07/12/2020
22:24:24
Index du forum Continents Eurysie Catholagne

Activités étrangères en Catholagne - Page 9

Voir fiche pays Voir sur la carte
16985
Les cardinaux de Georges Croegaert.

« Désiré, c’est fini, je quitte le navire. »

Les Antériniens étaient isolés. La Résidence de Sainte-Marthe grouillait de monde ; plusieurs centaines de cardinaux avaient élu résidence, temporairement, tout le monde l’espérait, dans ce palace au centre de Sancte, à quelques centaines de mètres seulement de l’imposante Basilique Saint Pierre. Mais pourtant, dans toute cette agitation, les hommes d’Anagonye étaient seuls ; l’or qui coulait à flot les isolait du reste des cardinaux. Dans les couloirs tapissés de peintures classiques ; ces œuvres intemporelles représentant toutes les grandes figures du clergé catholiques : les Papes, les Cardinaux, les Prêtres et ceux qui, parfois au péril de leur vie, tentèrent de diffuser la parole du Christ… Certains affirment que c’est pour rendre hommage à ces grands hommes et inspirer leurs vertus aux cardinaux venus des quatre coins du monde choisir l’heureux successeur de Saint Pierre. Malheureusement il semblerait que ces portraits aient les effets inverses ; loin d’amener ces Eminences à devenir des hommes plus vertueux encore, ils les déterminent à vendre au plus offrant la Tiare ; et visiblement la moralité ou la foi de celui qui pourra prétendre la porter ne compte guère. Au contraire, il faut croire que l’infâmie était le seul critère qui comptait vraiment pour ces saints hommes qui avaient entre leurs mains la destinée de la Chrétienté.

Spinelli n’avait pas besoin d’argument qui puissent parler, il fallait simplement qu’il touche ces éminences portant le pourpre au cœur. Et rien de mieux que de leur proposer un pot de vin ; dans notre monde tout s’achète et tout se vend. Un grille-pain, une médaille, un poste, une voix obéissent toutes à une seule et même règle : celle du marché, de l’offre et de la demande. La moralité avait disparue depuis bien longtemps ; Désiré était un dinosaure, tout comme les militants qui croyaient bien ingénument que le Bien triomphera immanquablement du Mal. Il ne faut pas attendre grand-chose de l’homme, il faut simplement l’inciter. Et en cette matière, les Velsniens, comme toujours aurait t’on envie de dire, savaient s’y prendre. La corruption n’avait aucun secret pour eux ; elle était leur arme de prédilection. Et visiblement, il semblerait que Sancte soit prête à voir les financiers de la Cité sur l’eau gouverner le petit État, pour peu qu’ils daignent savoir se montrer généreux. Et c’est de cette manière que le monde catholique semble revenir au XVIe siècle. Dieu n’est plus. L’argent, en revanche, est devenue la nouvelle idole de ces éminences rouges qui se prétendent berger de Dieu. A t’on déjà vu un veau guider des brebis ? Et cette révolution pourtant s’accomplit dans le silence le plus assourdissant ; les masses de fidèles patientant autour du Globe, attendant avec impatience le nouveau Pape, ne connaissent même pas la nature des sombres manigances qui se trament dans le silence ouaté des résidences épiscopales et des demeures des prélats.

Spinelli triomphait, ce petit homme mesquin ne cachait pas sa joie, il avait gagné. Avant même que le conclave ne commence, il avait rassemblé des sommes astronomiques, ouvert ses coffres et vendu ses faveurs. Si l’idée lui serait venu, il n’aurait certainement pas hésiter à vendre pierre par pierre la Basilique Saint Pierre. Qu’aurait t’Il dit en découvrant que Ses pasteurs étaient devenus les marchands du Temple ? Que penserait t’Il de ces calotins qui derrière les grands sermons, les débats théologiques verbeux, les invectives cryptiques et dogmatiques, qui se prétendent gardiens intègres de la Morale, se vendaient en réalité au plus offrant ? C’était bien la peine de pardonner l’Humanité pour avoir sacrifié le Fils avant de la laisser tourner en ridicule Ses paroles. De les vider de leur substance, comme lorsque l’on éventre un cochon pour récupérer ses boyaux et ses entrailles après avoir l’avoir saigné pour en faire du boudin. Visiblement, le salut des âmes n’était plus la priorité du moment. Après tout, encore fût-il qu’elle le fût vraiment. La prêche n’était pas suffisamment rentable pour ces hommes qui avaient fait vœu de pauvreté, mais ce brave Spinelli dans sa générosité calculée, n’avait guère de mal à rallier ces malheureux et ces hypocrites, ses coffres étaient ouverts : il fallait simplement se servir… Nul besoin de compter, il fallait simplement avoir une voix à offrir, et un sens des affaires extraordinairement bien développé pour un curé.

L’ambiance était lourde ; les sourires de connivence entre cardinaux alguarenos, icamiens, velsniens et san youtiens étaient visibles de tous. Tout le monde savait ce qui avait poussé les Suenalejos à voter pour ce Spinelli. Les cardinaux intègres faisaient mine de ne rien savoir ; mais les billets glissés sous la table, les virements expresses fait par d’obscurs comptes off-shore dans les paradis fiscaux étaient à l’oeuvre. L’on faisait encore semblant de débattre ; d’en avoir quelque chose à faire de notre Très Sainte Mère l’Église, mais en vérité, ce qui intéressait plus que toute autre chose ces requins en soutanes était l’argent. Certains cardinaux n’auraient pas hésité à jeter en maison de retraite cette église branlante, cette institution vieillotte qu’ils se sentaient obligés de faire semblant de respecter pour répondre aux exigences des masses incultes qu’ils bénissaient… Il était même probable que la plupart n’en ait que faire de la Bible, pour peu que sa vente leur permette de se goinfrer un peu plus. Hélas il fallait jouer le jeu des apparences ; ne pas se presser, maintenir l’illusion que c’était un choix qui demandait réflexion, patience, intelligence ! Ces piranhas qui se jetaient sur cette vache pissant de l’or comme l’on saigne du sang, pour maintenir sauves les apparences avaient la décence de patienter avant de proclamer le fameux « Habemus Papam ».

Malheureusement certains ne comprenaient toujours pas l’ampleur de la corruption, cette gagrène qui corrompait le cœur, le sang, le cerveau, les membres et les os. Elle s’immiscait progressivement dans toute les hautes sphères de l’Église et descendait rapidement, trop rapidement. Bientôt le temps viendrait où les paroisses de campagne seront elles-mêmes atteintes par ce mal qui faisait de la facilité un modèle de vie, de la jouissance des plaisirs mortels la forme ultime de bonheur, jetant aux ordures les bondieuseries anachroniques. Le mal se propageait, et pourtant Désiré n’en saississait pas la profondeur, la radicalité, la brutalité. Il était encore persuadé que la situation pouvait se rétablir. Le Bien devait triompher. Sinon à quoi l’Homme servirait ? Comment pourrait-il exécuter les volontés du Père ? Comment agirait-il pour atteindre la perfection de la Société ?

- « Vous voyez Éminence Mateo (Cardinal kah tanais), vous ne pouvez pas vous fier au Velsnien, enfin au Dodécaliote, mais je vous cache que je ne vois pas vraiment la différence entre les deux… Enfin, pour en revenir à notre sujet, convenez qu’on ne peut pas se fier à Spinelli. C’est un menteur ; il vous lâchera, il l’a déjà montré en s’alliant avec les Suenalejos. Je vous le dis, le sourire de Pablo et sa vantardise ne me disent rien qui vaille… Je sais qu’il a visité le Kah, qu’il a promis d’ouvrir le mariage aux… déviants… Oh ne me regardez pas comme ça ! Ce n’est pas ma faute si j’ai une éducation antérinienne ! Enfin, toujours est-il que ce n’est pas parce qu’il l’a dit qu’il le fera. C’est un opportuniste, il pourra tout vous soutenir, pour peu qu’il y voit un intérêt quelconque… Enfin je veux bien qu’il ait voyagé à Axis Mundi, mais à titre personnel j’ai du mal à imaginer qu’il en ait quelque chose à faire du mariage pour tous, de la théologie de la Libération ou des syndicats ! Cet homme n’en a cure, ce qu’il veut n’est rien d’autre que le pouvoir et la célébrité. Pour être pape il pourrait avaler toutes les couleuvres que vous voulez et maintenir ce qu’il vous plaira d’entendre ! C’est une vipère et dès qu’il aura ce qu’il voudra, il s’attellera à vous trahir… Ne me regardez pas avec cet air de reproche mon frère, ce n’est que la stricte vérité. Regardez-le s’acoquiner avec les Suenalejos ; à moins que Pablo ne soit devenu un homme bon et tolérant en quelques années, je pense que des machinations obscures ne soient à l’oeuvre, pour vous trahir.

Quant à moi, je ne prétend pas être quelqu’un d’autre que moi-même. Certes je suis conservateur, mais je suis intègre et puis j’ai à cœur de servir l’Église du mieux que je peux, et pour l’instant ma priorité et de réunir les Chrétiens de toute la Terre autour de la seule foi. Je n’entend pas uniformiser les croyances et les pratiques ; que les Kah tanais acceptent les mariages entre dév… pardon, entre homosexuels et que les Antériniens restent fidèles au rite de Sancte et les gazelles seront bien gardées, si vous me permettez l’expression. Enfin vous avez mon point de vue et vous en faites ce que vous voulez. En revanche gardez à l’esprit que ce Spinelli est un serpent de la pire espèce, ne vous laissez pas avoir par ses paroles mielleuses et ses promesses douceureuses ; nous savons pertinemment qu’il n’a pas la carrure pour imposer au reste du monde catholique le mariage homosexuel, et vous savez tout aussi bien que moi que ce n’est pas possible, ne serait-ce que parce que les Antériniens sont bien trop conservateurs sur ce genre de sujet et qu’il faudrait des décennies pour changer le regard de l’Église sur le sujet. 

Vous me dites que vous y réfléchissez ? C’est une excellente chose ! J’espère que vous comprenez mon inquiétude. 
»

Et tandis qu’il s’éloignait de son interlocuteur il comptait de nouveau dans sa tête le nombre de voix ; lors de la dernière session, pas moins de deux-cents cardinaux avaient soutenus les Velsniens ! En face il peinait avec sa petite centaine, grandement soutenue par le contingent antérinophone. Et puis il se demandait pourquoi les youtiens s’étaient retournés contre lui ? Comment ceci a t’il pu se produire ; sans crier gare les voilà qu’ils se tournent vers Spinelli. Il se doutait en son for intérieur que les arguments spirituels du Dodécaliotte devaient êtres sonnants et trébuchants… Il savait que de Salosse était un escroc, un voleur, un fripon. Il était même probable que le personnage ait déjà vendu des bénédictions sous le chapeau… Mais là une question venait l’assaillir ; pourquoi Salosse l’avait-il choisi, lui et non pas Spinelli ? Quelle raison diable aurait-il eu pour s’allier, même temporairement au Marcinois ? Pour faire monter l’offre ? Dans ce cas-ci pourquoi n’aurait-il pas chercher à le contacter, à se raprocher pour faire croire qu’il existe une proximité plus grande encore entre Désiré et lui ? Tout ces retournements commençaient à le fatiguer ; et puis comment les Icamiens, les Alguarenos ont-ils pu s’unir aussi facilement ? Un tel consensus n’est pas naturel, encore moins quand il est si unanime pour un personnage qui promet des réformes aussi radicales, et qui pourtant s’allie avec des figures pour le moins douteuses de l’Église. Les machinations derrière ce conclave sont décidément bien sombres, et malheureusement il semblerait qu’elles fonctionnent. Et tandis qu’il continuait sa promenade dans ces appartements qui ressemblaient, de plus en plus, à une prison dorée, il s’arrêta net.

Il se stoppa pour regarder la nature ; la pureté de ces volatiles le fascinait. Puis il repensa au chemin qu’avait traversé l’Humanité ; des millénaires d’histoire, des siècles, des siècles et des siècles d’histoire de la pensée pour en arriver là ; à ces prélats qui s’engraissent, ces hommes mariés à Dieu qui le trompent pour quelques deniers, l’Homme qui se laisse tenter par les démagogies les plus crasses. Voilà où il en est arrivé ; ces petits volatiles, n’ayant conscience que d’eux-mêmes, ne sachant faire rien d’autre que voler, manger, copuler ont un de degré de civilisation bien plus élevé que l’Homme. Ce dernier, décadent, se vautre dans sa réussite, se jette à corps perdus dans des batailles sans aucun sens, se sacrifie avec joie pour des choses que le dépasse. Voilà donc ce que lui a apporté la liberté ? Le droit de se tuer avec le sourire ? Le droit d’haïr tout en ayant bonne conscience… Quelle victoire. Quelle triomphe sur l’obscurantisme ! C’en est presque réjouissant. L’innocence de ces créatures volantes semblait inaccessible ; la joyeuse naïveté de ces bestioles à plumes était admirable ; elle raisonnait cruellement avec le cynisme généralisé qui s’était installé ici, à Sancte.

Pierre était mort pour Jésus, et le Christ est mort pour avoir rappelé à l’Humanité que l’Espérance était possible. Et pourtant, sur sa tombe se promenaient une masse de cardinaux empourprés qui ignoraient jusqu’à l’existence même de ce mot, ils se battaient pour de l’or, ils s’arrogeaient des droits qu’aucun d’entre eux n’avait. Et pourtant le monde continuait à tourner ; l’une des cités les plus saintes de la Terre n’était rien d’autre qu’un lupanar et Dieu s’en fichait. Il tournait Son regard vers la Création, dans toute sa splendeur, dans toute sa fragilité, dans toute sa brutalité, dans toute sa magnificence, dans toute sa naïveté, dans toute sa violence. L’esprit du cardinal se perdait avec les voltiges de l’oiseau. Il sourit niaisement, heureux de voir ce petit être vivre loin des tracas des hommes, des intrigues toxiques et des bassesses du monde politiques, qui au fur et à mesure que le temps passe, le fatiguait. Il avait tant voyagé, tant servi, tant combattu contre la corruption, mais pourtant on lui refusait le droit d’agir. Les cardinaux le refusait, trop intègre peut-être, pas assez généreux probablement. Le conclave approchait de la fin et pour l’heure cela jouait en sa défaveur sans qu’il ne comprenne trop pourquoi…

- « Vous voilà Monseigneur Désiré, je vous cherchais ! J’avais des choses à vous dire ; les Alguarenos se joignent au Velsnien. Je crois que la partie est finie ! » le Marcinois se tourna vers l’archevêque hernandien, réajusta ses lunettes et lui répondit ; « Allons discuter dans mes appartements. Nous avons beaucoup à faire. » et tandis qu’il tournait les talons, guidé par son énergique collègue, il lâcha un dernier regard vers ces oiseaux qui continuaient s’élancer avec grâce dans les airs. Ils traversèrent à toute allure les couloirs plein de cardinaux et de portraits ; il sentait les regards moqueurs, il sentait les piques assassines de Spinelli, il sentait le regard compatissant et l’oreille des cardinaux youslèves. Un conclave était une élection comme une autre, à la différence près que quelques centaines d’électeurs décidaient pour des centaines de millions de catholiques… Et comme à chaque élection, les petites mesquineries de la vie humaine ne faisaient qu’accentuer le résultat final, le rendant souvent plus douloureux et humiliant pour les perdants.

Ils entrèrent enfin dans une petite pièce ; quelque chose de très rudimentaire, presque martial ; un lit, un prie-Dieu, une petite peinture de la Vierge et de Saint Anastase ainsi qu’un crucifix accroché au mur. Une habitude chez lui ; peu d’objets personnels, pas une même une photographie de ses parents ou de ses frères et sœurs. Rien qui ne puisse expliquer d’où il vienne. Seulement cette simplicité déconcertante ; cette homme aura vécu comme une ombre, pas de famille, quelques amis et une vie toute entière consacrée à Dieu. Il ne laissera derrière lui que très peu de choses ; son dévouement au service de l’Église et ce sera probablement tout. Son ombre ne laissera rien, l’Histoire ne saura rien de sa vie, quelques historiens surspécialisés trouveront probablement son nom dans les registres pontificaux en lien avec ce conclave et il en fera un doux idéaliste broyé par une machine impitoyable. Mais ce sera tout. L’histoire ne se souvient que des gagnants, les perdants resteront aux oubliettes et tomberont dans les limbes de nos mémoires avant de complètement disparaître de celles-ci. Juan, bien plus exubérant, était mal à l’aise avec simplicité monastique ; il avait réclamé à ce que des bonnes sœurs remontent ses imposants bagages ; il prétextait qu’ils contenaient des ouvrages d’une importance capitale, mais certaines mauvaises langues affirmaient que des objets métalliques, probablement précieux, s’entrechoquaient tandis que chaque soir sa chambre sentait le jambon de pays… Désiré, évidemment, tenait à fermer les yeux, il voulait éviter que sa coalition ne s’effondre sur elle-même s’il se montrait trop intransigeant… Il reprit :

- « Vous disiez Éminence ? Les Alguarenos nous ont lâché ? Ce n’est une surprise pour personne… Ce qui me surprend, c’est le volte-face de Pablo : il faut croire qu’il s’est découvert une passion pour la doctrine sociale de l’Église et qu’il a abandonné sa haine des pauvres… » sourit tristement le Marcinois, qui savait pertinemment comment il s’est si subitement rabiboché avec le « progressisme » de Spinelli… « D’ailleurs, en parlant d’eux, je me demande comment ils ont pu s’aligner aussi vite sur les positions pour le moins alambiquées de Spinelli… Je ne vous le cache pas, mais ça reste pour moi un véritable mystère. C’est comme les Icamiens, je me demande comment ces bougres ont réussi à choisir ce clown… Ca me dépasse… C’est à croire que le Seigneur refuse que je puisse aux plus hautes fonctions de l’Église catholique… Et pourtant nous courrons droit à la catastrophe… Mais dites-moi, j’ai l’impression d’entendre une soutane se froisser au pas de la porte… On ne serait quand même pas espionnés ! Oh non ce serait fort de café ! »

- « Non ce n’est rien, ce n’est rien Éminence, ce n’est que le vent… » répondit effaré l’Hernandien, effaré par son interlocuteur. Il ne savait donc pas ! Il ignorait les rouages du pouvoir catholan ? Il ne savait pas que la corruption était l’un des alliés les plus sûrs au sein de cette meute de loups tout de rouge vêtus ? Quelle puérilité ! Qu’avait-il à perdre son temps, ses ressources et son argent à soutenir un homme comme ça… C’en était trop pour lui ; - « Quoi mais vous ne comprenez pas ? Vous êtes fou ? Sénile peut-être ? Si les Youslèves nous ont abandonné, c’est parce que nous ne payons pas assez, moins que Spinelli en tout cas ! Éminence, comprenez que tout s’achète et tout se vend, et l’Église ne fait pas exception à la règle. Le navire coule Éminence, trouvez un moyen d’inverser la situation ou je le quitte avec les Hernandiens. Il est hors de question de laisser les autres… » il se ravisa de terminer sa phrase au dernier moment.

- « Mais que voulez-vous dire à la fin ? Pensez-vous que c’est une charge que j’endosse avec joie ? Pensez-vous réellement qu’avoir à me mêler de ces affaires me fasse plaisir ? Vous ne m’avez pas été d’une grande aide comme directeur de campagne ! Et puis ce n’est pas comme si vous aviez perdu des millions et des millions, n’est-ce pas ? Si tout mes camarades peuvent êtres achetés aussi facilement, ce n’est pas ma faute, c’est la leur, et je ne crains que de bonnes paroles ne fassent pas le poids face à ces suppôt du Diable ! Et je me refuse, comprenez-le à m’abaisser au même niveau que ce lâche de Spinelli ! » Ce qui le mettait hors de lui était d'avoir ignoré l'ampleur de cette corruption généralisée, de cette lâcheté qui s'était emparée de toute l'Eglise, cette voracité qui avait triomphé de la plupart des cardinaux...

- « Alors, soit, je pense que notre collaboration prend fin ici, Éminence Désiré. Vous avez perdu, votre étroitesse vous coûtera la victoire et j’espère pour vous que vous saurez rebondir, mais cela se fera sans nous. Inutile de me regarder comme ça, c’est vous qui aviez cherché votre défaite en refusant d’admettre l’évidence, en refusant de reconnaître l’inéluctable. » répondit froidement Juan, tandis que son regard se durcissait et que son sourire espiègle laissait place à des traits de fer qui n’admettaient aucune réplique. Il sorti en silence et lorsqu’il se retrouvé nez à nez avec un Youslève, ce dernier lui répondait qu’il ne faisait « qu’admirer les oiseaux » avec un fort accent…

Le regard placide, sous le choc, victime de ce coup de poignard en plein cœur, le Marcinois ne put répondre qu’autre chose que « Mwana wa kahaba” (autrement dit, “enculé”) avant de s’agenouiller et de s’abandonner à Dieu, étouffant ses sanglots dans la prière.

Effets :
- Désiré perd son soutien hernandien, la coalition antérinophone se disloque sous le poids de ses contradictions.
-Les Youslèves/Vasques savent que Monseigneur Juan a recours à la corruption, et se doutent que Spinelli en fait tout autant.
-Spinelli va probablement être au courant de cette défection et peut chercher à en profiter.
4584
Discussion dans les Archives catholanes



a


Autour d'une table à l'arrière discret des archives, à l'abri des regards, les cardinaux velsniens sont à leur poste habituel. Cela fait des années que la délégation choisit ce lieu de rencontre. Fut une époque, le très estimé (et caractériel) Pepe Scaela en avait fait son petit royaume personnel de cet endroit. Il se promenait dans les allées comme si lui seul en connaissait ses recoins. Depuis, les cardinaux velsniens, s'ils n'étaient plus aux commandes des archives, avaient gardé cette manie de se retrouver entre ces quatre murs. L'érudition n'était pas le crédo absolu du cardinal Spinelli, contrairement à son ancien mentor. A défaut de la connaissance de Saint Augustin, il lui avait transmis une certaine compétence en politique de couloir, et il avait au naturel développé un tact qui avait cruellement manqué à Pepe Scaela, une lecture de l'instant.

"Georgio, il est très bon ce vin de messe, mais je préfère ne pas boire avant ce foutu conclave."


La voix chantante du cardinal Spinelli raisonne dans l'allée, alors que s'approche un homme d'Eglise extérieur au groupe. L'arrivée de l'Archevêque d'Hernandie n'est pas sans étonner ces hommes, Giovanni Spinelli le premier. Toutefois, celui-ci l'écoute jusqu'au bout, ne serait-ce que par politesse. Au fil de la discussion, un sourcil se lève pas par ci, des doigts tapotent la table de là. Les cardinaux présents se regardent entre eux, avant que Spinelli fasse signe de la main pour que cessent les murmures et les voix basses.

"Eminence. C'est une sacrée surprise pour le moins qu'on puisse dire... Je pensais que que vous étiez un grand atout de son éminence Agonye, et que vous le teniez en affection. C'est rare que je me trompe. Qu'on se le dise: je n'ai rien contre mon coreligionnaire. A vrai dire, je ne l'avais pas calculé au début tant j'étais focalisé sur la malice des youslèves. Le cardinal Mattin, pour moi, était l'élément le plus irritable au départ. Alors non, je ne suis pas d'accord pour dire qu'il soit lâche. Au contraire, je le trouve intelligent, à faire semblant de prendre de la hauteur pour paraître sage et sain, comme si nous autres étions moins bons que lui. Ce comportement m'énerve certes, mais c'est sans doute la meilleure arme dont il dispose. Et il s'en est bien servi jusque là.

Le problème, éminence, c'est que notre Sainte mère l'Eglise a besoin de davantage qu'un saint homme pour relever les défis auxquels elle fait face. Il lui faut un saint homme...mais dont l'adresse politique lui permettra de relever notre Eglise. Je ne suis pas si mauvais que l'on prétend vous savez... J'ai simplement dressé un constat et proposé des solutions. Regardons autour de nous: nous sommes entourés de branches schismatiques de notre foi que les précédents pontificats n'ont rien fait pour subvertir. Des catholiques dits "impériaux" en Kaulthie qui parasitent l'autorité de l'Eglise, les volignonistes, des "chrétiens achosiens"... Certes, je ne suis pas conservateur comme vous ou comme votre poulain afaréen, mais je pense que nous pouvons au moins nous retrouver sur ce fait que ces "tendances factieuses" doivent être traitées avec sévérité. C'est juste...que nos solutions diffèrent. Le gage que je compte donner aux conservateurs sera de confirmer l'excommunication des "catholans impériaux" pour rupture d'œcuménisme. J'espère que vous me suivrez sur ce dossier."


Spinelli prend le temps de la reflexion, pèse les mots qui vont suivre avant d'aborder le cas Agonye.

"Vous savez...je ne vous demande pas de vous lever un beau matin pour prendre un homo dans vos bras. Pas plus que je ne le demande à Agonye. Je ne vais pas remplacer les évêques d'Hernandie si le seigneur veuille que je prenne place sur la chaire de Saint Pierre. Les réformes que je propose, je ne forcerai pas mes confrères à les adopter de force, à part peut-être la question du célibat des prêtres qui me tient à cœur...ça et cette connerie de messe en latin que nous devons nous taper depuis 2011 à cause du Pape Christophe, paix à son âme. Chaque Eglise prendra ces questions à leurs rythmes respectifs.

Pour ce qui est de notre ami cardinal, qu'il fasse de l'Afarée sa chasse gardée s'il le souhaite à partir de l'instant où il ne se mette pas en travers du chemin de la réforme. Ce dernier a raison sur la corruption, et je comptais de toute manière édicter un moratoire sur ce phénomène ASOLUEMENT scandaleux au sein de notre Eglise. Il pourrait faire une belle vitrine de cette campagne s'il se montrait moins borné. Et puisque vous parlez de finances, le pontificat qui suit abordera également cette question. Notre sainte mère l'Eglise doit avoir les moyens de ses ambitions, et votre proposition est la bienvenue. Si vous le souhaitez, vous codirigerez la Banque pontificale avec quelques uns de mes confrères de l'Ordre des moines chapardeurs. Vous verrez, l'ordre monastique auquel j'appartiens a plusieurs siècles d'expérience en matière de gestion de capitaux dans les jambes...certaines familles patriciennes velsniennes et fortunéennes continuent encore aujourd'hui de leur confier leurs économies. Bénis soient les margoulins après tout... Considérez donc que j'accepte cette proposition de création de fond d'investissement, mais je compte bien à ce que vous collaboriez avec les chapardeurs. Ce sont tous de saints hommes, vous verrez.

En a t-on terminé, éminence ? Ou peut-être voudriez vous me poser des questions sur les réformes à venir de l'Eglise si le seigneur le permet ?"


3639
Juan est de retour pour vous jouer de mauvais tours !

- « Nous nous entendons sur toute la ligne. »

L’Hernandien haussa à son tour les sourcils face à ce petit bonhomme à la voix chantante, il était surpris par la proposition velsnienne. Une proposition qui sonnait comme un partenariat à long terme pour ce petit évêque énergique qui menait depuis longtemps ses affaires sous le paravent du cardinalice. Finalement ce petit bonhomme ne s’en sortait pas si mal ; avec Spinelli comme pape, Sancte serait bien dirigé… Et puis il utilisait si bien les précautions oratoires, à cacher sa haine pour ce cardinal rival, qu’il savait qu’il n’avait pas affaires avec un homme trop bavard, trop vaniteux qui pourrait tout gâcher au dernier moment, ni même un de ces charmants bonshommes au franc parler un peu trop affirmé ; une faiblesse qui offre à ses ennemis des précieuses munitions… Décidément ce Velsnien savait s’y entendre en affaires, il menait lui aussi sa barque avec habilité, peut-être plus encore que l’Hernandien…

Il se donna quelques secondes de réflexion, faire semblant de réfléchir à la proposition, de faire croire en tout cas que ce sujet méritait plus d’attention que nécessaire, alors qu’il le savait : l’offre était acceptée.

- « Tout me va, Éminence, ou devrai-je dire, Votre Sainteté. Je ferai tout ce qui est en mon pour vous servir le plus fidèlement possible. Vous savez je n’ai aucun problème pour travailler avec des moines chapardeurs ; je ne doute pas une seule seconde que ces derniers soient de braves hommes. Un ordre aussi ancien et aussi prestigieux ne peut-être qu’un gage qui puisse me rassurer quant à leur sérieux.

D’autre part Éminence, quant à vos projets visant à excommunier les « Catholiques » impériaux, je ne vois pas où est le problème ; j’ignorais même qu’ils n’avaient pas encore été chassé de l’Église… Et puis je suis certain que vous obtiendrez le soutien de la majorité des Antériniens ; vous connaissez Saint-Jérôme, un saint local comparable à Saint Stefano. Et bien dans la prière que nous lui adressons il y est explicitement dit : « donne-nous la force de pourfendre l’hérétique et le païen »… Dès lors vous comprendrez pourquoi l’Église d’Antérinie vous apportera toujours son soutien pour nettoyer la planète de ces engeances du mal. Et je me demande seulement si l’excommunication sera la seule mesure prise contre les hérétiques ; à commencer par les volignoniais et les hérétiques d’Achos… 
»

Une fois que le Velsnien lui répondit, l’Hernandien le remercia chaleureusement et alla rejoindre son compère marcinois à l’extérieur de la bibliothèque ; il afficha un grand sourire et lui dit :

- « C’est gagné, chacun a obtenu ce qu’il voulait. Vous deviendrez l’archevêque le plus important et le plus influent d’Afarée, derrière Quadishapolis, bien entendu. Et moi j’ai mon poste de codirecteur à la Banque Pontificale. Finalement je m’en sort assez bien, malgré les millions perdus pour financer ce connard de Youtien corrompu jusqu’à la moelle ! » Et face au regard sévère qu’un cardinal alguareno lui lança, il ajouta: -  « Excusez-moi mon frère, les émotions m’emportent, je suis certain que de Salosse, même si c’est un bâtard de la pire espèce, est un bon chrétien et que je lui pardonne ses offenses tout comme le Seigneur nous pardonne les nôtres… » ajouta t’il avec un sourire forcé, tandis que son regard semblait prêt à tirer sur l’Alguareno. Une fois que les deux hommes furent à quelque distance de cet importun l’Hernandien, ne pouvant se contenir lâcha : - « Mais de quoi je me mêle ! Quel hijo de puta avec cette enflure de Salosse ! Qu’il aille prendre son magot mais qu’il est la décence de ne pas se prendre pour quelqu’un de moralement supérieur ! »

Le marcinois, lassé par les sautes d’humeur de son ami, fit simplement : - « Calmez-vous Excellence. C’est le jeu, vous saviez que les Youtiens sont les dignes héritiers des youslèves ; ils sont des lâches et des couards… En revanche vous ignoriez qu’ils étaient les bâtards cachés des Velsniens, des menteurs et des manipulateurs nés… Vous avez eu ce que vous voulez, contentez-vous en ! »

- « Vous avez raison Désiré, mais je ne vous cache pas que je hais plus que tout cette raclure de la pire espèce ! D’ailleurs, j’ai une bonne blague, ou plutot une anecdote ; vous saviez ce que faisait Spinelli dans les décombres de San Stefano et dans les hôpitaux alentours ? Il volait dans les sacs à main des victimes ! Elle est bien bonne, hein ? »
2362
L'heure des comptes

Monastère de San Stefano di Sancta



a
Moine chapardeur réalisant son acte de foi.


Le mois de juillet fait soulever les cœurs et attise la chaleur dans les ruelles de Sancte. Mais la cité sainte, au delà la canicule, vit au rythme de l'élection du prochain souverain pontife. Si la basilique Saint Pierre et le Palais apostolique sont au centre du jeu, grouillant de religieux et religieuses, il ne faut point oublier les dizaines de paroisses de la cité sainte, et les monastères nombreux dans la cité la plus sacrée de la chrétienté. Et le moins que l'on puisse dire est que le Monastère San Stefano di Sancta, dans la banlieue sud de la ville est en état d'ébullition. Davantage de passage que d'habitude, d'allées et venues. Les moins chapardeurs de l'ordre étaient reconnaissables entre tous, avec leurs robes blanches et noires, assortis d'un petit sac en toile qui symbolisaient leur appartenance, et qui rappelait le fameux sac d'or que le saint patron de l'ordre promène partout avec lui dans ses hagiographies.

Dans les arrières salles du monastère, une petite armée de moines trient des liasses de billets sur la table. Il y en a des dizaines, des centaines peut-être. Si l'Ordre ne compte qu'une dizaine de milliers de membres dans le monde, il est riche, très riche. Cet argent, il le mobilise depuis les avoirs que les riches familles patriciennes de Velsna, de Fortuna et de la Dodécapole qui tentent de mettre leurs fonds à l'abri du FISC. L'on pourrait penser que cela s'appelle de l'évasion fiscale, mais l'Ordre des chapardeurs ne fait là que remplir sa mission sacrée de rendre aide et charité aux voleurs, parias et larrons du monde, conformément aux textes rédigés de la main du saint patron lui-même. Un moine trie les billets, un autre les insère dans une machine pour former un tas parfaitement lisse et rectangulaire, et un autre les ficèle. Le tout se termine en bout de table, où le cardinal Spinelli en personne tient une liste dans ses mains, rayant des noms au fur et à mesure que les tas se forment devant lui.

"A t-on déjà mis de côté la part du Cardinal Pablo ?"

Un moine chapardeur répond.

"Oui mon frère. C'est le premier à avoir répondu favorablement."

"Bien. C'était prévu. A vrai dire, c'est lui qui est venu nous voir de lui-même."


Les moines rigolent entre eux, en même temps que Spinelli qui pose les pieds sur la table.

"Les san youtais ont demandé 66 000."

"66 000 ? Ils nous prennent pour qui ?"

"Pour ce que nous sommes, frère Augustino. Il faut aussi prévoir de sliasses pour les icamiens, les listoniens, les alguarenos..."

"Les kah tanais ont répondu ?"

"Pas encore, mais je pense qu'ils veulent faire monter l'enchère. Ce sont des gens d'affaires. Il auraient pu faire de bons moines chapardeurs..."


Les moines ricanent encore une fois, tout en poursuivant leur saint labeur...

4599
"Mattin, mon éminence, je vous tends la main"



a



Le Pont Saint Sylvestre était le lieu d'engorgement des touristes et des religieux. Il est courant de s'arrêter là, l'espace d'un instant, pour admirer le vue des rivages de Sancte, ou bien de prendre des selfies avec des perches ridicules tels des kah tanais en mal d'exotisme. De ci et de là, des diacres en train de se reposer sur un banc, à coté d'un attroupement de raskenois à la nuque rougie en bobs et en tongs-chaussettes, reconnaissables entre tous.

Le cardinal Mattin y passe lui aussi, comme beaucoup de cardinaux. Le conclave est dans quelques jours, et les allées et venues sont de plus en plus courants, parfois trois fois en une journée. Cela, le cardinal Giovanni Spinelli, éternel rival, ne le sait que trop bien. Comme tous les autres, les petits oiseaux du velsnien se renseignent sur les faits et gestes de ses rivaux dans la vie publique. Cela a déjà été fort utile par le passé, mais pour une fois, cette fonction n'a pas pour but de nuire à celui qui en est la cible. Mais pour lui parler. Simplement. Et pas qu'une simple conversation, car cette fois ci, c'est le Cardinal Spineli en personne qui se déplacerait pour s'entretenir avec le vascon ayant les mains posées sur le rebord du pont, dans son train train habituel. Mattin, derrière lui, entend alors une voix aussi familière qu'elle lui est désagréable.

"Saviez vous que ce pont a plus de 1 600 ans ?"

Le vascon, habitué à la paranoïa, sursaute légèrement, avant de ne tourner que la partie supérieure de son corps vers la source de ce bruit fort irritant: Giovanni Spinelli se tient derrière lui, seul. Ce dernier s'approche, se penchant au dessus du courant du fleuve, à côté de l'homme qui a hanté ses journées, et rendu ses nuits plus longues. Il a le visage fermé, mais serein. Il ne sourit pas, ne prend pas ce ton d'ordinaire moqueur qui lui va si bien. Juste quelques mots.

"Autrefois, on l'appelait le pont Sublicus. Bien sûr, il a été détruit et reconstruit une bonne dizaine de fois..."

Puis, il se tourne vers la gigantesque batisse Saint Sylvestre qui toise le pont de toute sa hauteur.

"...Ce château...lui aussi il a plus de 1 600 ans. Il a été tour à tour le mausolée d'un empereur rhémien, puis une forteresse, une résidence apostolique, puis un musée de nos jours... J'ai toujours trouvé cela fascinant de voir que les monuments bâtis par les pouvoirs temporels duraient quelques siècles tout au plus, quand ceux construits par notre Sainte Eglise étaient capables d'endurer deux millénaires. Sans nous, le château Saint Sylvestre aurait terminé son existence comme tous les monuments laics: en pierres de fondations et en chaux pour d'autres constructions. C'est le plus grand pouvoir de notre Eglise: celui de perdurer, encore et encore."

Le dodécaliote marque une pause, fixant le soleil matinal, avant de reprendre, se tournant cette fois pleinement vers son interlocuteur.

"Vous savez que je ne vous aime pas, éminence. Je ne vous ai jamais aimé: vous êtes un pisse froid paranoïaque et psychorigide. Et vous aussi vous ne m'aimez pas, à raison parfois. Nous ne nous entendons pas, nous sommes en désaccord complet sur la manière encore dont notre Sainte mère l'Eglise doit être régentée, mais dans le fond nous voulons la même chose: que ce bon Château Saint Sylvestre reste un monument de la chrétienté pour encore quelques millénaires de plus.

J'ai une proposition pour vous, qui vous permettra de vous dire que vous faites votre part dans cette œuvre. Je suis désolé de vous le dire, mais il est fort probable que vous perdiez ce conclave, malgré les qualités que sont les vôtres. Mais vous savez quoi ? Aussi étrange que cela puisse vous paraître, je pense sincèrement que notre Eglise se portera mieux si vous êtes impliqué en son sein lors du prochain pontificat.

C'est pour cela que je vous invite à vous retirer, et à soutenir ma candidature. Je n'ai pas l'intention de gouverner contre vous, ou contre le collège des cardinaux, mais avec vous. Cela me fait mal de l'admettre, mais j'aurai besoin de vous pour rendre gloire à notre Eglise et à notre seigneur. Aussi, je suis prêt à vous faire des concessions. J'ai l'intention de dissoudre la Garde polk si dieu m'accorde le trône de Saint Pierre. Et je me disais que je pouvais procéder au recrutement d'un tiers de velsniens, d'un tiers d'antériniens, et d'un tiers de vascons. La cité sainte serait entre de bonnes mains, les miennes et les votres. De même, je connais votre sens de l'organisation exceptionnel, et je vous verrais bien en tant que l'un des trois futurs directeurs de la Banque pontificale. Tout comme, si la mort me frappe en plein pontificat, je pourrais m'assurer que le prochain pape après moi serait youslève par le soutien de toutes les délégations actuellement amies de ma personne. Donc nous sommes face à la situation suivante: vous pouvez perdre et ne rien avoir, ou vous pouvez me soutenir et participer avec moi à la bonne tenue de notre Sainte Mère l'Eglise en ayant l'assurance d'être en position de contribuer à notre Eglise avec les moyens que je mettrai à votre disposition. Les antériniens se sont déjà retirés, j'espère que vous aurez la même clarté d'esprit."


Un autre silence, perturbé que par le chant des oiseaux, le ruissellement de la rivière et le passage des riverains.

"Je vous laisse méditer sur ces pensées, éminence. Et n'hésitez pas à m'accuser réponse, de préférence avant le conclave."

Giovanni Spinelli se retire silencieusement, avant de disparaître dans la foule, laissant le cardinal Mattin à ses pensées.


4820
Alors c'est vraiment fini ?

C'est la pensée qui traversa l'esprit du cardinal Mattin à peu près à la moitié du conclave. Il était là, impuissant, regardant le camerlingue dépouiller les votes et énoncer ce qui était inscrit sur les bulletins :

Andreas Ier...

Le cardinal MacSporain lui était passé devant dans les votes. Il semblait que personne hormis ses proches soutiens n'avaient votés pour Mattin. La question n'était maintenant même pas de savoir s'il pouvait remporter ces élections mais plutôt s'il allait passer le premier tour. Quelle déshonneur, les spécialistes et tant d'autres l'avaient pourtant placés dans les favoris.

Jean XXII...

Fidèle à lui-même, Désiré Anagonye restait impassible, il avait récolté un nombre assez important de voix. La placidité et une volonté de changement l'avaient emportées sur l'ardeur et le vieux continent eurysien. Comme si les cardinaux étaient du jour au lendemain devenus antiracistes.

Stefano III...

Visiblement, les cardinaux étaient également devenus subitement progressistes après être entrés dans la Sainte Chapelle. Comment deux cardinaux progressistes peuvent obtenir tant de votes alors que le collège cardinal était, aux dernières nouvelles du moins, majoritairement conservateurs.

Stefano III...

Spinelli s'envolaient même. Etait-ce les conséquences de l'attentat à Velsna ou de la campagne agressive sur les réseaux sociaux du cardinal dodécaliote ? Comme si ces vieux monsieur avaient echo.

Stefano III...

Perdre, d'accord. Se faire sortir dès le premier suffrage, passe encore. Mais pourquoi Dieu se montre-t-Il si cruel avec toi Mattin ? Pourquoi faire gagner ce bâtard de Spinelli ? Quels sortes de crimes les croyants catholans ont-ils commis pour recevoir cette punition ?

Leon X...

Voilà maintenant que le muet Ignicius obtient une cinquantaine de votes alors qu'il a brillé par son mutisme pendant toute la durée du conclave.

Ce n'est pas fini Mattin, il reste une chance. Ariztegui s'était penché pour chuchoter cela à son ami et supérieur. Mais à quoi bon s'obstiner au deuxième tour sans avoir de chance de gagner ?

Pierre II...

Maintenant c'est fini. Vol Szilvester venait de passer la barre des dix votes et Mattin ne le remplacera pas. Il ne sera pas pape. Cette nouvelle ne lui faisait pas grand chose à vrai dire, sans doute parce qu'il avait déjà fait le deuil. Il ne portera pas la tiare, il ne réformera pas l’Église. Ce n'étaient pas les plans de Dieu pour lui. C'est tout. Il fallait l'accepter. Amor fati, aime ton destin, comme disait l'autre. Au moins il pourra continuer à fumer. Il s'allume d'ailleurs une cigarette alors que le camerlingue jette les bulletins dans la cheminée dont ne tardera pas à sortir la fumée noire. Ce geste a pour capter l'intention de ses compères électeurs. Beaucoup de cardinaux le regardaient déjà, car au-delà de l'avance énorme qu'avait pris Spinelli, son élimination précoce était sans doute la principale surprise de ce premier tour. Il pris une grande bouffée ferma les yeux et expira la fumée. Il se leva ensuite.


"Les voix du Seigneur sont impénétrables. Malgré mon élimination je suis agréablement surpris que notre Église tende vers le progressisme de manière aussi franche bien que je dois vous avouer que cela me surprenne un peu. J'accepte bien évidemment ma défaite, vous avez fait votre choix en votre âme et conscience et je le respecte.

Tout de même, Notre Christ a vécu il y a plus de deux millénaires et je suis encore surpris par la justesse des ses Paroles. Au hasard, quand il entra dans le Temple et qu'il y délogea les marchands, il s'écria ceci. Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. Et nous voilà aujourd'hui. Les voix du Seigneur sont peut-être impénétrables mais elles ne manquent pas de culot. Vous êtes outrés, pourquoi vous signez-vous quand je dis cela, chers confrères ? J'espère que vous le pensez vraiment quand vous faites ce geste de croix.

Quoi qu'il en soit, mon temps parmi vous arrive à sa fin. Après ce conclave j'abdiquerai de mes différents rôles au sein de l’Église et rejoindrai un ordre monastique. J'en ai assez vu et j'ai assez péché à vos côtés pour passer le restant de mes jours à faire vœux de contrition. N'oubliez cependant pas que cette vie est éphémère et que Dieu, si vous allez à l'encontre de Ses paroles, sera votre ennemi dans la prochaine. En attendant, dans celle-ci les Mauvais sont les miens."

Il se rassit. Les cardinaux quittèrent la pièce en attendant le prochain scrutin. Les cardinaux youslèves se ruèrent vers Mattin. Certains avaient les larmes aux yeux. Sans leur laisser le temps de parler le géant dit, d'une voix toujours aussi calme :

"Nous voterons Spinelli"

Face à la stupeur de ses subordonnés, Mattin expliqua la proposition que lui avait fait le cardinal dodécaliote. Il ne pouvait pas l'accepter lui-même, sa fierté l'en empêchait. Mais, pour le bien de l’Église youslève et du monde catholan en général il fallait se rendre à la raison. Il regarda Ariztegui et lui dit d'aller parler à Spinelli pour lui dire que c'était désormais à lui que revenait les rôles proposés à Mattin.

"- Je ne peux pas vous faire ça. Ma loyauté me pousse à refuser, je déteste Spinelli autant que vous.
- Justement tu le détestes mais tu as le sens du devoir. Ta haine envers lui te permettra de rester libre moralement tout en pouvant collaborer avec lui. Et ne te préoccupes pas de moi. Jésus n'a-t-il pas ordonné à Pierre de le renier trois fois ? Si l'apôtre a réussi à faire ça pour notre Christ, tu seras capable de le faire pour moi."


Mattin tourna les talons, ainsi s'achevèrent ses rêves de grandeur et de papauté.

Votes des cardinaux d'Allende a écrit :
  • Youslévie : 6 votes en faveur de Giovanni Spinelli
  • Qadishapolis : 1 vote en faveur de Giovanni Spinelli
  • Nueva Lykania: 1 vote pour Désiré Anagonye
1849
Dieu nous pardonnera la simonie, goutez plutôt le cru des vignobles de San Stefano



a


Les repas du conclave sont copieux, c'est là une bien maigre consolation à côté de la privation de liberté et l'exil du monde qu'impose le conclave. Les repas collectifs sont ainsi l'un des rares moments où les cardinaux peuvent échanger. C'est ainsi que par une bien curieuse manière, au vu du fait que Spinelli n'avait jamais adressé la parole au cardinal Vargas, il se retrouva à sa table. Tous deux étaient l'un en face de l'autre, en train de déguster une salade de riz accompagnée d'un lapin farci. Les deux ne se disent rien pendant un long moment, avant que le cardinal Spinelli ne fasse remarquer.

"Belle campagne au fait. Vous méritiez davantage de voix."


Celui-ci regarde le verre à moitié vide de son coreligionnaire avec perplexité. Sans attendre, il le prend, en jette le contenu dans un pot de fleurs, avant de sortir de sa poche un petit flac et le verser dans leurs deux verres, et de boire devant lui.

"Oubliez le picrate qu'on nous sert ici éminence. Ils le rendent volontairement mauvais pour que l'on se décide rapidement à voter. Goûtez plutôt ce cru: c'est du vin de paille, issu d'un vignoble dans la région de Saliera, en plaine velsnienne. Cela vient tout droit d'un monastère de l'Ordre des moines chapardeurs de San Stefano. Vous allez voir la différence."

Il y a un échange timide de sourires, avant que le cardinal dodécaliote ne reprenne la parole.

"Vous savez...notre sainte mère l'Eglise, quelque soit l'issue de ce conclave, aura besoin de personnes comme vous. J'espère simplement que je puis compter sur votre soutien afin de relever notre Eglise, et lui rendre tout son lustre. Nous avons besoin d'un pape actif, pas de dormeurs qui récitent des prêches. Et puis qui sait...peut-être le prochain pape pourra donner rétribution à votre labeur fantastique...afin que les paroisses du pays. Si cela ne tenait que de moi, vos églises seraient garnies d'or du sol au plafond... A plus tard, éminence. "

Giovanni Spinelli se lève de sa chaise, prenant son assiette au passage, frolant l'épaule du cardinal, non sans adresser un sourire.

Giovanni Spinelli propose 1000 unités au cardinal Vargas pour qu'il renverse son vote en sa faveur.

2223
Un second Bíboros ?


Quelques temps après le premier tour du Conclave, après un repas plus précisément.
Le cardinal brann Gusztáv Gergő avait convoqué ces 5 compères dans une pièce fermée et avait demandé à deux gardes polk d'en empêcher l'accès pour 30 minutes.

Les deux gardes avaient accepté et se sont positionnés, ils étaient très sympathiques d'ailleurs et Gergő avait promis de les inviter à dîner.

Quand la petite assemblée prit place autour de la table sans ce qui ressemblait à une parodie de Bíboros, la réunion qui précédait le départ des cardinaux brabbs en Catholagne pour chaque Conclave et au cours de laquelle une “politique” de vote commune est établie.

Gusztáv Gergő pris alors la parole :
-”Mes frères, je vous ai convoqué ici pour discuter de ce que nous ferons au second tour.
Que Dieu nous observe et pardonne nos péchés.

Au second tour, nous voterons pour son excellence Spinelli.”


La réaction des cardinaux branns fut instantanée : la surprise et la stupéfaction.
En même temps, comment leur en vouloir ?
Ils savaient tous ce que Gergő pensait de Spinelli alors cette nouvelle était surprenante.
Encore plus pour deux cardinaux qui avaient inscrit “Désiré Anagonye” sur leur bulletin, c'est d'ailleurs un des deux qui pris la parole :
-”Vous rigolez ?! Comment pouvez-vous nous dire ça alors que…”

-”Vous taisez-vous, nous savons tous pourquoi vous avez offert votre soutien à Désiré, une pratique indigne de ce qu'est la Catholagne et les valeurs qui doivent nous animer.
Alors si vous tenez à votre tête, taisez-vous.”


-”Je…d'accord.”

-”Pour les autres, je sais ce que vous pensez : mais j'ai parler avec Spinelli et obtenu de lui son soutien pour nous aider en Petite Brann [...]”
Ici, Gergő fait référence à la situation de l'Eglise de Catholagne en Petite Brann.
En effet, depuis plusieurs années, le statu quo et l'équilibre entre catholans et impériaux change est en faveur des catalans qui enregistre une baisse des fidèles et des croyants en faveur des impériaux qui étaient arrivés lors de l'occupation brann par les kaulthes.
Aussi, les cardinaux ici présents devaient réagir et obtenir des soutiens pour inverser la tendance.
Pour ce faire, quoi de mieux que l'aide du pape ?
-”Faire élire Spinelli est peut-être une horreur je le conçois, mais si il tient sa promesse et nous aide à sauver nos concitoyens, alors cela en aura valu la peine.
Et si tel n'est pas le cas, alors je m'en remets à Dieu et à sa miséricorde.”


Un cours blanc s'impose ensuite dans la pièce

-”Et pour Franz ?”

-”Il n'a de toutes façons aucune chance d'être élu.”

-”Très bien, dans ce cas nous voterons Spinelli.”

Sur ces mots, les cardinaux sortent de la pièce et regagnent leurs appartements respectifs.
18148
Interrogé, CitoyenGabriel H. Secrétaire administratif du Conseil épiscopal d’Axis Mundis.
Interrogateur, Agent-Enquêteur Topaze.
Avant-propos : Entretien mené le ████████████████ dans les bureaux de la Magistrature à Lac-Rouge. Le sujet n'est pas délégué au conclave et réside en permanence dans la commune. La convocation fait suite à la détection de télécommunications inhabituels entre la Leucytalée et les terminaux de l'évêché.

[Début de l'Enregistrement]

Enquêteur Topaze : Entrez, citoyen Gabriel. Asseyez-vous.
Citoyen Gabriel : Bonjour, citoyen. Merci.
Enquêteur Topaze : Pas trop froid dehors ? Le vent descend du lac ce matin.
Citoyen Gabriel : Un peu vif, oui. Mais c'est revigorant.
Enquêteur Topaze : Souhaitez-vous du thé, ou peut-être un xocolatl chaud avant que nous ne commencions ?
Citoyen Gabriel : De l'eau suffira, merci beaucoup. C'est très courtois de votre part.
Enquêteur Topaze : Nous savons recevoir. [Bruit d'eau versée dans un verre] Voilà pour vous.
Citoyen Gabriel : Merci.
Enquêteur Topaze : Les transports fonctionnent bien ce matin ?
Citoyen Gabriel : Plutôt, oui. Vous avez bien constaté que je suis arrivé en avance.
Enquêteur Topaze : Bien sûr. Et j’espère que nos convocations ne perturbent pas outre mesure la gestion courante de vos œuvres paroissiales.
Citoyen Gabriel : Nous nous adaptons toujours aux nécessités publiques. La transparence fait partie de nos devoirs.
Enquêteur Topaze : C’est une excellente disposition d’esprit. Venons-en à l’objet de notre entretien.
Citoyen Gabriel : Vous surveillez les courriers de l’Église.
Enquêteur Topaze : L’Église est et sera toujours suspecte, après les événements de 90.
Citoyen Gabriel : Vous vous fourvoyez.
Enquêteur Topaze : Citoyen, avons-nous raison de supposer que la nature de ces transmissions est exceptionnelle ?
Citoyen Gabriel : Oui.
Enquêteur Topaze : Concernent-elles l’élection pontificale en cours ?
Citoyen Gabriel : Le conclave.
Enquêteur Topaze : Je vous demande pardon ?
Citoyen Gabriel : Ces transmissions concernent le conclave.
Enquêteur Topaze : Est-ce qu’un parti intéressé vous a demandé du soutien et si oui, quels sont les objectifs de ce parti intéressé ?
Citoyen Gabriel : Mon fils...
Enquêteur Topaze : Je préférerais que vous utilisiez le terme "citoyen". Je vous en prie, continuez.
Citoyen Gabriel : L’Église n’a pas les moyens de s’opposer à l’Union, et ne souhaite pas mettre ses institutions sur notre continent en danger.
Enquêteur Topaze : Est-ce qu’un parti intéressé vous a demandé du soutien et si oui, quels sont les objectifs de ce parti intéressé ?
Citoyen Gabriel : Ils ne concernent pas l’Union.
Enquêteur Topaze : Il ne vous a pas été demandé de servir d’agent de liaison, par exemple, pour la papauté ?
Citoyen Gabriel : Nous sommes des membres de l’Église, citoyen. Nous sommes nécessairement des agents de liaison, en un sens.
Enquêteur Topaze : Hmhm, je vois.
Citoyen Gabriel : Mais il n’y a pas eu de demande particulière sur ce plan.
Enquêteur Topaze : Parlons du mois d'août.
Citoyen Gabriel : Le mois d'août ?
Enquêteur Topaze : En août dernier, le cardinal dodécaliote Giovanni Spinelli s'est rendu ici même. Il a rencontré plusieurs dizaines de membres de votre clergé local.
Citoyen Gabriel : Il a voyagé dans le pays, oui.
Enquêteur Topaze : Il est venu à Axis Mundis. Il a vu vos évêques.
Citoyen Gabriel : C'était public.
Enquêteur Topaze : Ce qui s'est dit l'était moins.
Citoyen Gabriel : Des discussions théologiques.
Enquêteur Topaze : Rien d'autre ?
Citoyen Gabriel : Il voulait notre appui.
Enquêteur Topaze : Et à quelle fin ?
Citoyen Gabriel : Le cardinal Spinelli est venu nous présenter sa vision pour l'Église du XXIe siècle. Il souhaitait comprendre comment notre Église kah-tanaise avait réussi à s'adapter à la Révolution. Ses positions sont très progressistes. Il a évoqué la fin de l'obligation du célibat des prêtres, l'abandon de la messe en latin, et surtout la décriminalisation de l'homosexualité au sein du dogme. Sur ces points sociétaux, nos évêques partagent ses vues.
Enquêteur Topaze : Et l'argent ?

[Silence]

Enquêteur Topaze : La Magistrature sait que le cardinal Spinelli est également un membre influent de l'Ordre des moines chapardeurs de San Stefano.
Citoyen Gabriel : Il a parlé de son ordre monastique, en effet.
Enquêteur Topaze : Des gestionnaires de capitaux velsniens.
Citoyen Gabriel : Des fonds ont été évoqués, oui. Il a vanté la capacité de son ordre à financer des structures caritatives.
Enquêteur Topaze : Qu'a-t-il proposé exactement ?
Citoyen Gabriel : Dix mille unités internationales par délégation qui soutiendrait son vote.
Enquêteur Topaze : A-t-il tenté d'acquérir des terrains ou d'influencer les baux communaux de vos paroisses en échange de ces capitaux ?
Citoyen Gabriel : Citoyen Inquisiteur, vous connaissez nos lois aussi bien que moi. Les terres appartiennent aux communes. L'Église kah-tanaise ne possède pas de propriété lucrative, elle occupe des espaces qui lui sont prêtés. L'argent de Velsna n'a aucune emprise sur notre modèle foncier.
Enquêteur Topaze : Tout de même, c'est une tentative de corruption directe.
Citoyen Gabriel : Pourtant, notre surveillance réseau indique que la semaine dernière, juste avant que les portes du Saint-Siège ne se referment, des propositions chiffrées ont transité vers vos serveurs.
Citoyen Gabriel : [Soupire] C'est la stricte vérité. À Sancte, ils appellent ça des dotations pieuses.
Enquêteur Topaze : Et qu'ont répondu les nôtres ?
Citoyen Gabriel : Rien.
Enquêteur Topaze : Comment ça, rien ?
Citoyen Gabriel : Rien du tout.
Enquêteur Topaze : Ils n'ont pas refusé ?
Citoyen Gabriel : Ils n'ont rien dit à ce sujet.
Enquêteur Topaze : Vous n'avez pas rejeté l'offre ?
Citoyen Gabriel : On ne rejette pas un homme qui parle, citoyen...
Enquêteur Topaze : Vous avez pris l'argent ?
Citoyen Gabriel : Non.
Enquêteur Topaze : Mais vous n'avez pas dit non ?
Citoyen Gabriel : Ni oui, ni non. On n'a pas répondu sur ce point. On a gardé le silence.
Enquêteur Topaze : Pourquoi ne pas l'avoir éconduit formellement ?
Citoyen Gabriel : Parce qu'en politique de couloir, le silence est une réponse en soi.
Enquêteur Topaze : Pas pour l'Égide.
Citoyen Gabriel : Nous n'avons touché aucun virement. Vérifiez nos comptes communaux.
Enquêteur Topaze : C'est déjà fait. Ils sont nets.
Citoyen Gabriel : Vous voyez bien.
Enquêteur Topaze : Mais les votes, eux, ne sont pas nets.
Citoyen Gabriel : Que voulez-vous dire ?
Enquêteur Topaze : Le premier tour s'est tenu hier.

[Silence]

Citoyen Gabriel : Déjà ?
Enquêteur Topaze : Quatre voix kah-tanaises pour Spinelli. Six pour Franz Vol Szilveszter, le cardinal brann.
Citoyen Gabriel : C'est... prévisible.
Enquêteur Topaze : Ah bon ?
Citoyen Gabriel : Il y a de grands débats chez nous. Très vifs.
Enquêteur Topaze : Sur l'argent ?
Citoyen Gabriel : Non. Sur le fond.
Enquêteur Topaze : Expliquez-moi ces quatre voix.
Citoyen Gabriel : La fracture est doctrinale, pas financière. Le débat a été féroce entre nous avant leur départ. Une partie de notre clergé estime que les réformes promises par Spinelli sont si vitales pour la survie de la chrétienté qu'il faut fermer les yeux sur ses méthodes.
Enquêteur Topaze : Quitte à voter pour un voleur ?
Citoyen Gabriel : Ils pensent que l'Église mourra sans ces réformes.
Enquêteur Topaze : Et les six autres ?
Citoyen Gabriel : Ils ont estimé que la corruption morale disqualifie l'homme, peu importe ses promesses, et se sont tournés vers le cardinal brann, qui est lui aussi marié et progressiste, mais infiniment plus humble.
Enquêteur Topaze : Alors ils ont voté pour un vieillard marié de 91 ans ?
Citoyen Gabriel : Ils ne peuvent pas supporter Spinelli. Ses mœurs, son cynisme..
Enquêteur Topaze : Des divisions octrinales, donc.
Citoyen Gabriel : Pierre II est honnête. Il est marié, il a des enfants, il vit simplement. C'est un vote de conscience.
Enquêteur Topaze : Et les Kotioïtes ?
Citoyen Gabriel : Pardon ?
Enquêteur Topaze : Nous observons la même fragmentation chez nos amis. Les Kotioïtes ont divisé leurs voix entre Spinelli, Pierre II et Désiré Anagonye.
Citoyen Gabriel : Kotios a toujours été ingouvernable.
Enquêteur Topaze : Les Mähreniens ?
Citoyen Gabriel : Une seule voix. Pour Spinelli, j'imagine ?
Enquêteur Topaze : Exact. Et Paltoterra : trois pour Spinelli, trois pour Anagonye.
Citoyen Gabriel : Chacun cherche sa route au milieu de la tempête.
Enquêteur Topaze : Avez-vous servi de relais pour coordonner cette opposition au sein de nos alliés ?
Citoyen Gabriel : Nous échangeons avec nos frères progressistes, c'est naturel. Nous partageons les mêmes doutes. Nous voulons tous une Église qui regarde vers l'avenir, mais nous refusons qu'elle soit achetée par les coffres d'un ordre voyou. Cependant, aucune consigne n'a été donnée.
Enquêteur Topaze : Nous interrogerons les évêques à leur retour. Dans un second temps.
Citoyen Gabriel : C'est votre droit le plus strict.
Enquêteur Topaze : Avez-vous un moyen de les contacter ?
Citoyen Gabriel : Absolument aucun.
Enquêteur Topaze : En êtes-vous sûr ?
Citoyen Gabriel : Oui. Savez-vous comment fonctionne l'élection pontificale, mon fils... Citoyen ?
Enquêteur Topaze : Éclairez-moi.
Citoyen Gabriel : Le terme "conclave" vient du latin cum clave, "avec clé". Dès que l'élection commence, les portes de la chapelle de Sancte sont scellées de l'intérieur et de l'extérieur. Extra omnes, tout le monde dehors.
Enquêteur Topaze : Littéralement ?
Citoyen Gabriel : Les cardinaux sont enfermés dans la chapelle et leurs dortoirs. Les fenêtres sont condamnées. Il n'y a plus de téléphones, plus de relais réseau, plus de courriers. Ils sont totalement coupés du monde extérieur pour garantir que seule l'inspiration divine guide leur vote, loin des pressions temporelles. Seule la fumée de la cheminée nous indique l'avancée des scrutins.
Enquêteur Topaze : Aucun câble ?
Citoyen Gabriel : Rien. Des gardes polks surveillent chaque issue jour et nuit.
Enquêteur Topaze : Même pas un pigeon voyageur ?

[Rire]

Citoyen Gabriel : Tout contact avec le dehors est puni d'excommunication immédiate. Même leurs repas sont fouillés avant d'entrer.
Enquêteur Topaze : Ma foi, c'est intéressant.

[Il y a un silence.]

Citoyen Gabriel : Êtes-vous croyant ?
Enquêteur Topaze : À vrai dire, la Magistrature a hésité à vous envoyer l'Agent Noir pour cet entretien.
Citoyen Gabriel : Noir ?
Enquêteur Topaze : Croyez-le ou non, c'est un catholique.
Enquêteur Topaze : Mais c'est l'Homme des purges !
Enquêteur Topaze : Son concours a été essentiel pour préserver votre institution après la chute de la Junte en 1992. Vous n'allez pas nier qu'une partie de votre clergé de l'époque s'était compromise avec les dictateurs impériaux, si ? Et sans ces enquêtes, que vous appelez "purges", vous auriez bien pu être interdits par la Révolution, purement et simplement. Imaginer un organe perclus de fascistes survivre au sein même de la Confédération...
Citoyen Gabriel : Dois-je comprendre que votre présence est signe que la Magistrature ne juge pas la situation alarmante ?
Enquêteur Topaze : C'est un geste d'amitié. Vous restez nos concitoyens, et vous faites votre possible pour faire coïncider votre foi, ses diktats, et les attendus de la vie en société dans la Confédération. C'est louable.
Citoyen Gabriel : Mais nous restons suspects.
Enquêteur Topaze : Vous le comprenez aisément. L'Histoire nous l'impose.
Citoyen Gabriel : Je le conçois. Dieu nous aide...
Enquêteur Topaze : Pour l'instant, citoyen, c'est l'Égide qui s'en charge.
Citoyen Gabriel : Que va-t-il se passer maintenant ?
Enquêteur Topaze : Pour vous ? Rien du tout. Rentrez à votre paroisse.
Citoyen Gabriel : Et pour nos cardinaux là-bas ?
Enquêteur Topaze : Ils voteront ce qu'ils veulent.
Citoyen Gabriel : Vraiment ?
Enquêteur Topaze : Tant qu'aucun compte clandestin n'est ouvert sur le sol de l'Union.
Citoyen Gabriel : Il n'y en aura pas.
Enquêteur Topaze : Je l'espère pour vous.
Citoyen Gabriel : La simonie est un péché, citoyen.
Enquêteur Topaze : C'est surtout un délit financier grave en droit confédéral.
Citoyen Gabriel : Nous n'avons rien demandé.
Enquêteur Topaze : Je sais. Vous n'avez rien dit.
Citoyen Gabriel : C'est la vérité.
Enquêteur Topaze : [Se lève, ramassant ses fiches] C'est leur corruption, là-bas. Elle ne nous concerne pas.
Citoyen Gabriel : [Se lève à son tour] Merci, citoyen.
Enquêteur Topaze : N'oubliez pas votre parapluie près de l'entrée. Salut et fraternité, Gabriel.
Citoyen Gabriel : Salut et fraternité.

[Fin de l'Enregistrement]



Retranscription audio
Opérateur, agent R.
Cible, Gabriel H. (Conseil épiscopal d’Axis Mundis)
Lieu, terrasse du salon de thé Les Saules, rue des Trois-Canaux, Lac-Rouge. Environs deux heures après la sortie des locaux de la Magistrature.

[Début de l'Enregistrement]

Agent R. : Il n’y a plus vraiment de place ailleurs, est-ce que je peux...
Citoyen Gabriel : Bien entendu, Prenez place.
Agent R. : Merci. Belle journée pour flâner.
Citoyen Gabriel : Oui, oui, heureusement que le vent est tombé.
Agent R. : L'Égide n'a pas été trop pénible ?

[Silence]

Citoyen Gabriel : Qui êtes-vous ?
Agent R. : Et si je disais "un ami" ?
Citoyen Gabriel : Vous m'espionnez.
Agent R. : On veille sur vous, Gabriel. Et c'est pas pareil.
Citoyen Gabriel : Que voulez-vous ?
Agent R. : Parler de Sancte.
Citoyen Gabriel : J'ai déjà tout dit à votre collègue du sous-sol.
Agent R. : Topaz est un chic type. Très à cheval sur les formulations je trouve...
Citoyen Gabriel : Et vous ?
Agent R. : Moins.
Citoyen Gabriel : Je m'en doute.
Agent R. : Rappelez-moi les engagements de Spinelli. Les vrais.
Citoyen Gabriel : Pourquoi faire ?
Agent R. : Pour être sûrs qu'on lit les mêmes rapports.
Citoyen Gabriel : Le mariage des prêtres.
Agent R. : Bien.
Citoyen Gabriel : La fin de la messe en latin de 2011.
Agent R. : Très bien.
Citoyen Gabriel : La pleine reconnaissance des fidèles homosexuels.
Agent R. : C'est tout ?
Citoyen Gabriel : Rapprochement avec les syndicats de travailleurs. Vente des armes de Catholagne...
Agent R. : C’est une copie quasi conforme de votre modèle clérical.
Citoyen Gabriel : C'est un opportuniste.
Agent R. : C'est un réformateur utile.
Citoyen Gabriel : Il est corrompu jusqu'à l'os.
Agent R. : Et alors ?
Citoyen Gabriel : Comment ça, "et alors" ?
Agent R. : La morale ne gagne pas les élections, Gabriel. Mettez vos hommes en ordre de bataille.
Citoyen Gabriel : Pardon ?
Agent R. : Vous m'avez très bien compris. Vos dix cardinaux doivent voter Spinelli au second tour.
Citoyen Gabriel : L’Église ne prend pas d'ordres.
Agent R. : Ce n'est pas un ordre, c'est un conseil stratégique.
Citoyen Gabriel : Chaque évêque est libre de voter en son âme et conscience.
Agent R. : Votre conscience risque de nous coûter cher.
Citoyen Gabriel : La liberté de culte est garantie par la Charte de l'Union.
Agent R. : Et nous la protégeons. Justement.
Citoyen Gabriel : En nous dictant un pape ?
Agent R. : En vous évitant de commettre une erreur historique.
Citoyen Gabriel : Six des nôtres ont voté pour Pierre II. C'est un homme droit.
Agent R. : Pierre II a quatre-vingt-onze ans, Gabriel.
Citoyen Gabriel : Il est marié. Il a des enfants.
Agent R. : Il a fait onze voix au premier tour. Il ne passera jamais.
Citoyen Gabriel : Les voies du Seigneur...
Agent R. : N'ont rien à voir là-dedans. Les voix de Velsna, en revanche, pèsent deux cents bulletins...
Citoyen Gabriel : C'est une honte.
Agent R. : C'est de la politique.
Citoyen Gabriel : C’est de la simonie.
Agent R. : Et les valises de billets ?
Citoyen Gabriel : Nous n'avons rien demandé.
Agent R. : Mais il en a proposé.
Citoyen Gabriel : Dix mille unités internationales.
Agent R. : Et qu'avez-vous fait ?
Citoyen Gabriel : Rien. On n'a pas répondu.
Agent R. : Acceptez les dons velsniens.
Citoyen Gabriel : Quoi ?!
Agent R. : Prenez l'argent. Tant qu'à faire.
Citoyen Gabriel : Vous êtes fou ?
Agent R. : Pourquoi laisser cet or dormir dans les lagunes ?
Citoyen Gabriel : L’Égide nous mettrait aux fers !
Agent R. : L'Égide vérifie les comptes publics. Le Suppléant sait faire transiter des devises sans laisser de trace.

[Silence. La tasse tremble légèrement contre la soucoupe.]

Agent R. : Gabriel ?
Citoyen Gabriel : Le Suppléant... Vous... Vous êtes...
Agent R. : Le Suppléant, oui.
Citoyen Gabriel : Vous êtes le Cabinet Noir.
Agent R. : C'est le nom que les journaux aiment nous donner, aussi.
Citoyen Gabriel : [Il repousse brutalement sa chaise qui crisse sur le pavé et se lève d'un bond] Non. Non, non, non.
Agent R. : Gabriel.
Citoyen Gabriel : Je ne devrais pas être là. Cette conversation n'a jamais eu lieu.
Agent R. : Rasseyez-vous.
Citoyen Gabriel : Ne me donnez pas d'ordres ! Je m'en vais. Si l'Égide apprend que je parle à...
Agent R. : Personne ne vous retient par la manche, citoyen. Regardez mes bras. Je ne bouge pas.

[Silence.]

Agent R. : Mais si vous partez en trombe avec cette tête-là, blême comme un linceul, c'est là que vous allez attirer l'attention des patrouilles au bout du pont.
Citoyen Gabriel : Vous me menacez ?
Agent R. : Pas du tout. Au contraire. Regardez autour de nous.

[Silence]

Agent R. : Il fait beau. Le canal est calme. Deux barques passent. Des étudiants rient sur la terrasse d'à côté. Le serveur essuie ses verres. Personne ne vous veut du mal.
Citoyen Gabriel : Vous êtes des manipulateurs.
Agent R. : Nous sommes deux concitoyens qui finissent un thé – d’ailleurs il est tiède. Si nous voulions vous faire disparaître dans une cave, croyez-vous vraiment que j'aurais pris la peine de vous aborder en plein soleil sur une terrasse publique ? D’ailleurs on ne fait pas ce genre de chose. La convention nous crucifierait – sans offense.
Citoyen Gabriel : C’est votre façon de faire. Endormir les gens. Mentir.
Agent R. : Non. Ça c’est de la politesse. Respirez un coup. Rasseyez-vous. Deux minutes. Rien de ce qu'on se dit ne vous engage juridiquement, vous le savez très bien.

[Silence. Gabriel tire sa chaise.]

Agent R. : Voilà. Très bien. Buvez une gorgée d'eau.
Citoyen Gabriel : Vous me glacez le sang.
Agent R. : Il n’y a vraiment pas de quoi. Mais revenons-en à nos moutons : vos dispensaires en Afarée manquent de tout.
Citoyen Gabriel : Pas avec cet argent-là.
Agent R. : Vous préférez la pureté dans la défaite ?
Citoyen Gabriel : C'est notre foi.
Agent R. : Dites-moi, vous souhaitez vraiment mettre un conservateur sur le trône pontifical ?
Citoyen Gabriel : Évidemment que non.
Agent R. : Vous regardez les chiffres ?
Citoyen Gabriel : Désiré Anagonye a fait cent quarante voix.
Agent R. : Et Grésilvaudan attend en embuscade. Vous voulez un concordial à Sancte ?
Citoyen Gabriel : Anagonye n'est pas Grésilvaudan.
Agent R. : C'est un moraliste borné. Il bloquera toute ouverture.
Citoyen Gabriel : Spinelli peut l'emporter sans notre concours.
Agent R. : Vous en êtes sûr ?
Citoyen Gabriel : Il a deux cent neuf voix. Il est en tête.
Agent R. : Le quorum est à deux cent quatre-vingt-treize. Il lui manque quarante voix.
Citoyen Gabriel : Les Sueñolejos et les Alguarenos s'en chargeront.
Agent R. : Et si les conservateurs se liguent ? Si les Youstiens changent encore d'avis ?
Citoyen Gabriel : Dieu pourvoira.
Agent R. : Et si Anagonye passe, que feriez-vous ?
Citoyen Gabriel : Nous dénoncerions la corruption, évidemment.
Agent R. : Vraiment ?
Citoyen Gabriel : L'élection serait viciée.
Agent R. : Les votes sont-ils secrets ?
Citoyen Gabriel : Oui.
Agent R. : Alors réfléchissez deux minutes, mon vieux.
Citoyen Gabriel : À quoi ?
Agent R. : En dénonçant la corruption, vous provoqueriez sans doute un scandale ou un schisme qui profiterait in fine aux conservateurs.
Citoyen Gabriel : Un schisme...
Agent R. : Vous croyez que les traditionalistes d'Eurysie diront quoi ?
Citoyen Gabriel : Ils condamneront les marchands.
Agent R. : Non. Ils diront que c'est le progressisme qui pourrit l'Église.
Citoyen Gabriel : C’est faux.
Agent R. : Ce sera leur récit. Et ils auront beau jeu d'excommunier les évêques réformateurs. Vos évêques.
Citoyen Gabriel : Sancte ne peut pas excommunier dix millions de fidèles kah-tanais.
Agent R. : Grésilvaudan n'attend que ça. Anagonye rétablira l'ordre moral.
Citoyen Gabriel : Spinelli est une vipère. Il vendrait la basilique pierre par pierre.
Agent R. : Qu'il la vende. Nous ne vivons pas à Sancte.
Citoyen Gabriel : Mais c'est le siège de Pierre !
Agent R. : C'est un levier d'influence pour l'Union. Rien de plus.
Citoyen Gabriel : Votre cynisme est écœurant.
Agent R. : Mon cynisme assure la tranquillité de vos paroisses depuis, environs, trente ans.
Citoyen Gabriel : Nous ne voterons pas sur ordre.
Agent R. : Vos cardinaux hésitent. Ils sont perdus entre leur morale et leurs espoirs. C’est lucide de leur part.
Citoyen Gabriel : Je ne peux pas leur parler. Le conclave est étanche.
Agent R. : Laissez-moi rire.
Citoyen Gabriel : Les portes sont closes, citoyen.
Agent R. : Il y a toujours une fissure dans les lieux sains, d'ailleurs l'état de vos chapelles le prouve.
Citoyen Gabriel : Qu'est-ce que vous sous-entendez ?
Agent R. : Rien qui ne doive figurer dans votre bréviaire, ça c’est sûr.
Citoyen Gabriel : Vous avez des canaux vers l'intérieur ?
Agent R. : Nous avons nos moyens. Vous connaissez notre réputation.
Citoyen Gabriel : Je refuse d'être votre intermédiaire.
Agent R. : Vous l'êtes déjà depuis que vous vous êtes assis à cette terrasse.
Citoyen Gabriel : Je vais partir.
Agent R. : Finissez votre thé d'abord. Même tiède il est très bon.
Citoyen Gabriel : Vos menaces ne m'intimident pas.
Agent R. : Une fois encore, je ne vous menace pas, mon vieux. Je vous demande simplement de faire le calcul.
Citoyen Gabriel : Quel calcul ?
Agent R. : Spinelli pape : vous avez vos réformes, vos prêtres mariés, la fin des anathèmes, et personne ne regarde de trop près vos caisses.
Citoyen Gabriel : Et si c'est un autre ?
Agent R. : Retour au XVIe siècle. Les inquisitions. Les bulles contre les hérétiques. Vous voulez revivre ça ?

[Silence prolongé]

Agent R. : Vous voyez bien.
Citoyen Gabriel : C’est un pacte avec le Malin.
Agent R. : C'est un compromis parlementaire, quoi qu’à l'échelle de la chrétienté. Mais vous devriez avoir l'habitude. Rien de ce que ne fait l’Église kah-tanaise n’est approuvé par Sancte. Hier j’ai vu une prêtresse, et elle était mariée. Je ne sais pas ce qu’en pensent les conservateurs...
Citoyen Gabriel : Je prierai pour vous.
Agent R. : Priez plutôt pour que Spinelli trouve ses quarante voix...
Citoyen Gabriel : Que Dieu ait pitié de notre pauvre Église.
Agent R. : Tant qu'il a pitié de l'Union, le reste m'est égal.

[Gabriel se lève brusquement]

Citoyen Gabriel : Adieu, citoyen.
Agent R. : À bientôt, Gabriel. Saluez vos chanoines de notre part.

[Fin de l'Enregistrement]
5627
Sergio Castellitto as Goffredo Tedesco smoking in Conclave (2024)
Son Éminence à tendance à manger seul dans son coin au Saint mess afin d’éviter son coreligionnaire du Kyojukoku et pouvoir griller quelques joints(de tabac) tranquillement

Rice ? Bloody Goddamnit Mary-sues Pixie dust and for the love of God and Holy Shit!
Cantine des Cardinaux


alineaDu riz. Le Doyen du Sacré Collège savait bien que cette céréale était propre à l’ensemble des sociétés Nazumies et Ouest-Afarean pourtant il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il s’agissait de la base de l’alimentation exclusive des Yamato et fulminait à l’idée même de devoir consommer la même chose que ses rivales, non, ses ennemies ; non pas que la cuisine Kælish soit très réputée, il devait bien se l’avouer, mais il préférait en cet instant manger du haggis plutôt que tout ce qui est de près ou de loin Yamato… l’arrivée de son coreligionnaire Dodécaliote le rendit plus bougon encore quand il fut forcé d’éteindre son joint dans son cendrier cousu sous sa soutane qu’il fumait sous une affiche plastifiée blanche représentant une cigarette noire et fumante dans un cercle rouge barré collée au mur derrière lui. Son Éminence Spinelli ne fit probablement pas grand cas de l’attitude peu ouverte de Son Éminence Vargas puisqu’il s’installa avec son plateau-repas en face du Doyen de façon bien nonchalamment et mangea en silence.

alineaQuand Giovanni rompit enfin son pain et le silence une première fois Cormac serra les dents, plus qu’il ne le faisait déjà devant son plat auquel il n’avait quasiment pas touché au contraire de son verre ; grinçant des dents, à la remarque de son coreligionnaire, il lui sourit poliment, le remercia de vive voix dans le meilleur Italien qu’il pouvait produire — apprit lors de ses voyages à Sancte en faisant de l’étymologie avec le Latin car cette langue, ni le Latin d’ailleurs, n’avait quelques statuts au sein des États Yamato et n’était ainsi jamais enseignée — puis retourna dans le mutisme et à son verre avant de le reposer quand Son Éminence Spinelli le prit prestement et vida son contenu d’une traite dans un palmier en pot dans le coin à côté de leur table tandis qu’arrivait un Garde Polk qui surveillait le Cardinal Dodécaliote depuis sa dernière… « scène » dans le mess avec son coreligionnaire Vasque probablement et que Cormac, surprit, s’arrêta de manger son lapin farcis. Il accepta cependant volontiers le nouveau liquide versé par son homologue dans son contenant qu’il goûta après lui, d’abord avec suspicion puis avec délectation.

— Un délice en effet dit-il se tenant la barbe entre le pouce et l’index, continuant d’un air paternaliste, serein, plus ouvert qu’à l’arrivée de son coreligionnaire Dodécaliote aussi mais sincèrement bienveillant envers la future génération de l’Église, vous pouvez être fier de votre ordre Éminence ; Nous autres Franciscains au Nouveau Monde ne pouvons nous targuer d’aussi bon cru. Cela change du fort whisky arrivé avec mes aïeux paternels de l’Île Celtique à la côte de Terremer1 : fuyant des persécutions pour finalement faire face à de nouvelles. Les voix du Très Hauts sont impénétrables après tout. Amen finit-il en se signant, d’un air pensif derrière ses cul-de-bouteille couvrant de petits yeux froids et cernés en bas.

alineaUn silence durant lequel Ces deux Éminences continuent de manger leur repas, de boire leur vin, et se regardent en chiens de faïence.

— Vous savez, j’ai des idées, pour notre Très Sainte Église. Et comme vous je pense qu’afin d’assurer sa survie il est du devoir de ses communautés de croyants de l’adapter aux temps qu’Elle traverse ; lui assurer son grand nettoyage de printemps centenaire. Nonobstant, peu importe l’issu de ce Conclave, comme de tous ceux auxquels j’ai pu participer depuis le début de ce millénaire, je suivrais sans broncher la ligne de Celui que le Tout puissant choisira parmi Nous pour succéder à Saint Pierre. Amen redit-il se signant une nouvelle fois. J’ai bien déjà tenté de désobéir au Saint Siège durant mes jeunes années quand j’ai tout juste été ordonné prêtre dans ma lutte contre l’Impérialisme et j’y ai gagné quoi ? Une menace d’excommunication pilotée par des puissances étrangères… son visage s’assombrit

Enfin. Depuis je ne suis que les commandements spirituels du Très Haut plutôt que les décrets et ordonnances temporelles ici bas et le Seigneur, c’est indéniable, Vous a donné Ses Grâces, Éminence. Cependant, permettez-moi sauf Votre respect de vous prévenir que votre jeunesse risque d’attirer les charognards habitués du pouvoir temporel qui tenteront, Nous pouvons le dire sans nous tromper, de profiter de leur plus grande expérience afin de favoriser leurs intérêts personnels au détriment de l’Église qu’ils disloquent, divisent pour leurs diaboliques desseins inspirés par le Malin… mais j’ai peut-être une solution cependant pour assurer Vos arrières contre la Meute ; un Berger, pour guider son troupeau possède des chiens afin de l’aider dans Sa Tâche mais quand il en a beaucoup les éduquer devient plus inconfortable. Pour cela il a besoin d’un second berger, ou d’un maître-chien afin de tenir ces derniers en laisse et qu’ils ne se dispersent pas à poursuivre un quelconque gibier. Redonner plus de pouvoir et d’influence au Doyen du Sacré Collège, revenez sur son système électif pour l’hérédité à une personne de confiance et, surtout, de profondément neutre et en-dehors des circuits du pouvoir temporel et vous aurez Votre second berger ; Votre maître-chien pour assurer Vos arrières. Personne ne soupçonnera un vieillard ayant fait son temps d’assurer la sécurité du Souverain Pontife contre les menaces intérieures et extérieures de Son Église2. Malheureusement pour Notre coin de la côte Ouest de l’Aleucie les dorures des églises et leurs vitraux de suffisent plus à faire reculer le Malin et ses paganismes… hormis par la force des armes… hélas3 finit-il par dire d’un air à demi las à l’adresse de son coreligionnaire en allumant une nouvelle cigarette tandis que ce dernier se levait déjà en le frôlant.


Coat of Arms of Japanese Pacific States

1Voir dans sa biographie dans sa candidature au conclave.

2Le Cardinal Vargas soumet au Cardinal Spinelli plus ou moins ouvertement l’idée de renforcer l’influence, par le Droit, du Doyen du Collège des Cardinaux, de donner à ce rang de véritables pouvoirs et de le lui laisser en échange de son soutien au conclave.

3Si le Cardinal Vargas ne refuse pas complètement l’offre pécuniaire de son coreligionnaire le Cardinal Spinelli, il lui soumet plutôt l’idée de l’aider dans la formation de nouveaux réseaux indépendantistes armés dans le Nord-Est du Kyojukoku : d’où il vient, toujours en échange de son soutien au conclave.
2229
L'Église de Carnavale

L'Église de Carnavale est au bord du schisme. La communauté catholane de Carnavale est la plus étrange du monde, forte de plus de cinquante millions de baptisés, de plusieurs dizaines de millions de fidèles, elle se situe historiquement en marge de la chrétienté. La position de Carnavale, au bout de sa péninsule, entretient avec la Catholagne le même rapport conflictuel et intense qu'avec l'Empire de Rhême dont elle combattit les légions. Christianisée par la force de l'épée, placée sous la coupe des Princes de Vale, l'influence des prêtres et des moines a toujours dû composer avec les traditions païennes profondément ancrées localement.

Pétrie de complexité et de compromis, l'Église de Carnavale challenge depuis plusieurs siècles le pouvoir de la Catholagne, tout en lui demeurant fidèle. Depuis plus de quatre-vingts ans, son clergé tient des conciliabules, émet des bulles et des réformes internes, reconnait certains des évangiles apocryphes, nomme ses Papes noirs et antipapes, élève ses propres cardinaux en ignorant les protestations molles du Chef suprême de l'Église catholane. L'exception carnavalaise lui vient de l'apathie des Papes à son égard, mais aussi des sommes colossales versées par la Principauté et ses généreux donateurs au Saint Siège. Véritable lobby implanté depuis des décennies au cœur de l'île, Carnavale a toujours défendu la Catholagne en lui fournissant de l'or, des troupes... et des conseils.

Or l'éviction avant même le vote du conclave de Marie 1ère, la cardinale trans Ludivine Enfant, vient ébranler la loyauté des fidèles et des cardinaux. Qu'en sera-t-il de exceptionnalisme carnavalais ? Autour de Ludivine Enfant, les cardinaux de la Principauté font bloc et la menace d'un schisme n'est pas loin. Rompre avec la Catholagne ? Quatre ans après l'Armageddon't et l'échec du projet millénariste, l'Église de Carnavale traverse l'une des plus grande crise de son histoire, menacée par l'essor des lucifériens. Sortir du giron catholan est très clairement envisagé comme solution pour redonner un nouveau souffle à la communauté des fidèles. Alors que la foi semble de plus en plus archaïque et a fait la démonstration de son incapacité à répondre aux questions existentielles des croyants, la tentation est à la radicalité. Une Église 2.0 à l'heure des technopapes pourrait permettre de renouer avec le message du Christ au XXIème siècle.

Après quatre échecs consécutifs à placer ses candidats sur le trône de Saint Pierre, si les préoccupations de l'Église de Carnavale ne sont pas entendues par le nouveau Pape, nul doute qu'elle se déclarera schismatique.
606
ghhĥbjg


À la suite de la nomination de son excellence, Gusztáv Gergő au poste de Secrétaire chargé de la Justice ecclésiastique dans le nouveau gouvernement pontifical, une modification du Conseil des Cardinaux va avoir lieu.

En effet, sa fonction à Sancte étant prioritaire à celle au Conseil, le Conseil s'est réuni pour élire l'individu qui le remplacera par procuration lors des différentes réunions du Conseil.
Gergő pourra néanmoins surveiller les actions de son protégé et agir sur ces dernières si il le souhaite.

Cet individu est Bálint Kovács, évêque de Dînart.
Il prend fonction dès aujourd'hui.


Communiqué national du 13/08/2020Par Vazul Illés, porte parole du gouvernement de la Petite Brann
4953

La déception des nonnes du Cœur Sanglant devant l'influence des Chapardeuses, et la quête d'une solution toute simple

Les jeunes soeurs du très pieu Ordre Militaire et Hospitalier de Notre Dame du Coeur Sanglant, le seul ordre humanitaire militant féminin de l'Eglise Catholane constitué par les religieuses et les femmes listoniennes pendant la guerre d'indépendance icamienne pour défendre les églises contre les profanations cannibales des natives icamiennes


alinéaElles avaient fait profil bas pendant toute la campagne, bien conscientes de la crainte que les ordres monacaux féminins pouvaient avoir sur les écclesiastiques catholans. La paranoïa, le mysticisme et les affabulations étaient monnaie courante dans un environnement où la fonction même de nonne avait été dévoyée par le stupre de l'hérésie volignoniste. L'Ordre hospitalier et militaire de Notre Dame du Coeur Sanglant, fondé en Icamie dans les années 1950 au cours de la guerre d'indépendance en réunissant les nonnes et les femmes des communautés coloniales icamiennes pour se défendre contre les incursions de rebelles natifs cherchant à profaner les églises pour se venger des massacres de la Legio Mortis et des troupes listoniennes, n'était pourtant pas du même genre que celui des lugubres et lubriques femmes de confession hétérodoxe au penchant assumé pour les enfants nécessiteux. L'Ordre du Coeur Sanglant était sérieux, et s'était constitué dès la fin de la guerre en Ordre hospitalier et militaire sur l'exemple des ordres médiévaux pour apporter son aide aux nécessiteux icamiens de tous milieux, de toutes origines et de toutes confessions. Premier ordre à se rendre dans les favelas icamiennes, et seule ordre capable d'assurer les distributions, les soins et la sécurité des sites où ces activités se déroulent contre les gangs et autres acteurs de mauvaises intentions, l'Ordre du Coeur Sanglant s'est rapidement illustré comme le visage le plus reconnaissable et le plus admiré du Catholanisme en Icamie. Loin des "fous listoniens", la nature féminine de l'ordre - dans l'Icamie historiquement matriarcale -, sa nature martiale - dans un pays éminemment violent - et le fait qu'il est très vite été rejoint avec la dissolution des forces armées akahimes par des vétéranes en quête de repentance en a fait la "vitrine" de la religion catholane en Icamie.

alinéaAvec les années, l'Ordre s'est exporté et a participé à de très nombreuses missions humanitaires, notamment en Afarée, au Nazum et dans les zones de guerre eurysiennes, contribuant à le faire connaître.

alinéaSa renommée est telle qu'il en est devenu à assurer la sécurité de la hiérarchie écclésiastique supérieure icamienne, pour éviter notamment la corruption intrinsèque de nombreuses autorités locales, et les risques liés à l'intolérance religieuse que peuvent être amenés à renconter les hommes et les femmes de foi icamiens dans leurs déplacements.

alinéaC'est du reste, notamment pour cette fonction de protection des cardinaux qu'elles sont aussi présentes en Catholagne, en cette période de conclave.

alinéaEt c'est aussi dans la ferveur de cette nouvelle élection papale et portées par la liesse populaire propre à l'élection d'un Saint Père aussi progressiste que Stefano III, que les nonnes - en particulier les plus jeunes - sollicitent leurs cardinaux : un tout nouvel office de Préfet de la Congrégation pour l'inclusion des femmes dans la vie religieuse a été créé, mais il a été remis à une moniale Chapardeuse.

alinéaIl est évident que cela devait être un très grossier malentendu. Il y avait déjà quatre chapardeurs dans ce gouvernement papal ! Probablement une erreur d'étourderie de la part d'un conseiller qui avait dû glisser par mégarde le nom d'une soeur peu qualifiée à Sa Sainteté, qui s'était empressé de la confirmer pour expédier au plus vite les affaires courantes.

alinéaEnthousiastes à aider leur nouveau souverain pontife, les jeunes nonnes entreprenantes ont parcouru leurs couvents, ainsi que les rues de Sancte, pour réunir un maximum de signatures auprès de tous et de toutes pour que soit reconnue la nomination d'une femme mûre et pleinement qualifiée pour le poste. Une femme qui connaît très bien le situation de la femme dans l'Église et dispose de décennies d'expérience à des postes à responsabilité :

alinéaMaria Leonor de Viseu, Grande Abbesse de l'Ordre. Une vétérane de la Guerre d'Indépendance Icamienne qui a vu la création de l'Ordre, gravi ses échelons et l'a amené à la position à laquelle il est aujourd'hui. Une Icamo-Listonienne pur-jus qui saura éclairer de son savoir Sa Sainteté pour l'aiguiller dans la prise des décisions les plus pertinentes pour la place de la femme dans l'Église !

alinéaLes jeunes de l'Ordre attendent beaucoup de Sa Sainteté, et elles espèrent qu'il saura reconnaître la valeur de leur Ordre. Car après tout, il existe bien d'autres manières de rendre Grâce que de chaparder pour le Très-Haut : on peut aussi soigner et nourrir les nécessiteux tout en repoussant les malfaisants à la pointe du fusil !

Les nonnes de l'Ordre de Notre Dame du Coeur Sanglant sont très préoccupées par la nomination de Soeur Elisa des Chapardeuses en tant que préfete pour l'inclusion des femmes dans la vie religieuse. Avec le concours et soutien de plusieurs cardinaux progressistes icamiens, elles font remonter une pétition auprès de Sa Sainteté pour considérer plutôt la nomination de la Grande Abbesse Maria Leonor de Viseu, actuellement à la tête de l'Ordre du Coeur Sanglant. Elles arguent que sa nomination devrait couler de source, puis l'Icamie est à l'avant-garde de l'inclusion des femmes dans l'Église.

L'Ordre qui, il faut le rappeler, intègre un entraînement militaire rigoureux pour toutes ses soeurs dès le noviciat, saura se souvenir des prises de positions de sa Sainteté.
935
Retour au bercail


ghhĥbjg

Conclave terminé, il était temps pour Carlos et le Révérend Simone de rentrer au San Youté (toujours dans ce fastueux jet).
S - ”Alors votre excellence, êtes-vous satisfait de ce petit voyage en Catholagne ?”

C - ”Oui et non.”

S - ”Pourquoi donc ?”

C - ”Et bien, je rentre avec les poches pleines mais en même temps, je n'aurais pas dit non à une petite place dans le gouvernement pontifical.
Je veux dire, en quel honneur cette enculer de brann (Dieu le bénisse) à une place et pas moi ?
Personne sait placer son putain de pays sur une putain de carte.”


S - ”En parlant de poches pleines, que va t-on faire de tout cet argent ? Nous pourrions financer des projets carita…”

C - ”Je vais refaire le toit des églises de Maracaillbosse avec de l'or et du marbre.
Connard de brann”


S - ”En même temps, il me semble que sa sainteté Stefano III ne vous porte pas dans votre cœur.”

C - ”Pourquoi donc ?”

S - ”Qu'il est con Je dirais que les prix des voix se rapprochent plus d'un racket que d'une transaction.”

C - ”C'est de la petite monnaie pour lui, dans 3 mois c'est comme si il avait rien payé.
Dans tous les cas, il va falloir que j'essaie d'attirer ces faveurs.”


S - ”Et vous allez me dire comment.”

Message secretInformation secrète réservée aux personnes autorisées
17028
Cardinal Bernard Lavaux, chargé des relations avec les sectes chrétiennes. // Charles de Guise, Cardinal de Lorraine et archevêque de Reims, portrait du Greco.

- « Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens ! »
Son Éminence Lavaux.

- « Nous avons un pape ! Quelle victoire ! Et quel pape ! Sancte va enfin reprendre la place qui lui revient sur la scène religieuse, nous sommes de retour ! Je vous le dis sœur Charlotte, Saint Jérôme ne sera pas déçu par nos méthodes. Et quelles méthodes ! Vous pensez qu’un bûcher serait prématuré pour commencer ce nouveau pontificat ? Enfin, des feux de joie… Vous n’imaginez pas à quel point je suis ravi ; une telle nomination est une victoire pour l’Église, je m’en vais nettoyer cette racaille hérétique. Après tout, nous sommes la seule Église de toute la Chrétienté, et il est hors de question de laisser des païens se déguisant en pasteur porter la Croix et prétendre parler au nom du Christ quand ils ne sont rien d’autres que des charlatans ! Dieu merci nous avons des amis des puissants maintenant, la congrération de Saint Jérôme pourra enfin prendre à bras le corps la difficile tâche qui nous attends. Nous allons devoir nous montrer ingénieux, avec Désiré qui traîne dans les couloirs, rien n’est certain, un maurrisque infiltré, voilà ce qu’il est, un espion à la solde des imams d’Agarchitadès… Méfiez-vous sœur Charlotte, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour nous mettre des bâtons dans les roues, c’est un petit vicelard vous savez… S’il n’a pas laissé sa masse de cardinaux voter, c’est pour bien se faire voir des Velsniens, et espérer obtenir un poste dans le gouvernement pontifical de Spinelli, et visiblement il a réussi. Un petit vicieux comme je vous le disais. Ne vous laissez pas avoir par son air de papy gâteau binoclard et aimable, c’est un rapace de la pire espèce… »

- « Mais dites-moi mon père, que craignez-vous ? Ce n’est pas comme si Son Éminence Désiré était une menace pour vous, sa défaite face à Spinelli, Sa Sainteté je voulais dire, l’a humilié. Il se murmure qu’il se dit prêt à rejoindre les dominicains ou l’ordre des anastasiens et se retirer dans la contemplation. Il se dit qu’il sera bientôt en Antérie pour christianiser ces païens… Je ne vois pas en quoi il pourrait menacer nos activités contre les Protestants… »

- « Ma très chère, vous raisonnez comme une bonne sœur, et non comme un politicien ! Ce brave Désiré est habile, nous vous fiez pas à ses airs de chiens battus, nous savons tous qu’il se prépare déjà pour le prochain pontificat, il va probablement placer ses pions, essayer de nous la mettre à l’envers, si vous me permettez l’expression. C’est un petit renard, et à Saint-Jérôme, on nous apprend à nous comporter comme des petits renards, à la fin on réussit à séduire et à trahir aussi facilement que l’on change de soutane pour l’office. Il peut très bien se faire moine, mais il conservera son évêché, je n’en doutes pas une seule seconde. Et surtout il intriguera comme ce n’est pas permis pour préparer a prochaine élection, pour lui ou son poulain. »

- « Vous êtes bien cynique mon père, je ne le pensais pas aussi retors, ni aussi vicieux. Au contraire, il me paraît plutôt gentil, peut-être trop… Enfin, je l’avais admirer les oiseaux, j’ai du mal à croire qu’un homme qui aime la poésie et la nature soit un monstre de cynisme, comme vous semblez le présenter… »

- « Vous êtes d’une naïveté, c’est effarant, et pourtant j’apprécie votre compagnie. Ne pas saisir les manigances politiques des uns et des autres est une belle qualité, malgré ce que j’en dis. C’est éviter de se faire des ulcères pour rien, tout ces retournements de veste… ça donne mal au crâne, c’est difficile, vous savez, d’essayer de voir le bon en chaque homme quand chacun essaie de te mentir ou de te voler… Mais lui, son alliance avec Juan d’Hernandie, cet escroc de renommée mondiale devrait vous mettre la puce à l’oreille. »

Ils s’arrêtèrent devant une vaste fenêtre donnant sur la place Saint Pierre de Rhême, la plus belle place de cette planète probablement, un lieu chargé d’histoire, à la symbolique forte. L’immense obélisque entouré des statues des Apôtres et de colonnades d’une sobriété surprenante pour le centre du monde chrétien pointait vers le Ciel. En face, l’immense basilique, le cœur même de la Chrétienté toute entière. Cette place ne vivait au même rythme que le reste du monde, c’était elle qui fixait les palpitations, les arrêts, les brutales accélérations, les passions et les rejets du peuple chrétien. Malgré le sécularisme, malgré le matérialisme, malgré le triomphe de l’athéisme, le christianisme restait fort. Tant que Saint Pierre n’est pas vide, il restera encore du sang dans ce corps gigantesque qu’est l’Église. Ses organes seront encore fonctionnels, son cerveau pourra réagir aux attaques, marcher, fixer de nouvelles règles lorsque ce géant endormi se réveillera et se mettra en branle. Le palais côtoyant la Basilique n’était rien d’autre que le cerveau de cette machinerie humaine, les rangées de fenêtres étaient les yeux et les oreilles de cette tête qui s’assurait que ce corps gigantissime, s’étendant du nord de l’Eurysie jusqu’au sud de l’Afarée, de l’Ouest de l’Aleucie jusqu’à l’est du Nazum, fonctionne. Une chose immense que l’Église, une chose plus grande encore que la communauté de fidèles qui contribuent chaque jours à sa grandeur et à sa gloire, mais aussi à ses fastes et à ses décadences. 

L’Église en voilà une institution à la fois géniale et exécrable, à la fois moteur de l’Humanité et l’un de ses plus grands freins. Une machine qui côtoie tout autant l’extraordinaire que la crasse des bassesses de l’Homme. Rien n’est plus fascinant que cette assemblée de fidèles dirigées par des évêques plus ou moins dignes de leurs charges. Des hommes d’une moralité plus ou moins douteuses, parfois véreux, souvent pieux. Des hommes comme il y en a tant sur cette planète, ni moins bons, ni plus mauvais. Et pourtant, cette assemblée de croyants suscite tout autant l’admiration, l’intérêt, le dégoût, la haine… Tout un flot de sentiments contradictoires, à l’image de son histoire. À la fois l’institution qui tenta de faire naître une paix chrétienne pour la plus grande gloire du Christ et du Seigneur,mais aussi l’État dans l’État qui organisa l’Inquisition et la chasse aux hérésies, à la fois l’Église des humanistes et des scientifiques, mais aussi celle de l’obscurantisme et du fanatisme aveugle. C’est à la fois la grande défenseure des pauvres, des faibles, des opprimés, mais aussi la caution morale des élites moralement troubles, des aristocrates tyranniques, des bourgeois cupides et des généraux putschistes. Rien n’est plus difficile que de caractériser cette institution ; nul ne sait comment la placer : a t’elle fait le Bien, a t’elle contribué à des maux plus grands encore ?

Ce grand corps, cette organisme immense, cette fourmilière menée plus ou moins durement par le Saint Père est un ensemble de volontés bien éparses, souvent contraires, parfois opposées mais généralement unies autour du Christ et d’une confiance inébranlable envers le Dogme. L’Église ne se résume pas à ses églises gigantesques, sa vitalité artistique et culturelle phénoménale, sa durée de vie hors norme. C’est avant tout une communauté, un ensemble de fidèles, de diacres, de prêtres, d’évêques et de cardinaux qui font, du mieux qu’ils le peuvent pour servir le Bien Commun tel que Jésus l’enseigna. Une mission d’une grande difficulté, comment réussir à concilier la politique, le pouvoir temporel, les faiblesses naturelles de l’humain et l’idéal de bonté, de charité, de grandeur d’âme qu’Il avait esquissé en arrivant sur Terre. Une communauté parfois fragilisée par les abus, les abominations de ceux qui ont le pouvoir, les erreurs d’interprétation, les ambitions contraires des grandes familles voulant ajouter la Tiare à leurs trophées.

L’Église ne peut prétendre incarner la perfection humaine ; parmi ses membres, des hommes exceptionnels communient avec les pires crapules. Le saint peut croiser son bourreau dans les couloirs des presbytères, des abbayes et des basiliques de Rhême. L’opportuniste et l’arriviste sont tout aussi commun que le bon et le gentil. Bien fou est celui qui prétend que cette institution millénaire doit être chargée des pires torts. Elle a survécu à seize siècles ; à la chute de Rhême, à l’établissement des premiers empires eurysiens, aux Croisades et aux Réformes, à la science et aux révolutions, et finalement elle résiste encore, encore et encore aux assauts. Il faut croire que cette institution a compris bien avant les autres comment survivre au temps, aux habitudes changeantes des hommes, aux errements et aux rejets propres à une espèce qui se lasse vite des systèmes. L’Église a réussi à survivre à bien des choses, à des attaques secondaires mais aussi à de véritables tsunamis qui ont ébranlé jusqu’à ses fondements mêmes, des vérités acquises qui se sont effondrés face aux assauts répétés de la science, des contradictions fondamentales de l’Église de Pierre qui ont pourtant réussie à êtres gommées, oubliées, passées sous silence… Dégagées de la mémoire collective, des mauvais souvenirs effacés en un claquement de doigts…

Le cardinal antérinien s’arrêta quelques instants devant ces fenêtres, son visage d’habitude dur, se radoucit devant cette foule immense venue célébrée l’intronisation du nouveau Saint Père, celui qui derrière ses prises de position enflammées promettait de changer, de bouleverser à jamais cette institution que certains qualifiaient de poussiéreuse quand d’autres la voyait comme préservée des dérives de la société des hommes. En voilà un homme de bon sens se disait-il, l’ennemi n’est pas le progrès, tant qu’on ne lui parle pas de ce qu’il nomme les « déviants », mais la division. Ce mal qui ronge la Chrétienté, comment la Papauté a t’elle pu tolérer pendant des siècles ces vermines qui osaient célébrer son rite sans communier avec Sancte. Un tel laxisme était pour lui intolérable ; cela relevait d’un affront, d’un camouflet intolérable qui minait la crédibilité même de ce qu’il y avait de plus saint pour lui : l’Église catholique, apostolique et rhêmienne. L’hérésie était plus dangereuse encore que l’hérésie, car cette dernière était une infiltration dans le Dogme, un champignon, une moisissure, une pourriture qui ne faisait que croître aux dépens de l’Église et de la Vraie foi. Une menace absolue qui minait l’Église du Christ de l’intérieur, qui laissait les particularismes immoraux et contraire aux dogmes se propager dans l’est de l’Eurysie, au centre de cette dernière… Protestantisme, « catholicisme » impérial, luthéranisme, calvinisme, volignoniaisisme… Toutes ces horreurs se propageaient, comme les nuisibles… Un mal visible que les médecins refusaient de soigner… Un cancer qui devenait, au fur et à mesure incurable tant il se propageait vite. Difficile pour l’Antérinien l’idée même de tolérer de telles choses lui était insupportable, plus douloureuse encore que la torture. Il était prêt à dératiser, au lance-flamme si nécessaire, l’Eurysie pour la plus grande gloire du Christ.

Et soudainement ses traits se radoucirent encore plus. L’idée de réduire à néant l’hérésie suffisait à l’apaiser. D’un geste il fit savoir à sœur Charlotte qu’elle pouvait s’en aller, la congrégation Saint-Jérôme avait besoin d’elle pour s’organiser à Rhême, elle prendrait place dans ses nouveaux quartiers, à Sancte pour commencer à étudier les questions pressantes, selon les intérêts des Églises locales. Un travail immense l’attendait, il allait devoir collaborer avec les congrégations chargées de la justice papales, les pouvoirs publiques pour les bûchers… ou du moins pour l’incarcération des criminels… Une besogne immense allait devoir être abbattue, mais le vieil homme était habitué à ce genre de mission. Il avait un style de vie plus proche encore du soldat que du moine, il n’était pas du genre à reculer devant les nuits blanches, tant qu’il pouvait s’enfoncer dans le sommeil du juste, de l’homme ayant conscience d’avoir servi une cause plus grande que lui, quelque soit le prix moral qu’il ait payé pour l’accomplir, la mener à terme. Pourtant il ne savait où commencer.

Cette pensée, cette idée que cette tâche soit peut-être trop lourde pour le simple mortel qu’il était suffit pour rendre ses traits aussi tranchants qu’un silex. Il repensait aux ennemis de l’Église, les Protestants, les Réformés, les Huguenots, ce mal absolu qui pervertissait la seule vraie Foi. Sa tâche était immense, il y avait les kaulthes, les protestants, les volignoniais et toutes les autres sectes aleuciennes qui pullulaient comme la vermine. Mais il y avait aussi ces curés qui trahissent dans le plus grand secret la Sainte Eglise, qui seraient prêts à apporter leurs concours à la réalisation d’objectifs maléfiques à l’encontre du Saint Siège. Une tâche immense l’attendait, et il ne savait pas par où commencer : détruire le catholicisme kaulthe, un monstre immense qui a réussi à se propager dans le monde entier, une hydre que même Hercule ne pourrait plus vaincre seul. Il allait devoir se concentrer sur des cibles plus modestes : peut-être infiltrer des cellules de prêtres défroqués à Sancte pour nettoyer cette dernière de l’hérésie… Ou commencer par le protestantisme nordiste… Il y a tant de menace qu’il ne sait où donner de la tête, mais il doit pourtant accomplir sa mission, avancer coûte que coûte, trouver sa cible vaille que vaille.

- « Ah mais voilà cette brave Éminence Lavaux, vous avez donc réussi à vous dégotter un poste avec Spinelli, toutes mes félicitations, vous aussi vous montrez que vous êtes plus habiles que vous ne voulez bien le montrer. Hahaha, derrière vos airs d’inquisiteur déprimé vous savez vous rôder à la politique pontificale, n’est-ce pas ? »

L’Antérinien sursauta, ses traits devinrent encore plus durs, son visage n’avait plus grand-chose d’humain, il paraissait semblable à ces statues de marbre figeant un regard courroucé. À ces dieux héllènes hors d’eux qui s’apprêtaient à raser Héliké ou l’Atlantide pour se venger de ses habitants. Son regard se posa immédiatement sur le petit Hernandien qui s’approchait, des éclairs semblaient jaillir de ses yeux et ce ne fut qu’avec une grande peine qu’il retrouva sa gravité coutumière. Il rajusta sa calotte et répondit :

- « Je ne m’attendais pas à vous voir ici Éminence de Làsàre, je vous pensais occupé à célébrer avec Sa Sainteté Stefano III sa victoire et son élection. J’ai aussi cru comprendre que vous aviez eu quelques petits arrangements avec le nouveau Souverain Pontife, visiblement vous savez retomber sur vos pattes, n’est-ce pas ? Je me demande comment vous avez faits, vous avez acheté l’amitié de Spinelli ? Ou vous l’avez simplement convaincu par vos arguments d’une grande sagesse ? Avez vous il est difficile de savoir ce que vous voulez, l’argent ? La gloire ? Le pouvoir ? Mais visiblement, vous savez aussi vous y prendre. Et même mieux que nous, si j’en crois le nouveau gouvernement qui s’apprête à être mis en place, vous avez pu bénéficier des faveurs de Sa Sainteté. »

L’Hernandien ne perdit pas son sourire, certes il avait pensé que le cardinal antérinien se serait jeté sur lui lorsqu’il le vit. Et pourtant, cela l’amusait follement, provoquer ce petit bonhomme coincé était une joie qui ne cessait de le divertir. Et pourtant, son interlocuteur était prêt à lui sauter à la gorge, il ne savait pas pourquoi d’ailleurs, peut-être qu’il appréciait moyennement les anciens alliés de Désiré, où les cardinaux corrompus…

- « Et comment ! Je suis devenu l’un des coadjuteurs de la Banque pontificale ! Vous n’imaginez pas à quel cela représente un travail immense… J’ai récemment discuté avec l’ancien directeur qui avait été nommé par Augustin, et bien figurez-vous qu’il n’avait jamais entendu parler des effets de levier ! Toute une éducation à refaire, c’est un véritable bazar, certains en sont encore à prendre des notes à la main et n’ont pas découvert le système de mémoire centrale des ordinateurs… C’est un carnage, heureusement que nous avons des moines chapardeurs avec nous, eux ils s’y connaissent en banques, peut-être mieux que moi… Mais ça ne m’empêche pas de plancher sur mon projet d’E.T.F éthique et moral… Et puis je ne comprends pas où vous voulez en venir, je ne cherche qu’une chose, à servir le mieux possible Notre Seigneur Jésus le Christ et Sa très sainte Église. Quant aux « faveurs » de Sa Sainteté, c’est uniquement parce que je suis un homme avec des idées… Il a vu que je suis un homme d’idée, et il aime les hommes avec des idées, ce sont eux qui font avancer le monde, et puis je partage certains alignements idéologiques avec Stefano, tout n’est pas blanc, ni tout noir Éminence, et puis il se peut que l’on puisse considérer vos méthodes comme arriérées au XXIe siècle… C’est pas vous qui défendez bec et ongle la Sacra Congregatio Romanae et Universalis Inquisitionis avec passion et ardeur ? Enfin je pense qu’aujourd’hui c’est s’attacher au passé que de soutenir cette institution oubliée par tous… »

- « Mais comment osez-vous ! Vous n’êtes qu’un importun et un parasite, vous servez tout d’abord l’argent et non l’Église Éminence, je ne vois pas comment on peut se parler sur un pied d’égalité. Mais je suis d’accord… Stefano est un brave homme, il mérite sa tiare. En revanche, je ne suis pas certain que votre titre de Coadjuteur soit tout à fait mérité… De vous à moi, nous connaissons tous vos passions pour l’argent et les dépenses futiles… Mais bon, puisque nous serons obligés de collaborer, j’espère que vous serez moins étriqués qu’Anagonye, ce serpent, que Dieu le bénisse, est un petit vicieux, il se vengera de nous. C’est moi qui ait convaincu les évêques de ne pas voter et de s’abstenir, et ça il m’en veut à mort. Je pense que sa vengeance sera exemplaire, d’une brutalité inouïe… Il nous enterrera, vous connaissez les Marcinois ? Non ? Ce sont des hommes d’une grande intelligence, et ils ne pardonnent aucun affront. Ne vous laissez pas avoir par leurs airs de calotin un peu niais, pour eux la vengeance est un plat qui se mange froid, et il il est prêt à la déguster gelée, pour peu qu’il l’ait. Je ne vous aime pas Éminence et vous le savez, en revanche j’ai besoin de vous, et inversement. »

- « Écoutez, je dois gouverner les fonds de l’Église sereinement, je suis prêt à oublier, à pardonner comme nous l’a si bien enseigné le Christ, vos provocations. En revanche je ne souhaite qu’une chose, que vous ne vous avisiez pas de toucher à mes amis, à mes intérêts du moment et que vous vous contentez de vous contenir dans votre pré carré, c’est à dire la chasse aux hérétiques. Je ne vous pas vous entendre évoquer la gestion de la Banque pontificale, je ne veux pas entendre parler d’enquêtes sur les cardinaux hernandiens et encore moins sur Désiré de Marcine. Est-ce entendu ? Purgez qui vous voulez, ressuscitez l’Inquisition si cela vous fait plaisir, mais je vous préviens, je ne veux pas que votre congrégation touche à la Banque Pontificale et mes protégés. Sans quoi vos crédits risqueraient d’êtres coupés pour le reste du pontificat de Sa Sainteté, et Dieu seul sait à quel point ce dernier va être long… »

L’Antérinien sourit douloureusement, il avait ce qu’il voulait, mais à quel prix ? Il hocha la tête lentement, s’inclina et se tourna. En face, à quelques dizaines de mètres, Désiré avançait seul, il avait été vaincu, sa crédibilité était réduite à néant, il n’y avait qu’Aimé, son seul ami dans ce monde barbare qui lui restait fidèle. C’était bien le seul. Son ombre flottait littéralement sur le parquet resplendissant d’un Eglise qui commençait à avoir faim, les cardinaux s’étaient privés pendant bien trop longtemps, ils étaient sur les dents, ils attendaient leur ration d’argent tandis que Stefano se préparait à les en abreuver continuellement. Il avait vu ces deux hommes conclure, il les salua tristement, il savait que maintenant l’Église d’Antérinie ne voudra plus de lui. Il savait ce qu’il lui restait à faire, se retirer. Il avait été dans l’histoire de l’Église une éphémère étoile filante, les médias s’en étaient emparés, mais l’Humanité ne se souviendra jamais de son nom, l’Histoire aussi n’apprécie guère les perdants.

- « On dirait une épave votre vengeur masqué Éminence, je crois que vous vous faites du sang pour rien ! C’est un fantôme, il ne représente aucune menace ni pour vous, ni pour moi. Il se murmure même qu’il ira rejoindre les ordres… »

- « Méfiez-vous de l’eau qui dort Éminence, méfiez-vous. »
Haut de page