
Je me permets ce jour de prendre la plume pour rédiger moi-même ce qui sera, je l’espère, les premiers mots d’une nouvelle ère pour le continent aleucien. À l’heure où, depuis des années à présent, le continent se modélise autour d’États émergents qui chaque année rattrapent un petit peu plus leurs retards, à l’heure où les grands de ce monde s’exercent à créer la division chez les peuples et à annihiler les alliances régionales, nous estimons que le temps est venu. Le temps est venu de cesser d’entretenir des rivalités, de souffler sur des braises qui n’ont de charbon que l’égo mal retenu de dirigeants du passé. Le gouvernement qui dirige aujourd’hui la Westalia n’est plus le même que celui qui gouvernait durant la période de quasi-guerre froide entre nos deux nations. Les dirigeants qui dirigent aujourd’hui l’Empire de Stérus ne sont eux non plus plus les mêmes personnes.
Assurément, les dirigeants du passé ont échoué, et à répétition, à faire de l’Aleucie le continent de la paix et de l’entente. Assurément, les dirigeants du passé ont créé un précédent particulièrement dangereux en Aleucie, allant jusqu’à envisager la guerre, la guerre entre Aleuciens. Enfin, les dirigeants du passé de nos deux nations n’ont encore jamais osé regarder l’autre d’égal à égal. Alors je vous le dis en ma qualité d’Impératrice de Stérus, je ne serai pas une dirigeante du passé.
Le changement de régime de la Fédération en un empire constitutionnel ouvre pour moi une nouvelle ère dans les méthodes de diplomatie de Stérus. Je suis issue d’une famille qui a connue la guerre, qui a connue les crises et qui a vu son pays s’enfermer dans une logique qui ne fut jamais celle de nos pères fondateurs. Je ne serai pas celle qui poursuivra la politique mise en place par les anciens consuls de la Fédération.
Vous le comprendrez assurément, je suis une Stérusienne, notre réputation n’est que peu calomniée. Ainsi, je veillerai toujours à garantir l’intérêt supérieur de mon peuple. Mais je ne saurais tolérer de négliger les intérêts des autres par le simple besoin vénal personnel. Je pense que nos deux nations feraient elles mieux de se concentrer sur ce qui les rapproche, là où nos prédécesseurs se sont concentrés sur ce qui les éloigne.
Nous possédons par exemple des langues diverses, mais dont certaines sont communes, c’est sur ce genre de choses que nous devrions nous concentrer, c’est sur ce genre de similitudes que nous pourrons forger dans le futur un lien qui ne sera plus basé sur la méfiance mais sur la tolérance. Il va de soi que le chemin sera long, que nous ne pourrons éviter les embûches, mais pour quelle raison devrions-nous renoncer, quel obstacle pourrait être assez insurmontable quand on fait le choix des fleurs plutôt que celui des canons.
Nous savons que la Westalia aura probablement des choses dont elle souhaitera discuter avec l’Empire avant d’envisager tout autre avenir, nous y serons favorables car, comme vous vous en doutez, nous aussi nous avons ce besoin-là. Mais je tiens à réitérer mes paroles, si ces discussions doivent avoir lieu, elles auront lieu d’égal à égal et selon le code d’honneur de nos pères fondateurs. Nous ne saurions manquer de respect à ceux qui, comme nous, font le choix de la raison et non celui de la passion.
Veuillez croire, Excellence, en l’expression de mes plus hautes considérations.
Fernanda Ostriche Verdi
Impératrice du second Empire de Stérus
