
Le Norjien Politique - TANSKA
Les dessous de la démission de Madeleine Skolgund
Par Bjarne Henriksen (Norja), le 8 décembre 2013.
Norja, 6 décembre dans la matinée. La secrétaire générale s'est exprimée il y a déjà deux heures et les premiers rapports sylvois viennent d'arriver aux renseignements. En pleine réunion d'urgence, la première Ministre découvre la version désormais publique des faits relaté par le Duché de Sylva contredisant les propos de Skolgund : les avions sylvois abattu l'ont été pendant l'engagement et pas lors du tir initial de missiles par le croiseur loduarien. La crise prend une tournure non pas onédienne, mais interne.
Madeleine Skolgund est, au matin du 6 décembre, avant de prendre la parole, l'un des personnages politique les plus importants de la Fédération. Première représentante permanente de Tanska à l'OND avant son élection, elle était avant cela la Secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères et des Droits humains. Poste d'apparence bureaucratique, il s'agit en réalité d'une nomination hautement politique permettant de configurer et de centraliser la gestion du ministère des Affaires étrangères. Si la nomination des ambassadeurs et ambassadrices revient au ministre avec l'accord de la première Ministre et vote de la Commission des Affaires étrangères, la secrétaire générale du ministère nomme, elle, tous les postes secondaires mais la encore hautement politique à l'instar des directeurs de cabinet des ambassades. En d'autres termes, il s'agit d'un poste central et régulièrement jugé plus important que celui du ministère en lui-même pour la conduite de la diplomatie tanskienne.
Diplômée de sociologie politique avec master puis thèse portant sur la réintégration de Tanska dans le monde eurysien à la fin de son empire colonial, Skolgund n'a pas fait ses armes à la diplomatie, mais au ministère de la coordination et de l'implémentation législative tout en étant militante pour le Parti Fédéraliste. Restée 5 ans au ministère en tant que cheffe de projet puis d'équipe puis au cabinet du ministre pendant 3 ans, elle est élue au Conseil Municipal de Norja en 2004 et y fait un mandat complet jusqu'en 2010. C'est dans cette période qu'elle fait la connaissance d'une montante du Parti Fédéraliste : Jaka Lakkas alors députée fédérale. A son arrivé au pouvoir en 2010, Jaka Lakkas propusle logiquement Skolgund à un nouveau poste administratif et de gestion, et pas des moindres, le fameux secrétariat général.
Si les relations entre Loftsson et Lakkas sont mitigées, sinon inamicales voir parfois hostiles, le lien entre la première Femme du pays et la première Femme du ministère permet à la Jaka Lakkas d'avoir un contrôle ferme sur la diplomatie du ministère par l'intermédiaire de Skolgund. Travailleuse, appréciée des diplomates bien que non diplomate de carrière - ce qui est rare à ce poste - elle est propulsée à l'Organisation des Nations Démocratiques dès sa fondation. Une consultation interne aux agents du ministère révèlera alors que 42% estime que c'est la mieux placée pour ce poste, 33% regrettent son départ du Secrétariat Général et seulement 25% du personnel estime que c'est une mauvaise chose qu'elle reste dans le ministère. Dans une institution politisée et élitiste, un si fort taux d'adhésion n'a jamais été vu.
Elue, avec le soutien de l'administration tanskienne, au poste de Secrétaire Générale de l'OND, Skolgund gagne en dimension et devient plus qu'une administratrice, une forme de personnalité publique. Certes lointaine au début pour les tanskiens, moins pour les manticoriens qui tenteraient aujourd'hui de la débaucher dans certaines entreprises et cabinets, Skolgund s'est fait un nom dans l'espace public tanskien par ses sorties publiques, ses interviews et intervention à la presse et à la télé, le tout encouragé par le gouvernement. En d'autres termes, son départ a été encouragé par la première Ministre.
La crise du croiseur loduarien a provoqué "la seule faute", reconnaissait à demi-mot un proche de Jaka Lakkas de Skolgund en politique depuis le début de sa carrière. Sortie mal préparée et disposant d'informations encore incomplète, Skolgund s'est exprimée trop rapidement, faussement mais surtout "de façon maladroite" estimait ce même proche. Rapidement soutenue malgré sa faute par les pays membres, ce serait alors l'administration tanskienne qui l'aurait poussé à la démission avec l'accord de la Secrétaire Générale elle-même. La raison serait simple : en démissionnant rapidement mais sans provoquer de vacance de poste, Skolgund partirait ainsi avec une bonne image, celle d'une femme politique intègre qui, consciente de son erreur bien qu'involontaire, et consciente qu'elle puisse endommage l'institution qu'elle représente, démissionne. Elle envoyait aussi un message à la Loduarie : l'OND cherche le calme. Hors des arcanes officielles, la décision largement soutenue à Norja a aussi envoyé un message à certains partenaires de l'Organisation désireux de soutenir la version initiale. En agissant vite, Tanska réduisait possiblement l'ampleur de la crise.
Plus que cela, cette démission rapide, express même viserait ainsi à la préserver des critiques non pas externes, dont l'électorat tanskien n'a que faire, mais interne, au Congrès Fédéral, avant même qu'elles n'aient le temps de se former. En d'autres termes, Jaka Lakkas viserait à protéger le capital politique, l'aura gagnée par Skolgund, sa numéro 2. Adepte elle aussi d'une "ligne dure" sur la Loduarie, fervente défenseure de la politique d'égalité fédérale et du calendrier de Lakkas, Skolgund ferait ainsi un retour en force au Parti Fédéraliste, dont elle avait du se soustraire le temps de son mandat de Secrétaire Générale. Si aucun conseiller n'a voulu préciser si Madeleine Skolgund pourrait être propulsé à un nouveau poste de cabinet, voir à un ministère, aucun doute que cette femme de seulement 37 ans vient de faire un retour, surprennament grandi, en politique tanskienne.