11/09/2020
11:45:45
Index du forum Continents Eurysie Gallouèse

Agence Gallèsante de la Presse - Page 5

Voir fiche pays Voir sur la carte
5133
nouveau logotype du Clëron ?

MAIS OÙ SONT DONC PASSÉS LES CHEFS ?

Édito : Depuis 2015 et la dernière réélection de Michal Trëvenon, le paysage politique gallèsant donne l’impression d’avoir perdu ses chefs de file. Un spectre plus divisé qui peine pourtant à faire émerger une nouvelle génération, voilà les conséquences paradoxales du « présidentialisme » naissant.


Guenièvre Sasset - pôle politique
28 octobre 2018


Jean-Marc Ayrault (attention peut-être de l'IA, ces jours-ci on ne peut plus savoir, merci AI overview)
L'ancien président Urvoit Nàsier, quelques jours avant la passation de pouvoir avec Majëul Farche.

Urvoit Nàsier est seul. Il déambule dans les allées fraîchement balayées du jardin présidentiel, derrière le Palais des Capucins. Il porte sa veste fermée et sa cravate nouée, malgré la douceur de cette fin d'octobre. Dans quelques heures, c'est Majëul Farche qui va prendre sa place derrière le bureau de bois brésil. Dans quelques heures, il sera officiellement le président du Conseil des ministres le plus éphémère de l'Histoire gallèsante, avec un règne de moins de six mois. Certes, M.Nàsier n'est pas très loin du précédent record d'Yves Ronclant (huit mois), mais après les huit ans de service de Carles Schwarzwald et les seize ans de Michal Trëvenon, il fait pâle figure. D'autant plus qu'il hérite de la même législature que son prédécesseur, avec laquelle celui-ci s'était maintenu trois ans.

Pourtant, la période n'est pas à l'instabilité politique. Ce serait même le contraire : après vingt ans de majorité de gauche, les électeurs viennent de donner une majorité absolue à la droite, dans une logique d'alternance qui a fait ses preuves dans bien d'autres pays. Mais ici, il se teinte inexplicablement d'une perte de repères. Comme ci, en fin de compte, le pays n'avait plus de tête. Et c'est là où, en y réfléchissant, la question devient obsédante : mais où sont donc passés nos chefs ? L'élite politique du pays est elle désormais incapable de proposer de vrais leaders, d'authentiques chefs de file, à ses électeurs ? Ou est, au Parti social pour la Liberté (PSL), le digne successeur du charismatique Trëvenon ? Où sont les Léquerre, les Benfer, les Dè Draune ?

On me dira que les chefs de file sont là, comme à chaque élection, et que c'est d'ailleurs un vieux briscard qui a remporté les dernières. Majëul Farche est actif en politique depuis presque aussi longtemps que Trëvenon, c'est dire. Il dirige le PRC depuis de très longues années. Les Modérés, c'est une coalition qu'il a bâti et patiemment mené vers la victoire. Oui mais voilà, Majëul Farche, dont la cote de popularité ne rivalise pas avec celle des précédents cités, ne peut prétendre à la même aura politique, même s'il réussit ce que Trëvenon n'a jamais pu accomplir. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas seul.

Michal Trëvenon a vampirisé l'espace politique, surtout l'espace politique de gauche, pendant seize ans. Et sans nous en rendre compte, nous nous sommes accoutumés à l'omniprésence d'une figure, ou de deux. Disons une par couleur politique. Dix ans de suite, les élections exécutives et législatives ont présenté quasiment les même têtes d'affiche : Trémeneur, Trëvenon, Farche, Manuel et Thibalte. Au PSL, il a parfois fallu faire tourner les postes, mais ailleurs ? Une idée, une tête, voilà ce qui s'est peu à peu ancré dans nos esprits. Ainsi, quand de nouvelles figures émergent, elles occupent nécessairement un espace politique conséquent.

Ce système trouve d'ailleurs ses racines dans les premiers temps de notre régime politique. Dè Draune a été une figure d'autorité marquante, et s'il a rédigé une constitution dans laquelle il tente d'abolir le césarisme, en rendant le gouvernement tricéphale, il se peut que cela n'ait été qu'une parenthèse. La culture gallèsante serait-elle en train de prendre le dessus ? En tout cas, S.E. Bastien II est un exemple de cette disparition des chefs. Lui qui devrait toujours être là, ne jamais s'effacer après la Révolution, reste muet quand le gouvernement annonce le rattachement de son duché à l'OND. On connaît pourtant l'hostilité qu'il voue à son égard.

Revenons à nos chefs de file, à qui nous avons confié tout pouvoir dans nos imaginaire au cours des dernières décennies. Et bien, depuis quelques années, les leaders établis semblent s'effacer. Le Duc, nous l'avons dit. Mais aussi Thibalte, qui ne cesse de régresser dans les sondages. Trémeneur en plein naufrage avec la famille Geraert-Wojtkowiak. Vanwe Piotroff, la relève attendue au PSL, qui fait pchitt. De l'autre côté, des figures ont émergé, sans parvenir à se pérenniser ou remplacer les anciennes. Théare Szcielsitz, à l'extrême droite, ou Frédéric Crocaux, à droite. Là encore, ces gens sont présents depuis longtemps dans le débat public.

Et puis à gauche, la fin de l'hégémonie de Trëvenon n'en finit pas de donner sa chances à des successeurs qui tous attendent leur heure. Sophale Bardiou, Drian Yvimpt, Yahnich Kard... Or, comme les personnes incarnent désormais les idées, le paysage politique s'en retrouve toujours plus fracturé. Tous les éléphants veulent leur place au soleil, et chacun s'affirme seul comme une hypothèse crédible, au lieu de construire avec ses voisin un projet majoritaire. Voilà comment, avec un électorat décis, on obtient l'impression d'un paysage fragmenté, en crise.

Le dernier facteur est bien sûr la gérontocratie, car enfin, peut être retrouverions-nous des chefs s'ils pouvaient être plus jeunes. Mais la jeune génération, celle de Bardiou, Yvimpt ou du conservateur Xavier Malpassë, se surajoute à la précédente sans prendre sa place. La faute à la ténacité de ses éléphants de mer. Au Parti communiste, c'est Hallau-Mari qui remplace Trémeneur. Théotiffan Lebritton est toujours secrétaire général du PSL. Frédéric Crocaux (PC) et Bernard Raboteaux (CD) sont indéboulonnables. Décidément, il leur faut peut-être tous vivre échec comme celui d'Urvoit Nàsier. L'ancien ministre de Trëvenon, après plusieurs décennies de bons et loyaux services, aurait semble-t-il prévu de se mettre au vert. Il n'a plus communiqué dans les médias depuis sa remise de fonctions.
8121
nouveau logotype du Clëron ?

DISCRÈTE MAIS CONCRÈTE, LA MUE DE LA DIPLOMATIE GALLÈSANTE

Le chef du gouvernement investit un champ diplomatique dédaigné par ses prédécesseurs, et semble chercher à établir un nouveau paradigme. Son début de mandat se caractérise par plusieurs changements d'orientation importants, à commencer par l'intégration de l'OND, à l'initiative du président. L'organigramme diplomatique gallèsant semble se réinventer.


Laurent Wauquiez
Lors du discours de Majëul Farche aux diplomates, 23 décembre 2018. C'est la première fois qu'un président des ministres prononce un discours au ministère des affaires étrangères. (AGP)

Le diplomate en chef, c'est lui. Pour la première fois depuis le dictateur Aurvoit Belventôle (qui a été ministre des affaires étrangères), le président du Conseil des ministres a prononcé un discours devant le personnel du corps diplomatique, réuni dans le grand hall du Ministères des affaires étrangères le 23 décembre. En présence de nombreux journalistes, le nouveau chef du gouvernement semblait vouloir faire date : il a déclamé les grandes orientations de son mandat en matière de relations extérieures, donnant l'air de vouloir créer une « doctrine » à la hauteur de celle que son prédécesseur, Michal Trëvenon, avait mis une décennie à construire.

« Cette mise en scène, c'est pour créer un événement fondateur » insiste le comte Lewig Diêtre, président de la commission comtale des affaires étrangères, qui était présent ce jour-là. « Majëul Farche a toujours eu le sens du spectacle ». Dans l'assemblée, des ambassadeurs, des consuls, quelques parlementaires, et bien sûr le personnel du ministère, sommé « d'appliquer avec diligence ces nouveaux réflexes, alignés sur les valeurs du peuple gallèsant ». Derrière l'orateur, le nouveau ministre des affaires étrangères, le comte Henri dè Chastèu-Beriant, n'a pas pris la parole autrement qu'en guise d'introduction. Il n'a pas repris le micro à la fin non plus.

D'ailleurs, le Sieur dè Chastèu-Beriant n'occupe pas le même rang protocolaire que ses prédécesseurs. Les deux ministres des affaires étrangères de Trëvenon, Vanwe Piotroff et Gwetran de l'Hairdre, puis celui d'Urvoit Nàsier, Luc Lambrois, étaient premiers à siéger parmi les ministres, c'est-à-dire quatrièmes personnages de l'État, si l'on exclut la famille ducale. Dans le gouvernement Farche, le ministre des affaires étrangères n'est plus que quatrième ministre dans l'ordre protocolaire, derrière celui de l'économie (Crocaux), les infrastructures (Ben Sala) et l'éducation (Malpassë). Il semble donc que le président souhaite faire perdre de l'importance au ministère, alors que la Diplomatie gallèsante est traditionnellement composée de trois pôles : le Conseil exécutif, le ministère, et le palais ducal.

La personnalité du ministre constitue en elle-même un indice de cette mise à distance. Henri dè Chastèu-Beriant, comte de Vaez, est une figure éminente de la droite parlementaire, président du parti nobiliaire à l'assemblée des comtes depuis de nombreuses années. Ancien haut-fonctionnaire, il a longtemps travaillé au ministère des affaires étrangères, et été consul de Gallouèse à plusieurs reprises. Il a été anobli en 2007, lorsqu'il a quitté l'Intendance du Trésor. Il n'a pas renoncé à son siège en accédant au poste de ministre. Il n'est pas improbable, de son propre aveux, qu'il retourne au Parlement dans les années à venir. Dans son entourage, on fait savoir qu'il a accepté de prendre cette place car Majëul Farche souhaitait un homme expérimenté pour lancer son « mouvement ». Expérimenté et sans ambitions.

En effets, ce qui semble ce dessiner n'est pas un abandon du poids du gouvernement en matière diplomatique, au profit d'un Conseil exécutif contrôlé par le Parti social pour la Liberté. Il s'agit plutôt d'un glissement de l'autorité diplomatique du gouvernement dans l'escarcelle du président. Les premiers mois de gouvernance semblent le confirmer : outre un projet doctrinal appelé « le Grand déploiement », élaboré au palais des capucins et déclamé par M. Farche lui-même devant le corps diplomatique, d'autres signaux ont pu être observés. La convocation, par exemple, de plusieurs figures de la diplomatie gallèsante, dont le ministre, la présidente du Cabinet Sophale Bardiou, ou l'ancien émissaire en Loduarie Gabriel de Boisfer de Wardieu, pour un petit-déjeuner de travail sur le sujet de l'Eurysie occidentale. Ou encore l'agenda du président, qui prévoit un déplacement à Teyla, un autre à Saint-Marquise, un à Tanska et un dernier au Grand-Kah dans les six prochains mois. Dans les six premiers mois de son mandat, Michal Trëvenon n'avait pas quitté la Gallouèse. En seize ans, il ne l'a fait qu'une cinquantaine de fois.

Un tel contrôle, croit-on dans l'entourage du président, permettra entre autre choses de redonner du poids au gouvernement face au Conseil exécutif sur la question diplomatique. Si, en vertu de la Constitution, les deux institutions sont censées travailler ensemble, la présidence du Conseil exécutif avait acquis une certaine autorité sur ces sujets, grâce notamment à la crise de Kialine. « Le Cabinet était devenu incontournable. Farche veut le rendre contournable » affirme Dernien Parzampach, ancien ministre trëveniste. « Cela risque de déstabiliser nos institutions, et de rendre plus difficiles les arbitrages sur les dossiers intérieurs ; les dossiers diplomatiques sont souvent des dossiers à plein temps » estime ce fidèle de la première heure de Michal Trëvenon.

Prendre la direction des affaires étrangères, soit. Mais pour quoi faire ? Une analyse du « Grand déploiement » permet de tracer les contours des cinq prochaines années en matière diplomatique. Pour André Moliëre, conseiller diplomatique de Majëul Farche, et l'un des auteurs de la nouvelle doctrine, la grande différence est la notion de « stratégie ». « Nous voulons en réalité que la Gallouèse applique une stratégie cohérente à tous les niveaux. Nous ne voulons plus de replis, nous voulons une stratégie régionale coordonnée, et, ce qui est nouveau, nous voulons une stratégie globale de puissance » expose l'ancien journaliste. Dans son discours, Majëul Farche appelle même à « enfin assumer une puissance gallèsante, ce qui est le seul moyen de se rendre pleinement maîtres de nos destins ».

Moliëre explique que cette stratégie globale repose sur repose sur différents « cycles de collaboration ». « L'idée est que la Gallouèse sera toujours un acteur régional de premier plan. » L'Eurysie occidentale fait donc partie du « premier cycle », un cycle de court-terme que la Gallouèse doit pleinement « intégrer » : accords commerciaux, libre-échange, partenariats universitaires, investissements sont notamment au programme. « C'est le cycle de la proactivité » détaille le conseiller, en précisant que les « pays amis », notamment les membres de l'Union des nations indépendantes et libres (UNIL) en font également partie. Ce cycle vise également à « circonscrire » les « pays hostiles ou déstabilisateurs » ; dans le viseur du ministère, la Loduarie, Carnavale ou l'Antares.

Un second cycle est celui des « puissances amies sur tous les continents », comprendre l'Organisation des nations démocratiques ou encore l'Azur. « Ce cycle prendra pleinement son sens dans un horizon plus lointain, mais nous devons commencer à l'investir tout de suite, car c'est celui que nous avons laissé à l'abandon » estime André Moliëre. Il s'agit ici de négocier des accords commerciaux toujours, et de « contribuer de façon bénéfique à la sortie des crises mondiales » en « promouvant les valeurs démocratiques » de la Gallouèse. À ce titre, Valérie Jacques, ministre chargée des négociations avec l'OND, demandait de « aller plus loin que la loi de mars 2006 » (sur l'exemplarité en matière diplomatique).

Ce second cycle épouse donc une vision que rejetait les précédents gouvernements, en estimant que la Gallouèse doit désormais s'investir dans le concert des nations. Dans ce cycle, le Palais des capucins n'exclut pas de compter aussi les Communes-Unies, allié choyé par les gouvernements Trëvenon successifs.

Enfin, un troisième cycle, le cercle du « déploiement global ». « L'idée est de reprendre ce qui marche » fait valoir André Moliëre. « La Gallouèse est un pays respecté pour son travail de médiateur, c'est une capacité que nous avons le devoir de faire valoir dans le monde entier, et pas seulement en Eurysie » affirme-t-il. Et de citer les bénéfices d'un investissement planétaire, notamment en matière de lutte contre la piraterie, les conflits régionaux et les ZEE. On sait que le nouveau gouvernement de droite a notamment la sympathie de Henri Cassenta, le PDG de la compagnie maritime CGTM.

En résumé, une Gallouèse qui assumerait de « jouer un rôle dans l'Histoire », comme l'a vanté Majëul Farche le 23 décembre. Un projet ambitieux, tant la Gallouèse avait semblé jouir de sa position recluse ces dernières années. Mais s'il est une chose évidente, c'est bien que ce choix du repli a été cruel envers la Gallouèse, avec Kialine, Carnavale ou l'Antares. La promesse d'une plus grande fermeté a d'ailleurs été approuvée dans les urnes.

Qu'on ne se méprenne pas toutefois, la Gallouèse risque fort de rester la Gallouèse. « Du fait de son statut de puissance moyenne, une position de suiveur conciliant est toujours plus que probable sur de nombreux dossiers » estime le géopolitologue Bastien Lorvegeant. Et sur certaines questions, les positions semblent immuables. Valérie Jacques, lors de son tout premier point presse le 7 décembre, a déjà averti que la principale pierre d'achoppement avec Manticore serait la codification du droit internationale, la bête noire de Trëvenon.
Haut de page