MAKE CARNAVALE GREAT AGAIN ? Tout remonte à l'époque où Mademoiselle Clémentine avait été épluchée vive. Les « bling-bling twenties », selon la nomenclature non officielle des gratte-papier du Quartier des Bouquinistes, suscitent depuis quelques temps une sorte de vague à l'âme, voire de nostalgie. Que nenni ! Si on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et à Carnavale on le sait car la Cité Noire est bâtie sur rien de moins que la convergence des quatre fleuves des Enfers, la « goat era » de Carnavale pourrait presque être sur le point de revenir. La jeunesse, complètement intoxiquée par la « Skibidalyoha Tentafruit » et autres « Six-Seven » (en référence aux six à sept doigts que compte la main d'un sigma male, idéal de virilité de nos adolescents stupides), semble boostée par une vague culturelle qui déferle depuis un endroit insoupçonné du cerveau génial mais malade de la Cité Noire : son empathie. Empathie pour elle-même, pour ce qu'elle a été, pour ce qu'elle aurait pu être et qu'elle pourrait bientôt devenir ; sur cette vague, qui remet à la mode Chiens écrasés et autres bourse de valeur, surfe un certain candidat qui s'est taillé la part du lion (de dieu) dans l'opinion publique.
La Génération Obéron peut-elle changer l'histoire ? « On a tous grandi avec son visage à la télé », rapporte, rêveur, un adhérent du Race Club Pervenche, une association de motards homosexuels sadiques qui joue à sauter sur les bouts de ruines du pont Saint-Pierre. Nommée à partir de la matriarche incontestée de la plus puissante famille des années quatre-vingt à deux-mille-dix, l'association effectue fréquemment en son honneur des lâchers de pillions au-dessus des falaises. C'était là, il y a trois ans maintenant, que disparaissait la femme la plus puissante de Carnavale, durant la nuit épouvantable de l'Armaggedon't. « Avec Julonin, on a ça en commun », renchérissent les motards, qui font référence non pas à leur goût pour le furryporn mais à l'admiration pour une vieille dame qui ne s'en laissait pas démonter. « On a grandi avec les pubs pour les avant-bras mécaniques à la télévision », confirme l'un des drôles de types qui a désormais rejoint la campagne de Julonin Venbranle pour les municipales ; « Obéron c'est comme une deuxième maman. » Pour ces attardés, la figure de l'impératrice balistique reste celle de l'honneur d'une ville qui n'était pas encore, à l'époque, déchue. aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
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| Julonin Venbranle, l'espion préféré des Carnavalais ? « Rien à déclarer, non non » : Commissariat Central avait pourtant réfuté les rumeurs courant sur le compte du candidat d'origine makotane, dont de vilains persifleurs avaient insinué de possibles allégeances contraires et surtout son défaut d'origine carnavalaise. « Il réussit ses opés, c'est un vrai carnavalééé » chantent les ultras du Doryphore FC, une équipe locale populaire et joyeuse, qui termine un match amical par une démonstration brutale de saluts nazis. Pour ces gentils patriotes, « oh Julonaing c'est le sang c'est le parraing » à tel point qu'on se demande si, à part l'accent, les associations sportives de la capitale ne sont pas elles-mêmes infiltrées par des espions ennemis — des cousins germains musulmans par exemple. « Le risque d'une contamination de la Kabalie vers Carnavale n'est pas exclu », déclare Samaël Dorado, musicien instrumentiste ventriloque spécialisé dans la contrefaçon seyante de poupettes kabaliennes. « Après tout dans notre ville il se passe des choses étranges. » Julonin Venbranle, un étranger à la solde de l'O.N.D. ? « Ce serait quand même cocasse », s'étonne une vicomtesse dont le moral est tout ragaillardi par le discours séduisant et viril donné par le candidat dans les heures les plus sombres du siège de Carnavale. « Rien ne justifie l'expulsion de mon client », défend Maître Gauthierry Nioble, qui représente le candidat dans les nombreuses affaires judiciaires en cours ; « Julonin Venbranle est un parfait Carnavalais. » Et l'avocat de contre-attaquer vertement : « qui peut en dire autant ? hein ? qui s'est foulé autant que lui pour cette ville ? qui la connaît mieux que lui ? Cielestin Robespaul peut-être, avec ses baudruches qui ressemblent à des culs ? » Dans un fou rire généralisé, l'aristocratie carnavalaise semble plus que jamais déterminée à ne pas se laisser embobiner une deuxième fois par des idéologues.
Après l'échec de Carnavale à l'Exposition Universelle, quel programme pour relancer la Cité Noire ? « Une décision décevante » : même les grands journaux de la presse internationale ont jugé avec désappointement le vote du Comité organisateur du Patrimoine mondial, qui se charge de faire de temps en temps des grands rallyes internationaux du style, de l'intelligence et de la splendeur. Mise en concurrence avec trois autres villes dont personne n'a jamais entendu parler, le Joyau Noir de l'Eurysie s'est pris un ratio lamentable dans les votes malgré une campagne enthousiaste menée par les équipes de Julonin Venbranle, qui en faisait une promesse de campagne. Conséquence de la disparition de Violoncelle Sucre, directrice des affaires publiques et communicante experte ? Ou tout simplement d'une lassitude à l'égard de notre ville ? « A qui la faute ? » se demande l'Institut des Choix Stratégiques Foireux dans une étude portant sur les convergences idéologiques entre communalisme et technocapitalisme. Simple hypothèse ! aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
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| Spores Dalyoha : assistez à la floraison des tulipes carnivores ! Pas mal non ? C'est Carnavalais : rendez-vous sur les hauteurs de la Colline des Craques pour profiter du spectacle enchanteur des spores de calcifolias ! Diffusés par les agents de la Pharmacopée, les petites bubulles parsèment les murs, les rues, les toits et les cheminées et font une myriade de minuscules petites fleurs blanches que viennent butiner des abeilles grosses comme le poing. Parmi elles, iris, jacinthes, roses et tulipes de toute taille, de toute couleur et de toute toxicité devraient éclore d'ici la fin du mois, procurant à ce quartier autrefois mal famé un léger parfum pur et douceâtre de pollens d'angiospermes. Snif snif ! De quoi attirer les soupeurs pour les manger, selon les auxiliaires de voie publique, qui recommandent d'éviter le quartier en prévision d'un futur largage de pesticides.
L'Égide kah-tanaise, flirt ou harcèlement ? Connaissez la différence : depuis que la fille du magnat de la banque, de l'assurance et de la finance Arthur Castelage est arrivée au pouvoir, c'est au Grand Kah et à ses étranges petits humains en noir qu'est dévolue la surveillance des quartiers ombragés, de la plèbe, des ruelles obscures et des petits secrets de la Cité Noire. De quoi déplaire aux simples constructeurs de navires de la Capitainerie, qui aimeraient pouvoir continuer à « travailler innocemment et tranquillement. » Certains Carnavalais ont de quoi trouver la présence de la sûreté politique d'un régime étranger un peu encombrante. « J'ai pas envie que Styx Notario fourre son nez dans ma culotte », témoigne ainsi un marin anonyme qui fait des expériences de plongée dans la fosse sceptique d'un ancien hôtel désaffecté. D'autres, au contraire, sont rassurés de cette présence rassurante, qui les rassure. « L'essentiel c'est qu'on ne nous impose pas un régime communiste », témoigne ainsi une vendeuse de crottes de nez qui craint de perdre son revenu.
Un camp de réfugiés ouvre dans l'Enclave Verte Des soldats de l'Organisation des Nations Démocratiques ayant fait défection suite à une hallucination collective ont décidé de tourner le dos à la guerre et de se mettre à faire l'amour avec la population locale. Parmi les Shuhs et des ressortissants carnavalais aux cheveux longs, c'est une joyeuse collectivité qui a planté sa tente sous les chênes décorés de guirlandes de ce territoire mystérieux et plaisant. Ateliers manucure, peinture, tatouage, les participants s'échangent des spliffs de beuh, des taz, et de la musique techno orientale dont « vous me direz des nouvelles », témoigne un ancien pilote faravanien — ou banairais je ne sais plus. aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
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