Pour résumer simplement son contexte, la révolution de 1830 contre la Couronne d’Albi avait vue la partition du royaume en quatre entités distinctes. Les monarchistes au sud, avaient formé le Royaume Nordique Genevois, les républicains modérés à l’ouest avait bâti la République de Tapiolie et la coalition pirato-socialiste avait créé la République Pharoise, bientôt devenue Pharois Syndikaali, le Syndicat Pharois.
Restait la quatrième entité : la cité libre d’Albigärk. Ancien siège de la Couronne et capitale du Royaume, elle avait été désertée par la noblesse devant la progression de la flotte révolutionnaire. Laissées à leur seul destin, les populations étudiantes et lettrées de la cité s’étaient soulevées d’elles-mêmes et avaient pris possession du territoire. La coalition pirato-socialiste, devant l’émergence de ce nouveau front et peinant déjà à tenir face aux troupes républicaines et monarchistes, avait préféré signer un traité avec la cité d’Albigärk reconnaissant l’indépendance de la capitale ce qui permettait à ses armées d’avancer sans devoir se soucier de mater les barricades étudiantes.
La paix finalement acquise, Albi fractionné en quatre, le traité était resté en place et Albigärk formait dorénavant une ville libre possédant son propre gouvernement. Dans la pratique, la chose était un peu plus complexe : Albigärk n’avait pas les moyens de son autonomie, recouvrant un territoire majoritairement urbain et le traité assurant son indépendance vis-à-vis du Pharois Syndikaali évolua quelque peu. Abolition des frontières et des visas, libre marché, échanges culturels fréquents, tout se passait comme si la ville était devenue une petite enclave pharoise, possédant certes son propre gouvernement et des lois particulières mais parfaitement intégrée au tissu économique de son imposant voisin.
Albigärk faisait office de centre culturel et scientifique, il n’était pas rare que les étudiants pharois y fassent leurs études et profitent des activités culturelles locales le temps de leur formation, pour ensuite s’en retourner au Syndikaali avec leur diplôme. En échange de cet accueil, ce-dernier assurait l’approvisionnement en ressources et en énergie de l’ancienne capitale.
La situation avait ainsi tenue près d’un siècle sans heurts majeurs, jusqu’à l’invasion par l’Empire Listonien d’Albigärk. En 1949, prétextant le non-rattachement officiel d’Albigärk au Pharois Syndikaali, l’Empire prit d’assaut la ville. Fort de deux provinces colonisées un siècle auparavant sur le Détroit, la puissante flotte listonienne joua de l’effet de surprise et de la force du nombre pour briser la maigre armée pharoise alors encore largement à la traine.
Le Syndikaali se révéla incapable de coordonner sa faible marine et les quelques équipages pirates qui se joignirent à elles ne suffirent pas à faire la différence. Albigärk était tombée et faute de moyens pour repousser l’envahisseur, le Syndikaali dû se résoudre a abandonner son antique capitale aux mains des étrangers.
Cité lumineuse, centre d’art et de culture, lieu d’épanouissement de la jeunesse, de nombreux Pharois vécurent cette défaite comme un traumatisme romantique, et la poétesse Jainaa parla même de « perte d’un être cher » pour désigner la douleur ressentie en cette année 1949.
Cette époque marqua un changement de doctrine militaire au Syndikaali mais également la naissance du parti politique Cœur d’Albi qui fit de la réunification et l’union des quatre anciens territoires de la Couronne le cœur de son projet pour l’avenir de la région.
Les temps toutefois avaient changé à présent. Le Syndikaali n’était plus cette péninsule morne et pauvre d’autrefois et les récents évènements qu’avait connus l’Eurysie avaient achevé de l’imposer comme une puissance de premier plan dans la région.
Assez pour réouvrir les négociations. Le destin d’Albigärk était à nouveau une page blanche, où chacun devrait apposer sa signature.

Rencontre à Pharot, capitale du Syndikaali.
- Capitaine Ministre Mainio : « Chers amis, tout d'abord merci à tous d’avoir répondu présent pour ce sommet, chers amis Listonien c’est un grand honneur pour moi de vous recevoir ici à Pharot, capitale du Syndikaali. Je pense que nous pouvons déclarer ouverte cette première journée de travail. »
Il était rare de voir autant de ministres pharois au même endroit au même moment. Appartenant tous à des formations politiques parfois antagonistes, ils avaient plutôt tendance à se répartir les tâches pour éviter de se mettre des bâtons dans les roues.
Toutefois, l’avenir d’Albigärk était un sujet particulièrement complexe qui nécessitait la présence de plusieurs autorités différentes.
Assise la plus à gauche de la table ronde se trouvait une petite dame souriante et replète, le visage burinée de rides et qui semblait n’y voir rien du tout tant ses yeux étaient plissés par l’âge. La Ministre Martta avait à sa charge la culture et les arts, sujet primordial lorsqu’on connaissait le rôle d’Albigärk dans le développement scientifique et culturel régional.

A sa gauche, la Capitaine Ministre Elina s’occupait de l’exploration d’Outre-mer. Un sujet qui n’avait a priori pas grand-chose à voir avec le bousin mais elle avait à sa charge la coordination entre les pirates et le Syndikaali ce qui exigeait sa présence au sommet.

A la gauche de celle-ci, au centre de la table, siégeait l’obèse Mainio. Chargé des intérêts internationaux du pays, c’était l’interlocuteur privilégié lorsqu'on souhaitait contacter ou négocier avec le Syndikaali. Court sur pattes, gras comme un cochon, le visage brûlé par le sel, il affichait en permanence une petite moue curieuse qui le rendait sympathique.

A sa gauche, le jeune ministre Sakari, récemment élu à la tête de la liste écommuniste Pharois, gérait la partie militaire du pays. Il avait fait ses armes lors de la récente crise politique de Kotios où l’armée pharoise avait écrasé les putschistes et gagné un certain respect auprès de la population qui avait eu tôt fait d’oublier son âge.

Enfin, le plus à droite, le Ministre Juho s’occupait des infrastructures et connaissait la technicité du sujet d’Albigärk, imposante cité mais dépendante de l’approvisionnement du Syndikaali pour son énergie et sa nourriture.

- Capitaine Ministre Mainio : « Bien, n’en passons pas par quatre chemins. La position d’Albigärk est très particulière du fait de son histoire et de sa géographie. Nous souhaitions renégocier le statut de la cité afin de permettre une meilleure circulation frontalière en mettant fin aux visas notamment. L’idée est de faire d’Albigärk une enclave sous un régime de lois spéciales afin de répondre au mieux aux spécificités de son territoire. Cela irait de pair avec le rétablissement d’une nationalité albienne pour les habitants qui ferait la jonction entre nos deux pays, listonienne et pharoise. A cela s’ajouterait une autonomie politique accrue afin de pouvoir négocier directement avec l’enclave et faciliter la coordination régionale entre nos institutions et les besoin de la ville. »
Il adressa un sourire entendu aux listoniens.
- Capitaine Ministre Mainio : « Cela vous semble-t-il une base raisonnable de négociations ? »