

Le yacht fédéral du Canta avait été accueilli par la marine pharoise au large de Porto Mundo, la petite vedette du Capitaine Mainio en tête des deux imposantes frégates du Syndikaali qui leur serviraient d’escorte. Le ministre leur adressa de grands gestes et s’autorisa même à faire un petit tour autour du Bundesschiff avant de se faire descendre un accès au navire.
- C’est bien heureux de me recevoir à bord, mesdames, confia le bonhomme essoufflé et cramoisi par l’effort. « Pardonnez que je m’invite un peu, mais je suis toujours curieux des bateaux des autres. Savez-vous que le Lofoten a d’impressionnants navires électriques ? Un yacht fédéral, cela valait de prendre un peu d’avance sur le reste de mes collègues. »
Les deux frégates pharoises étaient venues se positionner de part et d’autre du Bundesschiff, silencieuses protectrices, tandis que Mainio, son souffle revenu, se mit à commenter joyeusement le paysage. A bâbord passèrent Porto Mundo, l’élégante cité listonienne perchée sur les hauteurs du Fjord, puis vint Pohjoishammas, sombrement animée où même à un mille des côtes semblaient parvenir encore des effluves étranges, odeurs d’alcool, de parfum et de sueur. Sa sœur, à tribord, Etelähammas, semblait une sainte en comparaison. Les petites maisons en bord de l’eau, aux jardins joliment entretenus bordaient la plage comme autant de lieux de vacances qui paraissaient figés dans le temps. Enfin vint la Caprice Coast, où la ville n’apparaissait que furtivement entre deux falaises, les gigantesques parois rocheuses de la côtes battues par les remous du Détroit provoquaient des vagues plus hautes que dix hommes.
Puis ce fut le Syndikaali. Il faisait beau ce jour là et l’océan du nord était aussi calme que peut l’être un océan. Des falaises encore, et des plages de galets. Après les ports du Détroit, le territoire Pharois donnait l’étrange impression d’être désert. Seuls des phares perchés en haut des côtes trahissaient ici et là une présence humaine. Certains paraissaient d'une étonnante modernité, d'autres avaient la pierre croulante et pour beaucoup il manquait le sommet. L'âge des tours à feu semblait indiscutablement révolu.
- Les propriétés sont un peu plus dans les terres, derrière les falaises, de sorte qu’on ne les voit pas d'en bas, expliqua le Capitaine Mainio. « C’était pour éviter les canonnades depuis la mer, les Phares indiquent qu’une agglomération n’est pas loin, mais sa position réelle est volontairement floue pour tromper les assaillants. Aujourd’hui plus personne n’attaque le Syndikaali, je vous rassure, mais les emplacements des villes sont restés. »
La côte nord n’était guère peuplée, de toute manière, c’était l’évidence. Il fallut attendre encore plusieurs milles pour qu’Helmi n’apparaisse, annoncée bien à l'avance par le bourdonnement curieux des navires de commerce, chalutiers, gros porteurs et petits rafiots familiaux qui zigzaguaient comme des insectes à distance respectable du yacht et des frégates de la marine. Ah, Helmi… ses digues de béton infinies et ses grues si nombreuses qu’on les aurait dit en nuées. « Des petits flamands gris. » plaisanta Mainio et il fallait lui reconnaître que ces oiseaux-là avaient une allure sinistre, perchés à plusieurs centaines de mètres de hauteur sur leur unique patte d’acier.
On dépassa Helmi et ses chantiers navals, « le plus grand port industriel d’Eurysie », d’après l’opulent ministre. Il était difficile de savoir s’il exagérait, mais il paraissait fier de cette information. Helmi avait semblé une oasis de béton et de fer dans un désert aqueux, où la côte sauvage se disputait à l’océan son inhospitalité, rapidement il y eut moins de navires, mais jamais plus aucun. Le littoral était une voix d'accès à part entière, les bateaux qui le longeaient donnaient l'impression de suivre une route comme l'auraient fait ailleurs des voitures ou des trains.
Il fallut encore un peu de patience pour atteindre Pharot. Là le Bundesschiff fut rejoint par la corvette doyenne où Makku et le Citoyen Ministre Sakari les saluèrent.
- Nous nous retrouvons à terre ! leur cria Mainio par-dessus le bord du pont, et la corvette fit demi-tour pour aller accoster un peu plus loin.
Le Doyen Pêcheur et le Citoyen Ministre Sakari se trouvaient sur les quais, escortés de quelques garde-côtes, lorsqu’enfin mesdames Suzette Rossignol et Margrethe Olz posèrent le pieds en terre pharoise.