Numéro 8, Août 2012 Lorenzo Geraert-Wojtkowiak et le passif-agressif ; ou une tentative de lecture de la dernière allocution du président loduarien Pr. Michael Grollier, directeur du département de littérature du Prince's College, Carklif.Camarades, Loduariens comme du monde entier.
Je ne reviendrai pas pas sur l'événement qui a provoqué une sur-indignation mondiale pour des raisons mineures à l'encontre de notre nation.
Je ne reviendrai sur aucun événement qui a pu se passer, et je me concentrerais sur les faits, rien que les faits. En l'occurrence, ceux qui nous intéressent et nous concernent. Ceux qui sont passés sous silence.
La Loduarie assume pleinement les actes qui se sont déroulés à la frontière Teylaise. Tout ce qui s'est passé s'est passé sur nos terres, en notre nation, et pas sur le sol Teylais.
La Loduarie a ses lois et règles, et toute personne qui viendrait à fouler notre terre est tenue de les respecter, aussi violentes et brutales soient-elles. C'est le gage de la stabilité.
Maintenant, passons au faits avérés. Deux citoyens Teylais ont traversé illégalement la frontière, munis de pelles. Deux citoyens Teylais ont tenté de faire reculer la frontière. Deux citoyens Teylais ont fui lâchement face à nos forces. Deux citoyens Teylais sont morts pour ne avoir pas avoir respecté les lois Loduariennes, et ce légitimement.
Nous avons réagi proportionnellement pour éviter qu'un événement comme cela se reproduise une nouvelle fois. Nous avons initié une enquête, prise en charge aussi bien par la police que par l'armée. Le monde sait que nous pouvons nous avérer cruels, et nous aurions fait preuve d'hypocrisie si jamais nous n'avions pas sanctionné les deux soldats à l'origine de cette perte déplorable pour la nation Teylaise. Or ces deux mêmes soldats n'ont fait que suivre les directives habituelles. Ils sont totalement exempts d'une quelconque bavure, et nous on prouvé leur détermination à faire avancer la justice.
À travers le monde, de nombreuses nations ont vu là l'occasion de s'indigner, uniquement pour la simple et bonne raison que notre glorieuse nation ne leur revient pas, contre notre gouvernement et notre manière de penser. À ces nations, nous ne dirons qu'une seule chose : taisez-vous, avant de précipiter le monde dans une rhétorique guerrière qui ne saurait mener que aux menaces et à la déstabilisation.
Cependant. Cette affaire aurait pu en rester là, après que nos services de police se soient engagés à rapatrier les corps des deux civils Teylais. Mais un acte de provocation sans appel à notre égard a été commis par la nation Teylaise.
Deux de nos citoyens ont étés arrêtés par la justice Teylaise. On pourrait arguer là qu'il ne s'agit que de justice, après tout nous même avons tué deux civils Teylais à la frontière.
Sauf que là, la situation est différente. Alors que nous ignorions que les deux civils morts étaient Teylais, Teyla savait de longue date que les civils qu'elle a arrêté étaient Loduariens. Alors même que nous avons appliqué nos lois sur nos terres, Teyla s'est accordé le droit d'arrêter des civils Loduariens sans raison apparente.
Pourquoi ont-ils étés arrêtés, d'ailleurs? Le Royaume de Teyla voudrait nous faire croire que c'est parce que ce sont des espions. Je vais vous le dire, moi, pourquoi ils ont étés arrêtés. Ils ont étés arrêtés car ils étaient Loduariens. Rien de plus. Simplement du racisme pur et dur.
Nous avons étés patient avec Teyla et ses alliés. La Loduarie a étée très patiente. Mais nous en avons désormais plus qu'assez de cette nation. La Loduarie ne s'engagera pas dans une guerre contre Teyla, je m'y engage. Surtout quand on parle de broutilles par rapport à l'ordre international. Ce serait rabaisser notre armée que de l'envoyer envahir une nation qui ne la mérite pas.
Néanmoins, nous ne laisserons pas un acte comme celui-ci se passer impunément. Nous dénonçons ouvertement le caractère rascsiste de la Nation Teylaise, de sa politique et de sa justice. Nous dénonçons clairement les tentatives de déstabilisations orchestrés par la Nation Teylaise, souhaitant mener à une guerre à notre encontre et mettant en danger la vie de milliers de civils et militaires, aussi bien Teylais que Loduariens.
Nous appelons le monde entier à faire preuve d'objectivité totale quand à la crise en cours, et à dénoncer les choses à dénoncer.
Notre ambassadeur à Manticore est actuellement en train de quitter les lieux, avec toute l'équipe diplomatique Loduarienne, pour revenir en Loduarie. Quand à Lyonnars, l'intégralité du personnel diplomatique Teylais à ordre immédiat de rassembler toutes ses affaires pendant les prochaines 24 heures, 24 après lesquels ils seront escortés par les forces Loduariennes jusqu'à la frontière.
Désormais. Si il devait y avoir une amorce de fin des tensions, nous ne ferons confiance qu'au Duché de Galouèse pour mener à bien une médiation convenable. Le Duché de Galouèse nous a prouvé, par le passé et actuellement, qu'on pouvait lui faire confiance diplomatiquement, ce qui n'est pas le cas des membres de l'OND et du Royaume de Teyla.
Le Royaume de Teyla a fait le choix de la confrontation brute; qu'il en soit ainsi. Mais si le sang venait à couler, que le monde sache que nous avons posé nos limites : la Loduarie ne s'engagera pas de son plein gré dans une guerre meurtrière et inutile.
Camarades, vive la Loduarie, vive le communisme et vive la révolution prolétarienne éternelle !Voilà, en substance, la dernière allocution de Lorenzo Geraert-Wojtkowiak, secrétaire général de la Loduarie communiste. Une allocution riche, en contresens comme en déclarations grandiloquentes. La vraie question : que devons nous en tirer ?
Au premier abord, on pourrait imaginer deux objectifs à cette allocution, objectifs qui seraient mutuellement incompatibles, à savoir envoyer un signal d'apaisement ou au contraire, marquer sa détermination à aller jusqu'au bout s'il le faut. Cependant, il semblerait que le discours tente de faire les deux à la fois, ce qui est aussi curieux que raté. On pourrait donc en venir à soupçonner ce discours d'avoir été griffonné à la hâte par le Secrétaire général lui même, qui est réputé pour ses actes impulsifs et son irascibilité. Mais suivons plutôt les fameuses déclarations.
On pourra déjà noter que dès les premières lignes, M.Geraert-Wojtkowiak fait usage de prétéritions, ce qui dénote d'une volonté de s'engager dans la langue de bois et le sabir politicien et marque la tonalité du texte. Une tonalité qui, comme on le verra, varie souvent bien vite. Ainsi, dès le début, M.Geraert-Wojtkowiak met en place une opposition finalement assez classique entre le "nous" (62 occurrences sur les 869 mots de l'allocution) de ses infortunés concitoyens et le "Ils" du complot mondial raciste dirigé contre la Loduarie ("sur-indignation", "indigner"). Ce complot mondial justifie probablement dans l'esprit de M.Geraert-Wojtkowiak la rhétorique d'escalade qu'il essaye de nous faire avaler par un pseudo-
mea culpa aussi discret qu'inefficace au début du texte. C'est le point le plus mystérieux de ce discours : il est émaillé de phrases qu'on interprèterait comme autant de bras tendus, mais qui sont noyées par la foule des obscénités habituelles et décomplexées du dictateur. Une tentative d'appel à l'aide, peut-être ? Mais nous reviendrons par la suite sur le portrait que l'on peut tirer de ce discours de M.Geraert-Wojtkowiak.
Ainsi, le dictateur tente de justifier "l'événement" par moult figures de style et usage d'isotopies légales : pléonasmes tels que "faits avérés", anaphores et euphémismes s'enchainent pour justifier la mise à mort de deux personnes désarmées, le tout dans un cynisme troublant. On en vient à un paragraphe étrange: "
Or ces deux mêmes soldats n'ont fait que suivre les directives habituelles. Ils sont totalement exempts d'une quelconque bavure, et nous on prouvé leur détermination à faire avancer la justice". On ne peut qu'imaginer qu'abattre des civils constitue une directive habituelle dans l'armée loduarienne. Heureusement, le naturel de M.Geraert-Wojtkowiak reprend rapidement le dessus alors qu'il s'adresse à l'impératif au monde entier "TAISEZ VOUS". On appréciera l'ironie piquante d'une phrase aussi agressive qui vise à dénoncer la "rhétorique guerrière" des autres pays. Justement, la rhétorique guerrière parlons en, puisque M.Geraert-Wojtkowiak semble en parler : en plus du mot "guerre" employé trois fois, des termes du même champ sémantique, comme "confrontation" ou "menace" apparaissent pas moins de 35 fois dans le texte. Dis-donc, Jamy, ca fait beaucoup pour un texte critiquant la "rhétorique guerrière", non ?
"
Deux de nos citoyens ont étés arrêtés par la justice Teylaise. On pourrait arguer là qu'il ne s'agit que de justice, après tout nous même avons tué deux civils Teylais à la frontière. Sauf que là, la situation est différente". Ah bon ?
Enfin, le texte s'achève dans un pic vindicatif. Au "
Nous avons étés patient avec Teyla et ses alliés. La Loduarie a été très patiente. Mais nous en avons désormais plus qu'assez de cette nation ", qui est pourtant suivi d'une garantie personnelle de M.Geraert-Wojtkowiak qu'il n'attaquera pas Teyla, succède le "
Le Royaume de Teyla a fait le choix de la confrontation brute; qu'il en soit ainsi. Mais si le sang venait à couler, que le monde sache que nous avons posé nos limites : la Loduarie ne s'engagera pas de son plein gré dans une guerre meurtrière et inutile". Si j'étais Teylais, je m'inquiéterai du fait qu'un dictateur qualifie le meurtre de deux de mes concitoyens de "broutille", mais je m'égare. Venons en au fait : que penser de l'auteur de ce texte ?
Je pense qu'il faut lire ce texte sous deux prismes : celui du remords, et celui de l'égo. A cet égard, la répétition des formules de justification est particulièrement intéressante : "alors même" revient plusieurs fois, de même que l'auteur insiste sur la justification tant morale que légale de ses actes. Mais, et je pense qu'il s'agit là de la clé, il exprime des remords :
"Le monde sait que nous pouvons nous avérer cruels, et nous aurions fait preuve d'hypocrisie si jamais nous n'avions pas sanctionné les deux soldats à l'origine de cette perte déplorable pour la nation Teylaise". Dans cette phrase, il faut noter l'emploi de l'adjectif "cruel" ainsi que du nom "hypocrisie" pour qualifier le "nous" loduarien. Or, il s'avère que dans l'esprit brouillé d'un tyran comme Lorenzo Geraert-Wojtkowiak, le "nous" collectif est totalement confondu avec le "je". En réalité, c'est bien M. Geraert-Wojtkowiak qui s'inculpe lui-même dans ce discours, et en direct de surcroît ! Il semble d'ailleurs être le seul à ne pas être au courant, et je pense que son État-major s'est bien gardé de lui faire remarquer qu'il avait qualifié les meurtres qu'il cherchait à minimiser de
"pertes déplorables pour la nation teylaise".
De ce fait, je pense qu'il faut conclure qu'il y a de la part de l'auteur un besoin pathologique de justification, probablement lié à un manque de confiance en soi. Le texte a été écrit par un tempérament passif-agressif, qui indiquerait au moins des troubles schizophréniques chez M. Geraert-Wojtkowiak. Si l'on en croit les rumeurs concernant son passé, et surtout si on lit la presse
tanskienne ou
caratradienne, on s'apercevra bien vite qu'il ne s'agit pas que de l'emportement d'un soir d'un alcoolique esseulé.