Il nous avait manqué ! « J'étais bloqué dans l'ascenseur de la Tour de l'Ange » ; c'est avec facétie que le candidat d'origine makotane revient sur le devant de la scène médiatique, pour la première fois depuis l'annonce de la suspension de sa campagne. Après un discours qui aura galvanisé ceux qui ont bien voulu l'entendre, Julonin Venbranle, citoyen carnavalais de désormais trente-huit ans, renouvelle sa proposition d'une « Carnavale aux Carnavalais. » Où était-il pendant tout ce temps ? « Coincé dans les embouteillages du grand tunnel des Bourdons », renchérit-il sous les applaudissements d'une foule hilare, qui veut voir en lui un visage amène pour le prochain Conseil municipal, s'il faut en croire les sondages. Culminant à 44 % des intentions de votes, Venbranle peut-il être le super-héros dont la Cité Noire a besoin ? « Il ne l'est qu'en contraste des autres », réplique, modérée, Madame Fataly, experte en sondages venue de Messalie, mais dont l'Institut Doimouyé exerce à travers tout le continent. « On aimerait que quelqu'un se bouge autant que lui », rappelle Isabeau Laid, cardinal ayant survécu à l'ingestion de chlorofluorocarbure à l'ananas lors de l'Armageddon't. « J'adore ce mec », aurait répondu le candidat à la volée. Pour autant, « rien n'est acquis », estime la directrice de la campagne Venbranle, en déplacement à l'étranger ; « A Carnavale, l'impensable est toujours sûr ! »
Quartier du Labyrinthe : bientôt des sorties de secours ? Les habitants des quartiers riverains émettent depuis longtemps des plaintes au sujet du voisinage de la grande propriété du Baron de Serviette, dont les goûts architecturaux ne satisfont pas les papilles des parents inquiets de la zone. « Mon fils était juste allé chercher son ballon », se plaint Elléosud Mac Aque, dont l'enfant n'a toujours pas reparu après vingt-sept semaines passées dans le terrain du Baron. « On l'entend parfois recompter ses pas », se lamente un voisin, qui « n'en peut plus du bruit » : « je voudrais dormir la nuit », rouspète-t-il, pas entendre des gosses perdus appeler leur maman. Selon Ariane Minoculée, urbaniste au cabinet d'experts Ponts & Chaussettes, « le quartier n'est pas aux normes » pour permettre l'évacuation des enfants perdus en cas d'incendie. Pas aux normes, mais à quelles normes ? « Aux normes de l'OND », se justifie l'ingénieure, qui rappelle que « mon métier, c'est d'anticiper. » aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
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| Philippe Géminéon sacré meilleur savant au monde ¡ Buenas tardes Carnavale ! Le Paltoterra célèbre le génie carnavalais. Avec le Prix Luz du Meilleur savant international, le Docteur Philippe Géminéon est récompensé pour l'ensemble de sa carrière, mais surtout pour son dernier film : « greffe de cerveau, une première mondiale », acclamé par la critique. A l'occasion de la remise de cette récompense san youtaise, le Professeur qui officie depuis quatre-vingt-ans aux Laboratoires Dalyoha a tenu à saluer la « terrible et miraculeuse » histoire de la science carnavalaise, qui stupéfie le monde depuis au moins plusieurs décennies : clonage d'animaux et d'humains, création de nouvelles espèces vivantes par ADN artificiel remodelé, moteur cyclométrique, numérisation de la conscience et modèles surpuissants d'intelligence artificielle sont d'autres réalisations à mettre au crédit d'une institution à la très noble et ancienne mémoire, l'Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale. Un lieu sobre, discret, austère, « où l'on forme les meilleurs », aussi bien sur le plan scientifique que sur le plan épistémologique. Comment mieux chercher, mieux trouver, mieux créer ? La réponse apportée par la Dalyoha Compagnie est aussi limpide qu'unique au monde : « en balayant la morale. » Après avoir brisé le tabou de l'unicité de l'être, par la duplication des humains, c'est celui de la mort que Carnavale se prépare à lever. Car si l'esprit est dans le cerveau, celui-ci pourrait-il être greffé, à l'infini, se libérant de la contrainte jusqu'ici absolue de notre enveloppe corporelle périssable ? « Nous irons là où d'autres n'oseront pas s'aventurer », a déclaré le Professeur carnavalais devant un parterre de collègues venus du monde entier. Pour l'instant, cette incontestable victoire scientifique carnavalaise intimide le reste du monde. Pendant que l'usurpateur Pape Augustin se terre dans son silence de marbre doré, les oulémas d'Azur divergent quant à l'attitude à tenir ; « la question n'est pas de savoir si le Coran avait prédit » la victoire de l'Humanité sur la mort, selon un sheikh, elle est de savoir « ce qu'il en dit, puisqu'il l'a prédite. » Dans le reste du monde, l'indifférence masque mal la défaite intellectuelle d'idéologies en mal de stigmatisation ressentimentale. « L'immortalité est un privilège de riche », pourraient arguer les communalistes, s'ils n'étaient pas les poids morts (et relativement inutiles) de la Principauté, pieds et points liés avec la Noire Eglise.

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Économie : tout seul, on va plus vite « La situation est au beau fixe », peut se réjouir Améthyste Castelage. D'après des données millimétrées de l'institut drovolskien Mondus, les perspectives de croissance sont excellentes pour la Principauté pour le troisième trimestre 2018. « L'économie fleurit depuis plus de deux ans sans s'interrompre » ; un développement à cadence accélérée, voulue par les habiles paramétreurs de la Banque Castelage autant que suscité par la motivation patriotique des Carnavalais eux-mêmes. « L'OND s'attendait à ce que Carnavale se brise », estime un expert, qui dénonce « la non-prise en compte du facteur moral » dans l'équation du tableur des états-majors onédiens. Au mépris de toutes les conventions, la Cité Noire a fait de la guerre « une occasion unique de se réaffirmer », et malgré les destructions considérables occasionnées à certains quartiers et à sa précieuse aviation, les investissements affluent pour redonner à la Principauté « les arguments de la puissance. » Contrairement à toutes les spéculations, Carnavale semble vouloir aborder la fin de la décennie avec sérénité, et ce malgré un isolement diplomatique et commercial de plus en plus prégnant. « Personne n'a à se targuer d'un fait qui relève entièrement de notre propre stratégie », veut croire Miribelle Zébutt, chargée d'affaires à la Société Luciférienne Carnavalaise. Selon celle qui représente un acteur montant sur le marché des idées, « les Carnavalais sont et veulent rester les maîtres d'eux-mêmes », quitte à s'aliéner le discorde. « Mieux vaut un splendide isolement que des alliances lâches », relève-t-elle, alors que certains questionnent de plus en plus l'intérêt d'un partenariat au Grand Kah, un empire qui brille par son absence à aider Carnavale, et qui a récemment refusé de permettre l'entrée de matériel militaire neuf à Carnavale via sa base de la Citadelle, selon des sources informelles proches du candidat Venbranle. « On n'aurait pas attendu autant de patriotisme » de la part des autres candidats, persifle le camp juloninien. « Il n'y a pas d'amour », résume-t-on dans les milieux économiques stupéfiés par la croissance carnavalaise malgré un tel abandon de ceux qui se voulaient ses soutiens autoproclamés ; « il n'y a que des preuves d'amour. »
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