à l'attention de Son Excellence madame Parvati Mathai, en sa qualité de QuatriÚme Ambassadrice du Jashuria,
Votre Excellence, chĂšre amie,
Et que vos jardins fleurissent de ces fleurs d'or que l'on nomme paix et prospérité,
Le Reinaume du Zijian accepte avec humilitĂ© vos salutations, et vous les retourne de bonne grĂące. Pour ce qui est d'Ćuvrer pour la prospĂ©ritĂ© de chaque Etat au Nazum, le Reinaume veut bien croire Ă votre bonne volontĂ©, mais ne peut s'empĂȘcher d'ĂȘtre circonspect, voire quelque peu perplexe.
De fait, vous soulignez - Ă trĂšs juste titre - le fait que l'ombre de nouveaux nuages menaçants se rapprochent de nos contrĂ©es. Mais pour le Zijian, ces nuages ne sont jamais partis, et l'orage dure depuis maintenant quelques six annĂ©es qu'il existe. Comprenez que depuis que notre patrie s'est libĂ©rĂ©e de ses fers, il y a moins d'une dĂ©cennie, aprĂšs plusieurs siĂšcles de joug xin, puis un d'oppression ramchoure, les menaces n'ont cessĂ© de peser sur ses Ă©paules, et de se rĂ©vĂ©ler derriĂšre chaque Etat de la rĂ©gion. Guerre civile d'abord, idĂ©ologies mortifĂšres - caummussisme, daiponisme, kamadisme et autres formes de communisme sanguinaires d'une part, agarkhanisme et fascismes d'autre part -, piraterie en mer (nous y reviendrons), et, bien Ă©videmment, Etats voisins belliqueux et alliĂ©s prompts au retournement de veste... La guerre civile en Ramchourie a enterrĂ© pour de longues annĂ©es toute tentative de reconnaissance de l'indĂ©pendance du Zijian, quant Ă une telle reconnaissance venant des Xins, depuis un siĂšcle que le Zijian ne lui est plus soumis, il n'y a plus rien Ă attendre - d'autant que l'Empire semble avoir repris ses conquĂȘtes en Ă©crasant le Chandekolza indĂ©pendant, avec l'aval de la TroisiĂšme RĂ©publique, que nous croyions pourtant notre amie... comprenez notre dĂ©sarroi et notre perplexitĂ© face Ă vos paroles : nul ici ne doute de votre bonne volontĂ©, mais par ses actes, le Jashuria a menacĂ©, et menace toujours, la pĂ©rennitĂ© du Reinaume, par la reconnaissance implicite des revendications Xins sur notre patrie nouvelle. A cela s'ajoute la trahison de notre ex-alliĂ© kartien, qui a pris le parti de renier ses engagements envers nous pour soutenir le Dyl'Milath - et l'envoyer sacrifier sa crĂ©dibilitĂ© sur la scĂšne internationale pour son compte -, Dyl'Milath (nous y arrivons), qui lui-mĂȘme entretient de trĂšs bonnes relations avec l'Empire Xin, et semble prompt Ă user de la force pour rĂ©gler ses difficultĂ©s...
Comprenez alors notre sentiment dans une telle situation. Pour le dire crĂ»ment et sans ambage : le Zijian a peur. Il craint chaque jour, chaque heure, chaque seconde, pour sa souverainetĂ©, pour son peuple, pour sa libertĂ© chĂšrement acquise au prix du sang. Il craint de retomber sous le joug de quelque puissance Ă©trangĂšre avide de richesses, de gloire, ou simplement de main-d'Ćuvre servile. Comprenez-vous ce que vit notre Reinaume ? Comprenez-vous quelle ambiance dĂ©lĂ©tĂšre pĂšse Ă chaque rĂ©union des Chambres ? Comprenez-vous la terreur qu'implique une telle situation, pour un pays qui a dĂ©jĂ tout perdu, et en est Ă peine Ă panser ses plaies et Ă se redresser, difficilement ?
Ce que vous appelez "position courageuse", je l'appelle "position de survie". Ce que ma collÚgue Ade Misha a, avec un aplomb qui lui est propre et qui est à saluer, fait passer pour une "une et unique chance de rédemption" n'est rien d'autre que l'expression de cette terreur sourde, de cette peur de voir notre belliqueux voisin prendre le parti de la guerre à notre encontre - d'autant plus qu'il recevrait probablement le soutien du Céleste Empire et de ses vassaux... Dans un tel contexte, comprenez donc que, pour le Zijian, choisir de voter contre l'exclusion du Dyl'Milath n'est pas faire le choix du pardon ou de la main tendue, comme d'autres peuvent le faire : il s'agit de garantir la pérennité de notre nation, par la préservation des liens diplomatiques que nous entretenons tant bien que mal avec ce voisin turbulent. Aussi, vous comprendrez qu'en l'état actuel des choses, il est inenvisageable pour nous de changer notre vote pour une position plus précaire, qui nous placerait sur le fil du rasoir de notre propre disparition. Quelles garanties de sécurité la TroisiÚme République du Jashuria a-t-elle à offrir à notre Reinaume pour qu'il consente à miser sa propre existence ?
Bien Ă©videmment, une telle position pourrait Ă©voluer dans le futur, si tant est que les menaces qui pĂšsent sur notre Etat disparaissaient. Mais pour l'heure, tant que l'Empire des Xins n'aura pas officiellement renoncĂ© Ă tous les territoires de l'ex Seigneurie Elective de Ramchourie (comprenant, donc, les territoires ramchoures et zijiannais), et que le Royaume FĂ©dĂ©rĂ© de Ramchourie - avec qui le Zijian entretient des liens Ă©troits, notamment dans la lutte contre la piraterie, et qui a officiellement renoncĂ© au contrĂŽle du Zijian - ne remporte pas le conflit qui fait rage dans cette contrĂ©e, notre patrie ne pourra se positionner tel que vous le souhaitez. SitĂŽt ces menaces envolĂ©es, nos considĂ©rations pourraient bien vite changer pour d'autres, plus favorables Ă vos intĂ©rĂȘts...
Vos intĂ©rĂȘts, d'ailleurs, que notre marine soutient activement par la lutte contre la piraterie, tant dans nos eaux que dans celles de la Ramchourie, parfois mĂȘme devant celles de Beiyfon - quoique toutefois avec prudence, pour ne pas prendre de risques inconsidĂ©rĂ©s. Comprenez alors que, lorsque vous Ă©voquez les prĂ©tendus "agissements de notre flotte de corsaires", notre Reinaume soit meurtri en son cĆur. Le Reinaume du Zijian n'est pas le Pharois, il n'est pas une nation pirate. Le Royaume Pirate du Zijian, qui a momentanĂ©ment dirigĂ© le Zijian, n'est pas le Reinaume, mais une Ă©niĂšme faction et entitĂ© provisoire renversĂ©e par notre Reine - louĂ©e soit-elle. S'il reste des pirates dans la Baie CĂ©leste, c'est lĂ du fait de Beiyfon, dont nous ne pouvons approcher les eaux pour ne pas risquer un incident diplomatique qui nous serait fatal, et de Sang Gong, petite rĂ©publique dont les habitants sont Ă peine plus riches que le wanmirien moyen qui nous refuse l'accĂšs Ă ses eaux, et qui s'est faite au fil des annĂ©es un repaire pour la piraterie rĂ©gionale - que nous ne pouvons dĂ©loger malgrĂ© nos efforts. Aussi, le Reinaume vous saurait grĂ© de ne plus faire allusion Ă des corsaires ou pirates zijiannais, reliquats d'une Ă©poque rĂ©volue dont nous souhaitons nous dĂ©barrasser, et dont la mention nie et dĂ©nigre les efforts entrepris par notre nation pour stabiliser sa rĂ©gion.
Dans lâattente de votre rĂ©ponse sur les canaux diplomatiques, je reste Ă votre entiĂšre disposition.
Veuillez agréer, votre Excellence, l'expression de mes salutations distinguées. Puisse un ciel radieux illuminer vox cieux.
Cordialement,
Secrétaire aux Affaires EtrangÚres et au Commerce du Reinaume du Zijian,
18.12.2019













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