L'environnement autour d'elle est blanc. Le sol est blanc, le ciel est blanc, l'horizon est blanc.
Elle avance, dans l'espace le plus vide qu'elle n'ai jamais pu voir.
À l'exception d'une chose. Un point noir se distingue dans l'espace où elle se situe. Elle se rapproche, piquée de curiosité. Le point s'agrandit, devient un fauteuil. Puis, vint le moment où elle arrive au niveau de ce dit fauteuil.
Un homme s'y repose. Il a l'air jeune, mais semble accablé par nombre de choses. Il semble profondément fatigué. Elle s'apprête à ouvrir la bouche, pour prononcer un mot, une phrase.
Avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, il tourne sa tête vers elle, la regardant droit dans les yeux. Elle connaît cet homme, ce n'est pas la première fois qu'elle le voit.
J'ai cru que j'allais t'attendre. Derrière elle, un siège est apparu. Il lui fait signe, lui indiquant de prendre place. Respectant son interlocuteur, elle s'exécute. Lui, décide de regarder à nouveau dans le vide.
Tu étais ma plus belle création. Je l'ai dit et redit, et je dois le redire encore. Je suis peut-être ce que vous dites, cela ne change rien au fait que je ne sais qui vous êtes. Vous ressemblez à mon père, je dois l'admettre. Mais je sais que vous n'êtes pas lui. Tu es intelligente. Non, je ne suis pas ton père. J'ai créé ton père, et tout ce qui l'a précédé. Comme ce qui lui a succédé. Je t'ai créé. Et comme tu le sais, je t'ai vieilli de plusieurs années alors même que tu n'étais qu'une petite fille. Mais vous. Qui êtes vous. Je ne suis qu'un être humain, comme toi. Seulement, je viens d'un autre monde, un monde qui, lorsqu'on le transpose à celui auquel tu appartiens, transforme ceux de mon monde en divinités littérales. Je suis beaucoup de choses pour vous, mais je reste qu'un être simple dans mon monde. Aussi insignifiant que peut être une seule âme parmi 8 milliards de ces mêmes âmes. Elle bougea légèrement sur son fauteuil.
J'ai vu beaucoup de choses, je sais que je n'aurais même pas dû être dans les positions que j'ai occupé. Je savais que vous étiez là, et je savais que j'étais l'une des seules à connaître votre existence. Mais pourquoi moi ? Pourquoi tout ça ? Je dois l'admettre, ton existence part d'un simple jeu au départ. Je suis arrivé, il y a 4 ans, sur une plate-forme, que j'ai apprécié, et je me suis intégré à cette plate-forme. J'ai donné naissance à un être à la tête d'un pays avec des rêves de grandeur. Cet être n'était que moi à cette époque. Une simple expression de ma personnalité et de mes volontés de l'époque. Une ombre s'invita dans l'espace, restant néanmoins à bonne distance.
Cette personnalité, qui j'étais avant m'a quitté. Car j'ai évolué, j'ai grandi. Il fit un geste vers l'ombre.
La voici. Elle a tenu à m'accompagner pendant l'intégralité de mon voyage ici, même après que je me sois distinguée d'elle.
Et toi. Toi, tu étais ce mix entre le moi d'aujourd'hui et cet ancien moi. Tu étais ton père et ma personne.
Pourquoi toi ? Je ne sais pas. J'ai toujours aimé la symbolique, comme ton père. Tu étais sa fille, je t'avais créé, mis en sécurité à un endroit lorsque j'étais parti pour la première fois. Puis je suis revenu, et tu étais toujours là ! Ton père était mort mais tu vivais. Et pour ta condition, tu voyais beaucoup de choses, que tu ne comprenais pas. À 4 ans, tu voyais les autres dieux venir faire des passages, lisant et écrivant. Oui, tu avais énormément de capacités. Je t'en ais conféré plein d'autres, mais tu étais spéciale, Aurore, tu étais spéciale.
Quant à pourquoi toi... Il n'y aura jamais de réponse. C'est le hasard, même moi je n'y peut rien. Les deux se muèrent dans le silence. Il n'y avait pas grand chose à dire. Il n'y en avait jamais eu.
Puis elle tira un couteau de son fourreau, et lui tendit.
Un jour, j'ai vu des choses dans le reflet de cette lame. Je sais que c'est mon père qui l'a forgée pour moi. Mais vous. Que savez vous de cette lame. Il la prit dans ses mains, l'inspectant avec attention.
Il n'y a que pour ceux de votre monde que cette lame a une signification. Ce que tu as vu, c'est ce qu'y t'étais destiné. Moi je ne peux rien voir dedans que mon propre reflet. Toi, tu y voyais ton avenir. Tous ceux de ton monde qui ont eu une lame forgée par ton père voient leur avenir en cette lame.
Toi, tu y a vu la guerre. Les bombes qui tombent, les maisons et villes rasés. Je savais cela. Mais tu as également vu deux yeux gris, menaçants, dans un flash. Je n'ai jamais su ce qu'ils voulaient dire jusqu'à maintenant, même moi, alors même que ma puissance dépasse ton entendement.
J'aurais du m'en douter ce jour là, et prendre les mesures nécessaires. La mort te guettait, et tu n'en étais pas protégée comme ton père l'était. J'aurais dû y penser quand j'ai vu ces deux yeux. Mais j'ai vieilli et baissé ma garde. Rattrapé par le déshonneur. Vous n'avez pas décidé de ma mort ? Moi ? Non. Si j'avais pu, je t'aurais gardé jusqu'à tes 100 ans ! Non, ta mort, je ne l'ai pas décidé. Je l'ai subit. Tu es une perte que je n'aurais jamais voulu avoir. Il posa le couteau.
La Loduarie est un pays maudit, tu sais. Tu n'as juste pas eu de chance. C'est tout. Merci. Tu n'as pas à me remercier. Je devrais plutôt m'excuser. C'est de ma faute si tu en es là.
Mais désormais, tu seras libre. C'est peut-être la meilleure chose qui puisse t'arriver, au final. Une porte apparu. Elle s'ouvrit, laissant place à un homme. Grand, droit, dans la trentaine, habillé de manière cérémonielle. Comme un militaire.
Il se dirigea vers l'Homme.
Quand ma femme et morte et qu'elle m'a rejoint, vous n'étiez pas là pour m'accueillir. Tu as raison. Mais ce n'est ta femme qui vient aujourd'hui. Il fit un geste en direction d'Aurore. Celle-ci avait les larmes au yeux. De bonheur.
Le militaire s'élanca vers elle, tandis qu'elle se levait de son siège. Les deux se firent une étreinte chaleureuse, se parlèrent. Lui, sur le côté, n'avait pas bougé de son siège.
Allez. Il est temps d'y aller. Père et fille se prirent la main, se dirigeant vers le même porte qui avait fait venir le père.
Le père passa, indiquant le chemin, tandis que Aurore commenca à franchir la porte.
Avant de se retourner.
Et vous, maintenant ? Moi ? J'ai une vie à vivre. Et de choses à gérer. Je ne serais pas bien loin, ne vous inquiétez pas. Mais ma présence ici même n'a plus lieu d'être. Il est temps pour moi de partir. Vous me manquerez. Ton père n'avait pas cet avis quand je l'ai quitté et abandonné à cet endroit. Mais je le partage. Vous me manquerez aussi. Alors, faisant un dernier geste de la main, telle l'enfant de 5 ans qu'elle était réellement, elle se retourna, et franchit la porte qui s'évapora dans un rayon de lumière.
C'est beau. Oh ferme ta gueule. L'ombre rigola. Puis les deux prirent congé l'un de l'autre.
Ici bas en Loduarie, l'humeur n'était pas à la fête. La Loduarie pensait ses blessures, mais elle était touchée au cœur. À la tête du pays, un remplaçant s'était imposé. Un colonel, qui se nommait Ivan Golkovine, et qui avait participé à nombre de guerres dans le monde. Le Kronos, Velsna et la Translavya. Et aujourd'hui, celle de l'Antares.
La Loduarie avait gagné mais avait perdu son plus grand élément. Et pour la première fois, le pays ne criait plus vengeance, tellement l'acte était gros. Le pays n'arrivait plus à crier, il n'arrivait plus à parler.
Alors, les armées Loduariennes embarquèrent dans leurs camions, tandis que les chars assuraient la retraite. Ils abandonnaient leurs positions. Pour la première fois de son histoire, la Loduarie avait su ne pas engager un combat jusqu'à la mort. Les soldats Loduariens laissaient derrière eux nombre de victimes, et à certains endroits, un champ de ruines. Pour certains, ils ne repartaient pas les mains vides. Mais pour tous, un vide absolu les habitait.
Les ambassadeurs en Loduarie furent tous convoqués, tandis que les ambassadeurs Loduariens à travers le monde faisaient leurs valises. La Loduarie avait décidé de faire ce qui lui avait le plus réussi par le passé, et se refermait à nouveau sur elle même. Les ambassadeurs furent invités à rentrer chez eux, avec bienveillance. Les représentants étrangers à L'UICS furent avertis que la Loduarie évacuait les locaux. Les étrangers en visite furent avertis. Et puis la Loduarie ferma ses frontières, son commerce avec le monde, et ses relations. Et ainsi, le pays repassa dans son stade le plus primaire. Et promis, une dernière fois, feu et sang à celui qui oserait la déranger dans son sommeil, à reprendre ses bannières et ses valeurs pour écrire l'histoire à son propre compte.