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Activités étrangères à Carnavale - Page 12

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Le Norjien International - CARNAVALE

Après l'attentat de Roumont, soutien renouvelé de la classe politique tanskienne aux opérations en Carnavale

L'opinion publique supporte les opérations terrestres en Carnavale a près de 80% selon trois nouveaux sondages, des chiffres similaires ont été rapportés dans d'autres pays membres de l'Organisation des Nations Démocratiques. La classe politique soutient elle aussi les opérations, malgré le manque de perspective immédiates de paix

Par Vidar Dahlin (Norja), le 15 septembre 2017.



Les six soldats caratradais tués dans l'attentat de Roumont par des forces terroristes carnavalaises ont reçus cette semaine un hommage national d'ampleur en présence notamment de la reine du Royaume-Uni, Elizabeth Ie. Le ministre des Affaires étrangères et des Droits humains était à Bryngaerdinas Pil pour cet hommage. L'occasion aussi pour la République de réaffirmer son soutient et son support au plus vieil allié de Tanska, choqué par l'attentat.

A la chambre caratradaise, il n'a pas fallut attendre longtemps avant que le soutient aux opérations soit de nouveau validé et l'opinion publique, bien que légèrement en baisse, supporte encore très majoritairement les opérations au sol qui durent depuis désormais 9 mois. En Tanska, trois récents sondages effectués à la fois dans les régions centrales mais aussi dans les provinces fédérales rapportent un niveau de soutient qui varie de 72% pour la province la plus éloignée du conflit à 88% pour Halvø et la région capitale de Norja. A l'échelle fédérale, ce soutient est de 79%.

Le Parlement fédéral tanskien est lui aussi toujours majoritairement en faveur d'une poursuite des opérations militaires, une voix presque unanime émerge toujours au sein de l'OND. Les actions carnavalaises qui causent des centaines de morts civils carnavalais, notamment la politique de terre civile, affectent elles durablement le moral carnavalais. Au sein de la population carnavalaise émerge la vision nouvelle du cérarisme qui vise à rationnaliser la société, mise en porte-à-faux de ses contradictions et de ses extrémismes. Pour plusieurs officiels tanskiens, la naissance du mouvement cérarisme en Carnavale pourrait à terme permettre d'offrir une porte de sortie aux autorités carnavalaises en les forcant à venir à la négociation au fur et à mesure qu'elles perdent le soutient de l'opinion publique carnavalaise. Qui plus est, les territoires contrôlés par l'OND reçoivent une aide humanitaire conséquente permettant la satisfaction de leurs besoins élémentaires entravant durablement le foyer de recrutement de la résistance carnavalaise.

Si la fin de la guerre semble encore éloignée dans l'immédiat, il semble difficile de trouver une raison pour les forces tanskiennes de se retirer malgré les coûts humains, matériels et financiers.
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Empire Démocratique et Parlementaire du Nord

Vingt-cinq septembre de l'an deux mille dix-huit

Cabinet de Sa Majesté impériale
Secrétariat d'État à la Communication
Monsieur le Secrétaire d'État à la Communication
Sa Majesté impériale, l'Empereur Maximilien Deuxième du nom

À Roumont, la guerre a révélé une fois encore le visage de ceux qui l'ont choisie.

Six soldats caratradais sont tombés sous l'action terroriste carnavalaise. Six hommes venus d'un Royaume allié, engagés à nos côtés depuis que Carnavale a frappé l'Empire au cœur, depuis que l'Holocauste d'Estham a voulu nous rayer de la carte. Ils sont morts non pour conquérir, mais pour empêcher que le crime de masse ne puisse jamais se reproduire et que l'Humanité soit en paix et en sécurité.

Aujourd'hui, l'Empire entier honore leur mémoire. Et, au nom de la nation, j'adresse au Royaume du Caratrad l'expression de notre solidarité fraternelle et de notre gratitude indéfectible. Ce qu'il s'est produit à Roumont n'est pas un accident. Ce n'est pas une imprudence. Ce n'est pas l'amateurisme dont se moquent aujourd'hui les propagandistes de la Cité noire. Les faits démontrent une opération préméditée : infiltration, dispositifs incendiaires, usage de procédés chimiques, choix calculé des conditions climatiques. Une ville transformée en brasier. Une destruction méthodique. Puis, dans un second temps, le mensonge organisé. L'accusation grotesque. La tentative d'inverser la charge morale du crime, l'inversion accusatoire si chère aux yeux des soutiens de l'inhumain.

Carnavale brûle ses propres villes et accuse l'OND. Voilà la vérité nue. Les élites terroristes de Carnavale assassinent leur peuple. Un régime qui traite ses ouvriers comme des variables déplaçables, qui explique que l'on ne perd rien en réduisant une cité en cendres, qui promet des médailles aux victimes collatérales et des primes aux exécutants, ne défend pas une nation : il instrumentalise un territoire, il estime la vie de ses habitants comme une donnée froide.

Qu'il soit clair que l'Empire du Nord ne confond pas un peuple et ceux qui l'asservissent. Le peuple carnavalaise n'est pas notre ennemi. Il est la première victime d'une logique qui, déjà à Estham, avait fait du massacre une méthode. Nous savons ce que signifie voir une capitale rendue inhabitable par le poison. Nous savons ce que signifie compter ses morts par millions.Et c'est précisément parce que nous le savons que nous ne détournerons pas le regard lorsque la terre brûlée devient doctrine.

À ceux qui prétendent que Roumont serait la preuve d'une faiblesse de l'OND, les démocraties ne sont pas faibles parce qu'elles respectent le droit. Elles sont fortes parce qu'elles s'y tiennent même dans l'épreuve. Le Royaume du Caratrad, Tanska, Teyla, la Yukanaslavie, le Faravan et l'ensemble de nos alliés ont réaffirmé leur engagement. Les parlements votent. Les opinions soutiennent. L'OND demeure unie. Cette unité ne procède pas d'une illusion. Elle procède de la conviction que si nous cédons devant la stratégie de la cendre, nous ouvrirons la voie à d'autres Estham ou d'autres Kabalie.

Notre objectif n'a jamais été d'humilier Carnavale. Il est de mettre fin à un régime qui fait de l'incendie et de la mort une arme politique et du mensonge un système de gouvernement.

Nous renforcerons la protection des civils. Nous adapterons nos dispositifs face aux menaces chimiques et incendiaires. Nous poursuivrons ceux qui planifient, financent et exécutent ces crimes. Et nous laisserons toujours une porte ouverte à une sortie honorable pour ceux qui, au sein même de Carnavale, comprennent que l'avenir ne peut être bâti sur des ruines entretenues volontairement. Cette sortie est évidemment impossible pour les responsables de ces crimes, qui seront jugés comme il se doit. Les soldats tombés à Roumont, comme les martyrs d'Estham, nous obligent.

La guerre nous a été imposée. Elle a commencé le jour où notre capitale a été frappée par un holocauste. Elle se poursuivra jusqu'à ce que la sécurité des peuples libres soit garantie et que la politique de la terre brûlée soit reléguée aux livres d'histoire. La cendre ne triomphera pas de la conscience. Le mensonge ne triomphera pas de la vérité. La peur ne triomphera pas des nations qui refusent de plier.

Que vive l'Empire et son peuple,
Et que, dans la fumée des épreuves, demeure intacte la flamme de notre humanité.

Sa Majesté Maximilien II, souverain de l'Empire
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L’Exposition Universelle



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— Mademoiselle Sucre ne sera pas des nôtres ce soir.

Julonin Venbranle retira sa veste en entrant dans la pièce. Les lumières nocturnes de la ville flageolaient en arrière-fond. Un écran rediffusait quelques visages à distance. Une table en U réunissait quelques rouages du marketing carnavalais, des membres de la liste municipale, des représentants de la société civile.

— Elle est… indisposée à l’étranger.

Gauthierry Nioble tirait une tête de plusieurs pieds de long, plus qu’à son habitude. Le candidat serra ses doigts les uns contre les autres en prenant la présidence de la réunion.

— J’ai entendu dire qu’elle était en déplacement en Afarée…

La voisine de Marie-Amande s’était penchée vers elle. C’était Belladone Piverte, numéro six sur la liste de Venbranle, candidate dans l’arrondissement du quartier de l’Elysée, pressentie pour prendre la tête du convoité service des Espaces verts de la municipalité en cas de victoire électorale.

Marie-Amande ignora le regard glauque de Madame Piverte en entendant son nom résonner.

— Mademoiselle Glumelle, la parole est à vous.

Marie-Amande se leva alors. Armée d’un dossier de notes, elle se dirigea vers l’estrade, près du grand écran de projection, où s’afficha un visuel de Carnavale.

— Je vous remercie, dit-elle après s’être légèrement gratté la gorge.

— Je suis Marie-Amande Glumelle, architecte et urbaniste au cabinet Ponts & Chaussettes. Monsieur Venbranle, ici présent, a jugé favorable de me nommer à la direction du projet Exposition Universelle par anticipation. Vu le calendrier très court qui est devant nous, je vous présente aujourd’hui une version allégée du projet que nous n’imaginions pas dérouler avant au moins l’année prochaine. Je…

Julonin Venbranle, l’air sombre, fixa l’assistance.

— Les choses se sont accélérées, coupa-t-il. L’O.N.D. semble vouloir nous couper l’herbe sous le pied. Comme vous le savez, l’un des enjeux phares de ma campagne est l’organisation d’une Exposition Universelle, comme annoncé dans mon programme municipal. Mais voilà que nous venons d’apprendre que les grands de ce monde veulent nous faire concurrence. C’est bon signe pour nous : nous avions un coup d’avance. Nous avons intérêt à le garder. Poursuivez, Glumelle.

— Merci, Monsieur Venbranle. Comme vous venez de le rappeler, les délais se sont raccourcis : si Carnavale doit avoir une Exposition Universelle, ce sera donc dans le cadre de l’appel d’offre de l’Organisation du Patrimoine Mondial.

— L’O.P.M. est plus ou moins une officine de l’O.N.D., informa Gauthierry.

— Plus ou moins. En tous cas, c’est dans le contexte d’un appel d’offre concurrentiel que nous devons désormais nous projeter pour faire aboutir cette promesse de campagne du candidat Julonin Venbranle…

— … Promesse qui sera réalisée avant même mon élection, dit l’intéressé. Décidément les Carnavalais ont la chance de m’avoir comme maire par anticipation.

Un frisson d’arrogance secoua les mèches des gens réunis dans la salle.

— … La première étape de cette candidature officielle de Carnavale pour être l’hôte de l’Exposition Universelle 2019 est de définir un projet, que les autorités doivent valider.

— Poupette prendra la décision de cette candidature.

Poupette, c’est Améthyste Castelage, dame protectrice de Carnavale. Quelqu’un leva la main pour intervenir. Julonin lui donna la parole.

— Allez-y, monsieur le vicomte.

— Bonjour, dit l’intervenant d’une voix écrabouillée par son micro de table. Je souhaiterai savoir si les élections se dérouleront avant l’Exposition, ou bien seulement après que…

— Merci monsieur le vicomte. Mademoiselle Glumelle, continuez je vous prie.

Elle passa un slide, changeant la couleur de l’affichage sous les yeux de l’assistance.

— L’objet de cette réunion est de vous présenter les contours du projet que le cabinet Ponts & Chaussettes a mûri pour le compte du candidat Julonin Venbranle, et que nous nous apprêtons à soumettre ensemble à Améthyste Castelage en vue d’une validation définitive de la candidature de Carnavale à l’organisation de cet événement historique. Je comprends que vous vous posiez des questions sur le mode de financement et de gouvernance du projet ; néanmoins, vu le calendrier très resserré, nous n’avons d’autre choix que de définir une feuille de route technique au préalable d’avoir une vision claire sur sa mise en œuvre.

Elle introduit alors la présentation.

— Qu’est-ce qu’une Exposition Universelle ? C’est un grand rassemblement de constructeurs et d’inventeurs à l’occasion d’un événement grandeur nature pour démontrer, essentiellement dans les domaines de la construction et de l’architecture, les avancées de chaque pays et aussi des groupes privés. C’est comme un salon de l’agriculture mais avec des monorails à sustentation magnétique à la place des poulets. Evidemment, c’est naturellement à Carnavale, capitale mondiale du génie industriel, que devrait se tenir un tel événement ; c’est de cela qu’il faut convaincre le comité organisateur de l’O.P.M. Fort heureusement, notre ville dispose d’atouts uniques pour défendre sa candidature.

Marie-Amande montra alors une photographie ancienne, jaunie et brune, montrant une montagne de verre scintillante sur la colline des Féeries.

— D’abord, Carnavale a été l’hôte d’une des premières Expositions internationales lors de l’année 1879. Vous voyez ici l’image du Palais de Cristal du Prince Fleugène, construit à cette occasion, et visité par plus d’un million de personnes venant du monde entier. Malheureusement il ne reste rien de ce prodige de la Révolution industrielle depuis le Chaos.

Elle passa un deuxième volet, montrant les logos de diverses compagnies.

— Dalyoha, Syndicat balistique, Métal Hurlant, Cielestin Armateurs… Carnavale est une ville d’aventuriers et d’inventeurs, c’est cette image que nous devons vendre au comité. Ainsi, nous prévoyons naturellement d’inclure les groupes privés carnavalais à l’initiative de l’Exposition. A une époque où la Principauté privilégie la renaissance phénixienne et un soft-power de première classe, le soutien de ces groupes nous permettra de faire de l’Exposition Universelle un moment unique de notre siècle.

— Et ce sera grâce à moi, fit Julonin avec ironie.

Marie-Amande ne laissa aucune réaction passer sur son visage. Elle présenta plutôt le cahier des charges des organisateurs.

— Nos guidelines sont les suivantes ; l’Organisation du Patrimoine Mondial présente des conditions dans son appel d’offre, que nous devons satisfaire pour aller au bout du projet. Ces conditions sont les suivantes. Premièrement, l’adhésion à l’O.P.M.

— J’écrirai à Poupette, informa le candidat. L’international c’est de son ressort, elle veut jouer solo en général mais le jeu en vaut la chandelle.

— … Deuxièmement, la spécification de la candidature. En plus d’accueillir l’Exposition, une ville candidate aussi pour le Festival international de la Littérature…

— On laisse tomber. Les bougnoules sont imbattables dans ce domaine.

— … Ainsi que du concours international de la chanson.

— On s’en tape aussi.

— Troisièmement, une thématique doit être choisie comme mot d’ordre à l’intention de tous les participants.

Marie-Amande montra l’image suivante. Une vue d’artiste du centre-ville de Carnavale projetait le regard jusqu’à un point infini de la perspective. L’énoncé de la thématique s’afficha avec une petite animation. Les gens dans l’assistance poussèrent quelques soupirs de satisfaction. D’une voix forte, l’architecte continua.

— Nous avons proposé le thème suivant : Semper altior, « toujours plus haut ».

Gauthierry Nioble se gratta la barbe.

— « Plus haut »… Une référence à nos gratte-ciels ?

— A nos objectifs ? osa le vicomte.

— A notre statut symbolique ? risqua Madame Piverte.

— Tout cela à la fois, et bien plus encore, sourit Marie-Amande Glumelle. La thématique est suffisamment simple, claire et ouverte pour permettre une belle émulation des participants. En même temps, ce mot d’ordre correspond on ne peut mieux à l’image de Carnavale.

Julonin souriait, les yeux légèrement plissés.

— Je vois bien ce con de Robespaul s’échiner à faire monter ses baudruches sous les yeux ébahis de la concurrence, s’amusa-t-il. Pour une fois qu’il aura raison de péter plus haut que son cul.

— D’autant qu’il y a de la concurrence maintenant, dit Gauthierry, une course de dirigeables ou un concours d’altitude ça fera un beau spectacle.

— L’O.N.D. sera autorisée à participer ? souleva Madame Piverte.

Un silence suivit la question. Marie-Amande entreprit d’y répondre.

— Les conditions du comité organisateur sont claires, admit l’architecte, il n’appartient pas à la ville hôte de définir la liste des participants.

— Ah non, pas ces crotales du désert !

Un brouhaha indigné remua l’assistance. L’oratrice essaya de le calmer.

— S’il vous plaît, s’il vous plaît. C’est une question d’intérêt supérieur de Carnavale : si l’Exposition Universelle doit se tenir dans notre ville, nous sommes contraints et forcés de répondre au cahier des charges.

— De toutes façons Améthyste n’y consentira jamais, cingla Madame Piverte.

— Je lui écrirai, soupira Julonin. De toutes façons on ne pourra rien organiser tant que l’O.N.D. nous ciblera, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des participants.

— Et qu’est-ce qui nous dit que l’O.N.D. l’acceptera ? Ils veulent détruire Carnavale.

— Je ne crois pas, Monsieur le vicomte, je ne crois pas que l’O.N.D. puisse refuser au Patrimoine mondial la tenue d’une « trêve universelle — un peu comme la trêve olympique vous voyez ? — et je crois qu’il faut parier sur l’esprit du beau jeu de chacun.

Julonin Venbranle n’était pas un spécialiste des questions internationales.

— Et après la trêve quoi ? Les Onédiens bombarderont le site.

— On pourrait envisager une protection kah-tanaise…

— Ah ! Bouffer dans la main des communistes comme une petite vache à traire !

— Chers amis, silence. Les questions internationales ne seront tranchées ni ici ni ce soir. Laissez Mademoiselle Glumelle terminer sa présentation. Mademoiselle Glumelle, allez-y je vous en prie.

— Merci Monsieur Venbranle.

L’architecte afficha un plan du parc de l’Exposition envisagé.

— Les questions de sécurisation du site sont en effet placées très haut dans les priorités de notre projet. Sur un plan politique, la décision revient en effet à Améthyste Castelage. Sur un plan opérationnel, nous définissons un périmètre légèrement à l’écart du centre-ville, dans des faubourgs que nous raserons pour faire place nette. Commissariat Central, ainsi que des milices privées carnavalaises, sécuriserons le parc des Expositions. A l’intérieur du Parc, nous pensons autoriser les services d’ordre des délégations participantes à exercer la protection de leurs pavillons respectifs…

— … Faire rentrer des flics étrangers à Carnavale ? C’est hors de question !

— Ils seraient foutu d’en profiter pour kidnapper Blaise et l’envoyer devant un tribunal en Kabalie !

— … Les modalités de la sécurisation du site doivent naturellement être validées à la fois par Améthyste Castelage et par l’Organisation du Patrimoine Mondial, tempéra Marie-Amande. De toutes façons personne ici n’a les moyens ni l’autorité pour trancher cette question.

— Il faudra trouver un compromis avec les participants, dit maître Nioble.

— En effet, il faudra que les participants se sentent à l’aise de développer leurs propres créations, raison pour laquelle nous comptons suggérer à Commissariat Central d’effectuer une vaste opération anti-criminalité au préalable, pour rassurer la communauté internationale sur leurs inquiétudes. La tranquillité et le confort doivent être au point. Après tout, si le cadre est confortable, quelle raison aurait-on de vouloir se taper dessus ? L’Exposition pourrait également être l’occasion de renouer avec le dialogue à l’échelle internationale, si Améthyste en saisit l’occasion. Quoi qu’il en soit, nos policiers feront la preuve que Carnavale est capable d’assurer la tenue de l’événement. La destruction des faubourgs pour aménager le Parc des Exposition sera retransmise en direct à la télévision. Cela fait partie d’un plan de communication dédié à attirer les soutiens du monde entier pour notre Exposition : affichettes, supports visuels, articles de presse…

— Et le tout, bénévolement… soupira Julonin.

— … Nous devons mettre le paquet sur Carnavale 2019, je crois que nous en conviendrons tous. Pour cela, nous proposerons, à l’intérieur du dispositif de l’O.P.M., des innovations : nous créerons un concours interne pour la reconstruction du pont reliant Carnavale à Bourg-Léon par le métro…

— C’est aussi dans mon programme, rappela le candidat à la mairie.

— … Ainsi qu’une médaille du Conseil Municipal, récompensant le pavillon le plus « carnavalesque »…

— Les meilleurs pavillons pourront être pérennisés après l’Exposition pour rejoindre le patrimoine architectural de la ville.

Le vicomte éclata de rire.

— Faire reconstruire la ville aux frais des invités, il fallait y penser.

— C’est bien mon idée.

— … Enfin, l’Exposition Universelle sera l’occasion de cartographier et de marketer les landmarks de notre ville et de stimuler le secteur du tourisme.

— Une de mes promesses de campagne.

Faire adopter son programme sans avoir besoin d’être élu était le graal de tout politicien. Malheureusement pour eux les concurrents de Julonin n’avaient aucune chance. Marie-Amande montra alors des visions d’artiste sur le futur Parc des Expositions.

— Il faut se projeter : pour les cent-cinquante ans de l’Exposition de 1879, Carnavale, ville épouvantable, ville martyre, ville phénix, renaît de ses cendres grâce aux contributions du monde entier. Ce sera la plus grosse opération culturelle de notre siècle. Pour la première fois depuis des années, des touristes venus des quatre coins du globe pourront découvrir le lieu de tous les fantasmes, assister à des concours stupéfiants, se laisser séduire par des concepts envoûtants…

— Prévoyez-vous de distribuer des lunettes anti-Ragecarnage aux visiteurs ?

Julonin Venbranle eut un long sourire de chat.

— Seulement aux V.I.P., répondit-il.


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Affiche touristique pour la Kabalie rouge
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Les blagues Ⓐutonomes

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s'écrivent toutes seules
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Fisca à la une a écrit :
FISCA à la une : la revue du sport automobile mondial
Par Joachim Venetto


Appel aux écuries pour le lancement de la prochaine saison de F1 FISCA


A quelques mois du lancement de la prochaine saison de la FISCA, l'organisation automobile tire la sonnette d'alarme. En effet, avec six écuries et autant de circuits au calendrier, la fédération est activement à la recherche de promoteurs, propriétaires d'écuries et de circuits afin d’espérer atteindre le quota attendu à l'origine: celui d'une saisons de dix à douze tracés, et dix écuries. Afin d'attirer écuries et sponsors, c'est le président de la FISCA lui-même, Donatello San Sebastiàn, qui a prit la parole devant les médias raskneois et velsniens afin de vendre, enfin, le concept d'un championnat mondial, à des lieues des compétitions nationales existantes:

"Il va sans dire que nous sommes tous des amoureux du sport automobile., et c'est la raison première de cette intiative. J'adore regarder les formules monoplace à Rasken, comme quand je zappe à la tv alguareno pour regarder un beau spectacle, ou comme quand je vais voir une course de Fomrule Strama à Velsna. L'idée derrière la F1 Fisca, c'est de réunir la somme de toute cette excellence, en un seul championnat. Pour les promoteurs et participants, les revenus des droits de diffusion et de promotion en seront d'autant plus grands: vous avez le choix entre un championnat local avec des talents locaux, et des revenus locaux...ou bien une ouverture sur le monde: se battre avec les meilleurs, pour gagner les meilleures récompenses, et faire fructifier un sport, qui est aussi un divertissement à diffuser à toutes et à tous, de la Nivérée au Pôle Nord. C'est la vision que j'ai du sport, une grande communion mondiale.

C'est pourquoi j'invite tous les intéressés par la perspective de disposer d'une telle exposition médiatique, et d'e ce qui est un laboratoire de la haute technologie pour l'avenir du secteur automobile. Je pense en particulier aux alguarenos qui disposent déjà d'une structure de sport auto particulièrement enviable, par exemple. Alors venez nombreux"


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Donatello San Sebastiàn, président de la FISCA


Plusieurs géants du secteur automobile mondial ont d'ores et déjà signifié leur participation, comme les groupes Steiner et Strama, ou encore Fang Motorsport, la propriété de la multimilliardaire icamienne Maxime Che Fang. Parmi les participations plus surprenantes, des structures plus modestes dont une écurie privée achosienne. Si les travaux à effectuer avant le lancement du championnat sont encore titanesques, le président San Sebastiàan se veut rassurant:

"Nous sommes dans les temps. Et nous avons déjà assez de grands noms pour donner la chance à côté de cela, à de plus petites structures indépendantes."

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« SEMPER ALTIOR » !

C'est officiel : les autorités Castelage ont lancé la candidature de notre bonne ville pour l'organisation de l'Exposition Universelle, édition 2019 ! Sous un mot d'ordre simple et classe, la capitale mondiale du monde revendique rien de moins que ce qui lui est dû : la lumière des projecteurs. Selon les observateurs, la candidature est bien lancée : dotée d'une com' en béton, associant la prose de nos meilleurs publicistes à un générique qui pète le feu, assortie d'un logo passable on va dire, la candidature carnavalaise toise de trop haut la concurrence. « C'est un peu insultant d'être mis au même niveau que le Slaviensk ou le Kah », admet un décorateur qui parcourt déjà les tableaux Peintérêt en quête de coloris avantageux pour la confection de son pavillon. Les Carnavalais seraient majoritairement acquis à l'idée d'organiser une Exposition Universelle chez eux, rapporte un sondage, à l'exception des lépreux qui craignent d'être mis en quarantaine le temps de la fête. « Les négociations avec le comité organisateur du Patrimoine mondial n'ont pas débuté », selon une source en off à la Porte Verte. Pour le public international, la réputation de notre Cité Noire pourrait être un facteur de crainte et de scepticisme. Ce que balaye un certain personnage qui n'est « pas pour rien » dans la candidature carnavalaise, car c'était à son programme municipal. Julonin Venbranle, car c'est bien lui, mise tout sur « l'effet d'extase » : « une Exposition à Carnavale, quelle bonne surprise » ! Un expert en surprises ce Julonin ? Apparemment moins que ce qu'il ne veut bien en laisser paraître. « Le rayonnement culturel pourrait être notre bouclier », murmure-t-il à l'oreille du pouvoir, dans une situation internationale relativement tendue. On ne détruit pas ce qui est beau, quand on n'est pas sadique du moins.


Dalyoha contre Lucifer : va-t-on aller jusqu'au procès ?

« Il me fait un bien fou avec ses gros doigts » : Gilbert Camélia, devenu Pape Noir de Kabalie rouge, se retrouve face à ses pratiques douteuses. Il guérissait la lèpre par l'apposition des mains. Celui qui a exercé pendant des années une médecine illégale en concurrence déloyale face à Grand Hôpital pourrait bien être assigné prochainement par les avocats de la Compagnie Dalyoha en vue de répondre au préjudice causé...

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Les élections, piège spatio-temporel à cons ?

« Changer Carnavale » : la campagne de Rachida Data a du plomb dans l'aile. Cette microcandidate azuréenne, sans doute liée à la secte fantasmatique du « Lion de Dieu », partage avec Sofia Shakûr, en plus d'être une Arabe irascible, des intentions malveillantes à l'égard de notre bonne ville, c'est donc tant mieux qu'elle soit assurée de ne jamais être maire. Mais qu'en est-il de nos candidats loyaux et raisonnables ? Cielestin Armateurs, dont la campagne est étonnamment silencieuse (les dirigeables ne font pas de bruit), aurait-il jeté l'éponge ? Octave Jumentfleur est-il seulement encore en vie ? Que sont donc devenues les élections municipales de 2017 ? « Nous sommes dans un cas classique de faille spatio-temporelle », analyse un expert du C.C.E.D.E.T., qui nous apprend que « le maire a déjà été élu » de façon rétroactive ! L'un de ses collègues tient à modérer ces propos : « 2017, c'est avant tout un concept », c'est donc quelque chose qui n'a pas de sens et qu'on peut investir n'importe comment. En réalité, de Messalie à la Kabalie, en passant par l'Antares, de plus en plus de cas de distorsion temporelle semblent remonter du terrain vers les données du C.C.E.D.E.T., le centre carnavalais d'étude de la distorsion des espaces-temps. A tel point qu'on pourrait finir par en jouer, taquine un blogueur de Cramoisidées, un journal avec lequel faut-il rappeler la Cloche Fêlée n'a rien à voir.


Commissariat Central résout l'énigme des sectes millénaristes !

D'après Commissariat Central, il existerait dans le quartier des Oranges des sectes qui voudraient réaliser d'étranges prophéties en prévoyant un grand suicide collectif : c'est du moins ce que rapportent les indices du commissaire Escargot, qui rentre à peine de son intervention sur place. Vous n'y comprenez rien ? C'est normal : c'était une prophétie. Regardez ! C'était écrit !
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Démantèlement des missiles Obéron : une coopération efficace aux Marquises-Marines

« On est comme cul et chemise » : Ginette Mildiou est l'ingénieure carnavalaise qui a supervisé la déconstruction d'un monument de la Carnavale des années scintillantes, à savoir le stock de missiles intercontinentaux « Bonne Santé » installé dans les années quatre-vingt à Fort-Marin. L'opération, qui a été menée sans encombre, ressemble à un nouveau départ dans les relations bilatérales. Contrairement aux « humanistes » de l'OND, l'Union des Communes du Grand Kah semble être un partenaire fiable, loyal et sincère (« contrairement aux tafioles de l'OND ! » selon Mildiou) qui assume à notre égard une logique « non-punitive » qu'il faut saluer. Le Kah, meilleur ami de l'Homme ?


Retour de Cramoisie :
« On a changé d'avis... »

D'après les douanes carnavalaises, le nombre d'entrées sur le territoire est en train de gonfler à nouveau. Après la vague d'arrivée d'espions étrangers de janvier 2017, puis la vague de départ d'émigrants vers la colonie de CRAMOISIE©, c'est le retour de ces derniers qui semble remonter. Passant par les petits chemins secrets qui contournent le blocus onédien, les anciens colons penauds estiment qu'ils n'ont pas trouvé ce qu'ils cherchaient dans le désert rouge, et font contre mauvaise fortune bon coeur : « on laisse quand même derrière nous des aéroports et des autoroutes ! »


Disparition inquiétante : le compagnon de Mademoiselle Violoncelle Sucre retrouvé mort de soif dans le désert

On a appris la disparition de la numéro deux de la liste Venbranle, il y a quelques jours, alors qu'elle était en excursion dans le désert avec un ami. Ils se seraient perdus à l'occasion d'une tempête de sable. Malheureusement, le Professeur Richarnaud Mangelaid a été retrouvé desséché comme une peau de serpent, il sera inhumé dans sa rue natal, quartier des schizophrènes. « Nous sommes très inquiets », a confirmé le candidat Venbranle. La police kabalienne et ses petits robots seraient sur le coup, et orienteraient leurs recherches vers la zone n°5 du désert.
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Julonin Venbranle : rien ne lui résiste, pas même le format [grid] !
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Document R-20030666-OBERON
Département des Archives
Museum Carnavalis

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NON-ACCESSIBLE
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Des Sirènes
par
Nicolanaël Méchangeance

Journal d'une mission - 1997-2002 - propriété exclusive de la Maison Obéron




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1995. Remise des médailles dans la cour du Fort-Marin. Vent mêlé d'embruns. Trouée de soleil à midi. Banquet des milices. Pervenche Obéron fait une courte apparition et un discours. L'un de ses servants épingle à mon veston l'aigle rouge obéron. Une date, un lieu : quartier des métastases, 56ème avenue. En récompense de votre bravoure et de votre loyauté. Le bouton de tissu orne ma veste aussi sobrement qu'exemplairement. Peu d'entre nous sont qualifiés à cette distinction. Pour Obéron j'aurais tout fait. La grève de dix ans est à présent loin. Les lessiveuses et la pluie ont balayé les rues, éteint les incendies, rétabli le calme, l'ordre et le travail. Les Industries tournent à plein de nouveau. Être de la chiourme patronale ça se mérite. J'en suis et j'en suis fier. En plein coeur de son fief des Îles, Pervenche rayonne. Nous allons assister au lancement de son grand projet. Dans son domaine des Îles Marines, Dame Pervenche a finalisé l'installation de la base spatiale Obéron inaugurée par le lancement de la station orbitale. Au moment du café la fusée s'élance dans un panache de fumée orange. Vingt-quatre cosmonautes embarqués, douze hommes et douze femmes, à l'image des tributs faits au Minotaure du temple labyrinthique des sciences de l'espace. Petit pas pour la Maison, grand pas pour l'Humanité. Nous applaudissons en dégustant nos desserts. Le missile habité disparaît comme un nuage au firmament. Le service de fret spatial utilise les navettes les moins chères au monde. Moins d'un vol sur trois aboutit à un crash : la réussite du programme est assurée. Un collègue m'interpelle discrètement. M'ordonne de faire mes bagages, retour à la capitale. Discrétion souhaitée. Convoqué à Carnavale par l'intendance, pas d'autres détails. Le lendemain par l'avion à turboréacteur, j'emprunte les portes métalliques du conglomérat. Isolé dans un bureau avec le major Lèchegrumeau des milices Obéron et le Docteur Fuite des Laboratoires. Main roide. Briefé sur un projet conjoint Obé/Dalyo. Suis l'homme de la situation, selon le major. Il me demande si je lis la presse polaire.



[partie manquante]



... plage de Nuulkimmiqvik dans la matinée. Peu d'écho dans la presse locale du fait du manque d'intérêt des découvreurs, sauf cet article du 4 février. Grosses vagues, au loin le glacier écorné par le vent, la plage grise et noire de galets volcaniques. Une nuée d'oiseaux hurlants au loin, des centaines d'entre eux juchés sur leur butin, m'annoncent l'emplacement de ce que je cherche. Me suis rendu sur place. Le courant de la mer polaire dépose fréquemment les objets du large sur cette côte. Parfois des restes de navires naufragés ou de cargaison. Au nord du village se déploie la banquise. Lieu-dit de cimetière des phoques, apparemment éteints dans la région du fait d'une chasse trop abondante. Pas de sentiers. Les grillages d'une ancienne station météo aujourd'hui abandonnée. Autrefois on y pêchait le phoque au harpon. Depuis le village a décliné et s'est appauvri. Trente-six maisons sont encore occupées, une sur cinq par rapport à 1950. Les puits de forage de pétrole sont à plus de soixante kilomètres à l'ouest et ont déplacé la force de travail dans le canton avoisinant. Le rivage est aujourd'hui morne et déserté. La carcasse y repose, grignotée d'oiseaux, comme une barque naufragée. Les archives municipales ne font cas d'un événement semblable qu'une seule fois en 1901. A l'époque le préfet avait mesuré un spécimen échoué sur la plage de trois mètres ving-six de long, épisode survenu en décembre. Le mitan de l'hiver est-il propice à l'échouage des créatures ? A l'époque on qualifia la dépouille d'exceptionnelle, atteinte de gigantisme. C'était pourtant un jeune individu. Pas de photographie adjointe mais une description médicale par un chirurgien du centre local de santé. La dépouille ayant été agressée par la corrosion naturelle, les oiseaux et sans doute quelques indigènes. Dans son rapport le spécialiste relève le prélèvement d'organes à des fins chamaniques par les peuplades de la région. Le découpage systématique d'une glande interroge sur la persistance de pratiques païennes liées à une médecine ancestrale. Infos intéressantes : je n'aurais pas fait le déplacement pour rien. Toutes ces données ont depuis été effacées, beaucoup ayant été perdues lors d'une inondation. D'après moi cet événement n'a eu aucun écho en-dehors de la région de Qimmiqvik et personne n'en a plus aucun souvenir aujourd'hui. Ait pris soin de détruire les preuves derrière moi.

1999. Visite à la bibliothèque du Museum Carnavalis. Lampe ténue, parfum de camphre, parquet qui grince. Des étudiants en je sais pas quoi, pâles comme des fantômes, qui errent avec leurs parchemins. L'archiviste dépose à mon bureau une petite pléthore de bouquins. J'en ai pour six mois. Dommage qu'on puisse pas faire Ctrl+F juste avec les yeux. Je prendrai RDV chez l'ophtalmo, il paraît qu'un modèle bionique est en voie de commercialisation par Grand Hôpital.



[partie manquante]



... essentiellement folkloriques, comme dans les ouvrages du conteur Olav Ysenfeld. Exemplaire conservé à la Bibliotheca Caratradica comporte des illustrations, gravures grotesques tirées de l'imaginaire médiéval. Le trollawn est assimilé au trolual de la mythologie maritime tanskienne, décrit comme « baleine de la taille d'une île » et épisode des aventures de ses personnages. En 1594 le navigateur James Baldgin raconte que le navire Santa Fortuna faisant route pour la Nouvelle-Francie est perdu corps et biens sous les yeux d'un marin rencontré à Tir Bhriste, Îles Marquises, à l'occasion d'une halte pour la traversée transocéanique. La responsabilité du naufrage est imputée au trolual généralement considéré comme une divinité poséidonienne antichrétienne des pirates locaux. Cette histoire renforce les intentions du Duc de Gallouèse de privilégier la route par le nord pour accéder à la Terre Neuve, décision confirmée par ordonnance ducale en 1608 portant l'interdiction pour les équipages arborant le pavillon gallésan de s'aventurer dans la « Mer inconnue. » Hypothèse plus crédible, celle de la recrudescence d'attaques de corsaires marquisois au moment où se développe le commerce triangulaire, et l'impossibilité de contrôler l'archipel de la part des monarchies eurysiennes. Impossibilité qui se trouve dotée d'une aura légendaire au point de devenir le marronnier à la cour du Vale. A l'aube du XVIIIème siècle la maison Obéron relève pour la première fois le défi de la lutte contre les pirates, avec succès en conquérant l'archipel. Tout l'archipel ou seulement sa partie colonisable : les versions divergent. En Eurysie les Obérons deviennent seigneurs de Saint-Marin et grands amiraux du Vale. A partir de 1710 les historiens concordent à dire que la route directe vers le Nouveau-Monde est rouverte. Les archives de registres maritimes démontrent la hausse des tonnages transportés par Fort-Marin et la maison Castelage fait fortune en lançant les premières assurances dans le domaine du fret maritime. A Carnavale la conquête des Îles lance une nouvelle période de prospérité en rouvrant la route commerciale vers les domaines coloniaux.



[partie manquante]



... recrudescence de disparitions de navires attribués à des entités surnaturelles. Thèse réfutée par l'Eglise et combattue sur le motif de sorcellerie, largement instrumentalisée après le conflit entre Obéron et la lignée princière. La famille Effraie de Méandre se voit confier le fief de l'archipel et y abolit l'Inquisition. S'entoure d'une légende noire liée à des pratiques hétérodoxes vis-à-vis du dogme catholan. Hétérodoxie stipendiée devant les tribunaux ecclésiastiques par les partisans d'Obéron à plusieurs reprises cassée par décision de la Cour. Cythermione Effraie de Méandre citée Grande Alchimiste dans l'Almanach pseudomaçonnique attribué au savant fou Gruminelin Bontrousore (1775 circa). Autour de 1780, Philiputain Croziflette voyage aux îles Marines dans le cadre de ses activités d'alchimiste. Rencontre Cythermione à Fort-Marin et se dit bien recommandé auprès de la loge du Grand Occident à Akago où se trouve la commanderie du Daimyo. Croziflette se rend au Paltoterra burujois où il se trouve en 1781, en pleine Révolution et assiste à la décapitation du Daimyo... A priori lui imputer une responsabilité dans le déclenchement des événements relève de la pure hypothèse. « Une exaltation s'étant emparée de toute la ville sur le Lac ; des officiants de quelque religion païenne déversant un liquide teinté de rouge au sommet de la construction à degrés, qui fait office dans la culture locale de basilique ou de nécropole ; et par suite du potentat local, d'autres officiers de la colonie à leur tour décapités par un sacrifice à l'Être Suprême, dieu du sang, de la liberté et de la mort, divinité consacrée sur l'autel de l'indépendance ; après quoi les nouveaux édiles proclamèrent la liberté de leur nation et la pérennité d'une révolution aboutissant à la formation d'un régime fondé sur l'idéal démocratique et le calendrier zodiacal ; je fus alors tout étonné de découvrir le treizième signe mythologique attribué par les gens du cru à la créature des mers, mère des poissons et des coquillages, qui produit les algues, le sel et les vagues, divinité créatrice des bienfaits, protectrice des naufragés, antérieure à la création de la terre, qui dans la langue naouatèle indigène à la Colonie burujoise se désigne comme Totluàl, et dans l'iconographie anthropomorphique de laquelle je vis une de ces opportunes analogies avec nos contes carnavalais de tritons et de sirènes et leurs créatures à la fois marines et humaines ; l'on m'expliqua ensuite que ce chiffre s'inscrirait, d'une manière compliquée, dans un calcul calendaire qui déterminerait le faste ou l'infortune des années jusqu'à l'avènement du Kali Yuga. » (De la démocratie au Paltoterra, P. Croziflette).



[partie manquante]



... exercée auprès des intellectuels romantiques de l'Entre-Deux-Paix, plutôt que par les marins d'ailleurs. Popularisée par la nouvelle d'Henrichard Amourtisanal, la rumeur d'un « pentacle des Marquises » croît en popularité à mesure qu'elle est démentie par les faits, comme le relève un critique d'art détestateur d'« invenscience » : entre 1850 et 1920, les eaux situées dans le « quinconce de la mort » sont mêmes réputées parmi les plus sûres du fait des phares qui se multiplient pour prévenir les navires transocéaniques de la présence des récifs. Des mesures de sécurité, la création d'un service d'assistance aux naufragés, et l'arrivée de la radio et de la surveillance météo contribuent à atténuer l'impact des motherstorms et de la géographie de hauts-fonds basaltiques sur la sécurité des navires. Le mythe d'un espace dangereux, peuplé de créatures malveillantes qui font disparaître les navires qui s'y aventurent, perdure davantage dans l'esprit des lecteurs d'invenscience que dans la réalité du trafic maritime de cette époque. A cette époque, les pêcheurs pour la plupart illettrés des récifs nord et sud de l'archipel mettent au point de nouvelles techniques de pêche telles que l'utilisation du chalut à filins métalliques, du harpon à propulsion cyclométrique. Des exemplaires de ces outils sont conservés aux Curiosités maritimes de Fort-Marin, comme j'ai pu m'en assurer. La pêche aux crustacés se développe également, notamment avec l'utilisation de casiers dédiés aux eaux profondes de la dorsale océanique accessible à moins de trois cent kilomètres des côtes dans le sud de l'archipel, lieu où se retrouve des espèces convoitées par les bouches raffinées de Carnavale : le crabe de Manche Blanche, ou l'araignée de Pucegéans, se reproduisent dans ces régions éloignées et sont intensivement exploités pour fournir les restaurants eurysiens à partir de 1900. Une mutation se produit alors en ce qui concerne les



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... agressivité décrite dans les textes antiques. Au Vème siècle avant notre ère, Dilphéas le Messaliote effectue deux voyages en direction de l'Eurysie du Nord ; il atteint le Golfe, dépasse l'actuel Cap de Kotios, et décrit l'archipel de Thulé, « au-delà de la grande Iverne » que la plupart des spécialistes identifient comme l'île Damann. Sa Description boréale mentionne les peuplades celtiques de l'île avec lesquelles commercent les emporions helléniques, futures puissances fortunéennes et velsniennes. Dans son deuxième voyage, Dilphéas raconte sa découverte de Thulé (Thyleion) où « n'existe ni mort ni maladie » ; les habitants de ce pays, qui vivent dans de grandes cités bâties au coeur des forêts, se nourrissent exclusivement de glace, de fruits et de feuilles, ne connaissent pas l'écriture, et s'adonnent à la méditation. Le navigateur décrit « un produit sans pareil » que les Thuléens « glanent sur les plages en adressant des prières à la mer ; ils s'en fabriquent des bijoux, des ornements, des onguents pour les vivants et pour leurs morts auxquels ils vouent les plus grandes quantités de leur récolte. » Dénoncé par ses contemporains, le texte de la Description boréale porterait sans doute plutôt sur des peuplades Iverniennes idéalisées par les explorateurs helléniques. Le texte original a été conservé à la Bibliothèque de Symphorie et perdu lorsque l'institution est ravagée par les Rémiens. Pour la plupart des historiens, cette partie de l'histoire de Dilphéas est « réinventée et issue d'une réécriture par des cosmologues New Age », bien que le conservateur du Museum Carnavalis m'ait en personne confirmé la véracité du texte attribué au navigateur messaliote. Je cite Ursulbert Fragrance que j'ai interrogé avant de quitter Carnavale : « tout est vrai et Dilphéas le Messaliote est un visionnaire en plus d'être très sexy [...] nous avons l'original ici à Carnavale, dans la partie du musée qui est aujourd'hui cernée par les Jardins botaniques » ; c'est bien dommage, ajouterai-je, car selon le conservateur Fragrance un nombre non négligeable d'ouvrages appartenant à l'illustre collection de la Bibliothèque de Symphorie auraient été sauvés et réunis à Carnavale dans cette aile désormais inaccessible. A moins que Monsieur Dalyoha veuille



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... elle parla ainsi, et aussitôt Eôs s'assit sur son thrône d'or, et la noble Déesse Kirkè disparut dans l'île. Et, retournant vers ma nef, j'excitai mes compagnons à y monter et à détacher les câbles. Et ils montèrent aussitôt, et ils s'assirent en ordre sur les bancs, et ils frappèrent la blanche mer de leurs avirons. Kirkè aux beaux cheveux, terrible et vénérable Déesse, envoya derrière la nef à proue bleue un vent favorable qui emplit la voile ; et, toutes choses étant mises en place sur la nef, nous nous assîmes, et le vent et le pilote nous conduisirent. Alors, triste dans le coeur, je dis à mes compagnons. — O amis, il ne faut pas qu'un seul, et même deux seulement d'entre nous, sachent ce que m'a prédit la noble Déesse Kirkè ; mais il faut que nous le sachions tous, et je vous le dirai. Nous mourrons après, ou, évitant le danger, nous échapperons à la mort et à la Kèr. Avant tout, elle nous ordonne de fuir le chant et la prairie des divines Seirènes, et à moi seul elle permet de les écouter ; mais liez-moi fortement avec des cordes, debout contre le mât, afin que j'y reste immobile, et, si je vous supplie et vous ordonne de me délier, alors, au contraire, chargez-moi de plus de liens. — Et je disais cela à mes compagnons, et, pendant ce temps, la nef bien construite approcha rapidement de l'île des Seirènes, tant le vent favorable nous poussait ; mais il s'apaisa aussitôt, et il fit silence, et un Daimôn assoupit les flots. Alors, mes compagnons, se levant, plièrent les voiles et les déposèrent dans la nef creuse ; et, s'étant assis, ils blanchirent l'eau avec leurs avirons polis. Et je coupai, à l'aide de l'airain tranchant, une grande masse ronde de cire, dont je pressai les morceaux dans mes fortes mains ; et la cire s'amollit, car la chaleur du Roi Hèlios était brûlante, et j'employais une grande force. Et je fermai les oreilles de tous mes compagnons. Et, dans la nef, ils me lièrent avec des cordes, par les pieds et les mains, debout contre le mât. Puis, s'asseyant, ils frappèrent de leurs avirons la mer écumeuse. Et nous approchâmes à la portée de la voix, et la nef rapide, étant proche, fut promptement aperçue par les Seirènes, et elles chantèrent leur chant harmonieux : — Viens, ô illustre Odysseus, grande gloire des Akhaiens. Arrête ta nef, afin d'écouter notre voix. Aucun homme n'a dépassé notre île sur sa nef noire sans écouter notre douce voix ; puis, il s'éloigne, plein de joie, et sachant de nombreuses choses. Approche, ô Odysseus, car tous les savoirs, tous les plaisirs, tous les désirs de ton coeur tendent à notre chant.



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La (re)naissance du S.A.C (Service des activités celtiques)

Les hommes de Carlos Pasqual


a
Ettore Bertaggia, un simple officier de marine...


"Excusez moi signora: connaissez vous la rue des soupirs ?"


La question venait fredonner aux oreilles de la mama coupant ses poivrons à son étal. La vieille femme est toujours là, sur la place San Ciro, à l'ombre de la chapelle du même nom, tous les mardis à la même heure, et elle fait la même chose depuis soixante ans: couper ses poivrons. Elle sourit. Etorre Bertaggia, novice dans cette ville, est sur le point d'apprendre la règle la plus élémentaire de la cité velsnienne: rien n'est gratuit, pas même les informations les plus simples. Le vieux cœur de la cité velsnienne est un dédale de ruelles étriquées qui ne donne rien à voir d'une capitale d'un ensemble territorial se voulant troisième puissance mondiale: marcher trois pas, c'est se perdre deux fois. Tout a une valeur, jusqu'au temps gagner à se retrouver. La vieille femme le fixe, tout en continuant à couper ses poivrons en petits cubes d'une taille parfaitement identique, quand bien même elle n'a pas les yeux dessus.

"Regarde toi mon garçon: tes bottes sont magnifiques, et tu es tiré à quatre épingles comme un gentilhomme: cherche tu un palazzo où frayer avec des gens puissants ? Ou bien...serait-ce un uniforme de la Marineria que tu portes ? Je vous reconnais à tous les coups. Non ?"


Bertaggia se regarde de la tête aux pieds. Il est vrai qu'il n'est point discret: ses bottes sont tellement cirées que l'ont peut y voir son reflet, son surcot bleu est impeccable et fraichement repassé et ses épaulettes brillent au soleil. Ettore est prêt pour une parade, il va sans dire. Les officiers de la Marineria arrivant à la capitale sont toujours les mêmes: des jeunes gens de bonne famille au visage glabre comme lui l'est. Loin des gens de la Garde civique qui eux, sont réputés mal élevés et le plus souvent issus des rangs du peuple. Ettore est quelque peu prit au dépourvu de la tournure de la conversation, et babille fébrilement:

"En effet, signora. Pourriez vous m'indiquer le chemin de la rue des soupirs ? A vrai dire, je suis un peu perdu."


La mama pose enfin son couteau et essuie ses mains sur un torchon qui est assez sale pour rendre le geste inutile, plus proche du réflexe pavlovien que d'un soucis d'hygiène. Son sourire ne la lâche pas.

"Oui je sais où c'est jeune homme, mais est-ce que tu aimes les poivrons ? Ceux là sont très jolis, et viennent tout droit du Chandekolza. Je les fait transiter par la Nouvelle Kintan pour pas cher..."


Encore une fois, la vieille femme détourne la conversation, sans jamais perdre sa bonne humeur. Ettore se fait embarquer comme un bleu.

" Oui oui je suppose. Oui j'aime bien les poivrons, surtout les verts."


" Je n'ai plus de ceux là malheureusement jeune homme, mais si tu prends 200 grammes de ceux que j'ai là, alors je te dirai où est la rue des soupirs."

" 200 grammes ? Mais signora, ce serait suffisant pour assaisonner les repas d'une armée wanmirienne pendant six mois !"


La vieille dame ne répond pas, et semble prête à reprendre son couteau et retourner à ses affaires, un geste qui suffit à faire craquer le marinisti, ainsi qu'on appelle ces officiers un peu naïfs.

"Bien bien, je prends tout !"


" Et bien voilà... Suis le canal San Ciro jusqu'à la jetée de San Stefano, puis suis le grand canal jusqu'à le forum San Stefano. Puis, tu vas deux rues plus loin: il y une petite artère avec des fils à linges qui relient les maisons de partout."

" Merci signora. Vous êtes ridée mais vous êtes forte en affaires. Mettez les mois dans un sac en papier s'il vous plait. Six florius, c'est ça ?"

" C'est justement car je suis ridée que je suis forte en affaires. Bonne journée, marinisti."


Ettore pense très fort: "Note à moi-même: ne plus porter l'uniforme.". L'homme est jeune, mais apprend vite, imprime rapidement les gestes et les reflexes, adopte les coutumes et les usages avec une facilité stupéfiante. Jeune certes, mais dont on loue déjà le sens pratique et l'intelligence malgré sa naïveté de façade. Sinon, pourquoi l'aurait t-on convoqué à Velsna, au siège de la Segreda, le service de renseignements de la Grande République. A deux rues du Palais des Patrices, on pourrait se croire dans l'arrière cour d'une maison malfamée: la façade ne paie pas de mine et ressemble à celle de n'importe quelle demeure bourgeoise, à l’exception faite d'un écriteau avertissant de la présence d'un chien...qui s'avère être un gentil labrador en laisse qui vient tourner autour d'Etorre. Il y a un peu de passage, des jeunes gens comme lui, et des moins jeunes, dont les regards ne se croisent pas. La première impression est légèrement décevante, mais une fois passé la porte, le carrelage et le jolie chandelier pendu au plafond lasse paraître un endroit plus grand et plus beau de l'intérieur qui ne l'est de l'extérieur, comme une toute petite voiture dont on ne soupçonnerait pas la réalité de l'espace à y mettre pour nos jambes. La secrétaire qui garde les lieux fait crisser son stylo sur un carnet, ne levant guère les yeux vers le marinisti, pas même lorsque celui-ci fait exprès de claquer des talons sur le carrelage avec ses bottes lustrées, et racle sa gorge bruyamment, avec son sac de poivrons à la main. Elle est plutôt jolie, peut-être a t-il ses chances... Il s'approche et penche la tête vers son pupitre:

"Signora. "Dispose d'une monture et fort enclin à la cour à ces dames". C'est "Cavalier", en huit lettres."

"En effet."


a

Quelle froideur... pourtant de loin, son visage n'est pas fermé, ses yeux sont brillants et ses gestes ne le laissent pas deviner. "Je suis rouillé...", pense Ettore. Tant pis.

"Excusez moi: j'ai rendez vous avec son excellence Giulano Augustini, premier secrétaire du S.A.C. Vous savez où c'est ?"

"Oui, dernier étage. Essayez de ne pas faire attention au bazar, son "excellence" ne s'est pas encore "approprier les lieux"...Ce sont des poivrons ?"

"Oh. Euh. Oui. Longue histoire. Une histoire de marché, ou plutôt de racket. Vous les voulez ?"

"Posez les sur le bureau, je leur trouverai une utilité."


En posant le sac sur la table, le jeune officier se penche à nouveau au dessus du pupitre. La secrétaire, à nouveau, le regarde toujours aussi froidement:

"Il y a quelque chose ?"

"Carne."

"Pardon ?"

"Femme acariâtre, méchante et laide. En cinq lettre, ici."


Il pointe du doigt une colonne de ses mots croisés.

"Oh. Merci."



Carne ou pas, la secrétaire avait raison: le dernier étage n'est qu'une forêt de cartons sous les combles du toit: froid en hiver, chaud en été. L'ai y est plus humide qu'au rez de chaussée, et cela se voit: le SAC est une "recréation" récente, la plupart des portes des bureaux n'ont même pas de noms pointés sur leurs plaques. "Dans quoi est-ce que je me suis fourré...", pense Ettore. Heureusement pour lui, il y en avait une au bout du couloir avec une plaque gravée: celle qu'il cherchait. La porte est déjà entre-ouverte, et un boucan assourdissant transperce la charnière de la porte pour se loger dans les oreilles de l'officier. Il racle à nouveau sa gorge, et déglutit, avant de frapper. Il a le temps de taper de la main sur ses deux bottes bien cirées, avant qu'une voix ne l'interpelle:

"Entrez !"


Derrière un bureau, un homme debout sur sa chaise en train d'accrocher un tableau, que Bertaggia semble reconnaître:

"Bataille de la Wetter, par Enrico Bernoldi. C'est une très belle toile, excellence Augustini ?"


L'homme sursaute, et se retourne vivement. La première pensée de Bertaggia à son attention: "Mais quel âge a t-il ?". L'officier s'attendait à y rencontrer une personne âgée, comme ile st de coutume dans tous les services qu'il a connu et à tous les postes. Il tombe sur un homme qui ne paraît pas être beaucoup plus vieux que lui. Cela pouvait supposer deux choses: soit ce dernier était remarquablement doué pour qu'on eut laisser atteindre une telle position, soit personne au Gouvernement communal ne misait quoi que ce soit sur son poste, ou bien les deux... Augustini arrange sa crinière brune, en arrière, légèrement ébouriffée par l'apparition soudaine du marinisti. Il était maigre, nerveux et vif, les yeux légèrement enfoncés dans leurs orbites, moins bel homme qu'il ne l'était lui-même, c'est évident:

q

" En effet, c'est cela. Mais où ai-je la tête. Prenez place comito Bertaggia. J'espère que l’accueil au rez de chaussée ne vous a pas trop bousculé. Nous avons une secrétaire...particulière. Elle est gentille, mais le cache bien."


Ettore s’assied, la chaise craque un peu sous son poids pourtant loin de la surcharge.

" Cela m'a sauté aux yeux... "

" Mais bref, comme vous pouvez le constater, notre service est jeune. Cette expérience est avant tout perçue comme un "test" par ma hiérarchie. Mais entre nous, je pense qu'on a essayé de se débarrasser de moi..mais BREF...saviez vous au moins pourquoi nous vous avions fait venir ?"

" En réalité...non, excellence."

"Ah. Où commencer. Eh bien, commençons par vous, comito ! Vous êtes donc intégré dans la Marineria depuis 2014, avec le poste de comito/quartier maître de l'Esquilin depuis mars 2018. Vous avez des états de services corrects sans être flamboyants pour autant: vous avez officié au Chandekolza durant l'opération militaire de 2017. Cela pourrait vous surprendre mais tout cela ne m'intéresse pas trop. En revanche...vous êtes né à Velathri, en Achosie du Nord, ce qui suscite mon attention bien davantage. Et vous avez écrit un certain nombre d'écrits sur je cite "la doctrine de la petite guerre en Achosie du Nord de 1982 à 1997", ainsi que "L'état géopolitique de l'île celtique en 2016", ce dont votre commandement a cru bon de remettre...à nous, le Segreda, et dont nous avons fait fort bon usage. Et en plus de ça, vous parlez syncrétique. C'est parfait."

"C'est un travail de fin d'études un peu brouillon, excellence, si je puis me permettre."

" Ne vous dévalorisez pas, comito, ce n'est pas vous qui prenez la poussière dans ce bureau. C'est un constat: vos travaux ont eu des lecteurs très hauts placés, qui ont su profiter de vos prédictions sur l'évolution de la situation politique de l'île celtique ces dernières années. Dites moi: comment vous ai venu l'idée de préconiser, dans votre deuxième étude, de laisser se faire le rapprochement entre le Kah et Achos ? "

"Cela me semblait simple, excellence. Tant que le gouvernement achosien actuellement en poste est en place, nous n'obtiendrons jamais de relations plus bonnes que celles de l'ordre de la méfiance. Il fallait donc choisir vers qui nous allions laisser l'Achosie tomber dans le sbras: l'OND ou le Kah. Or, l'OND n'a eu de cesse de vouloir fortifier des liens, avec Menkelt, ce qui a déjà été fait, et avec Achos. En laissant Achos se rapprocher du Kah, nous avons ainsi coupé court à cette perspective qui nous aurait cornérisé sur l'île, et paradoxalement, nous avons affermit notre propre position en laissant à la fois le Kaj et l'OND développer leurs réseaux en île celtique. Il est désormais peu probable qu'Achos ne constitue un danger pour l'intégrité territoriale velsnienne compte tenu de ces liens nouveaux. Ils sont coincés, paradoxalement."


Augustini se lève de sa chaise, voyant se dessiner sur son visage l'expression d'une joie qu'il peine à dissimuler.

" Vous voyez, excellence. C'est pour cela que je vous avez été convoqué ici. A vrai dire, je pense que vous pouvez ranger vos bottes, votre uniforme et tout le reste. Devenir le représentant d'un consulat aux îles Marquises cela vous intéresse ? Enfin non, je vous le pose comme si c'était une question, en réalité c'est plutôt...un ordre de votre hiérarchie."

"...Pourquoi donc ?"

" Je pense que vous ne vous vous rendez pas compte du besoin criant de la Segreda d'experts dans le domaine de la géopolitique celtique. Et quel point ce problème revient sur la table depuis quelques années. Achos nous boude encore, l'AIAN s'est réveillée, et maintenant, voilà que des "indépendantistes" marquisois font irruption dans la presse par une petite lucarne. Et je vous le dis: une fous qu'on les laisse entrer par le fenêtre, ils ne repartent pas. C'est une affaire de sécurité de premier ordre pour notre cité: c'est le Maître de la Garde, son excellence sénateur Carlos Pasqual lui-même qui a ordonné la reconstitution de ce bureau, et il vous a choisi vous spécifiquement, afin, d'enquêter sur cette "émergence soudaine" de celtes. Vous aurez carte blanche quant à vos moyens, et vous serez considéré comme relevant d'une mission prioritaire. Alors ?"

" Alors..."

" Mais quel fou je fais, bien sûr que vous acceptez. Nous avons d'ores et déjà prévenu les communes kah tanaises et Marquises, ainsi que le Grand Kah lui-même de la constitution de ce consulat. Si nous les pensons pas spécifiquement hostiles à notre action si découverte, la prudence nous oblige à la discrétion. Montez donc ce consulat, rapprochez vous des pouvoirs locaux, et ensuite...commencez à déployer les agents qu'il faudra pour entrer au contact de ces organisations. Vous partez demain: je vous adjoins quelques agents à cette tâche, ensuite, vous vous débrouillerez."

"..."

" Je crois qu'il est temps de nous dire au revoir, comito...ou devrais-je dire votre excellence consul."


La porte se referme brusquement derrière l'officier. Il reste là, groggy, planté sur le palier. La descente des escaliers est plus longue que la montée. Lorsqu'il rejoint le rez de chaussée, le marinisti constate que la secrétaire n'est plus là. Mais, alors qu'il est sur le point de sortir, une voix féminine se fait entendre derrière lui.

" Monsieur le comito. Pensez vous que les poivrons se conservent bien ? Il ne faudrait pas les oublier aux Marquises..."


Bertaggia se retourne: le jeune femme de tout à l'heure avait changée du tout au tout. Elle rayonnait, les cheveux détachés, et d'un coin des lèvres, laissa s'échapper:

" Nous partons demain, donc ? Félicitations monsieur le Consul. Son excellence Augustini avait probablement hâte de me faire changer d'air à mois également, pour une raison qui m'échappe. Au fait, j'ai trouvé un autre mot: écornifler. Personne subissant une escroquerie. Dix lettres."


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