13/07/2020
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Activités étrangères au Banairah - Page 3

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Un double non qui surprend Ménaka


Un double non qui surprend Ménaka


Personne, dans les couloirs du palais présidentiel, ne s'attendait à un tel verdict. Les deux référendums organisés ce week-end, l'un sur l'adhésion du Zafongo au Pacte afaréen de sécurité, l'autre sur son entrée dans le Forum de coopération de l'Afarée du Nord, se sont soldés par un rejet net, sans appel, à des majorités que même les instituts de sondage les plus pessimistes n'avaient pas osé prédire. Le Forum de coopération, d'abord. Soixante-douze pour cent des votants ont dit non. Un chiffre qui claque, et qui en dit long sur l'état d'esprit d'une population lasse, avant tout, de voir son argent partir ailleurs quand tant de choses restent à faire chez elle. Dans les bureaux de vote de Kouraba comme dans les campagnes du Kota, le même argument revenait, presque mot pour mot, d'un électeur à l'autre: à quoi bon cotiser pour un forum régional censé financer des projets communs, quand les routes du Bateke attendent encore leur désenclavement, quand les écoles du Sira manquent toujours de tout? Un commerçant de Kémbelé, interrogé à la sortie des urnes, résumait la chose sans détour: "On nous demande de payer pour les autres alors qu'on n'a pas fini de nous occuper de nous-mêmes. Ça ne tient pas debout." Le Pacte afaréen de sécurité, ensuite, a connu un sort à peine plus clément, rejeté à soixante-huit pour cent. Là, l'argument change de nature. On ne parle plus d'argent, mais de sang, et le pays, encore marqué par quarante ans de cicatrices dans le Luba, ne semble pas prêt à prendre le moindre risque supplémentaire. S'engager dans un pacte de sécurité collective, c'est accepter, tôt ou tard, de voir ses propres soldats partis défendre une frontière qui n'est pas la leur, dans un conflit qui ne les concerne pas directement. "On a déjà nos propres rebelles à gérer", glissait un vétéran du service militaire croisé devant un bureau de vote de Ménaka. "Pourquoi irait-on chercher la guerre des autres alors qu'on n'a même pas fini la nôtre?" Il y a, derrière ce rejet, quelque chose de plus profond qu'une simple prudence budgétaire ou sécuritaire. Plusieurs analystes politiques évoquent, depuis dimanche soir, un attachement viscéral à la souveraineté nationale, une fierté qui semble avoir pesé bien plus lourd dans l'isoloir que n'importe quel argument technique avancé par le gouvernement en faveur du oui. On sent, dans les discussions qui ont suivi le scrutin, une forme de nostalgie diffuse, jamais vraiment assumée à voix haute mais bien présente, pour ce que fut jadis l'Empire du Zafongo à son apogée, cette grande puissance économique plus puissant que certains empire Eurysien qui dominait plus de deux millions et demi de kilomètres carrés avant que l'histoire n'en décide autrement. Le Zafongo d'aujourd'hui n'a plus rien de cette ampleur territoriale et de son ampleur économique, mais il semble en avoir hérité une certaine idée de lui-même, celle d'un pays qui décide seul de son destin, sans avoir de comptes à rendre à quiconque. Le gouvernement, qui avait pourtant mené campagne en faveur des deux textes, a accueilli le résultat avec une prudence non dissimulée. Dans un communiqué diffusé lundi matin, l'exécutif a pris acte "du choix souverain du peuple zafongolais" et assuré vouloir "respecter pleinement cette décision", sans toutefois cacher, entre les lignes, une certaine déception. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Dzila, s'est montré plus direct lors d'un point presse improvisé: "Nous pensions que ces deux textes servaient l'intérêt du pays. La population en a jugé autrement, et c'est son droit le plus strict. Nous continuerons de défendre nos intérêts à l'international, simplement d'une autre manière." Reste à savoir comment ce double refus sera perçu par les voisins du Zafongo et par l'ensemble des chancelleries afaréennes, qui voyaient dans l'adhésion zafongolaise à ces deux instances un signal fort d'intégration régionale. Le pays confirme, une fois de plus, cette attitude de neutralité qu'il cultive depuis des décennies, cette manière bien à lui de rester ouvert au dialogue avec tous sans jamais s'engager pleinement avec personne. Un choix qui a ses défenseurs, convaincus qu'il protège le Zafongo des tourments extérieurs, et ses détracteurs, qui craignent qu'à force de vouloir tout éviter, le pays ne finisse par s'isoler d'un monde qui, lui, continue d'avancer sans l'attendre. Plusieurs analystes pointent également, dans ce contexte, le poids que conserve l'Empire de Ménaka dans les programmes scolaires zafongolais, où son histoire occupe une place bien plus importante que celle consacrée à la jeune République elle-même. Des années entières y sont dédiées, de la fondation par Konaté l'Ancien jusqu'à l'apogée de Soundjata Ba, tandis que l'effondrement de 1907 et la naissance de la démocratie actuelle se voient souvent traités, selon certains enseignants interrogés, avec bien moins d'ampleur et de détail. Pour ce politologue de l'université de Ménaka, ce déséquilibre n'est pas anodin: "On enseigne aux enfants la grandeur d'un empire disparu depuis plus d'un siècle avec une minutie presque affectueuse, et on effleure à peine la manière dont ce même empire s'est effondré sous le poids de sa propre corruption. Forcément, ça laisse une trace. On grandit avec l'image d'une gloire perdue, sans toujours comprendre pourquoi elle s'est perdue." D'autres voix, au sein même du ministère de l'Éducation, défendent au contraire cette place accordée à l'histoire impériale, la présentant comme un socle culturel commun aux huit peuples du pays, bien avant que les tensions plus récentes, elles, ne viennent diviser. Reste que pour les inquiets de la première heure, cette manière d'enseigner l'histoire nationale pourrait bien avoir nourri, sans le vouloir, une partie de ce nationalisme qui semble aujourd'hui trouver un écho grandissant chez la jeunesse zafongolaise.
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