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Le Grand voyage de Filippo DiCerva: la découverte des "îles aux épices" (1501-1504)
Partie I: De Velsna au cap Carmin




Nous sommes le 12 septembre 1502. Et rien ne présage pour les indigènes Wan de l’île de Tavaani, de la scène à laquelle ces derniers vont assister. Il ne faut pas croire que ces derniers soient coupés du monde. Depuis ce qu’ils pensent être la nuit des temps, ces derniers font du commerce avec les autres îles de l’archipel du sud, et beaucoup de femmes wan portent des bijoux qui ont été fabriqués au sud du Nazum, dans des lointains pays bien plus riches que le leur, et dont la culture est for différente. La Mer sud de Blême est un véritable microcosme politique qui n’est pas vierge. Mais pour les indigènes de Tavaani, le 12 septembre porte une sombre connotation, des caravelles frappées de fanons de lys rouges sur fond blanc. Il y en a quatre, et elles sont eu piteux état. Les marins qui sont à son bord sont épuisés par des mois de voyage : le scorbut a fait tomber les ongles et les dents de certains, les stocks d’eau sont en grande partie croupis. Mais le visage de ces Hommes s’illumine lorsqu’ils atteignent enfin les plages de l’île en barque. Les indigènes observent au loin ces individus s’agenouiller et se coucher le ventre contre le sable. Trois d’entre eux transportent depuis une caraque une grande croix qu’ils viennent planter au sol. Les indigènes ne comprennent pas : qu’est ce qui peut amener ces gens ici ? Les wan ne se rendent pas compte de ce qui fait du caractère exceptionnel de Tavaani. Car jamais ils n’auraient pensé que l’on puisse donner une telle valeur à une petite chose aussi courante. Tavaani était l’un des seuls endroits au monde où poussait les clous de girofle. Cette épice qui ici ne valait rien, était vendue à un prix plus élevé que l’or en Eurysie. Cela, les wan ne le savaient pas. Les velsniens, pour la plupart, connaissent mal cette histoire. Certes, on connait bien le nom de grands navigateurs de l’époque des grandes découvertes. Mais le chef de cette expédition, le velsnien Fillipo DiCerva, est un héros maudit. Tous savent qu’il est le premier velsnien a avoir rejoint les « Indes nazumi » par l’ouest, mais bien peu savent dirent pourquoi ce dernier a fait cela. Tout simplement parce que DiCerva a échoué. Mais pour donner toute la noblesse à cette Histoire, il faut revenir aux origines de ce DiCerva. Pourquoi un velsnien s’est-il aventuré aussi loin des routes commerciales traditionnelles de la cité ? Pourquoi ce voyage ? Dans quelle Eurysie celui-ci a vu le jour et fait ses premiers pas ?

De DiCerva on ne sait pas grand-chose de sa jeunesse, encore aujourd’hui. Tout au plus on sait qu’il provient de la petite aristocratie velsnienne, dans une famille de négociants d’épices de la petite cité de Velcal, sans doute au début des années 1460. DiCerva est né et a grandit a une époque fantastique pour les marins : celle des grandes découvertes. Le jeune DiCerva a vu des caraques partir pour l’Aleucie, et y ramener des richesses venues d’un autre monde. Le moyen-âge s’efface doucement, et un monde encore inconnu est désormais à portée de main, alimenté par un progrès technologique constant. Parmi les eurysiens, les listoniens et les fortunéens s’aventurent déjà le long de la côté afaréennes, et ouvrent de grandes routes commerciales par le sud du continent jusqu’au Nazum. Quant à l’Aleucie, DiCerva est témoin, en 1477, de la revendication du versant oriental de l’île de Saint Marquise par l’un de ses compatriotes. Les zélandiens et les galouèsants, eux aussi, sont dans la course. Zélandiens et velsniens sont alors obsédés par l’afflux d’épices provenant d’extrême orient, et cherchent désespérément une route dont les autres puissances coloniales ignoreraient encore l’existence, cherchant un passage de l’Aleucie au Nazum par l’ouest. Les premières explorations sont infructueuses : le passage nord de l’Aleucie est bloqué par la banquise, tandis que le Détroit des Alguareno, dont la découverte a été faite récemment, est déjà revendiquée par les grandes puissances de Leucytalée. Le passage y devient donc immédiatement risqué, d’autant que les courants marins ne sont guère favorables à une traversée du « grand océan » à ces latitudes. Dans le même temps, la chute de Léandre apporte à Velsna un afflux inespéré de marins expérimentés, de négociants et banquiers capables de soutenir financièrement ces expéditions.

Le jeune DiCerva fait ses premières classes de marins sans passer par la Grande École de l’Arsenal, directement dans le feu de l’action des premiers affrontements sur mer avec les zélandiens, qui s’érigent rapidement en principaux concurrents de la Grande République dans les mers du nord. Gravissant rapidement les échelons du commandement malgré ses moyens financiers limités, ce dernier est pris dans le patronage d’un riche aristocrate velsnien, comme tout individu peu fortuné ayant la volonté de faire une carrière longue dans la Marineria.

On ne sait pas exactement quand le grand projet de DiCerva émerge. Il avait un plan, et il semblerait que celui-ci soit né du manque de perspectives financières en métropole, conjugué à sa propre confiance en ses talents de marin. A l’évidence, il naît d’un profond sentiment d’injustice quant à ses propres capacités, étant persuadé que ses talents ne sont plus justifiés par une paie bien trop basse à son goût. Ce qui est certain est que les sources l’évoquant font appel à sa grande ambition, et d’une certaine cupidité, doublée d’un talent naturel pour la navigation. Les expéditions dans les mers du nord sont mal payées, en plus d’être infructueuses depuis des années. Saint-Marquise s’avère être une île pauvre, hormis en fourrure et en ambre. DiCerva, sans moyens, doit attirer des investisseurs misant sur le succès de sa future expédition, dont le Sénat velsnien lui donne la tâche depuis les années 1490. DiCerva propose don au début de l’année 1498 son nouveau tracé à quelques sénateurs qu’il juge plus aventureux que les autres. Plutôt que de tenter la route du nord engorgée par la banquise ou le Détroit des Alguareno occupé par des puissances étrangères hostiles et jalouses de leurs routes commerciales, celui-ci propose ainsi de contourner le continent par le sud, dont il clame que les courants indiquent l’existence d’un passage encore non cartographié par les velsniens. L’entreprise est risquée : les zélandiens ont déjà une longueur d’avance dans la région depuis leur revendication paltoteranne, continent encore peu connu hromis par eux et le Duc de Gallouèse. Pour délimiter théoriquement le Grand Océan, que les listoniens et fortunéens ont d’ores et déjà commencer à sillonner par la mer Blême, DiCerva fait appel à deux cartographes transfuges de l’Empire listonien : les frères Gulpo. C’est de l’un de ces frères, Girolamo Gulpo que provient la source primaire la plus importante de ce voyage, par son journal de bord. Les sénateurs velsniens sont convaincus : DiCerva trouvera le passage vers l’ouest pour la route des épices, et des plus recherchées de toutes : les clous de girofle, dont les négociants fortunéens et listoniens ont encore accès aux seules sources connues, dans le Nazum occidental. Mais ce n’était pas le seul danger, car les zélandiens, eux aussi, étaient à l’affut de nouvelles sources de girofle dont ils clamaient avoir pris la possession par l’est.

On lui confie cinq navires dont il faut faire le recrutement de l’équipage en partant de zéro, et sur les deniers de ses investisseurs. Il y en aura 227 de ces marins, provenant en majorité de Velsna certes, mais également des tanskiens, des zélandiens, des spécialistes fortunéens et landrins, sans compter les deux cartographes listoniens. DiCerva compensait ainsi la méconnaissance par les velsniens des eaux qu’ils allaient traverser. Les frères Gulpo estimaient le voyage à deux ans, durée qui sera largement dépassée par la suite. Il faut se rendre compte des tonnes de matérielles avec lesquelles sont chargés les navires : viandes, alcool qui ne croupissait pas contrairement à l’eau, fruits divers, denrées précieuses à échanger contre les clous de girofle à l’arrivée, artillerie et poudre, des centaines de litres de vinaigre afin de conserver les aliments et nettoyer les planchers de la vermine, des tonnes de cordage et de tissu pour remettre les voiles en état… L’expédition est ainsi prête au départ des Arsenaux de Velsna, le 1er Aout 1501, que le journal des frères Gulpo relate ainsi :
« Deux semaines avant l’ascension de notre seigneur, nous partîmes des arsenaux de Velsna. Les marins de la cité regardaient toujours derrière eux, car les citoyens de notre ville flottante s’étaient rendus sur les quais, et nous ont décoré des guirlandes de San Stefano pour nous porter chance. Notre première étape fut, après cette joie, de partir de la Manche Blanche par l’ouest et pour ne pas éveiller la curiosité des serpents de Zélandia, notre capitaine ordonna à notre armada de prendre la route de Nowa Velsna, à Saint-Marquise, et de les faire croire ainsi à un simple convoi. Les velsniens à bord font comme les fortunéens : ils en appellent à Dame Fortune pour les aider dans leur ruse. Et le capitaine, lui aussi profondément pieux, en fait de même. »

DiCerva prit donc la route déjà connue de Saint-Marquise, et en marin avisé, suivit le courant sud le long de l’Aleucie du nord par cabotage, n’entamant ainsi pas ses provisions là où il commerçait avec les indigènes des côtes et pouvoir à sa subsistance. Girolamo Gulpo nous livre là un témoignage précieux, et dresse un aperçu de ces cultures. Il décrit l’impression qu’il a de dépeindre des sociétés de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure que l’armada se rapproche du Detroit des alguarenos. A une occasion, il s’arrête longuement sur un groupe en particulier, qui retint son attention :
" Notre capitaine, le treizième jour depuis notre arrivée en Aleucie, nous informa de son intention de faire amarrage dans une crique protégée des vents, qui étaient courants en cette saison sous ces latitudes. Nous fûmes accueillis par des Hommes et des femmes entièrement nus, comme le jour où notre seigneur nous créa, couverts de magnifiques peintures, et portant un seul pagne en plumes de perroquet pour tout vêtement, ce qui me paraissait proprement ridicule. Nous leur fîmes cadeaux de mouchoirs de soie et de peignes, dont les femmes comme les hommes se saisirent pour se tresser leurs cheveux soyeux. Ils nous offrirent donc de rester pour quelques jours dans la crique.

Ils nous restèrent amicales, mais au bout de quatre jours, ils commencèrent à tomber de la fièvre et de maladies inconnues. Ils prirent peur et nous devinrent hostiles, croyant qu’ils avaient été punis de nous avoir fait place parmi eux. Nous dûment repartir vers le sud. »


Au bout de quatre semaines plein sud, l’armada du capitaine DiCerva arrive à l’embouchure orientale du détroit des Alguarenos et des Barbujas. Là, les velsniens se gardèrent bien de passer au travers de ce dernier, car les colons hispaniens qui avaient conquis cet endroit gardaient jalousement le passage vers le Grand océan. DiCerva continue donc sa route vers le sud, passant au Paltoterra, là où bien peu de navires eurysiens transitaient et où les cartes étaient de moins en moins bien référencées. Au-delà du détroit des Alguarenos, les seules informations à disposition de DiCerva étaient des cartes zélandiennes et gallouèsantes, qui avaient déjà débuté la conquête de ces terres, mais qui se gardaient bien d’en donner les routes maritimes. Les marins doivent lutter contre le courant passant du Grand océan à la mer des Barbujas, et qui fait dériver les navires vers l’est. Mais les marins de l’armada finissent par accrocher la côte de Paltoterra, non sans épuisement. Les marins zélandiens confient durant cette période à DiCerva des informations précieuses sur les indigènes de la région, et dont Girolamo Gulpo a fait une vague description qui synthétise bien les quelques connaissances que ces marins avaient de ces latitudes :
« Nos informateurs nous avaient parlé de peuples qui construisaient de grandes cités au centre desquels trônaient des pyramides à la pointe dorée, et où les locaux se baignaient dans des rivières d’or. Leurs cités étaient bien plus vastes et sophistiquées que celles des indigènes aleuciens dont nous avions plus tôt fait la connaissance. Ils s’habillaient en peau de jaguar et portaient tous sur eux des bijoux magnifiques dont nous aurions pu faire grand commerce à Velsna. Mais ces démons bâtissaient également des pyramides qui étaient consacrées à des dieux païens célébrant le sacrifice des Hommes. On y allongeait au sommet d’un autel le sacrifié, dont on arraché le cœur des entrailles avec des couteaux en obsidienne. Nous ne nous arrêtâmes donc pas en ces lieux, et lorsque certains d’entre eux s’aventuraient sur les plages pour nous faire signe, nous les avertissions avec les boulets de nos bombardes. »

Par la suite, l’armada retrouva des latitudes plus favorables pour échanger avec les indigènes, étant sans le savoir entrer dans les eaux du peuple des mounakazs, qui commerçaient beaucoup plus volontiers avec eux, en l’occurrence de précieuses vivres contre des objets en toc : miroirs, bracelets, mouchoirs et soierie de basse qualité. Mais plus DiCerva continue sa route au sud du continent, plus les conditions de navigation connaissent une dégradation continue et les températures baissent brutalement. De plus, une fois le modeste comptoir zélandien de Koninklijke Haven passé, DiCerva naviguait désormais à l’aveugle et sans l’appui de cartes existantes. L’armada était arrivée aux lisières de ce que l’on savait de ce continent. La côte était elle aussi piégeuse et Girolamo Gulpo la décrit ainsi : « Aux rochers acérés comme des dents de requins, et dont les courants ramènent constamment les navires vers elle. ». Les membres de l’armada sont alors réduits à une solution pour le moins peu orthodoxe, de l’aveu même de son capitaine. L’expédition fait le choix de faire demi-tour le 3 octobre 1501 vers « le pays des mounakazs », que Gulpo décrit ainsi :
« Les mounakazs étaient des marchands prospères qui allaient et venaient jusqu’aux navires des étrangers avec des pirogues remplies de fruits, de bijoux et de parures brillantes. Le capitaine eu alors l’idée de faire croire à notre envie de faire commerce avec ces gens, et les attirant jusqu’à l’un de nos navires, la Santa Ursula, nous prirent acte de les capturer afin qu’ils nous indiquent la route du sud. Nous les prîmes donc avec nous malgré leur mécontentement. Ils écumaient et criaient comme des taureaux, mais finirent par nous décrire un endroit où deux mers venaient s’embrasser dans la glace, et acceptèrent de nous aider en échange de leur libération. »

L’armada de DiCerva continuait ainsi sa route jusqu’à arriver à l’un des plus périlleux couloirs de navigation au monde : le cap Carmin.


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Le Grand voyage de Filippo DiCerva: la découverte des "îles aux épices" (1501-1504)
Partie II: De la découverte du passage Carmin à la traversée du "Grand océan"




« L’endroit où nous nous rendons est hostile, pour sûr, et habité par des démons. Plus nous descendons au sud, et plus la végétation des côtes de fait rare. La terre se dégarnit, et il n’y reste que de la roche déchirée à perte de vue, et des cimes majestueuses et terrifiantes. L’eau devient noire et la roche devient blanche, comme si le monde était à l’envers. Le jour ne se lève plus que trois heures et le soleil nous boude. Il ne pousse plus ici que quelques plantes, comme du céleri sauvage dont nous avons rempli de nombreux tonneaux. Et il fait froid, de plus en plus froid. Des gros glaçons, bien plus gros que ceux que l’on trouve au nord de Saint-Marquise, dérivent et viennent se perdre dans l’horizon. Cette terre n’est pas propice à l’accueil de l’esprit humain. Pour travailler, nos marins doivent se faire mal et se taper les mains, sans quoi le sang ne circule plus. Nous avons les pieds, les mains et le nez gelé. Les vents viennent frapper les navires et nous devons faire de grandes manouvres pour ne pas dériver sur les rochers. ».

Cette note du journal de Girolamo Gulpo est évocatrice de la région dans laquelle l’armada, plus de trois mois après son départ de Velsna, à l’entame du mois de novembre, l’une des périodes les moins propices à la navigation au sud du Paltoterra. Nul n’a encore, à la connaissance de l’équipage velsnien, encore naviguer dans ces eaux, à la recherche désespérée du passage dont DiCerva espère l’exstence. Chaque ouverture dans les terres, bras de mer ou estuaire est une excuse pour aller plus loin, et chercher ce passage tant attendu. Ces bras de mer forment comme des chemins parmi les montagnes. Les navires se dispersent dans chaque bras, espérant maximiser les chances de trouver son chemin dans ce dédale. Ces recherchent s’étalent sur plusieurs semaines particulièrement éprouvantes pour le moral des équipages. La grogne monte parmi les marins, en particulier les contingents étrangers de l’expédition qui n’ont jamais tenu le sévère capitaine en amitié. A chaque estuaire, les marins s’attardent sur la composition de l’eau, qui livre des indices sur la nature du lieu : est-elle toujours salée ? Et chaque impasse constitue un argument supplémentaire pour faire demi-tour. De plus, la navigation dans le détroit est bien trop dangereuse pour naviguer autrement que de jour. Au terme de deux semaines de recherche, la coupe est pleine pour certains des marins, qui, menés par le pilote zélandien de la Santa Ursula, Jan Van Claus, tente de convaincre le capitaine du bien fondé de faire demi-tour pour revenir en belle saison. DiCerva refuse catégoriquement. Les marins de la caraque en prennent immédiatement ombrage, et au terme d’une énième recherche infructueuse dans un passage supposé, et le soir, lorsque le capitaine passe en revue les navires au point de rendez vous défini pour la nuit, un navire manque à l’appel. La Santa Usula ne se présente pas à l’appel, et il s’agit qui plus est du navire doté du plus grand stock de vivres pour la traversée à venir du Grand océan. Malgré les recherches prenant une semaine supplémentaire dans cet enfer blanc, la Santa Ursula est introuvable. Le navire est reparti en sens inverse, et a déserté l’expédition. Girolamo Gulpo relate la fureur du capitaine à ce moment précis du voyage, mais également sa grande détresse :
« Notre capitaine devint de plus en plus méfiant des zélandiens des différents équipages. Il était pris par la peur soudaine de ne pas avoir eu raison, et que le passage que nous recherchâmes n’existait pas. Il fit ainsi mettre aux fers par les capitaines les 17 membres d’équipage zélandiens par les différents capitaines de vaisseau, les accusant d’avoir conspiré au départ de la Santa Ursula, et que les zélandiens avaient la volonté d’empêcher cette expédition. Il ordonna, dans sa colère, de balancer quinze des dix-sept d’entre eux à la mer, et d’abandonner les deux derniers sur un îlot. Puis, les trois jours suivants, le capitaine s’enferma dans des confessions destinées à notre seigneur, sentant la culpabilité le ronger. »

La ténacité des marins de l’armada fut finalement récompensée au terme d’un mois entier d’une recherche désespérée. En progressant vers le sud, les équipages rencontrent un bras de mer bien pls large que les autres, où l’eau reste salée, et qui forme un angle droit de l’est vers l’ouest, creusant son sillon parmi les montagnes. Comme à leur habitude, ces derniers envoient deux marins en baleinière afin d’explorer le passage et de gravir les hauteurs permettant d’avoir un meilleur aperçu du passage. Et pour la première fois, ces derniers virent enfin l’autre côté, « l’autre océan » s’étendait sous leurs yeux. Dans le journal de Girolamo Gulpo, ce dernier décrit l’émotion du capitaine :
« Le capitaine DiCerva se mit sur ses genoux et pleura de joie. Et nous nous engageâmes dans une mer si vaste que l’esprit humain ne pouvait pas se représenter. ».

L’armada remonte ensuite, malgré des vents menaçant de faire dériver les navires sur les rochers, le long de la côte occidentale du Paltoterra, jusqu’à trouver un vent favorable permettant de pousser les carlingues au travers de l’océan. Après trois semaines de navigation vers le nord, l’expédition s’engage dans le vide, et entame sa longue traversée. Cependant, ces derniers ont conscience qu’avec la désertion de la Santa Ursula, les vivres sont en quantité limitée. Les marins, déjà éloignées des côtes, finissent par se convaincre de jeter les deux indiens mounakazs qu’ils avaient enlevés par-dessus-bord. La traversée du Scintillant s’avère être une épreuve épouvantable. Malgré un temps particulièrement clément, l’état des navires se détériore, et avancent de moins en moins rapidement, dans des courants relativement aléatoires. Les vivres, eux aussi, commencent à manquer malgré les mesures d’extrême nécessité prises, et les marins vivent rapidement au rythme de demi-rations. Pire que tout, les marins font l’expérience du scorbut, en particulier à bord des navires qui n’avaient fait aucun stock de cèleri sauvage. Gulpo le décrit ainsi :
« Nous étions pris d’un grand mal : nos gencives enflaient encore et encore, jusqu’à ce que les dents de nos marins tombent, et qu’ils ne soient plus capables de manger. Ils se laissaient mourir de faim ainsi. Si le seigneur ne nous avait pas donné de vents favorables, nous ne serions jamais sortis de cet océan. ».

En tout, ce sont 19 marins qui ne survivent pas à la traversée, victime de cette maladie que les eurysiens appréhendent encore très mal, et qui se sera correctement traitée que deux siècles plus tard. Bien que le Scintillant ne soit pas vide au sens propre, l’armada passe la longitude des premiers atolls polynésiens rattachés au continent nazumi sans s’en rendre compte, ce qui empêche un ravitaillement correct de leurs navires en eau et en vivres. La traversée dure 102 jours diurant lesquels aucune terre na paraît poindre à l’horizon, et où l’océan semble sans fin…jusqu’au jour où Gustavo Balbo l’un des vigies du San Stefano, voit poindre à l’horizon des groupes d’oiseaux, puis des branches flottant sur l’eau. L’armada de DiCerva touche terre sur ce qui est aujourd’hui un îlot inhabité sous la juridiction de l’Ostland. Cette arrivée est salvatrice, mais n’empêche pas neuf autres marins de mourir d’épuisement et de carences dans les jours qui suivent. DiCerva profite de cette halte afin de procéder à des réparations d’urgence de trois de ses navires, mais se résout au fait qu’il ne dispose plus d’assez de matelots. Après l’avoir fait entièrement vidée et dépouiller de ses cordages, il abandonne donc le San Marcos, le plus petit navire de la flotte, et qui était également le plus endommagé. Les autres vaisseaux nécessitent de laborieux travaux : les coquillages qui se sont accrochés à la coque et les dommages subis ont grandement affecté la rapidité des navires qui ont rendu cette traversée d’autant plus pénible. Les marins quant à eux, sont épuisés, et ont droit à une semaine de repos sur ces îlots dont les seules ressources sont la noix de coco. Entre la désertion de la Santa Ursula et les pertes, l’équipage ne compte plus que 151 éléments. DiCerva, poursuit ensuite sa route en suivant les courants, le conduisant au nord-ouest, ce qui est aujourd’hui l’archipel Wanmiri, beaucoup plus peuplé. Attirant la curiosité des locaux, l’armada est interpellée par des pêcheurs avec qui les marins commencent à troquer. Il s’agit du premier contact de l’équipage avec l’extérieur depuis plusieurs mois. DiCerva se pense alors proche du but, et a conscience d’avoir atteint ce que les listoniens et fortunéens appelaient « îles aux épices ». Cependant, DiCerva ne connait toujours pas l’emplacement exact de l’île d’où ces derniers puisent les clous de girofle.

Une longue enquête s’engage donc entre les velsniens et les locaux, et la barrière de la langue pèse grandement dans ces échanges. Toutefois, au prix d’une grande patience, les marins finirent par obtinrent le nom et l’île où ce qui se rapproche le plus d’une figure d’autorité résidait, à savoir un roi du nom d’Humadon, et qui les renseignerait peut-être sur les informations dont DiCerva disposait. De cette étape du trajet, le journal de Gulpo nous dresse le premier portrait connu des habitants de cet archipel par un eurysien.
« Les gens de ces contrées si disent « Wan », ce dont j’ignore la signification. Ils sont petits de taille, et au teint mât. Ils sont si nombreux sur leurs îles que l’on penserait au loin que les plages sont des vraies fourmilières. Ils sont coquets et l’élite de leur peuple aime les belles choses, ce qui signifie pour moi qu’ils sont presque aussi civilisés que nous. Ils vivent dans des maisons construites en dur et en torchis, toutes carrées et parfois de belle taille, contrairement aux gens des îlots du sud qui vivent encore comme au premier jour de notre seigneur, et dont je ne saurais dire s’ils sont aussi des wan. Les villageois nous ont dit qu’ils avaient un roi, et que ce roi avait un autre roi pour seigneur, le tout formant une pyramide harmonieuse. Chaque roi règne sur une ou deux îles, et doivent rendre allégeance à leur seigneur au moins une fois par an, en se rendant sur un autre grand îlot dont notre capitaine vient de faire la découverte. Leur regard est attiré par les reliques de notre seigneur et de Dame Fortune que nous avons ramené avec nous, et nous leur donnons des figurines en bois du fils de notre sauveur, ce qui provoque chez eux un grand enthousiasme. Mais je ne pense pas qu’ils savent ce que cela signifie. ».

Au bout de plusieurs semaines, le roitelet Humabon, après un accueil somptueux, indique le chemin à prendre afin de rencontrer son suzerain, du nom de Lupa-Lupa. DiCerva semble être en passe de réussir à trouver ce qu’il était venu chercher, et dans son journal, Gulpo fait état d’une île du nom de « Tavaani », mais que les velsniens sont toujours dans l’incapacité de situer. Sans s’en rendre compte, l’armada se dirige vers le cœur de l’archipel des Wan.


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Partie III: La foi et les clous de girofle




« Nous nous dirigions vers une grande île où était supposé se trouver le roi de ces archipels, et à qui tous les wan devaient obéissance. Nous arrivâmes aux abords d’une grande ville côtière que les natifs nommaient Jalitaya. Elle était immense, et dépassait tout ce que nous avions vu depuis notre arrivée sous ces latitudes. Elle s’étendait tant en grandeur, que les habitants aménageaient leurs maisons sur des quais qui formaient des pontons de bois qui cerclaient l’île. Les quais étaient encombrés de navires aux formes et tailles variées, et dont la provenance était for diverse. Notre capitaine eu l’autorisation de s’y amarrer. Les gens d’ici sont nombreux, et vivent les uns sur les autres. La ville est grande vue de loin, mais ses ruelles sont toutes étroites et chargées, comme si malgré sa grandeur, celle-ci se retenait désespérément de s’étendre plus encore. »

L’armada de DiCerva parvient enfin, après plus d’un an de voyage, à amarrer dans un port comme étant considéré comme étant connecté à des mondes que les marins connaissaient. Il apparaît évident que Girolamo Gulpo, dans ses témoignages, reconnaît certains navires Xin que les velsniens connaissent déjà, la plupart du temps par des biais indirects. De même que des flottes marchandes provenant vraisemblablement du monde musulman, peut-être Banairah, mais que Gulpo a du mal à associer à un État en particulier. Les velsniens, sans le savoir dans un premier temps, ont amarré à un terminus important d’un grand nombre de circuits commerciaux auxquels eux même sont connectés en leur extrémité occidentale. C’est donc cet équipage épuisé qui fait la rencontre du roi Humadon, la découverte mutuelle de deux mondes. DiCerva, dans le cadre d’un accueil cordial, lui fit la requête pour laquelle l’expédition avait amarré : les clous de girofle. Gulpo en fait état :
« Le roi Humadon était le plus riche de ces îles, et le plus puissant. Et il le montrait par la richesse et la générosité dont il fit preuve auprès de nous. Il était grand et beau, et portait plus de bijoux encore que les roitelets que nous avions croisés. Nous eûmes le droit à des provisions pour notre vaisseau sans même qu’il n’eut encore demandé ce que nous étions venus faire en ses terres. Humadon, curieux, nous en fit la demande : qu’étions-nous donc venus faire ici. Le capitaine répondit simplement par ceci : « Les clous de girofle. ». Ce devait être pour eux une denrée dont ils comprirent la valeur, puisque le roi Humadon changea son humeur du tout au tout. Il avoua à notre capitaine qu’il en est était un possesseur important, mais qu’à notre surprise, il ne pouvait en vendre en grande quantité parce que d’autres gens de notre espèce leur avait acheté un monopole sur la vente de ces plantes. ».

DiCerva et son équipage comprirent avec un grand malaise : l’île de Tavaani était la propriété d’un roi, et les zélandiens avaient gagné avant les velsniens un privilège d’exploitation exclusive. Il s’agit d’un point de bascule important dans cette expédition : les velsniens ont monté une expédition de plusieurs années dans la quête d’une nouvelle source de clous de girofle pour finalement apprendre que ceux qui les produisaient n’en vendaient qu’au seul pays de Zélandia. Les témoignages font état d’une rupture franche dans la psychologie de Filippo DiCerva à compter de cette rencontre. Désemparés, les velsniens sont toutefois autorisés par Humadon à prendre résidence temporaire à sa cour. La mission commerciale en perdition prit des accents de plus en plus mystiques et religieux, et les velsniens se firent missionnaires, ce qui n’était pas dans les habitudes de ce que nous savons de DiCerva. On peut supposer qu’il s’agit là d’une manière de trouver un but nouveau à l’expédition, qui passa près de 5 mois à circuler d’île en île afin d’y convertir les wans. Finalement, cette manœuvre de DiCerva se révéla payante, puisque le roi finit par convoquer audience à DiCerva, en lui faisant savoir qu’il se montrait intéressé par cette foi nouvelle qui commençait à se répandre parmi la population. Lui-même lui annonça que 800 aristocrates wans entendaient accepter le baptême, et parmi eux sa reine. Connaissant les motivations du voyage des velsniens, ce dernier promis que si DiCerva parvenait à soumettre par la conversion un roitelet rétif à son autorité du nom d’Ommonon, celui-ci accepterait en personne la conversion et l’autoriserait à embarquer avec eux autant de clous de girofle que ces derniers voulaient. Gulpo écrit à propos de la conversion de la reine :
« Au beau matin sur une plage de l’île de Jalitaya, la reine fit son apparition avec foule de grands de leur royaume. Ils étaient des centaines. Le roi eu la promesse de notre capitaine que la foi de notre seigneur ferait de lui le plus grand des rois, et lui permettrait d’unifier toutes les îles à sa connaissance. La reine vint en grande pompe pour écouter la messe. Elle était magnifique, avec la bouche et les ongles très rouges. Elle portait un beau chapeau en feuilles de palmier pour la cacher du soleil. Plusieurs suivantes étaient dans son sillages, toutes déchaussées. Le capitaine lui montra l’enfant de bois fils de notre seigneur, qu’elle aima beaucoup. Le capitaine lui en fit don, et elle accepta avec beaucoup de remerciements et de gratitude. Nous lui demandâmes de le mettre à la place de ses idoles, car c’était en souvenir du martyr du fils de dieu. Notre capitaine se persuada de pouvoir guérir les malades comme le christ. Le roi fit venir à lui son frère malade, et comme par miracle, lorsque le capitaine lui toucha le front, sa forte fièvre disparut dès le lendemain. »

Après avoir fait forte impression, les velsniens se résolurent à respecter le marché contracté auprès d’Humadon, et se rendirent sur un îlot où résidait le roitelet nommé Ommonon et ses sujets. A peine arrivés, les velsniens se rendirent compte que des bancs de sable empêchaient les caraques de l’armada de s’approcher des villages wans afin de les bombarder. Gulpo mentionne alors que ces deniers durent débarqués de l’eau jusqu’aux genoux, devant parcourir un bon kilomètre avant d’atteindre la berge. Mais rapidement, la situation dégénère pour les eurysiens sans soutiens d’artillerie. Le maître de bord relate ainsi :
« Leur nombre était sans fin, peut-être près d’un millier. Les arquebuses et les arbalètes ne leur faisait pas peur, et ces derniers les arrêtaient de loin avec leurs boucliers en bois. Tant de javelots et de flèches pleuvaient que nous pouvions avancer qu’avec peine. Voyant cela, nous essayâmes de les disperser en envoyant trente de nos meilleurs hommes mettre le feu à leurs foyers. Nous brûlâmes quarante de leurs maisons pour leur donner la peur. Mais ils n’en devinrent que plus furieux, tant et si bien qu’ils acculèrent notre capitaine qui fut frôlé de flèches empoisonnées. Ils plantèrent deux flèches dans son armure, et il nous commanda de nous retirer. Eux, nous suivaient, et comme ils connaissaient le capitaine, ils hurlaient après lui et l’assaillirent pendant plus d’une heure, notre capitaine combattant de l’eau jusqu’aux genoux. Plusieurs fois il fut poignardé, et même alors à cet instant, il se tourna vers nous, regardant si nous étions tous repartis. Tout ce que nous avions à faire était de repartir. »

Filippo DiCerva meurt ainsi le 3 février 1503.

L’armada se retrouve désormais sans capitaine, et c’est ainsi que le pilote du San Stefano, Pietro Larino, et en ayant échoué la mission que le roi Humadon leur avait donné. Bien plat en excuses, les meilleurs hommes de l’armada furent tout de même invités à un grand banquet d’adieu donné par Humabon à Jalitaya, qui leur promit malgré leur défaite une grande cargaison de clous de girofle. La plupart des responsables de l’expédition : pilotes, quartiers-maîtres, capitaines de vaisseaux acceptèrent, laissant leurs hommes sur les navires à quai. Mais les velsniens ne se doutèrent pas du piège qui leur était tendu, et ces derniers furent massacrés durant le repas. En effet, les roitelets wans se plaignaient de plus en plus de ces « invités encombrants » auprès d’Humadon, qui dos au mur, se résolu à se débarrasser des velsniens, les accablant pour l’attaque qu’il avait lui-même commandé à ces derniers. A ce stade, l’expédition ne compte plus que 120 hommes d’équipage. Ces derniers sont désormais perdus en territoire hostile, sans capitaine, et avec des provisions de plus en plus maigres. L’expédition prit un tournant véritablement chaotique, les velsniens enchaînant les pillages de villages côtiers et de navires de pêche, et massacrant sans vergogne tous les locaux croisant leur chemin, en enlevant des wans au passage dans l’espoir de montrer aux sénateurs celsniens « à quoi ressemblent les gens de l’autre côté du globe », et également dans l’espoir de trouver l’île de Tavaani. Par ces locaux, le nouveau capitaine, Larino nous enseigna ainsi l’emplacement exact de l’île, à travers un dédale de récifs et de hauts-fonds. Le 27 mars 1503, les eurysiens épuisés atteignent enfin l’île de Tavaani. Gulpo relate :
« Lorsque nous débarquâmes, nous mirent tous les genoux à terre et priâmes dieu. Nous plantâmes le drapeau de la Grande République sur la plage et avons fait revendication de cette île au nez et à la barbe des zélandiens. Nous avons pris possession cette terre au roi Hunnadon pour le punir de sa méchanceté à notre égard. Lorsque les natifs vinrent nous voir, nous leur avons fait la demande de voir où étaient les clous de girofle. Et sans doute effrayés, ils nous montrèrent de bonne grâce où poussent les arbres qui leur donnent naissance. Tavaani était une maison dieu dont la beauté ressemblait à un paradis terrestre. Mais désormais, il nous fallait remplir nos cales et repartir, car les zélandiens et tout autre mauvais sang aurait la hâte de piller également cet endroit. »


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Histoire des mentalités : l’église achosienne dans la province velsnienne d’Achosie du nord (du haut moyen-âge à nos jours)





L’île celtique, de par sa situation géographique, et sa situation excentrée par rapport au reste du monde chrétien, a toujours été riche de particularismes culturels liés aux spiritualités et aux croyances. Tardivement christianisée, l’île n’a eu de cesse de se démarquer, notamment par l’institution d’un clergé autonome de l’Eglise de Catholagne à partir du haut moyen-âge. Et si les anciennes croyances indigènes se sont éteintes durant cette période, elles ont continué de former un substrat notable qui jouit encore d’une certaine influence, et a certainement été un facteur de ce christianisme achosien aux aspects si singuliers. Par bien des aspects, le christianisme achosien a également été un vecteur, au haut moyen-âge, d’un certain rayonnement culturel, les insulaires ayant été parmi les premiers à organiser des communautés monastiques, se dotant d’une règle qui s’est répandue sur le continent jusqu’à Velsna, et ce bien avant que les guerres celtiques ne viennent lier l’Histoire velsnienne et l’île celtique de manière définitive. L’influence du christianisme achosien vient ainsi contredire un récit national selon lequel les deux pays n’avaient aucun lien avant cette série de conflits. Cet article aura donc pour but de mettre en exergue les influences des religieux venant de l’aile celtique au sein de la société velsnienne, puis à partir de la conquête, le renversement de situation qui voit les conquérants velsniens s’ingérer dans les affaires religieuses des habitants de l’île.


I) La règle de Saint Andrew : naissance du monachisme celtique et son influence à Velsna avant les guerres celtiques


Par bien des aspects, les pratiques religieuses achosiennes ont été les plus influentes dans le domaine de l’introspection et de la vie monastique. Ces derniers se caractérisent ainsi par des règles strictes de rupture avec le monde, rédigées par Andrew McDonagh, moine achosien venu diffuser ses écrits à la demande des établissements religieux déjà existants, à partir de l’année 921. En effet, si le monachisme était déjà une pratique répandue sur le continent, et ce depuis sa diffusion depuis l’orient leucytalien au Vème siècle, les différents monastères fondés dés cette période par les proto-états occitans, puis par les fortunéens à partir de la fondation de Velsna, ne possèdent pas d’une règle unique. Le christianisme primitif du haut moyen âge voit une multiplication des groupes ascétiques isolés, et peu organisés.
S’appuyant sur une doctrine extrêmement sévère fondée sur l’ascèse, l’isolement et la limitation à son minimum des échanges avec l’extérieur. Le silence, la frugalité dans l’alimentation, la récitation des psaumes, et la modération sont de mise.

Le vœu de pauvreté, qui se retrouvera plus tard dans la majorité des règles monastiques, est au centre de la vie spirituelle de la règle de Saint Andrew. Il est nécessaire d’abandonner l’ensemble de ses biens, l’héritage est interdit, et l’usure ainsi que l’épargne de richesses est prohibée. Le monde doit être gardé loin des moines. La pauvreté doit s’étendre au monastère dans le domaine économique : les troupeaux nécessaires à leur subsistance ne doivent pas servir au commerce, et tout revenu excédentaire qui pourrait voir une amélioration du confort des moines doit être donnée à la charité. A leur apogée, quinze monastères sur le territoire velsnien adoptent cette règle, et les plus grands d’entre eux abritent jusqu’à 3 000 moines.

Si dans un premier temps, une dizaine de monastères sur le territoire actuel de Velsna en adopte les fondamentaux, elle est rapidement secondée là où elle est appliquée, par les règles déjà existantes, principalement en raison de sa sévérité qui rend son application très difficile dans les faites. Sur le plan économique tout particulièrement, les monastères n’ont pas les moyens de se passer des échanges commerciaux avec l’extérieur, au sein de réseaux dont ces derniers sont à la fois tributaires et exportateurs de produits recherchés. La règle de Saint Andrew, bien que disparaissant progressivement des monastères à partir du XIème siècle, demeure une influence incontournable de toutes les organisations monastiques ultérieures. La règle est totalement disparue à la veille des guerres celtiques


II) Conquête de l’Achosie : rapports entre l’église achosienne et la Grande République


Si Velsna a un premier contact avec l'église insulaire achosienne par le biais du monachisme, les guerres celtiques vont englober l'ensemble de la société achosienne au sein de la Grande République, qui va devoir composer avec des équilibres déjà en place. Sur le continent, cette période correspond également avec une standardisation définitive des règles en vigueur dans les monastères velsniens, et la règle de Saint Andrew est incorporée dans d'autres corpus et fondue en un tout: la règle de San Stefano, qui devient un particularisme velsnien. Le christianisme achosien cesse dés lors d'avoir une existence propre sur le continent.

Dans l'Achosie velsnienne, la Grande République se retrouve après la conquête, à administrer un territoire immense où réside une population qui lui reste fondamentalement hostile, et dont le culte diffère fortement de l'orthodoxie de l'église de Catholagne qui s'impose de plus en plus strictement à Velsna et dans le reste de l'Eurysie occidentale. Malgré les insistances du Saint-Siège en faveur d'un effacement progressif des rîtes achosiens dans les paroisses, la Grande République se retrouve confrontée à la réalité politique, cherchant à ne pas s'aliéner les populations celtiques. Ainsi, durant les premières décennies de l'occupation, Velsna ne fait rien pour interférer sur les questions religieuses, du moins sur la forme que prend le culte.

Néanmoins, les premières mutations religieuses consécutives à la conquête se font sentir à partir du XIVème siècle. En effet, si aucun effort d'unification du culte dans une perspective favorable à la Catholagne est envisagée, la colonisation progressive des centres urbains par les velsniens du continent provoque de fait, des évolutions religieuses notable. Le culte catholan est ainsi importé depuis les autres territoires de la Grande République. Là où il est implanté, le plus souvent dans les villes, comme dit précédemment, le culte devient ainsi un marqueur social important entre une élite notable velsnienne et le reste de la population. C'est ainsi que débute involontairement et sans la moindre action de la Grande République, un processus de "velsianisation" d'une partie de la population, le plus souvent dans des strates sociales ayant un intérêt économique à intégrer le rite catholan, qui est souvent adopté de pair avec la langue de la métropole. Il naît ainsi une fracture profonde entre des achosiens "velsnanisés" à divers degrés, détenteurs de la plupart des grandes propriétés agricoles, et le reste de la population.

C'est souvent dans ce cadre que naissent les phénomènes de réaction à de grands changements sociétaux tels que celui-ci. Ainsi, le culte achosien devient rapidement un point de ralliement pour des pans ignorés de la société coloniale en train de se former en Achosie du nord, de même que l'est la préservation de la langue celtique. A partir de ce point seulement, le gouvernement velsnien commence à s'ingérer de plus en plus dans les grands théologiques secouant l'île, et tout particulièrement pour tirer profit des considérations politiques qui y sont liées.

Ainsi, et suivant la situation, les siècles suivants sont marqués par une profonde ambivalence dans les relations entre l'église achosienne et la Grande République, alternant entre des phases de détente et de tension. Les paroisses achosiennes prennent une place importante dans la lutte pour l'indépendance de l'Achosie du sud où le culte était encore majoritaire, et où les églises étaient les seuls lieux de rassemblement et d'expression permis par la Grande République.

L'indépendance de la partie sud du pays provoqua une réaction particulièrement violence du pouvoir velsnien, qui exigea de toutes les paroisses achosiennes une rupture des liens avec l'Eglise ayant son siège dans la partie sud du pays. Cet édit fut partiellement appliqué, et diversement reçu par les intéressés. En témoigne de la proximité, à partir du XIXème siècle, entre les membres de l'AIAN et le clergé achosien , qui leur offrit volontiers une assistance financière et refuge à de nombreux membres du groupe terroriste.

La dernière phase de la guerre face à l'AIAN, dans les années 1980-90 a été marqué par les dernières violences relevées à l'encontre du culte achosien, non pas par le pouvoir, mais par certaines milices para-militaires de Strombola et de Velathri à l'encontre de lieux de culte. une dizaine d'églises et chapelles ont ainsi été incendiées et détruites au cours des évènements.

Depuis 1997 et la restauration de la paix civile, les relations entre velsniens et l'église achosienne se sont détendues dans le cadre de l'accord du mercredi saint. Le gouvernement velsnien reconnait ainsi l'autonomie des paroisses achosiennes en les plaçant hors de la juridiction des cités, en échange de quoi l'église accepte d'intégrer ces dernières dans le cadre de leurs grands débats théologiques. De même, il existe désormais une rupture de relations entre l'église achosienne du sud et les paroisses du nord. Pour le moment, cet accord semble globalement respecté.



III) Situation actuelle du culte achosien en Strombolaine


De nos jours, les accords de 1997 tiennent toujours malgré des tensions sporadiques, et les cités velsniennes ont octroyé l'autorisation pour les suivants du culte achosien, de pouvoir de nouveau ériger des lieux de culte au sein des villes intra-muros. (suite plus tard)
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Peuples et contrées de l'île celtique: roitelets, tyrannies et tribus de Menkelt
Par le Sénateur Mario Jacomelli (1273)



Parmi tous les peuples de l'île des celtes, il serait aisé d'en oublier certains. Les peuplades celtes sont comme des agrégats qui se forment et se déforment comme de la cire, qui prennent une telle forme suivant leurs situations, et qui elles mêmes se nomment "Menkeltiennes" pour celles au sud du pays des achosiens, que l'on pourrait rapprocher du terme de "Keltoi", "homme libre". A la différence des peuples d'Achos qui vivent sous un joug éclairé, ceux ci n'ont pas de cité et vivent en tribus, avec des réflexes propres aux nations qui n'ont pas de lois. Ils ne se fient qu'à leur sang, n'ont de règle que l’hérédité la plus simpliste et la tyrannie ponctuelle de ces tribus sous l'égide d'un "rex", un roi, qui les unifie par la guerre, pour qu'ensuite, son royaume disparaisse à sa mort.

Toute cette peuplade appelée aujourd'hui "menkeltienne" a la manie de la guerre: elle est irascible, prompte à la bataille, du reste simple et sans malice, car elle n'en dégage pas l'intelligence suffisante pour l'opérer. Contrairement aux achosiens qui ne vivent que par le mal. Simplistes oui, mais une fois irrités, ils se rassemblent en foule pour courir aux combats, et cela avec éclat, sans aucune peur, de sorte qu'ils tombent facilement sous les coups de ceux qui veulent employer contre eux les stratégies les plus simples. Et en effet, qu'on les excite, quand on veut, où l'on veut, et pour le premier prétexte venu, on les retrouve prêts à braver le danger pour n'importe quelle raison, sans avoir pour entrer dans la lutte autre chose que leur force et leur audace. Ils sont, à ce titre, bien plus sauvages que les cités ahcosiennes du nord, dont le génie collectif Si, l'on agit sur eux par la persuasion, ils s'adonnent aisément aux travaux utiles, jusqu'à s'appliquer à la science et aux lettres. Leurs forces tiennent en partie à leur taille qui est grande, similaire à celle des achosiens, et également en partie à leur multitude. Car il faut noter qu'ils sont en grand nombre, et font rapidement des fils et des filles. S'ils se rassemblent en grande multitude avec tant de facilité, cela vient également de leur simplicité et de leur fierté personnelle qui sont des qualités qu'ils partagent avec les autres celtes. Aussi, ils s'associent toujours à l'indignation de quiconque leur paraît victime de l'injustice. Si ils ne vivent pas en cités civilisées, leurs penchants tribaux les poussent à se quereller entre leurs familles, et l'affront fait à un père peut se reporter sur les épouses, les enfants ou sur n'importe quel proche. A la vérité, ils sont sauvages et vivent sans les chaînes d'aucun conquérant, ce dont ils tirent une grande fierté.

Quand ils se battent, ils n'ont pour toute défense qu'un bouclier étroit et une pique. Ils portent en outre une épée suspendue au côté sur ce corps tout nu. Ils ne connaissent l'usage ni de la cuirasse ni du casque : ce seraient, à leurs yeux, des entraves au passage des paysages étriqués et des marais du centre de leur pays. De ces marais s'élèvent des vapeurs, des émanations épaisses dont l'air, en ces contrées, est souvent obscurci.

Au propos de ce peuple, nous ne ferons pas mal d'en donner ici l'histoire en raccourci, car ils n'en ont que de considération eux-même, pas assez pour écrire leur propre passé. Cependant, il convient de dire que les menkeltiens et les achosiens avaient déjà une histoire longue de guerres et de paix lorsque les enfants de Fortuna eussent transformer Achos en bel endroit. Dans la généralité, Achos a toujours attiré la convoitise de ces tribus moins riches et possédantes qu'eux même.

Si ces gens sont grands en nombres, ils sont également grands en peuplades. On peut ainsi dire que le pays de Menkelt n'existe que lorsqu'un roi réussit à le prendre pour lui. Ces tribus sont sans nombre, tellement que l'on pourrait penser que chaque famille en est une. Au reste, il nous faut parler des lieux qu'ils habitent. Sur les côtes, je parlerai de ces grandes plaines et des douces collines, qui forment un paysage moins escarpé qu'à Achos. Pour les sommets de ces montagnes, personne, jusqu'à présent, n'y a fixé son habitation. Le centre du pays est ainsi beaucoup peuplé, ne serait-ce que par la difficulté d'y monter, et les neiges dont ils sont toujours couverts qui les rendent inhabitables. Tout le pays, depuis le commencement de la côte est à sa fin, est dans les mains d'un clan nommé "Le Gall": c'est ici bas que se trouvent les bourgades les plus importantes. Si ces barbares n'ont pas de villes, ils ne sont pas nomades pour autant, et se fixent régulièrement tout au long de l'année au même endroit. Et si il n'existe pas de villes comme les nôtres, ces contrées abritent de grandes fortifications, car ses hommes règlent leurs problèmes par la guerre, et chaque clan doit se défendre de l'autre.

Concernant leur habillement, tout comme les achosiens avant leur conquête, ils ne connaissent pas, en effet, l'usage des vêtements, mais ils portent au-dessus du ventre et autour du cou des ornements de fer qui sont pour eux une parure et un signe de richesse, comme l'or pour les autres barbares. Ils se font sur le corps, au moyen de piqûres, des peintures variées, des images d'animaux de toute espèce. Aussi ne s'habillent-ils pas pour ne point recouvrir ces peintures de leur corps.


Aussi pour finir, si les velsniens n'ont pas conquis ce pays, ce fut avant tout car il ne contenait rien de valeur, et que le faible esprit des mankeltiens n'en faisaient pas des peuplades dangereuses. Tout juste nos pairs du Sénat ont trouvé digne la solution d'instaurer à nos frontières d'avec ces gens des fortins et des barrières pour le péage.

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Grande Histoire de l'Eurysie récente: Envahisseurs des rochers de Nouvelle Kintan
Par Gina Di Grassi (2015)



Il y a beaucoup de peuples qui ont marché d'un continent vers l'autre, au temps des explorations. Mais lorsque la vapeur et le charbon ont remplacé les voiles, il était sage de penser que ce temps, où les uns allaient et réclamaient les terres des autres était terminé. Le rocher de la Nouvelle-Kintan est donc une exception sur laquelle il me plairait de m'attarder. Mais je ne pourrais vous parler de ce lieu dans vous décrire par quoi il fut passer, le nombre de fois où les armes furent le moyen de le prendre, dans ces pays pays barbares dont nous peinons à imaginer la cruauté des mœurs.

On soutient que les auccit, des peuples occitants, sont les premiers de tous les hommes à avoir habité ces endroits de Biarres après que l'Empire des rhémiens, qui couvrait toute la circonférence de ces terre n'ait chuté, et que les preuves en sont évidentes. D'abord, tout le monde étant à peu près d'accord qu'ils ne sont pas venus de l'étranger, et qu'ils sont nés dans le pays même, on peut, à juste titre, les appeler des indigènes. Avant qu'ils eussent été touchés par l'Eglise de Catholagne, on dit qu'ils partageaient des histoires de païens sur leur propre naissance. Ils soutenaient ainsi qu'eux même étaient les premiers hommes à être sortis du sein de la terre, comme de l'argile prête à être modelée. Ils ne sont pas le seul peuple de la lointaine antiquité à se choisir un destin digne d'un mythe, mais cette histoire motiva les gens de Velsna à appeler les terres du Biarres "le pays d'Argilie".

En réalité, on sait maintenant qu'ils ne furent pas les premiers, et qu'avant que les velsniens les rencontrent, d'autres barbares ont marché dans ces plaines vertes et pluvieuses. Au premier rang desquels figurait un peuple parlant une langue proche de celle des achosiens et des menkeltiens d'aujourd'hui, qui sont les hommes les plus proches de l'état de la nature. Ensuite, ils furent chassés par des gens parlant une langue raskenoise, et enfin des occitans venus du pays vert de Gallo, que l'on nomme désormais Gallouèse, peu après la fin de Rhême. Nous sommes d'accord, nous, velsniens savants qui avons la lumière et le savoir, que le rocher de Nouvelle Kintan était compris dans cette terre, et qu'il était un promontoire rocher idéal pour regarder le progrès des navires, lesquels ont commercé grandement et fortement avec notre cité dés lors que nous les avons croisé. On dit même, dans du folklore dépassé, que certains des premiers colons qui ont fondé notre ville, auraient fait escale parmi ces barbares parlant le gallo, avant de reprendre la mer et d'enlever la plaine de Velsna aux barbares auccit. Le rochet appartint à beaucoup de nations disparues: comme le Prontis. Mais tous ces pays disparurent, car les barbares de l'Argilie étaient comme beaucoup de ces peuples venant du pays du salaire et du pays de Gallo, des gens à sang chaud qui eurent du mal à se gouverner eux même. On dit qu'ils étaient confus, mais pas autant que les gens de Valinor tout de même. Aussi, le rocher de Kintan fut partagé par des tribus, puis des petits rois, avant les franciens n'unissent les terres jusqu’aux frontières du pays des velsniens.

A l'époque où les velsniens eussent conquis le terrible fléau d'achosie, dans les années 1220, vint le temps de quatre royaumes, qui laissèrent place au début de l'ère de la vapeur, lorsque les rois Adberg donnèrent enfin la paix à leurs terres. C'est dans ces terres qu'étaient le rocher lorsque les gens d'Alkat survinrent de par delà l'eau. On dit beaucoup que ceux de ce pays étaient à la recherche de la cruauté, car d'autres avaient été cruels avec eux. Mais je connais beaucoup de pirates et de goujats des mers qui eux aussi, justifient leurs crimes par d'autres qu'on leur aurait donné. Leur arrivée fut surprenante, car nous ne savions pas que des gens autres que ceux des peuples de la mer habitant au Pharois, eussent été pirates dans ces contrées. Et surprise parmi les surprises: ces gens que d'aucun décriraient comme simples avaient réussi à caboter sur les côtes de la Zélandia, puis des pays occitans, avant d'arriver en vue des berges de Biarres.

Aujourd'hui encore, cela est difficile de croire, tant le culot de cette entreprise fut grand. D'autant que les gens du pays d'Alkalt eussent été illettrés, mal nourris, des dents tombantes et des ongles qui cassent car ils ne connaissaient pas l'usage du citron pour les longs voyage en mer. Ils surveillaient les côtes à la recherche de pillage et de terres, sur le pont des navires où ils apparaissaient maigres comme des morts. Ils se promenaient de nuit, et parfois ils accostaient pour toucher la terre, pour la sentir avec leurs mains et la goûter avec leurs langues. Le sel était comme seule nourriture pour calmer leurs tourments. Mais les morts de faim se battent toujours mieux. Alors lorsqu'ils virent la terre du rocher de Kintan, comme ils l'appelaient eux même, qu'ils mesurèrent de loin l'étendue du promontoire rocheux et la profondeur de la baie, ils voulurent s'installer.

Mais comme je l'avais dit, il y a avait des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards et une petite ville qui tirait ses lois du pays de l'Argilie, des seigneurs de Biarres. Diminués, ils attendirent la nuit pour poser navire dans la baie, à l'abri des regards. Et à la faveur de la nuit ils entrèrent dans la petite ville, dans les maisons, dans tous les bâtiments, en s'approchant du lit des hommes et des femmes de bien. Ils avaient des lames, des fusils et des pistolets, dont ils se servirent pour tuer autant que possible: massacrer, torturer, brûler, poignarder jusqu'à ce que leur bras fort soit épuisé et engourdi. Et au petit matin, la ville eu changée de mains, passant entre les mains des gens du pays de l'Akalt. Bien plus, tard, nous sûmes que la fourberie des zélandiens à pactiser avec les barbares les avaient mener jusqu'ici et permis d'exister dans des terres civilisées. Aussi, personne n'approcha sa main de la Nouvelle Kintan, qui était devenue un repaire de gueux de la mer, et qui paraissait davantage taudis insalubre que cité, car ses gens 'étaient fort simples, bien trop pour connaître les égouts, les châteaux d'eau, les tuyauteries et les douches.

Parmi tous ceux qui pleurèrent, ce furent ceux du pays de l'Argilie et de Biarres qui firent les plus peinés. Depuis, les gens du pays des velsniens évitent ces eaux chargées d'immondices, et de cette ville émane toujours l'odeur du meurtre et du carnage.


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La Matteade, extrait du Livre VI: être et paraître dans les pays rouges
Par Gina Di Grassi (2015)


"De tous les eurysiens, les loduariens sont les plus braves."



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Depuis son exil causé par son assassinat de la famille proche de "l'usurpateur" Dino Scaela, la velsnienne Gina Di Grassi a débuté un travail de compilation de l'ensemble des témoignages de la vie du sénateur Matteo Di Grassi, depuis sa naissance jusqu'à la guerre civile de 2013-2014. Assumant totalement la nature de l’œuvre, inspirée du panégyrique velsnien, mêlant lyrisme et données historiques autour d'une figure centrale, ces travaux ont toutefois prit une tournure différente. En effet, le récit fait part de nombreuses digressions portant sur des thèmes plus proches de la géographie, de l'ethnologie et de la sociologie. L'autrice s'attache à replacer la guerre civile velsnienne dans un monde en subissant des changements profonds, et s'attarde donc sur les autres acteurs de ce qu'elle nomme "une grande scène de théâtre où Dame Fortune a pourvu un rôle précis à chacun". Dans l'extrait présent, cette dernière fait part d'une description succincte d'entités qu'elle rassemblent sous l'appellation de "pays rouges", qui en réalité se focalisent essentiellement sur les contrastes observés par l'autrice en témoignage de première main des loduariens et kah tanais dont elle a fait la rencontre entre 2012 et 2015. L'ouvrage de la Matteade, qui paraît à titre périodique dans un format mensuel, connait déjà un franc succès dans plusieurs pays eurysiens, et les quelques ressortissants velsniens en Paltoterra commencent à le faire circuler sous ces latitudes.


Il était l'année 2013, au mois de mai, lorsque nous vîmes pour la première fois de nos yeux des gens du pays de Loduarie. Dans son exil en la cité libre de Cerveteri d'Afarée, le sénateur et triumvir mon père se saisit de la guerre comme sceptre et hissa la rébellion comme drapeau, après que le tyran scaelien eut causé le mal dans les murs du Sénat. Il n'était nulle famille de longue naissance de notre République à ne pas accuser la mort, la perte et le chagrin. Comme dit à la fin de mon livre précédent, celui que l'on ne nomme pas, porta la guerre dans notre enceinte sacrée. Il tua non seulement quarante sept de ses frères de Sénat, ses compagnons et ses compatriotes, car porter une couronne comme un tyran venu tout droit des patries barbares de Teyla ou de Karty n'était pas son seul dessein. On ne cache pas le secret que des jours durant, il avait fait une longue liste des lignées devant être "taillées à la racine", qu'importe l'âge, que ses ennemis soient dans leur berceau ou sur leur lit de mort, qu'ils possèdent la vigueur masculine ou féminine... Aussi, Scaela, non content de la jouissance du massacre, fit entrer ses hommes dans chaque maison de citoyens illustres par leur fonction, pour y raccourcir les femmes, les vieillards et les enfants. Le sénateur mon oncle eut été à pleurer à cette occasion, et il incomberait plus tard à ma tâche de reprendre son corps pour le donner à une mort plus décente, et qui illustre mieux son rang.

Le sénateur mon père eut la chance d'avoir été au départ plusieurs semaines de cela, et s'était préparé avec clairvoyance à cette évidence que les intrigants eussent déjà pris le pouvoir dans la cité. Il acta son départ trois semaines avant cela, sous le prétexte d'une querelle frontalière avec les gens du désert au delà de la cité de Cerveteri, et que ses magistrats eussent fabriquer dans leur ruse. Le sénateur mon père prit donc la tête des deux flottes où nous avions toute notre clientèle nous tenant en affection et en amour, prête à défendre la cause la plus juste, et avec la promesse des cités d'Achosie du Nord et d'Afarée qu'une armée nous attendrait au delà des mers. Mais lorsque nous arrivâmes sur les plages de Cerveteri, le sénateur mon père fut contrarié de n'y voir que 2 000 gardes civiques plutôt que les milliers de citoyens qui devaient faire défection de la poigne du tyran. Nous eûmes été proches de l'abandon, et nous passâmes plusieurs jours en ruminations vaines, dans l'asile qui nous avait été donné par ces honorables gens de Cerveteri. Nous fûmes renforcés de gens du pays des margoulins, venant de la barbarie des eurysiens orientaux, contre de la monnaie qu'ils regardent toujours d'yeux avides et peu fiables. Mais ce n'était pas là suffisant, et il nous fallu assurer le concours d'autres barbares qui avaient été fort aimables avec le sénateur mon père par le passé.

Le mois suivant notre venue en la cité de Cerveteri, il nous fallu accueillir des hommes étranges du pays de Loduarie, et sur ce pays, je dois me permettre de m'arrêter pour en souligner l'étrangeté de ces gens. Comme l'ont des auteurs illustres que je ne fais que copier pâlement, le pays loduarien abrite plusieurs millions de ces gens, dont on ne dit qu'ils parlent peu, rient peu, mais font beaucoup. Les loduariens que j'ai vu et entraperçu furent des alliés précieux, qui étaient peu curieux de nous, qui au contraire, étions dans leur fascination. Les gens de ce pays rouge étaient peu curieux de tout, ne faisait guère fit de bon comportement et de retenue, et nous adressaient guère plus de cinq mots dans la même phrase. Cela ne signifiait certainement pas qu'ils eussent été idiots ou retardés d'une manière quelconque, ou qu'ils ne ressentaient pas: ceux-ci n'accordaient tout simplement pas une grande importance au commun de ce qu'ils croisaient en dehors de leur patrie. On dit souvent que chez les loduariens, revient à passer pour un idiot. C'est faux toutefois d'affirmer que l'humour loduarien n'existe pas, car je puis avoir eu à mes oreilles des anecdotes parmi lesquelles celle ci-ci figure au premier plan.

Un loduarien et teylais entrent dans une musée et contemplent des tableaux. Le teylais commente chaque toile avec une grande passion, et sur certaines d'entre elles qui célèbrent ses combats, il s'empresse de faire parler son orgueil: "Regardez comme nos gens se battent bien et sont braves.". Le lorduarien répond simplement: "Oui, vous vous battez bien. En peinture.".

Les loduariens peu loquaces, associent cette qualité à leur humour, qui est aussi cassant que leur humeur du quotidien. Ils utilisent peu de mots pour souligner des situations qui en deviennent souvent amusantes. Ce que je nommerais, du "laconisme loduarien". Outre cela, les gens de ce pays ne font que peu de cas des bijoux, des parures et de tout ce qui brille, et que l'on prend là bas pour superflus. Je considère que le régime et la politique n'ont que peu à voir avec cette réalité, et que la cause de ces comportements sont à chercher plus loin que la Loduarie des communistes.

La Loduarie a toujours été une peuplade dirigée par le principe de la force et de la barbarie juridique, et dont la Démocratie communiste n'est qu'un prolongement culturel. Ces gens, qui descendent pourtant en partie du peuple des gallo, de l'actuelle Gallouèse, qui est une patrie radicalement différente, n'ont jamais connu au cours de leur Histoire, une dynamique propre au développement de l'individu comme valeur. A l'inverse, la dynamique du groupe y est forte, et la pression sociale de ce dernier l'a toujours écrasé. Ces solidarités locales de l'ancien temps, ont mené pour le moins logiquement à des gouvernements qui s'appuient sur elles. La Loduarie a connu des idéologies dignes de la barbarie étrangère, et qui font appel à l'autorité. Le régime des fascistes loduariens a bien davantage marqué ses suivants que l'on ne veut bien le penser, et il a institué un rapport de gouvernant à gouverné extrêmement déséquilibré. Les loduariens parlent la même langue que celle qui les gouverne: celle de la force. Le régime des loduaristes n'a fait que reprendre ces solidarités et cette relation, qui est désormais est inscrite dans le comportement de sa population. Les gens de ce pays rouge respectent les individus qui font étalage de cette force, et maudissent ceux qui pensent autrement. Ils réprouvent l'achat de la paix par l'argent et l'or, et refusent les cadeaux qu'ils ne voient comme de la faiblesse. Aussi, cela entre dans la contradiction de nos coutumes, nous qui couvrons de présents les étrangers selon nos convenances, et qui entretenons l'affection de notre clientèle. Comme tous les gens de son rang, le sénateur mon père aime à faire venir tous ses clients pour distribuer et faire preuve de largesse. Aussi, lorsque le sénateur mon père fit la rencontre du "roi des loduariens", les cadeaux et l'affection le laissèrent indifférents, lui qui ne voyait que la force. Inversement, il admirait le sénateur mon père pour son expérience de la guerre.

Les gens du pays de Loduarie n'obtiendraient pas la justice si je ne m'étendais pas sur la façon qu'ils ont de se battre, de vivre et de mourir. Il est peu de peuples parmi les gens d'Eurysie que je ne pourrais qualifier de plus courages qu'eux. De tous les eurysiens, les loduariens sont les plus braves, sans nul doute. Parmi les hommes servant le sénateur mon père, les mercenaires du pays rouge se distinguèrent chaque jour de cette guerre. Il vont au combat sans beaucoup d'armes et de protections, n'ont que peu d'égard pour leurs propres vies, et ne font gère passer leurs ordres ou leurs devoirs avant quelque distraction superficielle. Ils ne questionnent pas leur commandement, et se battent sans réserves. Aussi, je n'ai vu que peu de femmes parmi leurs soldats et leurs dignitaires. Je ne connais rien de la façon dont les loduariens regardent leurs épouses, leurs mères et leurs sœurs, mais la guerre et la politique semblent éloignées de ce que les loduariens s'accordent comme étant une norme chez les femmes.

L'on ne saurait clôturer cette digression au propos des peuples rouges de Loduarie sans évoquer leur "roi", qu'ils nomment plus simplement "secrétaire général". Le sénateur mon père me la décrit en ces mots, dont la plupart m'ont été rapportés par le sénateur mon père. Courageux mais impulsif, il aurait fait un bon politicien à une autre époque, et aurait sans doute été considéré par les héros des guerres celtiques si il y eut prit part. Il aurait sans doute trouvé sa place dans une autre vie parmi les chasseurs de Strombola et aurait combattu pied à pied la horde des achosiens. Le secrétaire général n'apprécie guère d'autres qualités que la force du caractère, et n'a pas le sens des manières. Pour beaucoup de fois, il est riche d'injures, mais qui renforcent sa posture. Il règne par la brutalité, parce que c'est ce à quoi la Loduarie est habituée depuis bien avant son avènement. A bien des égards, il est une manifestation physique du peuple loduarien, comme rarement des rois, seigneurs, tyrans ou autres chefs d'état ne l'ont été. Il ne gouverne pas seul, car il fonde ses décisions sur le conseil d'autres parmi son armée et son assemblée, mais il en assume toutes les décisions par son omniprésence. La force étant la loi chez les gens du pays de Loduarie, l'armée a davantage d'affection dans son cœur que son assemblée. A bien des égards, il s'appuie au bras d'instances uniquement consultatives. Les attributs de son pouvoir laissent paraître la simplicité avec laquelle il définit sa fonction, et qui peut également être l'héritage d'une culture matérielle loduarienne laconique et avare de symbolisme.

(portrait de kah tanais à suivre...)
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La Matteade, extrait du Livre VI: kah-tanisation et velsnianisation
Par Gina Di Grassi (2015)


"Les gens du pays des pyramides se comportent comme des velsniens à qui on aurait ordonner de partager leurs jouets."



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Depuis son exil causé par son assassinat de la famille proche de "l'usurpateur" Dino Scaela, la velsnienne Gina Di Grassi a débuté un travail de compilation de l'ensemble des témoignages de la vie du sénateur Matteo Di Grassi, depuis sa naissance jusqu'à la guerre civile de 2013-2014. Assumant totalement la nature de l’œuvre, inspirée du panégyrique velsnien classique, mêlant lyrisme et données historiques autour d'une figure centrale, ces travaux ont toutefois prit une tournure différente. En effet, le récit fait part de nombreuses digressions portant sur des thèmes plus proches de la géographie, de l'ethnologie et de la sociologie. L'autrice s'attache à replacer la guerre civile velsnienne dans un monde subissant des changements rapides et profonds, et s'attarde donc parfois sur les autres acteurs de ce qu'elle nomme "une grande scène de théâtre où Dame Fortune a pourvu un rôle précis à chacun". Dans l'extrait présent, cette dernière fait part d'une description succincte d'entités qu'elle rassemblent sous l'appellation de "pays rouges", qui en réalité se focalisent essentiellement sur les contrastes observés par l'autrice en témoignage de première main des loduariens et kah tanais dont elle a fait la rencontre entre 2012 et 2015. L'ouvrage de la Matteade, qui paraît à titre périodique dans un format mensuel, connait déjà un franc succès dans plusieurs pays eurysiens, et les quelques ressortissants velsniens en Paltoterra commencent à le faire circuler sous ces latitudes.


"La langue est le plus important moyen de perception de l'univers.", aura dit Philinius de Velcal, il y a huit siècles de cela. Il est tâche difficile de concilier les patries dans une même entité et de les confondre en une seule. La langue l'en empêche souvent. Le langage est la fenêtre d'un monde, et chaque langue est un monde différent. Lorsqu'une langue s'éteint, un monde s'en va: une manière de désigner les objets, les individus, rien que la manière dont les vents soufflent sur nous. Il y eu dans la plaine velsnienne il y a longtemps, des gens que l'on appelaient "auccit". Ils parlaient la langue des bardes et des poètes, et ils ressemblaient aux parlers que l'on trouvait dans le pays gallouèsant. On dit qu'ils étaient proches, et les écrits qu'ils nous ont légué le prouvent, même si je n'ai pas la science nécessaire pour le démontrer par moi-même. Dans la langue velsnienne moderne, il n'y a qu'un mot pour désigner une plaine "herbeuse". Les auccit, eux qui étaient de grands pasteurs gardant des troupeaux immenses de chèvres et de brebis, avaient plus d'une dizaine de termes pour décrire la densité de l'herbe et leur texture, et cinq pour décrire la façon dont le lierre s'accroche aux maisons. Mais en retour, ils n'avaient qu'un mot pour désigner la coque d'un navire, les velsniens de notre patrie, eux, en possèdent un lexique entier permettant de distinguer des coques flexibles, rigides, faites de tout types d'arbres. Les auccit, qui n'existent plus que dans nos livres, possédaient un monde que nous ignorions, et qui a disparu à leur suite. Comme beaucoup de nations, ils n'ont pas survécu aux constructions politiques qui ont fait nos empires, nos royaumes et nos républiques, car leur façon de s'exprimer avait perdu tout sens politique, et ne procurait plus la reconnaissance sociale d'un groupe cohérent. Le terme de "velsnianisation" s'est imposé dans notre pays pour désigner ce processus qui conduit à la destruction des particularismes, qui d'une triste manière, ne sont bien souvent pas de la volonté du gouvernement de la République. Et à bien des égards, il m'a été permis d'observer, alors que nous étions en pleine guerre contre les tyrans scaeliens, un phénomène similaire dans un autre pays, que l'on me décrivait pourtant comme étant différent de tout ce qui fait un homme ou une femme.

Cerveteri fut une étape importante, non seulement dans l'existence de notre rébellion légitime, non seulement car nous nous battions pour préserver des institutions, mais également car l'éloignement de ma patrie m'a permis d'adopter une approche différente de ce qui m'entourait. Mais par dessus tout, il fallait, dans la jeunesse de mon frère qui n'avait que douze ans, prouver auprès du sénateur mon père, car j'étais dans l'âge adulte, que mon éducation et mes compétences fussent utiles à ses desseins. Aussi, il me fit venir auprès de lui, et de plus en plus, me confia des tâches que l'on ne donnerait peu à une femme dans notre pays. Non pas qu'il n'y eut jamais femme importante de notre patrie: le sénat est peuplé de femmes, beaucoup moins nombreuses sur les hommes, certes, mais on a souvent coutume de dire que ce sont avant tout des femmes qui se font passer pour homme, et qui abandonnent leur condition le temps de leur tâche ou de leur mandature. Le sénateur mon père lui-même m'a souvent dit: "Si seulement tu avais été homme. Tu n'aurais pas eu le temps de réfléchir, avec l'intelligence qui est tienne, de toutes les difficultés de ta condition.". Ainsi, c'est comme si, en m'ordonnant de devenir son émissaire, qu'il me demanda de devenir un homme.

J'eus à visiter l'impératrice de Lykaron pour y récupérer le corps du sénateur mon oncle, illustre parmi les illustres, et mort pour la patrie. Cela me rendit plus proche du sénateur mon père, qui m'envoya donc pour un labeur plus délicat encore. Depuis de longs mois, les gens de Cerveteri vivaient en bonne entente avec les cités voisines, qui elles, vivaient dans la concorde du pays des pyramides grâce aux efforts du sénateur mon père. Dans sa diplomatie, celui-ci perçu la force de ces gens, et la possibilité d'aider Dame Fortune à nous obtenir un triomphe, en confiant cadeaux et offrandes à ces barbares. Je devais ainsi conclure le commerce qui accorde la paix avec eux, et nous voyageâmes jusqu'aux pyramides. Dans un premier temps, je m'y opposais, car notre retour parmi les nôtres était imminent, et j'avais la crainte de perdre ma participation à la bataille. Mais mon père illustre m'assura su contraire, et que je serais revenue bien avant. Il argumenta aussi qu'au vu de mon âge, je devais désormais m'acquitter des moyens de créer mon propre réseau de clients et d'amis fidèles. A ce titre également, je devais devenir "homme libre" de notre cité.

Tout comme les gens des patries onédiennes et loduariennes, les gens des pyramides pensent posséder les outils à la gouvernance de l'univers, et prétendent être bien davantage que leur propre pays, si on puis l'appeler ainsi, car leur patrie diffère de la nôtre par sa conception même. Le mot "patrie" est exclusif, car il pose une barrière entre un groupe et le reste du monde, aussi, je pense qu'ils ne l'aime guère. Pourtant, à bien des égards, ce mot s'impose de lui-même, car le monde entier n'est pas encore devenu partie de leur empire. Empire il y a indéniablement, et là encore, ils n'apprécient guère cette appellation par pudeur davantage que par les faits qui me donnent raison, s'agissant d'amener toutes les parties de l'univers sous une autorité unique, et qu'eux même décrivent comme une fatalité qui arrivera quoi qu'il en soit. L'Empire des kah tanais fonctionne par bien des manières de la même façon sur les groupes humains que bien d'autres: le désir de destruction ou de parasitage des solidarités locales, et leur supplantation par un intérêt commun que l'on estime supérieur. Les kah tanais pratiquent à une autre manière ce dont le sénateur mon père m'avait enseigné sur la conquête de l'Achosie par nos ancêtres: la conquête des cœurs doit succéder à celle des armes, toujours. Ainsi, les velsniens de notre patrie, au XIIIème siècle se sont beaucoup marier avec des élites achosiennes, ont intégré leurs vieilles institutions aux nouvelles cités de Strombola et de Velathri, les ont parfois cajoler, ce qui a fragilisé les structures existantes, ou les a assimiler à défaut de les détruire.

C'est ainsi qu'en tant qu'honorable descendante de la patrie des commerçants, je recommanderais au lecteur de ceci qui serait à la recherche de conseils à l'heure de parler à des gens de ce pays. Je demanderais à vous autres de ne jamais considérer un cadeau comme tel, à ne jamais acquérir quelque chose de leur main par la facilité, et à ne pas oublier les visions à long terme qui manquent tant à certaines de ces excellences du Sénat. Il est tout à fait possible d'obtenir la concorde de ce peuple, à ne condition de ne pas montrer son dos, et de ne pas perdre de vue la volonté de ce groupe, qui réside dans la fragilisation des groupes sociaux qui ne sont pas les leurs. Ainsi, si le traité que j'eus signé avec eux était tout à fait banal, il reflétait de cette volonté des gens des pyramides, d'acquérir les moyens de la richesse, et de la diffuser à leur avantage. J'eus refusé cette offre, et consentit à un échange plus juste où ils ne seraient jamais en situation de contrôle de la volonté du peuple de notre cité.

Pour revenir à mon propos des langues, par bien des aspects, velsniens et kah tanais règlent les problèmes de l'univers de la même manière, mais à un dessein différent, et dans des mesures différentes. La violence est rarement la première des possibilités, bien qu'elle existe, et bien que cet Empire fut suffisamment fort pour imposer sa volonté à quiconque. Les gens du pays des pyramides se comportent indéniablement comme des velsniens à qui on aurait ordonner de partager leurs jouets, et beaucoup de leurs actions ont les mêmes effets, comme sur les langues et les cultures.

Nos gens, dans leur expansion à une époque lointaine, n'ont jamais eu à imposer leur langue aux auccit, aux achosiens et aux aleuciens d'outre Espérance. Jamais les achosiens n'eurent cette obligation de parler comme nous, de se mouvoir comme nous et de penser comme nous. Au contraire, nous avons longtemps conçu, et pour beaucoup, nous concevons toujours notre langue comme une manière de distinction sociale, comme un privilège réservé au centre de l'univers davantage que comme un droit. Bien souvent, les effets les plus malheureux de nos actions ne sont pas nos premières vocations. Nous n'avons jamais imposé le velsnien aux achosiens, pourtant, cette langue paraît aujourd'hui faiblir dans ma contrée natale d'Achosie du nord, et moins du tiers de ses gens la pratique de nos jours. Ma grand mère maternelle parlait encore la langue des barbares, mais moi, je ne puis en dire le moindre mot. Non pas par ce qu'on m'y a forcé, mais parce que l'achosien ne procurait plus aucune sorte d'avantage à l'élévation de soi. Le sénateur mon père lui-même, citoyen avant tout de la cité de Strombola, a perdu son accent dés qu'il eut passé ses trois premières années au sein de la Marineria, dans sa jeunesse. Moi-même, je me surprends parfois à jurer au nom de Dame Fortune, non pas parce qu'elle signifie quelque chose pour moi, mais qu'elle a une valeur pour le reste de mon entourage. Ainsi vont les effets de masse, et ce sont les effets de masse qui conduisent le Grand Kah et notre cité à avoir les mêmes finalités sur le reste de l'univers: la disparition progressive de ce qui ne représente plus un moyen d'ascension sociale ou de distinction.

Les kah tanais sont des barbares difficiles à décrire, car il y en a beaucoup de peuples, dans cet Empire. Mais ils ont une langue commune, le syncrétique. Si je puis la décrire, c'est pour souligner l'intelligence de sa construction. Tout semble avoir été codifié pour faciliter son usage, ne serait-ce que par les langues d'emprunt qui l'ont formé, et qui pour beaucoup, sont des langues locales que l'on a intégré à une bouillie pour la rendre comestible auprès des gens de l'Empire. Le velsnien, telle que nous l'utilisons au commun, se comporte pour exclure avant tout. C'est comme si nous nous refusions à le rendre facile, comme si nous aspirions à ce que celui qui le parle s'en montre digne. Nous devons nous sentir flattés lorsqu'on l'entend de la bouche des étrangers, cette langue-musée telle que je la couche sur ce papier. Le syncrétique a été conçu dans l'esprit inverse, et cela le rend, à mon sens, bien plus redoutable pour toutes les autres langues kah tanaises, et les met dans une position bien plus dangereuse que les langues minoritaires que l'on parlerait en notre cité. Car quelle peut encore être l'utilité d'une langue lorsqu'une autre remplit tous les rôles qu'elle possédait, et mieux qu'elle ? Pour toutes ces raisons, si il y a aujourd'hui encore une grande diversité dans les langages que j'ai pu observé parmi ces barbares, je pense que ceux-ci devraient finir par disparaître très rapidement au profit de cette langue, malgré tous les efforts et résistances des initiatives locales. C'est là peut-être la différence fondamentale entre velsnianisation et kah-tanisation: nous faisons tout pour que le velsnien soit la langue de quelques uns, alors que le syncrétique porte en lui cette matrice universelle qui le poussera fatalement à uniformiser la culture: par ce cinéma dont on me rabâche sans cesse, par la politique, par le travail, par les médias.

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