04/06/2020
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Activités étrangères en Catholagne - Page 8

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"Qu'avons nous fait mon Père ? Pourquoi nous montrons-nous si indignes de Toi ?"


Alors que la bagarre faisait rage entre les cardinaux Araiz et Spinelli en plein milieu de la cafétéria pontificale, Mattin Munditibarrementeria assistait à ce spectacle, démuni, désabusé. Affalé sur sa chaise, il n'avait plus d'énergie ni pour séparer son compatriote qui était en train de donner une bonne leçon au Velsnien ni pour rassurer Désiré Anagonye, tétanisé par ce qui était en train de se passer sous ses yeux. Ce triste spectacle, en plus de ridiculiser une fois de plus l’Église était en train de tuer définitivement la dernière once de tolérance entre les différents courants régionaux ou dogmatiques de l’Église. Mattin se dit que si même les derniers cardinaux qui n'étaient pas déviants commençaient à se comporter comme des animaux, c'était peut-être le signe que la bataille contre le Mal était en train de lui échapper, malgré tous ses efforts.

Soudain, il s'aperçut à la troisième personne. Il se voyait en plongée, le temps devenait bien plus lent, comme au fond d'une piscine, et il n'entendait plus que de manière très lointaine le brouhaha dans la pièce.


"- Vous vous êtes perdus, égarés. Mais Je ne m'inquiète pas, Je sais reconnaître les justes et les repentis des autres.
- Mon Père, je n'ai plus la force de me battre, chaque jour qui passe ici m'éloigne de Toi.
- Ou te rapproche, mon fils. Ceci est une épreuve, non seulement pour toi mais pour l'ensemble de Mes enfants ici.
- Je fais ce qui me semble être le plus juste pour nous. Mais j'ai l'impression de prêcher dans le désert comme Jean le Baptiste.
- Continue. Souviens-toi : prêche la Parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant...
- ...car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables...
-...mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’œuvre d'un évangéliste, remplis bien ton ministère.
- Amen. Mais, avant que Tu ne partes, dois-je rester candidat ? Je ne sais plus si j'en ai la force. Je ne sais même pas si je serai un bon pape.
- Mon fils, seul toi a la réponse. Ne te demande pas si tu es digne de Moi mais agis en ton âme et conscience."



Tout devint plus clair, retour à la réalité, Araiz empoignait toujours Spinelli et Désiré ressemblait de plus en plus à un lapin pris dans les phares d'une voiture. Il ferma les yeux, prit une longue inspiration puis, lentement, déploya son immense carcasse et :

ASSEZ !!

Araiz et Spinelli s'arrêtèrent net, les gardes polks lâchèrent les deux protagonistes, les autres détournèrent leur regard de l'échauffourée et tous se tournèrent vers Mattin.

"Désiré, qu'a dit Jésus aux marchands du temple ?
- Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
- Quelle disgrâce mes frères. Quelle disgrâce que ces paroles conviennent parfaitement à notre situation alors que nous sommes censés élire le successeur de Saint-Pierre. Que faisons-nous depuis le décès d'Augustin ? Quel diable est venu nous chuchoter à l'oreille, pour que nous nous donnions en spectacle de la sorte ? Sancte ressemble désormais plus à Gomorrhe qu'au siège de notre foi. Quand certains se sont adonnés au vice et perdus dans les complots et les malversations, par cupidité, orgueil, ou ambition, les autres n'ont eu ni le courage ni l'envie de se dresser contre cela. A mon humble avis, les crapules ne valent pas mieux que les lâches car les deux déshonorent la parole du Christ et j'ai la tristesse de vous dire que je ne vois pas beaucoup d'hommes échappant à ces deux classifications ici. Je voulais devenir pape pour tenter de reconstruire avec vous notre Église. Mais il me semble maintenant qu'il est préférable de régner sur un royaume de porcs que de vous diriger. Je me retire dans mes appartements pour prier, je ne veux pas être dérangé jusqu'au Conclave. En attendant, j'espère que Dieu nous viendra en aide et nous ramènera à la raison."


Il tourne les talons, s'avance vers la porte et à mi-chemin se retourne et s'adresse à Araiz :
"Mateo, nous partageons le même avis, mais votre comportement vous déshonore personnellement ainsi que les millions de catholans vasques dont je fais partie. Je suis peut-être coupable d'avoir entretenu et alimenté votre haine et j'en suis profondément désolé. Seulement, cette scène est inacceptable. C'est pourquoi, à la fin du Conclave, je demanderai au nouveau Pontife de vous démettre de vos fonctions de Cardinal."
Il se tourne ensuite vers Spinelli.
"Quant à vous Giovanni, j'espère que vous aurez la décence, bien que ce trait ne constitue pas une de vos caractéristiques, de faire de-même."

Mattin sort de la cantine, il va prendre le temps de réfléchir au bien-fondé de sa candidature jusqu'au début du conclave en s'isolant dans ses appartements.
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Son Éminence Désiré Anagonye en entrevue avec Jean Baudu. // Son Eminence le Cardinal Robert Sarah, prélat guinéen, à propos de la canonisation de Sa Sainteté Paul VI.

Désiré Anagonye ; le favori des Marcinois aura t’il une chance de gagner ? 

Vere Papa mortuus est ! Sa Sainteté Augustin, de son véritable nom Cesare Crezzini est morte ! Le Saint Siège, loin d’être destabilisé, s’attendait à ce tragique décès, Augustin ayant pris ses fonctions de Vicaire du Christ à l’âge, très avancé, de 73 ans. Et déjà les candidats ne manquent pas pour se proposer à la succession de ce vieil homme ; et une fois de plus les candidats pour le moins hauts en couleurs ne manquent pas. En 2016 nous avions pu constater que l’offre se dégradait avec des personnalités particulièrement instables, notamment Samuel Canto et Fulbertrand le Bienheureux ; des cas médicalement intéressants qui étaient avant tout des malades et des sociopathes qui entâchèrent par leur seule présence ce conclave. En 2020, la situation se dégrade encore plus ; Son Éminence Ludovic Enfant, cardinal carnavalais se prétendant femme et s’étant infligé une vasectomie complète, tout en s’ôtant le matériel génital masculin pour devenir Marie Ière, en hommage à la Vierge selon ce dernier. Autre étrangeté de la nature s’étant invité, le « Techno-Pape » Archibalde III ; un autochtone de la Métabaronnie ayant fait du transhumanisme une religion et tentant d’infiltrer ce conclave. Toute une flopée d’autres candidats plus ou moins loufoques, plus ou moins catholiques et plus ou moins sains d’esprit se sont par ailleurs invités à cette élection du Souverain Pontife. Si la plupart de ces candidats tiennent des positions pour le moins… controversées… De véritables sujets émergent progressivement : Désiré Anagonye fait de la lutte contre la corruption une priorité pour son possible pontificat, de son côté le candidat Velsnien, se prétendant Dodécaliotte, Spinelli, en appelle à plus d’inclusion pour les femmes, les minorités et à un travail de dialogue avec les syndicats, pour Mattin Munditibarrementeria, le candidat de la Youslévie, quant à lui s’oriente sur le dialogue interreligieux… C’est pour cette raison que nous avons invité aujourd’hui Son Éminence Désiré Anagonye afin qu’il puisse donner son avis sur la situation de l’Église catholique, les réformes nécessaires à mettre en œuvres et ses opinions sur les candidats se présentant à un conclave aussi… particulier…

Jean Baldu : - « Bonjour Éminence, c’est un honneur pour nous de pouvoir vous accueillir dans nos locaux et de pouvoir partager avec vous vos réflexions. Pour commencer, que pensez-vous de feu Sa Sainteté Augustin et du conclave de 2016, qui comme nous le savons n’a pas manqué de rebondissements… A commencer par l’assassinat de Son Éminence Palamas, le candidat nordiste à l’élection pontificale, tué par un missile balistique dans une église de campagne nordiste. »

Désiré Anagonye : - « Je vous remercie pour votre invitation, et je suis heureux de pouvoir partager mon avis au grand public. L’un des grands problèmes de l’Église, de manière générale, c’est la difficulté qu’elle a pour discuter et dialoguer avec les institutions de la société civile, en l’occurence la presse. Et pour moi, une couverture médiatique sera absolument nécessaire pour permettre d’établir une véritable proximité avec les fidèles du monde entier. Pour en revenir à votre question ; et bien je dois vous dire que je ne sais par où commencer ; tant les choses problématiques, les drôles d’oiseaux et les évènements tristement sensationnels se sont multipliés en un laps de temps si court… Je vous avoue que je suis moi-même dépassée par de telles choses ; imaginez tout de même la situation ; je suis un évêque de province marcinois qui apprend par la presse que Carnavale à assassiné un cardinal nordiste parce que ce dernier a eu le malheur d’avoir des propos désobligeants vis à vis de Son Éminence le Bienheureux ; normalement tout catholique digne de ce nom aurait dû être dévasté en apprenant cela ; le pouvoir séculier qui s’ingère dans les affaires religieuses pour détruire une église et tuer un homme intègre ce serait impensable au XXIe siècle, et pourtant voilà Palamas est mort ! Non définitivement il n’y a rien qui va ; l’Église n’a pas tant évolué que ça depuis le XVIe siècle. Et c’est à mon sens véritablement dramatique. Et je pense, que beaucoup en Antérinie partagent ce tragique constat.

Évidemment que l’élection d’Augustin a été une bonne chose, et je pense que ce fut la meilleure chose qui ait pu arriver à l’Église dans ce cas de figure ; parce que l’assassinat d’un papabile en plein conclave ne doit pas être vue comme le seul évènement mémorable des actualités religieuses et spirituelles de 2016 ; et non il y a tout un tas d’autres points qu’il serait bon de prendre en compte : à commencer par l’offre déplorable que représentait certaines personnalités se présentant au conclave ! Sincèrement comment Pie XVI a t’il laissé des zouaves pareils se draper dans le rouge de la cardinalice ? Parce que de vous à moi, le nom de Samuel Canto m’ulcère ; je ne puis que mépriser un tel homme qui a fait de la promotion de la pédophilie au sein de l’Église un cheval de bataille ; un homme qui est responsable d’agression sexuelle et qui s’en vante, par dessus le marché, qui aurait pu trôner sur le Siège de Saint Pierre, je vous avoue que le schisme ne m’apparaîtrait pas être une mauvaise idée, bien au contraire… Et qu’une telle abomination ose se présenter lors de ce conclave ne peut que nous indigner, plus encore, nous révolter au plus haut point ! Parce que l’on observe, c’est la pérennisation d’une tendance de fond qui remonte progressivement au grand jour. Et ça ce n’est pas du charabia d’un sociologue quelconque qui assomme ses interlocuteurs avec des mots compliqués pour leur faire sentir qu’il est plus intelligent qu’eux ; c’est un constat objectif et factuel : à chaque nouveau conclave les candidats sont de pire en pire. Ce n’est pas non plus un constat de grand réactionnaire ; déjà en 2010 nous avions eu des candidats pour le moins originaux qui n’avaient probablement jamais entendu parler de la Bible ! Et aujourd’hui nous avons une monstruosité mi-humine mi-machine qui refuse même l’existence de Dieu, du Dieu de l’Évangile. C’est une progression logique qui ne fait que s’aggraver à mesure que le temps passe.

Je ne crains que la grande erreur d’Augustin fut de mettre l’éducation religieuse au dessus de tout ; évidemment c’est quelque chose de louable ; l’Église a besoin de théologiens compétents plus à même de décrypter les évènements actuels au regard de la Parole qui nous a été donnée. En revanche je ne crains que ce désintérêt quasi-systématique pour les évènements terrestres, bassement matériels, ont participé à la mise en place et à l’établissement d’une minorité de cardinaux et d’évêques corrompus ; et ce aux yeux et à la vue de tous. Et c’est justement cela qui peut lui être reproché ; d’avoir délaissé l’aspect matériel et politique de l’existence du Saint Siège. La Papauté a été silencieuse lorsqu’il s’agissait de laisser les carnavalais génocider les kabaliens ; la Papauté a autorisé la nomination d’évêques ouvertement corrompus par l’argent, la luxure, l’hubris ou la paresse pour ensuite les élever au cardinalat. Le désintérêt de Sa Sainteté à coûté à l’Église, et je pense que c’est pour cette raison que l’on ne se souviendra pas de son pontificat. Voire pire, que certains historiens en viennent à le juger sévèrement à cause de cette sorte d’apathie. Et je pense tout de même que ce ne serait pas rendre hommage à un homme qui avait une profonde et une extraordinaire maîtrise de la théologie classique ; il n’était seulement pas taillé pour affronter les épreuves et les difficultés du pouvoir.

Car sans aller jusqu’à dire que son pontificat a été une perte de temps ; je suis convaincu, et intimement convaincu même, qu’il aurait dû prendre des mesures énergiques pour lutter contre la corruption. D’abord en expulsant de la Curie certains cas problématiques ; comme Samuel Canto, un homme qui n’aurait probablement manqué à personne, et encore moins à l’Église. Ne serait-ce que des mesures symboliques qui auraient pu empêcher la mise en avant de cardinaux éminement dangereux ; tant pour les fidèles, que pour notre Très Sainte Mère l’Église Catholique Apostolique et Rhêmienne. Pour ma part je suis assez déçu du pontificat qui aurait pu tenter d’enrayer, ou à minima de ralentir, la progression des courants que certains parmi le clergé antérinien d’« indépendants » ; un charmant euphémisme pour désigner les opportunistes et les corrompus. C’est là à mon avis ce qui a coûté si cher à l’Église, et le pire c’est que ce serait malhonnête d’accuser ce brave Augustin de trahison ou de lâcheté, je pense au contraire qu’il n’avait pas encore identifié le problème et c’est ce qui a permis à ce dernier de grandir et de grandir, de prendre une place si démesurée qu’il en devient presque normal de voir son évêque s’acheter une steiner ou une strama hors de prix ; je ce que je veux dire : c’est que la corruption est devenue si omniprésente qu’elle en devient presque « normale », commune, « acceptable » même. Si acceptable que ce n’est pas une priorité pour les papabiles alors que ça devrait être non seulement la (Et Anagonye appuie clairement dessus) priorité du moment ; c’est incompréhensible et moi-même je ne saisis pas bien ce qui empêche les candidats « sérieux » en quelque sorte de prendre à bras le corps un sujet aussi sérieux ; ce n’est pas comme si le péhnomène était simplement épidermique ; quelque cardinaux corrompus vendant leurs voix pour quelques talents ; non c’est quasi-instiutionnalisée tant l’Église refuse de le voir ; on croirait presque qu’il y existe une sorte de bienveillance aveugle à l’égard de ces pratiques qui rend de fait l’Église incapable de les condamner. 
»

Jean Baldu ; - « Je vous remercie mon père, mais je vous allez que la musique en dénonçant aussi vigoureusement, et à raison évidemment, ce genre de pratique. Je voudrais que vous vous présentiez maintenant. J’ai cru comprendre que vous êtes issus d’une famille mixte du nord de Marcine, votre père est un musulman orocomo converti, et votre mère est une catholique convaincue. Pouvez-vous m’expliquer pour quelles raisons votre père s’est converti ? Et ce que cela a changé dans ses rapports avec sa famille ? Votre grand paternel a t’il accepté cette conversion ou lui en garde t’il rancune, et plus encore est-ce que vous voyez en cela un prétexte pour un dialogue religieux avec les autres religions ? »

Désiré Anagonye ; - « En effet mon père est un « Apostat » selon certains membres de sa famille, c’est à dire un musulman ayant changé de religion ; il est en l’occurence devenu un chrétien catholique convaincu. Je pense qu’il s’est converti au catholicisme pour deux raisons ; d’abord il aimait profondément ma mère et il a accepté, pour pouvoir se marier avec elle, de changer de religion : ne l’oublions pas mais le culte catholique interdit les mariages religieux interconfessionnels. C’est donc pour cette raison que ma religion n’a pas véritablement fait débat lorsqu’ils ont découvert que ma mère était enceinte ; dès le début j’étais « prédestiné » en quelques sortes, à devenir catholique. Ensuite, Marcine est un État à majorité catholique où la religion joue un rôle extrêmement important dans la vie de tout les jours ; et dans les années 70’, espérer avoir une belle carrière ne dépendait pas uniquement de ses performances ; entre un catholique et un musulman, c’était le premier qui avait le plus de chances d’obtenir une promotion en raison, principalement de sa religion. Et puis, je pense aussi que c’était un choix mûrement réfléchi ; vous n’imaginez pas à quel point il est difficile de changer de religion ; c’est tout un travail moral et spirituel, ce n’est pas un simple passage à l’Église, mais un effort fourni pour comprendre Dieu, ce qu’Il signifie pour les catholiques, le rôle que joue l’Église, l’influence des Saints et des Anges ; c’est d’autant plus difficile que la religion musulmane diverge véritablement du culte chrétien ; et puis il faut aussi prendre en compte les pressions personnelles, familiales, sociales ! Imaginez que votre enfant se convertisse à la religion protestante ! Comment réagiriez-vous ? Je connais beaucoup d’Antériniens le déshériterait sur le champ, et qu’ils n’hésiteraient pas à l’isoler socialement… C’est exactement la même chose dans le monde musulman (voire pire…). Donc c’est un choix qui a bouleversé la vie de mon père ; un mariage mixte n’est déjà pas courant, une conversion ça l’est encore moins.

Et au sein de ma famille, vous vous en doutez, ce n’était pas vraiment un sujet consensuel ; du côté de ma mère mon oncle s’est méfié de mon père et m’interrogeait en permanence pour savoir si ce dernier ne m’apprenait pas les sourates et les versets du Coran, tout comme un jour il m’a demandé si je n’étais pas circoncis ! Pour lui, mon père n’était qu’un morrisque ; un converti par intérêt, un crypto-musulman. Du côté paternel c’est encore pire, mon grand-père a longtemps été dans le déni et m’a considéré comme musulman jusqu’à ce que je refuse clairement de prendre de la viande halal… Et lors des repas de famille, l’ambiance était pour le moins électrique ; et les accusations de « traîtrise » fusaient à l’endroit de mon père lorsque le douloureux chapitre religieux était ouvert ; ce sont des moments forts de mon existence lorsque je me rappelle que mon père défendait mordicus, avec une assurance d’un homme sachant qu’il a raison, que les vérités de la Bible valent plus que celles du Coran ; c’est à ce moment là à mon avis que j’ai compris à quel point il était vraiment convaincu par ce qu’il disait ; que sa foi, sa religiosité même, n’était pas simulée, mais belle et bien réelle. Avec le père Louis, c’est mon père qui m’a inculqué les grands principes fondamentaux ; l’amour que l’on doit porter à son prochain, mener une vie droite et rangée, accepter de s’engager pour l’Autre et à son service.

Par ailleurs, j’ai véritablement choqué par l’animosité que pouvait susciter une conversion ; les repas de famille ont été une épreuve pour moi, car à chaque fois je me retrouvais pris entre deux feux ; l’amour de mes parents et les reproches de certains de mes oncles… Et je pense qu’encore aujourd’hui ce n’est pas acquis… Il se suffit de se rendre compte qu’un protestant à statistiquement plus de risques d’être condamné à la peine maximale qu’un catholique et ce pour un même crime… Non je pense que l’on doit mettre en place un dialogue interreligieux ; l’Église doit absolument jouer un rôle de conciliation et d’intermédiaire entre les clergés d’une autre confessions et les minorités catholiques ; je sais que c’est déjà le cas dans certains pays et je ne vois pas en quoi c’est un problème ; regardez les relations sont au beau fixe entre les catholiques azuréens et les musulmans ! C’est à mon sens le meilleur moyen d’éviter des bains de sang inutiles et de promouvoir le message de paix et d’amour du Christ. Je ne vois pas en quoi cela provoquerait des frictions ; globalement les lignes de bougeront pas de sitôt, alors pourquoi refuser le statu quo ; pourquoi prendre le risque de passer pour une force destabilisante alors que notre seule volonté est l’épanouissement de tout les Chrétiens du monde.

Pour ma part ma position est très simple ; là où il y existe des catholiques : l’Église doit à tout prix être là pour eux. Et souvent cette présence passe par l’acceptation d’une cohabitation avec une majorité religieuse ou un État athée et socialiste. L’Église par ailleurs, n’a même plus les moyens de tenter de grandes missions d’évangélisation, ou des « croisades » comme le souhaiterait l’Auguste César de Listonie… Nous sommes obligés de camper sur nos positions et d’accepter que d’autres religions puissent exister. Si l’Église reste dans le déni et refuse d’accepter et de reconnaître les autres religions, des risques pourraient peser sur les minorités chrétiennes et c’est ce que nous voulons tous éviter ; car reconnaître l’existence d’une religion, ne signifie pas pour autant accepter que ses valeurs, ses dogmes, sa philosophie ou sa théologie aient la même valeur que la Vérité biblique ; il s’agit simplement d’entamer un premier pas vers une compréhension mutuelle sans céder du terrain ; c’est exactement ce que fait l’Episcopus de Kaulthie en souhaitant que notre conclave se déroule bien ; cède t’il du terrain ? Non. Cède t’il sur un quelconque point théologique ? Non plus. Il ne fait que reconnaître que l’Église catholique rhêmienne existe, pourquoi refuserions nous de reconnaître que l’Église kaulthe existe aussi ? Ce serait à mon sens une grande absurdité, d’autant plus que cette reconnaissance pourrait mener à des rapports pacifiés sans avoir à nous coûter quoique ce soit. Et puis enfin, est c’est là le plus important, Jésus lui-même était en faveur du dialogue intereligieux ; souvenons-nous de la parabole du Bon Samaritain ; ce dernier aida un Juif alors qu’ils sont farouchement opposés sur tout un tas de questions doctrinales et religieuse ; et ce alors même qu’il ne le connaissait pas. Qu’est-ce qui nous empêche donc de reconnaître ne serait-ce que l’existence des autres branches du christianisme ; dans tout les cas ces territoires sont perdus ; à quoi bon essayer de se maintenir dans un déni de réalité des plus anachronique ?
 »

Jean Baudu : - « Vous avez au moins le mérite d’être clair. Puisque nous passons à votre programme ; quels seraient les trois points clés de ce dernier ? Qu’identifiez-vous comme les chevaux de bataille absolue de l’Église à l’heure actuelle ? Ou du moins selon vous ? »

Désiré Anagonye - « C’est là ma plus grande préoccupation… Et de ce fait, j’essaie d’être compris. Quant à l’Église je dirai que son plus grand problème à l’heure actuelle, est l’image qu’elle renvoie… Vous savez, certains me disent qu’il y a moins de criminels en prison que de criminels au Conclave, et sans approuver sans réserve une opinion aussi tranchée, on est obligé de comprendre qu’il y existe un fond de vérité qui nuit à l’Église. Vous voyez tout ces cardinaux corrompus ; ces Archibald, ces Aguste ou ces Carlosse de Salosse…. Et bien ils sont à mon humble avis la minorité visible qui permet à certains de prétendre que l’Église est plus corrompue encore que l’Hernandie… Mais je n’en crois pas un mot. En revanche, je sais que la corruption et ses quelques représentants, prennent de plus en plus de place et normalisent progressivement le phénomène ; une chose que je condamne vigoureusement et qui, si on ne fait rien, risque de devenir la norme. C’est ce qu’ont visiblement oublié de nombreux cardinaux. Et c’est ce combat qui est mon grand cheval de bataille ; en quelque sorte la base absolue qui guidera toutes mes actions si mes bien aimés frères m’élisent pour porter la tiare.

Si je fais de la corruption un combat prioritaire c’est d’abord et avant tout parce qu’un clerc ne respectant d’aucune manière le vœu de pauvreté, qu’il a pourtant formulé en étant ordonné, détourne non seulement l’argent de l’Église, et donc l’argent qui appartient en théorie au Christ, mais aussi parce que cet argent doit revenir d’une autre manière aux fidèles ; il doit leur bénificier. L’argent de l’Église n’est rien d’autre que celle du peuple chrétien tout entier pour ma part ; ce qu’elle prend, elle doit le rendre à la communauté ou le faire fructifier pour le rendre ensuite à la communauté des Chrétiens. C’est le B.A.BA me semble t’il d’une gestion saine des actifs de Saint Pierre ; après tout des milliers d’églises ont besoin d’être rénovées, des dizaine de programmes visant à sortir de la pauvreté des régions entières manquent de fonds… C’est ce qui paralyse l’Église, mais c’est aussi ce qui explique comment des évêques ont des train de vie fastueux ! Pour moi, la vie simple n’a pas d’égale et il est hors de question qu’un prêtre ou qu’un évêque ne vive dans une grande villa sans avoir de bonnes raisons d’y vivre : nous avons besoin d’hommes de convictions, et non d’hédonistes pour ce genre de postes ; ils représentent l’Église toute entière et doivent donc donner une bonne image d’elle.

Je ne vais pas m’attarder, mais ça ne signifie pas pour autant que ceux qui ont failli, qui ont tenté de profiter de leur statut pour abuser des biens ecclésiastiques seront purgés ; tout homme à ses qualités et ses défauts ; tout homme peut succomber au péché et moi-même j’ai déjà péché. Errare humanum est comme qui dirait. Et puis c’est dans l’ordre voulu par Dieu que l’homme pardonne aux autres leurs erreurs et leurs turpitudes ; c’est un fondamental et je pense que peu de personnes me désapprouveront. Et puis, certains de ces évêques corrompus sont talentueux et se priver de bons éléments relèverait de la folie, d’autant plus si ces derniers sont appréciés par leurs administrés ; donc je le rappelle, mais je promets d’aucune manière des purges massives ; l’Église n’a certainement pas besoin d’être déstabilisée à cause d’erreurs et d’errements bien regrettables. Parce que je n’agis non pas par vangeance, mais pour l’Église, je ne veux pas de mal à ceux qui se sont égarés, nul ne peut se prétendre parfait, et je ne vois pas en quoi les punir de manière disproportionnée serait une bonne chose. L’Église a besoin d’unité pour être forte ; et aujourd’hui plus que jamais, elle a besoin d’économiser ses forces.

Mon second combat se résume à rendre cohérent, autant que possible, le culte et sa pratique dans le monde. Inutile de vous faire un dessin mais d’Axis Mundi jusqu’aux franges les plus conservatrices de Carnavale… Il y a un écart gigantesque, un véritable fossé qui rendrait presque incompatible les deux pratiques du culte. Il faut donc essayer d’apporter de l’unité, sans pour autant essayer d’uniformiser les croyances. Vous savez je suis un particulariste dans l’âme et je ne pense pas qu’imposer aux Marcinois un culte des saints qui se rapprocherait de celui fait à Sancte sans même respecter la signification toute particulière que peuvent avoir certain rite serait des plus regrettables ; tout comme je ne vois pas l’intérêt d’une telle chose. Après tout, l’unité ne signifie pas pour autant l’uniformité. En cela donc je souhaite simplement inviter les principaux représentants des divers courants philosophiques qui traversent notre bien aimée Église pour, définir dans le consensus le plus absolu, la relation qu’entretiendra notre Église avec les nouveaux défis du siècle ; à commencer par l’émergence de minorité sexuelles visibles qui prennent une place de plus en plus conséquente dans nos débats ; et je pense que ce serait intéressant d’avoir l’avis du clergé dans son ensemble et plus seulement de la faction dominante du moment.

Enfin, je pense que la dernière action doit passer par la remise en avant de la nature ; et j’entends par là, la Création. Vous savez, je suis un homme profondément touché par la beauté naturelle des choses ; c’est peut-être mon éducation de provincial, pour le dire avec la condescendance propre aux citadins, mais admirer ne serait-ce que quelques minutes une montagne, un papillon, des oiseaux ou des animaux sauvages, nous extasier devant la beauté naturelle des choses ; c’est découvrir Dieu, c’est entrer en contact avec Lui et de Le découvrir dans un son aspect le plus « intime » si j’ose dire ; c’est là un point qui mérite à mon avis d’être absolument mis en avant dans l’action sociale de l’Église. Elle doit à tout prix intégrer cet aspect dans la formation spirituelle des jeunesses catholiques (les scouts, par exemple) mais aussi dans l’ordination des prêtres et dans son action politique quand l’Église doit à tout prix intervenir pour condamner la mise en place de projets qui pourraient bouleverser durablement des écosystèmes entiers. Je pense que l’on intègre pas assez cet aspect des choses dans la réflexion des mouvances politiques catholiques de droite (Chrétiens Démocrates Messaliottes, par exemple) mais aussi de gauche (les grands partis de la théologie de la Libération notamment). 
»

Jean Baudu : - « Et alors, avez-vous des commentaires à faire sur d’autres candidats ? Vous aviez précisé plus tôt que vous voyez des candidats « sérieux » émergé ; qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Partez-vous du principe qu’ils représentent une menace pour vous ? »

Désiré Anagonye : - « Ce que j’entends par un candidat sérieux est la probabilité qu’il représente de devenir une alternative ; et pour l’instant seuls deux rivaux réussissent à incarner une solution consensuelle pour l’Église ; prenons Son Éminence Spinelli par exemple ; elle a clairement choisi son camps ; celui du progressisme avec la promotion des femmes, des minorités sexuelles et de la collaboration avec les syndicats. Même si je me considère comme un conservateur, je comprend les motivations de Son Éminence et je les trouve tout à fait pertinentes… Même si je n’émettrai qu’une simple remarque : l’Église travaille déjà avec des syndicats. Les travailleurs de la Confédération se sont par exemple regroupés au sein du Syndicat des Travailleurs Chrétiens (S.T.C) qui existe depuis le siècle dernier… Et qui est comme son nom l’indique issu de la doctrine sociale du catholicisme tout en étant en partie structuré par des prêtres… Donc je considère que si cette proposition est des plus sympathiques ; ce n’est pas non plus une nouveauté absolue. Néanmoins je reconnais que je ne maîtrise pas les milieux du travail velsniens ou dodécaliotes, et ça ne me surprendrait pas d’apprendre qu’il n’y ait pas de syndicat explicitement adressé aux Chrétiens… En revanche ses positions incendiaires sur les réseaux sociaux m’amène à penser que l’on ne partage pas exactement le même point de vue sur le dialogue entre les religions…

Pour ce qui relève de Mattin Munditibarrementeria, je ne réussis, pour ma part, à saisir le personnage et la personne qui se cache derrière le masque ; ce que je sais de lui c’est que c’est un homme de principes, intègre et bon qui appelle au dialogue interconfessionnel, une chose louable. Mais malgré tout, il reste un homme d’une foi sincère et profonde.

Quant au reste… Comment dire cela poliment… Et bien ils sont de joyeux lurons qui amène une offre alternative des plus originales… 
»

Jean Baudu : - « Je vous remercie mon père pour vos éclaircissements et je vous souhaite une bonne chance pour ce conclave qui s’annonce des plus agités ! »

Jean Baudu pour Famille Chrétienne.
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