Posté le : 20 oct. 2024 à 00:48:29
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Zélandia communiste ?!
Voilà quelques semaines que la militante collectiviste Annabelle Pottier avait provoqué quelques haussements de sourcils en évoquant dans un écrit le caractère prétendument communiste de Zélandia, et capitaliste de la Loduarie. Revenant régulièrement dans les milieux informels, elle fit une nouvelle intervention dans le journal Maridlo Aktu auprès de la journaliste Bernadette Bucheron (à ne pas confondre avec Bernadette Vougier, présidente sylvoise). De sa voix grave de bucheronne, elle entama sans attendre l'entrevue :
-Madame Pottier, cela fait quelque temps que l'on parle sporadiquement de vous dans les discussions de bar pour évoquer une de vos déclarations précises : que Zélandia serait communiste. Concédez-vous que c'est une déclaration quelque peu... complètement erronée ?
-Oui, elle l'est, et il est amusant de voir que c'est spécifiquement elle qui est relevée sans jamais évoquer le propos global. Il n'est pas question de dire que Zélandia est communiste, quand bien même ma formulation était, je le reconnais, maladroite. Non, il s'agit de dire que la Loduarie Communiste n'est pas communiste derrière ses faux airs.
-Mais quand même, c'est dans leur nom !
-Et "Démocratie" est dans OND aussi, pourtant une organisation comptant un empire et plusieurs monarchies (parlementaire ou non) luttant pour le libéralisme et impérialisme peut difficilement se vanter d'être démocratique. Pourtant, ils le font, et la Loduarie fait de même.
-Même, la Loduarie est à l'opposée du libéralisme et lutte activement contre. L'économie est planifiée, les moyens de production nationalisés, les logements gratuits et le chômage absent. N'est-ce pas le communisme ?
-Si ça, c'est le communisme, alors Sylva l'était. Voyons, du temps de la monarchie absolue et féodale, les moyens de production était la propriété du Duché et des comtés, autrement dit nationalisés. Le chômage était absent puisque inutile dans une société féodale (là où il l'est dans le libéralisme sous la forme d'armée de réserve exerçant une pression sur les salaires). Et les logements étaient même fournis aux serfs dans un contrat social proche de l'esclavage. Sommes-nous différents de la Loduarie ?
-Vous exagérez, la Loduarie lutte activement contre les sociétés de classes, là où le Duché, avant comme aujourd'hui, est profondément hiérarchisé avec une notion d'hérédité. Vous ne pouvez pas mettre au même niveau les deux, surtout quand "propriété de l'État" signifie "propriété de la noblesse" en Sylva ! En Loduarie, il n'y a pas ce rapport prolétaire – bourgeois.
-La Loduarie ? Pas une société de classe ? Dans un monde idéal où la constitution s'appliquerait parfaitement et que les habitants seraient des individus parfaitement moraux, ce qui n'existe pas et se constate en Loduarie. Déjà, ne pas être libéral n'empêche pas d'être capitaliste. Le capitalisme d'État, c'est la propriété des moyens de production à l'État, que l'on pourrait aussi qualifier de capitalisme public en opposition au capitalisme privée, où lesdits moyens de production appartiennent à des acteurs privés et sont régis par les lois du libéralisme. Là encore, mais être interventionniste et dirigiste (comme on l'observe au Duché) ne fait pas de vous une société communiste. Autrement dit, les loduariens ont, comme je l'ai indiqué dans mon texte (et ça, on se garde bien de le citer) simplement troqué le rapport prolétaire – bourgeois avec le rapport prolétaire – fonctionnaire. Mais les travailleurs n'ont toujours pas la propriété des moyens de production et une société de classe persiste.
-Voyons, il est bien connu qu'en Loduarie Communiste, les entreprises sont autogérées par des syndicats qui appliquent les directives du gouvernement.
-Les directives d'une classe fonctionnaire, oui. Et non, le syndicalisme n'est pas le communisme, pas plus que l'actionnariat. C'est un discours de libertarien ça, digne de l'ambassadeur velsnien en Sylva, Hédonistia. Les fonctionnaires ont de fait des prérogatives, une autorité, ce qui met en place une hiérarchie en opposition totale aux principes de société sans classe. J'ajouterais à cela le caractère profondément militariste de la Loduarie qui la rapproche davantage d'une junte que d'une société communiste.
-On parle de fonctionnaires sélectionnés selon leurs compétences, et obéissant à l'État qui (elle consulta ses notes) compte le Secrétaire Général, présidant l'assemblée des décisions politiques qui l'a élu, et est approuvé par l'assemblée du peuple loduarien dont les membres sont tirés au sort. Il y a qui plus est divers processus démocratiques tels que des référendums pour permettre au peuple de s'exprimer. Dès lors, le peuple a le pouvoir sur les fonctionnaires qui ne peuvent pas sortir de leurs prérogatives.
-Oui, en apparence. Si l'on reste sur une observation superficielle de la constitution, alors la Loduarie est définitivement communiste et démocratique. Maintenant, analysons en détail comment cela s'agence dans le contexte géopolitique actuel. Premier élément flagrant : l'emprise majeure de l'armée qui est aux ordres du Secrétaire Général. C'est bien connu que l'armée a la charge de nombreux domaines (incluant pas moins que l'éducation ou la recherche) et, tenant compte de l'article 7 sur l'état de dictature militaire, on prend rapidement conscience des nombreux dysfonctionnements faisant du pays une autocratie militaire plus qu'autre chose. L'état de dictature militaire peut être lancé dès lors que la Loduarie est menacée. Ensuite, elle ne peut être révoquée que par un vote de l'Assemblée des Décisions Politiques... un vote à l'unanimité ! Pas à majorité, à l'unanimité, cinq cent onze membres doivent voter en cœur OUI pour mettre fin à l'état de dictature militaire. Et nous arrivons là au dernier point : l'inertie générale de la Loduarie dans sa politique étrangère et médiatique.
Elle prit une gorgée d'eau avant de reprendre de plus belle.
-La Loduarie est née et a grandi dans la guerre. Son appareil militaire est omniprésent dans la société, l'État et le gouvernement, et applique une dynamique qui l'enferme dans un cercle vicieux. Étant profondément militariste, la Loduarie raisonne selon le prisme des rapports de force et mène conséquemment sa politique étrangère sur ce fonctionnement guerrier avec un effet golem : elle est militariste et mène une politique d'intimidation, ses voisins lui deviennent alors hostiles, ce qui justifie chez elle un renforcement des moyens accordés à l'armée, imprimant dans le fonctionnement institutionnel du pays un raisonnement par la force, et bis repetita. Politique d'intimidation, hostilité, militarisme et ainsi de suite jusqu'à l'état actuel des choses.
-Vous parlez du militarisme outrancier de la Loduarie, on s'éloigne des questions socialistes.
-Mais c'est tout à fait lié ! L'état de dictature militaire qui se base sur une menace extérieure et balaie les principes démocratiques est garanti par la politique hostile de la Loduarie. Il suffit de regarder comment ses successions de menaces et d'exactions avec ses voisins dont l'OND ont provoqué un climat de tensions croissant. ATTENTION, je vois déjà certains se jeter sur moi pour critiquer ma complaisance envers l'OND et qui passent plus de temps à compter les points qu'à réellement écouter. Non, l'OND n'est pas innocente et nourrit naturellement cette dynamique hostile avec son militarisme à elle aussi. Mais là, on parle de la Loduarie et du communisme, pas de l'OND.
Bref, l'état de dictature militaire est assuré, volontairement ou non, par l'hostilité permanente de la Loduarie dans sa diplomatie, le tout consolidé à la fois par un média tenant une propagande constante plaçant en ennemi et menace les voisins, un vote nécessitant l'approbation de l'intégralité des cinq cent onze membres de l'Assemblée des Décisions, et un endoctrinement assuré par l'omniprésence de l'armée dans les institutions.
Annabelle sortie un carnet.
-Je vais revenir sur la question de l'annulation de l'état de dictature militaire si vote unanime de l'assemblée. Imaginons qu'il y ait quatre-vingt-dix-neuf pour cent de chance qu'un membre vote pour, savez-vous quelle est la probabilité que soit votée à l'unanimité la fin de la dictature militaire ? Zéro virgule quatre-vingt-huit pour cent (0,588%). Avec la quasi-certitude que chaque membre vote pour, rapporté à cinq cent onze votes, on arrive avec juste un peu plus qu'un demi pour cent de chance d'avoir l'unanimité. Savez-vous quelle probabilité faut-il qu'un membre vote non pour que l'on dépasse les cinquante pour cent de chance de mettre fin à la dictature militaire ? Zéro virgule quatorze pour cent. Il faut une quasi-certitude que chaque membre vote pour, pour que l'on ait juste une chance sur deux que l'intégralité de l'assemblée vote pour. Comprendrez-vous que l'abrogation de l'état de dictature militaire est dès lors impossible dès l'instant où un semblant de campagne médiatique se fait pour intimider les membres.
Sans démordre, elle poursuivait avec le même débit.
-On arrive à un système en apparence parfaitement démocratique, égalitaire et communiste, mais qui est assuré d'être une dictature militaire avec les conséquences de la politique d'intimidation de la Loduarie Communiste. Un système nourrit par un endoctrinement constant, une pression sociale et une campagne médiatique poussant à la peur pour légitimer une telle dictature. Un système dont il est impossible de sortir s'il y a un seul membre de l'assemblée des décisions qui s'y oppose. J'aime particulièrement la mention que "Le Secrétaire doit impérativement utiliser ces pouvoirs dans l'intérêt de la nation et du peuple." quand on a bien constaté le sens que donnait le secrétaire général à "intérêt de la nation".
J'aimerais d'ailleurs revenir sur la pression sociale que j'ai évoquée : L'armée est si omniprésente en Loduarie, qu'il est IMPOSSIBLE d'exprimer la moindre critique à son égard. On constate régulièrement en Loduarie des cas de disparition chez les individus manifestant un semblant d'opposition. Il me vient notamment à l'esprit un mouvement rapidement tué dans l'œuf de mères d'enfants tués. Des femmes qui avaient perdu leurs fils dans des guerres à l'étranger et qui réclamaient la fin de tels massacres... toutes disparues ! C'est ça la démocratie ? Faire disparaitre ceux qui expriment la moindre opposition ? C'est aussi démocratique que le système komunteranos, où vous opposer à massacrer ce qui n'est pas d'accord avec la masse fait de vous un fasciste déshumanisé à exterminer.
D'ailleurs, je noterais que la dernière fois que l'on a entendu parler de l'assemblée loduarienne dans les décisions politiques... ça concernait le choix des exportations d'armes. Rendu final ? Vendre des armes uniquement à des gens auprès de qui on s'entend bien. Alors, on l'oublie peut-être avec la multiplication de vendeurs à la sauvette d'armes les distribuant sans plus de scrupule comme Rasken, l'Alguarena ou le Miridian, mais faire de la vente d'armes un acte politique auprès de nations alliées n'a rien d'exceptionnel et constitue la norme. Voilà le dernier impact qu'a eu l'assemblé loduarienne il y a déjà plus d'un an.
-Mais du coup... Zélandia n'est pas communiste ?
-Non et il faut arrêter de se focaliser sur cette provocation. La vraie critique de mon texte portait sur le caractère autoritaire et militariste de la Loduarie, là encore dans la continuité de ma critique sur les discours visant à soutenir à tout prix ses exactions pour "ne pas faire le jeu du libéralisme", allant jusqu'à plaider une transformation de l'UICS en alliance militaire. J'espère là encore avoir éclaircit en quoi la Loduarie ne répond définitivement pas à ses prétentions communistes et démocratiques de par la dynamique dans laquelle elle s'enfonce.
-Après, il a déjà été exprimé clairement que le communisme loduarien était une étape de transition, avec un modèle qui prendra fin une fois la nation et le communisme sécurisés.
Se retenant se soupirer, Annabelle répondit.
-Oui, tout à fait, mais cela rejoint ce que je disais sur la dynamique d'hostilité dans laquelle s'enfonce la politique loduarienne. Jamais ne sera sécurisée la Loduarie tant qu'elle s'évertuera à se présenter comme une menace, provoquant alors d'autres puissances à vouloir la neutraliser. NON, je ne justifie pas l'impérialisme de l'OND, je dis simplement que l'impérialisme de l'OND et de la Loduarie s'alimentent mutuellement dans une spirale infernale où s'ancre de plus en plus dans l'esprit collectif la menace que représente l'autre et la nécessité vitale de l'écraser.
J'ajouterais que parmi les collectivistes sylvois, aussi peu visibles que soient nos efforts, nous militons pour un changement de direction du Duché et conséquemment de l'OND au niveau de la scène internationale et plus particulièrement envers la Loduarie. Mais cela implique des changements sociétaux au sein de Sylva même pour arriver à la purger de ses tares impérialistes, chose sur laquelle nous avançons doucement, mais surement. Plus Sylva se démocratisera, plus sa population sera instruite, et mieux elle sera renseignée sur le monde, alors nous pourrons réellement prendre les bonnes décisions pour interrompre cette dynamique d'hostilité.