Posté le : 02 sep. 2024 à 17:05:16
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La Matteade
Plusieurs semaines ont passé depuis le départ de Gina DiGrassi de Nouvelle Communaterra. Canossa respirait la beauté d’un ancien temps révolu. C’était comme si Velsna n’avait jamais connue de changement, et si elle était plongée dans un éternel hiver…ce qui pour le coup est beaucoup moins agréable pour cette habituée des latitudes tempérées. Si en théorie Gina était désormais en territoire fortunéen, elle espérait que l’éloignement de Canossa vis-à-vis de la cité-mère la ferait passer sous les radars. Si Velsna était la fille du nord, Canossa était ainsi son miroir, son exact inverse. Aussi, c’était là un endroit parfait, à la fois pour se mettre au vert, mais également pour s’adonner à tout type d’activité qui nécessite du temps et de la réflexion. Et il se trouve que beaucoup d’idées, en dehors de l’obsession s’assassiner les membres de la famille Scaela, avaient émergées dans l’esprit de la jeune femme depuis son départ de la cité sur l’eau. Gina n’a jamais été dotée d’une fibre littéraire, mais elle connaissait par la force des choses la rhétorique classique des velsniens. Elle était maladroite, mais avait connaissance de certains des grands monuments de la littérature velsnienne : Fillinus de Velcal, DiCanossa, le panégyriste et sénateur qui relata sa Grande Histoire des Guerres celtiques… Assez au fait était-elle de ces auteurs pour espérer les copier, sans les égaler toutefois. Écrire l’Histoire était une nécessité parmi les sénateurs, car ce faisant, ils assuraient leur propre mémoire et ce que l’on en dira plus tard. Les sénateurs étaient les garants d’une historiographie officielle, et il fallait se prévaloir des charlatans qui iraient relater les évènements de la toute fraiche guerre civile. Gina elle, l’avait vécu aux premières loges. Aussi, une nuit, dans une chambre d’hôtel miteuse de la périphérie de la grande cité du sud, penchée au-dessus d’un écran d’ordinateur, elle commença à rédiger la « Matteade ».
Préface et première campagne strombolaine (1969-1986)
Le temps est une révolution continue. Il prend et étiole tout ce qu’il touche, jusqu’aux nos souvenirs de ce que nous avons vécu. Et pour contrer ce sortilège, il n’y a que l’Histoire et la manière que nous avons de la raconter qui peut remettre à vif, redonner de la vie à ce qui depuis longtemps a cessé d’être une réalité. Il n’y a que cela qui peut retarder notre chute irrémédiable dans l’abîme de l’oubli. C’est cette réflexion qui m’a porté à faire le travail que je m’apprête à donner au reste de l’univers, moi, Gina Barbara DiGrassi, citoyenne de Velsna et de Strombola, ancienne aide de camp de la Ière Tribune des chasseurs de Strombola de l’armée du strombolain et sénateur mon père, Matteo DiGrassi. Ainsi, je vous relaterai à vous, reste du monde, les actions dont j’ai été la témoin et qui ont été prises sous la direction du sénateur illustre mon père, de sa naissance à son existence actuelle : que ce soit ses grandes actions ou celles de son privé. Ce n’est pas tant par désir de célébrer ses gestes mais également pour y apporter une approche critique digne du grand Fillinus de Velcal.
Ce travail n’est et ne sera jamais le fruit d’une tentative (vaine) de ma part de faire montre de mon éloquence, qui je le sais, n’est pas un point qu’il m’a été donné de travailler tout particulièrement, mais avant tout d’évoquer les conditions qui ont rendu possible les exploits du Sénateur mon père. Je ne louerai pas non plus les amitiés, les fidélités de ses alliés, que les défauts de ses ennemis. Je ferai les louanges de certains de ces actes, et les reproches d’autres, bien que le lecteur ait conscience qu’en tant que sa fille, je ne suis pas irréprochable d’objectivité.
Le Sénateur mon père a procuré bien des avantages à notre cité avant même le début de ses gestes de gouvernant, que je vais vous évoquer ci-dessous. Bien que ses parents étaient pauvres eux-mêmes d’argent, ceux-ci étaient dit-on riches de moralité et de rigueur. Et bien qu’ils ne furent que des citoyens coincés en avant-dernière classe censitaire et de lignée aussi inconnue que modeste, les deux branches de sa famille étaient selon les dires, déjà riches d’un grand passé. On disait de la lignée de son père que nous étions descendants de courageux chasseurs strombolains et propriétaires terriens qui avaient fait la colonisation des rivages stériles d’Achosie. Son paternel fut lui-même membre de la Garde civique de la cité de Strombola et ainsi, le Sénateur sa progéniture était baigné dans ce milieu, si bien qu’il finit par entrer à ses quinze ans dans la Garde Civique. Concernant cet âge, je n’ai point retrouvé de certificat attestant d’un si jeune âge, toujours est-il que sa présence est confirmée à son seizième anniversaire, à l’occasion d’un passage en revue au cours de l’année 1985, lors d’une année très troublée par les achosiens de l’AIAN. Il est possible que bien qu’engagé à 15 ans, il ne commença effectivement à se battre contre les barbares l’année suivante, sur ce passage j’ignore tout et il ne m’a jamais été donné de voir le Sénateur mon père ou ma mère l’évoquer.
La première campagne à laquelle il prit sa place fut donc dans l’année 1985, contre un chef de terreur de l’AIAN, un barbare nommé Ursel McKinnock, un individu criminel qui n’aspirait qu’à la tyrannie de Strombola, qui vint à se cacher dans la campagne et commettre méfaits et sévices contre des citoyens désarmés. Ses troupes étaient de différentes nations achosiennes et celtes, que ce soit du nord du fleuve de l’Adys, qui forme la frontière avec notre patrie, et le sud, le sol des barbares. Si jamais les achosiens du sud n’ont jamais reconnu leur participation aux actions de l’AIAN, il n’était pas permis pour le sénateur mon père et la plupart des citoyens de Strombola a cette époque de douter de leur non-ingérence. L’année 1985 fit noire, et la fortune ne sourit pas à notre cité, si bien que les terroristes contrôlaient beaucoup de notre pays. McKinnock ravagea la campagne et fit un grand mal aux cultures, aux usines et au commerce. La consternation perpétuelle qu’il suscita encouragea les sénateurs de notre bonne cité strombolaine à envoyer le détachement de Garde Civique dans lequel était incorporé mon père. Aussi, Dame Fortune se mit de nouveau dans notre camp. Par plusieurs fois, le criminel McKinnock fut acculé, et en plusieurs endroits il faillit périr de la main de nos troupes embusquées. Pourtant, ce n’était pas là la fin de nos chagrins, puisque des rangs achosiens de l’AIAN une scission fut actée entre leur troupe, et un autre criminel du nom d’Owen Fitzpatrick, mais qui se faisait appeler Erwys comme le héros des guerres achosiennes. Désormais donc, il fallait combattre deux troupes distinctes à deux endroits différents, et qui entre elles ne s’entendaient pas non plus. On dit que ce fut le sénateur mon père qui fit la proposition au commandant de sa Tribune d’écrire à Fitzpatrick une lettre dans laquelle il l’enjoignait, contre cadeaux et argent, à s’emparer de la personne de McKinnock. Ce fut là la première fois que le sénateur mon père fit montre de sa clairvoyance et de sa diplomatie, car les braves citoyens de Strombola étaient au fait de l’inimitié entre les deux barbares, et de leur jalousie commune. Aussi, le plan fonctionna et un beau matin, les gardes civiques n’avaient plus qu’à récupérer McKinnock à l’entrée de leur camp, moyennant rançon. Le barbare fut fusillé et son corps jeté dans la mer.
A l’issue de cette péripétie, l’un des sénateurs de la cité du nom de Frederico Botti fut tant ému de l’ingéniosité du Sénateur mon père qu’il le prit dans sa clientèle et lui fit la proposition de payer tous ses frais s’il voulait faire son entrée à la Grande école de l’Arsenal de Velsna.
Gestes de Matteo DiGrassi contre les achosiens et leur fourberie (1986-1997)
Changeant un casque pour pour le couvre-chef de galleoti, le Sénateur mon père devint aspirant marin au service de la Marineria sous le patronage financier du Sénateur illustre Frederico Botti. IL fréquentait là des gens issus des milieux les plus prestigieux et aristocratiques de la reine des cités, car la Marineria attire toujours les familles les plus aisées et distinguées de Velsna. Il y excella au concours du capitanat, arrivant avec l’excellence de sa promotion en l’espace de trois ans d’efforts. Il y forma des amitiés après les plus nobles gentilhommes et surtout, des méritants dont il s’entoura bien vite. Là encore, Botti lui acheta le grade de simple galleoti aspirant capitaine, sans en obtenir davantage, car bientôt, Frederico Botti devait être assassiné d’une lame inconnue au détour de la rue San Stefano, lors de la campagne des élections sénatoriales de 1990. Et ainsi, le sénateur mon père se retrouva sans patron et mécène. Encore une fois, il ne doit à son seul mérite le fait d’être bien vu de son capitaine, Nicolo DiMaria, excellent capitaine que l’AIAN nous prit plus tard, en 1993.
Le Sénateur mon père, enchaîna aux côtés de ce brillant velsnien la destruction d’un grand nombre de caches et bases côtières au cours des années 1992 et 1993, et ce fut deux bonnes années au cours desquelles la balance contre la l’AIAN s’inversa complètement, et que la fortune nous sourit. 1994 marque une pause au à l’issue de laquelle l’AIAN tue lâchement le Supracomito DiMaria, lui qui était si prometteur. L’Amiral de la classis I fit donc du sénateur mon père le Supracomité de la corvette « Vent de Velathri » en ce début d’année 1995. Pendant ce temps, les achosiens, sentant la fin venir, firent une nouvelle menace sur nos cités, car le danger de leur disparition les avait convaincus d’unir toutes leurs cellules pour prendre d’assaut notre maison de Strombola. Ainsi, dans l’année 1995, ceux-ci avaient étendu leurs conquêtes aux portes de la ville, qu’ils attaquèrent de la plus fourbe des manières, en piégeant des voitures, et en descendant sur les marches de notre Sénat, prenant otage des innocents : des femmes, des enfants, des vieillards et des pauvres indigents. Les achosiens s’étaient enhardis au point de faire leur entrée dans les villes et les lieux qu’ils évitaient auparavant. Ils étaient dirigés par ce même Owen Fitzpatrick, qui avait été une aide de circonstance lorsque les achosiens étaient divisés, et que nous pouvions encore espérer se servir d’eux ainsi. Mais ce n’était plus le cas.
Parmi les les achosiens, Owen était le plus charismatique d’eux tous. On le décrivait grand et beau, mais également rusé, tenace et à plein de ressources. Lorsqu’il attaquait une route, il disparaissait aussitôt non sans avoir tout volé et assassiner en grand nombre. Sans conteste il fut responsable du sac de Strombola. Il faut avouer qu'il était merveilleusement prompt, et habile, pour reconnaître ce qu'il fallait faire dans les occasions les plus prenantes, et encore plus prompt, et plus habile pour l'exécuter. La Garde civique de Strombola fut bien rapidement dépassée, et appela le Sénat des Mille a l’aide, et ces excellences sénateurs étaient décidés à envoyer à notre patrie insulaire d’Achosie du nord avions et flotte, parmi lesquels la Classis I où le Sénateur mon père était à l’appel. Ainsi, la flotte se mit au service de Strombola.
Des mois de janvier à mars de l’année 1995, la guerre fut infructueuse, bien que prometteuse. Les capitaines velsniens, autonomes et indépendants qu’ils sont, son habileté à beaucoup de largesses et libertés. C’est ainsi que sans en référer à l’Amiragglio de sa flotte, qu’il entra de lui-même en contact avec la Garde civique de Strombola à terre, car il connaissait bien, et inversement. Et fort désireux il était de se parer à l’humiliation qu’ils avaient subi, et l’horreur de voir vieillards et enfants enlevés de la sorte. Il s’en alla voir le Premier Magistrat de la cité pour le réconforter de ses chagrins, et lui promet de vaincre le barbare Fitzpatrick si ce dernier lui donnait l’appui de sa Garde civique. Confiant en sa personne, il accepta, et désormais les deux forces étaient unies dans le même but. La Garde viqieu acculait donc tout dissident achosien sur les côtes tandis que le navire du Sénateur mon père, alors Supracomito, faisait feu sur eux. Le stratagème fonctionna plusieurs fois. Mais ce n’était pas la seule mesure à faire, car Fitzpatrick avait aussi corrompu les esprits dans certaines petites localités, et encourager les habitants à les cacher et les aider. De cela, malgré son cœur bon, mon père fut sévère à la tâche, couvrant certains de cadeaux pour les remettre dans le droit chemin, et en traitant d’autres obtus comme on traitait les achosiens de l’AIAN. Si bien que les habitants de la ruralité achosienne étaient soit retournés par nos faveurs, soit retournés par les armes. Les achosiens d’Owen et de l’AIAN ne tardèrent point à voir leur nombre de cachettes se réduire dans cette année 1995, tant et si bien qu’ils étaient bientôt réduits à se cacher dans les rochers et les cavernes dont les citoyens locaux indiquaient l’emplacement à mon père.
Finalement, le Sénateur mon père fut informé de l’endroit où Owen avait fait sa base par des enfants ayant aperçu l’homme qui rôdait comme un animal acculé à proximité de tout ce qui pouvait lui apporter vivres et logis, tel un loup à la recherche de proies. Comme mon père qu’il se battrait jusqu’au bout et que les otages de notre patrie devaient rester saufs, il conçu son plan, voulant écraser le plus rapidement qu’il pouvait la poche qu’était le terroriste achosien. Et il l’accula le long des côtes à portée des canons de son seul navire, avec des moyens qui n’étaient pas beaucoup plus impressionnants que ceux dont disposaient les loups acculés. Pressés qu’ils étaient sur une plage en contrebas d’une grande falaise, les barbares étaient pris au piège entre ces dernières et le rivage où sillonnait l’ombre de la Marineria, avec leurs otages apeurés. Dans sa clémence, le Sénateur mon père se porta au-devant de la troupe de Fitzpatrick, presque sans armes et sans escorte. Devant un tel aplomb, les achosiens, ne respectant que la force et la brutalité, le laissèrent s’entretenir avec lui. IL n’exigeait de lui que de se rendre seul aux autorités de Strombola et relâchant les otages, en échange de quoi tous ses compagnons seraient épargnés et pourraient rentrer chez eux achever leur vie dans la paix. Mais la nature vint rappeler subtilement à l’oreill d’Owen qu’il était un animal en fugue, et il fut poussé par le destin à refuser l’offre du velsnien. Ainsi, les deux hommes illustres rentrèrent parmi les leurs, et mon père le sénateur entama le bombardement de leurs positions sur des jours entiers, tant et si bien qu’il fallait aux terroristes pour survivre se cacher dans les anfractuosités de la falaise. Les canons du navire tonnèrent comme de l’orage tandis que les gardes strombolains perchés sur les hauteurs faisaient pleuvoir les balles. Au troisième jour, et alors que les vivres manquèrent aux assiégés, ils tentèrent une sortie en essayant vainement de gravir la falaise sous notre feu, et eurent à pleurer beaucoup d’entre eux.
La logique des choses aurait exigé que les achosiens se rendent à la clémence de notre humanité, mais ils n’en firent rien. Et au contraire, il est de ces jours tragiques qui marquent l’âme de ceux qui en sont les témoins. Les achosiens en vinrent à tuer de leurs mains les trente otages qu’ils avaient encore à leur disposition sur la plage, aux yeux de nos velsniens. Certains parmi eux s’enfermèrent dans le silence, et d’autres dans la colère, que même San Stefano, le père de tous les velsniens, ne pouvait faire cesser. Les strombolains descendirent la falaise et balayèrent la plage et les cachettes de la falaise de toute âme. La frénésie avait fermé les cœurs des victorieux, car ils ne s’arrêtèrent de tuer que lorsque plus aucun des 400 achosiens ne fut vivant. Quant à FitzPatrick, il fut capturé avant de terminer sa propre existence, et son sort fut pire de la mort. On lui ligota les mains et les pieds, et on le coucha sur la plage à marée basse. On l’abandonna ici et la marée le rattrapa.
A propos de cette sanglante bataille, je voudrais l’acquitter d’une défense vis-à-vis de mon père, car on lui a beaucoup reprocher la conduite de ces événements. Il s’agit là de respecter les compétences qu’il possède, et dont d’autres n’auraient point été capables. En effet, il me plaît de constater que ses plus féroces critiques sont de ceux qui n’ont jamais perçu d’autre champ de bataille ou de situation similaire autrement que par le prisme du cinéma ou de la télévision. Ces gens là n’ont jamais foulé le sol achosien dans les années 1990, pas plus qu’ils ont déjà connu la pression de devoir négocier avec des preneurs d’otages.
Ainsi je l’affirme que la conduite de mon père fut irréprochable, et que rien ne fit il pour irriter les ardeurs et l’agressivité des achosiens rebelles. Il n’usa de la force que lorsqu’il n’y avait plus aucun moyen, et preuve il en est, préféra dans un premier temps affamer les terroristes plutôt que de risquer la vie des otages en les affrontant de manière directe. Il fut calme, accessible et affable en toute circonstance, et ne leva jamais la voix. La tristesse des évènements qui ont suivi ne sont pour mon avis, pas de son fait. Malgré cela, il en fut et en est toujours hanté de ce jour.
Tel fut le prix de la victoire contre l’AIAN, qui ne parlaient que le langage de la brutalité, du meurtre et du mensonge. Et le sénateur mon père fut fait Amirraglio de la Classis I deux mois plus tard, après la mort de l’Amirraglio DiMaria au cours d’une attaque de roquette. Il fut ç ce titre le plus jeune Amirraglio de l’Histoire de notre République. Malgré le sang de la bataille, l’issue de celui-ci fut décisive car jamais l’AIAN ne fut plus en mesure de se frotter à notre courage et à la justesse de notre cause. En concert avec le Stratège Tomassino, mon père participa donc à l’écrasement des dernières poches de ces gens aux sombres desseins. Mais le plus difficile fut non pas de vaincre ceux-ci, mais bien de conjurer le poison qu’ils avaient répandu dans les campagnes auprès des gens de peu.
A une occasion, mon père eu à se frotter à ces croyances infondées. Pour le symbole, il entendit en effet de nouveau prélever les impôts au nom de la cité de Strombola, dont l’autorité s’était tant effacée par le passé qu’une bonne partie de la campagne ne se rendait plus à ses devoirs de contribuable. Après avoir chassé l’AIAN de la petite localité d’Amastra, Devant les notables de cet endroit, il s’exprima ainsi :
Qui parmi vous sait à quel point l’AIAN a maltraité Strombola ? Connaissez-vous seulement la somme des malheurs et la façon dont ils ont pillé villages et maisons sans même se coucher de qui y vivait ? En vous acquittant du dû de votre protection, je vous accorde ainsi le privilège de vous racheter de vos anciennes loyautés qui sont votre affront. L’AIAN vous a traité en naïfs, et vous avez régit en naïfs. Aussi, je vous offre le pardon à la condition que vous reconnaissiez vos torts et que vous donnez à votre cité ce qui lui revient au titre de la tranquillité qu’elle vous procure. Pour que plus jamais l’AIAN ne gêne la tranquillité de nos esprits, vous devez donner à vos protecteurs les moyens d’effectuer leur office. Ce que vous donnez aujourd’hui, la cité de Velsna vous le rendra au centuple, et avec le sentiment de la gratitude qui va avec.
Par ces mots, mon père convainquit donc ce village d’Amastris de changer son allégeance sans combat, loin de la sombre réputation que certains lui donnèrent par la suite.
L’AIAN brisée, ceux-ci ne tardèrent pas à demander la paix et la pitié, et qui était du pouvoir de deux Hommes : mon père, qui dirigeait la flotte, et le Stratège Andrea Tomassino, qui commandait désormais les forces de la terre. Les deux ne s’entendaient pas sur la façon dont il fallait accabler les vaincus, et il ressortit de ce moment une certaine inimitié entre les deux hommes. Pourtant, ils se respectaient et se respectent toujours aujourd’hui. Mais à ce moment-là, il n’y avait rien de tel. Je pourrais beaucoup digresser sur toutes les raisons de cette rivalité, somme toute courtoise et digne de deux velsniens honorables, mais je n’en présenterai que deux avec certitudes. La bataille remportée par DiGrassi a pu exciter l’inimitié de Tomassino en deux points : la manière dont elle a été menée et dont ce dernier en tient rigueur dans un premier lieu. Et dans un second, la possible jalousie qui a pu ressortir de la victoire de mon père. Ce faisant, ils étaient tous deux les animateurs de cette négociation de paix avec les survivants de l’AIAN le 23 mars 1997. Les deux généraux se rencontrèrent tout d’abord sur un pont isolé au bord du fleuve de l’Adys, car les dirigeants de l’AIAN avaient trouvé refuge chez les voisins barbares du sud. Tomassino était de ces hommes qui ne sont plus à Velsa, habillé comme un gentilhomme en parade dans un accoutrement fort noble et fin, digne de l’ancien temps lorsque l’honneur comptait à la guerre. Il était imposant par sa nature également, faisant deux bonnes têtes de plus que mon père, qui lui était rendu petit par la nature.
Mon père s’y rendit avec les lauriers de la victoire, mais non moins digne et mesuré dans son triomphe. Car les conditions de ce traité furent généreuses : l’AIAN devait remettre toutes ses armes à la Grande République et livrer les responsables de l’attaque de Strombola qui seraient toujours vivants, en échange de quoi les velsniens permettraient aux autres de vivre dans la paix de leurs foyers et d’être amnistiés d’avoir prit les armes contre notre République et la paix civile.
Ce fut le premier triomphe de mon père, et dont il était largement le plus grand contributeur. On le convia à Velsna afin de lui ordonner la liesse publique de sa victoire. Mais il se rendit compte bien malgré sa condition qu’un triomphe devait se ponctuer de la distribution de l’argent gagné en campagne, et que dans les conditions où il fallait charmer les gens davantage que les extorqués, il n’en avait point. Ce qui le mit dans l’embarras. Aussi, des sénateurs se cotisèrent tous afin de lui offrir une fête méritée. Ce fut là son premier contact avec des excellences sénateurs autre que dans le cadre d’une relation entre Patron et client. Car beaucoup pressentaient déjà qu’il fasse une carrière politique, et ces excellences avaient à cœur de l’y encourager. Les sénateurs s’en allèrent voir leurs illustres confrères avec le document de la reddition, et ce fut un jour fier pour mon père.
Comment mon père regarda l’état de la République et devint Sénateur mon père (1997-2000)
Les gestes de mon père ne sont pas du seul fait des armes, comme la paix de 1997 le prouve. Car le sénateur mon père sait écouter, prendre compte du désir de chacun, et suivant les intérêts de la cité, accorder ces souhaits ou non à ceux qui le méritent. Ainsi, il prit soin de ne jamais humilier le vaincu et de grandir le vainqueur, car le ressentiment est l’arme la plus puissante du combattant. Et au contraire, aider un adversaire à se relever en fait un ami. C’est ainsi, et non seulement par la mort que fut obtenu ce traité, en soudoyant les hommes et les femmes d’Achosie du nord. Et par ce fait il fut récompensé d’une attention toute spéciale en vue des futures élections sénatoriales de l’an 2000. Car oui, sa victoire avait attiré l’œil d’hommes illustres se faisant la recherche de figures fort inspirantes pour aider leurs factions. Si bien que le nom de DiGrassi fut recherché par nombre de communicants de campagne. Mais naturellement, en ami du bon droit, il se rapprocha de ceux qui défendent la justice de nos institutions et la grandeur de la cité. Mais avant de faire son choix, mon père prit le soin d’attendre plusieurs semaines, car il voulait étudier cette cité qu’il n’avait point vu depuis ses études à l’Arsenal.
Velsna est une belle cité, mais qui tombe souvent malade de ses querelles, et qui devient fiévreuse lorsque la République est mal gouvernée. Pour comprendre les gestes de mon père, il s’agit de comprendre quel était son état en ce temps. Les malheurs de la guerre civile sont à lier aux malheurs de notre Sénat en cette époque. Il faut le comprendre : notre République n’a de légitime que la confiance qu’on lui apporte, et repose sur des équilibres ancestraux. La différence entre le bon et le mauvais gouvernant étant de les respecter scrupuleusement, sans quoi elle devait basculer inexorablement dans le régime des princes et des tyrans, comme ceux qui jadis ont tenté de renverser notre République pour se faire roi. Qui parmi nous oserait se faire diriger de la sorte comme en Kolisbourg, Teyla ou dans la contrée des nordiens d’Aleucie ? Bien entendu, jamais mon père n’aurait accepté de carrière politique s’il avait su que la cité n’était pas mal en point, et que le sens moral de certaines excellences ne s’était pas effondré comme un vieux château achosien. Peut-être serait-il resté soldat toute sa vie. Mais voilà dans quel état se trouvait la reine des cités lorsqu’il décida du contraire.
Mon père vint à la ville pour y découvrir que les manifestations de nécessiteux étaient quotidiennes. Les sénateurs, pour beaucoup n’avaient plus aucune sens de l’évergétisme envers ceux-ci, et riaient de leurs malheurs. Et le fossé de ceux qui gagnaient leur existence et ceux qui ne la gagnait pas était de plus en plus profond. Si bien que mon père en déduit que cette situation n’était point saine, car comme dit précédemment, la République n’a de légitime que ce qu’on lui accorde. Le contrat entre les classes censitaires n’existaient plus, et on avait là affaire davantage à des groupements épars de personnes contraintes de vivre ensemble plutôt qu’à un corps civique uni et fort. Lorsque le système de notre République n’est pas entretenu pour une longue période comme ce fut le cas, voilà donc le règne des princes.
Velsna n’était plus de fait aux mains du Sénat, composé d’égaux qui pourvoyaient ensemble à notre destin, mais entre de celles princes. Par prince, j’entends parler de ces Hommes illustres qui s’affranchissent de nos règles séculaires par leur seule fortune, et qui détourne nos institutions à leurs profits. Ces gens là étaient si riches qu’ils pouvaient parfois lever des armées pour leur compte, faire la guerre pour eux même, comme si ils étaient indépendants. Cela nous attire à la tyrannie. Le plus grand d’entre eux fut le Sénateur Dino Scaela, dont nous reparlerons. Pour l’heure, mon père était à la recherche de mécènes, car il y avait également des gens de valeur dont il fit la rencontre. Gabriele Zonta et Carlos Pasqual étaient de ceux-là. Ces deux hommes, illustres en vertu, prestige et argent, furent, on ne va pas se le cacher, responsables de la bonne fortune que rencontra mon père par la suite. Son excellence Zonta était déjà doyen du Sénat en ce temps, incorruptible en toute sorte et soucieux de nos lois. Il dressa le même constat que mon père quant au phénomène des princes, était attaché à la vertu publique et partageait ses vues en tous points. Son excellence Pasqual était de la trempe des héros de jadis qui parcouraient les terres d’Achosie en recherche de torts à redresser. S’il fut davantage ignorant que Zonta de nos lois, il connaissait lui aussi les raisons des malheurs de notre cité. Ce que mon père ignorait en politique, ces deux Hommes le lui apprirent.
Comme toutes les campagnes, celle de 2000 fut empreinte d’une violence des plus banale, et mon père eu a faire connaissance avec des personnages, certains pour le mieux et d’autres pour le pire, car c’était là son nouvel univers pour les années à venir. Le sénateur mon père fut élu à la 22ème place de nos élections, avec le soutien en voix de nombreux sénateurs visant à la conservation de nos institutions. Logiquement, il prit toute sa place parmi les Hommes du Patrice. Pour autant, il n’abandonna pas sa carrière militaire, car en tant que sénateur il pouvait avoir le choix de la poursuivre. Aussi, il resta Amirraglio de la Classis I, avant de devenir Amirraglio de toutes les flottes en 2002, encore une fois en fait et cause de ses compétences.
Le Sénateur mon père et notre famille (aparté)
Avant de m’engager dans la voie sénatoriale de mon père illustre, il convient de définir les individus évoluant autour de sa personne, et qui lui allouèrent un grand bien et réconfort, à commencer par notre famille.
Mon père n’était que peu de choses sans ma mère illustre, Clara DiGrassi-Nannini. Car contrairement à lui, elle était de grande famille lorsque ces deux se rencontrèrent durant les années d’étude de mon père. Ma mère possédait des sens dont il était dépourvu, et qui se complétaient parfaitement avec ses compétences propres. Aussi, elle aiguisa son sens politique qui n’était pas affuté comme il se devait, elle enseigna l’étiquette qui sied à parler aux Hommes illistres et aux princes contre qui il avait son labeur. Et elle renseignait, du haut de sa carrière d’avocate, mon père sur tout ce qui était digne d’être su du droit de notre pays et des nations barbares. Et que dire de mon oncle illustre ? Frederico Firmo DiGrassi, qui naquit en 1977. S’il eut une enfance moins difficile que mon père car ce dernier nous sortit de la pauvreté avant son enfance, il était fort adroit avec les mots et bon rhéteur que n’était point le sénateur mon père. Car il l’eut mérité, il fut gratifié à son tour du titre de sénateur bien plus tard que son frère. Nous avions ainsi tous à donner de la magnificence de cette famille, bien que natifs de notre cité de Strombola et avant tout fidèles à celle-ci.
Concernant mes grands-parents, je les connu que peu car disparus dans mon enfance, et ils restèrent à Strombola, fidèles à la vie simple des travailleurs honnêtes de notre cité. Et jamais ils ne firent la demande d’une pension ou du moindre florius que mon paternel illustre amassa en politique ou en guerre.
Portraits : Dino Scaela et Vittorio Vinola
2000 fut une année déterminante pour le sénateur mon père, car c’est cet instant que Dame Fortune choisit pour mettre sur notre chemin les deux personnes qui, malgré la détestation qu’ils incarnent, façonnèrent notre existence bien malgré nous. Et peut-être est-ce là une bien curieuse façon que la Fortune a de nous faire signe, et de mettre à l’épreuve nos qualités.
En tant que jeune parmi les excellences du Sénat, mon père n’eut pas le privilège de rejoindre notre conseil communal en son premier mandat. Mais il se distingua bien rapidement en faisant partie de la commission des affaires militaires, secondant ainsi le Maître de l’Arsenal dans son impérieuse fonction. Ainsi, il fit effectuer le recensement complet de tous les équipements de nos régiments, et constata leur état alarmant. Si en ce temps, un étranger eu l’idée de ravager notre cité, il n’y aurait eu que peu d’efforts consacrés à les arrêter. Aussi, il fit une proposition à nos sages parlementaires, en leur adressant un programme de réarmement complet sur plusieurs années. Si le texte fut amendé et tassé dans son ambition, ce fut là une première victoire politique pour mon père. Mais a sa grande surprise, sa détermination fut mise à l’épreuve par un adversaire venant de son propre camp.
Dino Scaela était un sénateur d’une race illustre de Léandre. Les Scaela étaient autrement plus prestigieux que les nôtres. Nous étions de simples descendants de colons de Strombola qui combattirent les achosiens pied à pied, de la trempe des guerriers, mais qui étions incapables de remonter un arbre plus de trois générations. Mais les Scaela étaient plus grand. Pour peu que les archives sénatoriales ne mentent pas, on faisait remonter les Scaela aux derniers soupirs de l’antique Léandre. Et s’il ne m’a pas été possible de remonter au-delà, car la chute de la cité à mis un terme à l’existence de ses propres archives, il est possible qu’ils aient déjà été de lignage illustre dans leur patrie d’origine. Ainsi, les Scaela s’installèrent à Velsna dans l’ombre de la ruine de leur patrie, et la date exacte nous est connue par l’album sénatorial : 1460, l’année de la chute de Léandre. Les Scaela ne sont pas les seuls à connaître ce sort, car des dizaines de lignées illustres rejoignirent notre cité, et une grande partie des sénateurs de notre patrie sont encore landrins, et pratiquent encore cette langue dans l’intimité de leur élite. Par la suite, les Scaela essaimèrent partout, que ce soit à Fortuna, en Manche Silice ou à Velsna. Ils étaient apatrides, n’ayant de fidélité que leurs richesses accumulées au profit des cités qui avaient servi d’hôte aux parasites. Par le mariage, Dino Scaela descendait de lignages velsniens plus anciens encore, tant et si bien que certains remontaient aux guerres celtiques, dont les preuves étaient toutefois troublées par le temps.
Malgré ces avantages procurés par la vie, Dino Scaela n’était point doté du courage de ses ancêtres qui défendirent Léandre. Son corps n’avait point de forme, comme fondu au soleil, ramolli par l’argent mal acquis, car d’escroc il n’avait point pire que lui. On le disait grand artiste et mécène. Il est vrai qu’il était fort généreux avec les artistes, mais il m’est d’avis que c’était avant tout afin de cacher une grande laideur d’âme et d’esprit. Car tout ce qu’il faisait, il le faisait pour sa personne, même les actes les plus anodins et que d’aucun considérerait de manière désintéressée. Il concevait la politique de la même manière que l’art, comme d’un outil permettant sa progression parmi les illustres du Sénat, sans convenance pour nos lois et nos principes républicains. Voilà à quoi donc était réduite notre coté à l’époque que j’appelle « le temps des princes », où chacun se pense royaume, là où il n’est que le parasite de l’hôte que sont les institutions.
C’est ainsi à l’occasion du passage du Sénatus Consulte de réforme militaire de 2002 que les deux Hommes, lui et mon père, se découvrirent rivaux. L’un arguant que la proposition de l’autre n’était qu’une succession de dépenses inutiles, quand l’autre pointait l’importance d’assurer la sécurité de la cité. Scaela pensait peut-être que son argent suffisait à la défendre et qu’au cas échéant, l’usage des mercenaires s’imposerait comme naturel. Les mercenaires sont une solution de soutien, certes, mais ils sont à employer avec tempérance. Car en cas de déloyauté, il faut toujours le bon encadrement des velsniens. Par son influence, Scaela avait la loi du sénateur mon père à peau de chagrin, et celle-ci ne pu pas remplir son rôle. Cette confrontation n’était que la première d’une longue série qui allait s’imposer pour les années à venir entre la justice et la vulgarité.
Mais ces premières années ne furent pas seulement celle de l’explosion de Dino Scaela, car un autre Homme allait sortir de la fange en ces temps-ci, cette fois avec beaucoup plus de discrétion et de manigance. Comme tous les sénateurs, mon père était engagé à se constituer un réseau de clients, car la survie politique du sénateur est dépendante de son nombre d’amis, ou du moins de personnes que celui-ci arrive à payer pour remplir ce rôle. Les clients étaient la somme de tous les individus qui lui étaient redevables, et dépendaient de mon père afin d’assurer leur survie et un avenir. Il était parmi eux un jeune diplômé de bonne famille nouvellement fortunée nommé Vittorio Vinola. Ambitieux, il l’était tout autant que Dino Scaela, mais il était affable, aimable et dans le besoin de lancer une carrière prometteuse. S’il se révéla perfide et vain, il était néanmoins jeune, beau et fougueux. Il avait une intelligence naturelle et une éloquence primée lors de concours de plaidoirie. Ses mots étaient vides, mais sa voix était aussi belle que celle de Santa Valeria. Il parlait comme les sénateurs de l’ancien temps, avec un bagage de la culture dont mon père, il est vrai, ne disposait pas. Dame Fortune les fit se rencontrer le 23 aout 2001, lorsque ma mère convainquit le sénateur mon père d’assister à l’un de ces concours d’éloquence. Et ils furent tant impressionnés que ce fut mon père qui alla lui parler afin de le récompenser par des mots de sa grande performance. Vinola se toucha le cœur de ces compliments, et en profita afin de lui soumettre une supplique, car il avait reconnu là le sénateur à la réputation incorruptible.
« Son excellence Matteo DiGrassi, me feriez vous le privilège de me laisser devenir votre ombre et votre double. Celui qui écrira à votre place, qui prendra la température de la rue, qui prendra soin de vos affaires en toutes circonstances ? Je n’aspire qu’à servir. »
Accessible, mon père accepta ses services de secrétaire. Peut-être dois-je lui en vouloir d’avoir laissé entrer un loup parmi nous, mais il était encore en ce temps dans l’ignorance, aussi il ne faut lui en tenir rigueur. Ainsi, il lui confia de nombreuses tâches et confidences tout au long de ses années, qui l’aidèrent par la suite à forger par la suite son propre pouvoir. Il reniflait, allait chercher…à bien des égards, Vinola avait toutes les caractéristiques d’un chien, toutes sauf la loyauté. L’impureté de ses paroles se couplait à celles de son comportement, car il était séducteur bien peu subtil, et prenant un plaisir à prendre la dignité d’autrui. Aussi, il arguait souvent avec lui au sujet de l’avenir de la cité, et ils étaient d’accord en peu de points. Mais le sénateur mon père appréciait sa liberté de parole qu’il assimilait à de la sincérité. Il fut dommage pour lui que ce ne fut point le cas. Vinola regardait du côté de l’étranger afin de régler les problèmes de la cité, comme si copier l’imparfait allait rendre Velsna parfaite. Il voulait nous fondre dans ce grand moule eurysien difforme, sans comprendre les particularités propres à la République.
Ce dernier finit de s’attacher à notre famille par son amitié avec son excellence mon oncle Frederico, lequel le mettra bien dans l’embarras à l’occasion de son duel au pistoler face à un mari cocu en été 2003. Les deux formaient une paire impressionnante de ruse, et montèrent dans notre République au même moment, tous deux sous la clientèle de mon père, et devinrent sénateurs la même année 2008. Mais des deux, seul Frederico avait la sincérité de l’amitié et de l’affection, et l’autre ne servit de mon oncle, bien trop naïf, pour rester près de la fortune du sénateur mon père.
Du gouvernement du Patrice Erico Dandolo et de l’entrée de mon père à son service (2008-2012)
Par son excellence et son irréprochabilité, mon père fut investigateur de toutes sortes de lois, en grande partie à des fins de renforcement de la sécurité de notre République, fidèle qu’il fut à notre commission parlementaire de l’armement. Dans le même temps, il nous fallait pour notre famille, nous affranchir de la fortune d’autrui et bâtir la nôtre. Mais le sénateur mon père n’appréciait guère ces affaires d’argent, aussi il en confia la responsabilité à ma mère illustre. Elle avait davantage l’habileté de la finance que lui, aussi lui apportait l’argent et elle le réinvestissait partout où il était propice de le faire. Clara DiGrassi devint ainsi détentrice d’une presse dédiée à soutenir les actions politiques de mon père, ainsi que d’autres entreprises diverses dont elle confiait la gestion à des strombolains de confiance, qui avaient la rigueur morale nécessaire à la manipulation de tant de capitaux.
Les sénatoriales de 2008 approchait, et mon père, grandit par deux mandats réussis, s’apprêtait à en briguer un troisième, était désormais vu comme un futur membre du Conseil Communal probable. Car il est non seulement nécessaire pour être élu illustre maître de bureau le privilège de la compétence, mais également celui de l’argent, qui lui a manqué par deux fois. Aussi, d’une certaine manière, mon père ne devait son salut que par ma mère. Celle-ci avait été tant diligente à sa tâche que la clientèle de mon père au Sénat occupait après les élections de 2008 une centaine de sièges d’excellences sénateurs, sans compter ses alliés fidèles quétaient les Gabriele Zonta et les Carlos Pasqual. Ce furent également les premiers mandats de Vittorio Vinola, qui bien qu’il ne l’avouât jamais ne devait son siège qu’au don de voix de mon père, ainsi que de mon oncle Frederico.
Cette élection, le sénateur mon père la termina dans la 4ème position de notre scrutin, avec la chance accordée par Dame Fortune, et le bon sens de l’entourage de mon père tout entier. Il fut si plébiscité qu’il alla à en faire plâner une ombre sur Dino Scaela, qui lui aussi eu un grand succès, mais dont les commérages évoquèrent moins. Bien malgré eux, l’élection au Patriciat du Sénateur Erico Dandolo, et la formation de son gouvernement marquèrent la scission en deux tendances de celui-ci, car l’antagonisme entre les vrais défenseurs de notre République et les folies des grandeurs de Scaela ne tardèrent pas à devenir palpables par tous. Et mon père incarnait la juste réponse attendue par beaucoup face à la tyrannie des princes. Tandis que Scaela s’accapara le Bureau des balances, mon père reçu donc du Sénat celui de l’Arsenal, comme si ces excellences entendaient faire contrepoids entre les deux hommes afin de garantir la paix. Autour d’eux, on ajusta le même équilibre au sein des bureaux ; trois pour les alliés de mon père, et quatre pour ceux de l’ogre Scaela. C’est ainsi que la République se retrouva à la croisée des chemins, à la merci du destin et dépendant de la bonne volonté de deux personnalités que tout opposait.
Le 1er gouvernement du Patrice Dandolo fut à bien des égards le catalyseur de toutes les catastrophes ultérieures. Et ses échecs sont en partie liés à celui qui en était à sa tête. Jamais je n’affirmerais que la Patrice Dandolo ait été un mauvais homme, mais il n’était pas la bonne personne au bon moment. Les crises exceptionnelles exigent des individus exceptionnels, et le Patrice n’avait à mon sens pas la force de caractère nécessaire à faire ce que son rôle sous-entend : garantir l’unité de nos excellences maîtres de bureau. Mon père disait du bien de lui, mais celui-ci n’a pas été capable de voir la crise arriver. Lorsqu’il y avait dispute au conseil, il ne prenait souvent que le parti d’un entre-deux inconfortable pour chacun, et il fut incapable de répondre efficacement à un grand nombre de dossier d’une impérieuse importance. En sa gouvernance, le fossé entre les quelques princes et le reste du Sénat se creusa plus encore qu’auparavant, tandis que la République prit un retard économique accru d’avec les nations du dehors. La prospérité était la seule clé de notre indépendance, et nous l’avions à cet instant perdu. Les achosiens eux aussi étaient à blâmer, car dés qu’ils voyaient Velsna s’affaiblirent, ceux-ci se réveillaient et recommençaient à faire du trouble. La pauvreté de manière générale augmenta, et le peuple regardait désormais les sénateurs avec défiance plutôt qu’avec l’adoration d’autrefois. Il n’y avait plus là l’envie d’imiter des figures inspirantes, et de plus en plus s’imposait l’idée de les détruire.
Alors, dans cette situation dramatique, le sénateur mon père comprit l’importance de refonder la légitimité de notre République par la conception d’une série de politiques qui sortaient de l’ordinaire de notre manière de gouverner la chose publique. Si ces excellences patriciennes avaient abandonné la notion d’évergétisme vis-à-vis des affaires de la cité et du peuple, alors il fallait les y contraindre. Il était inacceptable de demeurer de jouir d’autant en faisant don de si peu. De là naquit l’idée d’un impôt sur ces excellences sénateurs, qui ne fut mis en application qu’après la guerre civile, des années plus tard. Mais le sénateur mon père en fit la proposition dès 2009, car il avait la clairvoyance de voir la situation se dégrader avant que la catastrophe ne se produise.
Toujours dans cet esprit, le sénateur mon père prit chaque occasion qu’il pu afin de rétablir une balance des pouvoirs entre le gouvernement et les princes de la 1ère classe censitaire. L’idée de réduction du cens, et par conséquent, de la mise en danger du pouvoir politique des princes faisant son chemin parmi le peuple, mais n’était pas encore parvenu aux oreilles de mon père. Lui, pensait en premier lieu qu’il était possible de sauver le système en l’état, sans y toucher ses fondements, en faisant de l’impôt son affaire primordiale. Car il ne s’était peut-être pas encore rendu compte de l’ampleur des problèmes que nous rencontrions. Toujours ainsi, il s’empressa d’étendre sa mainmise sur beaucoup de médias, mais dans l’optique de les subtiliser à l’emprise des princes tels que Scaela plutôt qu’à sa fin personnelle. Il craignait là encore, en ancien soldat obéissant, de faire scandale en demandant au Sénat de prendre le contrôle effectif de grands journaux et antennes, car ce serait vu là comme du Loduarisme. Incapable d’obtenir soutien suffisant du Sénat, il utilisait donc des moyens détournés fondés sur sa propre fortune afin de sauver la chose publique. Scaela, lui, en faisait de même, mais uniquement pour faire grandir sa personne.
A ce propos de la presse, je citerai un exemple parlant. Il y eu âpre bataille entre mon père et cet Homme dans la prise de contrôle du journal Quotidia, qui appartenait jusque là à l’illustre Sénateur Emilio Patrese, décédé en juin 2009. Si Scaela remporta en apparence cette bataille en acquérant les parts majoritaires de cette entreprise fameuse, mon père, qui n’avait pas le capital nécessaire à son acquisition, prit bien soin de continuellement garder le contrôle d’un tiers de ses actions, et subtilisa à Scaela la somme de toutes les archives du journal jusqu’à son rachat, refusant de laisser une chose aussi puissante que l’Histoire aux mains de l’ogre. Le moindre des mouvements du sénateur mon père au gouvernement communal, fut de gêner l’action du plus grand et redoutable des princes.
Toujours ainsi, mon père, en tant que Maître de l’Arsenal, entama au nom du Sénat une profonde réforme militaire dans deux buts : empêcher l’étranger de nous faire grand mal, et empêcher les princes, Scaela le premier, d’user de leur influence pour corrompre l’armée et la rallier à sa cause. Réforme, j’ignore si on put l’appeler ainsi, car encore une fois, le sénateur mon père agit avec les moyens qui étaient les siens, ceux de sa personne et non de la République. Ce n’était pas une Révolution en soit, car il ne changea aucune loi sur la question. Mais encore une fois, Il réorganisa la flotte en trois « classis » distinctes plutôt qu’une seule, afin de garantir que la corruption d’un amiral n’entrainerait pas le revirement complet de la flotte au profit de Scaela. Profitant également de son expérience en Achosie, il comprit que la marge de manœuvre et l’exploit personnel était important pour nos capitaines. Cette méthode avait été exploitée parfaitement par l’Amiragglio DiMaria durant les troubles, mais à une échelle bien petite qu’était celle de sa seule flottille. Aussi, il étendit cela à la Marineria en son entier, et celle-ci fut divisée en trois classis, elles-mêmes divisées en flottilles de trois navires de chaque. On pria chaque capitaine d’être autonome plutôt qu’obéissant, actif plutôt qu’attentiste. Mon père alla chercher à l’étranger l’inspiration de tout cela, il faut l’admettre. Aussi, il se rendit par plusieurs fois en Zélandia afin de se quérir de tout ce qui avait été changé chez nos antiques rivaux. Mais il s’agissait là pour nous de prendre ce qu’il de mieux chez les autres afin de nous défendre plus efficacement d’eux. Enfin, mon père réussit à obtenir du Sénat la commande de navires supplémentaires, et la rénovation complète des Arsenaux de Velsna. Mon père ordonna également l’extension des chantiers, de sorte qu’il y eut toujours dès lors cinq navires à la construction en permanence. Aussi, lorsque l’un d’eux sortait de la cale sèche, un autre prenait toujours sa place. La flotte velsnienne depuis lors, grandit toujours, que ce soit sur les deniers du Sénat ou ceux que mon père n’a pas hésité à investir de lui-même dans l’entreprise.
Néanmoins, il y eu des choses à ce moment là que mon père n’était pas encore en mesure de corriger, et qu’il se contenta de colmater en attendant des solutions permanentes. Ainsi, il ne fut pas capable d’imposer l’idée de la fin de la vénalité des charges navales au Sénat de manière officielle et légale. Mais en réponse à cette impasse, il se servit de sa position pour ne favoriser la promotion aux plus hauts grades de ceux qu’il estimait méritant, quitte à sacrifier sa propre fortune afin de pourvoir aux talents de marins désargentés qu’il tenait en estime. Cela était nécessaire, car Scaela et ses optimates se pressaient alors aux portes de la Marine pour y décrocher des charges après lesquelles ils couraient toujours. Cela ajouta ainsi d’autres griefs à l’antagonisme entre la sénateur mon père et les scaeliens, qui voyaient désormais en lui les problèmes de la cité tout entière.
Mon père, qui en avait conscience, fit de son côté tout ce qui était en son pouvoir afin que ce gouvernement communal continue son existence, et son bon fonctionnement jusqu’aux élections sénatoriales de 2012, où une telle chose ne serait désormais plus possible.
De sénateur mon père à Triumvir mon père, la chute du second gouvernement Dandolo (2012)
Bien que gangréné par les rivalités, le Patrice Dandolo réussit à faire fonctionner les affaires de la cité jusqu’à son second mandat de Patrice, pour la raison que nos excellences Hommes du Patrice étaient encore assez en nombre pour que toutes leurs tendances, Digrassiens comme scaeliens, eurent assez de représentation afin de pourvoir à la majorité de leurs lois respectives. Mais dés lors que cet équilibre n’exista plus, ils conspirèrent aussitôt pour éliminer les autres, ce qu’ils faisaient de manière dissimulée, ils le faisaient au grand jour, et la campagne sénatoriale 2012 fut la plus sanglante et la plus révoltante à voir que nous ayons connu en un demi-siècle. Ce n’était là qu’une préfiguration de toute la barbarie dont Scaela ferait plus tard preuve.
Au milieu de ce vacarme a vu les Hommes du Patrice devenir des poulets sans tête, l’opposition, rassemblée sous l’appellation de plébéiens, s’était formée sur le ressentiment et la colère déraisonnée de nos citoyens les moins pourvus et malheureux. Et parmi eux, c’est ce moment qu’avait choisi son excellence Vittorio Vinola pour s’affranchir de la bonté du sénateur mon père, et porter par lui-même ses propres idées en tant que chef de file parmi ceux-ci. Pourtant, il n’était pas plus intéressé par le peuple qu’un autre, mais il avait à cœur de réformer notre République plus rapidement que ce que mon père entendait, quitte à faire perdre pied à notre cité, ses valeurs et son régime. Son ambassade en Zélandia eut empoisonné son esprit avec des idées qu’il n’était point bon d’avoir, et il se mit à rêver de la chute de notre cité. Le cens ne devait pour lui plus exister, pas plus que les freins à l’entreprise et ce qu’il appelait le corporatisme. Pour lui, rien ne devait plus être contrôlé, quitte à faire du mal au peuple qu’il prétendait défendre. Car si bien que le cens en l’état fut néfaste et injuste, il entendait en même temps détruire les conventions d’entreprise qui garantissaient que les investisseurs ne fassent pas disperser leurs capitaux aux quatre vents.
Voilà quel était donc le tableau de ce très faible gouvernement Dandolo, et tous comprirent qu’il ne devrait pas durer, si ce n’est le Patrice lui-même qui était encore dans l’illusion de son influence. Ainsi, ce fut là le temps des tractations pour attirer les étrangers à leur cause, comme si cette situation nécessitait leur concours hasardeux.
Portrait : La Reine Catherine et le peuple de Teyla
Parmi ces nations étrangers, Teyla fut toujours la plus intéressée à la chute de notre nation. Velsna était différente de ce pays en tout point, en plus d’être voisin, partenaire commercial et concurrent à la fois. Les telyais, à notre différence, avaient choisi la tyrannie d’un seul comme principe de gouvernement, qui s’était mué en une monarchie qui s’affaiblit avec le temps pour devenir un régime où le plus pauvre était exploité, mais où il le faisait de son gré car il n’y avait point de classe censitaire en ce pays. Cela soulignait l’aléatoire des désirs du peuple teylais, qui, quand il avait le choix, faisait la décision d’élire des individus qui les exploitaient au travail pareillement, voire d’une pire façon que nos excellences sénateurs. Mon père a beaucoup et peu d’estime à la fois pour les gens du sud, à cette raison, mais avec celle où il faut toutefois reconnaître l’adresse de ce peuple à l’usage des arts, des lettres, de la cuisine et de l’étiquette. Aussi, la visite de la reine Catherine fut l’occasion de constater tout cela à la fois: son intérêt politique mais aussi culturel à notre endroit, et cela révéla l’ambivalence de sa personne, qui provoqua fascination et rejet pour le sénateur mon père.
La cérémonie d’accueil fut grandiose, et digne de la reine qu’elle fut, car il n’y avait point tête couronnée qui avait foulé notre cité depuis 400 ans. Car les velsniens eurent depuis longtemps chasser les tyrans qui espéraient mettre la main sur nos institutions et l'usage de nos libertés. Le prince Scaela usa de sa richesse, de ses réseaux et de son influence pour tenter de faire sienne cette rencontre, avec l'usage de tout ce qui brillait de par l'hémisphère nord, là où le sénateur mon père n'avait qu'une modeste simplicité à faire don aux teylais. Rapidement, ces teylais en vinrent à constater la discorde de notre cité, comme si nous avions invité le loup dans la bergerie pour lui montrer que les œufs ne sont pas gardés. Ce fut un grand malheur pour notre cité que de montrer un tel visage face aux étrangers, et cette faiblesse fut le début de nos calamités, car les murs se fissuraient lorsque nos voisins teylais, zélandiens et achosiens s'intéressaient à nous, tel le mauvais œil du destin lorsque Dame Fortune nous abandonne.
La reine, j'en viens, car il serait dans mon envie de m'attarder sur sa personne.
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