31/12/2020
12:05:39
Index du forum Continents Eurysie Catholagne

Activités étrangères en Catholagne - Page 10

Voir fiche pays Voir sur la carte
290
Votre Éminence Lavaux,

La récente bulle pontificale ne vous à évidemment pas échappé.
Cette décision que l'on ne peut que saluer nous invite à nous réunir pour discuter des procédures à suivre et de la manière dont nous allons nous occuper de cette situation.

Gusztáv Gergő, Secrétaire chargé de la Justice ecclésiastique
1637
ghhĥbjg
Les impériaux excommuniés
Émission diffusé le 16_08_2020
C'est officiel, seulement quelques jours après son arrivée à la tête du Saint-Siège, le pape Stefano III vient de ratifier une bulle pontificale qui excommunie le culte impérial de l'Église de Catholagne.

Cette décision à évidemment un écho tout particulier en Petite Brann, notre nation est divisée entre catholans et impériaux depuis des siècles et cette bulle pontificale est peut être le début d'une période de tension religieuse inédite.

En réponse à cette bulle, le Conseil des Cardinaux (un des organes politiques de Petite Brann qui rassemble les cardinaux catholans et les reichbishofs impériaux.
Cette session du Conseil doit déterminer la marche à suivre.
L'objectif est de garantir la stabilité religieuse du pays.

Néanmoins, on peut se poser des questions sur le contenu de cette bulle pontificale.
En effet, si l’excommunication se rapproche plus d'un schisme, cela ne devrait pas poser de problèmes puisque en Petite Brann, les deux mouvements sont déjà bien séparés.
Sauf que ça n'est pas le cas puisque dans cette bulle, le Saint-Siège réclame les biens de l'Eglise Kaulthe ainsi qu'une demande de pardon.
Pour les impériaux brann, ces mesures sont inacceptables.
L'emblème de cette mesure et des tensions qu'elle peut causer est la Cathédrale Karl II à Syltrua.
Construit par des impériaux pour des impériaux, peut sont ce prêt à à céder aux catholans.
Ce sont pour ces raisons que le Conseil des Cardinaux s'est réuni.
ghhĥbjg
La Cathédrale Karl II

Du côté du gouvernement, la présidente brann à appelé au calme.
La présidente assure que le gouvernement surveille la situation de près et se prépare à maintenir la paix.

Nul doute que la situation va être à suivre de près dans les prochains jours.
Notamment pour ce qui est de la réponse de Karl IV qui impactera la réponse des impériaux branns à cette situation inédite dans l'histoire brann.
1452
Johannes Nikolaus Olfstein
«Son éminence le Cardinal Johannes Nikolaus Olfstein»

AlinéaMoi, Johannes Nikolaus Olfstein, membre parmi les sept cardinaux de l'Eglise Catholique Kartienne, réclame l'attention de l'ensemble des fidèles catholiques de notre monde, car ce dernier se voit perverti ! La tête du nouveau Saint Siège a été vilement profanée ! C'est la corruption qui sévit tel le serpent des premiers jours !

Moi, j'accuse ! J'accuse notre actuel pape, Stefano III, d'avoir saisi la tablette des sept pêchés capitaux, dont le plus évident demeure le pêché d'avarice et de cupidité. Son amour désordonné, fait de pouvoir et d'argent, l'a aveuglé jusqu'à la corruption des plus éminents membres de nos institutions. J'accuse Stefano III d'avoir truqué, corrompu et faussé les élections du conclave.

Je réclame, en conséquence, la déchéance immédiate de Stefano III, redevenant par cet acte Giovanni Spinelli.

Ou bien, si peut-être ce propos ne vient pas à convaincre suffisamment, je réclame le déroulement d'enquêtes approfondies autour du Saint Siège afin de laver de tout soupçon sieur Giovanni Spinelli. Cette enquête se doit d'être opérée par des acteurs et des agents multiples dont la parole est assurée, mais également sous la suspension des pouvoirs papaux.

Que ma parole soit entendue, ou bien que mes fonctions me soient dorénavant retirées faute de pouvoir adhérer à un système juste et honnête. Et comme le dit Osée dans le chapitre 8 verset 7 des saintes écritures: "Puisqu'ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête".

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Cette déclaration est suivie de la publication de la tentative de corruption de Giovanni Spinelli auprès des cardinaux Kartiens.

https://zupimages.net/up/26/38/9ee6.png
675
🎅🏽S.E. Afaghani Pasha, Grand Vizir @portesplendide

J'adresse mes félicitations au Vénérable @cardinalespinelli pour son élection en tant que nouveau Pape de l'Eglise. Le conclave a parlé, et en un temps Voir plusrecord. Je formule le voeu que son pontificat soit celui du rapprochement des religions et de l'apaisement, de la résolution des conflits et de la protection des dons de Dieu : la nature, la vie humaine, le sens du sacré. L'Azur et l'Eglise de Catholagne sont des partenaires essentiels pour assurer l'unité de l'Humanité à travers un dialogue interreligieux sincère, respectueux et uni sur des valeurs communes. Que nulle menace extérieure ne fasse dévier notre confluence ! S.E. Afaghani Pasha

https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQTxxG_sqgZgYU05YrzpXloLOmJhu_N0l6tfdQM44Yzqw&s=10
994💬 44k❤️ 7k♻️
3179

" La Foi mal-placée est signe de Faiblesse.
La Foi mal-placée est signe d'Hérésie.
La Foi mal-placée est signe de Damnation. "


Les jeunes soeurs du très pieu Ordre Militaire et Hospitalier de Notre Dame du Coeur Sanglant, se préparant à aller demander aux prêtres de l'Hérésie Kaulthique de ployer le genou devant sa Sainteté Stefano III


alinéaIl n'avait fallu que quelques jours à sa Sainteté nouvellement élue Stefano III - ou Étienne III dans sa variante francophone - pour prononcer sa toute première excommunication à l'endroit du Culte Impérial Kaulthe. Il n'avait pas fallu plus longtemps pour que la nouvelle ne se répande au sein de l'Ordre Militaire et Hospitalier de Notre Dame du Coeur Sanglant. Avec leur enthousiasme caractéristique et au mépris de leur hiérarchie, les plus jeunes soeurs et les novices d'Icamie se sont précipitées dans les temples kaulthiques et partout où l'on pouvait trouver les officiants kaulthiques.

alinéaAu vu de la propension à la violence armée en Icamie et ayant de l'expérience avec le recours systématique aux armes à feu des Volignonais.e.s, elles n'ont pas voulu prendre de risque et sont donc sorties intégralement équipées pour ne pas être prises au dépourvu. Aucune violence n'est cependant à déplorer pour le moment, les Kaulthes étant bien plus paisibles que les ranchers makotans. Pour autant, le spectacle de nonnes de l'Ordre se déplacant pour des actions "offensives" préoccupe l'opinion publique, les réseaux et les autorités politiques icamiennes qui voient d'un mauvais oeil la recrudescence d'une potentielle violence religieuse, fût-elle entre chrétiens : le "siège" d'un commissariat à Marianópolis fait en particulier parler de lui, avec un groupe de nonnes campant devant le bâtiment en attendant qu'un prêtre kaulthe s'y étant réfugié se rende.

alinéaAlors que les relations avec le monde protestant sont exécrables pour la République Fédérative d'Icamie, la présidente Kawashima craint d'avoir à gérer en plus de cela les Catholans. Il se murmure que le gouvernement fédéral, en dépit de son attitude ordinairement laxiste avec les religions et malgré la situation économique catastrophique qui l'occupe en ce moment, pourrait prendre des actions concrètes.

alinéaDe leur côté, les soeurs de l'Ordre du Coeur Sanglant livrent avec enthousiasme les hérétiques aux mains des diacres nommés par le Saint-Siège afin qu'ils puissent être pris en charge par les autorités compétentes et ramenés dans le droit chemin du Christ. Elles ne manquent pas également de se servir de l'aide qu'elles apportent comme d'une preuve de plus que leur Ordre devrait être reconnu pour son importance par Sancte, notamment en nommant leur Grande Abbesse au rôle actuellement occupé par Soeur Elisa des Chapardeuses.

En Icamie, les nonnes de l'Ordre Militant de Notre Dame du Coeur Sanglant prennent les armes pour marcher contre les temples Kaulthiques. A la suite de la proclamation de l'Excommunication des prêtres officiant selon l'Hérésie Kaulthique, l'enthousiasme des jeunes soeurs de l'Ordre a pris le pas sur leur hiérarchie, comme c'est de plus en plus souvent le cas avec l'élan volontariste de Sa Sainteté.

Elles ne sont pas encore violentes, mais elles pénètrent dans les temples et dans les domiciles des ecclésiastiques Kaulthiques identifiés en Icamie pour leur intimer l'ordre de se rendre et, en cas de nécessité, pour les escorter dans les mains des diacres nommés par le Saint-Siège.

Il est également à noter que dans leur zèle, elles demandent aux diacres de glisser un mot à leurs supérieurs ecclésiastiques pour le remplacement de Soeur Elisa des Chapardeuses par la Grande Abbesse Maria Leonor de Viseu du Coeur Sanglant au sein du gouvernement apostolique.
4541
Cardinal Bernard Lavaux, chargé des relations avec les sectes chrétiennes. // Charles de Guise, Cardinal de Lorraine et archevêque de Reims, portrait du Greco.

Excommunication des Kaulthes, l’Ordre de Saint-Jérôme d’Antérinie réagit.
« Brûlez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

- « Éminence ! Ils ont excommunié les Kaulthes ! Nous allons pouvoir nous mettre au travail ! » cria un jeune prêtre exultant de joie à l’idée de pouvoir enfin donner un coup de pied dans cette fourmilière grouillant d’hérétiques, de coquins et de païens se drapant dans la Sainte toge du Christ. Une joie malsaine s’était emparée de l’Église antérinienne toute entière, si pour l’heure les Luthériens, les Calvinistes, les Baptistes, les Anabaptistes, les Evangélistes et les autres sectes ne sont pas encore concernées par ces mesures, les élites cléricales attendaient avec impatience que le Pape prenne à bras le corps la question et qu’il l’impose au reste de l’Église : que faire de ces sectes ?

- « Pas trop tôt ! Commencez à rédiger les actes d’inculpation, nous avons du pain sur la planche mon frère ! » répondit un cardinal rayonnant, presque détendu, malgré ses airs rigides de fonctionnaire.

- « Mais c’est pas le département de la justice ecclésiastique qui s’en charge ? » répondit intrigué le prêtre.

- « C’est vrai ça, attendez que je relise mes prérogatives, Stefano a tout chamboulé avec ses réformes ; il aurait dû faire un commandement centralisé de la question des hérétiques plutot qu’un ensemble de secrétariats et de congrégations religieuses distinctes… Oh je ne m’y retrouve plus ! Foutues réformes ! Ah voilà, notre congrégation est chargée des relations avec les autres religions… C’est vague… Vous savez ce que ça veut dire mon frère ? », le cardinal était étonné, et même déçu par l’organisation toute velsnienne de ce gouvernement ; des prérogatives très larges en théorie, mais en réalité extrêmement réduites ; l’une comme l’autre elles empiètent sur les autres services écclésiastiques, un véritable bazar azuréen où il est difficile de dire clairement « qui fait quoi »… Voire même ; « qui est qui ».

- « Peut-être qu’il entend par là que vous exécutiez les décisions du Saint-Père et que vous tournez vos efforts vers les sectes protestantes… » répondit son interlocuteur, lui aussi perdu.

- « Vous pensez sérieusement que Sa Sainteté m’a nommé là pour que je condamne avec force et vigueur les personnes qu’elle a déjà condamné ? Pour qui me prenez-vous ? Pour un imbécile ? »

- « Vous avez raison Éminence… Maintenant que vous le dites, c’est vrai que c’est bizarre... »

- « Je l’ai constaté… »

- « Il veut peut-être dire par là que vous êtes un exécuteur de la volonté papale, que vous agissez sur le terrain en son nom et selon ses directives… Vous savez, j’ai un peu étudié le droit à Saint-Jérôme, à Antrania, et bien on dit que dans une affaire judiciaire il y a trois personnalités ; le juge, le procureur et le bourreau. Dans ce cas, Sa Sainteté est le procureur, le chargé de justice ecclésiastique représente le juge, tandis que nous sommes le bourreau, c’est à dire que c’est à nous de transféré les prévenus devant la justice, de monter un dossier solide contre ces derniers, et, si la justice a tranché, nous allons devoir exécuter la sentence… »

- « Pour une fois ce que vous dites n’est pas dénué d’intérêt… Après, c’est un système bien compliqué que Sa Sainteté nous a pondu, je ne sais pas vraiment s’il espérait que nous serions efficace avec un tel bazar… Mais en théorie ça signifie que nous sommes les responsables des actions des Soeurs de Notre Dame du Coeur Sanglant… Vous en êtes certain ? Et puis, c’est pas le rôle de la justice de fournir un dossier d’accusation ? Ça me donne mal au crâne toutes ces théories et cette bureaucratie pontificale… Alors qu’il aurait simplement fallu créer le Saint Office de l’Inquisition pour qu’on puisse agir plus librement… Sinon, c’est tout ? »

- « Non Éminence, les Soeur du Coeur Sanglant vont nous envoyer des prisonniers faits en Icamie… Ce sont les prêtres kaulthes, on va devoir les loger, puis les juger… »

- « Un défi logistique immense… Bon, faites savoir à Monseigneur Juan que j’ai besoin de fonds pour une prison à Saint Sébastien… On va recevoir du monde et nous avons besoin du plus de places possibles. Contactez les États frontaliers et proposez-leur un concordat ou je ne sais pas quoi mais je veux faire de cette île une prison dont on ne sort pas ! Je veux aussi que l’on contacte les personnes chargées de la définition du Dogme et les juges écclésiastiques, je veux leur avis sur une fusion de ces trois organes pour permettre une meilleure coordination entre nos services… D’ailleurs, je veux que l’on contacte Soeur Marie-Léonore, je veux savoir comment elle compte appliquer la décision d’excommunication des païens en Icamie et si on peut l’employer dans d’autres États, au Moranza par exemple… » La machine que Spinelli avait réveillé commençait à se mettre en branle.

- « Monseigneur, celui qui est en charge de la Justice ecclésiastique nous a contacté, il nous demande un rendez-vous pour que vous en discutiez avec lui, cela concerne principalement la procédure juridique à mettre en place et son exécution… »

- « Bien, je lui répondrai personnellement, c’est qui déjà ? »

- « Son Éminence Gustave Gergő, un hunyak si j’en crois mes fiches… Vous savez ce petit pays perdu au milieu de nul part dont les habitants parlent une langue héritée des hommes de Néndertal… »

- « S’ils ont existé… » ne put s’empêcher d’ajouter le cardinal.

- « Évidemment Éminence. »
4116
CARNAVALE MATIN

Vers une visite du Pape Stefano III à Carnavale ?
La communauté catholane carnavalaise se réjouit des rumeurs
19/08/2020
Vers une visite du Pape Stefano III à Carnavale ? La communauté catholane carnavalaise se réjouit des rumeurs

Déçue de n’être encore une fois pas parvenu à faire élire son candidat au trône de Saint-Pierre, la communauté catholane carnavalaise a trouvé matière à consolation dans la rumeur d’une possible visite du nouveau Pape à Carnavale. Ce serait une première depuis la catastrophe de la visite en 1865 du Pape Benoit IX, qui avait été assassiné dans son lit par une vipère. On ignore encore à ce jour qui l’avait glissée dans les draps, mais aucun Pape n’avait depuis osé fouler le sol de la Principauté.

Une bonne nouvelle pour Carnavale, donc, qui traverse l’une des pires crises de foi de son histoire depuis l’échec de l’Armageddon’t. Cette nuit sanglante qui a vu s’affronter lucifériens et catholans s’était soldé par des suicides massifs au sein de la communauté des fidèles et avait profondément bouleversé les rapports de forces internes à la Principauté. Autrefois notoirement catholane et dominée par une noblesse pieuse et généreuse avec l’Église, la chute de la maison Obéron a profondément fragilisé la place de la religion dans le paysage politique carnavalais.

Sous l'influence de la Banque Princière Castelage qui a signé des accords avec le Grand Kah, plusieurs lois ont ainsi d'ores et déjà été abolies, notamment celles concernant la pénalisation du blasphème ou la discrimination contre les religions minoritaires. La Principauté s'est laïcisé dès la chute du clan Obéron et de sa noblesse, bras armés de la foi et désormais six pieds sous terre. L'influence des prêtres a également diminué dans la rue, où plusieurs des quartiers sont passés sous le contrôle d'autres acteurs, lucifériens, sectateurs, mafias, ou directement de la police.

Sur les cendres des millénarismes déçus, c’est le luciférisme athée qui s’est imposé comme une alternative pour les peuples en quête de sens. Si la noire Eglise est encore loin de faire l’unanimité, ses succès en Kabalie rouge où elle a pris le pouvoir à la place des colons catholans témoignent cependant d’un mouvement en forte dynamique, notamment au sein des couches les plus populaires de la population.

Face aux promesses du technosolutionnisme et du transhumanisme triomphant, l’Église de Carnavale doit se réinventer. Mais en a-t-elle les ressources ? Et quel chemin prendre ? Entre retour aux sources et fuite en avant, deux chemins se dessinent devant elle, chacun encouragé par différents magnats de l’économie.

Ludivine Enfant, connue pour être la seule femme à avoir été évêque et pour sa radiation de la liste des candidats au trône de Saint Pierre, est le visage d’un culte rajeuni, plus moderne et ambitieux, mais qui ne renonce pas pour autant à ses valeurs. « On peut pleinement embrasser l’essor technologique et social sans pour autant renoncer à marcher dans les pas du Christ » nous dit-elle. « Dieu est de toute éternité, Il est le passé, le présent et l’avenir. Nous ne devons pas craindre le futur car les bouleversement du monde font partie de Son plan. »

Mais si la cardinale a remporté quelques succès auprès de ses pairs, elle ne fait pas pour autant l’unanimité. Des franges plus rigoristes plaident, de leur côté, pour un retour à l’austérité des premiers catholans et interprète l’échec du millénarisme comme dû à un manque de rigueur dans la prière et dans l’ascèse.

Des croyants qui se cherchent… au risque de se perdre. Le retour des religieux les plus intégristes de Kabalie rouge aura aussi contribué à bousculer le tissu social catholan, fait de petites notabilités locales, de cooptation et de services rendus entre fidèles. Ce sont aujourd’hui de vastes masses déracinées et en quête de chefs spirituels qui hantent le quartier des phalanstères, où le milliardaire Octobre Diabledhomme tente de pourvoir à leurs besoins.

La visite d’un Pape, même non-Carnavalais, pourrait être une opportunité pour l’Église à Carnavale de retrouver un nouveau souffle. Nul doute que les prêches trouveront à cette occasion un écho particulier et que chacun y verra un espace pour faire valoir sa vision de la foi et de l’avenir de la religion. Stephano III pourrait-il aider à régler la crise de confiance qui mine la communauté catholane carnavalaise ? Ce serait en tout cas un grand défi, car les religieux carnavalais font partie des groupes les plus intolérants à l’égard de l’étranger. Mais le prestige de la fonction pontifical, lui, est important, et si Carnavale ne règle pas à cette occasion ses questions existentielles, ce sera au moins l’occasion de trinquer autour d’un verre de vin de messe et d’une ostie au camembert.


Un article signé Philippe Pine.

Mieux fois deux fois qu'une
Rencontrez nos prêtes mixologues pour trouver le syncrétisme qu'il vous faut

6680
Victoire !

Après la victoire, ou plutôt l’intronisation du Pape Stefano III à la tête de la papauté par l'ensemble du collège cardinalice selon la volonté de Dieu, son tout nouvellement nommé Vice-Chancelier Apostolique Pablo Leóndorado avait décidé d'organiser une petite fête entre amis pour célébrer l'élection du nouveau Vicaire de Saint-Pierre, histoire de remercier le Seigneur pour la bonne inspiration qu'Il a procuré aux membres du Conclave. C'est pourquoi le réfectoire de la résidence pontificale où se réunissaient les cardinaux pendant leur isolement du reste du monde avait été privatisé pour la soirée par la délégation sueñoleja, présidée par le Vice-Chancelier et son vicaire Gerardo et composée de l'ensemble des cardinaux sueñolejos, à l'exception de ce connard de José Acero qui avait refusé de faire comme tout le monde et préféré soutenir Paul Ignicius au second tour.

Toutes les tables furent bien sûr déplacées par les gardes polks exploités pour l'occasion, et dont c'est par ailleurs la dernière mission au service de la papauté avant la dissolution prochaine de l'unité, afin de former une double ligne à l’extrémité de laquelle le premier conseiller de Catholagne s'assit comme un monarque. Pablo se leva de sa chaise pour être bien entendu de ses compatriotes et prit la parole d'une voie claire et puissante :

On a gagné ! Avec Stefano III, la Catholagne va enfin reprendre la place qui lui revient dans le monde !

Bien dit ! Enfin un Pape qui a les couilles de rompre avec la passivité de ses prédécesseurs pour agir contre les hérétiques et les curés schismatiques !

Tuons les simoniaques et reprenons nos fidèles !

Allons mes frères, n'oublions pas que le message du Christ était un message de paix et d'amour et que, tant que ces brebis égarées peuvent être ramenées dans le troupeau par le dialogue et la raison, il nous est inutile d'envoyer les chiens.

Mais si les bergers du Diable continuent à les retenir contre leur gré en dehors de leur Église, alors il nous faudra faire preuve de la plus ferme fermeté : la soumission au vrai Pape ou l'excommunication !

C'est la volonté de Dieu que d'unir notre Église.

Mais, est-on certain que Spinelli soit réellement l'homme qu'il nous faut pour ramener les parpaillots et les orientaux dans le droit giron de la Sainte Rhême ? Après tout, c'est un pédé refoulé qui milite pour le concubinage des clercs et l'intégration des femmes dans les saintes fonctions. N'est-il point un peu hérétique sur les bords ?

Pas un pédé : un progressiste.

Je préfère mille fois un pédé refoulé qui agit pour la gloire de Dieu, le Christ et les chrétiens à un pape refoulé qui passe tout son pontificat à s'enfermer chez lui plutôt qu'à servir les fidèles et ceux qui lui ont fait suffisamment confiance pour lui offrir la Catholagne.

Une véritable tragédie cet Augustin...

Avec Spinelli, nous avons le pouvoir de redessiner la Chrétienté à notre image et à travers elle de rendre le monde à Dieu !

Tant que nous modérons ces déviances wokistes, bien sûr. Vous avez écouté son discours d'investiture l'autre jour ? Comment il parle de donner plus de visibilité et de reconnaissance aux LGBTmonQ et aux greluches ?

J'ai entendu, oui... J'étais juste derrière lui à ce moment et je te jure devant le Seigneur que j'avais envie de souffler pendant toute sa tirade. Sans mentir, si je n'avais pas retenu ma respiration, sa mitre se serait envolée aux quatre vents jusqu'en Yözidie ! Enfin bon, au moins le bon peuple a eu l'air d'apprécier et je ne regrette absolument pas mon vote. C'était le meilleur choix.

Absolument, avec lui la Chrétienté sera sauvée.

Et surtout, il était le seul candidat assez pourri pour nommer Pablo Vice-Chancelier Apostolique, ah ah !

Ah ah ! Je l'avoue et je m'en repens ! Mais, s'il-te-plait mon frère, dit moi simplement Chancelier : je trouve que le terme de "vice" ne me sied guère, ah ah ah !!!

Excuse-moi, frère vertueux. On ne m'y reprendra plus à faire cette erreur, ah ah !

C'est quoi ça, Chancelier Apostolique ?

C'est un nouveau poste que Giovanni a créé spécialement pour moi.

Tu le mérites, Pablo.

Et donc ? Ça consiste en quoi ?

Je sais pas trop... Je crois que je suis sensé être le premier conseiller du Pape et le co-président du gouvernement et je suis chargé de coordonner les pouvoirs spirituels et laïcs. Quelque chose comme ça...

En gros, t'es le putain de Roi de Catholagne ! Tope là mon Pablo !

Poignée de mains virile.

Stefano a déjà formé son gouvernement ?

Oh oui. Il est actif le bougre. T'as pas vu qu'il avait déjà levé l'obligation de dire la messe en latin ?

Mais non ?! Je savais même pas qu'on était sensés la faire en latin !

Depuis 2011, oui. Tu as été hérétique pendant neuf ans, frère.

Merde, faut que j'aille me faire confesser !

Dieu te pardonne, mon fils.

Au fait, quelqu'un sait où est Acero ?

Ce connard arrogant qui se croit supérieur à voter différemment que nous ? Aucune idée, il peut très bien aller se faire foutre en Enfer pour ce que j'en ai à faire.

Je crois qu'il est au synode.

Il y'a déjà un synode d'ouvert ?

Sur quel sujet ?

Le mariage des prêtres il me semble.

Bordel de merde...

Que Dieu nous vienne en aide.

Seigneur, pardonnez-le, il ne sait pas ce qu'il fait.

Voilà pourquoi il faut que nous restions vigilants, les gars. Soutenez Stefano pour ce qui concerne la politique extérieure et l'influence de l'Église Catholane dans le monde mais faites tout ce que vous pouvez pour lui mettre des bâtons dans les roues pour ce qui touche à ce type de déviance morale. D'accord ?

C'est entendu.

Il en va du Salut de notre religion.

De toute façon, même si le pontife commet des erreurs de ce genre, ne pourras-tu pas les... corriger lorsque tu seras élu Pape dans quelques années.

Si, bien sûr, mais quel chaos il aura eu le temps de provoquer avant ça ? Et de quoi aurons-nous l'air si nous rétropédalons sur toutes les décisions supposées éclairées par Dieu de notre prédécesseur ? Non, il faut empêcher ces réformes aberrantes ici et maintenant !

En tout cas, erreur ou pas erreur, il a fait plus en une semaine que le dernier pape en quatre années de pontificat.

Cet Augustin, une véritable tragédie...

Au fait, Monseigneur Leóndorado, avec votre nouveau travail ici, en Catholagne, vous risquez de ne pas avoir le temps de vous consacrer à votre Évêché de Sueñoleja la Ciudad. Surtout si vous devez surveiller un ecclésiaste hyperactif comme semble l'être Giovanni Spinelli.

Ah oui, mince, c'est vrai... Bon, Gerardo, tu sais quoi ? Je te nomme évêque SUPPLÉANT en charge de mon évêché le temps de mon absence. C'est d'accord ?

Bien sûr, Monseigneur ! C'est avec honneur que j'accepte de m'enquérir de cette tâche que vous me conf-

Ouais, ouais, c'est ça, ta gueule. Allez casse-toi maintenant.

Bon, c'est pas tout ça mais on a faim nous !

Ne t'inquiète pas pour ton estomac, frère, le Christ va multiplier le pain et le vin pour nous. SERVEUUUURS !!! QUAND C'EST QU'IL ARRIVE CE PUTAIN DE REPAS !!!

Une colonne de serveurs arrivent portant des dizaines de plats de viande, de pâtes et de bière.

N'oubliez-pas : soutenez Stefano III pour tout ce qui touche à la domination de la Catholagne et du Christianisme mais ne lui laissez pas une miette de ses réformes sociales. C'est vrai quoi, on est l'Église Catholique Apostolique et Rhêmienne, pas le cours magistral d'études de genres de l'Université de Manticore ! On a une image à préserver nous !

Bien dit !

C'est tellement vrai...

Ça fait beaucoup à manger. Qui c'est qui paye ?

À ton avis ? C'est notre bonne et généreuse Mère l'Église. Après tout, on a gagné, elle est à nous maintenant !

Et alors débuta une abominable orgie que même les vieux empereurs de la Rhême antique auraient vu comme barbare et décadente. Les côtes de bœuf glissaient lentement dans les œsophages, les jambons emplissaient les estomacs à les en faire craquer et les poulets étaient goulûment engloutis jusqu'à l’écœurement. Le vin de messe coula longtemps ce soir là et très tard dans la nuit jusqu'à ce que plus personne ne reste assez sobre pour tenir une bouteille.

Personne ne pouvait les juger : ils étaient chez eux, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient de leur maison à présent.
3108

La quête de reconnaissance des nonnes de Notre Dame du Cœur Sanglant et de Notre Dame du Martyr pour une vie passée au service des plus démunis

Le Coeur Sanglant, c'est aussi des retraités. Dingue, non ?


alinéaDes ordres monacaux icamiens, on avait surtout vu émerger avec l'élection au poste de Vicaire du Christ l'Ordre de Notre Dame du Coeur Sanglant, et en particulier de son ordre militant. Un ordre militant supposé exclusivement destiné à défendre les hôpitaux, les soupes populaires et autres lieux de charité animés par les ordres icamiens, mais qui s'était, à la faveur de la ferveur des plus jeunes de leurs membres, illustré dans des "arrestations citoyennes" de prêtres hérétiques en Icamie.

alinéaRésumer la seule activité des ordres icamiens à des activités où la violence entrait en ligne de compte était une réduction particulièrement grossière de leur apport à la vie civile de l'Icamie rurale et périphérique, ainsi que des nombreuses zones sinistrées et en guerre où les ordres icamiens pouvaient intervenir. C'était en effet par la charité chrétienne, l'éducation et les soins auprès des plus démunis que ces ordres s'étaient tout d'abord fait connaître et reconnaître. En Icamie comme dans de nombreux autres pays du monde, le tissu associatif dans les favelas était en effet très proche des milieux catholans et de nombreux dispensaires, écoles, cuisines de quartier et hôpitaux étaient tenus et animés par des Ordres comme la branche hospitalière du Coeur Sanglant, ou celui de Notre Dame du Martyr.

alinéaC'est pour cela qu'après l'engouement des plus jeunes, c'est maintenant au tour des nonnes plus âgées, accompagnées de quelques chanoinesses et d'une poignée d'abbesses de venir se rendre en procession au Saint-Siège pour présenter à leur tour une pétition, plus structurée et réfléchie, celle-ci - après celle demandant l'entrée de Maria Leonor de Viseu au gouvernement pontifical -. Avec le soutien de leur Grande Abbesse - cette même Maria Leonor de Viseu - et de nombreux représentants de l'église d'Icamie, la délégation vénérable - dont plusieurs vétéranes de la guerre d'indépendance gardant leur passeport listonien, par ailleurs - dont la moyenne d'âge approche les 80 ans demande la reconnaissance des Ordres Monastiques Icamiens, incluant l'Ordre Hospitalier et Militaire de Notre Dame du Coeur Sanglant (dont la fonction reste supposément principalement le soutien aux populations) et celui, uniquement humanitaire, de Notre Dame du Martyr. Plusieurs autres ordres mineurs sont nommés, parmi lesquels ceux voués par exemple à la préservation des reliques et lieux saints historique de la Costa de Cobre ou ceux voués à l'éducation des jeunes dans les écoles catholanes privées.

alinéaIl va sans dire qu'une telle délégation est très influente, et que le soutien de celle-ci pèserait pour beaucoup pour aider à l'ouverture d'une branche icamienne des Chapardeurs ...

Les nonnes reviennent !

Cette fois-ci, c'est une délégation de vieilles nonnes et de hautes dignitaires des différents ordres monastiques icamiens qui se rendent en Catholagne avec la volonté de transmettre une pétition pour demander à Sa Sainteté Stefano III de reconnaître les différents ordres monastiques d'Icamie officiellement pour leur rôle indispensable à l'assistance aux plus démunis et à la diffusion et préservation du christanisme catholan en Icamie.

Contrairement aux jeunes, celles-ci ont également d'autres cartes à faire valoir que leurs flingues ou leur ferveur ... Et il n'y a pas à douter qu'il serait quasiment impossible pour les Chapardeurs de s'implanter sereinement en Icamie sans s'assurer de leur influent soutien.
10558
Avant le retour à Lac-Rouge.

Chambre voûtée dans la résidence épiscopale. Des valises à moitié pleines sur les lits défaits. et une odeur d’encens froid et de café, et l'aube grise de Sancte qui filtre à travers les persiennes closes. Quatre hommes. Soutanes sombres, ceintures écarlates desserrées. Les évêques kah-tanais du Grand Kah. L'élite progressiste de l'Église.

Maki Victor, qui est très vieux. Sylvain Cuicapalli, lui porte une tasse de café. Diego Xocoyotzin. Plus jeune. Traits tirés par l'insomnie. Hanari Keisuke, assis, tapotant l'écran d’un téléphone.

Le conclave est terminé et la fumée blanche s’est pleinement dissipée dans l’air. Maki jette sa calotte pourpre sur le lit défait.

– Habemus Papam, dit Diego, la voix pleine de fiel.
– Ne blasphème pas.
– Stefano III. "L'Honnête". C'est une insulte à l'intelligence de chaque fidèle.
– Plus le mensonge est gros, mieux il passe. Tu as entendu la réaction des gens sur la place ?
– Et tout ça pour un progressiste ! C'est inespéré.

Hanari lève un doigt.

– L'organigramme de la Curie vient de tomber sur les canaux officiels, ils ne perdent pas de temps.
– Fais-nous l'inventaire.
– Qu'on voit l'ampleur des dégâts.
– C'est une OPA hostile. Spinoza à la Rationalisation de la foi. Anseri aux Causes des Saints. Mario Gritti au Clergé séculier. Barbaro aux Réguliers. Sœur Elisa à l'Inclusion des femmes.
– J'en connais pas un seul.
– Que des Velsniens, dit Sylvain.

Son ton est impassible. Il est dans une rage folle.

– Que des moines chapardeurs de l'Ordre de San Stefano, corrige Diego, qui lui les connaît. Le conseil d'administration du Saint-Siège est aux mains de la mafia velsnienne.
– Et le reste du gâteau ? dit Maki. Les alliances de circonstance ?
– Le poste de Vice-chancelier apostolique vient d'être créé – sur mesure – Pour Pablo Leóndorado, de la Costa Sueñoleja.
– Trente-huit voix achetées en un seul bloc, au moins on connaît leur prix maintenant. Ensuite ? La banque ?
– Une triumvirat. Ariztegui, le Youslève. Grégoire "le fourbe" – un chapardeur, si le nom ne l'indiquait pas déjà. Et Juan de Làsàre. Un Hernandien, lui, c'est ça ?
– C'est ça.
– C'est où, ça, déjà...
– Làsàre... dit Diego. Il se prend la tête entre les mains.
– Tu ne l'apprécie pas, note Maki.
– Ils ont littéralement revendu le temple aux marchands.
– Qui a une ceinture ?
– Ma fille a ces trucs, énormes, avec des clous.
– Elle est a Sancte ?
– Penses-tu.
– Je crois qu'il faudra plus qu'une ceinture pour chasser ces marchands là.

Un silence. Le bruit de la rue remonte faiblement jusqu'aux fenêtres. Les cloches sonnent encore, à la volée.

– Nous l'avons fait pour la survie de la doctrine, propose l'un d'eux Maki.

La voix est dure, mais son regard fuit.

– Laquelle ? Celle de l'Évangile ou celle des valises de billets qui circulaient dans les archives pontificales ?
– Les deux devaient converger, Diego. C'était la seule équation possible.
– Pourquoi est-ce que nous faisons tous comme si nous avions le choix ? Suis-je le seul à me souvenir des circonstances ?
– Raison de plus.

Hanari pianote encore un peu.

– Écoutez donc. Les dépêches du Bureau de presse viennent de relayer les annonces pour le Synode à venir et les premières Bulles. C'est exactement ce qu'il nous avait promis à Axis Mundis. À la virgule près.
– Lis, dit Sylvain.
– Fin de la bulle de 2011 sur la messe tridentine. Retour officiel à la langue vernaculaire. Débat ouvert pour la fin du célibat des prêtres. Pleine intégration des femmes dans la structure ecclésiale. Et, texte en préparation, l'élargissement de la bénédiction aux unions de même sexe. La décriminalisation de l'homosexualité dans le dogme..
– Le Grand Chelem, dit Sylvain.

Il boit une gorgée de café.

– Nous voulions un progressiste pour faire entrer l'Église dans le siècle, nous avons le plus radical que puisse tolérer cette vieille île et ses vieux principes.

Diego se lève brusquement.

– Mais alors ? Spinelli a littéralement acheté ce conclave ! Et regardez ce qu'ils font de la justice ecclésiastique ! Olfstein, il vient d'être défroqué et mis en examen pour avoir osé dénoncer la simonie en mondovision ! On devrait tous l'imiter !
– Olfstein était un idiot qui a attaqué l'infaillibilité papale de front.
– Sur le plan théologique ça porte un nom.
– Il s'est jeté sous les roues du bus.
– C'était la vérité !
– La vérité c'est un luxe de martyrs, dit Maki. Et l'Histoire lui donnera raison. Pour notre part, nous sommes ici pour sauver dix millions de fidèles kah-tanais de l'excommunication.

La respiration du vieil évêque est sifflante. Il pointe un doigt en direction de Diego.

– Anagonye aurait purgé notre clergé pour hérésie et Grésilvaudan aurait transformé la Catholagne en commandement militaire. Spinelli était la seule voie entendable, dans ces circonstances.
– La voie des égouts.
– Parfois il faut ramper pour arriver où l'on souhaite.

Sylvain s'approche.

– Le résultat est là, sur le papier. L'Église kah-tanaise obtient ce qu'elle réclame et théorise depuis des décennies. L'œcuménisme est sauvé. Le grand schisme eurysien est évité, l'Église tourne la page de son obscurantisme.
– Nous avons sciemment élu un escroc, un voleur notoire, un manipulateur cynique, pour sauver le message de charité du Christ.
– Oui, moi aussi ça me donne la nausée.
– Nous avons mis les mains dans la fange pour pouvoir nettoyer l'autel, d'accord, d'accord. Nous le savons tous très bien.

Diego fixe son regard sur la petite croix de bois accrochée au mur nu de la chambre.

– Nous sommes tous viciés, maintenant.

Bruit de porcelaine. Sylvain pose sa tasse. Lui est un peu fatigué par tout ça.

– Parle pour toi citoyen, moi je comptais déjà voter pour lui.
– Nous aurions dû faire opposition, murmure Diego. Ou dénoncer.
– Comme le kartien ?
– Il va passer devant la justice. Le Saint-Siège ne perd pas de temps.
– Une théocratie n’est pas une démocratie, coupe Maki. Je ne vois pas pourquoi il faudrait attendre la moindre transparence de cette administration.
– Tu parles comme un kah-tanais.
– Nous sommes des kah-tanais, abruti.

Un silence.

– Quelle est notre marge de manœuvre, en termes concrets ? demande Hanari.
– Absolument minime.
– Nulle, corrige Sylvain.
– Sauf si nous voulons provoquer une crise schismatique, évidemment.
– Hmhm.
– Tu es pensif, fait remarquer Diego à Maki.
– L’Église a historiquement toujours oscillé entre corruption et léthargie.
– L’outil de Dieu sur Terre…
– Selon ses propres termes.
– Et pourtant tu te réclames du catholicisme. Nous le faisons tous.
– C’est un choix pragmatique.

Maki sourit. Un rictus sans joie.

– Car l’alternative…
– Parfois je m’interroge sur ta foi, dit Diego.
– Interroge-toi sur celle du Saint Père, rétorque Maki. Et de ses "chapardeurs". Avez-vous seulement lu sa biographie officielle ? C’est une blague. Tout ça est une mauvaise blague, de A à Z.
– Oui.
– Indubitablement.
– Et comme à l’accoutumée les mauvais vont tirer un bénéfice net substantiel, et s’en tireront sans souffrance. Il faut vraiment qu’il existe un enfer, s’il n’existe aucune justice sur terre.
– Tais-toi, tu me déprimes.
– Au risque de me répéter, nous sommes des kah-tanais.
– Bon.
– Oui ?
– Il y a un sujet dont nous devons au moins nous inquiéter.
– Hmhm.
– Un de plus.
– Je suis sérieux.
– Nous t’écoutons.
– Herdonia.

Le nom flotte dans l'air de la pièce. Il a une qualité toxique. Hanari lève les yeux de son écran. Sylvain se fige. Diego fronce les sourcils.

– Le nouveau Secrétaire chargé de l’Économie, dit Maki. Toni Herdonia.
– Spinelli l'a nommé, confirme Hanari. La Curie est tombée sur la tête. Le viol programmé de la Sainte Église par les chapardeurs. Et tout le monde s’en moque.
– Toni Herdonia, répète Sylvain, incrédule. Le Velsnien.
– L'exilé velsnien, dit Maki. Banni de la Grande République.

Il se lève, s'approche de la fenêtre, écarte deux lattes de la persienne puis regarde la place, au loin.

– On parle d'un homme qui a monté un réseau de trafic d'êtres humains sous couvert de "franchises humanitaires". Qui prenait des commissions sur des paris sportifs basés sur les morts d’une guerre civile.
– Et le Wanmiri, dit Hanari, qui a toujours été le plus proche des questions nazumis. N'oublions pas le Wanmiri. Même modèle. Exploitation de la misère. Contrats de quasi-servitude maquillés en auto-entreprenariat.
– Sans oublier sa tentative de coup d'État à Velsna en 2016, dit Sylvain.

Maki arpente la chambre. L’espace d’un instant, un entend que ses pas.

– Et aujourd'hui ? Où était-il avant que Sa Sainteté ne l'appelle à Sancte ?
– À Volterra, lit Hanari sur son écran. Au service de Salvatore Lograno et de sa kleptocratie mercenaire. Herdonia y a créé le Lograno-coin.

Il hausse un sourcil, puis traduit.

– Il a vampirisé les institutions financières de la ville pour asseoir le pouvoir du tyran local.

Soupir de Diego. Il s'assoit lourdement sur son lit.

– Et c'est à cet homme que Stefano III confie les clés du coffre. Le denier de Saint-Pierre. La dîme ecclésiastique. Les actifs matériels et immatériels de deux mille ans d'histoire, les…
– Spinelli est un chapardeur, l’interrompt Sylvain. Progressisme de haut niveau, corruption de haute volée. Nous le savions tous, non ?
– Mais Herdonia n'est pas un chapardeur, insiste Maki. Herdonia est un parasite. Il méprise l'État, l’Église, notre morale, nos enjeux, et le bien commun. Il considère les impôts comme du vol et la détresse humaine comme un marché émergent.
– Pourquoi l'avoir nommé, alors ?
– Il sait comment faire disparaître des capitaux, dit simplement Sylvain ;

Regard noir de Maki. Coup de canne sur le sol. Mat.

– Inadmissible.
– Tu as voté pour Spinelli.
– J'ai voté pour l'abandon de la messe en latin. J'ai voté pour la reconnaissance des unions civiles, pour la fin du célibat des prêtres et l'ouverture aux femmes. J'ai voté pour une Église sociale, proche des syndicats et des travailleurs, et en aucun cas pour que la Curie devienne une succursale d'escrocs et de trafiquants !

Silence.

– Comment pouvons-nous prêcher la doctrine sociale de l'Église, comment pouvons-nous parler d'anticapitalisme, comment pouvons nous parler de quoi que ce soit si notre propre secrétaire à l’économie incarne l'ultralibéralisme le plus sauvage, le plus meurtrier, le plus odieux  L'Administration de la Sainte Église n'est pas une organisation criminelle. Elle n'est pas la coquille vide d'une riche famille de patriciens cherchant à évacuer ses fonds dans le plus grand secret !
– Que faisons-nous ? dit Sylvain. Olfstein a été parlé, et ils le broient. La justice ecclésiastique est aux mains de Gergő. Spinelli fait ce qu’il veut.
– Nous ne ferons pas l'erreur du Kartien, dit Maki. Nous n'attaquerons pas l'infaillibilité du Pape ou de son élection.
– Il y a de quoi.
– Nous y avons trempé.
– Avions-nous le choix ?
– C’est un autre sujet. Entièrement.
– En somme, Olfstein a été un canari.
– Pardon ?
– Les oiseaux, dans les mines.

Maki fixe Hanari.
– Nous allons exiger la transparence totale, absolue et immédiate des finances de la Sainte Église.
– Stefano III pourrait s’y opposer.
– Son nom de pape, c'est "l'Honnête". Il a bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption de l'ère précédente. S'il refuse un audit, il se parjure.
– Mais il n'acceptera jamais qu'on fouille dans ses comptes, insiste Diego.
– C’est bien dommage. Peut-être qu’il devra nous offrir un fusible.
– Ce serait appréciable.

Sylvain croise les bras.

– Bon. Alors. Dès notre retour au Grand Kah, nous mobilisons le conseil épiscopal, nous rédigeons une lettre ouverte sous la forme d’une supplique inquiète.
– Le ton de la sollicitude, oui.
– "Très Saint Père, nous craignons que des individus peu scrupuleux n'abusent de votre générosité..."
– Nous y joignons un dossier complet sur Toni Herdonia.
– Okaristan. Wanmiri. Sylva. Volterra. Preuves, témoignages, coupures de presse. Et s’il refuse ?
– Nous en faisons un sujet national. Bon. Et pour le reste, le pillage de notre Saint Siège ?
– Il faudra réclamer la création d'une commission indépendante d'audit financier. La Sainte Église doit être irréprochable. Ses finances doivent être de cristal. Les dons de nos fidèles kah-tanais ne sauraient en AUCUN CAS être associés à un criminel internationalement recherché.
– Si ça venait à arriver...
– L’Égide ?
– Ils salivent à l’idée de tremper dans cette affaire.
– Dieu nous en garde.
– Espérons.

Diegoe se racle la gorge.

– Herdonia. S’il le protège, le Pape assume son passif de trafiquant et risque le soutien de l’aile gauche de l'Église. En tout cas, à minima, ciao le soutien des syndicats et l’idée d’une Église Sociale. Spinelli perdra sa base progressiste.
– On peut espérer.
– Et s'il le lâche, l'ingénierie financière des chapardeurs s'enraye pour un temps. Nous aurons le temps de réfléchir à la suite.

Claquement de doigts de Sylvain.

– On risque gros.
– C'est la politique, dit Maki. Nous sommes des kah-tanais.
– Une fois encore.
– Et donc, nous faisons de la politique.
– Je suis ici parce que je suis un vrai croyant, moi. Je ne suis même pas communaliste.
– As-tu l’impression que quoi que ce soit, dans cette affaire, soit démocratique ?
– Pas vraiment.
– Bienvenue hors du Grand Kah, conclut Maki.

Fermeture éclair d'une valise. Un ou deux rires.
1154
Désiré Anagonye.

Allô, c'est Désiré, oui vous savez Anagonye, le cardinal marcinois... Vous avez entendu la nouvelle, ils ont nommé Herdonia aux finances, avec Juan, ce voleur... C'est pour vous comme pour moi une indignité pour l'Eglise toute entière. A titre personnel j'en suis profondément outré, l'Eglise se fait détroussé dans le silence le plus absolu, c'est véritablement terrifiant. Je ne vais pas m'attarder sur le sujet, vous comme moi vous savez qu'Herdonia est un homme dangereux qui n'a pas la moindre légitimité à gérer une des banques qui se veut la plus morale de la planète... Enfin, je crois me souvenir que son C.V s'approche plus de charges criminelles que d'une expérience professionnelle...

C'est pour cette raison que je me permet de vous contacter. Ce n'est pas contre Spinelli, enfin Stefano dit l'honnête... Je ne vous en veux pas pour vous avoir rangé derrière Spinelli, ses arguments ont le don d'être aussi convaincants que l'or... Enfin toujours est-il que mon objectif premier n'est pas la vengeance mais la préservation de notre Sainte Eglise, et je suis certain que même si le Collège antérinien est actuellement en disgrâce, je suis convaincu que voir la Fille aînée de l'Eglise s'opposer à une gestion discrétionnaire des fonds ecclésiastiques par un psychopathe notoire. Ce n'est pas une fronde, c'est simplement de la prudence, vous en conviendrez par vous-même.
1061
Citoyen-Cardinal Stephroson Kuroshi

Inutile de mâcher nos mots, mon frère, c'est un foutu scandale. Les velsniens et les escrocs font mains-basses sur l'église et s'imaginent sans doute que leur petite manœuvre avec notre frère kartien suffira à faire taire les autres. Ils ont des pratiques mafieuses, ce qui ne devrait en aucun cas nous surprendre. Tout de même ! Quarante ans au service de Dieu et je n'ai jamais vu ça ! C'est une honte.

Puisque nous en sommes à parler franchement, je vais vous dire ce qu'il en est : le collège kah-anais envisage sérieusement de couper purement et simplement l'ensemble de ses contributions au Saint Siège tant que nous ne serons pas sûrs que les dons de nos trop rares fidèles ne finissent pas dans les poches d'une bande de voyous. Il faut qu'une transparence totale, qu'une révision de la présence des "chapardeurs" au sein des nos instances, soit à l'ordre du jour. Et le fait de foutre, excusez mon langage !, ce marchand du Temple à la porte sera un bon début de la part de Sa Sainteté. Nous ne savons simplement pas encore la forme que doit prendre notre demande. Beaucoup de mes frères et sœurs sont dans une colère noire, nous envisageons presque la scission. De toute façon c'est déjà ce qu'entend, ne pratique, le retrait de nos fonds.
9915
Vasques et Baskons : frères ennemis, alliés de circonstances

Quelle n'a pas été la surprise à la rédaction de Tximeleta gorria quand Iñaki Urdapileta Salaberry Maitenaiz, rédacteur en chef et fondateur du journal, a vu arriver une lettre bien particulière dans la pile habituelle qui l'attendait chaque matin.

L'enveloppe qui l'abritait était frappée d'un sceau surmonté d'un galero rouge, signe de reconnaissance des cardinaux catholans, attisant encore plus la curiosité du rédac-chef du papillon rouge. Le contenu de celle-ci finira le travail :

Mattin Munditibarrementeria a écrit :
A l'intention d'Iñaki Urdapileta Salaberry Maitenaiz, rédacteur en chef de Tximeleta gorria :

En premier lieu, et bien que mon blason épiscopal vous ait sans doute mis sur la piste, il convient évidemment de me présenter à vous. Je suis Mattin Munditibarrementeria, évêque de Sedjan et cardinal électeur pour le dernier conclave qui vient de s'achever. Je pense que ma réputation me précède quelque peu, du moins c'est le cas en Youslévie et je ne doute pas une seule seconde qu'en tant que Baskon et homme de culture vous devez sans doute me remettre, c'est pourquoi je ne vous ferai pas spécialement plus de description sur ma personne, surtout que ce n'est pas le sujet de ma lettre.

Comme vous le savez sans doute, l’Église catholane vient d'élire un nouveau pontife. Toutefois, ce que j'ai vu de mes yeux pendant ce conclave m'a affligé au plus haut point et je ne peux tolérer la manière dont certains hommes de peu de foi ont mis à mal notre religion pour qui j'ai tant donné. Je suis donc disposé à tout vous expliquer.
Je suis presque sûr et certain que les informations que je détiens, si elles sont publiées un jour, constitueraient sans doute les plus grosses révélations de l'histoire récente, voire entière, à propos de Catholagne, soit la confession de plus de la moitié de la planète.

Si vous voulez en savoir plus, je suis disposé à rencontrer un membre de votre équipe le plus rapidement possible à Sancte, où je séjourne toujours en attendant votre réponse.

Bien à vous.


Évidemment que la rédaction était intéressée. Il y avait bien sûr la fibre journalistique qui portait la démarche et puis, on ne va pas se mentir, cette situation était particulièrement délicieuse pour les Baskons. Eux qui avaient été génocidés par les Youslèves il y a un peu d'un siècle avec l'aide de milices Vasques chrétiennes, trop heureuses de frapper sur plus faible qu'eux pour une fois, pouvaient désormais mettre en évidence la corruption latente mais jamais révélée à Sancte, le tout avec l'aide d'un cardinal Vasque. La vie était si bien faite et le destin décidément très taquin. Oui car ici il s'agit ici de destin et non de la volonté divine. C'est en tout cas l'opinion de Leza Mendiburu Olara Jimenez et de Maite Etxeberri Gorri Enekez, les deux journalistes envoyées pour l'occasion en Catholagne.

Nombreux avaient été les candidats et candidates pour embarquer dans l'avion direction Sancte mais c'étaient bien les deux femmes qui avaient été mises sur le coup. Si la présence de la première était une évidence, le choix de la seconde relevait à la fois de la surprise et d'une nécessité impérieuse. Leza Mendiburu était une journaliste émérite, spécialiste dans l'investigation. A un peu moins de soixante ans dont plus de vingt au sein du Tximeleta gorria, elle s'était imposée comme l'une des meilleures journalistes d'investigation du journal, et même du continent. Toutefois, sa région de prédilection était le monde paltoterran et elle ne parle donc pas du tout le youslève ni le fortunéen. Et comme on ne connaissait pas suffisamment le niveau du cardinal Mattin en baskon unifié, les Vasques parlant une forme différente de la langue partagée avec les baskons, il était nécessaire d'avoir un interprète. Et c'est donc Maite Etxeberri qui va endosser cette responsabilité, du haut de ses vingt cinq ans et de ses deux ans d'ancienneté au sein du journal. Ces premières années dans la rédaction du journal avaient été mitigées. Évidemment que c'était un honneur de faire partie de cette institution mondialement connue et qu'elle ne pouvait difficilement rêver mieux, son premier job après l'alternance était le Graal pour beaucoup de journalistes dans le monde. Mais, quand elle rentrait chez elle après le taff il restait souvent un goût amer en bouche. A part quelques papiers d'analyse de la politique baskonne, par ailleurs quasi-inexistante, et des interviews par-ci par-là, elle n'avait jamais eu le sujet frisson que chaque journaliste attend. Elle avait attendu son heure pendant longtemps, et elle avait finie par venir. En effet, d'origine Vasque, elle comprenait et parlait donc parfaitement ce dialecte et avait même étudié deux ans en Youslévie et avait de solides bases dans la langue locale. Ces atouts linguistiques étaient donc primordiaux pour pouvoir échanger avec Munditibarrementeria.

Les voilà donc en train de déambuler dans l'un des grands parcs de l'île de Rhême à la recherche de leur homme qui leur avait seulement donné comme indication qu'il les attendrait dans ce jardin. Il ne devrait pas être très difficile à trouver, se disaient les deux journalistes. Les deux mètres du cardinal, couplés à sa traditionnelle tenue ecclésiastique, le rendaient facilement reconnaissable. Pourtant, après une grosse demi-heure de recherche, Mattin ne voulait pas montrer le bout de son nez. Un peu découragées, Leza et Maite décidèrent de s'asseoir sur une terrasse pour se rafraîchir sous cette chaleur accablante du mois d'août. Alors qu'elles venaient de recevoir leurs boissons, elles entendirent une voix masculine au-dessus d'elles.

Excusez-moi de vous avoir fait attendre.

Il s'agissait évidemment de Mattin qui les toisait avec un sourire bienveillant, comme celui d'un grand-père, il avait perdu cette petite lueur d'ambition et d'arrogance depuis la fin du conclave. Il avait perdu, c'est comme ça, il avait regardé dans les yeux certains des pires vices de ce monde durant ces dernières semaines et finalement, Dieu lui avait offert une faveur en le privant de la tiare. Il n'avait plus de rêve, plus d'ambition, plus d'ennemis non plus, ceux qui résidaient désormais dans les appartements pontificaux avaient gagné dans ce monde mais ne passeront sans doute jamais les portes du purgatoire. Enfin, ça, c'est ce que Mattin se plaisait à se dire, sans doute pour faire passer la pilule, mais force était de constater que la réalité était bien différente du récit qu'essayait de construire le Vasco-youslève. Sinon, pourquoi aurait-il été ici, sur le point de divulguer toutes les informations qu'il détenait sur la triche de Spinelli et la corruption pendant ce conclave ? C'était sa première et sa dernière vengeance envers celui qui était devenu son pire ennemi, en plus cela permettrait peut-être d'arrêter l'hémorragie en cours dans sa chère Église. Une vengeance vertueuse donc. Un petit péché pour sa paix intérieure et une grande cause.
Sans attendre la réponse des deux baskonnes il s’assit, posa son panama noir qui, avec son long pardessus de la même couleur, devait lui donner très chaud, et s'alluma une cigarette. Maite se lança :

"Monseigneur Munditibarrementeria, merci beaucoup pour la confiance que vous nous accordez concernant cette affaire. Dans quelle langue voulez-vous que nous discutions ? Nous parlons baskon évidemment mais je suis la seule à connaître le vasque, le youslève et le fortunéen donc...
- Ne vous inquiétez pas, je parle baskon, c'est la même base que le vasque et entre compatriotes jamais je ne me pardonnerais que nous nous parlions dans la langue de l'oppresseur youslève.
- Ah... et bien... on peut commencer du coup...
- Nous pensons deviner, grâce à vos lettres et aux dernières révélations du cardinal kartien Johannes Nikolaus Olfstein ce qui vous a amené à nous contacter. L'étau se resserre autour de Stefano III et de ses nouveaux collaborateurs mais il nous faudra des preuves en béton pour nous permettre de sortir un papier...
- Je vais être honnête avec vous, je ne vais pas pouvoir vous aider sur ce point-là, ce sera à vous de trouver des preuves. Tout ce que je peux vous donner, ce sont des paroles, mais des paroles d'un homme en paix, d'un homme de foi.
- Pourquoi le faire, alors ? Cela risquerait, si cette enquête aboutit, de mettre encore plus en difficulté votre Église ?
- C'est sans doute un choix qui peut vous paraître un peu bizarre, à vous les Baskons. Je ne sais pas quel rapport vous avez à vos religions païennes ou hérétiques mais le catholagnisme que je porte et la doctrine qui est la mienne est de, certes, protéger mon Église mais pas à n'importe quel prix et jamais elle ne passera au-dessus de ma foi envers laquelle je garde le devoir le plus impérieux. Et puis, je pense que me livrer à vous est mon unique moyen de sauver le catholagnisme.
- Ok, donc vous aussi vous allez nous dire que Spinelli est un vilain voleur qui a essayer de corrompre deux ou trois cardinaux pour devenir pape ?
- Deux ou trois ? Il les a tous corrompus. Si proposer des postes ou des avantages en cas de victoire n'est pas considéré comme de la corruption, pas même au sein du collège des cardinaux où cette pratique est monnaie courante, il a bien donné des écus sonnants et trébuchants à quasiment l'ensemble des cardinaux qui ont voté pour lui. A votre avis, dans un collège électoral aussi conservateur, comment un progressiste a gagné aussi facilement ? Si un cardinal kartien ose sortir du bois, imaginez le reste. Et puis regardez dans quoi se baladent désormais les cardinaux san youtiens, un jet privé doré ! Et puis ce n'est pas tout...
- Il y a autre chose ?
- Oui, Spinelli n'a pas été le seul à user de ce genre de méthodes. J'ai entendu une conversation entre Désiré Anagonye et son second, le cardinal Juan d'Hernandie, où ils disaient très clairement que les prix qu'ils proposaient ne rivalisaient pas avec ceux de Spinelli et qu'ils étaient en train de perdre l'élection.
- Wouah, vous avez d'autres informations ?"


Les deux journalistes baskonnes avaient sorti leurs calepins, Mattin avait demandé à ne pas être enregistré, on ne se refaisait pas. Dans ce jardin de Rhême, conversant en baskon, celui qui n'était désormais plus cardinal était en train de trahir ses vœux et de divulguer tout ce qu'il savait du conclave.
Il faisait presque nuit, et Mattin avait quasiment fumé un paquet, quand il s'arrêta de parler, marquant une pause. Maite et Leza comprirent alors qu'il en avait terminé.

"Merci pour toutes ces informations.
- J'aimerais vous aider plus mais malheureusement je n'ai pas de preuves physiques sur ce que je vous dis. Je vous jure par contre que je ne vous mens pas, même si la parole d'un évêque qui vient de trahir son Église ne vaut pas grand-chose dans un dossier aussi tendu que celui-ci.
- Que comptez-vous faire maintenant ?
- Ces dernières semaines, j'ai assez péché pour une vie entière, et ce que je viens de faire ici cet après-midi en est le bouquet final. Pour espérer entrer dans le Royaume de Dieu, il me faudra consacrer les dernières années qu'il me reste dans ce monde à faire preuve de pénitence. Je compte m'exiler, loin, dans un endroit où je pourrais consacrer mes vieux jours à la prière et au pardon parmi des camarades qui ne poseront pas de questions. Je vous souhaite bon courage dans cette enquête et au plaisir de la lire peut-être un jour. "


Il replaça son chapeau sur sa tête et s'en alla sans tourner le dos. Il ne mit pas longtemps à disparaître dans les dédales du parc.

"Drôle de bonhomme...
- Ah ça... Allez, dépêche, avec un peu de chance on va avoir le vol retour de 23h. J'ai hâte d'en parler à la rédac."


Effets :
- Mattin donne toutes les informations qu'il possède sur la corruption de ses anciens collègues cardinaux lors du conclave. Cela comporte cette opération qui attend d'être arbitrée.
- Le journal Tximeleta Gorria lance une enquête sur les pots de vins catholans.
- Mattin s'exile ensuite dans une communauté monastique mutique.
841
Désiré Anagonye.

Je suis parfaitement d'accord mon frère. Je pense qu'il faut éviter d'adopter une approche aussi frontale que celle qui a été adoptée par les Kartiens, ça fait les choux gras de la presse, mais ça permet aux autorités papales de jouer en défense... Un avantage contre ce genre d'accusation malheureusement mal sourcées pouvant être considérée comme une attaque contre l'Eglise toute entière. En revanche, toucher au porte-monnaie est une tactique plus durable ; qui oserait refuser des audits menés par des commissions indépendantes ? Après tout, l'argent de l'Eglise doit revenir aux opprimés et aux démunis... Et puis, ce genre de confrontation a le don de rester discrète, et surtout c'est que si Spinelli répond par la violence, c'est lui qui se décrédibilisera aux yeux des cardinaux, il ne fera alors que faire gonfler la fronde. Pour ma part je trouve que votre idée se tient parfaitement... Nous espérons simplement que Spinelli ne soit pas complètement borné et qu'il cède.
3380
Roman en patrie mère
https://zupimages.net/up/26/39/i520.png
«A last breath»

AlinéaL'eau coulait. Fébrile certes, mais elle emplissait, peu à peu, l'évier qu'elle épanchait. Cet évier était simple, d'un granit encore plus simple, il n'y avait presque rien autour de lui. Une main, néanmoins, vint y déposer sur son rebord une lame. Cette dernière venait vraisemblablement d'être utilisée, puisqu'une mousse blanchâtre la couvrait par endroits. La main se dirigea vers une tige métallique, qu'elle réhaussa de quelques centimètres: L'eau disparaissait et s'écoulait.

L'homme releva la tête pour se regarder dans le miroir, il venait de se raser. Un homme qui devait avoir dans la quarantaine, quelques rides s'étirant déjà sur son front. De son autre main, il posa également sa paire de lunettes vieillottes, reliées à un fil noir. L'homme soupira. Il semblait fatigué, ou peut-être pire. Peut-être regrettait-il une décision qu'il avait prise, ou qu'il allait prendre: Sans doute les deux à la fois.

Il passa ses doigts sur son visage pour se frotter les yeux, comme s'il voulait se motiver pour cette décision: C'était à lui de la prendre après tout. Ses lunettes trônant à nouveau sur le haut de son nez, l'homme se dirigea vers la sortie de sa salle de bain. Il croisa un tas de vieilleries sans importance, des meubles en bois ancien qui ne valait plus un clou mais qui, pour lui, étaient chacun plus unique que l'autre. Il y avait peut-être, néanmoins, cette pièce maîtresse qu'était un clavecin ébranlé par le temps. L'homme l'appréciait tout particulièrement, même s'il ne savait absolument pas en jouer. Pas le moins du monde.

Il clôtura la première étape de sa marche devant un vieux bureau, où étaient sobrement posés deux plumes, un encrier, papiers et bougies. Une feuille était au centre, ce fut d'elle dont il s'empara, la relisant sans prendre la peine de s'asseoir. L'homme semblait aller vite, il connaissait cette lettre presque par cœur désormais. Après tout, elle était rédigée de sa main, à la plume: Vieille tradition Kartienne pour encore un grand nombre.

Il plia le morceau de papier en deux dans sa main, se dirigeant désormais vers l'extérieur: La porte d'entrée. L'homme semblait retarder l'échéance, le moment fatidique. Il avait besoin d'un réconfort, aussi infime soit-il. Il espérait peut-être croiser sa voisine, presqu'aussi vieille que sa petite maison. Il était ami avec elle, avec cette grand-mère qui n'avait pourtant pas la même culture germanique que lui. C'était cela, la richesse culturelle du pays dans lequel il vivait. Alors parfois, il aimait jouer à ce jeu d'échanger avec une personne qui ne parlait pas la même langue que lui.

En bref, il espérait croiser Tatiana, en sortant. Alors ce fut sans un réel but qu'il le fit, les espérances étaient moindres. Et en effet il n'y avait personne, seuls les bruits de la nuit et un moteur lointain qui semblait se rapprocher. Après tout, cette petite zone résidentielle pouvait bien être traversée par des véhicules égarés, cela arrivait. Mais cette fois ci, c'était différent. Le moteur rugissait, il s'approchait. Le véhicule était là, devant Johannes.

Et soudain, le temps s'écourtait et s'étirait à la fois. Tout était si rapide, et pourtant si long. Le motard, entièrement drapé de noir, semblait lever son bras en direction de Johannes. Il tenait un objet au bout de sa main. Cet objet s'illumina d'un éclair. Cet objet résonna. Cet objet ôta la vie du quarantenaire: Victime d'une balle qui lui traversa les deux tempes. Tandis que le véhicule et son conducteur prirent le chemin inverse à toute vitesse, un autre bruit, sourd, se fit entendre. Le bruit d'un cadavre qui tombait, et le début d'une vision d'horreur pour tout le voisinage: Le corps d'un homme qui se vidait de son sang, dont sa lettre, tâchée de ce même sang, ne sera peut-être jamais lue.

Johannes Nikolaus Olfstein
Johannes Nikolaus Olfstein

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Le Cardinal Olfstein est assassiné à son domicile la soirée du 20/08/2020. Publiquement, il ne peut que s'agir que de rumeurs et de spéculations: Ce qui sera brisé à la parution d'un article reconnu des journaux Kartiens.
Haut de page