
Je vous écris cette lettre d'une main tremblante, non pas par regret ou crainte, mais sous le poids des lourdes émotions qui m'envahissent en cette soirée. Après deux années entières à servir toujours la tête haute l'Organisation des Nations Démocratiques, je dois m'en aller, quitter ce poste. Au départ, je ne voulais pas de ce poste, j'y suis allé à reculons. Il faut dire qu'en tant que ministre des Affaires Étrangères du Royaume de Teyla, j'avais un poste calme, mais au cœur de l'action. J'y avais des amis et des connaissances auxquelles je tiens encore aujourd'hui. Cher homologue, si vous souffrez des mêmes maux que moi à mes débuts, laissez-moi vous dire ceci. Le doute est un compagnon habituel des hautes responsabilités que nous ne sommes pas destinés à occuper, mais que nous devons endosser souvent par simple concours de circonstances mêlé à nos compétences et à notre mérite.
J'espère que vous êtes rempli de doute, non pas par malice, mais parce que si vous l'êtes, je sais d'avance que votre mandat sera une pleine réussite pour l'Organisation des Nations Démocratiques et mettra à mal les ennemis du monde libre que nous représentons tous. Ce sont les gens sûrs d'eux qui font chuter les empires et qui mettent à mal l'unité nationale. Ce sont ces mêmes gens qui, de bonne foi, pensent répandre le bien, mais faute de remise en question, ne répandent que les volontés du diable. Il m’a fallu du temps pour accepter la fonction qui fut mienne le temps de deux années. Comme je l'ai dit, je ne voulais pas de ce poste. Et pourtant, avec le recul, je comprends à quel point ce poste fut l’un des plus grands de ma vie.
L’Organisation des Nations Démocratiques n’est pas une simple organisation supranationale. C'est une organisation dans laquelle toutes les nations sont écoutées et dans laquelle les avis de chacun sont pris en compte quelle que soit la situation. Au cours de mon mandat, j'ai pu me rendre compte de l'efficacité de l'organisation. En outre, l'Organisation des Nations Démocratiques, à travers la prévention de la guerre et ses alliances entre les États-membres, sauve des vies humaines chaque jour. Bien entendu, l'organisation n'est pas parfaite, mais je puis vous assurer de son efficacité, que l'on doit à tous les acteurs de l'organisation, sans aucun doute possible. Au regard de votre ancien poste, vous le savez plus que quiconque, l'organisation n'est pas un simple amphithéâtre dans lequel nous déroulons des discours humains. Les membres de cette organisation agissent nuit et jour pour le bien commun de l'humanité.
Bien sûr, vous constaterez rapidement que les défis auxquels l’Organisation doit faire face sont immenses. Vous allez être à la tête d’une institution essentielle à la stabilité mondiale, à un moment où le monde devient de plus en plus conflictuel, dans un monde dans lequel les dirigeants sont de plus en plus tentés de remplacer le bruit des paroles diplomatiques par le lourd bruit de fracas des armes. Nous sommes dans un monde multipolaire, mais l'Organisation des Nations Démocratiques a les moyens de faire entendre sa voix. Un chemin de paix, mais une paix non remplie de naïveté, mais de fermeté face aux nations et régimes barbares, autoritaires.
La Loduarie Communiste, qui jadis était supérieure en termes de puissance économique et militaire aux États-membres de l'organisation pris un à un, n'est plus que l'illusion d'une puissance. Ne nous trompons pas, la Loduarie Communiste reste une menace pour les États-membres et la paix sur le continent eurysien et même sur les continents du monde entier avec des partenaires comme Goïda. Son instabilité croissante, couplée à un déclin de son influence sur la scène internationale et de sa puissance, en font un élément imprévisible et, de fait, une menace. Sous mon mandat, l’Organisation des Nations Démocratiques a dû gérer les provocations croissantes et l'hostilité tout aussi croissante des autorités loduariennes. Nous y avons fait face unis dans l'adversité. Les membres ont été solidaires avec le Royaume de Teyla, le pays en première ligne de la lutte contre la Loduarie Communiste. Cette solidarité, le Royaume de Teyla en est conscient et en est ému chaque jour.
Il reviendra à mon successeur de faire entendre raison aux États-membres afin qu'ils détournent des ressources du dossier loduarien vers des dossiers qu'ils jugeront importants. Comme je l'ai dit, la Loduarie Communiste n'est plus la puissance qu'elle fut et l'Organisation des Nations Démocratiques peut y faire face sans y mettre tous les moyens dont elle dispose. Toutefois, si la menace loduarienne ne nécessite plus une mobilisation totale de nos ressources, elle reste un facteur de déstabilisation et d'imprévisibilité en Eurysie de l'Ouest qu'il convient de prendre en compte.
Le continent Eurysien est loin d'être un continent pacifié. L'Eurysie de l'Ouest est une partie du continent qui est prospère, une zone dans laquelle si la guerre viendrait frapper, cette prospérité ne serait plus et provoquerait un désastre humanitaire. Mais les zones les plus inquiétantes sont l'Eurysie centrale et l'Eurysie du Sud-Est. Il est triste de constater que l'Eurysie du Sud-Est rassemble à elle seule quatre-vingts pour cent des régimes réactionnaires et fascistes de ce monde. La République Translavique demandera sûrement l'aide de cette organisation si ces régimes ont des vues sur elle. La Grande République de Velsna représente un défi bien différent de la Loduarie Communiste, mais elle représente un défi majeur pour cette organisation. Il y a des sujets sur lesquels les deux entités se retrouvent, comme la libre-circulation en mer. Mais je crains que sur la majorité des sujets, les deux entités soient aux antipodes.
La Grande République de Velsna, contrairement à la Loduarie Communiste, ne cherche pas à imposer un modèle idéologique par la force. Cependant, contrairement à cette organisation, les dirigeants de cette nation marchande n'ont que faire des principes et de la morale tant que le commerce semble être préservé. Elle est bien plus maligne et intelligente que les dirigeants loduariens et en fait donc une nation plus dangereuse pour cette organisation. Si le dialogue reste ouvert, il serait naïf de croire qu’il mènera nécessairement à des accords mutuellement bénéfiques. Il vous appartiendra d’évaluer la meilleure approche à adopter pour préserver la stabilité et la paix face à cette nation.
Vous allez devoir rappeler aux États-membres que l'Organisation des Nations Démocratiques ne peut se contenter, dans un monde multipolaire, d'un rôle de figuration alors que le monde semble plus volatil que jamais et prêt à une guerre de grande ampleur. Elle est, et doit rester, un acteur central de la scène internationale, capable d’anticiper et de répondre aux crises avec rapidité et détermination. Cette organisation a réussi ce défi immense jusqu'ici et je sais déjà que sous votre mandat, elle réussira et sera encore plus forte et plus prestigieuse qu'aujourd'hui.
La tâche qui vous incombe, et qui incombe aux États-membres, est immense, comme je l'ai dit. Mais l'Organisation des Nations Démocratiques a d'immenses atouts. En outre, l'organisation est sans doute la plus proactive sur la scène internationale à travers ses membres. Cela nous attire les foudres de certains blocs politiques, je vous l'accorde. Mais je n'oublie pas que c'est cette proactivité qui permet à l'Organisation des Nations Démocratiques d'être vue par les nations en difficulté comme une aide précieuse face aux agressions. Dommage que la plupart de ces nations aient mérité lesdites agressions. Désormais, l'Organisation des Nations Démocratiques attire un nombre conséquent de nations voulant adhérer à l'organisation. Il revient aux États-membres de décider des adhésions ou non, mais cela démontre l'attrait de l'Organisation des Nations Démocratiques. Confortez cet attrait et remerciez le Saint-Empire de Karty pour les réformes faites en faveur de la démocratie en prenant parti pour cette nation afin qu'elle devienne un membre observateur lorsque les Critères de Norja auront été votés.
Je pars avec le sentiment du devoir accompli, et avec la conviction que vous saurez, à votre tour, démontrer la légitimité de l'organisation sur la scène internationale. Je pars avec la conviction que vous saurez défendre les valeurs de l'organisation auprès des États-membres et des nations tierces. On m'a nommé parce que j'ai participé, en tant que ministre des Affaires Étrangères du Royaume de Teyla, à créer en partie cette organisation. J'y suis attaché plus que quiconque. Je sais que sans cette organisation, le Royaume de Teyla aurait dû faire face à la guerre.
L’Organisation des Nations Démocratiques n’est pas parfaite, mais elle est nécessaire. Elle est ce bouclier contre la loi du plus fort et ceux qui voient le monde qu'à travers le conflit. Je quitte cette fonction, la plus importante de ma vie, la tête haute et le cœur lourd, mais rempli d'espoir.
L’Organisation des Nations Démocratiques repose désormais entre vos mains.
Que ces mains forgent un ordre international sain.
Vous avez mon entière confiance pour cela, Votre Excellence, et cher ami.