



Monsieur,
Il n’est pas dans les habitudes de la République du Makota d’adresser la parole ou de mener une diplomatie poussée avec des nations anarchistes comme la vôtre. C’est donc contraint par de pénibles événements que je me vois obligé de faire une telle chose, si contraire à nos principes diplomatiques. Comprenez-moi bien, vous n’êtes certes pas des communistes, mais vous en êtes indubitablement apparentés.
Depuis le début de votre festival de cinéma, le Festival des Anges, j’ai reçu plusieurs plaintes de mes ressortissants qui sont présents chez vous au titre de festiva-liers dûment invités. Les religieuses de l'Ordre des Soeurs Réginistes qui s’occupent des orphelins de Dakoraville et qui venaient présenter leur documentaire ont vu leur suite être incendiée ! Mlle Hélène Olaf, qui elle aussi venait présenter son documentaire — je ne l’ai pas vu, mais on m’a dit qu’il était formidable —, a fait l’objet d’une agression qui ressemblait beaucoup à une tentative de meurtre au seul motif, parait-il, qu'elle soutenait un diplomate carnavalais fortement éfféminé dont elle s'était enmmouraché.
Cela est inadmissible ! Si le Makota consent à laisser ses ressortissants entrer dans votre territoire au titre de la liberté de circulation, il incombe au Grand Kah de tout faire pour assurer la sûreté des personnes que ses services culturels invitent. Je vous somme donc, avec la plus grande fermeté, d’assurer la sûreté des Makotans qui se trouvent chez vous, et en particulier les dames qui, nous le savons bien, ne sont pas aussi bien loties que nous pour pratiquer la violence de manière suffisamment autonome pour assurer pleinement leur défense personnelle. Et si cela est hors de votre portée, pour des raisons tenant à la nature anarchique de votre régime, ou pour une autre raison que je ne pourrais pas comprendre, alors donnez-nous le droit d’envoyer une escorte de volontaires vachers armés comme il convient pour assurer la sûreté de ces dames. Vous verrez alors qu'après quelques pendaisons, tout le monde reprendrait ses esprits et comprendrait l'impératif de rester respectueux et polis avec les dames makotanes.
Inutile de vous dire qu’assurer la sûreté des corps et des biens de vos invités est une chose absolument indispensable pour votre réputation à l'international, que sans cela, votre régime se décrédibilise au plus haut point. Du temps de l’Empire Kahtanais, je suis convaincu que rien de tout cela ne serait arrivé. Je compte sur vous, donc, pour qu’il n’y ait plus d’esclandre dans votre festival de cinéma et que je ne reçoive plus d’appels incidiaires de Mlle Olaf ou du Concile de l’Église Volignonienne qui m’ont harcelé pour que je vous écrive cette lettre et que je remette les points sur les i. Voila qui est chose faite.
En attente de garanties de sécurités de votre part, veuillez agréer, monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Fait à Sainte-Régine, Capitale du Makota, le 8 fevrier 2020.