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🗄️ Ministère de la Mémoire Nationale - Page 8

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Lettre de Piotr Ă  FLora

Piotr a Ă©crit :Jeudi 07 novembre 2014
Jour 61
23h21

Cher objet de mes transports,

Cette nuit j’ai rêvé de toi, et sais que j’aurais dû écrire ce qui s’est passé bien plus tôt.
Je me souviens que tu m’attendais, le visage impassible, en haut des escaliers extérieurs d’un palais que je n’ai pas connu, mais qui me rappela en tout point et l’architecture arabe, et les métros moscovites. La roche dehors était beige, voire rouge, tandis que l’intérieur était blanc et possédait contre ses murs des représentations sculptées d’instants historiques et de personnages illustres dans l’or. Un homme, étranger à tout souvenir mais dont les traits et la barbe me rappelaient Lénine t’indiqua de me faire visiter, alors tu le fis. Nous apprîmes ainsi à nous parler, beaucoup, puis à nous tenir la main, fort. Je te revois heureuse. Je te revois aussi m’aimer. À la manière des adolescents du Comte de Montecristo, nous nous aimions après peu, mais ne vivions plus que pour cela. Alors, nous prîmes le parti de fuguer ensemble. La grande arche définissant les limites du domaine passée, les cris des chiens se firent entendre, puis les hommes à leur tour aboyèrent, si bien que l’on ne distinguait plus les uns des autres. Je me souviens courir en ressentant le contact puissant de ta main dans la mienne, puis l’abandon de ton corps qui plonge dans le sable, une tache rouge et grandissante se répandant sur toute ta poitrine. Alors, je me suis réveillé en sursaut. C’était extraordinairement et triste à la fois. J’étais euphorique de t’avoir vue, parlée, touchée, mais triste que là aussi tu m’aies abandonné.
Contrairement aux autres fois où lorsque je rêve je le fais plusieurs fois d’affilé dans la même nuit, ici je ne connus que ce désolant bonheur.

J’aimerais qu’un jour je puisse de nouveau te parler de mes rêves de vive-voix.

Ton Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Vendredi 08 novembre 2014
Jour 62
22h36

Ma lointaine Flora,

Aujourd’hui, je suis resté à la maison car j’étais malade. À vrai dire j’avais certes mal au crâne affreusement, mal à la gorge terriblement et des frissons qui me parcourraient le corps, je craignais surtout mon rendez-vous avec la psychologue. Que lui aurais-je dit si j’y étais allé ? Sans doute que rien ne va mieux mais que je m’y accoutume, ou alors qu’au fond j’espérais encore une divine bonté de ta personne qui, si elle me paraissait presque à déifier, n’a jamais œuvré de la sorte, empêchant le mal et possédant un attrait certain pour quelque vertu – bien-pensance que j’exècre sans doute autant que tu le fais toi-même. Et pourtant ! Je ne puis m’empêcher de repenser cette phrase face à laquelle l’homme s’incline, comme dette sociétale du passé : « J’ai toujours raison ! ».
Ma Flora, en vérité, j’approuve cela. Tu as toujours eu raison car dans notre couple même la vérité se pliait à tes exigences, et je m’efforçais en tout cas de faire mon maximum pour l’y contraindre. Après deux ans à n’écouter plus que ta voix prophétique dictant et mes gestes et jusque mon ressentiment, la Liberté m’est aujourd’hui une contrainte qui me pèse et me fait regretter ta présence comme son emprise sur le cœur innocent qui est mien.

Certain que de toutes mes lettres tu accepteras au moins celle-ci vantant ta gloire, j’y glisse aussi quelques étreintes dans l’Espoir que tu les veuilles bien également.

Ton Piotr.
830
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Samedi 09 novembre 2014
Jour 63
???

Mon adorée absolue,

Aujourd’hui j’ai beaucoup pensé à toi, bien plus qu’à l’ordinaire à vrai dire. Ma collègue s’est achetée un shampoing dans la même marque et de la même odeur que le tien, et j’ai eu l’impression de ne sentir que cela de la journée. Tes cheveux me manquent. Cela te paraîtra sans doute drôle ; en vérité ce manque trahit une détresse bien grande. Je t’aime de tout mon cœur, de toute mon âme. Tu me déchires le cœur. Pourquoi ne pas me répondre ? Si tu ne m’aimes pas alors cela ne devrait pas t’atteindre de le faire… Je crois encore trop en toi pour croire qu’il s’agirait de femme ou d’égoïsme. Je t’aime tellement ! C’est si difficile pourtant… Il est drôle de se dire que tu n’as peut-être pas pensé à moi de la semaine alors que l’inverse arrive constamment… Au moins si je suis l’allégorie du pitoyable je suis déjà quelque chose.

Je t’aime beaucoup.

Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Dimanche 10 novembre 2014
Jour 64
19h20

Toi Ă  qui je consacre une folle passion,

J’ai passé un bien triste dimanche qui m’a fait regretter ceux passés avec toi il y a quelques temps. Je me réveillais, généralement tes yeux étaient déjà ouverts, tu m’offrais une étreinte et la journée se déroulait dans ce même état d’esprit qu’aujourd’hui il m’est difficile de retrouver même en rêve.
Amoureusement je ne sais pas où tu en es. Je ne sais pas si tu blâmes le concept, si tu attends avec l’indifférence que je te connais, si tu souhaiterais retomber amoureuse prochainement, si tu l’es déjà ou même si quelqu’un d’autre partage ton bonheur voire ton lit à l’heure où je t’écris – auquel cas je serais, quoique nécessairement peiné, assurément heureux pour vous. En réalité je m’interroge, car je ne peux m’empêcher de penser à toi, à ce que tu dois ressentir, ou faire, ou vouloir, mais la vérité m’importe peu d’autant plus qu’elle m’est inaccessible.
Malheureusement, comme toi, comme le reste de la société adolescente en fait, il m’arrive de plus en plus régulièrement de passer des heures entières sur Instagram sans m’en rendre compte. Là où je faisais du piano ou écrivais mille Alexandrins, je consacre aujourd’hui ma jeunesse à l’inutile, et suis témoin de mon propre désespoir ainsi que de ses désastreuses conséquences. Il me résolument en changer, dans toutes les sphères de ma personnalité, et ne plus être craintif, timide, larmoyant en toute occasion, dont les seize ans me placeront en insuffisance pondérale et que les autres effraient, et que le noir effraie, et que ton cœur effraie.

23h20
Pardonne-moi, je n’aurai pas le courage de m’adresser à toi de manière pleine et entière, de te dire mon Amour dans une lettre que je sais inutile par nature puisqu’elle ne t’arrivera jamais. Cependant il me faut bien conclure, tu es bien placée pour savoir que je ne sais que mal le faire, et pourtant il s’agit là d’une nécessité à laquelle nul correspondant ne saurait se soustraire. Permets-moi alors l’expression de mes plus nobles sentiments dans les vers qui suivent et que j’écrivais tout à l’heure :

Oui, par te désirer, ma sublime Flora,
J’entends ce que tu veux, ou ce que tu voudras.
J’entends la caresse de ma main sur la tienne
Comme le doux baiser que ma bouche fera
À un front qui m’est loin et qui, durant ma peine,
Me fit me souvenir de nos promesses vaines.

Et, jamais satisfait, tout comme Ă  ton image,
J’irai même plus loin dans l’Amour – esclavage…
L’esclavage d’un cœur qui ne sait t’oublier !
Qui par mille moyens cherche à bannir ta rage !
Car c’est ainsi pour moi que je veux désirer :
Plus loin que t’adorer, je veux aimer t’aimer.


Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Lundi 30 septembre 2014
Jour 23
17h22

Toi que j’étreins en pensée,

[J'ai achevé hier soir la lecture d'un livre populaire de mon pays que tu dois sans doute connaître. J'aimerais te partager ce qu'il m'a fait ressentir.][...]
La courtisane, dans le même rôle qu’il m’est donné de jouer lorsque tu t’écris, est une femme qui, par besoin financier ou sentimental, se doit de charmer son audience, et ce de manière constante. Oui, tu esquisseras un sourire lorsque tu comprendras la comparaison faite entre mon cœur et une quasi-prostituée, et j’aurai au moins réussi cette tâche difficile. Cette femme peut tout être : ou la favorite d’un prince et elle papillonnera élégamment dans les riches réceptions en maîtresse s’inscrivant dans une infidélité à peine voilée, seul Amour véritable de ceux pour qui le mariage n’est point un choix ; ou celle sous les ponts, se nourrissant dans les charognes deux enfants non-désirés dans les bras, et qui hériteront de leur mère la maigreur anachroniquement auschwitzienne, témoins d’un monde où la gloire et la luxure ne bénéficient aux plus chanceuses et aux plus perfides. Mon cœur est l’une de ces courtisanes ni chanceuse, ni perfide, et s’il t’aime de manière sincère et innocente pour tout ce que tu es, forcé est de constater que son malheur est presque une conséquence logique de la vie, et cette douleur qui m’atteint n’est alors que la finalité de mon existence. Mon cœur, toujours lui, s’il ne se nourrit ni de chaire ni de sang, porte bien un enfant que l’on nomme Espoir et qui, bien que sans cesse différent de la veille, fait croire que l’on se rapproche du jour où nous nous verrons à mesure que le dernier où nous nous sommes vus s’éloigne. Oui, je me vois comme ces courtisanes que l’on aime un jour puis que l’on délaisse. Je m’identifie à elles. Ce livre est horrible tout à coup. Il n’y a pas d’intrigue et ne possède de dessein. Ce sont seulement des mots synonymes de souffrance et de chagrin mis bout à bout.
Cette vision est notre dernière œuvre commune. Je la savoure ainsi que je bénis ton absence.

Éploré par la constance de ta présence,

Ton dévoué Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Lundi 11 novembre 2014
Jour 65
???

Ma Prophétesse,

Un long weekend vient de s’écouler. Nous aurions pu nous y voir et mettre fin à ce sentiment horrible qui me ronge l’esprit. Je voudrais vraiment que tu me répondes… Je ne passe mon temps plus qu’à penser à toi, si bien qu’il m’est grandement difficile de me dire que nous ne sommes pas faits pour être l’un avec l’autre. Pitié réponds-moi et empêche-moi de penser à de pareilles choses ! Je n’en peux plus, je ne le supporte plus. Par pitié aide-moi, je t’en supplie, j’en ai besoin. Je t’aime toujours moi, et ne sais pas comment faire pour arrêter.

Par pitié, aide moi.

Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Mardi 12 novembre 2014
Jour 66
23h21

Mon extraordinaire Amour,

Tu as, aujourd’hui, été l’objet de multiples conversations que j’ai entretenues avec différentes amis. Cette fois, je n’ai dit que la vérité. Les gens, tous, avec le même air mêlant pitié et dégoût, m’ont vivement incités à t’oublier.
Toute à l’heure j’ai aussi relu le travail du fils de notre ami commun Evan portant sur la comparaison possible entre présidence de la République et monarchie républicaine. Je n’ai presque rien changé à ce qu’ils avaient marqué, Louis R. et lui, mais ils paraissaient enchantés que je me donne cette si faible peine qui, pourtant, ne me déplaisait pas.
De 16h à 18h je me suis rendu au Parlement pour saluer d’anciennes connaissances. J’ai croisé Madame Reroux qui m’a, comme à son habitude, parlé avec tant de sincérité et d’intérêt pour ce que je devenais que je regrette presque le temps où nous débattions, mes amis et moi – car j’en avais alors – les douces horreurs de la vie politique. Les Parlementaires parleraient entre-eux d’oligarchie, en référence au lobiing omniprésent dans la capitale. Cela m’intrigue fort, car j’ai toujours vu les parlementaires – du temps où je fus attaché de l’un d’entre eux - comme altruistes – pour ceux à gauche au moins -, à donner des pianos à des associations, à vouer tout son temps au bénévolat.

Je crois que dans toute relation sociale avec les autres, notamment toi, je me suis toujours préféré ignorant.

Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Mercredi 13 novembre 2014
Jour 67
22h22

Mon Amour absolu,

Depuis que tu m’as fait découvrir la glace au citron vert je ne puis plus m’en passer. Outre le goût singulier du parfum, cela me rappelle surtout les soirées que nous passions ensemble chez toi, sur ton canapé, et où nous nous émerveillions devant le moindre classique de Disney que je n’avais pas vu. Peut-être qu’à deux tout suscite l’admiration, et alors les souvenirs qu’il me reste du temps où nus étions ensemble disent vrai, bien que l’émotion de joie qui les animaient soit morte. En cela j’aime la littérature. Tu trouveras le parallèle peut-être trop artificiel, mais c’est pourtant la chose qui ne quitte mon esprit en parlant de tout cela. Parfois, en lisant, je me sens moins seul, je ne me sens plus seul du tout, et de nouveau chaque petit paragraphe me procure une joie immense, chaque ouvrage une euphorie. En fait avoir été avec toi c’est un peu comme avoir bu du romantisme en bouteille. On sait que la fin s’est mal passée, mais on a aimé, on a tant aimé qu’on voudrait encore redécouvrir le bonheur que cela procure quitte à en payer la peine. Je crois aimer la poésie tout comme je t’aime. Certes tu pourrais dire qu’un tel ou un tel ne compte pas de poésie parmi ses œuvres les plus connues, et tu aurais raison sans que pour autant je ne sois moins convaincu du contraire. Nous pourrions juger l’esprit et non la forme, et alors bien des poèmes ne seraient pas des poésie ; et alors bien des Poëtoscoviens seraient de cet art, pour ne pas dire l’intégralité de ce que certains ont pu écrire ou prononcer.
Pardonne cette lettre, elle est ridicule sous tous les angles. Je ne sais mĂŞme pas pourquoi je te parle alors que ton unique souhait doit ĂŞtre la paix.

Je ne sais si par Amour je devrais t’abandonner ou poursuivre la folle entreprise qu’est l’Espoir.

Ton Piotr.
1068
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Jeudi 14 novembre 2014
Jour 68
23h00

Mon très cher papillon,

Ce soir je suis rentré avec ton amie Léa. Nous avons, à cette occasion, parlé de beaucoup de choses, y compris de toi. J’aurais vraiment voulu que nous ne le fassions pas. Après l’avoir fait, j’ai compris pourquoi. Flora, je ne sais pas comment perdre l’Espoir ! Léa m’a expliqué que, alors que tu avais cessé de lui répondre, elle avait réagit à ta note en te demandant pourquoi tu ne répondais plus. Tu lui aurais dit que cela te stressait. Je ne sais même pas si c’est exactement ce que tu lui as rétorqué, si tu le pensais ou si tu cherchais simplement une excuse pour avoir été un peu absente ces derniers temps. Amoureux, je ne saurais concevoir autrement ce que je considère comme vrai qu’en faisant confiance à tes multiples qualités. Aussi est-il tout à fait sensé qu’avec le caractère douloureux de mes messages je t’ai jeté dans l’angoisse, auquel cas tout, le pire comme le moins pire, est encore à envisager. Ce soir – et cela tombe bien, j’ai escalade demain – je ferai comme si rien n’avait changé entre nous depuis le temps où nous nous aimions. Je rêverai que nous puissions nous voir, pour nous aimer de nouveau ou nous dire enfin adieu.

Plein d’Amour,

Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Vendredi 15 novembre 2014
Jour 69
20h58

Mon Ă©minent Amour,

Tu me manques beaucoup. Comme la plupart des fins de semaine, je me rappelle celles écoulées lorsque nous étions encore ensemble et me dis que si je n’avais pas décidé que c’en était fini de notre aventure nous serions toujours l’un avec l’autre. Cette pensée me déchire le cœur. J’imagine constamment ta vie amoureuse future. Cela est horrible, et pourtant je ne peux m’en empêcher. Parallèlement, je suis bien incapable d’envisager un après-toi, comme si, après l’Amour que je te consacre il n’existait plus rien. J’aimerais bien comprendre comment cela fonctionne chez les autres. D’un point de vue sentimental, je n’ai que faire du monde des idées, et à certains égards la philosophie me paraît non pas belle mais rassurante. Or, je recherche non pas le réconfort mais la splendeur du ressenti et, bien que cela reste minoritaire, certains écrits de certains auteurs me comblent sur ce plan là. Je pense m’intéresser sous peu au nihilisme, tout en m’efforçant de ne pas y sombrer. « Un nihiliste juge que le monde tel qu’il est ne devrait pas exister, et que le monde tel qu’il devrait être n’existe pas ». Je ne sais pas si j’entre dans cette catégorie de personnes ni si je souhaite en faire partie. Il me semble que dans ton cas de tels doutes ne soient pas permis.

Gros bisous ♥.

Piotr.
879
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Samedi 16 novembre 2014
Jour 70
20h27

Mon ardente admirée,

J’ai passé un long moment de mon après-midi à écrire pour rattrapper mon retard dans les tâches de Monsieur le Ministre des Finances. J'ai à produire des tableaux d'un budget qui te sera obscur quoi que j'en dise.
[...]
Hier soir, après t’avoir écrit, j’ai failli t’envoyer un message, me disant que tu répondrais peut-être si je ne prenais pas un air sérieux et si je m’abstenais de parler d’Amour. Au final, craignant de ne recevoir aucune réponse, j’ai abandonné l’idée.
Hier je te parlais de nihilisme. Je ne m’inscrit résolument pas dans cette catégorie d’êtres, car ces derniers jugent que le monde ne pourra jamais être mieux sur aucun point et à aucun degré. Or, comme tu le sais et comme je le répète constamment, je crois au changement en bien, j’ai de l’Espoir. Parfois même je n’ai plus que ça. Peut-être qu’après trop d’encre coulée pour toi cela changera. Je n’en sais rien. Je t’aime.

Avec plein d’attention,

Ton Piotr.
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Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Dimanche 17 novembre 2014
Jour 71
22h03

Ma si belle Flora,

Je ne sais trop quoi te dire, je n’ai rien fait de ma journée qui fût assez intéressant pour te l’écrire, car j’ai surtout dormi, aidé mon père à nettoyer son jardin, notamment en taillant ses haies, ai et avancé sur mon travail, dont le budget déjà évoqué. J’ai également continué le visionnage d’une série que tu n’aimerais pas. Elle porte sur la vie du Tsar de Poëtoscovie Jolan Sandro – du moins pour le début – mais le docu-fiction nous livre jusqu’aux plus intimes détails de la vie de l’empereur.
Maintenant, il me faut pour demain écrire un communiqué de presse qui était en réalité pour il y a deux semaines. Je t’avoue ne pas en avoir envie du tout. Je préférerais mille fois t’écrire des poèmes. Il faudrait aussi que je range mon appartement et poursuivre la lecture de mes livres en cours… Le weekend prend fin et pourtant je n’ai rien fait de ce que j’aurais dû. J’ai l’impression que cela est constamment comme ça pour tout, comme si je ne vivais plus, mais me contentais d’exister. Cela ne sert à rien, sinon souffrir. Mais bon, il y a l’Espoir…

Je t’aime toujours plus fort.

Piotr.
1535
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Lundi 18 novembre 2014
Jour 72
23h09

Prophétique merveille,

Je ne puis, aujourd’hui, poser mon regard sur rien sans que cela ne me fasse penser à toi. Cela n’est plus du sentiment : c’est de la maladie. Il est à se demander si je suis toujours libre de t’aimer ou s’il n’y a plus que la folie qu’y m’y pousse. Il est même à se demander s’il en a un jour été autrement. Peut-être dans ton cas ne le fût-ce jamais, et j’en serais touché, touché que nous puissions partager ensemble tant d’instants suspendus à ta simple volonté et que trois lettres auraient pu achever bien plus tôt. En revanche s’il en fût différemment, sache que j’en serais là-aussi comblé, tout autant, et que savoir que ton cœur pût me prêter une telle inclination me ravit. De ton côté je ne crois pas que tu te poses de pareilles questions, car si certaines considérations sont nécessaires à la séparation de deux êtres jusqu’alors complémentaires, elles n’en posséderaient ni des natures ni des proportions semblables aux miennes. Si tu crois percevoir en ces mot quelque provocation, je veux que tu saches ne pas connaître les dimensions de mes transports ou tu aurais déjà écarté l’hypothèse de toute arrogance dans mon expression qui, si elle trahit il est vrai une certaine faiblesse sentimentale qui me fait implorer ton retour, n’a rien qui soit factice ou dénué de la sincérité que tu me connais. Et, Amour, apprends que cette lettre n’est pas qu’écrite par des regrets ; elle l’est d’ailleurs bien davantage par des convictions que je te sais partager tout au fond de toi. Il est indéniable que nous serions, en tout instant, plus heureux ensemble que dans toute autre configuration, notamment celle où je t’écris, peut-être dans celle où tu me liras.

Éperdument tien,

Piotr.
1096
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Mardi 19 novembre 2014
Jour 73
23h47

Cher objet de mes passions,

Cet instant dans un couloir trop étroit pour tant de gens où nous nous poussons les uns et les autres, je l’ai toujours détesté. Aujourd’hui, il m’a apporté un réconfort dont, je crois, j’avais terriblement besoin. Innocemment, l’espace de quelques secondes, j’ai cru que tu étais là. Quelqu’un, je ne sais pas qui, portait ton parfum. Je ne doute pas qu’elle le portât moins bien que toi ; la preuve en était qu’elle ne su de sa présence de faire aller vers elle à la manière dont tu m’aurais guidé dans de pareilles circonstances. Seulement, de ce charme olfactif qu’ont les gens partageant avec toi quelque trait de leur odeur, j’étais transporté mille lieux loin de là, dans tes bras qui me manquent et que j’aime. Depuis cet instant où j’ai laissé le regret de nouveau gagner mon cœur, il m’a semblé rêver et ne faire que cela. Aussi m’est-il permis de demander s’il me reste une vie à moi dès que la pensée de ton être pénètre mon cœur. Je crois, Amour, qu’à raison une semblable réponse nous apparaît, et je ne puis que m’incliner face à la solitude que tu nous veux, donc accepter ce cruel destin qui m’attache à t’adorer toujours plus loin de moi.

Langoureusement,

Ton Piotr.
1088
Lettre de Piotr Ă  Flora

Piotr a Ă©crit :Mercredi 20 novembre 2014
Jour 74
23h09

Ma radieuse Flora,

Je ne puis te mentir à ce sujet : je ne conçois pas que nous puissions ne plus ni nous voir ni nous parler. Je trouve que la situation où nous sommes n’est pas à la hauteur de l’Amour que nous avons partagé ces deux dernières années. Je ne te demande évidemment pas de m’aimer. Si ton cœur emprunte des chemins où je ne saurais te suivre ce choix ne te revient qu’à toi. En revanche, à faire comme si je n’existais pas, tu réduis les sentiments que nous nous portions réciproquement – du moins je le crois – à une misérable fuite face à la réalité. Je t’aime et toi ne sembles plus m’aimer. Je voudrais mettre des mots sur tout cela et fin à cette folie mais tu refuses que nous en parlions. Pourquoi ? Si tu ne m’aimes plus quel problème y a-t-il à ce que nous rompions enfin ? Je ne supporte plus cette langueur qui me navre, et ne supporte plus non plus l’énergie que je mets à m’efforcer de ne retenir que la beauté de ce que nous avons vécu ensemble bien que l’achèvement de cette histoire eut lieu et trop tôt et dans des circonstances douloureuses. Je ne te demande rien sinon enfin me libérer de cette inclination que j’éprouve à ton égard.

D’un Amour toujours aussi constant,

Ton Piotr.
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