26/09/2020
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Activités étrangères à Carnavale - Page 14

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Supplique discrète de Soeur Scolastique au nom de l'Eglise Volignoniste concernant le Conclave en cours en Catholagne

Soeur Scolastique remettant le pli à Mlle Castelage

Narration de l'Evénement
Tard dans la nuit, un avion makotan s’est posé sur une piste privée de l’aéroport de Carnavale. En soi, cela n’a rien d’exceptionnel : les Makotans sont nombreux à venir se délasser de temps à autre dans la Cité Noire. Cette fois, toutefois, le passager est inhabituel : il s’agit d’une nonne. Si les nonnes makotanes n’ont vraiment rien de rare, tant elles sont nombreuses, il n’est pourtant pas d’usage de les voir débarquer à Carnavale pour s’y délasser. D’autant moins que celle-là n’est pas comme les autres : il s’agit de la fameuse sœur Scolastique, l’un des clones connus et recensés d’Améthyste Castelage.

Après un passage rapide dans le bureau de Mlle Améthyste Pascale, ambassadrice des nations de Nouvelle Gallouèse, elle aussi clone de la maîtresse de Carnavale, les deux femmes ne tardent pas à se rendre auprès de Mlle Castelage, à qui elles remettent un message. Celui-ci émane du Concile de l’Église volignoniste en Makota, du Concile de l’Église volignoniste en Barbery et de l’embryon du Concile de l’Église volignoniste en Dakora. En substance, les trois conciles font part des rumeurs qu’ils ont entendues, selon lesquelles des menées anti-volignonistes se développaient chez les Catholans, et demandent aux autorités carnavalaises de faire le nécessaire pour endiguer ce danger, au nom de la paix. Afin de faciliter les relations entre les conciles et Mlle Castelage, sœur Scolastique, son clone, est mise temporairement à sa disposition : elle peut, au besoin, recevoir et transmettre des réponses orales.

Effet concret en terme de jeu
Je me figure mal ce qui transpire concrètement du conclave actuellement en préparation à Sancta ; il n’est toutefois pas douteux que les Volignonistes aient leurs agents dans la place (et inversement que l'on trouve des catholagnais dans les institutions volignonistes) et que des rapports succincts ou fragmentaires leur soient parvenus sur ce qui s’y passe et ce qui s’y dit. Je pense que l’identité du cardinal de Velsna n’est sans doute pas connue, et peut-être pas même sa nationalité, et que seul le spectre incertain d’une manœuvre hostile contre Volignon est parvenu aux oreilles des princes de cette Église. Cela n’empêche pourtant pas les épiscopes néogallésants (c’est-à-dire les « makotanodakoranobarbériens »…) de demander le soutien de Carnavale dans cette affaire, au cas où les choses prendraient une tournure fâcheuse.
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Une proposition d'association pour le moins inattendue : On soutient discrètement votre cardinal travesti et vous, vous nous préservez des fâcheux qui menacent d'être élus, mais tout ça reste entre nous.


Soeur Scolastique et Améthyste Castellage
La Soeur Scolastique, clone Améthyste, s'entretient discrètement et verbalement avec la maitresse de Carnavale.

Narration de l'Evénement

Une nouvelle audience, une nouvelle surprise. À ce niveau, on peut parler de volte-face surprenante, pour ne pas dire de real politic désarmante. Sœur Scolastique, ayant reçu des instructions purement orales, les transmet à voix basse à l'oreille de Mlle Améthyste Castellage. Il faut dire que la religieuse a bien du mal à trouver ses mots, tant ils semblent lui brûler la langue. Elle informe d’une voix incertaine et gênée que le Makota, le Dakora et Barbery — en un mot le monde volignoniste — étaient prêts à soutenir secrètement la candidature du cardinal travesti de Carnavale en échange de son aide active pour écarter de la tête de l’Église catholane les candidats dangereux et hostiles à Volignon que sont Désiré pour l’ECU et Stefano pour la Décapole. Naturellement, cet accord ne sera jamais autre chose qu’un accord verbal.
Effet en terme de jeu

Un peu prématuré pour connaitre les effets, en tout cas rien d'immédiat.
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Sœur Scolastique obéit à sa hiérarchie et pactise avec le diable : De la nécessité de soutenir le travesti ou pourquoi l'accélérationisme ecclésiologique est indispensable dans la situation actuelle.


Soeur Scolastique, pensive pour ne pas dire mentalement épuisée, observe Carnavale tout en faisant ce que l'on attend d'elle.
Soeur Scolastique, pensive pour ne pas dire mentalement épuisée, observe Carnavale tout en faisant ce que l'on attend d'elle.

Narration de l'Evénement

Tandis qu’elle écoutait bien malgré elle les deux dégénérés qu’elle méprisait et détestait profondément, sœur Scolastique se sentit attaquée par les assauts furieux et vicieux de démons qu’elle connaissait bien : c’étaient ceux de la tristesse et de la mélancolie. Fille adoptive d’une famille de ranchers très aimants, elle regrettait sa vie d’avant, sa vie de petite novice puis de maîtresse d’école au fin fond de la prairie makotane, une institutrice aux bonnes mœurs (car, en dépit de ce que l’on peut en dire, les mœurs des nonnes makotanes sont bonnes pour l’essentiel), pétrie d’érudition classique, volontiers herborisante et passionnée de sciences naturelles au point d’avoir un petit laboratoire dans une arrière-salle de son école. Elle avait, certes, des ennuis avec la hiérarchie car elle était trop savante pour une femme et fréquentait trop de savants, mais c’était là des difficultés qu’elle pouvait gérer, et, au fond, si elle se contentait de s’occuper de sa petite école, le diocèse aurait bien fini par la laisser tranquille.

Mais ça, c’était sa vie d’avant. D’avant de savoir qu’elle n’était pas la fille de ses parents mais le résultat d’une sordide initiative scientifique contre nature : elle était le clone de la maîtresse de Carnavale, et par là même était-elle aussi, en un sens, la fille du principal banquier de Carnavale. Et elle haïssait cette ascendance, car outre qu’elle l’empêchait d’être vraiment l’enfant de ses parents qu’elle aimait tant, elle se trouvait projetée dans un monde qu’elle vomissait. Sa famille adoptive, les Soubins, était une famille de petits ranchers, ne disposant que de peu de terres et ne commandant qu’à peu de vachers, rien à voir donc avec des géants comme les Irreville (la famille des présidents) ou les Olaf (dont la fille est, pour rappel, en amour unilatéral avec Saint-Lorenzo).

Les Soubins, donc, n’avaient rien de commun avec les grandes familles du Makota ; Carnavale n’excitait en eux aucune attirance, au contraire, et Clotilde (c’était son prénom au monde, celui que lui avaient donné ses parents au baptême) communiait elle aussi dans ce dégoût. Mais le pire, c’est qu’elle ne pouvait plus être libérée de Carnavale à présent car elle était devenue ce qu’elle n’avait jamais cessé d’être bien que l’ignorant : le clone de Mlle Castellage. Les gens naturels, les vrais gens, ne peuvent pas s’imaginer la peine qu’un clone peut ressentir quand il apprend incidemment qu’il n’est personne, au mieux un projet, mais plus probablement une copie. Et sœur Scolastique reprochait à Améthyste d’être l’originale dont elle est la copie et ce reproche retombait sur Carnavale.

À cela on pouvait ajouter la partie la plus naturelle et basse, charnelle, qui reprochait à Améthyste d’être à la tête d’un État et épanouie à tout point de vue là où elle, il lui paraissait tourner en rond dans sa petite école, et certains soirs, elle se trouvait bien seule… On aurait pu croire que son nouveau rang de clone officielle de la maîtresse de Carnavale aurait amélioré sa condition, mais en réalité ce n’était pas le cas. Elle avait obtenu du matériel de la Dalyoha en se faisant connaître comme issue de leurs laboratoires et ce matériel avait décuplé l’efficacité de son petit labo de campagne. Mais à quel prix ? Elle était devenue la bonne de la Présidence du Makota et du Concile des Évêques volignonistes qui trouvait qu’il n’y avait rien de mieux pour s’attirer les faveurs d’Améthyste que de la mettre en présence de ses clones. Pourquoi ne pas demander à la fille Pascale de se charger de cette tâche plutôt que de la sortir, elle, de sa petite école ? Sœur Scolastique s’en moquait de Carnavale, du Makota, de Catholagne ou de ce maudit Conclave ; elle ne s’intéressait qu’à sa petite école et à ses enfants, les enfants du coin, ceux de la prairie. Mais elle devait obéir à ses hiérarques, et la voilà donc à parlementer avec des dégénérés en tout point dissemblables au monde auquel elle s’était offerte corps et âme.

C’est donc en montrant une forte lassitude (en vérité elle n’est pas loin d’avoir les larmes aux yeux) qu’elle répond à ses interlocuteurs sans jamais daigner se tourner vers eux, leur préférant le spectacle sordide de Carnavale dans la nuit :

— Messieurs, ne passons pas par quatre chemins, nous, je veux dire les makotans, dakorans et barberiens, les néogallésants quoi, ne sommes pas en communion avec Catholagne qui est une fausse église et que Dieu déteste, c’est pour ça que nous ne voulons pas que Désiré soit élu car il empêcherait à court terme la faillite de ce bateau ivre. Comprenez moi bien, je ne vous aime pas, vous êtes vulgaires, impurs, débauchés, intempérants, en un mot vous êtes détestables. Vous aussi, à n’en point douter, Dieu vous déteste. Si j'ai offert ma vie à Dieu, ce n'est pas pour me perdre dans les sordides intrigues de l'Ancien Monde que Dieu a déserté.

Dieu est dans la prairie, et pas n’importe laquelle, la prairie makotane. Au milieu des vaches, dans la verdure, là où les enfants jouent, où les mères de famille s’occupent de leur maison et les pères ramènent à manger à leur foyer. C’est là où est ma place, à côté des prêtres qui sacrifient, pour prier Dieu et servir les plus faibles. Si je suis ici c'est malgré moi, parce que je suis un clone de votre maîtresse, et que l’on pense que je suis la plus à même de servir d’intermédiaire, c’est extrêmement blessant et vexant, en plus d’être totalement idiot, mais c’est comme ça. Donc, votre travesti, il faut qu’il soit élu pape de Catholagne, ça sert nos intérêts, c’est sordide mais c’est comme ça. Nous avons plein d’agents dans la place, en vérité Catholagne est infestée d’agents volignonais, nous pouvons donc vous aider. Et vous, vous pouvez nous aider à éliminer Désiré, qui est bien meilleur que vous tous additionnés, bande de minables, et c'est pour ça qu'il doit mourir, c'est effarant mais c’est comme ça. Alors, messieurs, c’est simple : êtes-vous disposés à nous aider pour éliminer Désiré ? Et nous, nos agents, peuvent-ils aider à l'élection de votre cardinal travesti ? J’oubliais, nos agents protègent déjà votre homme, on ne sait jamais, on ne voudrait pas qu'il lui arrive du mal.

Effet en terme de jeu

Néant, poursuite des tractations secrètes avec Carnavale.
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Sœur Scolastique se ressaisit : Parlons peu, parlons bien.


Soeur Scolastique affiche une fatigue clairement perceptible mélée de lassitude.
Soeur Scolastique affiche une fatigue clairement perceptible mélée de lassitude.

Narration de l'Evénement

La nonne montre les signes d’une fatigue physique et nerveuse assez marquée et, le temps d’un instant, elle manque de défaillir. Mais elle se ressaisit et retrouve une certaine rectitude de pose quelque peu affectée. Puis elle reprend la parole :

— Veuillez m’excuser, messieurs, ma parole a dérapé, et je suis tombé dans une forme inacceptable d'intempérance et d'hystérie ... je suis très fatiguée, une carence en fer, sans doute… Je tombe d’accord sur tout ce que vous voulez et je retire tous les propos que j’ai dits concernant la Principauté de Carnavale qui est un lieu très beau où il y fait bon vivre… Par pitié, dites-nous donc ce que vous attendez de nous en échange de votre aide pour éliminer Désiré. Je vous en supplie, qu’on en finisse.

Effet en terme de jeu

Néant, poursuite des tractations secrètes avec Carnavale.
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Sœur Scolastique peine à contenir sa joie : Ecarter un péril pour l'église en échange de sauver des âmes de pauvres gens sous l'emprise du luciférianisme, comment une religieuse de l'Eglise de Volignon pourrait ne pas y consentir ?


Soeur Scolastique  rayonne d'un coup à l'annonce de cette demande d'installation d'une mission en Minuit.
Sœur Scolastique rayonne subitement à l'annonce de cette offre d'une mission en Minuit et se tourne pour la première fois vers ses interlocuteurs.

Narration de l'Evénement

Sous le coup de cette exigence surprenante, la clone d’Améthyste demeure un instant incrédule et confuse puis, se ressaisissant, elle se retourne (pour la première fois depuis le début de cet entretien) en direction de ses interlocuteurs, leur révélant un visage absolument identique à celui de la maitresse de Carnavale, et elle leur parle avec une sympathie soudaine et en leur affichant un sourire aussi ravissant qu'inattendu :

— Messieurs, ai-je bien entendu ? Une mission pour sauver les âmes des griffes des démons, c'est tous ce que vous nous demandez en échange de votre aide pour nous débarrasser de Désiré, qui est l’ennemi de Dieu et de son Église ? Cela ne pose aucun problème. Nous pouvons vous envoyer des sœurs dès la semaine prochaine. Ça nous ferait même très plaisir. Naturellement, elles prêcheraient la foi de Volignon et non celle de Catholagne. Et les autorités locales, sous les ordres de ce potentat que nous ne connaissons pas, nous laisseront-elles agir ? Je veux dire, nous sommes censés être chez lui même si c’est sur vos réfugiés que nous remplirons notre mission. Cette proposition nous intéresse beaucoup, en tout cas.

Effet en terme de jeu

Néant, poursuite des tractations secrètes avec Carnavale.
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La Tragédie Carnavalaise.
Arbitrage de ce post

https://i.postimg.cc/nz7mWvGK/tragedie.png
Les carnavalais et les habitants de la capitale, n'ont pas été réceptifs aux communications de propagande sylvoises, dans un contexte de guerre et de difficulté d'accès à l'information.


Action de propagande idéologique

Arbitrage a écrit :Résultat du jet de dés = 11/100.

Réussite majeure :
  • Les communications catalysent avec force les constats défaitistes des administrés, qui perdent en confiance envers le gouvernement et l'État-Major alors perçu comme impuissant. Cela impacte fortement le moral, avec une partie de la population persuadée que la victoire est maintenant impossible. Cela se traduit par une perte de morale substantielle à la discrétion de l'arbitre.


Réussite mineure :
  • Les médias trouvent un certain écho, permettant de mettre sur la table des discussions publiques l'incompétence apparente sur le plan militaire et géostratégique des élites carnavalaises. La pertinence du maintien de la guerre est discuté en interne dans la société civile, se traduisant par un impact modéré au moral.


Echec mineur :
  • Que ce soit par difficulté de propagation, efficacité de la communication carnavalaise, coping ou fermeture aux échanges extérieurs, les médias sylvois n'ont aucun impact notable.



Echec majeur :
  • La presse sylvoise frappe à côté de la plaque et a mauvaise presse, réduisant l'efficacité des opérations de propagande à venir du Duché.
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Grosses fuites à Grand Hôpital.
Arbitrage de ce post

https://i.postimg.cc/brg96xzw/500dbd59-666f-45a2-aba9-b376b96e2b08.png
Le réseau de contrebande installé à Grand Hopital a facilité la récupération d'informations sensibles autour d'agents biologiques carnavalais.



Récolte d'informations sensibles

Arbitrage a écrit :Résultat du jet de dés = 87/100.

Réussite majeure :
  • Un réseau étendu de contrebande secret se met en place et permet à Sylva l'accès à des dossiers complets sur les recherches scientifiques de Carnavale, sur le plan médical, biologique, bactériologique et chimique. Ces éléments pourront être réutilisés pour substantiellement minorer les réussites d'op carnavalaises se basant sur des armes chimiques ou bactériologiques à l'avenir. Modérateur : Réussite majeure = OK pour double avantage, réseau de contrebande + exploitation des informations au profit de la gestion des agents biologiques carnavalais. L'attaque biologique carnavalaise et ses conséquences seront minorées à date d'opération. Pertes annoncées de 2017 à 2019 en lien avec l'agent biologique à réestimer. Restitution partielle des pertes correspondant à la période 2019.


Réussite mineure :
  • Les éléments obtenus sont moins étendus et plus superficiels, donnant quelques pistes d'analyse pour ronger l'avance carnavalaise dans le domaine sans complètement la rattraper, se traduisant par des chances de réussite minorées à un moindre degré.


Echec mineur :
  • Malgré la perméabilité de la communauté scientifique carnavalaise, les rapprochements n'aboutissent pas jusqu'à établir un réseau de contrebande secret de brevets.


Echec majeur :
  • Les tentatives d'infiltration sont repérées et les éléments carnavalais les plus sensibles sont identifiés et purgés. L'Académie ressert sa surveillance et réduit les chances de réussite d'une prochaine opération dans ce domaine.
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PROMÉTHÉISME : LA NOUVELLE MODE SE CHERCHE UN « TERRAIN D'EXPÉRIMENTATION POSITIF »

Publié le 23.07.2020 à 13h30 par Antigone

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« NOUS VALONS MIEUX QUE NOS ERREURS PASSÉES », SELON YANIS WARUMKAHN


« Le parti qui monte malgré le silence des médias » : Yanis Warumkahn célèbre le meeting du mouvement prométhéiste, l'un de ceux qui émaillent la campagne pour les élections azuréennes de 2020. Ce diplômé de mathématiques spécialisé dans les problèmes les plus étonnants de la discipline, médaillé et auteur de huit ouvrages à la tonalité prophétique, est l'un des premiers visages du courant « progressiste », « matérialiste » et « technophile » inspiré du mythe hellénique de Prométhée, le Titan qui avait dérobé aux dieux le feu pour le donner aux humains — flamme de la domestication des ressources, de l'énergie, et de l'intelligence humaine, dédiée au progrès technologique, horizon utopique, philosophique et religieux, du mouvement. « Le prométhéisme est un mouvement amoral », explique pédagogiquement Yanis Warumkahn à un public de sympathisants conquis : « on ne se demande pas si c'est bien ou si c'est mal, seulement si ça marche » : « ce qui marche, c'est ce qui est bien. » Une nouvelle morale plutôt que l'abolition de la morale mais ne jouons pas sur les mots : avec sa phraséologie teintée des notions de progrès et d'abolition des limites, le courant, qui se diffuse à l'international, fait une entrée timide mais notable dans le champ politique azuréen. Un mouvement qui martèle son principe fondamental : « le développement de la technologie » et « la transformation du monde », « au service de l'Humanité. » Yanis Warumkahn présente une éthique inédite et qui se veut portée au niveau des enjeux du vingt-et-unième siècle.


L'idéologie du futur ?

Ce n'est pas un hasard si l'auditoire est composé à majorité d'hommes autour de la trentaine, issus des monde de la tech, des cryptomonnaies et de l'orthodontie. Tous disent partager un « goût pour la science », si l'on en croit un sondage mené dans la salle par Elsa Betsabeth, chargée d'innovation dans la microstructure fondée par le Professeur Warumkahn, bien que peu d'entre eux sachent expliquer la structure d'un article scientifique. « Vous êtes 77 % à aimer l'humour noir », présente-t-elle en direct, « 84 % à vous déclarer athées », « et 9 % à vouloir créer une famille un jour » : des chiffres qui parlent d'eux-mêmes ? Pour l'instant, les études sociologiques manquent sur le profil des Prométhéistes, leurs profils et leurs désirs dans la vie, car l'Azur pratique une législation drastique en matière de sondages d'opinions, pour « lutter contre les stéréotypes. » Parmi les sciences promues par le mouvement, ce sont d'ailleurs essentiellement celles de l'ingénieurie qui semblent partagées ; le doux bruit de touches de laptops frétillées pour la saisie de notes parsème le fond sonore de la salle quand l'orateur se tait. La plupart des assistants semblent d'ailleurs appartenir à de grandes entreprises du numérique : au vingt-et-unième siècle, les machines robotisées et leur cerveau de données auront remplacé ouvriers, contremaîtres et syndicalistes en veston bleu. C'est ça ou bien ne pas prendre le train du progrès en marche, fera remarquer un matérialiste conséquent.

Axel, vingt-huit ans, sort de l'événement avec un sourire radieux. « Pour moi, c'est ça l'avenir », déclare-t-il, une flamme animée sur son joli visage. « Le prométhéisme, c'est le futur », prédit-il : « les autres idéologies vont être balayées ! » Cet ingénieur en architecture de bases de données démontre « la force adaptative » de ce courant, que Yanis Warumkahn inscrit dans une filiation historique : « le futurisme du vingtième siècle », « le positivisme du dix-neuvième », et même « l'esprit des Lumières » — « TAISEZ-VOUS !! » hurle Alain Finkielkraut — seraient les antécédents philosophiques d'un courant de pensée qui se réactualise sur le moment. « Le prométhéisme, c'est l'idéologie post-limites », résume-t-il, assurant que « le programme, c'est d'abolir les limites physiques de l'Univers » et « les limites physiologiques de l'être humain. » Un programme qui séduit largement ; à Carnavale, où cette idéologie est plus ou moins en vogue, l'adhésion aux empires scientifiques et industriels relève de l'attachement mystique depuis des décennies. Dans d'autres pays, comme dans celui du « technopape », c'est aussi l'attrait pour les potentialités qu'ouvrent des technologies mystérieuses qui fait du prométhéisme un mouvement qui fait son petit bonhomme de chemin dans l'opinion publique mondiale. Yanis Warumkahn le promet : « demain, vous n'aurez pas d'autre choix » que d'adhérer aux principes et à la foi technophile, « car elle aura déjà enveloppé toutes vos conditions d'existence », en rendant tout conservatisme « futile » et « obsolète. » Warumkahn vise explicitement l'obsolescence mentale de ses adversaires pour un jour « prendre le pays » et « lui offrir son droit à l'infini. »


Comment passer à la pratique ?

Le prométhéisme azuréen est pour l'instant balbutiant, ce que reconnaissent les organisateurs : « nous avons un siècle de retard », admet en privé Elsa Betsabeth : « dans d'autres pays, ça fait des décennies que le progrès technologique a renversé la table » et « mis la population devant le fait accompli : embrasser Prométhée ou embrasser la misère. » Une déclaration gênante qu'elle réfute, rassurante : « l'idée n'est pas d'imposer le programme par la force », estime-t-elle, se décrivant elle-même comme une « libérale » et une « partisane de l'intelligence collective » ; « le prométhéisme n'est pas un autoritarisme » et sa déclinaison azuréenne se veut sans doute plus intégrée aux conditions sociales des êtres humains qu'ailleurs. « Mais la vérité, c'est que face aux transformations technologiques, les gens viendront à nous », « de toutes façons » : l'émergence du prométhéisme est-elle donc inéluctable ? En verra-t-on bientôt l'application pratique ?

Car « c'est ça qui pêche », regrette Marwan, conducteur de métro agacé par la présentation. « Ce sont des mots, avec des mots on peut tout dire, on peut faire des châteaux en papier et un univers Potemkine », critique quant à lui Israfil, sympathisant du Parti des Travailleurs Azuréens passionné par le « développement des forces productives », et qui se décrit comme un « matérialiste orthodoxe » ; « je suis venu pour comprendre comment ça marche concrètement », rapporte-t-il à la sortie de la fête. Pour lui, « c'est encore trop théorique » : « désolé, je suis technicien hydraulique, pas maître de conférences en philosophie », justifie-t-il face à son incompréhension de la présentation du Professeur Warumkahn. « En théorie c'est intéressant », admet également un journaliste plutôt proche du régime, confrère duquel nous conserverons l'anonymat, mais qui pointe des « angles morts » et des « points à clarifier » dans l'architecture théorique des prométhéistes. « Je suis peut-être pas agronome mais peut-être journaliste scientifique », malicieusement précise-t-il, « les détails, ça m'intéresse. » Détails qui appellent une foultitude de passionnantes questions : comment généraliser la modification génomique à l'ensemble d'un organisme ? Comment assurer la multiplication à grande échelle de quelques expériences menées en laboratoire ? Comment surmonter les contraintes climatiques du désert, par exemple, ou les contraintes géologiques du sous-sol ? Comment surveiller et mesurer les évolutions techniques récentes et leurs interactions dans le monde physique ou animal dans un pas de temps aussi court ? Comment gérer la manifestation des « cygnes noirs » et des processus biochimiques de créations mal maîtrisées ? Comment passer de la fiction à la science ? C'est-à-dire, comment passer à la pratique ?


Tester, itérer, dupliquer

Yanis Warumkahn n'élude pas les questions concrètes, car il n'est pas seulement philosophe et mathématicien, mais aussi chef d'un projet de transformation sociale, qu'il rattache à la grande famille de l'économie sociale et solidaire. « C'est l'économie de la connaissance qu'on va mettre en place », explique-t-il, en référence à l'un de ses derniers bouquins. « L'Humanité Prométhéenne, c'est avant tout un réseau de technochercheurs et d'inventophiles », qui « partagent » et qui « progressent ensemble » ; la science précède donc bien l'ingénieurie. « Bien sûr qu'il faut abolir quelques limites morales pour faire progresser la science », admet-t-il, refusant cependant dans se situer dans un « cynisme existentiel » qui ne l'intéresse pas. « Je suis amoral, je m'en fous », répond-il au sujet des dégénérescences de certains microcourants prométhéens en sectes lucifériennes attachées à « effacer l'humain actuel pour créer l'Homme Nouveau », idée nazie pensée la main dans le froc. « Elles sont là mes mains », s'amuse-t-il en tournant ses paumes vers l'auditoire. « Par exemple, en médecine on a besoin de cobayes », admet-il, mais ce n'est cruel que parce le sujet de l'expérience porte sur un organisme vivant, considère-t-il. « Une expérience n'est pas faite pour être cruelle », mais « pour apprendre. » C'est ainsi que ce prométhéiste convaincu prône « l'apprentissage de nos erreurs » et de ne pas « répéter stupidement » ce qui n'a pas fonctionné. « Quand ça coince, ça coince » ; « c'est pas en forçant qu'on va la faire passer. » Sensuel comme un Azuréen, le médaillé Hasbara 2018 rappelle que « l'objectif du prométhéisme, c'est le bien-être de l'Humanité », pas la reconduction du sadisme par d'autres moyens. « En tous cas pour moi, l'immoralisme c'est comme le moralisme, c'est pipi contre caca. » Il préfère prendre de la hauteur.

En cela, les Prométhéistes peuvent réellement être vus comme des « progressistes », admet à contrecoeur l'ultramarxiste matérialiste croisé plus tôt sur le parking de la boîte, parce que leur idéologie s'inscrit dans une « véritable dialectique », ce qui en fait sa force. « C'est le principe de l'expérience scientifique introduit dans la théorie politique », s'explique Yanis Warumkhan : « et si on faisait ça ? et si on testait ça ? », des questions permanentes que le mouvement veut inscrire dans l'ADN de la société. « Poser les questions, tester des réponses, sélectionner celles qui marchent », voilà le programme. « C'est le seul moyen d'améliorer le monde », conclue, philanthrope, le leader : pour lui, pas de salut en-dehors d'une constante recherche de moyens techniques, éludant un peu trop vite toutes les considérations sociales qui déterminent réellement et la production de la connaissance, et le bien-être de l'Humanité fixé comme horizon.

« Nous sommes incontournables parce que nous alimentons une dialectique réelle, pas une posture. » Quitte à la caricature ? Là où de précédents collectivismes se sont émolliés dans la reconduction de grandes structures d'accumulation, ou des révolutionnarismes se sont fatigués dans un parlementarisme plan-plan, les prométhéistes ont pour eux de tenir en permanence la dragée haute au débat. « On parle enfin de choses sérieuses », reconnaît notre confrère : « c'est-à-dire de choses matérielles et de leurs interactions. » Fini les sottises théorico-politiques. Le prométhéisme s'invite dans le débat azuréen en héritant d'un passé récent structuré par de grandes questions industrielles et économiques : le Plan Gazier de 2015, notamment, et qui avait mobilisé la population et les médias d'une manière inédite depuis la fin de la République. Récemment, l'interdiction de l'intelligence artificielle par fatwâ califale aura remis du sel dans le feu du débat entre deux visions de l'avenir, de la société et même de l'univers. On ne perd donc rien au change. Reste à savoir comment les expériences prométhéennes peuvent réellement impacter notre existence.


L'expérience cramoisienne, un « enseignement »

Que ce soit par électoralisme auprès des Azuréens ou par conviction réelle, Yanis Warumkahn assure que son objectif n'est pas de « recréer la CRAMOISIE©. » Le projet des Maisons Nobles carnavalaises en Afarée, qui avait mené un génocide, un écocide et une colonisation belligène, n'est apprécié en tant que tel que par d'étranges personnages au destin tragique. « Je ne suis pas là pour jeter un regard moral », on n'est pas là pour juger chez les prométhéistes : « ce que je constate, c'est qu'il y a eu de belles réussites mais aussi des échecs à ne pas reproduire. » Il cite par exemple « la destruction contre-productive du paysage », qui a endommagé la santé des habitants y compris des colons, et retardé le déploiement des colonies, mais aussi le « comportement » des autorités coloniales, qui a pu être interprété comme une « main dans le froc » pour le coup. « Aujourd'hui le territoire est essentiellement impraticable, habité par des rebelles qui nous détestent, et menacé par des conflits hybrides » qui « ralentissent les travaux des chercheurs » et « affaiblissent les résultats. » Sa critique n'est cependant pas normative. « J'adhère au projet », défend Warumkahn, « mais il faut se concentrer sur ce qui fonctionne. » Ce qui fonctionne, selon lui, ce sont de grandes inventions et un esprit pionnier. Ce qui ne fonctionne pas, c'est de braquer et de persévérer avec trop d'enthousiasme dans des projets qui ne sont destinés qu'à nuire. « Répandre des plantes vénéneuses pour les non-vaccinés, on n'en a pas besoin par exemple », ça ne rentre pas dans l'idéologie prométhéenne.

Warumkahn profite d'avoir le micro pour se dédouaner des accusations de collusions avec la colonisation et les crimes des Dalyoha. « La Kabalie rouge n'est pas un bon terrain d'expérimentations prométhéennes. L'esprit local est encore trop animé de rancunes et de revanches pour qu'une ingénieurie prométhéenne s'y développe sereinement. Il y a trop de gens là-bas qui font du progrès technique une arme pour blesser, occuper et maltraiter : ça ne peut que mal finir. Ce n'est pas mon objectif. Mon objectif, c'est que les choses finissent bien. Voyons le bon côté des choses. Nous avons lancé des avancées considérables pour rendre fertiles et viables les endroits les plus désolés de l'univers. Pourquoi ne pas porter l'expérience sur un terrain plus large et plus enthousiasmant que sur celui d'une guerre civilisationnelle entre le colon et le colonisé ? On peut mieux faire. On peut expérimenter beaucoup plus grand et beaucoup plus ambitieux que ça. Il faut un terrain positif » Un plaidoyer vibrant qui ne rencontre un accueil positif que dans cette salle. A l'extérieur, les observateurs sont sceptiques, notamment une source proche du régime, qui tient le mouvement prométhéen à l'oeil. « La filiation génocidaire est évidente », nous rapporte-t-on, l'un des pères spirituels du prométhéisme n'étant autre que l'Archevêque Petipont, un défroqué du catholancisme carnavalais exterminateur, et un prestidigitateur notoire ayant couvert divers méfaits commis sous son règne. Il faut aussi compter avec le racisme d'un régime enseveli sous ses T.O.K.E.N.s, des Kabaliens brainwashés pour convaincre les autres de se soumettre aux propriétaires coloniaux, et qui n'ont de souvenir de leur culture que de pittoresques caricatures contribuant à leur infériorisation. « Je ne pense pas qu'ils feront d'efforts », se désespère Elsa Betsabeth, qui craint que l'opinion azuréenne, par amalgame avec la Cramoisie, ne rejette son parti et ses idées lumineuses.

Ce « terrain positif », où le trouver ? Si certains évoquent sans arrêt la planète Mars depuis que Petipont l'a désignée comme prochain objectif de l'Humanité, d'autres sont plus divisés sur la question. Une majorité considère que la Kabalie rouge ferait toujours un bon terrain, une fois que les Kabaliens auront véritablement réalisé leur autodétermination et la décolonisation du pays, mais ce n'est pas sûr que dans cette hypothèse, ils adhèrent encore aux projets de leurs exterminateurs et à ses méthodes : certains prométhéistes défendent ainsi toujours une complète extermination des autochtones, ou a minima leur expulsion, « qu'on soit tranquilles. » La question réside dans le bien-fondé du prométhéisme dans un pays qui a été éradiqué justement pour mener de pareilles expériences. Une alternative plus prometteuse réside dans l'ouverture de nouveaux pays aux expériences prométhéennes les plus novatrices et les plus avancées. L'immense territoire kah-tanais, riche de potentialités, ou encore la ville martyre de Carnavale, dont les prométhéistes ne renonceraient sans doute pas à la rémission, pourraient être des emplacements adéquats pour des victoires technologiques durables du mouvement prométhéiste, avec la fin effective de la pauvreté et l'invention d'une société utopique dotée des moyens technologiques les plus incroyables. Une façon de donner l'exemple et d'inciter à la réplication de ces expériences, si celles-ci sont couronnées de succès. De nombreux pays pourraient aussi se porter volontaires pour subir les expériences qu'on souhaite tous voir advenir afin de réparer les maux de l'Humanité : chagrin, maladie, mort, car le réseau prométhéiste à visée universelle est capable de séduire au-delà de ses frontières. « Il faut s'appliquer à soi-même ce qu'on recommande pour les autres » : c'est bien comme ça, après tout, qu'on vend les médicaments.



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La Capitainerie a de beaux restes !

La guerre nous aura pris les Colchiques mais elle nous aura laissé la Capitainerie. Entre le joli quartier et sa place aux Dix-Mille Mines Antipersonnels, et les décombres à demi-engloutis d'une zone portuaire du début du siècle dernier, y avait pourtant pas photo sur le potentiel, à tel point que les autorités municipales avaient déjà rayé, dans la mandature précédente, ce quartier mal famé du port de la carte de la ville. Investi par des miséreux et des pêcheurs illégaux à la palourde, la Capitainerie pourra-t-elle reconquérir le coeur des Carnavalais ? C'est en tous cas le pari qu'a fait Julonin Venbranle, candidat à la mairie, en lançant le premier navire carnavalais entièrement dédié à... la visite des fonds marins. « Bravo Julo' ! » s'extasient des camarades, ouvriers et trafiquants de bêtises de ce quartier mal réputé aux yeux de Commissariat Central, connu pour ses faits de contrebande et ses phares écroulés au-dessus d'entrepôts lugubres. « Lâchez-tout ! » A l'occasion du baptême du navire, auquel nous avons pu assister, le champagne a été explosé sur une coque en onyx allié au duralumin, un matériau léger et résistant adapté à la course sous-marine. Côté propulsion, bien que les types patibulaires qui surveillaient ces mois derniers le chantier à cause d'incursions de petits curieux nous en défendent l'accès, un technicien plein de pustules a pu nous renseigner ; « moteur à sels froids intégral », une astuce pertinente pour garantir la parfaite autonomie du navire sous l'eau. Quant à la vie à bord, elle est assurée par l'une des plus étonnantes trouvailles dans les eaux de Carnavale ces dernières années : un purificateur d'authentique sirenière, signée par Edouarnaud Folbouteille, concepteur génial de la fin du grand siècle... Et dont on ne croyait exister plus aucune des créations à mi-chemin entre l'art et la science. Grâce à ce purificateur, le sous-marin pourrait avoir une autonomie en oxygène virtuellement illimitée, au point de garantir une qualité d'air digne des plus hautes altitudes... Une condition essentielle pour le maintien des qualités organoleptiques de la chair de sirènes, un mets prisé dans la haute société princière, et dont Julonin Venbranle assure avoir redécouvert le filon.


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Avez-vous déjà goûté à la chair de sirènes ?

« Excellent en sushis », selon un diplomate oriental, ce produit fait partie des grands classiques de la cuisine carnavalaise des Flamboyantes, à l'époque où tout allait bien. « Des filets délicats étaient ramenés fraîchement depuis les Marquises », se rappelle une baronne en comptant sur ses doigts mécaniques les jours qui la séparent de sa fringante jeunesse. « Une seule bouchée contribuait à vous plonger dans un état... hum... difficile à décrire... » Son visage se pâme. « Si vous pensez en avoir déjà goûté, on vous a arnaqué », prévient cependant Cyril d'Olive, chef quatre étoiles, qui rappelle que « c'est une chair extrêmement délicate » qu'on « ne doit pas préparer n'importe comment », car c'est aussi une chair très dangereuse à consommer si elle n'est pas entièrement préparée par des professionnels.

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Le Poisson-Chat, l'art de vivre sous la mer ?

Nous avons pu nous risquer dans les coursives du navire juste avant son plongeon, à la sortie de la cale sèche, dans l'un des hangars déserts de la Capitainerie. « Le navire est tout-équipé », montre Marie-Amande Glumelle, architecte et décoratrice ayant rejoint le projet pour les intérieurs. Electricité, gaz, eau courante chaude et froide... Grâce à ses hélices natatoires, le sous-marin peut assurer un bain par jour aux occupants, dans une salle d'eau art déco charmante. Lits, parquets en palissandre du Mirobansar, et un salon aux baies vitrées donnant sur les énigmatiques profondeurs se sont laissés à peine apprécier du regard. « Il peut y avoir une douzaine de passagers », plus quinze hommes de bord, qui logent dans des couchettes mignonnes et confortables à l'arrière du navire. Le yacht personnel de Julonin Venbranle est cependant, en plus des espaces de détente, doté d'une soute étanche comportant un liquide amniotique et deux grands harpons en acier, actionnables par un poste de chasse situé juste sous le nez du sous-marin. « C'est là qu'on peut s'asseoir pour les pister » et les attraper, semble-t-il, bien que nombreux soient les sceptiques quant à la faisabilité réelle de ce métier déshonorant de sirenier. « Si elle a jamais existé, l'espèce est disparue », tempête un scientifique attaché au Museum Carnavalis, qui conteste les bravaches interprétations juloniniennes des faits et de leurs implications.


Faire campagne à l'international ?

Certaines sources avaient pourtant pointé les défaillances financières et l'opacité du financement de la campagne du candidat, oscillant entre opposition et séduction vis-à-vis d'Améthyste « Poupette » Castelage. Après avoir ravis les Carnavalais, le « maire de notre coeur » est-il en odeur de disgrâce auprès du pouvoir ? L'équipe Venbranle le nie, et dit se préparer au développement des activités commerciales de celui qui est tout à la fois trafiquant, océanographe et harponneur de sirènes. Pour la presse people, le baptême du Poisson-Chat est pourtant moins le lancement d'une entreprise de patron-pêcheur qu'une sortie bling-bling pour impressionner la galerie. Quant à connaître sa destination, le candidat s'est fait souriant et évasif : « Oh, nous nous reverrons bien ! » a-t-il assuré, rappelant les coordonnées de ses avocats pour le joindre durant son escapade. Se rendra-t-il pour son procès à Messalie, où il a été convoqué récemment ? « Il pourrait aussi s'y faire représenter », estime-t-on dans son entourage, et citant plutôt l'envie du candidat de prendre des vacances et de se mettre à la recherche de Violoncelle Sucre, son assistante et numéro deux, toujours manquante malgré le silence des médias.


Prométhéisme : Carnavale toujours très en retard, selon les philosophes

« C'est copyright » : les Prométhéistes carnavalais ont pu célébrer l'essaimage de leur idéologie de progrès technique à travers des communautés de fidèles à l'international cette semaine. « PSYOP » de la Cité noire pour les uns, « victoire culturelle » pour les autres, ce succès indéniable d'un mot qui passe à la postérité sur le devant de la scène médiatique mondiale attire cependant des points de vigilances sur la mégalopole carnavalaise, qui accuse de nombreuses défaillances au regard du mouvement. Pour le prométhéisme, science, conscience et moyens techniques doivent transformer le monde pour résoudre les problèmes de l'Humanité. Un objectif glorieux qui rend ses inventeurs chafouins : avec quarante millions de miséreux à demi-rongés par les vers, Carnavale passe aujourd'hui, à l'heure de l'expansion paradisiaque du confort technologique, comme un « tas d'ordures irradiées »... La prochaine municipalité saura-t-elle y mettre bon ordre ? La grogne monte.

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Julonin Venbranle : rien ne lui résiste, pas même le format [grid] !
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Courrier Catholar

17 aout 2020 | "Je ne m'interdis rien": Vers une visite du Pape Stefano III à Carnavale ?



Des rumeurs circulent faisant état que le possible premier déplacement de sa sainteté à l'extérieur des murs de la cité sainte se fasse en pays carnavalais. Des on-dit d'autant plus surprenants que Carnavale est toujours le théâtre d'un conflit entre la Principauté et l'OND.

La chancellerie n'infirme ni ne confirme ces bruits de couloirs et le flou semble savamment entretenu par le nonce apostolique, qui s'est refusé à toute décision définitive.

"La Saint père aime tous ses fidèles, et son rôle est s'enquérir de leurs doléances. Naturellement, quand des rumeurs font état d'un shiisme dans les rangs des catholans carnavalais, il est de notre devoir d'y répondre. Quand bien même il s'agit d'une Eglise relativement autonome, nous ne pouvons nous permettre de voir naître des divergences qui seraient impossibles à surmonter en vertu d'un rapport au canon apostolique devenu trop différent.

Il y a beaucoup à faire à Carnavale: émettre l'avis officiel de l'Eglise à l'égard du conflit carnavalais d'une part, et mettre fin à cette histoire de papes noirs et de lucifériens d'autre part. Notre premier défi est d'identifier clairement les revendications des catholans carnavalais, qui pour le moment restent relativement floues il faut bien l'admettre."


*s'éloigne en tenant une petite plante carnivore dans les mains*
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Englouti


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— Jusqu'ici tout va bien.

Timéobile actionne le passage au deuxième niveau de profondeur. La cloche de plongée roule à peine, beaucoup plus stable.

— Accroche-toi Perspéraphin.

Le jeune s'accroche.

— Va pas me faire comme le Venbranle.

Il regarde à l'extérieur.

— Oh, c'est quoi ça ??

— Attention. On éteint tout.

Les loupiotes de la cloche s'éteignent. Une lueur bleutée du fond de mer passe à travers le hublot rond.

— Elles sont là !

Ils chuchotent. La sphère attend son destin immobile.

— Tu vas voir...

— Elles bougent pas...

— Attention, tiens toi biennn

Timéobile tire sur un levier et un milliard de bullettes pschittent à travers des tuyautets. La cloche se met à tourner sur elle-même. Les murènes attaquent mais se dispersent. Un oeil livide passe subrepticement devant le hublot, précédent un corps noir et écailleux immense et furtif.

— Waa

— Ça a fonctionné.

Les bulles d'air comprimé se dispersent en glougloutant. Elles s'évaporent et remontent à la surface.

— C'est pas si méchant en fait.

— Ah les murènes c'est très affectueux comparé à d'autres bestioles.

— Elles sont méga grosses.

— Elles bouffent les soupeurs et les pêcheurs à la ligne. Et puis avec toutes les merdes qui sortent des égouts...

— Mon père m'a dit qu'elles avaient peur, et n'attaquaient qu'en dernier recours ?

— Ouai, je sais pas.

Timéobile mâcha sur sa pipe.

— C'est compliqué une murène tu sais.

Il rallume graduellement les éclairages intérieurs.

— A cette profondeur on ne devrait plus en croiser.

— Ah bon ?

— Elles nichent surtout à hauteur du premier cercle. En-dessous, c'est trop froid et pas assez nutritif. Y a que des trucs morts sous le flux des eaux usées.

Une grosse lampe torche s'allume et dévoile un cercle de fond. Complètement rongée par des algues et des pourritures marines, une façade défoncée de maison se dévoile. De petits poissons apeurés passent dans l'embrasure de la lumière.

— Une maison ??

— Nous sommes dans l'un des quartiers engloutis mon garçon.

— À cette profondeur ?

— Carnavale n'en finit pas de s'effondrer sur elle-même.

Le matelot prend la main sur la balise et porte le faisceau un peu plus loin. Quelque chose vient de se tapir sous le reste informe d'un bus, ou d'un train, dont la carcasse rouillée est couverte de bigorneaux.

— Plus quatre degrés tribord, dit Timéobile à son parlophone.

La cloche se meut par sa chaîne. Là-haut au grand navire, quelqu'un tire la boule de plongée un peu plus dans la direction indiquée, pour éviter le toit d'un bâtiment immémorial habité par les poissons. La plongée continue et ils s'enfoncent toujours.

— On devrait y être, estime le capitaine.

Il utilise une autre commande pour sortir un petit bras à double extrémité.

— Tiens, tu vas t'occuper de ça.

Il tend la manivelle à Perséraphin.

— Si ça vibre, c'est qu'on est tombé dessus.

— C'est le détecteur de métaux ?

Le jeune a les yeux qui brillent. Dans les fonds que parcoure le halo de lumière il a bien l'impression de noter une constellation de petites paillettes dorées.

— Mieux que ça, c'est un détecteur de souvenirs.

La cloche s'enfonce sous les toits engloutis, s'engouffre dans un chenal obscur. D'étranges formes, comme les restes d'un palais de glaces et de cristal, sont brisées et se hissent sous les brûlures de la mer. Des pavés écroulés depuis longtemps, un amas de pierres, de grandes poutres d'acier sous lesquelles des créatures indistinctes s'abritent. Les ruines sont recouvertes d'une couleur glauque, ensevelies dans les âges, engluées dans une substance chimique accidentelle, en passant sur elles le faisceau de la grande torche les fait flamboyer.

Perséraphin s'excite alors.

— Ça vibre !!




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