Pays : Empire Suprême du Tahoku
Catégorie : Patrimoine immatériel
Nom de la proposition : Rites chamaniques et magiques mortuaires
Photo :
Dague en os humain, Kaneshiro, Empire Suprême du Tahoku, 1910.

Crâne sculpté condamnant son défunt propriétaire à y errer éternellement du fait des runes magiques qui le scellent à l'objet. Le serpent bouche les orifices oculaires du crâne, rendant le mort aveugle et incapable de se venger sur son geôlier. L'animal appelle à l'empoisonnement de l'âme et invoque la déesse des reptiles pour veiller sur le condamné. Description :Au Tahoku, on ne compte plus les traditions mortuaires tant la mort fait partie du quotidien des Tahokais : épidémies, duels pour l'honneur, guerres seigneuriales, criminalité, assassinats d'opposants ou de concurrents... La mort fait partie intégrante de la vie, en cela qu'elle peut intervenir à tout moment, et que son occurrence revêt moins d'importance que sa nature et ses conséquences : mort pour la gloire, mort de maladie, perdant d'un duel, exécuté pour crime, empoisonné... La cause du décès est primordiale dans la compréhension de la situation et sa gestion : quel rite effectuer, comment, et à quoi s'attendre pour les années à venir. En effet, les morts peuvent venir hanter les vivants et se venger eux-mêmes s'ils sont assez puissants, ou au moins appeler les forces divines de la nature à leur rescousse, il faut donc soit leur faire honneur (famille, amis, proches) soit les empêcher de se venger (ennemis, par exemple prétendant au trône exécuté, rival, concurrent commercial ou amoureux, tout est bon pour bannir les morts et asseoir son autorité). C'est ainsi qu'il existe des milliers de façons de traiter le corps et la mémoire des morts. On peut les classer selon leur but (bannissement, hommage, résurrection, utilisation des compétences du défunt en combat, en instinct, ...), leurs procédés (rédaction de livres d'éloges, peintures, sculptures, maisons mortuaires, arbre mortuaire, fabrication d'outils, de reliures, de tissus à partir du cadavre, enterrement, incinération, ...) ou encore les divinités auxquelles elles font référence.
Parmi ces traditions, on peut citer le
Tsukumogami (付喪神) qui permet, à travers la fabrication d'objets et plus particulièrement d'armes ou d'outils, de ressusciter le défunt sous forme de yokai après un siècle. Une fois ressuscité, le défunt-yokai peut user de ses capacités spirites pour aider son utilisateur si ce dernier l'a bien traité. Dans le cas contraire, il peut se venger et lui mettre des bâtons dans les roues, voire causer un accident. Néanmoins, il existe certaines pratiques, moins pratiquées car jugées fort dangereuses, permettant d'outrepasser les actions néfastes du yokai et de mettre à son service ses pouvoirs sans crainte de représailles. Plusieurs grands combattants et nobles connus ont de cette façon mis à profit les capacités de leurs ennemis tués au combat, le plus souvent par la fabrication de sabres, de pointes de flèche ou de petites pièces d'armure légère.
Pour ce qui est de la technique, là encore la grande diversité des pratiques est impressionnante et a tendance à embrouiller les novices. Dans le cadre d'un sabre par exemple, le créateur peut choisir de placer les restes de la dépouille au sein du manche, ou d'utiliser les os directement comme matériau du manche. Certains sabres présentent également des protections en cuir humain. La fabrication d'outils mortuaires peut s'accompagner de l'inscription de la vie du défunt, sur le manche ou dans l'étui par exemple, et ainsi plaire davantage à l'esprit du disparu.
Le tsuihou (追放), ou bannissement, cible le corps entier du défunt, contrairement au tsukumogami. En effet, l'existence de restes même partiellement conservés peut suffire pour laisser l'esprit vengeur libre de ses mouvements. Il faut selon les coutumes soit détruire complètement la dépouille -la broyer, la brûler- soit la tatouer à l'os -pour que les runes ne soient pas effacées par la décomposition- ou la sculpter de runes et de représentations de divinités gardiennes qui sauront, grâce à la piété de leurs adorateurs, garder les défunts emprisonnés dans leurs restes sans possibilité de s'échapper pour hanter leurs meurtriers.
Être victime de tsuihou est une honte et peut détruire la réputation et l'honneur d'une famille voire d'un clan tout entier, il est donc courant que des rituels de tsuihou aboutissent à des conflits sanglants pour tenter d'abroger le pouvoir magique qu'exerce une famille sur l'autre. A ce sujet, il est même courant que des familles rivales depuis des générations se mènent des guerres dans l'au-delà : l'analyse de tombes funéraires et caveaux familiaux montre qu'il est de coutume de préparer les morts au combat, et donc de leur fournir les armes les plus adaptées pour exploiter les faiblesses de leurs ennemis.
Etat de conservation : Ces traditions sont ancrées profondément dans la culture tahokaise et sa vie religieuse shintoïste, et encore pratiquées aujourd'hui. Le Tahoku est un pays reclu, peu ouvert au reste du monde, cependant il n'est pas exclu que ces pratiques soient le sujet de critiques dans les décennies à venir si les croyances religieuses venaient à être remises en question par une éducation influencée par les courants cartésiens eurysiens. Il faut donc veiller à la préservation de ces traditions à la fois uniques, fascinantes et controversées qui nous rappellent la diversité des rapports qu'ont les hommes avec le monde.