25/07/2020
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Activités étrangères en Catholagne - Page 9

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Les cardinaux de Georges Croegaert.

« Désiré, c’est fini, je quitte le navire. »

Les Antériniens étaient isolés. La Résidence de Sainte-Marthe grouillait de monde ; plusieurs centaines de cardinaux avaient élu résidence, temporairement, tout le monde l’espérait, dans ce palace au centre de Sancte, à quelques centaines de mètres seulement de l’imposante Basilique Saint Pierre. Mais pourtant, dans toute cette agitation, les hommes d’Anagonye étaient seuls ; l’or qui coulait à flot les isolait du reste des cardinaux. Dans les couloirs tapissés de peintures classiques ; ces œuvres intemporelles représentant toutes les grandes figures du clergé catholiques : les Papes, les Cardinaux, les Prêtres et ceux qui, parfois au péril de leur vie, tentèrent de diffuser la parole du Christ… Certains affirment que c’est pour rendre hommage à ces grands hommes et inspirer leurs vertus aux cardinaux venus des quatre coins du monde choisir l’heureux successeur de Saint Pierre. Malheureusement il semblerait que ces portraits aient les effets inverses ; loin d’amener ces Eminences à devenir des hommes plus vertueux encore, ils les déterminent à vendre au plus offrant la Tiare ; et visiblement la moralité ou la foi de celui qui pourra prétendre la porter ne compte guère. Au contraire, il faut croire que l’infâmie était le seul critère qui comptait vraiment pour ces saints hommes qui avaient entre leurs mains la destinée de la Chrétienté.

Spinelli n’avait pas besoin d’argument qui puissent parler, il fallait simplement qu’il touche ces éminences portant le pourpre au cœur. Et rien de mieux que de leur proposer un pot de vin ; dans notre monde tout s’achète et tout se vend. Un grille-pain, une médaille, un poste, une voix obéissent toutes à une seule et même règle : celle du marché, de l’offre et de la demande. La moralité avait disparue depuis bien longtemps ; Désiré était un dinosaure, tout comme les militants qui croyaient bien ingénument que le Bien triomphera immanquablement du Mal. Il ne faut pas attendre grand-chose de l’homme, il faut simplement l’inciter. Et en cette matière, les Velsniens, comme toujours aurait t’on envie de dire, savaient s’y prendre. La corruption n’avait aucun secret pour eux ; elle était leur arme de prédilection. Et visiblement, il semblerait que Sancte soit prête à voir les financiers de la Cité sur l’eau gouverner le petit État, pour peu qu’ils daignent savoir se montrer généreux. Et c’est de cette manière que le monde catholique semble revenir au XVIe siècle. Dieu n’est plus. L’argent, en revanche, est devenue la nouvelle idole de ces éminences rouges qui se prétendent berger de Dieu. A t’on déjà vu un veau guider des brebis ? Et cette révolution pourtant s’accomplit dans le silence le plus assourdissant ; les masses de fidèles patientant autour du Globe, attendant avec impatience le nouveau Pape, ne connaissent même pas la nature des sombres manigances qui se trament dans le silence ouaté des résidences épiscopales et des demeures des prélats.

Spinelli triomphait, ce petit homme mesquin ne cachait pas sa joie, il avait gagné. Avant même que le conclave ne commence, il avait rassemblé des sommes astronomiques, ouvert ses coffres et vendu ses faveurs. Si l’idée lui serait venu, il n’aurait certainement pas hésiter à vendre pierre par pierre la Basilique Saint Pierre. Qu’aurait t’Il dit en découvrant que Ses pasteurs étaient devenus les marchands du Temple ? Que penserait t’Il de ces calotins qui derrière les grands sermons, les débats théologiques verbeux, les invectives cryptiques et dogmatiques, qui se prétendent gardiens intègres de la Morale, se vendaient en réalité au plus offrant ? C’était bien la peine de pardonner l’Humanité pour avoir sacrifié le Fils avant de la laisser tourner en ridicule Ses paroles. De les vider de leur substance, comme lorsque l’on éventre un cochon pour récupérer ses boyaux et ses entrailles après avoir l’avoir saigné pour en faire du boudin. Visiblement, le salut des âmes n’était plus la priorité du moment. Après tout, encore fût-il qu’elle le fût vraiment. La prêche n’était pas suffisamment rentable pour ces hommes qui avaient fait vœu de pauvreté, mais ce brave Spinelli dans sa générosité calculée, n’avait guère de mal à rallier ces malheureux et ces hypocrites, ses coffres étaient ouverts : il fallait simplement se servir… Nul besoin de compter, il fallait simplement avoir une voix à offrir, et un sens des affaires extraordinairement bien développé pour un curé.

L’ambiance était lourde ; les sourires de connivence entre cardinaux alguarenos, icamiens, velsniens et san youtiens étaient visibles de tous. Tout le monde savait ce qui avait poussé les Suenalejos à voter pour ce Spinelli. Les cardinaux intègres faisaient mine de ne rien savoir ; mais les billets glissés sous la table, les virements expresses fait par d’obscurs comptes off-shore dans les paradis fiscaux étaient à l’oeuvre. L’on faisait encore semblant de débattre ; d’en avoir quelque chose à faire de notre Très Sainte Mère l’Église, mais en vérité, ce qui intéressait plus que toute autre chose ces requins en soutanes était l’argent. Certains cardinaux n’auraient pas hésité à jeter en maison de retraite cette église branlante, cette institution vieillotte qu’ils se sentaient obligés de faire semblant de respecter pour répondre aux exigences des masses incultes qu’ils bénissaient… Il était même probable que la plupart n’en ait que faire de la Bible, pour peu que sa vente leur permette de se goinfrer un peu plus. Hélas il fallait jouer le jeu des apparences ; ne pas se presser, maintenir l’illusion que c’était un choix qui demandait réflexion, patience, intelligence ! Ces piranhas qui se jetaient sur cette vache pissant de l’or comme l’on saigne du sang, pour maintenir sauves les apparences avaient la décence de patienter avant de proclamer le fameux « Habemus Papam ».

Malheureusement certains ne comprenaient toujours pas l’ampleur de la corruption, cette gagrène qui corrompait le cœur, le sang, le cerveau, les membres et les os. Elle s’immiscait progressivement dans toute les hautes sphères de l’Église et descendait rapidement, trop rapidement. Bientôt le temps viendrait où les paroisses de campagne seront elles-mêmes atteintes par ce mal qui faisait de la facilité un modèle de vie, de la jouissance des plaisirs mortels la forme ultime de bonheur, jetant aux ordures les bondieuseries anachroniques. Le mal se propageait, et pourtant Désiré n’en saississait pas la profondeur, la radicalité, la brutalité. Il était encore persuadé que la situation pouvait se rétablir. Le Bien devait triompher. Sinon à quoi l’Homme servirait ? Comment pourrait-il exécuter les volontés du Père ? Comment agirait-il pour atteindre la perfection de la Société ?

- « Vous voyez Éminence Mateo (Cardinal kah tanais), vous ne pouvez pas vous fier au Velsnien, enfin au Dodécaliote, mais je vous cache que je ne vois pas vraiment la différence entre les deux… Enfin, pour en revenir à notre sujet, convenez qu’on ne peut pas se fier à Spinelli. C’est un menteur ; il vous lâchera, il l’a déjà montré en s’alliant avec les Suenalejos. Je vous le dis, le sourire de Pablo et sa vantardise ne me disent rien qui vaille… Je sais qu’il a visité le Kah, qu’il a promis d’ouvrir le mariage aux… déviants… Oh ne me regardez pas comme ça ! Ce n’est pas ma faute si j’ai une éducation antérinienne ! Enfin, toujours est-il que ce n’est pas parce qu’il l’a dit qu’il le fera. C’est un opportuniste, il pourra tout vous soutenir, pour peu qu’il y voit un intérêt quelconque… Enfin je veux bien qu’il ait voyagé à Axis Mundi, mais à titre personnel j’ai du mal à imaginer qu’il en ait quelque chose à faire du mariage pour tous, de la théologie de la Libération ou des syndicats ! Cet homme n’en a cure, ce qu’il veut n’est rien d’autre que le pouvoir et la célébrité. Pour être pape il pourrait avaler toutes les couleuvres que vous voulez et maintenir ce qu’il vous plaira d’entendre ! C’est une vipère et dès qu’il aura ce qu’il voudra, il s’attellera à vous trahir… Ne me regardez pas avec cet air de reproche mon frère, ce n’est que la stricte vérité. Regardez-le s’acoquiner avec les Suenalejos ; à moins que Pablo ne soit devenu un homme bon et tolérant en quelques années, je pense que des machinations obscures ne soient à l’oeuvre, pour vous trahir.

Quant à moi, je ne prétend pas être quelqu’un d’autre que moi-même. Certes je suis conservateur, mais je suis intègre et puis j’ai à cœur de servir l’Église du mieux que je peux, et pour l’instant ma priorité et de réunir les Chrétiens de toute la Terre autour de la seule foi. Je n’entend pas uniformiser les croyances et les pratiques ; que les Kah tanais acceptent les mariages entre dév… pardon, entre homosexuels et que les Antériniens restent fidèles au rite de Sancte et les gazelles seront bien gardées, si vous me permettez l’expression. Enfin vous avez mon point de vue et vous en faites ce que vous voulez. En revanche gardez à l’esprit que ce Spinelli est un serpent de la pire espèce, ne vous laissez pas avoir par ses paroles mielleuses et ses promesses douceureuses ; nous savons pertinemment qu’il n’a pas la carrure pour imposer au reste du monde catholique le mariage homosexuel, et vous savez tout aussi bien que moi que ce n’est pas possible, ne serait-ce que parce que les Antériniens sont bien trop conservateurs sur ce genre de sujet et qu’il faudrait des décennies pour changer le regard de l’Église sur le sujet. 

Vous me dites que vous y réfléchissez ? C’est une excellente chose ! J’espère que vous comprenez mon inquiétude. 
»

Et tandis qu’il s’éloignait de son interlocuteur il comptait de nouveau dans sa tête le nombre de voix ; lors de la dernière session, pas moins de deux-cents cardinaux avaient soutenus les Velsniens ! En face il peinait avec sa petite centaine, grandement soutenue par le contingent antérinophone. Et puis il se demandait pourquoi les youtiens s’étaient retournés contre lui ? Comment ceci a t’il pu se produire ; sans crier gare les voilà qu’ils se tournent vers Spinelli. Il se doutait en son for intérieur que les arguments spirituels du Dodécaliotte devaient êtres sonnants et trébuchants… Il savait que de Salosse était un escroc, un voleur, un fripon. Il était même probable que le personnage ait déjà vendu des bénédictions sous le chapeau… Mais là une question venait l’assaillir ; pourquoi Salosse l’avait-il choisi, lui et non pas Spinelli ? Quelle raison diable aurait-il eu pour s’allier, même temporairement au Marcinois ? Pour faire monter l’offre ? Dans ce cas-ci pourquoi n’aurait-il pas chercher à le contacter, à se raprocher pour faire croire qu’il existe une proximité plus grande encore entre Désiré et lui ? Tout ces retournements commençaient à le fatiguer ; et puis comment les Icamiens, les Alguarenos ont-ils pu s’unir aussi facilement ? Un tel consensus n’est pas naturel, encore moins quand il est si unanime pour un personnage qui promet des réformes aussi radicales, et qui pourtant s’allie avec des figures pour le moins douteuses de l’Église. Les machinations derrière ce conclave sont décidément bien sombres, et malheureusement il semblerait qu’elles fonctionnent. Et tandis qu’il continuait sa promenade dans ces appartements qui ressemblaient, de plus en plus, à une prison dorée, il s’arrêta net.

Il se stoppa pour regarder la nature ; la pureté de ces volatiles le fascinait. Puis il repensa au chemin qu’avait traversé l’Humanité ; des millénaires d’histoire, des siècles, des siècles et des siècles d’histoire de la pensée pour en arriver là ; à ces prélats qui s’engraissent, ces hommes mariés à Dieu qui le trompent pour quelques deniers, l’Homme qui se laisse tenter par les démagogies les plus crasses. Voilà où il en est arrivé ; ces petits volatiles, n’ayant conscience que d’eux-mêmes, ne sachant faire rien d’autre que voler, manger, copuler ont un de degré de civilisation bien plus élevé que l’Homme. Ce dernier, décadent, se vautre dans sa réussite, se jette à corps perdus dans des batailles sans aucun sens, se sacrifie avec joie pour des choses que le dépasse. Voilà donc ce que lui a apporté la liberté ? Le droit de se tuer avec le sourire ? Le droit d’haïr tout en ayant bonne conscience… Quelle victoire. Quelle triomphe sur l’obscurantisme ! C’en est presque réjouissant. L’innocence de ces créatures volantes semblait inaccessible ; la joyeuse naïveté de ces bestioles à plumes était admirable ; elle raisonnait cruellement avec le cynisme généralisé qui s’était installé ici, à Sancte.

Pierre était mort pour Jésus, et le Christ est mort pour avoir rappelé à l’Humanité que l’Espérance était possible. Et pourtant, sur sa tombe se promenaient une masse de cardinaux empourprés qui ignoraient jusqu’à l’existence même de ce mot, ils se battaient pour de l’or, ils s’arrogeaient des droits qu’aucun d’entre eux n’avait. Et pourtant le monde continuait à tourner ; l’une des cités les plus saintes de la Terre n’était rien d’autre qu’un lupanar et Dieu s’en fichait. Il tournait Son regard vers la Création, dans toute sa splendeur, dans toute sa fragilité, dans toute sa brutalité, dans toute sa magnificence, dans toute sa naïveté, dans toute sa violence. L’esprit du cardinal se perdait avec les voltiges de l’oiseau. Il sourit niaisement, heureux de voir ce petit être vivre loin des tracas des hommes, des intrigues toxiques et des bassesses du monde politiques, qui au fur et à mesure que le temps passe, le fatiguait. Il avait tant voyagé, tant servi, tant combattu contre la corruption, mais pourtant on lui refusait le droit d’agir. Les cardinaux le refusait, trop intègre peut-être, pas assez généreux probablement. Le conclave approchait de la fin et pour l’heure cela jouait en sa défaveur sans qu’il ne comprenne trop pourquoi…

- « Vous voilà Monseigneur Désiré, je vous cherchais ! J’avais des choses à vous dire ; les Alguarenos se joignent au Velsnien. Je crois que la partie est finie ! » le Marcinois se tourna vers l’archevêque hernandien, réajusta ses lunettes et lui répondit ; « Allons discuter dans mes appartements. Nous avons beaucoup à faire. » et tandis qu’il tournait les talons, guidé par son énergique collègue, il lâcha un dernier regard vers ces oiseaux qui continuaient s’élancer avec grâce dans les airs. Ils traversèrent à toute allure les couloirs plein de cardinaux et de portraits ; il sentait les regards moqueurs, il sentait les piques assassines de Spinelli, il sentait le regard compatissant et l’oreille des cardinaux youslèves. Un conclave était une élection comme une autre, à la différence près que quelques centaines d’électeurs décidaient pour des centaines de millions de catholiques… Et comme à chaque élection, les petites mesquineries de la vie humaine ne faisaient qu’accentuer le résultat final, le rendant souvent plus douloureux et humiliant pour les perdants.

Ils entrèrent enfin dans une petite pièce ; quelque chose de très rudimentaire, presque martial ; un lit, un prie-Dieu, une petite peinture de la Vierge et de Saint Anastase ainsi qu’un crucifix accroché au mur. Une habitude chez lui ; peu d’objets personnels, pas une même une photographie de ses parents ou de ses frères et sœurs. Rien qui ne puisse expliquer d’où il vienne. Seulement cette simplicité déconcertante ; cette homme aura vécu comme une ombre, pas de famille, quelques amis et une vie toute entière consacrée à Dieu. Il ne laissera derrière lui que très peu de choses ; son dévouement au service de l’Église et ce sera probablement tout. Son ombre ne laissera rien, l’Histoire ne saura rien de sa vie, quelques historiens surspécialisés trouveront probablement son nom dans les registres pontificaux en lien avec ce conclave et il en fera un doux idéaliste broyé par une machine impitoyable. Mais ce sera tout. L’histoire ne se souvient que des gagnants, les perdants resteront aux oubliettes et tomberont dans les limbes de nos mémoires avant de complètement disparaître de celles-ci. Juan, bien plus exubérant, était mal à l’aise avec simplicité monastique ; il avait réclamé à ce que des bonnes sœurs remontent ses imposants bagages ; il prétextait qu’ils contenaient des ouvrages d’une importance capitale, mais certaines mauvaises langues affirmaient que des objets métalliques, probablement précieux, s’entrechoquaient tandis que chaque soir sa chambre sentait le jambon de pays… Désiré, évidemment, tenait à fermer les yeux, il voulait éviter que sa coalition ne s’effondre sur elle-même s’il se montrait trop intransigeant… Il reprit :

- « Vous disiez Éminence ? Les Alguarenos nous ont lâché ? Ce n’est une surprise pour personne… Ce qui me surprend, c’est le volte-face de Pablo : il faut croire qu’il s’est découvert une passion pour la doctrine sociale de l’Église et qu’il a abandonné sa haine des pauvres… » sourit tristement le Marcinois, qui savait pertinemment comment il s’est si subitement rabiboché avec le « progressisme » de Spinelli… « D’ailleurs, en parlant d’eux, je me demande comment ils ont pu s’aligner aussi vite sur les positions pour le moins alambiquées de Spinelli… Je ne vous le cache pas, mais ça reste pour moi un véritable mystère. C’est comme les Icamiens, je me demande comment ces bougres ont réussi à choisir ce clown… Ca me dépasse… C’est à croire que le Seigneur refuse que je puisse aux plus hautes fonctions de l’Église catholique… Et pourtant nous courrons droit à la catastrophe… Mais dites-moi, j’ai l’impression d’entendre une soutane se froisser au pas de la porte… On ne serait quand même pas espionnés ! Oh non ce serait fort de café ! »

- « Non ce n’est rien, ce n’est rien Éminence, ce n’est que le vent… » répondit effaré l’Hernandien, effaré par son interlocuteur. Il ne savait donc pas ! Il ignorait les rouages du pouvoir catholan ? Il ne savait pas que la corruption était l’un des alliés les plus sûrs au sein de cette meute de loups tout de rouge vêtus ? Quelle puérilité ! Qu’avait-il à perdre son temps, ses ressources et son argent à soutenir un homme comme ça… C’en était trop pour lui ; - « Quoi mais vous ne comprenez pas ? Vous êtes fou ? Sénile peut-être ? Si les Youslèves nous ont abandonné, c’est parce que nous ne payons pas assez, moins que Spinelli en tout cas ! Éminence, comprenez que tout s’achète et tout se vend, et l’Église ne fait pas exception à la règle. Le navire coule Éminence, trouvez un moyen d’inverser la situation ou je le quitte avec les Hernandiens. Il est hors de question de laisser les autres… » il se ravisa de terminer sa phrase au dernier moment.

- « Mais que voulez-vous dire à la fin ? Pensez-vous que c’est une charge que j’endosse avec joie ? Pensez-vous réellement qu’avoir à me mêler de ces affaires me fasse plaisir ? Vous ne m’avez pas été d’une grande aide comme directeur de campagne ! Et puis ce n’est pas comme si vous aviez perdu des millions et des millions, n’est-ce pas ? Si tout mes camarades peuvent êtres achetés aussi facilement, ce n’est pas ma faute, c’est la leur, et je ne crains que de bonnes paroles ne fassent pas le poids face à ces suppôt du Diable ! Et je me refuse, comprenez-le à m’abaisser au même niveau que ce lâche de Spinelli ! » Ce qui le mettait hors de lui était d'avoir ignoré l'ampleur de cette corruption généralisée, de cette lâcheté qui s'était emparée de toute l'Eglise, cette voracité qui avait triomphé de la plupart des cardinaux...

- « Alors, soit, je pense que notre collaboration prend fin ici, Éminence Désiré. Vous avez perdu, votre étroitesse vous coûtera la victoire et j’espère pour vous que vous saurez rebondir, mais cela se fera sans nous. Inutile de me regarder comme ça, c’est vous qui aviez cherché votre défaite en refusant d’admettre l’évidence, en refusant de reconnaître l’inéluctable. » répondit froidement Juan, tandis que son regard se durcissait et que son sourire espiègle laissait place à des traits de fer qui n’admettaient aucune réplique. Il sorti en silence et lorsqu’il se retrouvé nez à nez avec un Youslève, ce dernier lui répondait qu’il ne faisait « qu’admirer les oiseaux » avec un fort accent…

Le regard placide, sous le choc, victime de ce coup de poignard en plein cœur, le Marcinois ne put répondre qu’autre chose que « Mwana wa kahaba” (autrement dit, “enculé”) avant de s’agenouiller et de s’abandonner à Dieu, étouffant ses sanglots dans la prière.

Effets :
- Désiré perd son soutien hernandien, la coalition antérinophone se disloque sous le poids de ses contradictions.
-Les Youslèves/Vasques savent que Monseigneur Juan a recours à la corruption, et se doutent que Spinelli en fait tout autant.
-Spinelli va probablement être au courant de cette défection et peut chercher à en profiter.
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