
A l'attention du sénateur et Maîtresse du Grand Commerce et des étrangers de la Grande République, Maria Ganzaga
Chère sénatrice Maria Ganzaga,
Comme vous l’avez si justement dit, le Nazum occidental, et plus particulièrement le Tsarat du Khardaz, représente pour nous un très gros marché d’exportation pour notre complexe militaro-industriel. Je pense notamment au dernier contrat en date, se chiffrant en plusieurs milliards de dollars internationaux, portant sur l’acquisition de chasseurs de dernière génération JS-17 Walküre.
Pour venir au sujet principal de votre missive, nous comprenons tout à fait vos inquiétudes : le Nazum occidental a radicalement changé en quelques années, passant de zone calme à une poudrière ressemblant de plus en plus à ce qu’est l’Eurysie de l’Est. À ce titre, il est légitime que la Grande République se montre attentive à la sécurité de l’île de Tercera, territoire velsnien dont la stabilité constitue un enjeu régional à part entière.
L’Empire raskenois et son gouvernement partagent votre analyse quant à l’impact négatif sur les échanges et le commerce qu’aurait une détérioration déjà fragile de la stabilité régionale. Rasken, en tant que nation industrielle et exportatrice, n’a aucun intérêt à ce que la fragile paix de la région se transforme en conflit. Dans ce contexte, votre volonté d’instaurer une instance de contrôle des ventes d’armement en direction de ces pays est parfaitement légitime ; cependant, nous avons des doutes quant à son efficacité réelle en tant qu’outil de préservation de la paix. En effet, nous évoluons dans un monde très militarisé : les nations disposant de capacités industrielles et technologiques suffisantes pour exporter de l’armement sont nombreuses. Dans un tel environnement, si cette instance que vous proposez voyait le jour et qu’elle interdisait une vente, le Tsarat, ou tout autre pays du Nazum occidental, ne ferait que se tourner vers d’autres fournisseurs, moins transparents et moins attentifs aux équilibres régionaux. Pour tout vous dire, nous craignons que l’implantation d’une telle instance pourrait paradoxalement fragiliser les intérêts que vous cherchez à protéger. En effet, aujourd’hui, lorsqu’un contrat est conclu avec nos industriels, nous disposons d’une visibilité directe sur les capacités acquises, les volumes livrés et les usages envisagés. Ces informations représentent un levier très important, car c’est en ces temps que l’information est l’une des ressources les plus précieuses pour anticiper, dissuader et, le cas échéant, contenir les escalades.
De plus, l’instauration d’une telle instance poserait de sérieuses difficultés politiques et industrielles internes, car si une vente venait à être annulée, cela serait le fruit d’un acteur extérieur, une nation amie certes, mais un acteur extérieur tout de même. Malgré cela, le gouvernement raskenois tient à vous rassurer : jamais nous ne nous permettrions de vendre des armes à une nation qui menacerait les intérêts d’un allié.
Cordialement,
Axel Orndorff, Ministre des Affaires Étrangères de l'Empire Raskenois.