple de pays qui tiennent la route, comme le Califat constitutionnel de l'Azur au hasard par exemple.

    — Au hasard.

    — Au hasard. Eh bien, en tant que théocratie, ce pays a tranché par avance la question religieuse, à laquelle il subordonne toutes les autres questions politiques. En période de paix et de prospérité, cela peut paraître superflu, archaïque, grossier même ; mais en période de difficultés, comme la guerre, cela leur sera très utile. Le fanatisme est la meilleure arme qu'on puisse espérer pour équiper un soldat. En institutionnalisant son rapport à la religion, l'Azur a une longueur d'avance. L'avantage pour nous, c'est que tous les régimes s'essoufflent, plus ou moins vite. L'autre avantage, c'est que nous avons commencé à combler notre retard : prenez, cette fois pas par hasard, l'exemple de CRAMOISIE©. C'est une dyarchie où le pouvoir est partagé entre un guide religieux, le Pape Noir, et un chef temporel, le PDG-Protecteur. Ne vous fiez pas à ce qu'on dit sur les veaux qui naissent avec deux têtes : loin d'être morte-née, je prédis mille ans de règne à notre République luciférienne. La division institutionnalisée du travail de leadership entre le religieux et le temporel est une force pour la stabilité de la R.A.C.© C'était ni plus ni moins le mode de fonctionnement des sociétés gauloises celtiques : le druide et le chef du village assumaient ces deux fonctions. Vous voyez, Cernunnos n'est jamais bien loin.

    — Vous êtes un malin vous, réalisa Julonin.

    Le Luciférien eut un sourire de fausse humilité.

    — Notez que je vous livre ces conseils bénévolement.

    — C'est tout à votre honneur.

    — Merci, oui en effet.

    Julonin n'était pas spécialement intéressé par ce prêtre de l'existentialisme, tout compte fait, mais celui-ci n'avait vraiment pas terminé de lui faire tenir le crachoir.

    — Revenons-en à la politique religieuse. Le Maire de Carnavale, vous, peut-être, devra forcément gérer cette question, c'est un devoir municipal mais c'est surtout une nécessité des conditions présentes vu que nous sommes assiégés et qu'il nous faut résister à un assaut mortel.

    — J'ai remarqué.

    — Avez-vous réfléchi à nommer un adjoint aux Cultes ?

    Venbranle eut un rictus.

    — Je songeai en l'occurrence à nommer Manuel Valls.

    Les deux mains sur la rambarde, Samaël détourna le regard vers la partie orientale de la ville, où se trouvait l'étrange quartier du Labyrinthe. Il s'abstint de prendre une photo avec ses yeux bioniques, ce qui l'aurait tué instantanément.

    — Mais peut-être que vous feriez un bon candidat pour ce poste ? demanda notre héros non sans malice.

    Le Luciférien eut une mine ravie-merci-mais-non-merci : il n'aurait pas craché sur l'occasion mais tout ça restait pure spéculation et surtout, il ne savait pas encore s'il avait vocation à rester dans l'histoire.

    — Ce qui importe surtout, c'est d'avoir de bonnes relations avec les leaders spirituels et idéologiques. Je vous dis ça comme ça, sans aucune arrière-pensée. Mais il n'y a que des avantages à bien s'entendre avec la Société Luciférienne Carnavalaise. Nous avons des moyens, nous avons des adeptes, nous avons des relations. Nous ne demandons qu'une seule chose : d'être les préférés, et d'être soutenus. En particulier en Afarée.

    — Je voudrais bien, répondit Julonin, mais Poupette m'a interdit de me mêler de politique étrangère.

    — Ah bon ?

    Le prêtre rouge cilla, un peu surpris.

    — Ah bon, répéta-t-il.

    — Ce n'est pas grave, je n'avais pas spécialement l'intention de m'en mêler de toutes façons. Je ne sais pas si je pourrais vous aider en Afarée, mais au moins je pourrais vous aider en ville. On m'a dit que vous cherchiez une parcelle pour y construire le nouveau siège de votre institution. Une sorte d'ambassade de la R.A.C.© en métropole. Figurez-vous que j'ai dans mon programme d'organiser une grande Exposition universelle. Si je suis élu, je pourrais intercéder pour qu'on vous donne une parcelle à la hauteur de vos ambitions.

    — Ah bon, répéta Samaël.

    Il semblait soudain tout décontenancé.

    — Vous allez bien, Frère Cabache ?

    — Euh... Je vais aller boire un verre d'eau.

    Il pâlissait légèrement.

    — Excusez-moi.

    — Vous voulez que je vous accompagne ?

    — Non ! Non... Merci.

    Julonin laissa Samaël retourner à l'intérieur, et le regarda s'éloigner en titubant légèrement. Il demeura au balcon seul quelques instants, puis quelqu'un d'autre arriva à pas silencieux derrière lui.

    — Qu'est-ce qu'il voulait ?

    — Ah, c'est vous Gauthierry.

    L'avocat du candidat à l'élection municipale tournait avec une flûte de pisse de sirène dans les mains, l'air sombre. Il s'ennuyait ferme à ce rallye des théologies.

    — C'était le Père Cabache, non ?

    — Le Frère Cabache, Maître. N'oubliez pas que nous sommes tous des égaux.

    — Le Luciférien ? Je croyais qu'il avait été viré.

    — C'est pas le même Samaël. Y en a beaucoup dans leur communauté.

    Gauthierry Nioble piqua un petit four dans une assiette qui passait à sa portée.

    — Et il vous voulait quoi ? demanda-t-il.

    — Me tamponner, répondit le candidat. Me sentir, me convertir peut-être. La Société Luciférienne de Carnavale ne se désintéresse pas complètement des élections municipales, à ce qu'il semble.

    — Mouais. La S.L.C. a d'autres priorités si vous voulez mon avis.

    — Il était assez convaincant sur la partie religieuse, admit Julonin. Je veux dire, il a raison : puisque Dieu n'existe pas, il faut bien croire en quelque chose. Un nouvel Homme, un nouveau monde... Dites-moi, vous avez des nouvelles de Violoncelle ?

    — Le Conseil de la R.A.C.© vient de se terminer, mais je crois qu'elle est partie en excursion dans le désert rouge ces derniers jours.

    — Ah, bon.

    Un groom en livrée de service poussa la porte depuis l'intérieur, et glissa la tête vers les deux hommes.

    — Monsieur Venbranle ?

    — C'est moi. Qu'y a-t-il ?

    — Courrier pour vous Monsieur Venbranle.

    — Une lettre ?

    Le domestique acquiesça, et tendit un plateau sur lequel se trouvait une enveloppe. Elle était rouge, fine comme si elle contenait à peine une ou deux feuilles de papier manuscrites, et cachetonnée à la cire — luxe suranné qui rappela à Julonin sa jeunesse dans le trou du cul du Makota. Sur le revers, un timbre philatélisé aux couleurs esthétiques du Grand Désert Express indiquait sa provenance évidemment afaréenne. L'homme scruta alors l'adresse de l'expéditeur.

    — Ça vient d'où ?

    — Merci Gauthierry ce sera tout.

    La lettre était envoyée depuis l'impasse de la Route sans Fin, district de Tantale, en Cramoisie, adresse du Couvent Sainte-Pervenche.




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    Vous êtes invité à participer à un espace de dialogue.
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    Storiavoca, l'entretien historique et archéologique a écrit :

    Histoire et mystification identitaire: quand les îles marquises deviennent subitement celtes

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    Maria Cecilia Landrini, spécialiste du monde celtique et membre de la Société des Honnêtes historiens velsniens


    Il est 9h, bienvenue sur Storiavoca, votre cours d'Histoire, présenté par Paolo Bastiano.



    Bastiano: Chers auditeurs bonjour, et bienvenue à notre rendez vous hebdomadaire avec l'Histoire, toujours en lien avec l'actualité du moment: connaître l’Histoire pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui. A l'heure où les guerres du présent hantent le continent eurysien comme un éternel mouvement de pendule, jamais l'appel au passé, en effet, n'aura été outil plus puissant afin de justifier les revendications identitaires, nationalistes et/ou politiques. L'Histoire agit ainsi non comme le carburant de la guerre, mais comme un comburant à des fins d'usage politique. Le dernier exemple du moment nous permet ainsi de nous focaliser sur un territoire méconnu et périphérique de ce continent, où la guerre OND-Carnavale est venue raviver d'antiques questions sur le peuplement ancien et présent de l'archipel. Avec nous pour décrypter ce phénomène nous accueillons une historienne spécialiste du monde celtique médiéval, Maria Cecilia Landrini. Bonjour Maria.

    Landrini: Bonjour.

    Bastiano:
    Vous êtes membre de la Société des honnêtes historiens velsniens, Maîtresse de conférence à l'Ecole de philosophie politique de Velsna. Vous êtes également détentrice d'une thèse, à partir de laquelle vous avez récemment publiée un ouvrage: "L'Achosie velsnienne: l'intégration des élites celtiques au monde fortunéen". Votre concours sera utile afin de comprendre un phénomène frappant récemment les Marquises: la redécouverte par certains habitants d'un héritage culturel celte, que les partisans de cette thèse clament tenir d'une migration ancienne remontant pour certaines versions au moyen-âge central. Avant toute chose, nous ne pouvons pas comprendre l'origine de ces revendications identitaires sans appréhender ce qu'est le monde celtique, les grands mouvements de migrations qui le marque, plus particulièrement vers la fin de cette période médiévale qui est charnière pour la définition d'une identité culturelle proprement"celtique". Maria, qu'est-ce donc que ce monde celtique ?

    Landrini: En premier lieu, le monde celtique est un espace géographique marqué par plusieurs singularités, culturelles, mais surtout politiques. Le monde celtique est un espace qui est très loin d'être homogène, et qui regroupe en réalité plusieurs familles de langues. A la veille des guerres celtiques au XIIème siècle, on pourrait y distinguer deux zones politico-culturelles distinctes, qui recouvrent environ les deux tiers nord de l'île celtique proprement dite. D'une part, au nord, on assiste au XIème siècle à une dynamique de centralisation du pouvoir qui aboutit à l'unification de plusieurs principautés que l'on pourrait qualifier de proto-féodales, et qui donneront par la suite ce que qu'on appelle la "Première République d'Achos". D'une autre part, à sa frontière sud, se trouve ce que l'on appelle le "pays menkien", qui demeure extrêmement fragmenté jusqu'au XIVème siècle, et où le féodalisme et l'urbanisme connaissent un développement beaucoup plus laborieux. A la veille des guerres celtiques, ces proto-menkiens sont encore des populations semi-sédentaires regroupés au sein de chefferies qui se forment à partir de plusieurs cellules familiales: des structures politiques que l'on pourrait qualifier de "simples". La frontière du monde celtique pourrait être située à la frontière entre ces chefferies et le royaume saxon de Caratrad, dont les limites semblent se fixer définitivement vers le Xème siècle. A compter de cette date, on peut dire que l'espace celtique se stabilise, à la fois territorialement et politiquement.

    Bastiano: Vous décrivez Achos comme la région la plus dynamique de cet espace. C'est bien loin de l'image que nous avons ordinairement d'une région que nombre de vos prédécesseurs décrivent comme étant "périphérique", voire arriérée.

    Landrini: Oui, en effet. Achos connait un fort développement à partir du XIème siècle, et en réalité, on a affaire à une zone qui est très connectée au continent, dotée d'une culture matérielle dont nous avons énormément de témoignages. Ce qui a longtemps desservi l'image d'Achos en tant que culture, c'est peut-être l'arrivée tardive d'une culture écrite, qui ne permet pas de nous passer de l'archéologie quand on s'intéresse à l'Achos pré-velsnienne. Et l'Achos pré-velsnienne s'improvise puissance économique majeure en Manche blanche à cette période, c'est d'ailleurs ce qui va indirectement provoquer cette grande confrontation que sont les guerres celtiques. L'enjeu de la première guerre celtique, c'est justement la question du monopole commercial: qui des deux pôles de cet espace que sont Velsna et Achos aura la main haute sur ces échanges. La seconde guerre celtique, elle, permet de parachever la conquête territoriale de cet espace par les velsniens.

    Bastiano: Dans votre ouvrage, vous décrivez les guerres celtiques comme le moment où je cite "l'espace celtique et l'espace fortunéen procèdent à leur fusion". Que voulez vous dire par là ?

    Landrini:
    On a souvent décrit les guerres celtiques comme un affrontement entre deux puissances radicalement différentes, totalement étrangères l'une de l'autre, un scénario qui omet le fait que l'espace velsnien et dodécaliote était déjà très largement connu des achosiens et inversement. Dés le XIème siècle, Achos et Velsna sont imbriqués dans un même espace économique qu'est celui de la Manche blanche occidental. Et ces échanges se font dans les deux sens,si bien qu'encore aujourd'hui en fouille, on retrouve quantité d'importation velsniennes à Achos qui datent d'AVANT les guerres celtiques: les élites achosiennes étaient largement accro à des produits de luxe et de prestige, vaisselle, orfèverie, vêtements. Inversement, les velsniens importaient d'Achos d'énormes quantités de bois de chêne qui était indispensable pour la construction navale. Ce sont donc deux élites qui se connaissent parfaitement, qui commercent et échangent de longue date, et c'est justement pour ça que je parle des guerres celtiques comme de l'élément qui finalement, parachève politiquement la fusion de ces deux espaces. La Première République d'Achos cesse, au terme de cette guerre de constituer une réalité politique, mais cette fusion des interêts des élites velsniennes et achosiennes, on estime qu'elle a débuté un siècle avant ces évènements, au moins. A l'inverse, la conquête velsnienne ne fait pas disparaître les spécificités culturelles achosiennes, loin de là, car c'est à partir de cet instant que cette culture achosienne va être revendiquée comme un marqueur d'opposition à Velsna.

    Bastiano: Justement, c'est là que nous pouvons relier votre description de ce monde celtique, qui à partir du XIIIème siècle entre partiellement dans l'orbite de Velsna, et les revendications récentes de la "minorité celtique" des Marquises. Ainsi, certaines de leurs thèses proposent un peuplement de l'archipel à partir de cette période, et conséquemment à la conquête velsnienne. Pourtant, vous vous insurgez contre cette hypothèse, que vous réfutez complètement.

    Landrini: En effet. Cette thèse qui est avancée par un certain nombre de charlatans, principalement motivés par des biais ayant lien avec le nationalisme celtique, part du principe que la conquête velsnienne aurait provoqué un mouvement migratoire important dans les années suivant le conflit. Or, nous savons depuis plusieurs décennies que cette thèse a été battue en brèche par un certain nombre d'éléments. D'une part, sur le plan archéologique, nous n'observons pas de transition brutale entre avant et après la conquête. Sur la plupart des sites de la période, il y a une continuité de l'habitat, voire une densification du réseau urbain en certains endroits, particulièrement sur les côtes qui sont les régions les plus connectées au commerce de la Manche blanche. Cela est souligné par des sources écrites, qui nous permettent d'avoir un aperçu de l'approche que les velsniens ont de leur conquête. A vrai dire, une fois la seconde guerre celtique terminée, le pouvoir velsnien ne sait pas quoi faire de sa prise. Cela peut sembler étrange, mais Achos suscite un certain embarras: c'est un territoire éloigné de la métropole, peu peuplé, pauvre en ressources et donc peu rentable. Si bien que Velsna s'investit très peu: on assiste pas à une transformation radicale dans le tissu urbain avant plusieurs décennies, et les premières années de l'occupation, les velsniens semblent faire confiance à des relais locaux, tout en maintenant des garnisons sur place, comme à la frontière menkienne par exemple. L'un de mes collègues historiens a ainsi dit que c'était comme si Velsna se contentait de "garder le cadavre", sans en faire quoi que ce soit. Et cette conquête n'est maintenue que dans l'optique de s'assurer qu'Achos ne redevienne jamais une réalité politique, et c'était l'obsession des élites velsniennes d'alors, qui est justifiée par le fait que les guerres celtiques ont été si sanglantes qu'elles ont provoquer ce que l'on appelle un "traumatisme civilisationnel" chez les élites.

    Jusqu'au XVème siècle, les velsniens ne fondent ainsi que trois cités en Achosie, et le territoire semble "laissé de côté". Ce n'est qu'avec la découverte de l'Aleucie que s’amorce une véritable colonisation, avec une modification profonde du tissue urbain et des structures politiques locales. Et à ce moment là, on assiste à un redécoupage des cadastres et l’émergence de grandes propriétés foncières tenues par des velsniens venus du continent. Mais ce mouvement se fait bien trop tard pour venir appuyer la thèse d'un peuplement des Marquises remontant au moyen-âge central. D'autant que les techniques de navigation ne sont pas assez avancées à cette période pour justifier ce peuplement, et que ce n'est qu'avec la découverte de l'Aleucie qu'une colonisation de l'archipel prend son sens, car cela place enfin le Marquises sur un circuit commercial en tant que point de relais entre l'Eurysie et le nouveau monde.


    Bastiano: Outre cette thèse, qui est l'une des plus répandues, on a aussi évoqué une hypothèse plus tardive que sont les révoltes serviles en Aleucie velsnienne au XVIème siècle comme étant le point de départ d'une vague de migration de réfugiés politiques aux Marquises, fuyant les colonies velsniennes. Parlez nous de ces révoltes serviles, et les raisons pour lesquelles vous réfutez également cette hypothèse.

    Landrini: Les guerres serviles sont un ensemble de conflits qui sont caractérisés par des rebellions d'une classe sociale qui se forme dans les colonies velsniennes partir du début du XVème siècle, et que l'on appelle les "serfs pour dettes". Il s'agit le plus souvent de paysans libres endettés qui acceptent contre rétribution de leurs impayés, d'être attachés à une parcelle pour une certaine période, le plus souvent dans des régions relativement peu peuplées afin de les mettre en valeur. C'est le cas de l'Aleucie, où des milliers de serfs pour dettes achosiens ont été envoyés. Leurs conditions d'existence ont aboutit à plusieurs révoltes, dont la pmlus célèbres a eu lieu dans les années 1520. Et si on en croit les tenants de l’hypothèse des réfugiés politiques du servage pour dettes aux Marquises, c'est encore là une thèse qui ne tient pas debout à mon sens. Les travaux les plus récents ont indiqué qu'uil y a bien eu des serfs pour dettes qui se sont réfugiés à l'étranger, mais rien qui ne les relie concrètement aux îles marquises, où on ne recense aucune trace de leur présence. Aussi, ce n'est pas tant une hypothèse fausse qu'elle est invérifiable à l'heure actuelle.

    Bastiano: Il nous reste donc l'hypothèse d'un peuplement plus ancien encore qui est défendu par certains "nationalistes celtes" des Marquises. Là encore, j'ai cru comprendre que vous bottiez en touche.

    Landrini: En effet. Je ne vais pas revenir sur la difficulté de rallier les Marquises sans des conaissances en matière de navigation qui n'ont été acquises qu'à la période des grandes découvertes, d'autant que les Marquises ne sont situées sur aucun tracé de courant marin qui pourrait faciliter le fait de les atteindre. Je vais plutôt pointer du doigt l'absence manifeste de la moindre trace de peuplement sur le plan archéologique avant le XVème siècle au moins. Comme vus le savez, on peut diviser l'histoire celtique en plusieurs "périodes archéologiques", en absence de véritable culture écrite jusqu’au XIIIème siècle, et qui se caractérisent entre autres par des approches de l'architecture et de certaines pratiques décelables par l'archéologie. Par exemple, de la fin de l'antiquité tardive jusqu'à la conquête velsnienne, on se trouve au sein d'une longue période architecturale que les archéologues ont baptisé à postériori la "culture des cabanes en merde". Or, les premiers habitats que l'on a découvert aux Marquises, et qui datent du XVème siècle, peut-être XIVème, ne sont pas caractéristiques de cette culture archéologique, ce qui remet en cause tout scénario de peuplement ancien. A priori, les premiers occupants de l'île semblent être des groupes de baleiniers et pêcheurs de morue des côtes ouest-eurysiennes faisant escale vers l'Aleucie: un peuplement qui est longtemps resté temporaire. Là encore, je pense que nous pouvons faire une croix sur cette hypothèse.

    a
    "Oh oui Cecilia, parlez nous encore des cabanes en merde !"


    Bastiano: Pourtant, aujourd'hui, malgré toutes ces explications, comment se fait-il que l'on se retrouve dans une situation où des hbaitants des Marquises se revendiquent comme celtiques ? Ils existent bien ces gens, non ?

    Landrini: Aujourd'hui, la plupart des études penchent pour un peuplement très récent et relativement marginal, que l'on peut relier à une longue dynamique de crise interne au monde celtique entre les XVIIIème et début du XXème siècle, et qui correspond à des périodes de famines qui ont considérablement dépeuplé l'île celtique durant la Révolution industrielle, ce qui a résulté en une séries d'importantes vagues migratoires vers l'étranger. C'est l'explication la plus plausible à l'heure actuelle. En bien des aspects, les thèses de peuplements anciens relèvent donc d'une manière pour ces populations de légitimer des revendications politiques actuelles portant sur l'indépendance de cet archipel, quand bien même les populations celtiques sont loin d'être les seules actuellement présentes sur l'archipel, ce qui est le résultat d'une longue politique d'ouverture migratoire de la part du Kah depuis l'acquisition d'une partie de l'archipel. Nous avons affaire là, à une entreprise de manipulation historique des plus banales, mais qui peut-être efficace, en témoigne l'omniprésence de groupe politique à échelle locale.

    8010
    .


    Marie-Amande Glumelle


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    Gentilshommes, gentillesfemmes, tenez-vous prêts. Notre secteur se trouve à l'aube d'un Great Reset qui ne laissera personne indemne. L'équation est simple, soit vous mourrez, soit vous vivrez. Il va de soit que nous appartiendrons, tous collectivement ici dans cet auditorium, à la seconde catégorie. Celle des survivants, des vainqueurs et des grands cabinets qui ont fait l'Histoire. Mesdames, Mesdemoiselles, Mesdemoiseaux, Messieurs. Notre maison se trouve au bord du précipice, et je n'ai prévu pour nous aucun parachute. Considérez comme anéanties l'ensemble de vos tâches précédentes. Considérez comme terminée les règles qui prévalaient jusque alors : le petit ronron de la routine, il faut l'oublier. Il est encore temps pour ceux qui ont le vertige de quitter cette salle. On ne les retiendra pas. Ceux qui restent devront s'estimer responsables de leur sort. Chers associés, chers collaborateurs, je ne vous propose rien de moins qu'une profonde restructuration de notre métier à l'aune d'un de ses plus grands bouleversements.

    Vous n'ignorez en rien que l'invasion du territoire carnavalais n'est pas sans questionner les grandes évolutions de notre secteur, ni que de lucratifs investissements dans les sous-sols de notre ville font dépendre depuis deux ans le bilan de nos comptes au gré des besoins déterminés par le Politique. J'aimerais saluer nos foreurs de tunnels, nos concepteurs de réseaux d'aération, nos régulateurs de pression et de température, nos spécialistes en hermétique souterraine. Grâce à vous, le cabinet Ponts & Chaussettes s'est affirmé comme l'un des acteurs incontournables de l'architecture sub-terrestre. Nous n'avons pas démérités et le conseil d'administration en est parfaitement conscient. Au nom de nos chers actionnaires, je vous adresse les remerciements de la maison pour votre professionnalisme, votre sang-froid, votre sens de la ponctualité dans le respect des plans d'organisation serrés exigés par la clientèle. La réfection des alvéoles pré-armaggedontiennes, l'installation d'unités industrielles complètes en sous-sol, l'ingénieurie pour l'évacuation des eaux usées, des déchets industriels, des gaz de comburation de hauts-fourneaux dimensionnés à la hauteur des besoins de Carnavale, tout ceci le cabinet Ponts & Chaussettes s'y est employé avec succès. Nous ne devons qu'à nous-mêmes d'avoir décroché les appels d'offre successifs, éclipsant nos concurrents, fusionnant avec nos partenaires pour assurer à la maison un avenir radieux.

    Cet avenir ne saurait être compromis à l'heure où tous, dans les tunnels, les galeries, les conduits, la tuyauterie, dans la pénombre et la fumée asphyxiante des travaux souterrains, regardent vers le ciel. Mesdames, Messieurs ; nous avons la confirmation que la réouverture de l'espace atmosphérique est imminente. Nous n'en connaissons pas encore les détails concrets et le Politique sera amenés à les définir. Occupation militaire, fin des bombardements, restauration de la souveraineté, autant vous dire que le cabinet Ponts & Chaussette s'en fout royalement. Notre métier n'est pas de rédiger les appels d'offre, mais d'y répondre. L'heure de reconstruire Carnavale approche. Chers collaborateurs, ce n'est ni plus ni moins, pour nous autres architectes et ingénieurs du bâtiment, que le début d'un nouvel âge.

    La direction a décidé de lancer un concours interne en anticipation de ce chambardement démiurgique. Nous invitons tous nos chefs de service à faire passer le message. Tous nos collaborateurs, vous, chers messieurs, chères mesdames, sont, êtes invités à y participer. Nous lançons le concours interne pour la structuration des meilleurs projets d'avenir dans la réponse aux appels d'offre qui, à n'en pas douter et dès que la guerre en surface aura pris fin, seront formulés. Carnavale est trop riche pour demeurer une ruine. Elle est trop brillante pour n'être pas, dès que les grues, les camions et les bétonnières pourront y circuler sans craindre d'être prises pour des cibles, l'enjeu numéro un du secteur mondial de la construction. Nous devons nous positionner en avance. Nous devons être prêts. Comme dans tous les secteurs économiques, la seule loi qui prévaut chez nous est celle de la sélection naturelle. Mangez ou vous serez mangés. Chers collaborateurs, les actionnaires ont décidé une réduction des effectifs de 99,99 %. Il ne restera qu'une seule personne dans cette salle qui aura l'insigne honneur de devenir l'architecte en chef de Ponts & Chaussettes. Le cabinet concentrera toutes ses ressources dans le gagnant du concours interne que nous lançons à partir d'aujourd'hui. C'est avec de l'audace et la seule certitude que nous avons, celle que nous jouons à Carnavale, que le cabinet survivra au retour à l'air libre et se positionnera sur la reconstruction de la ville. Oui, chers collaboratrices, chers collaborateurs, à l'issue de notre concours interne, processus d'épuration et de délestage massif de nos peaux mortes, de nos poids inutiles, nous deviendrons le projet étincelant du meilleur, de la meilleure d'entre vous. Tous les autres iront barboter avec les crocodiles des égouts inférieurs de la ville basse.

    Nous sommes à J zéro. Les candidatures seront clôturées à la veille des élections municipales. A cette issue, le plan le plus génial sera retenu. Nous serons les premiers à être fins prêts pour décrocher les appels d'offre municipaux, ou bien ceux de l'OND si celle-ci prend le contrôle de la ville. Vous avez un temps relativement court devant vous, mais vous savez ce que disait notre collègue en son temps ; pour accomplir de grandes choses, il faut deux choses : un plan, et pas assez de temps. Surprenez-nous. Je vous remercie.




    * * *




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    — ding dong

    — Bonjour Monsieur.

    — Madame.

    — Oh pardon. Je peux vous renseigner ?

    — Merci, je regarde.

    — Je vous en prie.

    — Qu'est-ce que c'est que ça ?

    — Ah, ça ! C'est du Champioui, pour garder le moral et la bonne humeur.

    — Je ne savais pas que les Laboratoires en produisaient encore.

    Ça ne marche pas trop, les ventes se sont arrêtées. Je ne vous le recommande pas. Pour vous, je recommande plutôt ceci.

    — Faites-moi voir ?

    Arhumantic, à base d'un alcool de canne à sucre. Ca redonne la pêche, si vous voyez ce que je veux dire.

    — Un médicament étranger ? Vous me proposez cette merde parce que je suis noire ?

    — Vous êtes une informatrice sylvoise non ?

    — Non. Vous faites du délit de sale fesse.

    — Ah ! Kabalienne peut-être ?

    — De corps uniquement. J'ai été greffée.

    — Vous êtes de plus en plus nombreux à faire ça. Carnavale change... c'est terrifiant.

    — Dites-moi, ce n'est pas légal de vendre des médicaments étrangers.

    — Nous avons perdu foi en l'existence. Ni la Principauté, ni les Laboratoires ne peuvent plus rien pour nous. Les dieux nous ont, en quelque sorte, abandonnés. Enfin, tenez, notre prospectus.

    — Le "Céracisme" ?

    — Si fait.

    — Vous vous foutez de moi parce que j'ai un corps noir ?

    — Héhé, bien sûr que non.

    — Votre église n'a pas du tout un nom carnavalais.

    — Nous serons un jour l'âme de Carnavale.

    — Faudra vous lever tôt le matin. Vous êtes combien dans ce délire ?

    — Oh, pas très nombreux, pas davantage qu'un club de collectionneurs de moules à cake ocre. Mais un jour nous serons légions.

    — Un jour peut-être.

    — Vous verrez.

    — C'est ça. Ecoutez, je suis surtout venue pour inspecter votre bâtiment.

    — En quel honneur ?

    — Je suis architecte au cabinet Ponts & Chaussette, j'investigue les futurs emplacements de la Nouvelle Carnavale.

    — La "Nouvelle Carnavale" ?

    — La "Nouvelle Carnavale Populaire" pour être précise. C'est le dernier slogan de campagne du candidat Julonin Venbranle. Ne faites pas attention ça change tout le temps. Je fais des plans sur la comète.

    — Il veut nous grand-remplacer ! Les dieux nous ont abandonné !

    — Je n'en sais rien. Vous avez les plans de l'immeuble ?

    — Pour quoi faire ? Julonin Venbranle est foutu, les dieux nous ont abandonné, l'OND va prendre le contrôle de la ville, les municipales n'auront jamais lieu, vos plans ne servent à rien.

    — Ce n'est pas ma question, je suis architecte. Vous habitez à combien là-dedans ?

    — Je ne vous le dirai pas, na.

    — Immeuble vétuste et surpeuplé, donc. Je note.

    — Faites vos plans comme vous voudrez, ils ne serviront à rien.

    — Naturellement.

    — Au revoir Madame.

    — Au revoir.

    Marie-Amande rangea son calepin après y avoir noté les mensurations complètes de l'immeuble et de la pharmacie. Construit pendant les Flamboyantes, il était resté dans son jus et la façade, complètement noircie par la pollution atmosphérique, s'écaillait à plusieurs endroits. Des fragilités apparaissaient à l'intérieur de la structure retapée de bric et de broc. Grâce à son oeil artificiel greffé aux Laboratoires, Marie-Amandine avait constaté l'âge des canalisations, l'état du réseau électrique, les fuites dans la toiture. Elle continua sa visite. Un vent rancunier balayait l'avenue, emplissant l'air d'une vigoureuse obscurité. Elle continuait d'annoter son calepin en visitant le quartier. Pour remporter le concours interne de Ponts & Chaussette, elle avait demandé conseil à sa mère. Quand on fait le ménage, lui avait-elle alors répondu, il faut le faire à fond. Il faut soulever les meubles et les tapis pour éliminer toute la poussière. Ma fille, si tu veux construire, commence par faire place nette. Marie-Amande avait remercié sa mère, et conçu, en première phase du projet qu'elle déposerait, dans l'espoir d'un jour devenir architecte en chef, une grande phase de nettoyage. Le meilleur ami du bâtisseur, c'est la dynamite, se disait-elle en cartographiant les rues les unes après les autres.
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