06/08/2004
20:47:33
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Chroniques

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mdr
Matt Larsson, le grand vainqueur.


22h30, 22 janvier 2004. Eglise de retransmission de la famille Richardson.

Dans l'unique salle de cette énorme église aménagée en stade de la famille Richardson, des dizaines de milliers de personnes retiennent leur souffle, dévorent leur popcorn, hurlent pour encourager leur candidat depuis le début de l'épreuve retransmise. Dans les gradins, les vendeurs de toutes sortes de produits dérivés et de bouffe s'activent pour atteindre leur quota du soir, et quel soir! Sur les quatre écrans disposés en cube au centre du stade, le spectacle qui a amené chacun en ces lieux. Deux silhouettes au milieu du blizzard, en simple pull et pantalon.

Elles portent aussi une cagoule, ainsi que des gants et des bottes pour éviter les accidents. Pourtant, chaque année il y en a. Et chaque année, l'audimat s'améliore de façon affolante. Tout le monde regarde "Nuuk-Nuuk", du nom de la baie par laquelle les candidats sont déposés. Le patriarche Rose se fait des couilles en or avec les chiffres de la vente, et des rumeurs courent sur l'achat des droits télévisuels par des pays étrangers. Ce serait un jackpot, et pas des moindres, en plus d'être un moyen comme un autre de diversifier l'économie locale.

-Deux heures et quatorze minutes! disait la voix insupportablement feutrée du commentateur blotti à l'intérieur de son Eglise locale, bien au chaud pour commenter. L'épreuve actuelle était la mythique épreuve finale des statues de glace, où les candidats devaient rester simplement en équilibre au sommet d'un monticule sur une jambe, avec les deux bras joints au dessus de la tête. Le premier qui tombe, perd. Le commentateur ne sortait qu'une fois l'épreuve terminée pour féliciter les vainqueurs, et tourner la caméra pour mettre hors-champ le perdant qui se faisait embarquer dans un brancart. Car cette épreuve ne finissait que comme ça. Les candidats étaient tellement butés, tellement gelés et amoindris, tellement ravagés par les séries d'épreuves précédentes et par les images d'évacuation et d'abandon des autres qu'ils refusaient de s'arrêter, et finissaient, suprême ironie, en statues de glace.

-TU VAS FINIR PAR TOMBER, Cà$èpwegfko? Le micro attaché au bonnet de Lenny Karlson, l'homme à gauche, tout en muscles et portant un pull rouge, s'était activé. La censure automatique avait fonctionné comme il fallait, pour protéger les oreilles des jeunes auditeurs de Channel Rose. L'assistance devant le quadruple écran lâcha des cris d'indignation. Un glisois devait être stoïque, puissant, et imperméable à la tentation de déconcentrer son adversaire par de telles bassesses. Et surtout, lâcher des insultes devant les enfants, quel indignité. Son adversaire, qui lui faisait face, répondit simplement: Un crachat sur le sol avant de vite se reconcentrer. Aussitôt, le public partit en délire devant cette démonstration de puissance et d'indifférence, et le commentateur sauta sur l'occasion:

-Quel homme, quelle légende, quelle histoire mesdames et messieurs! Ce geste, cette prestance! C'est dans ces moments-là, cher téléspectateurs, qu'on remarque la différence de valeur entre nos deux candidats, regardez Karlson, il tremble déjà, il sait que cet écart vient de lui coûter cher! Il est détruit, il ne mérite que de s'effondrer! Qu'en pensez vous Patrick? Patrick était le commentateur secondaire, qui servait de caution d'approbation pour l'ego du commentateur principal.

-Effectivement Max, il est évident que la main de Dieu vient de quitter Karlson, il devient rouge de honte. Même sa position de statue devient moins convaincante.
Et effectivement, même si c'était encore imperceptible, Karlson avait déjà perdu en s'abaissant à insulter son adversaire. Il perdrait d'ailleurs une grande partie de ses gains en amende pour outrage à la morale et en frais d'hôpital. Il était entrain de s'en rendre compte et ça minait son moral, la base de cette épreuve. Peu à peu, en l'espace d'un quart d'heure, sa statue se ratatina jusqu'à qu'il tombe à genoux. Le stade rugit, le commentateur hurla, et le vainqueur ne bougeait pas. Il fallut que Patrick aille informer le vainqueur de sa victoire pour qu'il abandonne sa position. On détourna la caméra pour interviewer le vainqueur, pendant que le perdant fut embarqué sur un brancart, direction l'unité médicale.

-Alors, comment vous-sentez vous, Matt?

-Je n'ai jamais douté, Max, j'étais sûr de ma victoire depuis le début, quand J'ai battu Tom sur l'épreuve de chasse au phoques, je savais que Dieu guidait mon harpon. Je remercie ma femme, mes gosses qui me regardent...

Et en même temps que l'interview de fin avait lieu, l'unité médicale avait à déplorer la mort de Lenny Karlson à 27 ans, des suites de multiples engelures et défauts d'organes internes. Mais de cela, personne ne fut mis au courant. A la place, après l'interview et le générique de fin, le teaser de la prochaine saison arriva à l'écran.



Glisois, glisoises, étrangers, étrangères, la prochaine saison de Nuuk-Nuuk n'attend que vous. Oui vous l'avez bien entendu, vous. La candidature est en effet ouverte aux étrangers cette saison de printemps, pour montrer à tous votre résistance et votre force. les séléctions se feront par entretien à Raxington, du 5 au 7 Juin. Venez nombreux, et équipés.


L'église était survoltée, des étrangers? Ils allaient leur monter de quel bois ils étaient faits. Et ce sera une occasion de plus pour aller au stade.
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Libération christique, partie 1


Linda Atkins rentrait de son travail à la cantine-église de la famille Rose. Encore engoncée dans son uniforme étroit rose pétant -aux couleurs de la famille-, elle trouva comme à son habitude quelques feuilles de papier enroulées et hâtivement assemblées avec des agrafes pour former le journal dont le nom était : « Dieu, c’est nous ! ». Avec une mine ravie, elle referma la porte de son petit appartement en la faisant claquer derrière elle, et s’installa sur sur sa chaise attitrée.

Ce qu’elle ne savait pas, c’était que chaque appartement fourni par la famille (ce qui constituait la totalité des logements non-occupés par des membres du clergé) était muni depuis la gigantesque campagne de modernisation des bâtiments d’une magnifique caméra, et que le militant anarcho-chrétien qui avait déposé ce journal avait été filmé de long en large. Heureusement pour lui, le militant avait suivi un itinéraire qui incluait l’extérieur de l’Eglise d’habitation et était largement couvert pour ne pas être identifié. Maintenant, Michael Nicholson, 72ème adjoint à la sécurité du convoi Rose, scrutait attentivement la réaction de « Mme Linda Atkins, 3ème adjointe aux cuisines du bloc 42», comme le dossier devant lui le stipulait. Pour l’instant, elle semblait lire avec un intérêt sans réserve.

Ce jour-là, le journal titrait en une « Bloc 45, 3 camarades disparus après qu’on les ait enfermés dans le froid et déguisé l’acte en suicide collectif, l’oppression anti-christique continue ! »
« Il y a trois jours, dans la nuit du 4 au 5 février 2004, 12 officiers de la brigade pour des églises sûres (BES) sont entrés en utilisant leurs clés spéciales dans un appartement du bloc 45 où trois camarades tenaient une imprimerie clandestine destinée à l’extension de nos moyens de rallier les glisois à la cause du Père. Après les avoir menottés, torturés et interrogés, ils les ont largués sommairement dans le froid de la nuit sans équipement dédié, les condamnant ainsi à une mort certaine. Voici pourquoi, dans cet édition spéciale, nous leur rendons hommage en leur dédiant de verset de la Bible : « Je connais tes œuvres, et où tu habites, [savoir] là où est le siège de satan, et que cependant tu retiens mon Nom, et que tu n'as point renoncé ma foi, non pas même lorsqu'Antipas, mon fidèle martyr, a été mis à mort entre vous, là où satan habite. - Apocalypse 2:13 »


Car oui, camarades, nous savons où l’ennemi de Dieu qui entrave la libération des âmes en les aliénant au travail se trouve ! Il se trouve dans la Cathédrale Saint-Rose, au milieu du convoi, là où effectivement une cathédrale est censée être. Mais en son sein prospère la famille qui lui a donné son nom, le poison, le pus qui suppure et rend chaque jour ce convoi plus hostile au Père, qui nous aura bientôt abandonné. Cette vermine a encore frappé. Mais nous nous rappellerons de cette action, comme chaque mort passée est inscrite dans la chair de chacun d’entre nous. Et nous nous ferons justice. »

Quand Linda fut environ à la moitié du journal, un bruit derrière sa porte l’attira hors de sa chaise. Elle se dirigea vers la porte, et découvrit par le judas la silhouette bien connue de cet ami qui lui déposait toujours l’hebdomadaire. Mais il y avait un problème. Pour des raisons de sécurité, il ne s’aventurait jamais deux fois au même endroit dans un intervalle de temps si réduit. Elle lui ouvrit la porte, et l’homme l’attira un peu plus loin dans le couloir sombre sans un mot, hors de portée des caméras en lui pointant la nouvelle menace installée au plafond.

-Il faut qu’on sorte, Linda.

Il avait engagé la conversation comme à son habitude, droit au but. Il ne l’avait jamais fait autrement pendant les deux années dans lesquelles ils avaient été en contact. A ce moment précis, cette brièveté commença à l’inquiéter. Sortir de quoi ? Du bloc, du convoi ? Par ces températures ? Il était devenu complètement givré, littéralement.

-Sorte ?

Elle avait répondu avec une expression très claire : Elle le prenait pour un fou. Ou simplement pour quelqu’un qui avait un peu trop pris au sérieux les préceptes de sacrifice de soi promus par les anarcho-chrétiens. Il répondit avec un début de geste d’impatience, puis en se reprenant.


-Ils m’ont filmé entrain de déposer le journal. Ils t’ont filmé entrain de le lire. Selon le seul homme qu’on a chez eux, ils sont partis il y a 3 minutes du bloc 5 en direction du sud, tu sais ce que ça veut dire.

Immédiatement, Linda jeta un coup d’œil au plafond de son appartement et repéra le dispositif ajouté récemment dans la nouvelle lampe au plafond. Elle eut un petit moment d’hésitation, puis revint à la femme d’action qu’elle était. Elle avait fait passer des tracts, aidé à l’installation de l’imprimerie récemment démantelée, même attaqué la BES pour aider à faire fuir des camarades. Elle n’allait pas abandonner maintenant.

-J’arrive dans deux minutes.

Elle se précipita dans son appartement, enfila sa combinaison de survie arctique, prit la nourriture et l’eau qu’elle avait en stock, rédigea à la hâte la lettre d’adieu pour son mari qu’elle n’avait jamais réellement aimé et revint vers l’homme 2 minutes environ après l’avoir quitté.

-Tu as au moins un plan ?

-Une église de haute vitesse aménagée, prête au départ vers le nord, et de quoi la défendre. Mike s’occupera de ceux qui resteront ici. Ensuite… il nous compter sur un support étranger.
Mais j’ai déjà des idées de potentiels pays d’accueil. Nous avons de quoi patienter avant leur arrivée, par contre.

-Parfait, on a pas de temps à perdre, dans ce cas. Pour la trinité, pour nous mon frère.

-Pour la trinité, pour nous.

Et ils se hâtèrent vers l’extérieur du convoi, évitant la patrouille qu’on leur avait envoyé avec une dizaine de minutes d’avance. L’église haute vitesse, réaménagée en habitation, était déjà en route à quelques kilomètres du convoi, espérant échapper aux radars. La suite de leur voyage se déroula suprenamment bien. Leurs seuls poursuivants se trompèrent de direction au départ, ce qui leur permit d’atteindre assez facilement la côte nord. Là, ils purent se mettre en sécurité dans une vedette des gardes-côtes glisois détournées qui prit une route détournée pour rejoindre le nord du pays, puis peut-être, le continent. Mais qui finira par accueillir ces réfugiés ?
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Le travail

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Quelque part dans l’immensité de la banquise, un petit groupe secondaire d’églises se frayait un chemin jusqu’à leur objectif. A l’intérieur de leurs coquilles de noix en acier, ils attendaient patiemment d’arriver à destination, bercés par les tremblements du véhicule sur le sol inégal. Dans la cantine de leur bloc respectif, ils étaient rassemblés par « groupe de pompe » autour d’une table, avec leurs combinaisons de la famille Bush, orange pétant, même si la couleur commençait à se ternir à mesure que le temps passait. Pour l’instant, leurs visages était encore découverts, la nécessité ne les poussait pas à s’enfouir sous plusieurs couches de tissu. Dans le décor terne et austère de la cantine, la plupart faisaient la même chose que le groupe de pompe 2, qui partageait simplement son apéro du matin en parlant de tout et de rien. L’apéro du matin était une véritable institution, tant parce qu’il permettait de lier des travailleurs assez isolés dans leur quotidien entre eux que parce qu’il permettait de se réchauffer et d’oublier dans quoi ils allaient se lancer. Le groupe de pompe 2 justement finissait ce rituel de préparation en silence. L’évocation au début de l’apéro de la dernière session de forage de l’année passée avait jeté un froid autour de la table. Nick avait visiblement oublié le nombre de doigts gelés qu’avait coûté un gant mal attaché à son collègue, et l’avait plongé dans une froide colère. Au moment de partir, ils étaient encore tout deux brouillés, alors qu’ils allaient se jeter dans un des environnements les plus hostiles au monde. Alors, dans un élan de camaraderie inhabituel dans la station, Luke se leva lui et son verre, et leur servit le discours suivant.

-Collègues. Mes amis. Vous pensez bien que j’en ai rien à en battre de votre petite querelle récente. Grand sourire provocateur. L’attention des deux autres est maintenant focalisée sur lui.

-Néanmoins, je tiens suffisamment à ne pas perdre plus de doigts pour vous demander solennellement d’arrêter de faire chier des collègues pour vos conneries personnelles, et pour vous dédier ce coup-là. Il leva son verre vers le centre de la table. Les collègues se levèrent un par un, en finissant par les deux impliqués pour le lever ensemble. Pour le patriarche, et pour nous.

-POUR LE PATRIARCHE ET POUR NOUS !

Le différent entre les deux n’était pas terminé, mais au moins Luke avait-il pu détourner l’attention des deux hommes afin qu’ils ne soient pas déconcentrés par la tâche éprouvante qui les attendait. Aujourd’hui était le premier jour du forage, une étape importante car il intervenait dans un des jours de travail les plus froids qu’un travailleur avait à affronter. Ils allaient pouvoir sortir, maintenant qu’ils s’étaient rassérénés. Voyant l’heure avancer, ils se levèrent lentement un par un, mettant leur cagoule pour se protéger et se dirigèrent vers la sortie de la cantine, un énorme sas conçu pour garder le froid à l’extérieur. Une fois la totalité de la première fournée d’ouvriers arrivés dans le sas et prêts au départ, on ferma la gigantesque porte derrière eux, et celle les menant vers leur tâche s’ouvrit lentement, laissant peu à peu entrer le vent glacial dans le sas. Le groupe de pompe 2 s’avança rapidement vers le hangar qui leur était attribué et se saisit des différents outils nécessaires à l’établissement d’une pompe à cheval à l’endroit prévu à cet effet. Pendant que la seule chose qui dépassait de sa combinaison, sa moustache, gelait lentement, Luke remarqua quelque chose de bizarre : il avait un poids supplémentaire au niveau du ventre. L’angoisse de recommencer l’installation, comme chaque année ou même plus souvent ? La pression de la dispute qui venait de se terminer ? Il se massa l’endroit concerné, ne sentit rien, et conclut que ça ne devait pas être grand-chose. En plus, ça n’était pas le moment de flancher.

En effet, son groupe et lui devait finaliser l’installation de la pompe, puisqu’ils reprenaient un trou déjà foré. Cet exercice était un test de confiance pour les foreurs, au vu de la visibilité très mauvaise qui régnait dans ce blizzard permanent. Chaque mouvement devait être synchronisé à l’aide de cris mal articulés qui couvraient à peine le bruit du vent, et le temps que cela prenait mettait l’endurance de tout le monde à rude épreuve. Finalement, après trois heures d’efforts et de bordées d’insultes partagées pour ceux qui ralentissaient la manœuvre, les ouvriers repartirent pour prendre la pause de midi. Le poids sur le ventre n’avait pas disparu pour Luke, il avait même empiré. Pourtant, ils avaient bien avancé, les insultes étaient autant une partie du boulot que le froid mordant et l’apéro du matin. Se souciait-il à ce point de la dispute de ce matin ?

Il rentra donc avec le reste de son groupe, et voulut en avoir le cœur net une fois à l’intérieur. Il se pencha donc pour enlever sa combinaison, et… blanchit d’un coup. Là où aurait dû se trouver sa combinaison se trouvait une déchirure, le fruit d’un moment d’inattention de lui où d’une couturière, ou d’un ingénieur. Qu’importe, il se retrouvait maintenant avec une zone violette sur le flanc sur laquelle il n’avait pas de sensations. Il la montra à ses camarades, qui acquiescèrent d’un air grave pendant qu’il se dirigeait vers l’infirmerie. On ne rigolait pas avec les engelures. Après son départ, la table resta silencieuse au milieu de la cantine et de ses bruits habituels. Le travail continua après manger, quoiqu’à un train bien plus lent. Et le silence ne cessa pas avant que Luke ne revienne avec un gros bout de gras en en moins deux semaines plus tard, un coup de chance. A ce moment là, tout conflit avait cessé. Et le travail pouvait continuer, Pour le patriarche, pour eux.
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