Posté le : 07 avr. 2024 à 03:35:43
15199
Nouvelle émission de JTVR.
S'ensuivent dans le Duché une nouvelle succession de paniques morales sur les réseaux sociaux, en réaction aux dernières actualités. Opération de l'égide kah-tanaise dans le cadre des accords bilatéraux entre le Grand Kah et les komunteranos, avec l'approbation de ce second, avant que ne soit finalement clamé la destruction d'un hélicoptère désarmé par l'aviation communaliste.
Aucune autre information n'est connue à l'heure actuelle, un silence radio pesant au sein du turbulent voisin communiste. Ce brouillard fut un terreau propice à un enchainement de théories et critiques par les internautes sylvois, dont les communistes. Fait intéressant, les adhérents collectivistes étaient cette fois-ci bien moins bruyants. Ces derniers s'étaient dans l'ensemble détaché des komunteranos depuis l'officialisation de l'arrivée loduarienne en Paltoterra, vu par beaucoup comme un acte inconsidéré et naïf, à simple visée de provocation.
Fidèle à son poste, c'est Gérard Langouste qui traita de la question :
-Un premier élément à revenir dans les communications des particuliers concernait le degré de menace représenté par les komunteranos selon les annonces officielles. Il était reproché une certaine inconstante dans le discours, qualifiant d'un coup à l'autre la république communiste de dangereuse ou non. Il semble y avoir une certaine confusion sur la question entre deux estimations à son sujet : est-elle une menace, et quelle quantité de moyens faut-il pour traiter cette menace ?
Le Duché de Sylva n'a en effet jamais changé de position depuis l'affaire des missives de feu Alexandre Verlumino. Le représentant lui-même d'une des régions des komunteranos indiquait que la déléguée de la région anarchiste était une menace à la stabilité, chose confirmée par cette dernière dans un discours acclamé par la foule où elle appelait ni plus ni moins qu'à la guerre. Hormis de la part de monsieur Verlumino, nous n'avons pas constaté d'opposition particulière parmi les consœurs de cette Anarka, hormis l'apport d'un semblant de nuance.
Depuis cet incident, les komunteranos ont été considérés comme des menaces et il faut dire que la position est quelque peu justifié. A déjà été expliqué dans les médias sylvois le décalage de la norme, ou du moins l'apparente recherche de ce résultat, opéré par Communaterra : ne pas reconnaitre la moitié du gouvernement, inviter la présidente de la Haute-Assemblée, menacer ouvertement par missive, appeler à la guerre. Ce sont des mesures indirectes récurrentes et de plus en plus extrêmes, visant à tâter le terrain et normaliser des écarts. Il est légitime d'extrapoler sur la durée, cette politique visera à agir de façon clairement répréhensible, mais uniquement après avoir accru la tolérance internationale vis-à-vis de ces exactions.
Un patrouilleur komunteranos pourrait très bien se rendre aux larges des côtes sylvoises prochainement, continuité logique de leurs actes. Si la chose avait immédiatement été faite dès l'ouverture des relations, elle n'aurait pas été tolérable. Mais là, après toutes les provocations tolérées, ce ne sera vu que comme une énième maladresse des immatures dirigeants komunteranos.
C'est pour ces raisons que le Duché a campé sa position, en affirmant très clairement et sans aucune ambiguïté que son voisin était menaçant, irrationnel et conséquemment imprévisible dans sa bêtise. Jamais le Duché a dit l'inverse depuis, cela nous amène par contre à la confusion actuelle : le Duché ne les a pas non plus considérés comme une menace excessive de par les limitations de leurs moyens combinée aux accords sécuritaires du Grand Kah. À l'inverse, la Loduarie a elle été considérée comme une menace sérieuse et tout à fait disposée à commettre l'irréparable. C'est ce qui a justifié la posture du Duché : des armes investissements notables ont été faits auprès des industries alguarenos et kah-tanaise pour répondre à la menace loduarienne et non pas komunteranos, cette dernière ne nécessitant pas de moyens importants pour être tenue en respect sans pour autant ne pas mériter sa qualification de "menaçante".
Feuilletant ses notes, il poursuivit.
-Un autre point de confusion est le suivant : souvent pointé du doigt comme source des menaces, Anarka Vorkoo est depuis partie en Loduarie... (petit sourire moqueur qu'il se força de réprimer). Bien, il y a pas mal de choses à dire sur le sujet. Primo, Anarka Vorkoo n'était pas une politicienne inconnue scandant dans son coin des obscénités pour attirer l'attention, c'était la déléguée d'un comité, d'une région, et elle était acclamée par ses concitoyens et quasiment approuvée par les autres délégués. Anrarka n'était pas la menace, elle en était l'émanation. La menace, c'est cette volonté ambiante de faire la guerre, d'aller vers l'instabilité, la popularité de ce bellicisme chez les komunteranos.
Plusieurs psychologues et sociologues sylvois questionnent avec pertinence l'état mental des komunteranos, qui sortent d'une guerre civile. L'ensemble de la population a été marqué, traumatisé par l'atrocité du régime impériale précédent et ses sanglantes tentatives de répression pour rester au pouvoir. Ce n'est qu'avec un déchainement comparable de violence que les komunteranos se sont émancipés et libérés. On peut donc supposer qu'il s'agit là d'un standard pour eux, de leurs normes culturelles, vu que leur nation est née d'une ultraviolence, et qu'ils raisonnent conséquemment selon ce schéma de pensé. (Petite incompréhension visible parmi les autres membres du plateau) Excusez-moi, laissez-moi m'expliquer. Ce que je veux dire, c'est que les komunteranos ont des standards et façons de faire complètement décalés de nous dans la civilisation. Et cela se caractérise notamment par ce courant belliciste et violent, duquel émane Anarka Vorkoo qui n'est pas une cause, mais un symptôme.
Par ailleurs, imaginer que la menace serait moins grande parce que l'une de ses plus fervente représentante partirait... en Loduarie, cœur d'une autre menace bien plus pesante, tient de la naïveté. La simple arrivée des loduariens en Paltoterra a été une inquiétude importante, tant ils étaient connus pour systématiquement se rendre dans les zones d'instabilité et les faire exploser, le tout pour consolider les positions impérialistes de leur meneur Lorenzo. C'est dès lors dans la continuité de voir d'un mauvais œil la première à scander la guerre, se rendre là-bas. À quoi pouvons-nous nous attendre, hormis la coordination d'opérations armées et de déstabilisations de plus grandes ampleurs ? Doit-on craindre que les komunteranos ne s'exporte en Eurysie pour y accroitre les troubles, ou réciproquement que davantage de renforts loduariens soient négociés ?
Bref, la menace n'est pas écartée, au contraire.
Il soupira en voyant sa note suivante.
-Bien, élément suivant : la région que dirigeait la célèbre Anarka Vorkoo ne serait pas une menace envers Sylva parce que... elle n'a pas de frontière directe avec. Alors, deux points. Premièrement, il est naturel de sous-estimer les moyens armés et les capacités de projection de cette région, mais de là à supposer qu'elle ne soit pas capable de franchir moins d'un millier de kilomètres ? Bien, déjà, inutile de s'attarder à outrance sur ce détail que n'importe quel individu qui ne soit pas d'une incommensurable mauvaise foi saisirait sans mal l'impertinence de cette affirmation.
Secondement, c'est partir du principe que seule cette région-ci est une menace et jamais au grand jamais le Duché n'a exprimé la moindre chose. Cela a toujours été l'intégralité des komunteranos qui étaient considérés comme une menace de par l'approbation (et absence de désapprobation) envers les discours d'Anarka Vorkoo, le tout soutenu par leur façon de faire en général façonnée par leur histoire, et leur politique dans l'ensemble. Là encore, c'est un prétexte étrange de considérer cet argument, d'autant plus quand ceux qui l'avancent n'ont jamais remis en cause la paranoïa des komunteranos envers le Duché bien avant qu'il n'applique la moindre mesure coercitive. C'est d'ailleurs l'occasion de rappeler que lesdites mesures ne méritent même pas le pluriel, et n'étaient même pas à destination des komunteranos, puisqu'il a uniquement s'agit de la déviation temporaire d'avions pharois.
Bon, sujet suivant.
Encore, il roula des yeux, même si l'expression de sa lassitude était moins marquée que précédemment :
-Nous arrivons aux derniers points à aborder, à savoir le prétendu alignement de Sylva envers le Grand Kah plutôt que l'Alguarena, et l'absence d'efforts pour empêcher l'invasion. La première affirmation est déjà curieuse dans le cadre de la crise (aussi permanente que la révolution) des komunteranos. Que vient faire dans l'affaire l'alignement de Sylva entre ces deux superpuissances ? La chose est quelque peu hors de propos et il est très curieux d'étudier pourquoi l'équilibre diplomatique du Duché poserait à question.
Déjà, cette posture est-elle inédite ? Aucunement, de nombreuses nations entretiennent d'excellentes relations tant entre le Grand Kah que l'Alguarena : Péronas, Fortuna, Banairah. Ne pas chercher à s'aligner ni à s'impliquer dans la rivalité de ces deux superpuissances n'a rien de surprenant, et est même plutôt sain. Nous ne sommes pas là pour compter les "points ingérences" entre chacun et dire lequel est le pire, ce n'est pas la vocation ni dans l'intérêt du Duché. Réciproquement, pencher à un degré variable pour l'un ou l'autre n'a rien de nouveau et là encore les exemples sont nombreux.
Maintenant, est-ce que le Duché est réellement plutôt orienté vers l'un ou l'autre ? Même si c'est un hors sujet flagrant quand il est question des actualités chez les komunteranos, cela reste un sujet intéressant. La Duchesse Alexandra Boisderose a jusqu'à présent entretenu de très cordiales relations avec l'un et l'autre des pays, établissant des partenariats, et même des accords étroits tels que la lutte contre la piraterie. Pareillement, jamais n'a été exprimé la moindre prise de position dans l'opposition entre les deux nations, au contraire : le gouvernement a toujours revendiqué expressément sa volonté de rester extérieur à tout ça.
Conséquemment, nous pouvons demander : qu'est-ce qui permet d'affirmer que le Duché de Sylva est orienté davantage vers l'un plutôt que l'autre ? A -t-il dernièrement pris des positions entre les deux partis ? S'est-il opposé à l'Alguarena et à ses intérêts ? Il est normal d'attendre des arguments de ceux qui tiennent ces propos et en l'état, ils sont pauvres.
Il est en effet annoncé que l'opération armée du Grand Kah serait une menace vitale pour les intérêts de l'Alguarena... et là encore, nous sommes dans notre droit d'attendre des explications, des preuves pour étayer cette affirmation. L'Alguarena ne s'est pas encore exprimé sur la question, n'a pas communiqué publiquement la moindre crainte, ni la moindre menace qui lui pèserait sur les épaules suite à cette opération. En quoi la tolérance du Duché envers l'opération de l'égide serait conséquemment alignée sur le plan géopolitique, puisque rien ne permet clairement de dire que la chose ne nuise aux intérêts de l'Alguarena ? Parce que le Duché soutient l'opération du Grand Kah ? Ce n'est en rien le témoignage d'un alignement entre le Kah et Alguarena alors, mais plutôt entre le Kah et les komunteranos, puisque l'Alguarena est strictement en dehors de cette histoire.
Et il est là inutile d'avoir fait polytechnique ni la moindre étude de géopolitique pour comprendre qu'en effet, le Duché est davantage aligné envers la nation cordiale auprès de qui se tissent des échanges fructueux, étroits et sécurisants, plutôt qu'en direction d'un voisin appelant à la guerre, menaçant, ne reconnaissant pas son gouvernement et massacrant son propre peuple.
Rappelons que les rapprochements opérés par Sylva auprès de Communaterra, tels que vu dans les missives impoliment divulguées par ces derniers, étaient courtois, d'égal à égal, et dans le cadre d'intérêts communs. Nous avons également constaté la patience remarquable de la ministre des Affaires étrangères, Matilde Boisderose, face au florilège d'insultes et d'immaturité de son interlocutrice. Nous pouvons dès lors confirmer que ce n'est pas juste Sylva qui s'est aligné sur le Grand Kah plutôt que les komunteranos, mais aussi et surtout eux qui ont pris soin d'empêcher tout alignement des sylvois envers eux. Comment certains peuvent sincèrement reprocher au Duché de tenir ses distances et prendre des dispositions, quand ils divulguent d'eux-mêmes les échanges démontrant l'attention particulière qu'ils ont appliqué à rendre impossible tout dialogue.
Petit verre d'eau avant de reprendre, il approchait de la fin :
-Et concernant l'absence d'efforts du Duché pour empêcher l'invasion... Nous allons devoir là aborder diverses questions militaires et politiques. Déjà sous un prisme purement technique, le premier constat est la difficulté qu'aurait représenté la moindre action concrète du Duché pour s'opposer aux deux centaines d'avions kah-tanais. Le voisinage au nord et ouest et... tout le voisinage, à l'exception du sud en fait, est calme. Pas de menace, pas de risque d'invasion, pas d'appel à la guerre clairement exprimé, bref, des voisins normaux et apaisé tel qu'on peut en rêver en général. Le dispositif de surveillance du Duché était conséquemment à hauteur de la chose et concentrer vers les seuls individus s'étant évertué à affoler la noblesse (avec très surement un plaisir coupable). La première déduction concerne donc le délai délivré par le système de surveillance face à cette opération, qui laissait à délivrer. C'est cette fois-ci un partenaire qui a commis l'exaction, mais cela aurait pu être un adversaire et il conviendra d'en tirer des leçons.
Ce solide convois n'a pour autant pas le temps de réellement s'enfoncer dans le Duché avant d'être détecté (il faut dire que les effectifs et la masse de certains avions laissaient une signature radar criarde)... qu'aurait pu faire le Duché, et que pouvons-nous supposer qu'il a fait ?
Premier cas de figure, intercepter le convoi... avec quoi ? Comme dit, les forces sylvoises sont disposées de façon à répondre à une menace komunteranos et n'étaient pas du tout préparées à un passage par le Grand Kah. Pour autant, et vu la disposition des aérodromes, la chose aurait été possible avec éventuellement l'accompagnement de ravitailleurs. Bien, les avions sylvois arrivent à tous décoller et rejoindre l'aviation kah-tanaise, et maintenant ?
Rappelons que le Duché avait (décision encore très critiquée) fournie une importante part de son aviation à la Tcharnovie dans le cadre du conflit en Okaristan. Les appareils auraient été ridiculement inférieurs quantitativement et qualitativement. Ils n'auraient aucunement représenté la moindre capacité de convaincre autant d'engins de guerre de pointe de dévier leur route. On ne parle pas de deux avions-cargos pharois avec une escorte de quelques chasseurs, aussi avancés technologiquement soient-ils, mais d'une armée aérienne accompagnée d'avions radar. L'opposition aurait été impossible.
Présentement, imaginons que le Duché se risquait tout de même à cette opération audacieuse, qu'aurait-il pu espérer ? Quels auraient été les débouchés, l'état final recherché, et les intérêts dans tout ça ? Une opposition aurait été un exercice terriblement délicat, espérant que l'intégralité des pilotes impliqués fassent preuve de contrôle et de professionnalisme. On peut légitimement attendre ça de pilotes, surtout ceux du Grand Kah, mais le risque zéro n'existe pas.
On aurait conséquemment deux cas de figure avec chacun un spectre de résultat sur un axe.
L'interception est lancée et rattrape le convoi kah-tanais. Soit ils se plient aux directives, soit ils ne coopèrent pas sur un certain degré jusqu'à pouvoir enclencher un engagement. Quels sont les résultats ? En situation idéale, Sylva fait respecter sa souveraineté aérienne. En situation intermédiaire, elle n'y arrive pas et aucun autre problème ne se manifeste. Et, situation pessimiste, elle échoue et les choses dégénèrent en un affrontement couteux sur les plans humains, matériels, et politiques avec une crise auprès du Grand Kah.
Deuxième cas de figure, Sylva ne fait rien pour empêcher le passage et réagit par d'autres moyens, tel que diplomatique ou autres. Résultat ? La souveraineté aérienne n'est pas protégée, mais certitude est que la crise reste maitrisée et ne dégénère pas, avec possibilité de répondre de manière plus appropriée. Contreparties, accords officieux en tout genre ou sanction économique, le Duché a des axes d'action bien plus intelligents que simplement risquer un massacre.
Il reprit un instant son souffle après ce monologue.
-Donc voila, non, le Duché n'a rien fait pour empêcher ce passage puisque c'était tout simplement extrêmement risqué et que l'absence de menace envers ses intérêts ne justifiaient pas un tel calcule. Nous pouvons par contre spéculer sur les mesures prises à posteriori, faute de communications officielles : le Duché a-t-il demandé des explications au Kah ? Saura-t-il se faire entendre pour éviter que ne se réitère l'incident ? Dispose-t-il de moyens de pression pour donner du poids à ses demandes ? Rien ne permet d'affirmer quoique ce soit avec certitude pour le moment et il faudra attendre encore avant d'avoir des réponses. Mais pour le moment, la décision de ne pas prendre de risque était apparemment un calcul raisonnable. Certains parleront de lâcheté, grand bien leur fasse. La fierté ne vaut pas la vie des sujets du Duché. Mesdames et messieurs, merci pour votre attention et bonne soirée.