20/05/2020
14:27:00
Index du forum Archives Pays archivés Eurysie (Archives) Clovanie

Activités étrangères en Clovanie - Page 5

Voir fiche pays
53
Ils repartent sans un Clou
Ils sont venus en Vain

Les Clovaniens



983
La Big Bertha en a marre des wokes !


https://thumbs.dreamstime.com/b/bateau-de-p%C3%AAche-p%C3%A9lagique-36848779.jpg

Le capitaine Umberto de Fiongues a décidé de mettre le cap sur Fassalamert ! Une destination bien plus prometteuse que sa Messalie natale, où les débats politiques acrimonieux entre pro-immigration et anti-business découragent les méritants. Du haut de la salle de commandement de la Big Bertha, son navire brise-glace spécialisé dans la pêche au crabe de la Manche Blanche, il revient de Gradenbourg. La pêche a été bonne mais un petit incident a eu lieu mais finalement ça s'est bien fini. Il a recruté quelques membres d'équipage pour revenir à la mère patrie mais les émissions déplorables vues à la TV l'ont franchement déprimé. Le solde migratoire s'est encore accru... Bordel de merde... Umberto est dégoûté. Il a pris la décision de se rabattre sur un pays où il n'y a pas ce risque : la Clovanie. Il en admire l'histoire, les valeurs et la gloire militaire. Ce sera une escale très apaisante, et où il pourra écouler sa pêche. Qui ne voudrait pas d'une bonne pince de "babtou solide" avec un joli jet de citron ?

La Big Bertha (vedette n6) met le cap sur Fassalamert.
2348
Colin Caramel

- Aaaaah… le doux soleil de la Clovanie. Presque moins pluvieuse que Carnavale, mais aujourd’hui il fait beau et je suis en vie. Quelle douceur. Quel plaisir. Profitons-en avant qu’il ne soit trop tard.

Colin Caramel, agent spécial de Carnavale, prend encore quelques secondes pour profiter de la lumière et de la chaleur de cette belle matinée d’été.

- Bon ! Assez perdu de temps.

Il prend la direction d’un petit hôtel balnéaire typique de Fassalamert, à la façade blanche et aux volets bleus.

- Bonjour bonjour !

- Bonjour monsieur. Carnavalais ?

- En vacance ! Comment vous avez deviné, mon accent ?

- Votre pin’s.

Colin jette un coup d’œil à son veston où plusieurs pin’s dont un « I love Carnavale » trône fièrement en vert et noir.

- Je l’avais oublié celui-là, vous m’avez bien eu.

- C’est agité chez vous, vous venez vous reposer en Clovanie ?

- C’est exactement ça ! Ni plus ni moins, pas d’espionnage, pas de manœuvres politiques alambiquées : rien que du plaisir et des vacances.

- Ça doit vous changer !

- Oh oui. Dieu bénisse les congés payés !

- Des congés payés ? Je pensais que vous n'en aviez pas à Carnavale ?

- Tout dépend de votre contrat de travail.

- Un contrat de travail ? Je pensais que vous n'en aviez pas à Carnavale ?

- Tout dépend de votre avocat.

- Un avoc

- Nous en avons à Carnavale. Dites, vous auriez une chambre qui donne sur la mer ?

- Bien sûr mais elle est un peu plus chère.

- Ça ira parfaitement. Et les repas sont compris ?

- Seulement le petit-déjeuner et le soir, le midi vous avez beaucoup de petits restaurants sur le port je peux vous faire une sélection si vous voulez ? Sinon la boulangerie vend des sandwichs si vous ne voulez pas vous embarrasser.

- Monsieur vous êtes un saint, je vous mets cinq étoiles sur l’application.

- C’est gentil mais on ne l’utilise pas ici. A la bonne franquette.

Colin Caramel ouvre les bras.

- Venez là que je vous embrasse ! De vraies vacances, pas de technologie, pas de complot, ah vous n’avez pas idée comme ça va me faire du bien !

- Vous bossez dans le complot à Carnavale ?

- Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça, je suis coursier en assurance.

- Oh c’est bien ça.

- Non c’est très ennuyant je ne parlerai donc plus jamais de mon métier que je connais sur le bout des doigts.

- Vous avez raison, vous êtes en vacances, il faut savoir déconnecter.

- Voilà qui est parlé !

- Je vous donne la numéro 14 alors, elle est au troisième étage vous avez vue sur le port et la mer, il y a la douche et les WC et un ventilateur au plafond.

- Excellent ! Je vais déposer mes affaires et me reposer un peu les yeux avant d’aller faire un tour.

- Vous avez raison, je vais juste avoir besoin d’un nom et d’un papier d’identité s’il vous plait.

- Bien sûr, c’est Jules Joli. Jules. Voilà. Avec un S, c’est ça. Joli comme l’adjectif. L-I. Voilà.

L’hôtelier regarde la carte d’identité et hoche la tête.

- C’est bon pour moi monsieur Joli, j’espère que vous passerez un agréable séjour à Fassalamert.

- Je n’en ai aucun doute !
1738
Colin Caramel en vacances

- Il n’y a pas à dire, ça vous change les petites villes de province. Quand on a surtout connu Carnavale, quelque chose à taille humaine c’est vraiment très différent on le sent tout de suite quand on se promène, ou même quand on discute avec les gens, tout est… plus humain, plus tranquille aussi, on sent que les gens sont moins pressés, moins stressés, je crois que je pourrais me plaire ici.

- Monsieur je vous ai juste demandé à quel parfum vous vouliez votre glace ?

- Oh pardon, vous me faites un yaourt-mangue s’il vous plait.

- Yaourt mangue c’est parti.

- Mais c’est vrai que je me dis : ça a ses avantages mais ça a aussi ses inconvénients parce que je crois que ça dilue les énergies, à Carnavale tout est très condensé et forcément il y a de l’émulsion, les gens se croisent, se parlent, échangent des idées, ici on n’est pas dans le cœur industriel de la Clovanie et ça se sent mais je me dis : à quoi bon ? A part pour le tourisme on s’entend : à quoi bon ?

- Votre glace monsieur.

- Merci bien ! Je vous dois ?

- 6 !

- Ouh c’est cher.

- Les prix sont affichés depuis le début, si vous n’êtes pas content vous pouvez me la rendre.

Colin Caramel passe un grand coup de langue sur la glace.

- Et maintenant ?

- Monsieur vous payez ou j’appelle la police.

- Tenez tenez je vous fais marcher. Bonne journée à vous jeune homme !

- C’est ça.

Colin Caramel s’éloigne sur le port en dégustant sa glace yaourt-mangue.

- Quel beau pays quand même. Quand il fait beau comme ça sur la mer c’est vraiment très agréable. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander de quoi ça vit, cet endroit ? La pêche certainement, quoique je ne m’aventurerai pas trop à pêcher dans le golfe, et sinon ? Un peu d’industrie peut-être ? Il faut que je me renseigne.

Il continue sa promenade et croque dans son cornet puis se lèche les doigts.

- Vraiment délicieuse cette glace. Il est quinze heures heures, qu’est-ce que je vais faire de ma journée, moi ? Que font les gens qui s’ennuient dans cette ville ? Il doit bien y avoir une petite fête ? Une petite boîte de nuit ? Quoiqu’à quinze heures… non ça ne doit pas être ouvert.

Il se dirige tranquillement vers la partie industrielle du port.
4133
Rioltaves carnavalais
Rioltaves carnavalais, la première publication des Carnavalais réfugiés en Clovanie, victimes des atrocités de l’OND, annonce la publication de son premier numéro consacré à la vie des Carnavalais en exil. Au menu : de l’actualité politique et culturelle, des recettes de cuisine, des trucs et astuces, des blagues et des jeux… Rioltaves carnavalais c’est VOTRE médias, à VOTRE image ! Car il fait toujours bon être Carnavalais, même exilés à l’étranger !


Réfugiés au Rioltaves, les chiffres flous de l’administration.


Carnavale, c’est là son moindre défaut, a toujours eu du mal à se compter. Les statistiques d’Etat sont rendues complexes à réaliser depuis le Chaos en raison de la densité urbaine de la Cité noire et de l’absence quasi-totale de services publics et de présence policière dans certains quartiers. L’architecture de Carnavale, sur plusieurs étages, enfouies jusque dans les sous-sols et réparties en une centaine de quartiers chacun possédant sa propre logique, n’aide pas aux travaux recensements, même lorsqu’ils sont commandés depuis le sommet de l’État. Seul le puissant service des impôts réussit l’exploit de ponctionner méthodiquement chaque année le peuple travailleur de Carnavale, mais la profusion des marchés noirs et de l’économie informelle dans les bas-quartiers fait du commerce une zone d’ombre aux yeux des puissants. Si les milices savent traquer certains produits – notamment les médicaments qui sont un monopole de la famille Dalyoha – et frappent durement les contrebandiers, il est plus difficile de suivre au quotidien les millions de petites transactions, de la main à la main, qui se font à Carnavale.

Démunis, Commissariat Central et l’Institut princier de démographie se trouvent réduits à publier chaque année des estimations, souvent biaisées, de l’évolution de la population carnavalaise. Taux de mortalité, nombre de naissance, émigration et immigration, difficile de suivre le rythme de la démographique chaotique de la Cité noire. Au-delà des enjeux économiques de prélèvement de l’impôt, ce sont plus récemment les estimations des morts et blessés dans les frappes de l’OND visant le quartier des colchiques, presque entièrement détruits, la place du calice et encore récemment le quartier des polypes. Trois quartiers d’habitation, densément peuplés, et rendus en partie inhabitables par les destructions. D’où la présence populeuse des réfugiés carnavalais installés dans la région du Rioltaves, zone tampon historique entre la Principauté de Carnavale et son seul et unique voisin continental : la Clovanie.

Habitués à vivre en communautés à échelles des quartiers, les Carnavalais n’ont pas mis très longtemps à s’organiser, en commençant par se compter afin d’estimer leurs besoins. A l’heure actuelle, les estimations des autorités clovaniennes et des représentants carnavalais estiment à environ 260 000 le nombre de personnes contraintes de quitter la Cité noire et de passer la frontière.

Samuel Aimant, responsable communautaire terre-à-terre, invite à ne pas se noyer dans un verre d’eau :

« Des catastrophes, les Carnavalais en ont connu des tas, et des pires. Mais jusque-là on pouvait profiter du caractère extensible de la Cité noire. Détruisez un quartier et un autre se reforme, ou bien des ruines sont investies ailleurs, la vie continue… avec le siège de l’OND, même s’ils ne sont pas en grande forme, c’est plus complexe de se déplacer en périphérie de la ville. Déjà parce que ce sont eux qui nous visent alors on n’a clairement pas envie d’aller se jeter dans leurs bras, mais aussi parce que leur dispositif d’accueil des réfugiés est kaput depuis l’attaque de l’agent GILGAMESH. C’est pas très clair ce qui se passe dans l’arrière-pays, mais j’y amènerai pas mes gosses. La frontière clovanienne est plus sûre. »

Merci Samuel Aimant, pour cette bouffée d’air pur.

Sur les bords de mer, déjà, les bidonvilles se montent à grande vitesse. Des foules afférées traversent les propriétés, s’installent et bâtissent où elles le peuvent. Les Carnavalais donnent l’impression d’être déjà maîtres chez eux, sûrs de leur nombre, ils appliquent surtout les mêmes méthodes qui ont fait leur prospérité dans les bas-quartier : adaptabilité, débrouille, et surtout ne jamais demandé la permission pour quoi que ce soit. Le réel tranchera, en attendant faisons de notre mieux pourrait être notre credo. Car tant que la Clovanie ne décide pas d’intervenir ou de sonner la fin de la récréation, pourquoi ne pas tout simplement s’installer dans la région ? Après tout il n’y fait pas moins bon vivre qu’ailleurs et si les opportunités économiques abondent moins qu’à Carnavale, le fond de l’air est plus sain. Il sera toujours temps de rentrer une fois la guerre terminée.

Le Rioltaves carnavalais s’est donné pour mission de documenter cet exode, car la Clovanie, c’est quand même vachement moins loin que la Kabalie ! Allez hauts les cœurs !
4231
Rioltaves carnavalais
Rioltaves carnavalais, la première publication des Carnavalais réfugiés en Clovanie, victimes des atrocités de l’OND, annonce la publication d'un journal consacré à la vie des Carnavalais en exil. Au menu : de l’actualité politique et culturelle, des recettes de cuisine, des trucs et astuces, des blagues et des jeux… Rioltaves carnavalais c’est VOTRE médias, à VOTRE image ! Car il fait toujours bon être Carnavalais, même exilés à l’étranger !


La Banque Princière Castelage débloque des fonds pour les Carnavalais du Rioltaves.


C’est une nouvelle qui a provoqué un immense soulagement dans les camps de réfugiés Carnavalais. Persécutés par l’OND, contraints à l’exil par la barbarie de la coalition moraliste, les Carnavalais savaient ne pouvoir compter que sur eux-mêmes… et sur les intérêts des grandes familles à préserver la paix sociale. Difficile, quand on n’a sur soi que ses vêtements et un sac-à-dos, de bâtir quelque chose de durable sans l’aide d’alliés puissants. Depuis des générations les Carnavalais savent qu’ils doivent compter sur les galas de charité des plus riches, noblesse ou bourgeoisie, pour redistribuer un peu de l’infini richesse de la Cité noire en l’absence de toute forme d’Etat social.

Dans les rangs des exilés, c’est d’abord la satisfaction qui domine. « Carnavale ne s’est pas débarassée de nous… » peut-on entendre murmurer dans la foule à l’annonce de l’aide financière de la Banque Princière Castelage. On craignait en effet que, comme pour les bas-quartiers, la haute société ne se désintéresse totalement du sort des habitants du quartier des colchiques et du quartier des polypes. « Nous ne sommes pas du rebus, nous sommes des victimes de guerre ! » s’exclamait hier encore Patricias de Cœur, improvisée représentante communautaire. Les quartiers des colchiques et des polypes ont en effet pour particularité d’être des quartiers médians, où le niveau de vie est sensiblement plus élevé que dans les bidonvilles et les bas-quartiers. Les annonces de la BPC dissipent la crainte du déclassement.

Quelles sont donc les fameux fonds débloqués par Améthyste ? La Principauté, qui a décrété un moratoire sur le PIB d’un an, envisage déjà de déroger à sa règle en décrétant plusieurs jours de solidarités, où toute la plus-value générée par Carnavale servirait à financer l’aide aux exilés. La somme n’est pas encore fixée, mais on parlerait potentiellement de 100 000 Chèques Carnavalais. Si le chiffre peut sembler conséquent, il est conditionné à une utilisation validée et pilotée par la Banque Princière. Les Castelage n’investissent jamais à perte, sauf s’ils y trouvent un intérêt, et Améthyste a annoncé qu’elle bloquait tout achat sur les marchés clovaniens tant que la République Impériale ne se serait pas manifestée.

« Les Clovaniens n’ont pas été des voisins fiables. Le bouclier historique de Carnavale s’est avéré plus qu’inutile dans la guerre, nous en tenons compte et nous n’oublions pas. Si l’Empereur s’obstine à demeurer mutique, nous saurons nous passer de son aide. Carnavale n’est jamais mieux servi que par elle-même. »

Interdit donc d’enrichir la Clovanie avec des fonds carnavalais. Les 100 000 Chèques d’Améthyste resteront dans le circuit de la Principauté et les exilés devront se fournir auprès des entreprises nationales. Un verrou qui complique les choses puisque la Cité noire est en partie toujours sous blocus, bien que ce-dernier ait été largement abattu par l’effondrement de l’armée adverse grâce à l’agent GILGAMESH. Reste que les voies commerciales classiques sont moins praticables qu’autrefois et rejoindre la frontière clovanienne demande davantage de prudence et de logistique qu’autrefois.

Si les difficultés s’accumulent, pour l’heure le soulagement est palpable chez les exilés. « Mieux vaut une aide conditionnée qu’un abandon pur et simple. » se réjouit cette mère de famille nombreuse, ancienne cadre dans une entreprise de production de filtres pour les égouts. Certes, Améthyste a le droit d’être regardante avec son argent, mais faut-il soupçonner des intentions inavouables ? La Cité noire agit rarement au hasard et quand elle investit quelque part, c’est soit pour des questions d’image et de réputation, soit parce qu’elle poursuit des intérêts cachés. Faut-il se montrer ingrat envers la Banque Princière ? Ce serait malvenu. Mais faut-il se montrer soupçonneux ? C’est de bon sens.

Pour le moment, mis à part pour préserver son image de mère de la nation, on distingue mal le retour sur investissement qu’Améthyste espère tirer de sa générosité. Il faudra rester attentif au fléchage des capitaux. L’objectif est-il de donner les moyens de survivre aux Carnavalais, le temps que la guerre se termine et de pouvoir rentrer ? Ou bien la Banque Princière se projette-t-elle dans le temps et a-t-elle des projets pour la région du Rioltaves, cette zone tampon historique qui empêche tout accès à la péninsule par voie de terre ? Les prochains jours seront assurément décisifs pour l’avenir de la communauté carnavalaise en exil.
4029
Rioltaves carnavalais
Rioltaves carnavalais, la première publication des Carnavalais réfugiés en Clovanie, victimes des atrocités de l’OND, annonce la publication d'un journal consacré à la vie des Carnavalais en exil. Au menu : de l’actualité politique et culturelle, des recettes de cuisine, des trucs et astuces, des blagues et des jeux… Rioltaves carnavalais c’est VOTRE médias, à VOTRE image ! Car il fait toujours bon être Carnavalais, même exilés à l’étranger !


Les Carnavalais fondent Malfestin, le premier bidonville carnavalais en territoire clovanien.


« Il faut bien s’organiser », « On ne va pas attendre que tout nous tombe tout cuit dans le bec », des phrases entendues parmi la foule des Carnavalais rassemblés à Malfestin. Un nom bien choisi pour ceux qui souffrent de la faim et d’un manque de ravitaillement. « Contre mauvaise fortune, débrouille » tranche un vieux monsieur en mâchouillant un vieux quignon de pain. Malfestin répond autant à l’instinct grégaire et urbain des Carnavalais qu’à un besoin très concret de se loger en Clovanie. Les tentes ont fait leur temps, désormais remplacées par des bâtiments en bois comme sortis de terre pendant la nuit.

« Hier encore il n’y avait que des champs et des marécage » commente, admirative, une habitante. « Ca a été l’affaire de quelques semaines et de la livraison de matériaux de construction. On a l’expérience de la récup’, bâtir sur des ruines ou sur des terrains vagues, quelle différence ? » Malfestin n’a pas fière allure, mais déjà la cité ne peut se confondre avec un bidonville ordinaire. Constructions en hauteurs, passerelles et maisons empilées les unes sur les autres, les lieux ressemblent davantage à une petite ruche en devenir qu’à un camp de réfugiés esseulés.

Comme à Carnavale, les plans ont quelque chose d’anarchique et l’impression de pénétrer dans chaos bordelique est saisissante. Pourtant, une logique, imperceptible à l’œil nue mais intuitivement comprise par les habitants, se dégage des ruelles de Malfestin. « Si c’est bizarre, c’est parce que c’est organique » explique un résident, visseuse à la main, en train de renforcer l’armature de sa future maison. « Les gens construisent où ils peuvent et comme ils peuvent, par affinité et praticité. Il n’y a pas d’architecte pour organiser tout ça, ça posera sans doute des problèmes plus tard mais on ne compte pas vraiment s’installer durablement. »

D’ici quelques mois, la guerre sera terminée. Remportée par Carnavale, espère-t-on. A Malfestin, le souvenir des bombardements indiscriminés de l’OND qui ont causé des dizaines de milliers de morts, est encore vif. La peur des expéditions punitives a d’ailleurs conduit les habitants à se préparer. Malfestin répond également à ce besoin de protection, mais aussi d’illisibilité. « Certains gars ont d’ores et déjà commencé à monter des milices, autant pour se défendre des menaces extérieures que pour garder un peu de calme dans les rues » nous explique un vendeur à la sauvette. « Des anciens miliciens Castelage, Obéron ou Dalyoha, des gars à la retraite ou des soldats qui ont choisi de rejoindre leurs familles. Ils ne sont pas nombreux, mais ils savent ce qu’ils font. »

Reste que ce ne sont pas les quelques centaines de pétoires emportées à la va-vite après les bombardements qui vont suffire à constituer une armée efficace. « Ca viendra… » balaye le vendeur. Pour beaucoup, la priorité est d’abord de restaurer un semblant d’ordre à l’intérieur de la ville. Les vols, bagarres et règlements de compte y sont encore nombreux et faute d’autorités compétentes pour encadrer les foules, les gens doivent trouver des solutions par eux-mêmes.

« La police clovanienne est quasiment absente » nous décrit une habitante en désignant des voitures garées au loin sur une bute. « Elle nous observe depuis là-haut, je crois qu’ils sont un peu dépassés. On est très nombreux et on n’a pas l’habitude d’attendre qu’on nous dise quoi faire pour agir » explique-t-elle avec un sourire. « Les Clovaniens sont passés à côté de la guerre, ils ne se sont pas du tout préparés, ça se sent… ce n’est peut-être pas plus mal. Je préfère qu’on s’organise entre Carnavalais que d’être trimballés d’un camp à l’autre par des militaires ou des policiers étrangers. »

Outre la peur du déclassement, la population ici craint celle de perdre le contrôle. L'expérience de Carnavale rappelle qu'il ne fait jamais bon participer aux expériences sociales à grande échelle, qui se font bien souvent au détriment des petites gens. L'encadrement des masses, qu'elle soit faite par les milices carnavalaises, l'armée moraliste ou la police clovanienne, suscité méfiance et défiance. Remettre son destin entre les mains d'une autorité supérieur ressemble de plus en plus à un piège et de nombreux réfugiés ne veulent pas en entendre parler. A Carnavale comme ailleurs, on ne peut compter que sur soi même.
3902
Rioltaves carnavalais
Rioltaves carnavalais, la première publication des Carnavalais réfugiés en Clovanie, victimes des atrocités de l’OND, annonce la publication d'un journal consacré à la vie des Carnavalais en exil. Au menu : de l’actualité politique et culturelle, des recettes de cuisine, des trucs et astuces, des blagues et des jeux… Rioltaves carnavalais c’est VOTRE médias, à VOTRE image ! Car il fait toujours bon être Carnavalais, même exilés à l’étranger !


Les vivres peines toujours à parvenir de la capitale, les Carnavalais du Rioltaves contraints de se nourrir sur le pays.


La faim devient un véritable enjeu à la bien nommée Malfestin. Partout dans les rues on assiste aux mêmes scènes : mendicité sauvage, bagarres de rue, et déjà l’état de misère dans lequel sont plongés les Carnavalais affecte aussi bien les corps que les esprits. D’autres scènes, heureusement, réchauffent le cœur : l’artisanat populaire a repris ses droits et les ateliers fourmillent déjà d’inventeurs et de réparateurs prêts à rendre la vie plus facile. Débrouillardise n’est pas un vain mot mais même forts de toute leur inventivité, les Carnavalais ne savent pas encore faire pousser la nourriture sur les arbres et plus le temps passe, plus il devient clair que Carnavale ne sera que d’un maigre secours, et plus la situation devient critique.

La Cité noire avait déjà du mal à se nourrir elle-même avant notre départ, partiellement coupée de son arrière-pays où les séquelles de l’agent GILGAMESH se font encore sentir. L’immense complexe agricole OGM de la Dalyoha Compagnie s’est retrouvé momentanément paralysé par la guerre et une partie des rangs de nos héroïques agriculteurs a été tragiquement décimé par la maladie. Il faudra encore du temps avant que l’empire Dalyoha ne fasse repousser le bras qu’il s’est lui-même arraché dans la bataille, et plusieurs années seront sans doute nécessaires pour parvenir à retrouver son niveau de production d’avant-guerre. D’ici là, la Cité noire est dépendante des importations qui arrivent au compte-goutte par le grand port de Carnavale. Telle est la situation dans la capitale, qui rend complexe, de l’aveu des autorités elles-mêmes, toute livraison de surplus alimentaires aux réfugiés du Rioltaves.

Des déclarations dont on peut douter, cependant, car Améthyste Castelage vient d’annoncer 120 jours de congés payés pour les habitants de Carnavale. Une opulence provocatrice qui contraste évidement avec ses déclarations sur les difficultés rencontrées par la Cité noire pour aider les réfugiés du Rioltaves. Si des fonds ont été mis à notre disposition, l’aide sera strictement financière et seuls quelques camions de matériel traversent chaque jour la frontière depuis le nord. Il n’en faut pas trop attendre de Carnavale sur le plan matériel. Alors, impuissance ou stratégie ? Améthyste Castelage invoque les blocus de l’OND, les saisies potentielles des cargaisons par les troupes de la coalition moraliste et les risques prises par les milices qui sont chargés d’escorter les convois. Elle rappelle – justement – que c’est l’OND qui nous a plongé dans tant de malheurs avec ses bombardements indiscriminés et que rien ne sera fait pour nous simplifier la vie. Nous voulons bien la croire, reste que la Cité noire nous a habitué à davantage de débrouillardise et que le manque de moyens commence à passer pour de la mauvaise volonté.

Sur place, on s’organise donc, là encore, sans rien attendre des pouvoirs publics. Plusieurs initiatives citoyennes cherchent des moyens pour se nourrir sur le pays. Si des accords ont immédiatement été signés avec les autorités locales Clovaniens, qu’il s’agisse des communes ou plus simplement d’entreprises ou de particuliers locaux, ces initiatives ne suffiront pas à faire vivre un quart-de-million d’exilés. Une chaîne logistique s’est d’ores et déjà mise en place vers la côte, afin d’approvisionner Malfestin des produits de la mer. Mais là encore, en l’absence d’une flotte de pêche suffisamment importante, les quantités risquent de manquer. Grâce aux fonds mis à disposition par la Banque Princière Castelage, des vivres ont pu être achetées et livrées par des prestataires privés, mais nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements d’un système qui peine à se mettre en place. Combien d’entre nous n’ont pas ce temps ? Déjà les témoignages d’actes de rapine dans les champs ou les sites agricoles nous parviennent, exacerbant les tensions avec les communautés clovaniennes locales. Il est urgent de trouver un compromis marchand avec la population locale, sans quoi la situation deviendra de plus en plus insupportable pour tout le monde.
Haut de page