Le capitaine Umberto de Fiongues a décidé de mettre le cap sur Fassalamert ! Une destination bien plus prometteuse que sa Messalie natale, où les débats politiques acrimonieux entre pro-immigration et anti-business découragent les méritants. Du haut de la salle de commandement de la Big Bertha, son navire brise-glace spécialisé dans la pêche au crabe de la Manche Blanche, il revient de Gradenbourg. La pêche a été bonne mais un petit incident a eu lieu mais finalement ça s'est bien fini. Il a recruté quelques membres d'équipage pour revenir à la mère patrie mais les émissions déplorables vues à la TV l'ont franchement déprimé. Le solde migratoire s'est encore accru... Bordel de merde... Umberto est dégoûté. Il a pris la décision de se rabattre sur un pays où il n'y a pas ce risque : la Clovanie. Il en admire l'histoire, les valeurs et la gloire militaire. Ce sera une escale très apaisante, et où il pourra écouler sa pêche. Qui ne voudrait pas d'une bonne pince de "babtou solide" avec un joli jet de citron ?
La Big Bertha (vedette n6) met le cap sur Fassalamert.
- Aaaaah… le doux soleil de la Clovanie. Presque moins pluvieuse que Carnavale, mais aujourd’hui il fait beau et je suis en vie. Quelle douceur. Quel plaisir. Profitons-en avant qu’il ne soit trop tard.
Colin Caramel, agent spécial de Carnavale, prend encore quelques secondes pour profiter de la lumière et de la chaleur de cette belle matinée d’été.
- Bon ! Assez perdu de temps.
Il prend la direction d’un petit hôtel balnéaire typique de Fassalamert, à la façade blanche et aux volets bleus.
Colin jette un coup d’œil à son veston où plusieurs pin’s dont un « I love Carnavale » trône fièrement en vert et noir.
- Je l’avais oublié celui-là, vous m’avez bien eu.
- C’est agité chez vous, vous venez vous reposer en Clovanie ?
- C’est exactement ça ! Ni plus ni moins, pas d’espionnage, pas de manœuvres politiques alambiquées : rien que du plaisir et des vacances.
- Ça doit vous changer !
- Oh oui. Dieu bénisse les congés payés !
- Des congés payés ? Je pensais que vous n'en aviez pas à Carnavale ?
- Tout dépend de votre contrat de travail.
- Un contrat de travail ? Je pensais que vous n'en aviez pas à Carnavale ?
- Tout dépend de votre avocat.
- Un avoc
- Nous en avons à Carnavale. Dites, vous auriez une chambre qui donne sur la mer ?
- Bien sûr mais elle est un peu plus chère.
- Ça ira parfaitement. Et les repas sont compris ?
- Seulement le petit-déjeuner et le soir, le midi vous avez beaucoup de petits restaurants sur le port je peux vous faire une sélection si vous voulez ? Sinon la boulangerie vend des sandwichs si vous ne voulez pas vous embarrasser.
- Monsieur vous êtes un saint, je vous mets cinq étoiles sur l’application.
- C’est gentil mais on ne l’utilise pas ici. A la bonne franquette.
Colin Caramel ouvre les bras.
- Venez là que je vous embrasse ! De vraies vacances, pas de technologie, pas de complot, ah vous n’avez pas idée comme ça va me faire du bien !
- Vous bossez dans le complot à Carnavale ?
- Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça, je suis coursier en assurance.
- Oh c’est bien ça.
- Non c’est très ennuyant je ne parlerai donc plus jamais de mon métier que je connais sur le bout des doigts.
- Vous avez raison, vous êtes en vacances, il faut savoir déconnecter.
- Voilà qui est parlé !
- Je vous donne la numéro 14 alors, elle est au troisième étage vous avez vue sur le port et la mer, il y a la douche et les WC et un ventilateur au plafond.
- Excellent ! Je vais déposer mes affaires et me reposer un peu les yeux avant d’aller faire un tour.
- Vous avez raison, je vais juste avoir besoin d’un nom et d’un papier d’identité s’il vous plait.
- Bien sûr, c’est Jules Joli. Jules. Voilà. Avec un S, c’est ça. Joli comme l’adjectif. L-I. Voilà.
L’hôtelier regarde la carte d’identité et hoche la tête.
- C’est bon pour moi monsieur Joli, j’espère que vous passerez un agréable séjour à Fassalamert.
- Il n’y a pas à dire, ça vous change les petites villes de province. Quand on a surtout connu Carnavale, quelque chose à taille humaine c’est vraiment très différent on le sent tout de suite quand on se promène, ou même quand on discute avec les gens, tout est… plus humain, plus tranquille aussi, on sent que les gens sont moins pressés, moins stressés, je crois que je pourrais me plaire ici.
- Monsieur je vous ai juste demandé à quel parfum vous vouliez votre glace ?
- Oh pardon, vous me faites un yaourt-mangue s’il vous plait.
- Yaourt mangue c’est parti.
- Mais c’est vrai que je me dis : ça a ses avantages mais ça a aussi ses inconvénients parce que je crois que ça dilue les énergies, à Carnavale tout est très condensé et forcément il y a de l’émulsion, les gens se croisent, se parlent, échangent des idées, ici on n’est pas dans le cœur industriel de la Clovanie et ça se sent mais je me dis : à quoi bon ? A part pour le tourisme on s’entend : à quoi bon ?
- Votre glace monsieur.
- Merci bien ! Je vous dois ?
- 6 !
- Ouh c’est cher.
- Les prix sont affichés depuis le début, si vous n’êtes pas content vous pouvez me la rendre.
Colin Caramel passe un grand coup de langue sur la glace.
- Et maintenant ?
- Monsieur vous payez ou j’appelle la police.
- Tenez tenez je vous fais marcher. Bonne journée à vous jeune homme !
- C’est ça.
Colin Caramel s’éloigne sur le port en dégustant sa glace yaourt-mangue.
- Quel beau pays quand même. Quand il fait beau comme ça sur la mer c’est vraiment très agréable. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander de quoi ça vit, cet endroit ? La pêche certainement, quoique je ne m’aventurerai pas trop à pêcher dans le golfe, et sinon ? Un peu d’industrie peut-être ? Il faut que je me renseigne.
Il continue sa promenade et croque dans son cornet puis se lèche les doigts.
- Vraiment délicieuse cette glace. Il est quinze heures heures, qu’est-ce que je vais faire de ma journée, moi ? Que font les gens qui s’ennuient dans cette ville ? Il doit bien y avoir une petite fête ? Une petite boîte de nuit ? Quoiqu’à quinze heures… non ça ne doit pas être ouvert.
Il se dirige tranquillement vers la partie industrielle du port.