05/01/2020
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Activités étrangères en Kaulthie - Page 3

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Le Norjien GUERRE EN EURYSIE CENTRALE - Eurysie

L'exode massif qui sommeille en Eurysie

Si la guerre d'Eurysie centrale reste pour le moment cantonnée à des bombardements mutuels, la crainte de l'ouverture de fronts terrestres fait peser le risque d'un exode massif de millions de civils dans des pays qui sortent parfois de conflits internes

Par Viggo Bolander (Warenburg- Correspondante), le XX XXXXXXX 2017

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Des civils évacués des décombres d'un bâtiment d'un aéroport Mahrénien, 2017


Les attaques balistiques massives sur des aérodromes militaires, ou civils accueillant des avions militaires, de Mahrénie, Kaulhtie et Estalie auraient fait entre 2 000 et 4 000 tués et blessés. Si la plupart des pertes causées sont militaires, notamment en Estalie, plusieurs centaines de civils ont été tués ou blessés. En Mahrénie, où l'aéroport central accueillait au moins une douzaine de chasseurs étrangers participant aux opérations en Hostaline, l'absence de fermeture de l'aéroport ou de restrictions de vols civils mettant les voyageurs sous très fort risque, et les frappes balistiques hostaliennes ont provoqué la mort d'environ 750 civils. Le nombre d'étrangers étant très élevé, la Mahrénie a lancé une Commission spéciale d'identification des victimes étrangères. A cette heure, le Consulat tanskien local (Tanska n'ayant pas d'ambassade en Mahrénie) ne signale aucun tanskien porté disparu. Aucun commentaire n'a encore été fait de la part des autorités hostaliennes ou teylaises sur les pertes civiles.

Ces frappes marquent le retour de la guerre sur le sol de ces pays d'Eurysie centrale après seulement quelques jours de conflit ouvert entre l'Hostaline et la coalition menée par le Grand-Kah, hors de portée et hors de danger, et l'Estalie dont seuls les aérodromes militaires ont été ciblés. La guerre se cantonne pour l'heure à des bombardements, des combats aériens massifs ayant entraîné des pertes mutuelles de plusieurs dizaines d'appareils, et des bombardements ciblés. La mort de plusieurs centaines de civils est une nouvelle étape qu'il ne fallait pas franchir dans la guerre. Si elle pourrait marquer une action plus directe de la Mahrénie et de la Kaulthie, jusqu'ici actives dans la guerre mais cantonnées à un rôle seulement logistique, cette étape fait aussi planner le risque de l'ouverture d'un front terrestre.

Jusqu'à présent, la guerre était limitée par l'absence de frontières mutuelles. Ni l'Estalie, ni l'Altrecht, ni l'Illirée et moins encore le Grand-Kah n'avaient de frontières avec l'Hostaline. La décision, que les décideurs politiques coalisés auront à présent à justifier, de faire entrer dans la guerre la Mahrénie et la Kaulthie, frontalières de l'Hostaline, en faisant de ces pays des hubs des opérations aériennes, à désormais fait naître le risque d'une guerre terrestre. A ce stade, la Kaulthie des Altars, frontalières de la Kaulthie (communiste), et membre de la fédération de Krestchénie dirigée par l'Hostaline ne prend pas encore part au conflit ce qui écarte considérablement ce risque. Cependant, la Mahrénie est elle frontalière directe de l'Hostaline et une action plus active de sa part, vraisemblable après la mort de plusieurs centaines de soldats et civils, pourrait ne pas se cantonner au seul ciel ou provoquer une réponse terrestre hostalienne.

Ce risque de la guerre terrestre, au delà de l'escalade considérable qu'elle provoquerait en Eurysie centrale, entraînerait la fuite, l'exode, les déplacements forcés de centaines de milliers sinon de millions de civils. Les villages frontaliers semblent déjà commencer à se déserter après ces frappes et les premiers départs d'habitants en capacité de le faire. Pour les gouvernements et autorités locales, désormais sous tensions et fragilisées par la guerre, le déclenchement d'une opération terrestre rimerait avec désastre humanitaire et pression politique supplémentaire. Ce spectre ce rapproche après chaque nouveau bombardement de part et d'autres. Les initiatives tanskiennes et velsniennes semblent évoluer dans le bon sens avec le Grand-Kah dont la flotte serait prête à quitter la région. Mais elles semblent ne pas atteindre l'Hostaline. Les liens très forts entre Teyla et Tanska n'ont pas non plus suffit à entraîner une baisse des actions militaires hostaliennes et l'Estalie pourrait répondre par davantage d'engagement. Aujourd'hui plus qu'hier, le sort de l'Eurysie centrale et de millions de civils repose davantage sur les épaules des gouvernements mahréniens, hostaliens et kaultes que des grandes puissances. Ces dernières ne seront pas touchées par les opérations terrestres alors que les pays d'Eurysie centrale si. Pour éviter l'embrasement et le désastre, il est primordial que ces gouvernements prennent leur destin en main et ne se laissent plus emporter par les grands de part et d'autres.
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Majesté Maximilian Ponce, prétendant au trône de Karty


Majesté Maximilian Ponce-"Nous, prétendant au trône légitime de Karty, s'adressons à la communauté internationale. Nous vous parlons en tant que fier meneur d'Alternative für Karty ! La peste rouge plane sur nos villes, il est de notre devoir de l'exterminer ! Le régime d'Orlovski est une infamie, j'en appelle à tous les pays sensés du globe de se liguer contre lui !
Nous sommes victimes de leurs assauts, le peuple germain de Karty hurle de douleur ! Ces menaces ne s'étendent aucunement qu'entre Kartiens non, mais bien avec nos voisins ! La Kaulthie, pays connu pour ses idéaux communistes, militarise sa frontière avec celles sous contrôle du PRR. Il est clair qu'une volonté d'invasion en est le bout, c'est pourquoi le PRR a réagi !
Nous majesté revendiquons donc une frappe militaire préventive sur la Kaulthie, considérant non seulement la menace qu'ils représentent, mais aussi et surtout la montée des idéaux rouges en Eurysie centrale ! J'en appelle directement au Bloc Nationaliste Eurysien de combattre ses ennemis les plus fondamentaux, mais également le Royaume de Teyla. Lors des conflits dus à la coalition Kahtano-Estalienne, vous avez aidé l'Hotsaline. Nous vous sollicitons pareillement, sans quoi l'Eurysie centrale tombera aux mains des rouges !
"
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Service de recensements des réfugiés boryaskan

B.R.U.M.E

Bataillons Révolutionnaires de l’Union des Mouvements pour l’Émancipation


« Nous avons, nous les B.R.U.M.E, depuis notre existence réussi à extraire une bonne poignée de boryaskan oppressé de l’enfer qu’est le régime actuelle. Nous avons perdue la trace de certains et nous appelons les nations qui ont ouvert leurs frontières à nos concitoyens. » Pavel Grævk, représentant des B.R.U.M.E

Si vous recevez cet appel, c’est que vous avez sûrement quelques réfugiés boryaskan sur les 1 004, dans votre territoire. Nous vous demandons de les déclarer, s’il vous plaît. Cela facilitera la résistance. Merci.

➡️Recenser⬅️
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Garmflüßensteinerisches Staat - Offizielle Verlautbarung

Les sectaires kaulthes nous insultent !


Alors que notre gouvernement ne réclamait auprès de l'Église d'Almaräg que son juste dû, en réparation pour les très nombreuses offenses que ce culte qui ose se qualifier de religion a fait à notre belle patrie, ces traîtres aux peuples germaniques, chrétiens, eurysiens et blancs ont décidé de répondre d'une manière complètement inappropriée. Cela ne restera pas sans riposte, et je tiens entièrement les catholiques impériaux du Verrätersteil, ces parasites de notre société, pour responsables de ce refus. Si cela continue, nous allons les renvoyer d'où ils viennent, à Almaräg, et enfin avoir un pays propre et peuplé uniquement de bons chrétiens, fidèles au pape de Sancte et pas à de vieux charlatans à la solde de l'ennemi kaulthe.
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Soldats Kartiens
Le renouveau du Pont Der Velheim.

AlinéaTôt ce matin, septembre 2018, les troupes Kartiennes frontalières à la Kaulthie furent renforcées. Ce fut sous un froid glaçant que les garnisons furent bien plus que comblées, des panoplies de nouveaux régiments. Hélicoptères, canons, forces antiaériennes, rien n'échappa à la liste. La raison de cette mesure ? Un semblant de menace venant de l'Estalie. Or cette Estalie possède l'accès terrestre et aérien sur la Kaulthie, elle y possède même des infrastructures militaires. La diplomatie Kartienne estime le risque faible, très faible. Mais par ces temps, la diplomatie est-elle seulement la voie de la raison ? Des pays s'attaquent sans réelle raison. Par acquis de conscience, l'état-major préfère hausser le ton silencieusement plutôt que de risquer une menace sans s'en défendre.

La frontière Kaulthe demeure la moins efficace pour menacer la République Fédérale Kartienne, mais c'est aussi la plus vaste. Une longue lignée de hauts plateaux et de montagnes enneigées, une protection naturelle contre un voisin pourtant si peu puissant. Ce qui inquiétait n'était pas le voisin mais ses alliés, plus précisément ses suzerains Estaliens qui y détiennent un accès total. Ce fut dans ces montagnes que des canons furent dissimulés et mis en batterie, que des troupes se terraient sous le froid glacial. Il y avait bien ces quelques villes, l'où on pouvait désormais apercevoir un soldat à chaque coin de rue. Dans une d'elles, même, l'on voyait quelques soldats autour d'un feu de camp.

Des mouvements de troupes volontairement discrets, pour l'instant. De surcroît, la République Fédérale est connue pour son militarisme des plus accrus. Ce n'est pas quelques réorganisations en apparence qui peuvent inquiéter les voisins, sur un des territoires les plus souverains du globe. Le souverainisme, en Karty, est le maître des maisons. En l'état, personne ne peut se plaindre en espérant obtenir gain de cause sur des mouvements de troupes intérieurs. Malgré cela, le Capitole avait été explicite: De la discrétion. Pour l'heure, l'œuvre était uniquement à tendance sécuritaire.

La Colonelle Rebbeca Ninenko fut nommée responsable de l'ensemble de ces garnisons proches de la Kaulthie...

Colonelle Rebecca Ninenko
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Camarade féodal :

Qui contrôle vraiment la Kaulthie ?




Douce mainmise.
⮕ Petit bâton, beaucoup de carottes.


Visiblement, la journée s'annonçait mouvementée. Les rues étaient vivantes, peut-être trop vivantes, tant il était difficile de marcher sur les trottoirs sans avoir à esquiver les gens. Les cafés et les bistrots, eux, étaient pleins à craquer, trouver une table devait relever du miracle. Alors ce ne fut qu'avec une grande surprise qu'en entrant dans le Rhemanisches Café, un des cafés de luxe privilégiés des cadres politiques et administratifs kaulthes à la capitale, Ygor put apercevoir que le café était non seulement vide, à l'exception du personnel, et que son contact, lui, se trouvait triomphalement à l'étage, sur une des places les plus isolées de la salle, à l'abri des regards extérieurs. Le contact, un jeune homme, sûrement dans la vingtaine, lui fait alors signe, Ygor s'assoit sans discuter. Il commande un simple expresso et une fois que le serveur le sert et part, il commence alors à ajouter deux carrés de sucre avant d'utiliser sa petite cuillère. Tout ça dans un silence quasi-religieux. Puis son contact rompit le silence :

"Je pensais pas qu'ils vous enverraient ici, camarade.
- En quoi ça vous étonne ? Je suis un pion comme un autre.
- Eh bien, c'est assez rare d'être en la présence du maître des opérations Collapse.
- Vous avez au moins vérifier ce que je vous ai demandé ?
- Oui, camarade, je me suis chargé de sécuriser le bâtiment. Et voici le rapport que vous m'avez demandé.
"

Le jeune homme fit glisser sur la table un dossier vers Ygor. Celui-ci, tout en sirotant son café, commença à le feuilleter doucement, d'un air intrigué. Au moins, le dossier était exhaustif en terme de données, plus que d'habitude. En même temps, ça ne l'étonnait guère. Il avait l'habitude d'arriver en terrain hostile avec peu ou pas de contacts amis sur place pour donner au SRR toutes les informations précieuses nécessaires. La moitié du travail d'un agent du SRR, c'était souvent de rechercher ces dites foutues infos pour en faire quelque chose d'intelligible et ensuite fomenter une stratégie. La Kaulthie, c'était un bac à sable à côté de tout ce que Ygor avait fait. La Kartvélie, le Nordfolklande, la Translavya, Teyla, Slaviensk et maintenant la Kaulthie. Partout où il était passé, il avait semé le chaos, avec plus ou moins de succès, avec trois régimes brisés à son actif. L'un des meilleurs quand il s'agit de détruire un ennemi de l'intérieur. Et pourtant, on l'avait envoyé dans un terrain qui n'était pas le sien. C'est vrai, qu'avait-il à détruire en Kaulthie ? Un pays allié, devenu dépendant de l'Estalie, à peine plus libres de leurs mouvements que le sont les Kartvéliens. Que voulait faire le SRR ici, en terrain conquis ? Il n'en savait rien. Pourquoi était-il ici ?

"Je vois que vous avez tout recensé. Et je vois aussi que beaucoup de vos données sont franchement pas légales.
- Vous vous attendiez à ce qu'on soit fair-play ?
- J'ai pas dit ça mais quel est l'intérêt de s'en prendre à un pays allié de cette façon ? Vous essayez de ruiner le travail de la Commission aux Relations Extérieures ?
- Eh bien...
- Vous avez intérêt à ce que ça ne soit pas le cas, j'ai horreur des petites intrigues des rivalités interservices. Vous servez la Révolution, pas vos petits intérêts corporatistes minables.
- Calmez-vous, camarade. Nous ne sommes pas là pour déstabiliser la Kaulthie. Tournez la page.
"

Ygor parcoure alors la page suivante qui présente principalement les chiffres de la croissance économique kaulthe mais aussi, plus curieusement, les sondages politiques des différents partis siégeant au Comité de Volonté Publique ainsi que plusieurs cartes sur les préférences électorales de chaque fédération de communes de la Kaulthie. Le chemin s'éclaircit pour Ygor qui commence à saisir que l'opération, le coup monté du SRR en Kaulthie, dépasse de loin la simple fomentation d'une révolution, d'autant que la révolution est théoriquement déjà passée en Kaulthie.

"Comme vous le savez certainement, la situation politique kaulthe est assez particulière, la Révolution ne s'est pas déroulée de la même manière ici que chez nous et pour cause, la fenêtre d'Overton kaulthe est bien plus à droite que la nôtre.
- C'est pas exclusif aux Kaulthes, ce genre de détails. Les Translaves ont des sociaux-démocrates dans leur parlement, les Loduariens ont des partis explicitement de droite libérale dans leurs rangs et certains clubs kah-tanais ne sont même entièrement anticapitalistes dans le fond. A vrai dire, on doit bien être les seuls au monde à avoir une fenêtre d'Overton aussi portée à gauche.
- Le fait que nous soyons les seuls n'exclut pas les risques de conserver des libéraux dans le système parlementaire, d'autant dans un pays en reconstruction et entourés de nations essentiellement contre-révolutionnaires. Vous verrez sur le graphique que le FCK, le principal parti kaulthe à droite, a regagné pas mal de points cette année.
- Effectivement.
- Voilà la première source de notre problème, il faut empêcher le FCK de monter davantage, au risque que les sympathisants issus de son électorat ne deviennent une force contre-révolutionnaire à part entière. La guerre civile est encore récente, quand on y pense, les divisions idéologiques peuvent être ravivés par un acteur peu scrupuleux.
- Je ne vois pas qui s'y risquerait.
- Karty, Rasken, l'Hotsaline, l'OND. La liste des candidats est longue, camarade.
- Très bien donc il suffira de mener une campagne précisément sur la droite kaulthe.
- C'est pas si simple, camarade. Voilà notre deuxième problème : la division de la gauche. Concrètement, les clubs à gauche en Kaulthie sont très nombreux. En somme, c'est une des raisons du manque d'avancées économiques et militaires dans ce pays, la principale raison de notre présence.
- Pourquoi donc ?
- Parce que la gauche kaulthe n'a aucune direction, aucune tête de proue solide, aucun programme économique clair autre que celui de suivre les directives estaliennes. Il faut plus que ça, il faut que le gouvernement lui-même soit uni et aille dans une seule direction.
- Et comment vous allez vous débrouiller ?
- Mettre les husakistes au pouvoir, purement et simplement.
- J'en vois vraiment pas l'intérêt.
- Réfléchissez, camarade. Le modèle husakiste a permis à l'Estalie de devenir une puissance économique de rang mondial en quelques années, on peut pas faire mieux comme exemple de montée fulgurante dans le monde libertaire. La stagnation de l'économie kaulthe et de son armée tient à son modèle actuel, il faut le réformer de fond en comble. Et cela, il n'y a que les husakistes pour le réaliser explicitement. Importer le modèle estalien, c'est pas juste importer les machines et envoyer des experts, camarade, il faut que leur organisation politique suive, que l'idéologie suive également, que la ferveur révolutionnaire ne faillit pas, qu'elle ne soit réservée qu'au seul but de la Grande Guerre Finale, l'objectif dont nous sommes l'avant-garde, camarade.
"

Ygor soupira quelques instants, continuant de regarder le dossier sur la table. Il jeta un autre regard au jeune homme se tenant face à lui. Ses mots étaient empreints d'une véritable fougue révolutionnaire, d'une flamme qui trahissait sa jeunesse et son idéalisme. Ygor n'était pas spécialement partisan de l'idée que l'on perdait son idéalisme avec l'âge mais il fallait admettre que ce qui érode l'idéalisme des hommes, c'est autant l'expérience que l'intériorisation des actes passés, surtout quand ces derniers sont moralement douteux. Ygor avait financé les fascistes du Nordfolklande et la droite radicale teylaise pour parvenir à ses fins, il avait tué des socialistes à Slaviensk pour faire porter le chapeau aux réactionnaires, il avait trahi les eurycommunistes en DCT pour faire monter en popularité les factions libertaires translaves et évidemment, il avait mené nombre d'actes de corruption, de cambriolage, d'assassinats et d'achats à des trafiquants peu scrupuleux pour asseoir sa domination occulte dans les institutions étatiques. Cette dernière leçon, il l'avait appris dès la Kartvélie, là où le SRR a fait ses premières armes et bon Dieu, quel succès. Tout ça, ça avait rendu Ygor extrêmement cynique, très pragmatique, au point où il ne se considérait plus que comme l'outil, l'extension humaine du SRR plus que comme un camarade révolutionnaire. Peut-être que la flamme husakiste qui brûlait en lui était encore en lui, mais elle était visiblement passée au second plan pour laisser place à un comportement devenu mécanique : arriver dans un pays, analyser les failles, taper l'ennemi au sol, perpétrer les pires saloperies au nom de la mission et repartir quand les flammes s'emparent du pays ciblé. Comment croire que l'on est du bon côté quand on est dans l'ombre de la réussite révolutionnaire, loin de l'idéal insurrectionnel que l'on s'en fait. Une Révolution ne se gagne plus, depuis fort longtemps, par la barricade ou la grève, elle nécessite de neutraliser un certain nombre d'acteurs, de frapper des organes de décisions précis, de rallier les bonnes personnes au bon moment et enfin de favoriser le plus possible un contexte favorable à la révolution, un contexte où la souffrance humaine provoquée n'est qu'un point de détail dans les rapports du SRR qui ne vise rien d'autre que l'abattage systématique des ennemis de la Fédération et la consolidation des pays alliés à l'Estalie. Ygor finit par fermer le dossier, il avait compris ce que voulait le SRR en filigrane, il allait donner ce que la Grande Hydre voulait de la Kaulthie puis repartir ailleurs. Comme d'habitude. Il reprit alors :

"Je vois ce que vous tentez de faire ici.
- Ah bon ?
- Si vous voulez saisir le gouvernement, dites-le franchement, pas de chichi entre nous.
- C'est pas formellement exact, être husakiste ne veut pas dire être soumis à un patron estalien.
- En principe, oui, comme être eurycommuniste ne veut pas dire que vous avez une adresse à Lyonnars où loger. Cependant, si votre objectif, c'est d'éviter que les éléments contre-révolutionnaires s'infiltrent, il faudra nécessairement aller plus loin que ça.
- L'opération a ses limites, tout de même, camarade. Nous ne pouvons mener d'opérations directes et ouvertes.
- J'en suis conscient. Nous devons saisir clandestinement les gardes-fous de ce pays.
- Les gardes-fous ?
- L'armée, l'administration, les renseignements, les politiciens, les agents économiques les plus importants. Il faut que chaque partie institutionnelle kaulthe soit verrouillée par au moins un de nos éléments, pour empêcher l'infiltration de quiconque ou prévenir les éventuels...dérives du gouvernement kaulthe. Comme ceux d'un gouvernement pro-FCK, typiquement.
- C'est une opération assez large, elle va demander plus de fonds.
- Je m'arrangerais pour les fonds, soyez tranquille.
"

Ygor reprit alors le dossier. Il salua de la main son contact et partit. Il savait maintenant ce qu'il avait à faire, il était là pour ordonner l'orchestre, il allait faire de la cellule kaulthe une véritable machine de guerre politique, au nez et à la barbe des Kaulthes eux-mêmes.


Un gouvernement secret.

Opération Loyalty :

Note liminaire :

Le présent document constitue le cadre opérationnel de référence pour l'ensemble des activités du SRR sur le théâtre kaulthe dans le cadre de l'opération Loyalty. Il synthétise les enseignements des mois précédents de présence opérationnelle en Kaulthie, définit les objectifs de chaque phase restante et établit les lignes de coordination entre les différents vecteurs d'action disponibles sur ce théâtre. L'opération Loyalty se distingue structurellement des opérations menées par le SRR sur d'autres théâtres par la nature de son objectif. Il ne s'agit pas d'une opération de déstabilisation puisque la Kaulthie est un pays allié dont la stabilité est dans l'intérêt direct de la Fédération, mais d'une opération de stabilisation orientée qui vise à garantir que la trajectoire politique, institutionnelle et économique de la Kaulthie reste durablement compatible avec les intérêts stratégiques estaliens, indépendamment des aléas électoraux et des évolutions de l'opinion publique. L'officier désigné sous le nom de code MARGRAVE est désigné directeur opérationnel de l'opération. Toute coordination opérationnelle transite par lui.

Cartographie et pénétration initiale (première phase) :

La phase de cartographie initiale de l'opération, engagée concomitamment aux premiers déploiements du Comité de Défense Mutuelle et du Comité de Reconstruction en Kaulthie, est aujourd'hui considérée comme substantiellement achevée dans ses objectifs premiers. La présence institutionnelle estalienne sur le sol kaulthe a fourni au SRR un volume de données sur la structure institutionnelle kaulthe sans équivalent dans aucun théâtre allié. La spécificité de ce théâtre tient précisément à ce que les vecteurs de collecte n'ont pas eu à être infiltrés clandestinement dans les institutions kaulthes, ils y ont été introduits officiellement avec l'accord et la gratitude des autorités locales dans le cadre de programmes de coopération dont la légitimité est totale. Le dossier compilé par le réseau de contact de MARGRAVE à Warenburg, dont la cellule a pris connaissance lors de la réunion d'initialisation de la seconde phase, couvre les dimensions suivantes avec un niveau de détail jugé opérationnellement satisfaisant : la cartographie des réseaux de décision formels et informels au sein du Comité de Volonté Publique, avec identification des loyautés réelles derrière les affiliations partisanes affichées ; la cartographie des structures de commandement de l'Armée Communale avec évaluation de l'alignement idéologique effectif des officiers supérieurs et intermédiaires en croisant les données issues des missions de formation du CDM avec les observations des officiers de liaison estaliens en poste dans les unités kaulthes ; la cartographie des réseaux économiques locaux, reconstituée à partir des flux financiers traçables par le GBR et des données de production collectées par le système cartographique du CCI qui permet d'identifier les agents économiques dont la position est suffisamment centrale pour constituer des points de levier sur les dynamiques locales ; enfin, la cartographie des services de renseignement kaulthes, dont l'état actuel de développement est jugé embryonnaire mais dont la trajectoire de croissance, adossée aux programmes de coopération technique en cours mérite une attention soutenue.

Sans entrer dans le détail des identités et des modalités de recrutement qui dont l'objet de fiches opérationnelles individuelles classifiées séparément, la cellule peut indiquer que la première phase a permis d'identifier et de qualifier un premier contingent d'actifs répartis dans les catégories institutionnelles suivantes : cadres militaires de l'Armée Communale en contact avec les structures de formation du CDM, gestionnaires locaux du GBR dans les fédérations de communes ; membres de l'appareil technique du CCI ; enfin, un premier noyau de cadres politiques du courant husakiste kaulthe dont le potentiel de structuration est évalué dans la section consacrée à la troisième phase. La phase de cartographie n'est cependant pas intégralement achevée sur trois points qui conditionnent les phases suivantes et qui doivent faire l'objet d'une attention prioritaire. Le premier est la pénétration des cercles dirigeants du FCK dont les réseaux internes et les sources de financement ne sont pas encore suffisamment documentés pour permettre la conception d'opérations de discrédit ciblées avec le niveau de précision requis. Le second est la cartographie des réseaux de contact entre les milieux d'affaires kaulthes et les capitales étrangères hostiles qui constitue une menace réelle et le matériau brut des opérations de compromission de la seconde phase. Le troisième est la pénétration des services de renseignement kaulthes eux-mêmes, dont l'opacité relative, même à ce stade de développement, constitue la lacune la plus sensible du dispositif. MARGRAVE a été chargé de prioriser ces trois axes dans la période de transition entre la première et la seconde phase.

Neutralisation de la droite kaulthe (seconde phase) :

Le Front Conservateur Kaulthe représente dans la configuration politique actuelle la principale variable contrôlée du système institutionnel kaulthe. Sa progression dans les sondages, documentée dans le dossier de MARGRAVE, s'explique par une conjonction de facteurs dont aucun ne constitue à lui seul une anomalie mais dont l'effet cumulatif crée une dynamique préoccupante. La fatigue de la reconstruction, qui se traduit par un ressentiment diffus envers les contraintes économiques imposées par les programmes du FRK et les conditionnalités sectorielles du Comité, fournit au FCK un terreau électoral naturel dans les communes dont la reconversion économique est la plus lente. La fragmentation de la gauche kaulthe laisse un espace politique central peu contesté que le FCK occupe par défaut pour les électeurs qui ne se reconnaissent dans aucun des partis de gauche existants. Le bombardement hotsalien et l'état d'urgence ont également joués un rôle de discrédit sur la gauche communaliste, tenue responsable d'avoir ingéré la Kaulthie dans un conflit qui ne concernait pas le pays au simple prétexte que la Kaulthie est devenue une base-relais de l'Estalie. La cellule considère que l'objectif n'est pas d'éliminer le FCK de la vie politique kaulthe (ce qui serait à la fois impraticable et contre-productif) mais de plafonner durablement son influence électorale à un niveau où il constitue une force d'opposition gérable plutôt qu'une force de gouvernement potentielle. Ce plafonnement repose sur deux mécanismes complémentaires que sont le discrédit ciblé de ses cadres dirigeants et la fragmentation de son espace électoral potentiel.

L'économie politique kaulthe, dans son histoire récente, a produit un volume considérable de compromissions entre les anciens réseaux oligarchiques républicains et impériaux avec les milieux d'affaires régionaux. Ces compromissions (détournements de fonds publics, pratiques anticoncurrentielles des guildes reconverties, contacts avec des capitaux étrangers qui datent d'avant la guerre civile) constituent un matériau brut dont la valeur opérationnelle est directement proportionnelle à la qualité de la documentation disponible. La cellule a chargé MARGRAVE de constituer, pour chacun des cadres dirigeants du FCK identifiés comme les plus influents sur la dynamique électorale du parti, un dossier de compromission exploitable, fondé sur des faits documentés amplifiés ou recontextualisés de manière à maximiser leur impact politique, complétés si nécessaire par des éléments construits dont la crédibilité est garantie par leur ancrage dans des réseaux réels préalablement cartographiés. La révélation de ces compromissions ne sera pas conduite de manière frontale par des organes identifiables comme proches de l'Estalie. Il doit transiter par des relais médiatiques kaulthes dont l'indépendance apparente est un actif opérationnel à préserver. Le SRR a identifié plusieurs titres de presse kaulthe dont la ligne éditoriale et les difficultés financières les rendent accessibles à une coopération discrète. Les fuites seront calibrées dans leur timing pour produire le maximum d'effet électoral, de préférence dans les mois qui précèdent les scrutins locaux ou fédéraux et leur contenu sera gradué de manière à alimenter un cycle médiatique prolongé plutôt qu'un effet de choc unique rapidement absorbé. Parallèlement aux opérations de discrédit, la cellule recommande de financer discrètement l'émergence de formations politiques à la droite du FCK sur l'échiquier politique kaulthe (et plus à droite que le Parti Libéral de ce fait), suffisamment radicales dans leur discours pour être inacceptables pour les électeurs modérés du FCK mais suffisamment visibles pour contraindre ce dernier à se positionner par rapport à elles. Cette stratégie de fragmentation poursuit deux objectifs simultanés : obliger le FCK à choisir entre deux positions également coûteuses (se démarquer des formations radicales et risquer de perdre son aile la plus mobilisée ou les ménager au risque de compromettre son image modérée) et créer dans l'espace politique kaulthe une perception de montée du radicalisme de droite qui renforcera mécaniquement la légitimité des forces de gauche comme rempart contre une dérive réactionnaire. Le financement de ces formations sera conduit par des intermédiaires dont la neutralité apparente est garantie comme des fondations culturelles, des associations communautaires ou des réseaux d'anciens combattants dont l'identité politique est suffisamment ambiguë pour ne pas être rattachée directement à l'Estalie. Les montants engagés se doivent de rester modestes, l'objectif n'est pas de créer des partis puissants mais des formations suffisamment visibles pour remplir leur fonction de perturbateur de l'espace politique du FCK.

Consolidation du courant husakiste (troisième phase) :

Le courant husakiste kaulthe présente dans sa configuration actuelle les caractéristiques d'une force politique dont le potentiel structurel est supérieur à ce que ses résultats électoraux laissent paraître. Sa faiblesse tient moins à son ancrage idéologique qu'à ses déficiences organisationnelles (absence de direction unifiée, insuffisance des ressources de communication et d'analyse, faiblesse du réseau de cadres intermédiaires capables de porter le projet politique dans les fédérations de communes éloignées des grands centres urbains). La cellule considère que le courant husakiste kaulthe constitue le vecteur politique optimal pour les intérêts estaliens pour deux raisons complémentaires. La première est idéologique : le modèle husakiste, en proposant une reconstruction économique sur le modèle estalien, crée une convergence naturelle entre les intérêts de ses partisans kaulthes et les objectifs des programmes du Comité de Reconstruction, rendant la dépendance structurelle envers l'Estalie politiquement désirable plutôt que subie. La seconde est organisationnelle : les cadres husakistes kaulthes les plus compétents sont précisément ceux dont la trajectoire de formation les a déjà intégrés dans les réseaux de confiance et les référentiels techniques estaliens. Consoliser le courant husakiste, c'est consolider la fraction de la classe dirigeante kaulthe dont la formation et les réseaux personnels garantissent le mieux l'alignement stratégique avec la Fédération. La fragmentation des husakistes est le principal obstacle à leur succès électoral. La cellule recommande une intervention en trois temps pour y remédier. Le premier temps est la mise à disposition des structures husakistes les plus structurées de ressources organisationnelles (outils numériques de coordination, accès à des formations politiques dispensées en Estalie, financement de séminaires politiques), ces ressources seront acheminées via des fondations politiques estaliennes dont le lien avec le SRR n'est pas apparent mais dont la proximité avec le courant husakiste estalien constitue une justification naturelle de leur intérêt pour leur homologue kaulthe. Le deuxième temps est l'identification et la promotion d'une figure fédératrice au sein du mouvement husakiste kaulthe, un cadre dont le profil combine légitimité révolutionnaire, compétences techniques reconnues et relations personnelles avec le SRR. La cellule a identifié plusieurs candidats parmi les officiers supérieurs de l'Armée Communale et parmi les directeurs régionaux du GBR dont le bilan gestionnaire est documenté positivement. L'orientation de ce cadre vers une carrière politique plutôt que administrative ou militaire sera facilitée par des signaux discrets émanant des interlocuteurs estaliens les plus influents dans les cercles kaulthes. Le troisième temps est la construction d'un programme économique crédible pour le courant husakiste qui constitue aujourd'hui sa principale faiblesse doctrinale. Ce programme, présenté comme une élaboration autonome, sera en réalité élaboré en étroite collaboration avec les équipes économiques du Comité de Reconstruction et constituera une formalisation politique des orientations déjà mises en œuvre par les programmes de reconstruction.

Verrouillage institutionnel (quatrième phase) :

Le verrouillage institutionnel constitue l'objectif terminal de l'opération Loyalty et le critère ultime de son succès. Il ne s'agit pas de placer des agents du SRR aux postes clés des institutions kaulthes, méthode à la fois risquée et coûteuse, mais de structurer l'environnement institutionnel kaulthe de manière à ce que les mécanismes endogènes de sélection et de promotion produisent mécaniquement les profils souhaités aux positions stratégiques. Le verrouillage institutionnel réussi est celui qui fonctionne sans qu'il soit nécessaire de l'actionner car ce seront les institutions kaulthes elles-mêmes qui produiront par sa logique interne des décideurs dont les intérêts convergent structurellement avec ceux de la Fédération. La cellule distingue quatre sphère institutionnelles dont le verrouillage conditionne la réussite de l'opération : l'armée, l'administration civile, le renseignement et l'économie.

L'Armée Communale est la sphère institutionnelle dans laquelle le travail de la première phase a produit les résultats les plus avancés. Les mécanismes de certification du CDM, la présence des instructeurs estaliens dans les chaînes de commandement logistiques, le bicéphalisme du commandement du GOSC ou encore les cycles de formation conjointe ont créé une situation dans laquelle les officiers les mieux évalués et les plus rapidement promus de l'Armée Communale sont structurellement ceux dont la formation et les réseaux sont les plus étroitement liés aux structures estaliennes. La cellule recommande d'approfondir ce mécanisme en introduisant une disposition prévoyant que l'accès aux grades supérieurs de l'Armée Communale est conditionné à la validation d'un cycle de formation avancé à l'Académie Militaire Révolutionnaire de Mistohir. Cette condition, présentée comme une exigence opérationnelle, est en réalité un filtre de sélection dont les critères de validation sont co-définis par les états-majors des deux armés, ce qui donne à l'Estalie un droit de regard déterminant sur la composition du corps des officiers supérieurs de l'Armée Communale. Parallèlement, MARGRAVE sera chargé de s'assurer que les recommandations formulées par les officiers de liaison estaliens en poste dans les unités kaulthes orientent systématiquement les trajectoires de carrière des officiers identifiés comme alignés vers les postes à plus forte responsabilité.

L'administration civile kaulthe est la sphère institutionnelle la plus fragmentée et difficile à appréhender de manière centralisée, du fait de la structure fédérative de l'Union qui démultiplie les centres de décision administratifs à l'échelle des communes et des fédérations. La cellule ne cherche pas à couvrir l'intégralité de cet espace administratif, ce serait de toute façon hors de portée, mais à identifier plutôt les nœuds à partir desquels les décisions les plus stratégiques rayonnent vers le reste. Le GBR, implanté dans chaque commune avec un siège central à Mistohir, constitue le principal vecteur de pénétration de l'administration civile à l'échelle locale. Les directeurs locaux du GBR disposent d'une position d'interface entre les flux financiers communaux et les institutions centrales du FRK qui leur confère une influence considérable sur les décisions d'investissement et d'allocation des ressources sur leur territoire. La cellule recommande de structurer le recrutement et la formation des directeurs locaux du GBR de manière à favoriser systématiquement les profils dont l'évaluation par les équipes techniques du Comité de Reconstruction est positive.

La pénétration des services de renseignement kaulthes constitue l'aspect le plus techniquement délicat du verrouillage institutionnel et celui dont les risques opérationnels sont les plus élevés. Un service de renseignement, même embryonnaire, est par définition sensible aux tentatives d'infiltration extérieur et dispose de mécanismes de contre-ingérence dont l'efficacité, bien que limitée dans le cas kaulthe, ne peut être ignorée. La cellule recommande en conséquence une approche indirecte fondée sur la dépendance informationnelle plutôt que sur le recrutement d'agents internes. Cette approche repose sur la mise en place et l'approfondissement d'une coopération technique entre le SRR et les services de renseignement dans un cadre où l'Estalie partage avec ses homologues kaulthes des renseignements sur les menaces communes (Karty, Rasken, Hotsaline, OND, réseaux contre-révolutionnaires internes) et fournit aux services kaulthes des outils techniques de collecte et d'analyse dont ils ne disposeraient pas sans cette coopération. Cette générosité informationnelle et technique ne sera pas désintéressée car elle créera une dépendance fonctionnelle dans laquelle les services kaulthes sont tributaires des données et des capacités estaliennes pour remplir leur mission, ce qui les rend structurellement réticents à toute initiative susceptible de compromettre cette coopération. Parallèlement, la cellule recommande d'orienter la formation des cadres des services kaulthes vers des programmes dispensés à Mistohir selon des modalités adaptées aux spécificités du renseignement. Les officiers de renseignement kaulthes ainsi formés acquièrent des méthodes, des réflexes et des réseaux personnels qui les inscrivent durablement dans l'orbite du SRR sans qu'il soit nécessaire de les recruter formellement comme agents. La frontière entre un officier de renseignement kaulthe bien formé par le SRR et un actif du SRR dans les services kaulthes est, dans ces conditions, suffisamment floue pour que la distinction opérationnelle entre les deux n'ait plus qu'un intérêt limité.

Le verrouillage de la sphère économique est le domaine dans lequel l'architecture des programmes du Comité de Reconstruction a produit les résultats les plus avancés au point que les interventions du SRR dans ce domaine ont essentiellement un caractère de consolidation et d'orientation plutôt que de construction. Les mécanismes des différentes institutions issues du Comité de Reconstruction ont déjà crée un environnement dans lequel les agents économiques kaulthes dont les intérêts sont les plus alignés avec ceux de la Fédération sont structurellement avantagés dans l'accès aux ressources, aux marchés et aux certifications. La cellule recommande de compléter ce dispositif par une intervention sur les structures de représentation des intérêts économiques au sein des instituions de l'Union. Les associations coopératives, les chambres de coordination intercommunales ou encore les structures de concertation entre les fédérations de communes sur les questions économiques doivent être infiltrés pour favoriser l'approfondissement de l'intégration économique estalienne.
16488
Dissociation :

Do you appreciate your inconsistency ?



Terrorisme de la pensée.
⮕ L'homme de paille qu'ils pensent être.


Konrad Vettmer n'avait pas vraiment choisi la politique par ambition personnelle, du moins c'était ce qu'il se persuadait de penser et qu'il se répétait à chaque fois qu'il posait les pieds à des rassemblements de son parti, avec la conviction tranquille des individus qui ont tellement répété une action qu'ils ont finis par croire au sens de celle-ci, même si en eux subsistait un fond de doute. Délégué du Front Conservateur Kaulthe pour la fédération de communes d'Hermen, il siégeait depuis trois ans maintenant au Comité de Volonté Publique où il s'était taillé une réputation de tribun sobre, méthodique et en soit assez peu commode, c'était quelqu'un de particulièrement calme, analytique, rigoureux dans son travail de parlementaire et avec une personnalité plus consensuelle, même pour la gauche de l'hémicycle. Bien sûr, il avait parfois des raisons de s'emporter un peu dans l'hémicycle quand ça n'allait pas : la condition actuelle du conservatisme en Kaulthie, les clauses d'harmonisation douanière, les accords de licences agronomiques, les investissements du FRK, la dépendance militaire systématique, il avait épinglé tous ces problèmes dans des interventions sans aucun effet mais qui lui avait valu la réputation d'être un des critiques les plus virulents à droite de la relation entre l'Estalie et la Kaulthie. C'était pas le plus véhément...non, ça, c'était le travail de son collègue Breisgau, qui aimait les grandes phrases et la furie oratoire, il préférait de loin rester factuel dans son approche.

Il venait d'une famille de la vieille guilde des négociations en bois d'Ölterleit, une dynastie marchande locale qui avait visiblement survécu à tout, au féodalisme, aux transitions libérales ratées de la République, aux guerres civiles des années 2000 et visiblement maintenant au tournant communaliste, sachant quand plier et quand tenir au bon moment. Son père s'était plié aux transitions libérales, avait transformé sa guilde en société anonyme, gardé des parts d'actions dans son entreprise et Konrad lui-même, face au changement de nature de l'activité familiale traditionnelle, préféra partir à Warenburg pour faire des études de droit avant de devenir pendant quelques années inspecteur des contrats sur les marchés publics puis quand la République commença à s'effondrer à son tour, il retourna dans le domaine familial en attendant que ça se termine. Il avait attendu et ça s'était terminé par une victoire communaliste mais il n'a pas fallu longtemps pour que la Kaulthie, à ses yeux, ne troque une dépendance pour une autre, le forçant à rejoindre le FCK. Ce n'était pas un réactionnaire, du moins pas de la même manière que les trop nombreux vieux réacs de droite qui peuplaient son parti. Il ne voulait pas restaurer l'ancien ordre ou remettre sur pied une logique capitaliste dans le modèle économique kaulthe, c'était pas son but. Il voulait seulement que la Kaulthie appartienne aux Kaulthes et seulement à eux ; en bref, que ses décisions économiques soient prises à Warenburg et non à Mistohir, que ses officiers obéissent à des généraux kaulthes et non à des instructeurs et cadres estaliens ou à leurs laquais kaulthes formés dans les académies militaires estaliennes où on leur inculque les principes de la Grande Guerre Finale, préparant toute une génération de militaires professionnels kaulthes à servir d'instrument, de bras armé d'une Révolution auquel les Kaulthes n'ont pas donnés leur avis. C'est le rêve des Estaliens de propager la révolution, soit, grand bien leur fasse ; mais qui a dit que ce rêve était aussi celui des Kaulthes ? Pour lui, c'était une position de bon sens et pourtant, tout le monde semblait trouver cette position politique comme suspecte.

Ce matin-là, le ciel au-dessus de Warenburg était bas et gris, du genre de ciel qui ne décide pas entre la pluie et le beau temps et qui préfère faire chier à juste être moche. Vettmer avait pris son petit-déjeuner seul, comme d'habitude, dans l'appartement de fonction que le FCK lui avait loué à deux pâtés de maisons du Comité de Volonté Publique. Du pain de seigle, du fromage, du café noir...oui, il avait des habitudes alimentaires assez banales, il ne faisait pas spécialement attention au caractère spartiate de son assiette par moments. Après son petit-déjeuner, il enfile son manteau et descendit acheter un journal au kiosque du coin : Die kleine Kaulthe Gemeinde, Des Roten Banners, Die internationale Kaulthe ; les trois principaux journaux du pays qu'il lisait tous les matins par discipline professionnelle plus que par plaisir, il prit également le Warenburg Bote, un journal local qui circulait dans la capitale principalement, très récent. Puis il remonta s'installer à la table de la cuisine et se fit un deuxième café. Il allait commencer par le Die kleine Kaulthe Gemeinde, visiblement le plus prévisible et le plus rapide à parcourir : actualités du Comité, état des chantiers de reconstruction dans les zones rurales, réunion du Comité de Défense Mutuelle prévue pour la semaine suivante, nouveau prêt conditionnel du FRK. Oh, rien de bien nouveau, la routine. Il avait feuilleté rapidement le Des Roten Banners et lu celui-ci en diagonale, s'attardant sur une tribune d'un économiste de l'Université de Warenburg qui contestait les projections du BST sur la croissance agricole, le genre d'arguments qu'il pourrait utiliser à sa prochaine séance du Comité. Il regarda que très brièvement le Die internationale Kaulthe, énième article sur la continuation de la guerre avec l'Hotsaline dont l'état de guerre est restée en suspend, le suivi des reporters sur la guerre en Eurysie de l'Ouest. Rien de bien important pour la Kaulthie donc. Puis enfin, il prit le Warenburg Bote. La une l'arrêta net. Le titre occupait les deux tiers supérieurs de la page, dans des caractères inhabituellement grands pour un journal qui cultivait jusqu'ici une esthétique assez ordinaire. En-dessous, une photographie de lui-même, une photo d'archive, prise lors d'un rassemblement en 2015 où il avait l'air de serrer la main à quelqu'un qui avait été soigneusement recadré hors du champ. Il resta immobile, les yeux sur la page, sans lire. Puis il posa son café, prit le journal à deux mains et commença.


VETTMER ET LES VIEUX RESEAUX CONSERVATEURS.
Financements opaques, contrats douteux et connexions oubliées : ce que le FCK ne nous dit pas sur ses élus.

Konrad Vettmer se présente volontiers comme un homme neuf dans la politique kaulthe, un notable de province converti tardivement à la chose publique, sans attaches avec les régimes précédents. Or, la réalité que notre rédaction a reconstituée au fil de plusieurs semaines d'enquête est sensiblement plus complexe. Des documents obtenus par le Warenburg Bote, croisés avec les témoignages de plusieurs sources proches des milieux d'affaires d'Hermen et de Presinar qui ont requis l'anonymat, dessinent le portrait d'un homme dont les réseaux personnels et les antécédents professionnels soulèvent des questions auxquelles le principal intéressé n'a, à ce jour, pas jugé utile de répondre publiquement.

Entre 2011 et 2013, Konrad Vettmer a exercé les fonctions d'inspecteur des contrats sur les marchés publics au sein de l'administration de la Junte impériale kaulthe. Un poste technique, en apparence sans relief, mais dont les attributions incluaient la validation des marchés passés entre les autorités publiques et les prestataires privés dans les secteurs du bois, des transports ou encore de l'agroalimentaire, soit précisément des secteurs où la famille Vettmer exerçait ses activités commerciales en tant que guilde depuis près de trois générations. Selon plusieurs anciens fonctionnaires de l'administration que nous avons contactés, des pratiques d'attribution préférentielle auraient été documentées en interne dès 2011, sans jamais faire l'objet d'une procédure disciplinaire. "La direction regardait ailleurs, Vettmer était couvert par des gens haut placés à l'époque, tout le monde le savait mais personne n'en parlait, vous comprenez ; la plupart des fonctionnaires n'étaient pas issus de riches familles, beaucoup avaient peur de parler et de perdre leur boulot" indique l'un des anciens pairs de Vettmer qui dit avoir été en poste pendant la même période aux côtés de Vettmer. Nous avons pu établir, à partir des registres commerciaux partiellement conservés dans les archives publiques que la société Vettmer, transformée en société de négoce à responsabilité limitée en 2009, a obtenu entre 2011 et 2013 pour un total de onze contrats publics pour une valeur estimée de 4,3 millions de rosenmüse à l'époque, dans une période où Konrad Vettmer occupait précisément la fonction chargée d'en valider l'attribution.

L'aspect le plus sensible de notre enquête concerne aussi et surtout les sources de financement de la société Vettmer durant la période précédant l'Union des Communes. Selon un document comptable dont notre rédaction a obtenu une copie et dont l'authenticité a été confirmée par deux experts indépendants, la source a reçu entre 2011 et 2013 plusieurs versements en provenance d'un véhicule financier dénommé le Fonds Halder, domicilié à cette époque à Preisnar. Le Fonds Halder est un fonds fondé en 2008 par un consortium d'investisseurs dont l'identité n'a jamais été pleinement établie, ce fonds était déjà apparu dans plusieurs enquêtes administratives menées après 2013 sur les flux de capitaux liés aux anciens réseaux oligarchiques kaulthes. Selon l'une de ces enquêtes, consultée par notre rédaction, le Fonds Halder aurait servir d'intermédiaire entre plusieurs grandes familles marchandes kaulthes et des investisseurs étrangers dont la nationalité est indiquée dans le rapport administratif comme extérieur à la Kaulthie. Le même rapport administratif note que plusieurs bénéficiaires identifiés du Fonds Halder ont quitté la Kaulthie après 2013, dont certains se sont installés dans des pays voisins comme l'Altarie ou l'Hotsaline. Notre rédaction n'affirme pas que Konrad Vettmer avait une connaissance exacte de l'origine des fonds transitant par le Fonds Halder, ni qu'il entretient aujourd'hui des relations avec les anciens bénéficiaires situés dans des pays relativement antagonistes à la Kaulthie. Nous constatons simplement que sa société a reçu des versements d'un véhicule financier dont les connexions extérieures sont documentées et douteuses.

Il y a une ironie que les observateurs de la vie politique kaulthe ne manqueront pas de relever. Konrad Vettmer est, depuis trois ans, l'un des critiques les plus virulents des mécanismes de dépendance économique entre la Kaulthie et l'Estalie, il a dénoncé les conditionnalités du FRK, la politique agricole commune, mis en cause la transparence des flux financiers transitant par le GBR, etc. Ce que notre enquête révèle, c'est que cet homme prompt à exiger la transparence aux autres a organisé avec soin l'opacité de son propre passé. On peut trouver légitime de critiquer la politique économique kaulthe mais il sera plus difficile de le faire avec une crédibilité quelconque quand on a soi-même tiré profit de l'économie de connivence que la Révolution tente précisément de liquider.


Vettmer posa le journal sur la table. Il ne le froissa pas, il ne fit même aucun geste, en tout cas pas un seul que l'on aurait pu attendre d'un homme qui vient de lire sa propre mise à mort politique sur un minable bout de papier. Il le posa simplement, avec une précision presque manique, alignant les bords du journal avec ceux de la table, comme si même en cet instant de crise, l'ordre des choses matérielles avait encore une forme d'importance. Il resta assis, les deux mains à plat sur la nappe, regarda par la fenêtre le ciel gris de la capitale. Le Fonds Halder. Il n'avait pas entendu ce nom depuis au moins quatre ans. Il aurait voulu dire que les versements mentionnés dans l'article étaient un mensonge, une fabrication de toutes pièces destinée à le faire tomber, mais ce n'était pas entièrement vrai, ces choses-là n'étaient pas entièrement fausses, c'était le problème. Son père avait eu des relations d'affaires avec les gens qui avaient créé le Fonds et Konrad lui-même ne savait pas, à l'époque, ce que le Fonds était exactement. Enfin...personne le savait clairement à l'époque, c'était l'anarchie économique à l'époque, des dizaines de fonds comme celui-ci existaient partout et brassaient de l'argent dont personne ne posait la provenance parce que ça arrangeait tout le monde de ne pas poser de questions. Il avait fait comme les autres, il n'avait pas posé de questions. Peut-être aurait-il dû ? C'était sûrement de sa faute, il aurait dû être plus attentif. Mais de là à insinuer que les fonds venaient d'Hotsaline ou d'un quelconque pays ennemi et surtout que lui, Konrad Vettmer, avait pris de l'argent venant d'un pays qui avait bombardé la Kaulthie il y a deux ans de cela...non, c'était de la calomnie. Il prit le journal à nouveau et chercha la phrase exacte. Ils n'avaient pas eu besoin de l'écrire noir sur blanc, le lecteur kaulthe contemporain qui lit l'article fait vite le rapprochement tout seul avec des pays capitalistes qui ont attaqués la Kaulthie et entendrait le mot Hotsaline aussi fort que si le mot avait été imprimé en gras sur toute la largeur de la colonne. Et les contrats...onze contrats...bon, c'est vrai qu'il en avait sûrement signé onze, à peu près, il ne se souvient plus du nombre exact. Il avait validé des contrats pour des entreprises dont certaines étaient proches des secteurs d'affaires de sa propre famille, il n'avait jamais pensé à le cacher car il n'avait jamais pensé que ça pouvait être un fait qu'on pouvait retourner contre lui. On ne cache pas ce qu'on ne perçoit pas comme une menace. Il avait fait une erreur de calcul et maintenant que cette erreur tâchait toute sa carrière politique, il voyait distinctement où avait été son erreur.

Ou peut-être pas entièrement. Vettmer devait être honnête un minimum avec lui-même, une honnêteté que seul un homme comme lui, seul dans sa cuisine, au café froid et un journal qui lui annonçait la fin de sa vie politique, peut avoir. La vérité était qu'il avait su que certains de ces contrats posaient un problème de conflits d'intérêts formels, il n'avait pas cherché à en savoir plus sur le Fonds Halder parce que les versemennts arrangeaient les affaires de sa famille et que l'époque n'incitait pas à être scrupuleux sur les sources de financement ou leur transparence. Ce n'était pas un homme corrompu, ça, il en était persuadé. Il n'était pas comme ces dizaines de républicains libéraux qui ont fui le pays après la guerre avec des millions issus des fonds publics, détournés pour garnir une vie de luxe à l'étranger. Par contre, s'il reconnaissait sa faute, ce qui lui était particulièrement insupportable ce matin-là, c'était pas nécessairement l'exposition en soit mais le fait que ce soit le Warenburg Bote qui se charge de le faire. Le Warenburg Bote n'était pas un journal d'investigation, c'était un petit quotidien local, petit-bourgeois, au mieux de centre-gauche qui publiait des éditoriaux prudents et des comptes rendus du Comité de Volonté Publique. En trois ans de présence au Comité de Volonté Publique, Vettmer suivait tous les journaux kaulthes avec une attention professionnelle d'un homme politique qui savait très bien que les médias et la presse étaient l'arme de l'homme politique mais aussi son principal némésis. Il avait accordé des interviews à la plupart des médias kaulthes mais jamais au Warenburg Bote dont la ligne éditoriale était trop favorable aux programmes du Comité de Reconstruction pour lui être utile et comme par hasard, c'est précisément ce journal qui publie une enquête sur lui, à la une, sur quatre colonnes, pour exposer une enquête dévastatrice pour sa carrière. En politique, il n'y a jamais de hasard. Il avait passé trois ans à se construire une réputation de critique de la relation estalo-kaulthe et quelqu'un, quelque part, à un niveau inconnu, avait décidé qu'il était temps pour lui de prendre sa retraite. Le Warenburg Bote ne faisait pas ça seul, ce n'était juste pas possible, c'était un petit quotidien de la capitale, ils ne pouvaient avoir les ressources pour croiser des archives administratives dont une partie avait été détruite par les guerres civiles d'autrefois. Et les fameux documents comptables dont l'authenticité a été confirmée par des experts indépendants...qui étaient ces experts ? Quelle rédaction d'un journal de taille modeste mobilise plusieurs semaines d'enquête sur un délégué du Comité d'une fédération de communes de province ?

Il se leva pour se diriger vers la fenêtre. En bas, la rue commençait à s'animer avec son enthousiasme matinal quotidien, les gens allaient au travail, les vélos passaient. Le monde du dehors ignorait encore ce qui venait d'être publié mais ça n'allait pas durer. Dans une ou deux heures, la direction nationale du FCK l'appellerait pour lui exiger des explications pour éviter d'être entraîné dans le marécage avec lui et il sait déjà que d'ici l'après-midi, les autres journaux reprendraient l'information en boucle et d'ici ce soir, toute la nation sera au courant. Il retourna à la table et prit son téléphone. Trois SMS déjà, envoyés dans la nuit : son attaché de presse, un collègue du FCK et son frère cadet. Il n'ouvrit aucun d'eux, il se contenta de poser le téléphone. Il pensa à sa fille, à Preisnar, qui lisait sûrement l'article en ce moment même. Il pensa à sa mère qui ne lisait plus les journaux depuis des années mais dont les voisins allaient certainement s'empresser de lui raconter. Puis il alla dans sa chambre, sortit une valise du haut de l'armoire. Il n'était pas en train de réfléchir, il se contentait de machinalement plier les vêtements, des affaires pour une semaine, peut-être deux. Il prit son passeport et le glissa dans la poche intérieure de sa veste sans se donner la peine de se demander pourquoi. Par la fenêtre de la chambre, il voyait le toit du bâtiment qui abritait le Comité de Volonté Publique, il avait passé des années dans ce bâtiment à défendre des positions qu'il croyait justes et qui, au bout du compte, n'avaient rien changé. La Kaulthie s'était vendue à l'Estalie, centimètre par centimètre, institution après institution, avec le sourire même ! Il ferma sa valise. Il n'avait pas de plan précis. Il avait un nom en tête, Joachim Kessler, un ancien collègue qui s'était installé en Altarie en 2014 et qui lui avait envoyé un message sibyllin six mois plus tôt, un de ces formules à la con qui ne veulent rien dire et peuvent aussi dire beaucoup en fonction du contexte. Il avait un peu d'argent sur un compte qu'il n'utilisait presque jamais et dont personne, à sa connaissance, ne connaissait l'existence. Il prit sa veste, attrapa la valise, jeta un dernier regard à son appartement...soit, il était loué, il n'y avait rien de personnel sur les murs, il n'avait pas eu le temps de décorer. Il éteignit la lumière de la cuisine mais pas celle de l'entrée, sortit dans le couleur en tirant doucement la porte derrière lui. Dans la cage d'escalier, ses pas résonnaient sur les marches de pierre. Dehors, Warenburg continuait de s'éveiller, indifférente.


APPARTEMENT VOISIN 32B.

- Il sort ?
- Retour sur caméra...retourne de soixante secondes en arrière...euh...
- Ouais, là !
- Il a pris son passeport.
- On a ce qu'on voulait. Dis au SETR de me compiler les enregistrements et d'envoyer tout ça au siège. Je vais dire à MARGRAVE que c'est bon pour notre gars.
- Reçu, on remballe.
14313
Une guerre pour la paix :

Gloire aux héros, révoltés et pourtant si disciplinés dans la victoire !


Contre la tyrannie, il faut retourner la violence.
⮕ Leur inculquer la finalité anthropologique du capitalisme tardif.


Académie Militaire Révolutionnaire, Amphithéâtre B, Mistohir, Fédération des Peuples Estaliens,
Cours magistral du professeur Danilo Kerchenko, titulaire de la chaire doctrinale et stratégique pour les promotions d'élèves-officiers kaulthes.


La salle sent encore le café froid des travaux pratiques du soir. Une trentaine d'élèves-officiers kaulthes, en uniforme de leur académie d'origine, sont assis face à un professeur d'une soixantaine d'années, maigre, la voix visiblement rauque d'avoir trop parlé dans des salles beaucoup trop grandes pour le nombre d'effectifs qu'il avait en face de lui. Kerchenko entama son cours sans même s'asseoir, commençant sans préambule.

"On vous a sans doute déjà expliqué, camarades, pourquoi l'Estalie s'armait depuis 2013. On vous a sûrement parlé de la confrontation avec la Kartvélie et le Nordfolklande, du conflit dans le Saïdan, de la guerre en Hotsaline que votre pays a directement connu, plus récemment encore la Retsvinie. Tout comme la Kaulthie aujourd'hui, la Révolution est encerclée et elle ne peut se dissoudre elle-même sans survivre au préalable. On vous a peut-être déjà mis quelques textes d'Husak entre les mains, celui-ci a déjà parlé de l'usure des peuples lorsqu'ils sont en paix, la mollesse qui suit les victoires. Tout cela est vrai, ou en tout cas ce n'est pas faux en tout cas, mais ce n'est pas de la théorie, ces choses-là, c'est plus de la pédagogie de masse, c'est ce qu'on dit aux gens qui ont pas forcément le temps de se former idéologiquement ou qui n'en voient pas formellement l'intérêt et la plupart des conscrits et des militaires du rang que vous aurez sous votre commandement auront à peu près la même base théorique. Mais ce n'est pas la formation que l'on donne à des officiers qui a le pouvoir de décision sur des milliers de ses camarades.

Vous êtes ici, à Mistohir, précisément parce que la Kaulthie a fait le choix de croire l'Estalie. Or, on ne suit pas une doctrine qu'on ne comprend pas dans son architecture. Aujourd'hui, je ne vais pas vous parler de la situation géopolitique actuelle, vous la connaissez déjà et celle-ci, surtout en ce moment, est très changeante. Non, je préfère aujourd'hui vous donner l'ossature théorique d'une expression que vous avez sûrement entendu dans les médias depuis que vous êtes arrivés ici ou que vous avez entendu de vos pairs qui ont fait leurs classes ici avant vous. On va parler de ce qu'on nomme dans ce pays la Grande Guerre Finale, et je vous préviens tout de suite car j'entends cette accusation souvent : ça n'est pas une prophétie ou une forme de mysticisme, même si c'est sous cette forme que la propagande présente la chose au peuple puisque le peuple a besoin d'un mythe pour se lever un matin et aller mourir sur un champ de bataille dans la journée. Mais vous, vous avez besoin du matérialisme. Commençons par la base.

Le socle initial, celui que vous connaissez déjà sûrement : la théorie marxiste nous enseigne que l'Histoire avance par la contradiction entre les forces productives et les rapports de production donc quand une technique de production dépasse le cadre social qui la contient, elle finit par le faire éclater. Typiquement, l'usine du XIXe siècle a créé le capitaliste, c'est un fait, mais elle a aussi créé mécaniquement, pour répondre aux besoins du capitaliste, le prolétaire où il est concentré, discipliné et organisé malgré lui. Le capital, en se développant, produit donc ses propres fossoyeurs. C'est la thèse classique, c'est celle qui nourrit depuis plus d'un siècle et demi toutes les espérances révolutionnaires et c'est précisément cette thèse que l'husakisme attaque en disant qu'elle ne tient plus debout. C'est le point de départ de la doctrine husakiste : on dit beaucoup de choses sur les raisons de ce qui a motivé les Estaliens à s'armer en disant que c'est par peur, par réflexe défensif face à un voisinage hostile et ce n'est pas entièrement faux mais la vraie raison, c'est que Husak a constaté, avec un pur pragmatisme, que le mécanisme dialectique qui doit fatalement produire notre camp est en train de s'arrêter...je m'explique.

Essayez d'imaginer ce qui, concrètement, produisait la conscience de classe au XIXe et XXe siècle. La concentration ouvrière, principalement. On ne peut pas exploiter 100 000 hommes dans le même bassin minier sans qu'ils finissent par se parler entre eux, comparer leurs conditions de travail et possiblement s'organiser entre eux, voire faire grève. La technique industrielle, même mise au service du capital, a eu l'effet secondaire, involontaire mais devenu structurel, de rassembler ce qu'elle exploitait. C'est le moteur matériel de l'espérance marxiste. Or, ces techniques productives des siècles précédents n'ont plus ces caractéristiques. La population a été entièrement atomisée, dispersée dans des cellules domestiques individuelles. Même en Estalie, notez que des outils comme le SOES nous rappelle chaque jour comment des infrastructures de données peuvent administrer des milliers de personnes sans besoin de rassembler physiquement quiconque. Ce que le capital construit aujourd'hui vise à consolider tout en évitant de produire son opposé. C'est le premier verrou moderne, simple constat sur la nature de classe de la force productive qu'est sensé représenter le prolétariat qui ne porte plus, en elle-même, les contradictions qui doivent la faire éclater. Attendre, dans ces conditions, que les conditions objectives mûrissent, c'est attendre un mécanisme qui s'est structurellement grippé.

Ensuite, vous savez tous, j'espère, ce qu'est le rupture métabolique dont parlait déjà les marxistes sur la rupture entre la production et les cycles naturels qui la soutiennent. Eh bien ici, nous l'étendons. Le capitalisme n'a jamais survécu à ses propres crises par vertu interne, il survit en s'ouvrant une nouvelle marge : colonisation, financiarisation de l'économie, extraction de ressources naturelles, marchandisations des données ; à chaque fois que la contradiction interne du système menace d'étouffer toute l'économie, le capital trouve toujours une porte de sortie pour différer l'échéance. Or, l'effondrement écologique ferme méthodiquement ces marges les unes après les autres. Certains pensent naïvement que la fermeture de ces marges ne va faire que aider davantage la révolution, que la rareté produira spontanément la solidarité mais c'est une erreur théorique grave, l'Histoire nous montre systématiquement l'inverse car quand le capital est acculé, sans marge, il ne s'effondre pas sur lui-même comme un enfant sage, il se retourne vers son centre, il s'intensifie. Quand le capital n'a plus de dehors pour y déplacer sa violence, il l'a produit chez lui, sur ses propres sujets et tous ceux qu'il considère superflus à son fonctionnement. C'est le processus historique de toutes les formes de fascisme.

Autre chose : la théorie marxiste nous enseigne le principe de l'armée de réserve industrielle, l'idée qu'il existe un réservoir de chômeurs qui pèse sur les salaires et permet de discipliner les ouvriers disposant d'un emploi. Cette armée de réserve, bien que son fonctionnement soit cruel, prouve une chose en soit, c'est que le capital a toujours besoin du travail vivant et c'est précisément cette dépendance qui donne au prolétariat son arme structurelle, la seule qui compte vraiment, c'est-à-dire la capacité à retenir sa force de travail, d'où le fait que la grève ait été pendant si longtemps l'arme principale des révolutionnaires car le capital ne peut juste pas se passer des travailleurs. Or, avec l'automatisation dans les économies capitalistes les plus avancées, organisées par le capital privé pour son seul profit, cette dépendance disparaît progressivement. Sauf qu'un capital qui n'a plus besoin de bras humains n'a plus rien à craindre des travailleurs. C'est là qu'on se rend compte que le levier historique du prolétariat qu'est sa force de travail, que l'on a tenu acquis depuis si longtemps, n'a rien d'éternel dans la lutte des classes, c'est une fenêtre historique qui est bornée par le degré d'automatisation que peuvent atteindre les économies capitalistes. Chaque année où on perd des emplois au profit des robots, c'est une année où se referme aussi cette fenêtre d'opportunité pour des prolétaires qui perdent, progressivement et sans trop s'en rendre compte, leur dernière arme matérielle capable de faire plier le patronat.

Puis vous connaissez la formule : la classe qui possède les moyens de production matérielle, en général, les moyens de production intellectuelle, c'est la base qui façonne la superstructure des idées dominantes. Mais là, il ne s'agit pas juste de l'école, de l'Eglise ou la presse privée et les médias que le capital colonise allègrement. Les husakistes vont plus loin, ils parlent d'une colonisation du substrat cognitif lui-même : l'attention, la capacité d'abstraction, la mémoire longue, la faculté même à délibérer collectivement, toutes ces choses nécessitent un support matériel et biologique qui est actuellement en train d'être façonné dès l'enfance par des infrastructures technologiques qui appartiennent au capital. Réfléchissez à ce que cela peut signifier...une révolution exige des sujets capables de penser stratégiquement, de se projeter dans un futur différent du présent, de maintenir une cohérence idéologique concrète malgré la fragmentation du quotidien sauf que si l'infrastructure matérielle qui produit la pensée elle-même est progressivement appropriée par le capital, pas forcément d'ailleurs par la propagande qui est vieille comme le monde, mais en reformatant littéralement les capacités cognitives dont dépendent la pensée révolutionnaire, alors on neutralise non seulement l'organisation politique du prolétariat mais aussi la possibilité matérielle et biologique pour celui-ci de produire une conscience révolutionnaire et de la transmettre aux générations suivantes. Vous voyez bien la gravité de la situation, on ne combat plus pour la sauvegarde de nos organisations mais pour empêcher que nous ne soyons plus en capacité de contester l'ordre établi par le capital.
"

Un élève-officier kaulthe lève alors la main, le professeur s'interrompt, même si c'est un cours magistral en théorie, vu la trentaine d'étudiants en face de lui, il peut se permettre d'échanger avec eux.

"Oui, jeune homme, votre nom ?
- Elève-officier, Dolch, professeur.
- Dites-moi.
- Professeur, ce que vous décrivez ressemble beaucoup à du volontarisme en voulant décider d'agir maintenant par peur que ce soit trop tard, habillé après coup en théorie matérialiste. Mais est-ce que ce n'est pas exactement ce que les marxistes ont reprochés aux socialistes utopiques et ce qu'on a reproché aux eurycommunistes, qu'on ne brûlait pas quelques étapes au nom d'une urgence que l'on décrète soi-même, sans aval de personne ?
- C'est une excellente objection, jeune homme, et je l'attendais. Vous avez raison, le matérialisme classique était fondamentalement patient parce qu'il attendait une maturation des conditions objectives, c'est dans le nom. Ce que je vous dis, c'est que ce pari, il repose sur une hypothèse implicite, que le temps travaille objectivement pour nous, que les contradictions du capital s'aggravent mécaniquement jusqu'à son explosion finale. Or, de tous les arguments que j'ai développé ici, tous démontrent précisément l'inverse : le temps ne travaille plus aujourd'hui pour mais contre nous car les trajectoires technologiques, politiques, écologiques et cognitives ne mûrissent pas vers nous mais se referment carrément sur nous ! C'est une analyse matérialiste qui aboutit, pour la première fois de l'histoire de cette théorie, à la conclusion que la patience elle-même est une erreur de calcul. Les matérialistes du XIXe siècle avaient raison d'être patients dans leur contexte mais nous aurions tort de l'être dans le nôtre. La doctrine n'a pas changé, jeune homme.
"

Il se retourna vers le tableau où était exposé depuis le vidéo-projecteur une sobre carte de l'Eurysie Centrale et de l'Hotsaline principalement.

"Enfin, la conclusion, le dernier pilier argumentatif des husakistes qui découle des autres arguments que j'ai donné, la guerre de classe. A vrai dire, celle-ci est déjà engagée. Je pense que vous le savez, l'Estalie est accusée à l'étranger de choisir délibérément de propager la guerre et l'instabilité. En bref, que nous sommes les grands méchants loups qui attaquent impunément des nations souveraines, les méchants communistes qui font déferler la vague rouge. C'est un récit tenace, souvent propagé par un anticommunisme notoire et idiot, lui-même issu d'un aveuglement abrupte de leurs auteurs, mais il s'agit surtout d'une grosse erreur de perspective. La guerre ne commence pas quand les chars estaliens franchissent la frontière, c'est ce que ne comprendront jamais nos ennemis. La guerre est partout, elle est permanente, structurelle, silencieuse, la violence structurelle bloque et mutile les hommes dans ses rouages silencieux, parfois pendant toute une vie. Chaque dépossession que subisse les travailleurs, chaque sanction économique, chaque manipulation des prix au profit du capital, chaque enfant mort d'une maladie soignable par appât du gain des actionnaires, tout ceci est une forme de guerre, une guerre de la classe dominante contre les dominés. Ce que nous appelons la Grande Guerre Finale n'est pas un projet qui vise à embraser le monde dans le tourment, la violence, les flammes et le chaos, ce monde est déjà violent, c'est déjà un immense bain de sang, avec ou sans nous. Le monde est DEJA dans une forme de grande guerre, une grande guerre si élargie, longue et quotidienne qu'elle se drape des illusions de la paix formelle, une paix que nous avons assimilés bêtement à l'absence d'état de guerre entre deux Etats-nations, seules entités à pouvoir définir le concept même de guerre. La Grande Guerre Finale, ce n'est rien d'autre que la continuité de la guerre des classes en rendant visible et réciproque une violence qui, jusqu'ici, ne s'exerce que dans un seul sens. Le pacifisme devient dès lors l'acceptation confortable et moraliste d'une guerre à sens unique dont les promoteurs ne sont souvent pas les victimes. Les pacifistes font eux-mêmes la guerre, arbitres moraux pour qu'un seul des deux camps possède des armes et l'autre soit désarmée. Voilà la raison pour laquelle vous êtes ici, précisément, camarades kaulthes. Avant même que la Loduarie ne trahisse son héritage révolutionnaire, celle-ci avait démontré le développement inégal et combiné des formes révolutionnaires : la révolution ne surgit pas là où le capitalisme est le plus mûr mais là où sa chaîne présente un maillon faible, un pays en retard, mal intégré, aux structures archaïques qui mettent l'ancien pouvoir en difficulté pour se moderniser suffisamment en profondeur. La Loduarie était un de ces maillons faibles avant sa révolution, l'Estalie en 2013 l'était aussi : un pays isolationniste, économiquement en ruine, politiquement instable et avec une monarchie constitutionnelle incapable de suivre le rythme de ses propres crises. C'est précisément par cet état arriéré que nous avons acquis la liberté. Mais ces maillons faibles ne sont pas en stock infini, camarades, car à mesure que les infrastructures de sécurité et de surveillance se démocratisent et se mondialisent, chaque maillon faible se referme à son tour. La Kaulthie faisait partie de ces maillons faibles aussi et la seule raison pour laquelle l'Union kaulthe actuelle a survécu, c'est car vos voisins ne se sont pas encore rabattus sur vous. Ce n'est pas une situation que l'Estalie vous impose, comme vous l'entendrez sûrement une fois de retour chez vous, c'est la réalité matérielle brute telle que vous la vivrez. L'Estalie est passée par le même chemin, la contre-révolution s'est immiscé chez nous en 2015, quand Sargakov a débarqué dans les rues de cette ville.

On vous dira, quand vous combattrez dans les tranchées, que vous mourez pour la liberté des peuples, la mémoire des morts de la Révolution, l'honneur des camarades tombés au combat, la sauvegarde de l'Humanité face à son destin anthropologique inévitable vers l'entropie. Tout cela est vrai et c'est ce que les soldats auront besoin d'entendre sous le feu ennemi. Mais vous, camarades officiers, vous devez avoir conscience que ce n'est pas juste une soupe populaire qu'on verse aux indigents en besoin d'un récit fondateur, que c'est une décision idéologique pragmatique, froide, vérifiable, vous devez vous détacher de l'aspect religieux que peut avoir par moments cette doctrine...après tout, dire que l'on va sauver l'Humanité de ses tourments comme Jésus, ça peut vite vous monter à la tête. N'oubliez pas, camarades, que tout ceci est nécessaire, pas forcément souhaitable ou moralement digne, mais nécessaire.

Bien, c'est tout pour aujourd'hui, rompez.
"
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