Posté le : 22 nov. 2025 à 20:00:45
Modifié le : 22 nov. 2025 à 20:01:21
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Déclaration du représentant impérial Davy Dieulafoy au sujet d'un Programme de Dissuasion Commun.
<< Mes chers collègues, permettez-moi, avant toute chose, de remercier la délégation caratradaise pour la clarté et l’ambition de sa proposition. L’Empire a lu ces lignes avec une attention grave, presque méditative. Car pour nous, plus que pour quiconque ici, elles ne relèvent pas seulement de la théorie stratégique : elles parlent d’une réalité que nous avons vécue dans notre chair.
Il y a désormais un an, notre capitale a disparu dans un nuage toxique. Il y a un an que des quartiers entiers ne reverront plus jamais la même lumière du jour. Il y a un an que deux millions de nos compatriotes, hommes, femmes, enfants, sommeillent aujourd’hui dans un silence que rien ne pourra jamais réparer ou réanimer.
Estham n’a pas été seulement un massacre. Ce fut un avertissement au monde. Un moment de vérité pour l’Humanité entière, tragique et indiciblement douloureux.
Et parce que nous avons vu l’abîme, nous ne pouvons plus, désormais, refuser la responsabilité qui en découle et qui est la nôtre. L’Empire se sait, s’est découvert, investi d’un devoir : celui d’empêcher que l’Histoire sombre à nouveau dans une nuit capable d’engloutir des nations entières en quelques minutes. Ce devoir n’a rien de religieux : il est humaniste, profondément, radicalement humaniste. Il n’est pas né d’une ambition impériale, mais d’un deuil. Nous le portons parce que personne ne devrait jamais porter ce que nous avons porté.
C’est à cette lumière que je dois répondre aux propositions formulées.
Premièrement, sur les armes de destruction massive. Je serai clair, sans détours, sans ambiguïté : l’Empire refuse catégoriquement, et pour toujours, de produire, accueillir, employer ou participer à tout programme utilisant des armes de destruction massive. Ce refus n’est pas négociable. Il n’est pas circonstanciel. Il n’est pas idéologique au sens politique. Il est moral. Moral et profondément gravé dans notre âme et notre ADN. Les armes de destruction massives ne sont pas des armes : ce sont des effaceurs de peuples. Elles n’appartiennent pas à la catégorie du militaire, mais à celle du nécrologique. Aucune architecture de paix ne peut reposer sur des outils aussi fondamentalement inhumains.
Nous respecterons la souveraineté des États qui font d’autres choix, tant que ceux-ci ne tendent pas vers l'agressivité et le bellicisme. Mais nous le disons clairement : l’Empire ne fera jamais partie d’un système au sein duquel l’existence ou la prolifération d’ADM serait intégrée ou encouragée comme un vecteur de défense commune. L'Empire ne sera pas associé au déclenchement d'une troisième apocalypse contre les populations civiles. Notre objectif politique ultime, inscrit désormais dans notre doctrine nationale, est la disparition progressive et totale des ADM de la surface de cette terre. Car si ici, en ces lieux, nous appartenons à des nations pouvant se targuer de jouir de dirigeants mesurés, psychologiquement stable et ayant à cœur la paix, cela ne sera peut-être un jour plus le cas. Nous avons constaté avec horreur que des dirigeants nihilistes, barbares, et qualifiables de mots encore insuffisants pour qualifier leur inhumanité, existent, et peuvent se doter de ces enfers balistiques. Si l'Organisation des Nations Démocratiques, principale vectrice de stabilité, de moralité, d'Humanité et première force vive d'un ordre mondial apaisé et juste, se met à produire et intégrer des armes de destruction massive dans l'architecture de sa défense, cela sera la porte ouverte à ce que tous le fassent.
Les armes de destruction massive ne permettront jamais de créer une peur suffisante chez un ennemi irrationnel qui est prêt à sacrifier sa population. Et il ne sera jamais pertinent d'éteindre la vie de millions de civils innocents, quel que soit le contexte.
Deuxièmement, sur la défense commune : soutien complet au système PARADE. Là-dessus, nos vues convergent pleinement avec la proposition caratradaise. Oui, nos peuples sont vulnérables. Oui, l’espace est vaste, la mer est ouverte, et nul radar ne peut tout couvrir seul. Oui, nous avons besoin d’un réseau intégré, interopérable, multicouche, mêlant capteurs terrestres, aériens, orbitaux et, le cas échéant, sous-marins.
L’Empire soutient donc sans réserve :
- la création d’un système PARADE commun,
- l’élévation des standards civils et militaires,
- la mise en place d’un PERMADEF étendu à toute l’OND,
- la brique technologique commune permettant aux systèmes de nos nations d’agir comme un seul.
Sur ce point, notre position est simple : une attaque balistique contre un État membre doit être identifiée, suivie et contrée comme si elle visait l’ensemble de l’OND, comme le prévoient nos engagements et traités.
Troisièmement, sur la dissuasion, nous nous positionnons pour un volet RIPOSTE strictement conventionnel. L’Empire soutient pareillement la création d’une dissuasion commune fondée sur :
- des missiles balistiques conventionnels,
- mutualisés,
- intégrés dans une doctrine unique,
- compatibles techniquement,
- standardisés,
- et projetables via des systèmes TEL communs.
Nous approuvons pleinement la standardisation, l’interopérabilité complète, la possibilité de mutualiser les arsenaux, et l’intégration dans une chaîne de commandement commune. En revanche, nous réaffirmons que la doctrine impériale exclut formellement tout rôle pour les ADM dans cette dissuasion. Nous soutiendrons la force commune de frappe balistique, mais nous n’en accepterons que la dimension conventionnelle.
Pour être à nouveau parfaitement explicite : l’Empire ne participera jamais à une seconde frappe ou à une riposte utilisant des ADM, même contre un adversaire qui en ferait usage. Notre riposte serait massive, mais humaine.
En conclusion, voici la mission que nous portons, mes collègues. Si l’Empire du Nord soutient si fermement la défense commune, la dissuasion conventionnelle, la standardisation et l’interopérabilité, ce n’est pas seulement pour protéger nos frontières. C’est parce que nous sommes convaincus que la survie des civilisations dépend désormais de notre capacité à agir ensemble, et cela, de manière profondément humaine et humaniste. Et que la tragédie d’Estham, la nôtre, doit servir d’avertissement universel, et non de prélude.
Nous ne voulons pas être les prophètes de la peur. Nous voulons être les gardiens d’un « jamais plus » qui ne soit pas un slogan, mais une architecture stratégique réelle.
C’est ainsi que nous voyons notre rôle. C’est ainsi que nous honorons nos morts. Et c’est ainsi que nous avançons, non pas comme un empire cherchant à éradiquer les populations d'un État adversaire et à dominer, mais comme un peuple qui a compris, trop tard, le prix de la fragilité humaine, et qui ne laissera plus jamais l’Histoire dévorer vivant un autre Estham.
Je vous remercie. >>