21/05/2020
18:35:12
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Bruits de couloirs - Page 6

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Un couloir pour mettre fin à une guerre
Jean-Luc Bourgard - Représentant du Royaume de Teyla


Voilà quelques heures, tout au plus quelques jours, que le Royaume de Teyla défendait à son seul compte la Confédération de Kresetchnie. Angel Rojas, Premier ministre de Sa Majesté, n'avait pas hésité quant à la prise de décision qui était d'accepter l'activation des clauses défensives dudit traité de défense. Le Gouvernement de Sa Majesté, reclus dans la capitale teylaise Manticore, dans laquelle on a jamais autant observé des convois de véhicules noirs massifs traverser la capitale. Les véhicules noirs massifs étaient devenus une rareté devenue commune dans l'esprit des Manticoriens. Les réunions interministérielles, entre le Gouvernement et les membres du Parlement et avec Sa Majesté, l'une des chefs des Armées (le Royaume de Teyla a deux chefs des armées, qui sont le chef d'État et le chef du gouvernement) s'enchaînaient à un rythme inégalé jusqu'à présent dans toute l'histoire récente du Royaume de Teyla, à l'exception de l'après-bombardement d'Estham.

Angel Rojas, avec l'appui de son gouvernement, n'a pas hésité à accepter l'activation des clauses de défense. En outre, les arguments du Royaume de Teyla étaient assez simples. Premièrement, la non-réponse de l'Estalie lors d'une prise de contact de la "dernière chance" ne laissait aucun doute quant aux perspectives futures. La déclaration d'un des chefs militaires de l'Estalie parlant de "l'anéantissement des moyens aériens et de projection" de l'Hotsaline n'était pas une réponse proportionnée selon le Gouvernement de Sa Majesté. Le Gouvernement de Sa Majesté a appuyé auprès des médias que toute réponse proportionnée n'aurait entraîné "aucune réponse de la part du Royaume de Teyla". Il ajoutait toujours dans les médias que l'absence d'avertissement de l'attaque auprès de Teyla est "insoutenable et ne peut qu'entraîner l'activation des clauses de défense". La suite des événements, à savoir la prise d'otages de certains citoyens de l'Organisation des Nations Démocratiques par l'Illirée et l'arrestation des diplomates teylais par la Fédération des Peuples d'Estalie, confirmait, selon ledit gouvernement, que le Royaume de Teyla avait raison.

Face à la situation actuelle, le Royaume de Teyla devait s'assurer du soutien de ses partenaires les plus proches. Alors Jean-Luc Bourgade rassembla les représentants des États membres dans l'une des salles de l'Organisation au siège de Manticore. Il avait avec lui beaucoup de documents sous le bras, qu'il distribua à chacun des représentants et prit enfin la parole.

- Vos Excellences, je vous remercie au nom du Gouvernement de Sa Majesté d'avoir accepté la demande du Royaume de Teyla d'une entrevue préparée dans la précipitation, je dois bien le reconnaître. Mais au regard du contexte en Eurysie centrale, j'ai espoir que vous serez compréhensifs. Je vais être long, je m'en excuse d'avance, dit l'homme d'un ton sec.

Jean-Luc Bourgade balaya l'assemblée, remplie de représentants des pays partenaires du Royaume de Teyla. Les rideaux plongeaient la pièce dans une demi-obscurité, rendant les visages des diplomates plus graves encore, soulignant les ombres sous leurs yeux fatigués par des nuits blanches et des rapports incessants. Le visage de Jean-Luc Bourgade était encore plus marqué par une fatigue et l'inquiétude face aux événements gravissimes qui se passaient actuellement en Eurysie centrale. La diplomatie teylaise gardait pour l'instant autant que possible le silence afin d'éviter d'envenimer la situation. Il se souvenait des débats houleux, des voix qui s'étaient élevées pour exiger une riposte plus dévastatrice pour les civils carnavalais.

Toutefois, Jean-Luc Bourgade, ancien ministre de l'Éducation de l'actuel parti au pouvoir, était informé concernant les divers courants et lignes politiques qui traversaient le Gouvernement de Sa Majesté. La montée d'un courant "interventionniste et militariste" auprès de l'entourage de quelques ministres après le bombardement d'Estham avait inquiété grandement Jean-Luc. Même si Angel Rojas avait su, jusqu'à présent, maintenir une ligne gouvernementale aussi "pragmatique qu'il le pouvait", les récents actes jugés contraires à la morale pour les Teylais allaient changer les équilibres au sein du Gouvernement de Sa Majesté. Le tout était de savoir à quel point les équilibres seraient changés dans l'actuel gouvernement à l'approche des prochaines élections générales.

Comme vous le savez, depuis plusieurs heures (ou jours selon la timeline pas très claire), reprit-il sur un ton préoccupé, mais cordial, des combats aériens ont lieu en Eurysie centrale et plus spécifiquement au-dessus de la Confédération de Kresetchnie et encore plus précisément la plupart des combats ont lieu en Hotsaline. Les combats actuels font suite à un tir de missiles balistiques de l'Hotsaline contre l'Altrech qui venait de subir un coup d'État communaliste avec une forte probabilité que des forces communalistes extérieures aient aidé à renverser le régime en place. Je ne vais pas m'étendre sur la légitimité ou non de l'attaque de l'Hotsaline, chacun aura son avis, Vos Excellences.

Toutefois, permettez-moi de m'étendre sur les raisons pour lesquelles le Gouvernement de Sa Majesté a accepté l'activation des clauses de défense qui lient le Royaume de Teyla à la Confédération. Cela tient en quatre points principaux. Le premier est bien entendu l'honneur et la vision de la diplomatie qu'a le Gouvernement de Sa Majesté. Angel Rojas, Premier ministre de Sa Majesté, tient à informer les États membres que le Royaume de Teyla tiendra ses engagements en toute circonstance. Bien que l'Hotsaline soit l'attaquant, la non-activation des clauses aurait jeté le trouble quant à la notion que donne le Royaume de Teyla à l'article cinq du traité de défense de l'Organisation des Nations Démocratiques. Cela aurait pu participer à l'affaiblissement de l'alliance.

Le second est le fait que le Royaume de Teyla a démontré, en faisant décoller ses aéronefs et donc détectables par les nations communalistes et de l'Illirée, qu'il était prêt à défendre l'Hotsaline avant le début des hostilités. Plus encore, Vos Excellences, nous avons envoyé une communication à la Fédération des Peuples d'Estalie qui est la suivante, mot pour mot :


"Le Royaume de Teyla a repéré de multiples appareils volants à travers l'Eurysie centrale et du Nord. Certaines informations font état d'appareils estaliens en direction de l'Hotsaline. Le Royaume de Teyla s'en tiendra à ses traités de défense. En outre, cela veut dire que le Royaume de Teyla n'émettra aucun tir le premier mais qu'il ripostera à toute attaque envers des soldats ou appareils teylais, hotsaliens ou encore une attaque sur le territoire hotsalien. Une attaque de la part de l'Estalie et de ses partenaires ou de ses partenaires remettrait en cause les accords concernant la Translavya (en admettant qu'il y a eu des accords)."

Lorsque les belligérants ont lancé les hostilités, ils savaient dans quoi ils s'engageaient. Plus inquiétant pour le Royaume de Teyla, l'envoi de la communication n'a reçu, sur le moment et toujours actuellement, aucune réponse de la part de la Fédération des Peuples d'Estalie. Ce qui était un signal très inquiétant, en plus de l'arrivée de plus de trois cents avions en direction de la Confédération. C'est cette inquiétude et l'acceptation qu'une attaque aura lieu quoi qu'il arrive, que le Royaume de Teyla a décidé lors des premiers échanges de tirs, de procéder à des tirs de missiles balistiques contre la Fédération des Peuples d'Estalie afin de démontrer sa totale détermination à défendre la Confédération.

La troisième raison est la disproportion de la réponse des nations communalistes. Il est évident, à bien des égards, que la réponse faite par ces nations à l'égard de l'Hotsaline n'est pas proportionnelle. En effet, l'envoi de trois cents avions alors que l'Hotsaline n'a tiré "que" vingt-deux missiles dérive de la proportionnalité attendue de la réponse. Mais plus encore, les déclarations estalienne, du haut commandement militaire, à savoir la volonté "d'anéantissement de ses moyens de projection et de frappe à l'étranger [de l'Hotsaline]". La déclaration dénote cette disproportion. Je reviendrai plus tard, dans ma prise de parole, sur les conséquences des objectifs estaliens et de ses alliés en cas de réussite.

Enfin, le quatrième et dernier point, Vos Excellences, bien que ce point soit plus tardif et démontre seulement que le Royaume de Teyla a eu raison de participer à la défense de l'Hotsaline au regard du comportement des nations communalistes et de l'Illirée. En outre, vous n'êtes pas sans savoir que plusieurs citoyens des États membres de cette organisation sont coincés en Illirée, en d'autres termes, ils servent d'otages à la nation illiréenne afin d'éviter une invasion ou que la médiation proposée par la Grande République de Velsna aille dans le sens de l'Illirée. Il n'y a pas que l'Illirée qui se permette d'utiliser des citoyens ou encore plus grave dans un sens des diplomates pour parvenir à ses fins. Je parle ici des récentes déclarations de la Fédération des Peuples d'Estalie.

En outre, on apprend dans ces déclarations, l'emprisonnement des diplomates teylais présents en Estalie, emprisonnement sans délai. Je tiens à rappeler, Vos Excellences, qu'une telle situation légitime le déclenchement de l'article cinq du traité de Bandarhan. Nous nous retenons de le déclencher, mais si la situation perdure et que les citoyens teylais continuent à être utilisés comme des otages, alors le Royaume de Teyla enclenchera l'article cinq. Il n'aura pas d'autre choix. En attendant, nous espérons recevoir le soutien total de l'Organisation des Nations Démocratiques quant à la rétention de citoyens teylais en Estalie et face à la prise d'otages de citoyens des États membres en Illirée. À ce titre, nous remercions la diplomatie tanskienne qui agit promptement sur le dossier illiréen.

La seule et unique question à laquelle il faut répondre dorénavant, Vos Excellences, est celle-ci : Comment provoquer la baisse des tensions tout en assurant la sécurité des diplomates teylais et en assurant un statu quo en évitant à tout prix une victoire des communalistes en Eurysie centrale ? En effet, la victoire militaire et/ou diplomatique en Eurysie centrale aurait des répercussions gravissimes à l'encontre du Royaume de Teyla et de la République Fédérale de Tanska. Plus précisément sur la sécurité de ces deux États. Et à vrai dire, je crains que nous puissions rajouter dans la liste des États qui seront en danger la République Translavique. La présence du Royaume de Teyla en Hotsaline permet de contrer l'influence des nations communalistes en Eurysie centrale et d'éviter toute propagation de cette idéologie en Eurysie de l'Ouest. Un objectif qui est apparu récemment depuis le comportement des Communes Unies du Grand-Kah en Carnavale qui ont aidé un régime génocidaire.


Jean-Luc Bourgade laissa le silence peser un instant, permettant à la gravité de ses propos d'imprégner l'assemblée. Il se redressa, son regard passant de l'un à l'autre, s'assurant qu'il avait toute leur attention.

Je crois que nous serons tous d'accord pour dire, bien que non publiquement, que l'idéologie communaliste, particulièrement lorsqu'elle répond aux directives du Grand-Kah, ne doit pas s'étendre en Eurysie et, autant que possible, dans les nations frontalières des États membres. Le soutien à un régime génocidaire, quels que soient les prétextes idéologiques, n'est pas quelque chose de tolérable. C'est une menace existentielle à laquelle nous devons faire face ensemble. Ainsi, si nous pouvons éviter la propagation de cette idéologie en Eurysie centrale, par la diplomatie, ou par la défense de l'Hotsaline pour maintenir notre présence sur place, le Gouvernement de Sa Majesté estime qu'il revient du devoir des hommes et des femmes qui ont vécu Estham d'intervenir.

Lorsque nous avons tous appris pour Estham, rappelez-vous où vous étiez en ce jour d'horreur. Nous avons pleuré, mais nous avons répondu présent aux côtés de l'Empire du Nord, car nous savions la promesse que nous lui avons faite, quelles que soient les circonstances. L'une des promesses les plus nobles : être aux côtés de la nation, du peuple attaqué. Et ce bombardement chimique de deux millions de morts, ce carnage qui a transformé des vies en cendres nous a marqués à vie, au fer rouge.


La voix de Jean-Luc Bourgade, jusqu'ici professionnelle, était empreinte subitement d'une émotion inédite, qui ravivait en lui les souvenirs de cette tragédie.

Ce jour-là nous avons juré que plus jamais une telle cruauté, barbarie, ne seraient tolérées. Nous avons compris que l'inaction n'était pas une option face à un État, et non un peuple esclave de ses maîtres, qui utilisait des méthodes inqualifiables. Hélas, à travers l'emprisonnement de nos diplomates, de nos citoyens en Illirée, à travers l'Illirée et l'Estalie, nous voyons le début d'une histoire dont nous connaissons tous la fin, Vos Excellences. Ces deux nations et les actions passées des Communes Unies du Grand-Kah à Carnavale nous rappellent trop les préludes de cette histoire que nous devons à tout prix éviter en gardant une présence en Hotsaline et cela passe, Vos Excellences, par la non-réussite du dernier objectif estalienne en date, à savoir un changement de régime de l'Hotsaline.

Le Gouvernement de Sa Majesté n'appelle pas à la guerre, bien au contraire, nous souhaitons régler cette situation par la diplomatie autant que possible et à cet égard nous avons plusieurs propositions. Je crains que toutes les parties n'iront pas à la négociation sans y être contraintes. Pour l'instant seul le Grand-Kah a accepté la proposition de médiation de la Grande République de Velsna. Si les nations participant aux opérations aux côtés du Grand-Kah (Mahnérie, Kauthlie, etc.) ni la Fédération des Peuples d'Estalie n'ont émis une réponse positive pour l'instant à la proposition de la Grande République de Velsna. Pour l'instant, de ce que nous sachions, mais nous ne sommes pas dans le secret diplomatique, seul l'Hotsaline et le Grand-Kah participeront à ces négociations. Nous avons reçu aussi une invitation, à l'heure actuelle nous sommes incertains quant à la réponse à apporter à la médiation. Déjà dans la missive il y a des menaces directes émises envers l'Organisation des Nations Démocratiques et nous espérons que nous recevrons le soutien plein et entier des États membres face à ces menaces puériles afin de faire plier une nation souveraine.

Mais à bien des égards, la flotte kah-tanaise est toujours dans la région et nous ne voyons en l'occurrence aucune voie permettant la présence du Royaume de Teyla à ces négociations, à cette médiation tant que la flotte kah-tanaise est sur place, que des citoyens teylais et des membres de l'alliance sont faits otages et que les combats continuent au-dessus du ciel Hotsalien. Un point très important au regard de la déclaration estalienne qui souhaite un changement de régime Hotsalien qui sous-entend une continuité des combats. Pour le Royaume de Teyla ce seraient les trois conditions non-négociables à tout début de médiation. Mais nous souhaitons prendre l'avis de nos partenaires les plus proches bien entendu, avant d'émettre la réponse à la Grande République de Velsna.

Comme je l'ai énoncé, Vos Excellences, le Gouvernement de Sa Majesté ne croit pas à un arrêt des combats qui serait volontaire de la part de toutes les parties. C'est pourquoi, à l'image de l'Empire Raskenois, l'idée d'une No Fly Zone sur l'ensemble de la Confédération, avec accord de la Confédération pour obliger à une fin du conflit dans les plus brefs délais. Pour ce faire, nous comptons activer l'article neuf du traité de Bandarhan. Cela aurait pour conséquence de ne pas embarquer les nations les plus réticentes dans l'objectif d'établir une zone d'exclusion aérienne. Bien entendu, l'Hotsaline et la Confédération ne mèneront aucune opération militaire offensive en cas de No Fly Zone. Ainsi nous aimerions savoir les nations qui aimeraient s'impliquer dans un tel projet si nous activons dans un futur très proche l'article neuf du traité de Bandarhan.


Permettez-moi de revenir spécialement sur la frappe de missile teylaise pour terminer mon propos. J'aimerais expliquer le geste du Royaume de Teyla. Contrairement à ce que disent les nations communalistes, ce n'est en aucun cas une escalade. Je me demande où est l'escalade d'une frappe lorsqu'elle est de la même puissance que celle enclenchée par lesdites nations communalistes. La frappe du Royaume de Teyla est une frappe mesurée, calculée et défensive car nous pensons que l'ennemi avait pour but d'enclencher un conflit sur une durée longue afin d'avoir à l'attrition l'Hotsaline. Elle visait des infrastructures militaires estalienne directement impliquées dans l'agression contre Kresetchnie et l'Hotsaline. Elle n'était en rien une tentative d'élargir le conflit au-delà de ce que l'Estalie avait déjà fait par ses propres actions. L'Estalie et ses alliés bien entendu. Trois cents avions, c'est bien une escalade, cent trente missiles ce n'est pas une escalade d'autant plus quand les tirs visaient uniquement les pistes permettant le décollage et l'opérabilité de ces avions. Les tirs de missiles balistiques visent justement à faire stopper ce conflit.

Le Royaume de Teyla n'a que rappelé auprès de l'Estalie et de ses alliés que leurs actions auront des conséquences sur leurs appareils militaires. L'escalade, contrairement à ce qu'ils disent, est du côté de ceux qui parlent d'un "anéantissement" et de "démanteler" un régime, une nation. L'imposition d'une idéologie à un régime indépendant, c'est cela l'escalade.



Sources :
Dépêche AGP de l'Estalie.
Conférence de presse de l'Estalie.

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Juliette Mésange était bien informée de la position sylvoise, elle-même publiquement exprimée. Il n'y avait conséquemment pas spécialement de réflexion à adopter, d'autant plus que les grilles de lectures étaient partagées par Teyla et Sylva.

– Que ce soit sur la question de l'escalade du LiberalIntern, ses manquements diplomatiques, l'honnêteté et proportionnalité de la réponse teylaise doublée d'un ultime recours diplomatique hélas ignoré, et de la poursuite de l'escalade avec les déclarations estaliennes et les étrangetés qui se déroulent en Illirée, il devient urgent de mettre fin à cette guerre en devenir. L'alliance libertaire n'étant pas unanimement décidée à aller dans ce sens quoiqu'en disent les déclarations kah-tanaises, chose que permet la proposition teylaise d'activer l'article 9. Le Duché de Sylva annonce déjà son accord audit article, avec la mobilisation d'une division aérienne. Cela constitue un effectif important tout en disposant d'une seconde division en Sylva et de la double escadrille aéronavale en Carnavale. La question est surtout opérationnelle : nos effectifs seront-ils disposés en Krésetchnie, et devront-ils reposer sur la DCA locale pour se prémunir des frappes balistiques ou les compléter de nos propres DCA ? Devrons-nous diluer nos effectifs entre Teyla et la Krésetchnie ? Quoi qu'il en soit, Sylva devrait également pouvoir mobiliser un bataillon de DCA pour suppléer ceux de l'Hotsaline et compléter la défense anti-balistique.
Nous réitérons également notre proposition transmise par missive de faire parvenir un lot de missiles balistiques en Teyla, en dissuasion d'une réitération des folies libertaires, si l'idée leur venait de bombarder les aéroports krésetchniens.
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Cher Camarades, monsieur Bourgade, merci pour votre présentation qui fut des plus instructive. Cette situation de crise est en effet quelque peu éloignée des intérêts faravaniens et il était donc nécessaire pour vous de rencentrer l’ensemble des enjeux. Comme vous avez pu le voir au travers de l’intervention récente de notre Président, nous nous sentons en réalité assez peu concerné par les tensions se déroulant en eurysie centrale. Néanmoins, nous restons attachés aux principes de paix et de dialogue. Nous sommes d’autant plus attachés à soutenir nos alliés en cas de besoin. Comme Arash Farajpour l’a dit, nous n’aurons aucune hésitation à apporter notre participation à la défense commune de l’Alliance, comme ce fut le cas pour l’agression de l’Empire du Nord par la Principauté de Carnavale. Cela étant dit, nous croyons également que la crise en Hotsaline pourrait être à l’origine d’une escalade dangereuse et qu’il serait dans l'intérêt de tous de mettre en œuvre les moyens nécessaires afin de l’éviter. Nous ne sommes pas intéressés pour pointer du doigt d’éventuels responsables ni pour blamer. En revanche, nous souhaitons nous investir dans un processus de paix durable qui bénéficierait à notre sécurité commune. Comme vous avez pu le constater, nous nous sommes déployés afin d’assurer la protection de notre autre partenaire régional, la République translavique. Cette intervention est pour nous la garantie que le conflit ne débordera pas et restera contenu. C’est dans ce cadre que nous entendons votre appel à s’assurer plus largement de la fin des hostilités par un cessez le feu. Si vous êtes effectivement en mesure de garantir que la Confédération et l’Hotsaline ne seront a l’origine d'aucune hostilités après la déclaration de ce cessez-le-feu, alors il y a probablement une chance qu’une issue à cette crise soit en vue. Votre idée d’instaurer une No Fly Zone enforcée par les nations onédiennes nous paraît donc être une bonne idée. Au vu de la longue histoire de coopération que nous entretenons, je peux dès lors vous assurer que les forces armées faravaniennes sont prêtes à prendre part à ce plan de paix. En parallèle de cela, je me permet néanmoins d’insister sur la nécessité d’établir rapidement un dialogue afin de cesser pour de bon les hostilités. Quoi qu’il en soit, nous soutiendront vos initiatives afin de parvenir au résultat désiré. Nos forces déjà déployées en République translavique et celles stationnant chez vous pourront participer à cette zone d’exclusion aérienne. D’autres forces pourront être acheminées depuis le Faravan si le besoin se fait sentir.
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Cabinet de la Première ministre


Norja,

Note classifiée


Objet : Projet d'un plan de paix en Carnavale


Note distribuée en main propre.

La présente note propose, en large terme, la proposition tanskienne pour une paix en Carnavale dans l'hypothèse - désormais plausible - d'un retour à la rationalité de la part des autorités carnavalaises.

Cette note vise à exprimer les points de vues de tanskien et peut servir de base de négociation au sein des nations impliquées dans le cadre du Conseil Militaire de l'Organisation des Nations Démocratiques.

La note ne doit pas être diffusée.


Message secretInformation secrète réservée aux personnes autorisées

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Le G20 une simple histoire ou plus complexe qu'il n'y parait ?
Pierre Lore - Ministre des Affaires Etrangères du Royaume de Teyla.


Pierre Lore se tenait debout dans l'une des grandes salles de l'Organisation des Nations Démocratiques, dont le siège était à Manticore (pour la partie non militaire seulement). Ce n'était pas la salle du Conseil général, elle était plus austère, moins pimpante. C'était une salle de réunion des plus classiques, des plus affligeantes, parce qu'on avait conçue cette salle pour être fonctionnelle et non pour être belle. La plupart du temps, les diplomates ne voyaient pas cette salle et les invités de l'Organisation des Nations Démocratiques, les rares invités, n'avaient pas le malheur pour eux, la chance pour l'Organisation des Nations Démocratiques, de passer devant. Derrière les cloisons, la porte étant ouverte, rien ne put cacher les secrets de l'un des sièges de l'Organisation des Nations Démocratiques, à Manticore. C'étaient les bruits de pas, parfois rapides, parfois lents, parfois à une cadence normale, des employés passant dans le couloir, c'était le bruit d'une photocopieuse au loin ou encore les cliquetis d'un homme ou d'une femme tapant sur son clavier. C'était aussi, parfois, des conversations au détour d'un couloir, d'un bureau, sur des sujets graves si on prêtait attention au ton employé.

La salle portait le nom très apocalyptique et solennel d'Estham, l'ancienne capitale de l'Empire démocratique et parlementaire du Nord. C'était une demande conjointe de tous les membres de l'Organisation, faite il y a trois ans. Cette salle importante pour les diplomates, les dirigeants de l'Organisation des Nations Démocratiques, portait le nom d'une ville touchée par quelque chose qui ne pouvait être décrit, encore aujourd'hui, après plus de trois ans. Le Royaume de Teyla avait fait un effort de mémoire important. Tous les ans, le jour de la tragédie pour deux millions de personnes et bien plus, le Royaume de Teyla était une nation, non pas morte, non pas vivante, mais une nation qui se rappelait ce qui faisait mal à l'humanité.

Chaque année, à la date anniversaire de la tragédie dans les écoles du royaume, des plus modestes établissements ruraux aux grands lycées de la capitale, en passant par les universités prestigieuses teylaises, les enfants, les adolescents et les adultes se réunissaient, les mains le long du corps, et laissaient le silence s'installer dans les cours, dans les salles pendant soixante secondes, le temps d'une minute de silence. Ce n'était rien, une minute dans la vie d'une nation. C'est pourquoi, le ministère de l'Éducation avait ajouté au programme, six mois après la tragédie, l'histoire de la ville d'Estham, de ses débuts (établissement, etc.) jusqu'à la tragédie. Le programme voulait que les professeurs ayant des classes de la dernière année au collège enseignent à leurs élèves la tragédie comme elle l'était. Le Royaume de Teyla avait fait le choix de ne rien cacher. Témoignages des équipes de secours teylaises, nordistes, tanskiennes, des équipes de fonctionnaires envoyées en urgence, des photos d'une ville déserte, des photos des centres d'accueil, des hôpitaux de campagne, des convois humanitaires au convoi militaire.

Le Royaume montrait ça à des adolescents de quinze ans. Sans honte, et cela depuis deux ans et cela continuera. Cela avait fait débat. Le Parlement s'était mis sur la question, voulant freiner les ardeurs du gouvernement de Sa Majesté, à l'époque dirigé par Angel Rojas. La Chambre des Nobles, la chambre la plus conservatrice par sa composition, usa de la loi, de son règlement intérieur, pour imposer son rythme au gouvernement. L'Assemblée nationale, largement aux mains du gouvernement, eut cœur à ralentir, par les oppositions de droite et d'extrême-droite et de gauche. Le gouvernement de Sa Majesté, conscient de la question d'Estham et de la volonté d'enseignement du gouvernement de ne rien cacher aux collégiens, avait mis en place un système d'une rigueur presque obsessionnelle. Le cabinet du Premier ministre avait élaboré, en coordination avec le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, Yassine Mohamed, un calendrier mis à jour chaque semaine, afin qu'il y ait toujours un ministre du gouvernement de premier plan à la Chambre des Nobles dès lors que la question d'Estham figurait à l'ordre du jour. Le calendrier prévoyait trois noms par session, dans un ordre de priorité stricte, et il n'était pas rare que le cabinet du Premier ministre appelât un ministre à vingt-trois heures du soir, pour lui demander s'il pouvait être aux bancs de la Chambre des Nobles pendant la session de la nuit.

Parce que la Chambre conservatrice ne voulait rien laisser passer à ce sujet, l'une des rares fois où celle-ci semblait, dans l'histoire récente du Royaume de Teyla, être en guerre ouverte contre le gouvernement de Sa Majesté. C'était une question de morale, pour eux. Peut-on montrer à des jeunes de cet âge des choses aussi ignobles ? Peut-on à ce point déléguer l'éducation des enfants, sur des questions de morale, à l'État et aux professeurs ? La réponse à ces questions, d'une majorité courte, mais d'une majorité, était non pour la Chambre des Nobles. La Chambre des Nobles s'était saisie de la question avec ardeur et conviction qui forçait le respect. En effet, chaque tentative du gouvernement de Sa Majesté pour accélérer un texte, pour contourner une commission, pour limiter le temps de parole se heurtait à un mur de procédure et de traditions vieilles comme la monarchie teylaise. Même le gouvernement de Sa Majesté ne voulait pas heurter les traditions de la Chambre des Nobles pour éviter de se mettre à dos, toute la durée du mandat, la Chambre. Les mandats des Nobles étaient de dix ans, celui des députés de cinq ans. Le gouvernement perdait face à la longévité de la Chambre des Nobles, et il le savait. Cette Chambre était, hélas, nécessaire pour éviter que chaque projet de loi soit ralenti à l'extrême dans le processus législatif et les navettes entre les deux Chambres. Le gouvernement avançait, certes, mais au rythme que la Chambre des Nobles jugeait convenable, et pas un pas plus vite.

Du côté de l'Assemblée nationale, la situation était un peu plus confortable, malgré la large majorité du gouvernement, c'est-à-dire soixante députés de la majorité relative. Le gouvernement d'Angel Rojas disposait d'une majorité, cela ne faisait aucun doute, mais cette majorité n'était pas un esprit de ruche. De plus, la question de l'enseignement, de cette manière, de la tragédie d'Estham semblait diviser les partis politiques, comme rarement. À droite comme à gauche, certaines franges estimaient que le programme scolaire allait trop loin, que montrer des images de cette nature à des adolescents de quinze ans relevait d'une forme d'instrumentalisation de la souffrance, que le devoir de mémoire ne devait pas se transformer en traumatisme organisé par l'État. À l'extrême droite, on s'interrogeait plus brutalement sur la pertinence de consacrer autant de ressources nationales au souvenir d'une tragédie étrangère, aussi terrible fût-elle.

Le gouvernement avait finalement, après plusieurs mois de batailles parlementaires comme en connaissait joyeusement le Royaume de Teyla, gagné son combat. Il était allé chercher voix par voix à la Chambre des Nobles, téléphonant aux Nobles, faisant des promesses dont la tenue ne dépendait que de la bonne volonté du gouvernement, mais aussi de sa volonté de ne pas faire naître un esprit de rancune, voire de vengeance. Cela avait coûté, forcément, du capital politique au gouvernement, à ses ministres et à son Premier ministre. Tout en restant une raison secondaire, voire tertiaire, cette bataille parlementaire et son coût en capital politique faisaient partie sans aucun doute des raisons qui ont fait qu'Angel Rojas ne s'est pas représenté lors des élections générales de deux mille dix-huit.

Les écoliers n'étaient pas les seuls à faire cette minute de silence. Tous les organismes d'État et théoriquement toute la nation faisaient cette minute de silence. Si, toutefois, les Chambres siégeaient ce jour-là, le jour de la commémoration, ce qui était rare, étant donné qu'on était dans une période de fête et de vacances pour la nation, y compris pour les parlementaires, alors la séance s'arrêtait à l'heure exacte où le premier missile carnavalais avait touché Estham, et la séance recommençait vingt-quatre heures après. Le président de l'Assemblée nationale et le président de la Chambre des Nobles, chacun dans leur hémicycle respectif, prononçaient la même formule, mot pour mot, une formule rédigée conjointement par les deux présidences et adoptée par les bureaux des deux Chambres lors de la première commémoration. "La séance est suspendue. La représentation nationale observe une minute de silence à la mémoire des victimes d'Estham."

Et il y avait tout le reste dans le Royaume de Teyla. Ce qui ne relevait pas d'un programme scolaire, d'une directive d'un ministère ou d'une décision venant des personnes les plus importantes des Chambres. Les stades, lorsque la date de l'évènement dans le stade tombait le jour du bombardement, étaient silencieux après deux minutes. Deux minutes qui tentaient maladroitement de sonner comme deux millions de morts. Il y avait ces concerts qui s'arrêtaient, là encore le temps d'une minute à minuit pile. Il y avait ces chaînes de télévision dont les programmes télévisés déployaient un bandeau rappelant l'évènement et son soutien à la nation et au peuple nordiste. Le Royaume de Teyla, notamment ses hommes et ses femmes politiques, voulait montrer que les morts d'un Empire touchaient le Royaume comme si c'étaient ses morts.

Alors que les représentants de toutes les nations de l'Organisation des Nations Démocratiques étaient enfin dans la grande salle au nom d'Estham, Pierre Lore alla fermer la porte, puis s'assit. Il sortit des notes d'une chemise en carton, balaya la salle du regard, puis déclara sur un ton qui se voulait neutre :

- Excellences, représentants et représentantes de vos nations respectives. Merci d'être ici. Le Royaume de Teyla requiert l'avis des nations membres de l'Organisation des Nations Démocratiques concernant un sujet qui a fait récemment l'actualité et qui en fera la Une prochainement. Je parle, vous l'aurez compris, du G20. Le Royaume de Teyla, en tant que puissance économique importante sur la scène mondiale, est invité à cette réunion préliminaire qui reste assez floue pour le Royaume de Teyla. Dans nos échanges avec la République de Poëtoscovie, nous avons posé diverses questions. Tout d'abord la question de la présence de la Principauté de Carnavale, deuxièmement la question des objectifs d'une telle réunion de puissances économiques et troisièmement la question d'un certain impérialisme, suite à l'imposition possible d'une politique économique mondiale par vingt nations sur toutes les autres.

Concernant les deux dernières questions posées à la République de Poëtoscovie, nous n'avons malheureusement pas eu de réponse de la part de la diplomatie poëtoscovienne. C'est quelque chose qui nous rend méfiants quant à une potentielle réussite d'un tel sommet en l'absence de cadrage. Cependant, le vrai point noir pour le Royaume de Teyla, c'est la réponse de la République de Poëtoscovie concernant la présence de la Principauté de Carnavale. En effet, la République de Poëtoscovie ne s'estime pas légitime pour exclure l'une des nations du sommet. Nous avons avancé plusieurs arguments, comme le fait que la République de Poëtoscovie se sente légitime pour exclure toutes les nations qui ne sont pas dans les vingt premières puissances économiques mondiales. Il y a là une question morale que se pose le Royaume de Teyla. La République de Poëtoscovie s'estime légitime pour exclure des nations pauvres mais n'ayant fait aucun crime de masse ; cependant, elle ne s'estime pas assez légitime pour exclure une nation riche qui, elle, a commis des crimes de guerre, des crimes de masse.

Le Royaume de Teyla est hésitant quant à participer à une réunion préliminaire quant à l'organisation d'un G20. Le Royaume de Teyla aimerait, dans la mesure du possible, une position commune des États-membres sur le G20 et la présence à la réunion préliminaire de la Principauté de Carnavale. De plus, nous requérons des avis quant à la présence des membres, devons-nous y être présents ou boycotter l'évènement ?
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Un Qabalien dans le couloir


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En tant qu'Etat-observateur de l'Organisation des Nations Démocratiques, l'Azur y entretenait une petite délégation permanente, régulièrement renforcée par des tournées de diplomates en Occident. Intallah Ag Alghabass en était ce jour-là le représentant principal. Il portait sur sa daraa et son chèche un badge flottant au bout d'un ruban bleu. Le badge, passé sur les surfaces magnétiques des ascenseurs, permettait d'accéder à certaines salles de discussions — pas toutes. Vers les étages les plus hauts se trouvaient les salles de discussions réservées aux membres du Conseil militaire, c'est-à-dire au cœur électronique de l'Organisation, auteur des grandes opérations et des décisions stratégiques essentielles. De là que les représentants azuréens avaient développé une stratégie adaptative : celle de la diplomatie du couloir.

Intallah Ag Alghabass était arrivée autour de sept heures du matin, en sortant de son taxi il avait tenu son grand vêtement de nomade qabalien pour ne pas qu'il entre en contact avec le trottoir. Ses assistants n'eurent droit qu'à un badge de visiteur qui les limita à se poster dans les étages inférieurs de la cafétéria démocratique. Entre les fauteuils avec vue sur Manticore, la fontaine de chocolat et la carte bleue des Etats membres, ils pouvaient observer les allées et venues des autres délégations, dont les membres, vêtus de complets noirs, marchant d'un pas rapide, développant autour d'elles un cordon de sécurité et de communications affairées, ressemblaient à des corbeaux volant en essaims, traversant le bâtiment pour se rendre aux réunions de l'Organisation.

A sept heures quarante, Intallah reçut un texto de Mina, qui le prévenait de l'arrivée des Tanskiens. De grands types venaient de passer dans le hall principal, ils allaient se croiser. Les plus ponctuels de l'Organisation, les Tanskiens étaient connus pour avoir la gâchette la plus rapide du Conseil militaire, Intallah s'éclaircit la gorge et quelques instants plus tard un groupe de blonds en costume raide apparut au bout du couloir.

— Votre badge ne marche pas ?

— Salam aleikum, je n'ai pas le droit de rentrer, expliqua le nomade en montrant son badge d'Etat-observateur. Enchanté, Intallah Ag Alghabass, délégué de l'Azur.

— Wa aleikum salam (les Tanskiens avaient appris l'arabe dans leur enclave de l'isthme). Mais vous n'êtes pas Kabalien ?

— Oui, j'appartiens à la Qabaliyya, nous avons été naturalisés récemment mais vous savez c'est un lien très ancien il y a toujours eu des Qabaliens en Azur et vice-versa, je vous expliquerai. Excellence, avant que votre réunion ne commence, je voulais vous rappeler la proposition que le Diwan a faite à l'Organisation, sans doute l'ordre du jour de vos discussions pourra-t-il inclure ce point car nous attendons une réponse formelle pour nous positionner également. Et puis c'est l'occasion aussi de discuter du sujet du G20, en fonction de la réponse que vous apportez. Si vous relisez le mémorandum que nous proposons, il y a une nouvelle stratégie diplomatique et le G20 serait l'occasion de la mettre en oeuvre. Point numéro trois, alinéa numéro un : rouvrir la fenêtre diplomatique, pour aérer un peu. Sans remettre en cause le passif global de la situation et nous savons qu'il est énorme, nous pensons vraiment que ce serait utile...

— ... Je dois y aller, il est déjà quarante-cinq et la réunion commence dans deux heures.

— ... Pensez-y ! Bonne journée.

Les Tanskiens continuèrent leur chemin pour s'installer très ponctuellement en salle de réunion. Pendant une heure, personne d'autre ne passa, Intallah fit un texto pour demander à Ahmad de lui apporter un café démocratique. Le barrista avait dessiné la Déclaration des Droits de l'Homme dans la mousse avec un filtre. L'islamiste dû s'y résoudre et absorba la boisson brûlante mais rafraîchissante. Son téléphone vibra à nouveau à huit heures cinquante sept : les Teylais venaient de se présenter au siège de l'Organisation.

— Excellence Monsieur Lore ! Comment allez-vous aujourd'hui.

— Tiens vous êtes là Amastan ?

— Intallah, Monsieur Lore, je suis un cousin d'Amastan.

— Ah bon !

Le Ministre des Affaires étrangères de Teyla regarda dans le couloir, un peu étonné de voir le Berbère en tenue seul dans un couloir climatisé où on entendait surtout le silence de la moquette.

— Monsieur le ministre, avant de commencer votre réunion, je voulais vous reparler du G20, je viens de recevoir un appel d'Afaghani Pasha notre Grand Vizir que vous connaissez. Pour le Diwan l'occasion n'est pas mauvaise, bien au contraire, c'est une bonne idée que les Poëtoscovites ont eu à nos yeux. J'ai entendu dire que Teyla pourrait boycotter la réunion ? Le Diwan vous adjure de bien vouloir y réfléchir un peu plus Monsieur le ministre, nous comprenons tout à fait votre position et dans un monde normal elle serait parfaitement logique, mais je vous prie de penser à la tête qu'aurait une réunion internationale de tout le monde sauf l'Organisation. Ça ferait un vide et ça laisserait les autres s'entendre sans vous... Non, vraiment, le Diwan vous prie de bien vouloir songer à participer au moins à la première édition, bien d'autres pays pourraient tomber d'accord avec vous et ce serait dommage de louper une occasion d'élargir vos soutiens et de défendre vos arguments, en-dehors d'une poignée d'Etats rigoureux, la majorité des pays aujourd'hui sont indifférents à la situation, même après l'attaque GILGAMESH. Nous avons besoin que l'Organisation soit un leader sur la scène mondiale, la chaise vide risque de l'isoler...

— Merci Intallah, écoutez je dois vous laisser nous avons une réunion. Bonne journée.

— Bonne réunion Monsieur le ministre.

Une femme en talons aiguille activa son badge pour la délégation teylaise, qui entra dans un grand ascenseur d'argent et les portes se refermèrent. Le silence envahit à nouveau le couloir, l'Azuréen soupira. Très peu de temps après les Teylais, se furent les Nordiens qui passèrent.

— Bonjour.

— Bonjour.

Intallah leur redit toute la solidarité de l'Azur en ce troisième anniversaire de la destruction d'Estham et félicita au nom du Diwan les représentants de la puissance aleucienne pour la belle résilience dont ils avaient fait preuve.

— Votre droiture morale est un exemple. Vous avez su résister sans sombrer dans l'acrimonie. Le Diwan espère que cette attitude permettra que l'Organisation participe au G20 : nul autre que l'Empire du Nord peut mieux s'exprimer sur les armes chimiques et sur la nécessité à encadrer tout ça.

— Avec la Qabalie bien sûr.

Ils se remercièrent et se saluèrent. Dehors, un flot de nuages laiteux passa légèrement devant le soleil, voilant la canicule. La délégation yukanaslave se présenta peu de temps après. Intallah se serra dans l'angle du couloir. Les Yukanaslaves agitaient des maracas. L'Azuréen n'oubliait pas que leur pays occupait illégalement l'archipel de Gedemascar et qu'ils avaient mené des assauts mémiques sur l'internet azuréen. Il s'abstint donc d'entrer en dialogue avec cette fédération ambidextre dont l'appartenance à l'Organisation des Nations Démocratiques était aussi charmante qu'incongrue. Dix minutes avant le début de la réunion, ce fut ensuite les Linguois qui débarquèrent, en parlant très fort dans le couloir. Intallah leur tira la langue après qu'ils furent passé, car ils n'avaient pas grand-chose à se dire. Quinze minutes après le début de la réunion, les Sylvois débarquèrent en nombre.

— Salam aleikum !

— Wa aleikum salam !

Ils étaient en retard comme d'habitude mais Intallah les retint un moment.

— Je ne sais pas si vous avez pu en prendre connaissance déjà, Excellences, mais il y a une proposition de grand sommet diplomatique... Oui...

— Intéressant, qui l'organise ?

— La Poëtoscovie, répondit le Berbère un peu gêné.

Les Sylvois ne répondirent rien.

— Pour nous ça vaut le coup, insista-t-il. Il y aurait du beau monde à table, d'une manière inédite à mon avis. Cela permettrait déjà de parler au même niveau que les Commerçantes, que le Liberalintern... Je sais qu'une pile de sujets s'accumule, mais pour une première édition on peut se donner la peine d'essayer ? Je crois que vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il faut bien parler même à ceux qu'on n'aime pas trop, vous le savez vu la gueule de vos voisins. On ne peut pas les faire disparaître... Et puis il y a Carnavale, alors là notre position est simple, il faut discuter avec la personne qui se trouve là, nous avons tout un programme dans la proposition de mémo commun que nous vous avons adressé il y a un an et demi. Non non ne vous excusez pas je comprend la bureaucratie ça prend du temps ! Je vous la fais courte, nous pensons qu'il vaut mieux discuter avec l'autorité carnavalaise en place, sans renier nos principes bien sûr, mais en Qabalie, cela a fait ses preuves : on dira ce qu'on voudra, après trois ans de diplomatie afaréenne les choses vont déjà mieux. La diplomatie permet aussi de faire voir face à quoi on lutte au reste du monde, ce n'est pas inutile et ça permet aussi à l'adversaire de se remettre en question, et au final pourquoi pas trouver des points d'accords. L'Azur espère résoudre bientôt le problème Cramoisie avec un accord incluant le Pacte et l'Althalj. Pourquoi ne pas envisager quelque chose de similaire en Eurysie ? Après tout Carnavale est une grande ville, tous les Carnavalais ne sont Dalyoha...

— Oui je connais cette théorie.

— Enfin bon réfléchissez-y, je l'espère, pour nous il y a vraiment un coup à jouer. Et c'est le cas de le dire : jouer, c'est plus rigolo qu'une guerre sans fin dont nous connaissons les conséquences sur le calendrier... Bonne réunion Excellences.

Les portes de l'ascenseur se refermèrent sur la délégation sylvoise qui se rendait à la réunion en salle privée. Il y eut, après quelques minutes, une annonce du secrétariat qui résonna dans tout le bâtiment.

Il y a trois ans, jour pour jour, la ville d'Estham était la cible d'une attaque chimique, occasionnant deux millions de victimes civiles. Nous pensons à eux. Jamais nous ne les oublierons ! Vous êtes priés d'observer une minute de silence.

Intallah observa une minute de silence. Dans la rue, les voitures s'étaient arrêtées, les cyclistes également. Puis ils repartirent après un moment. Il était dix heures et demi quand il reçut un autre texto de Mina : les Faravaniens ont dû emprunter une autre entrée, c'est raté pour eux. Intallah pesta, il aurait voulu aussi s'adresser à la délégation du plus grand voisin de l'Azur, dont la force aérienne sensible restait l'un des atouts maîtres de l'Organisation dans la perpétuation de la guerre à Carnavale. Elle était désormais, également, un argument afaréen majeur. Ainsi il faudrait bien que le Faravan considère la question, audacieuse, de dîner avec les représentants carnavalais. Intallah, inquiet, appela directement Afaghani Pasha sur son téléphone personnel. Depuis le hammam, le Grand Vizir lui répondit, une serviette nouée autour de la taille, relaxé par la vapeur, la vue donnant sur le grand lac Shediz au cœur du Plateau azuréen.

— Mieux vaut dîner d'abord et frapper ensuite, que frapper directement. Rien n'exclue que l'Organisation et Carnavale finissent par utiliser moins de bombes et plus de mots pour communiquer. Je suis sûr qu'ils admettront que ça en vaut la peine tant qu'on n'a pas essayé. Et redites-leur bien notre proposition de mémo.

Bip bip, le Grand Vizir avait raccroché. Intallah soupira, fatigué par cet optimisme. Il avait mal aux jambes.


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Image d'illustration.

LE CERCLE DES POËTS DISPARUS.
Monsieur ZHAO Wenqing, président de la délégation lingoise.


ZHAO Wenqing était d'un naturel discret, réfléchi, pesant chaque mot comme chaque syllabe à prononcer avant même que ce soit son tour de parler. Peut-être était-ce pour ces qualités que son ami d'école ZHOU Lee, devenu Premier ministre depuis, l'avait choisi personnellement pour être la voix de l'Empereur et de l'État auprès de l'Organisation. Tous deux étaient faits d'un même bois, celui qu'on avait taillé exprès à partir des années 1960 pour former cette nouvelle race de bureaucrates dont le Grand Ling avait eu besoin. Des acharnés travailleurs, des techniciens, des esprits critiques qui avaient appris à concilier Raison d'État et moralité. Qu'elle aurait été la justice à accepter le dialogue avec des terroristes si ceux-ci menaçaient des milliers de personnes ? C'était hautement plus difficile que les simples questions binaires impliquant tramway, double voie et groupes de personnes. Enfin, plus difficile, ZHAO Wenqing, comme tous ceux de sa promotion et de celles autour aurait apprécié le croire même après ses études. La pratique ne donnait pas toujours raison à la théorie et l'enseignement théorique n'apportait jamais la satisfaction qu'on lui prétendait.
Très vite, ZHAO Wenqing avait découvert que les questions binaires étaient les plus traîtres et que les meilleurs succès étaient couronnés de nuance. Certaines nations du monde ne connaissaient pas l'excellent pouvoir de la nuance. Elles s'enfonçaient irrésistiblement dans leurs certitudes, dans leurs croyances qu'elles érigeaient en de drôles de modèles de vertus. Persuadées, elles se félicitaient du bien qu'elles prodiguaient au Concert des Nations, qu'importe si ce bien était assis sur un monticule de victimes, qu'importe si ce bien avait détruit des vies, qu'importe si ce bien rasait des forêts de béton ou de bois. L'orgueil avait tué Théodosine, il finirait par anéantir tous ceux que l'humilité répugnait.

ZHAO Wenqing n'avait pas encore pris ses quartiers à Manticore lorsqu'une pluie mortelle s'abattit sur Estham. Il était assis sur un confortable fauteuil en tissu coloré de rouge, de gris, de blanc et de brun, confortablement installé dans ses chaussons, une tasse de thé à la main ce jour-là. Il lisait un livre tandis que le vent pénétrait par la fenêtre du salon. Dehors, les bambous et les feuilles frémissaient par un doux air d'hiver, il faisait 23°C. Cette année, l'été allait être bon et les cultures vivaces. A sa vieille radio on jouait une douce musique aux airs caratradais. Wenqing adorait la culture caratradaise. Il parlait un kentois parfait, avait fait une partie de ses études dans le Suttonshire et était resté quelques années de plus, le temps d'aimer une camarade étudiante et d'en faire son épouse jusqu'à son décès d'un cancer en 2008. En mai 2010, il s'était remarié à l'âge vénérable de 62 ans avec une femme de vingt-cinq ans sa benjamine au grand dam de son entourage très critique sur l'écart d'âge. Ils en perdirent leur lingois lorsque sa nouvelle épouse d'origine lino-nordiste tomba enceinte la même année. Wenqing n'avait jamais été un grand conformiste. Il n'avait bien sûr pas renié toute son histoire ou ses gênes mais adopter une nouvelle culture, épouser une jeune-fille, ainsi qu'on le lui rappelait, tout cela était d'un banal très lassant pour lui.
Wenqing n'était plus jamais retourné à Caratrad depuis le décès de son épouse, sa véritable épouse. Il avait assisté à la mort du Royaume depuis ce petit salon, celui-là même où il suivit le massacre de Estham. Miu, sa deuxième épouse, était entrée en trombe dans la pièce en se précipitant sur la radio. Le « Que fais-tu, bon sang ! » de son époux fut ignoré. Elle se contenta de répéter « Estham ! Estham ! Ils viennent de bombarder Estham ! »

Pendant des heures, tous deux étaient assis consternés à écouter la radio décrivant le massacre. Miu pleurant dans les bras de son époux, lui incapable de prononcer le moindre mot. Le présentateur lui-même n'arrivait pas à rester neutre lorsqu'il lisait les premiers rapports sur la tragédie. Deux millions de morts avaient été annoncés, peut-être plus en comptant ceux qui allaient mourir ces jours d'après. Deux millions d'innocents morts parce qu'une principauté immonde et indigne de l'humanité avait tiré. Les sanglots de Miu se mêlèrent à ceux du journaliste qui décrivit les premiers rapports. Wenqing en avait assez entendu et il fit taire cette maudite radio.
Le lendemain matin, il se leva comme à son habitude sur les coups de sept heures. Sa femme n'était pas dans son lit, il descendit dans le salon et la retrouva avec leur petite fille dans les bras. Elle dormait paisiblement tandis que son épouse regardait le journal télévisé. Le son avait été coupé et les sous-titres activés pour ne pas effrayer sa propre chair. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues douces tandis que Wenqing lisait le sous-titrage. « On aurait dit que cet enfant s'était arraché la peau avec ses petites mains, asphyxié, apeuré, mourant à cause du gaz VX carnavalais ». Toute la matinée, les témoignages arrivaient mais ceux sur les enfants étaient les plus douloureux. Il imaginait Chow, sa fille, dans cet orphelina, liquéfié par ce que les Hommes pouvaient faire de pire. Il imaginait pénétrer dans les ruines de ce bâtiment qui leur promettait la protection et l'espoir de trouver un jour des parents aimants. Le VX n'avait pas que tué des enfants, il avait volé leurs rires.

ZHAO Wenqing n'avait pas pu refuser la demande de son ami ZHOU Lee lorsqu'on lui indiqua que le Grand Ling cherchait à rentrer dans l'Organisation onédien. Il avait expliqué à son Premier ministre qu'il ne pourrait pas être complètement impartial sur la question de Carnavale « Tu sais pourquoi, Oncle Pingtie... » lui avait-il dit. Et Oncle Pingtie, ZHOU Lee, savait très bien. Wenqing l'avait appelé juste après avoir défait sa femme du poste de télévision. ZHOU Lee avait abandonné tous les sujets extrêmement brûlants de son mandat pour prendre la route jusqu'à Hanlin dans le Hexie. Wenqing n'avait pleuré que trois fois dans sa vie, cette fois-ci, il pleura dans les bras de ZHOU Lee. Ses beaux-parents avaient probablement fini vitrifiés dans l'attaque, les grands-parents, les tantes, les oncles, les cousines, les cousins, les frères et les sœurs de Miu aussi. Miu s'effondra à son tour dans les bras du Premier ministre. « Je t'en supplie Pingtie, fais quelque chose... Je t'en supplie… Par pitié, fais quelque chose... », mais ZHOU Lee ne pouvait rien faire de plus que rejoindre l'OND. Peut-être, sans que personne ne puisse le confirmer, le Programme Baihu que le Grand Ling développait actuellement et qui visait à doter l'Empire d'une armée digne de ses prétentions, était une première réponse qu'il offrit à ses amis, à ses concitoyens. ZHOU Lee savait pertinemment, qu'importe la puissance de l'armée, qu'elle ne pourrait rien contre des virus.

Depuis ce jour, chaque fois que Wenqing passait devant la salle Estham, il faisait glisser ses doigts sur les lettres d'or. Les différentes délégations de cette Organisation avaient pu constater avec le temps qu'un petit autel shintaoïste avec quelques bougies, quelques fleurs et quelques bâtons d'encens était soigneusement entretenu juste à côté. À chaque fois il était à nouveau retiré par les services d'entretien et à chaque fois, Wenqing sans jamais se dénoncer en remettait un. A force, on avait fini par oublier qu'il était là et plus personne n'y toucha. Sauf la délégation lingoise qui venait allumer chaque 25 du mois un peu d'encens et changer les bougies.
Lorsque Pierre Lore convoqua de manière informelle les État-membres dans la salle Estham, ZHAO Wenqing eut un petit pincement au cœur. Il prit un bâton d'encens avec lui, nous étions le 25, et s'y dirigea. Quelques prières plus tard, il pénétra dans la pièce. Tous étaient déjà là, c'était le dernier à arriver. Il s'excusa de son retard mais il était parfaitement à l'heure.
Il rassembla tout le courage et fit preuve de toute la réflexion et de tout le calme dont il était capable pour s'exprimer le premier, sitôt Pierre Lore ayant terminé son exposé.

— Messieurs, si vous le permettez, j'aimerais débuter cet entretien. Je laisserai bien évidemment la parole libre à nos confrères nordistes qui au regard du sujet, sont plus que légitimes à s'exprimer les premiers. Autrement, je poursuivrait. Un silence de plomb régnait dans la pièce, alors il poursuivit. Entendu alors. Si je ne devais me baser que sur ma première impression, ne considérant aucunement les faits et rien que les faits, je dirais simplement à toutes les nations de l'Organisation d'envoyer très courtoisement la Poëtoscovie voir ailleurs. Mais mon rôle, comme représentant du Grand Ling ici, comme Voix de l'Empereur est assurément de présenter les choses sous un prisme plus objectif et terre à terre. Alors, à la lumière des informations techniques qui sont miennes, j'enjoins les nations de l'Organisation à envoyer se faire très courtoisement voir ailleurs la Poëtoscovie.

Passez ce trait d'humour, il y a deux points majeurs sur lesquels je fonde mon jugement. Le premier et non des moindres est qu'en légitimant les terroristes carnavalais au sommet des plus grandes puissances économiques du Monde, on légitimise le fait qu'ils ont perdu tout droit à être respectés, écoutés, suivis ou considérés depuis qu'ils ont tué deux millions d'innocents et rasé une ville économiquement, historiquement et culturellement riche qui se faisait le joyau de l'Empire du Nord, notre allié et immuable ami, ici présent.
Accepter Carnaval sous le faux prétexte d'un manque de légitimité pour l'y refuser ne sert qu'à démontrer une nouvelle fois à quel point la nation littéraire n'a pas lu assez de tragédie classique et à quel point elle est aussi enrichissante pour le monde que les comédies gallèsante subventionnées à l'argent public. Si des amis de la Gallouèse sont ici-présent, veuillez m'excuser pour ce petit calembour, j'adore le cinéma gallèsant mais j'ai détesté Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu.

L'Empire du Grand Ling que je représente ne peut pas, en nation non invitée, car trop pauvre visiblement, accepter cette dichotomie qui voudrait, ainsi que notre très cher Pierre Lore l'a rappelé, qu'on s'octroie le droit de choisir quelle nation a le droit de siège en regardant son compte en banque mais pas quelle nation doit partir en regardant sa moralité. Puisque la réalité étant que l'Empire lui-même est bien plus riche que la Poëtoscovie cependant pour le poëtoscovite moyen qui a donné tout son esprit à la littérature et non pas à l'économie, cela ne compte pas.
Voyez-vous, j'ai par le passé fait quelques études d'économie dans le Suttonshire, en Caratrad. Et, comme mes excellents professeurs me l'expliquaient, le PIB n'est pas un indicateur de richesse à lui seul car il dépend d'un trop grand nombre de paramètres. Pour autant que je sache, les Poëtoscovites n'ont fait que s'intéresser au PIB. Mais si on regarde plus en détail, voici les informations clés qu'ils ont ignorées. L'Empire est la vingt-quatrième puissance mondiale avec un PIB en parité de pouvoir d'achat (PPA) de 916 milliards de dollars internationaux. Un chiffre qui, par ailleurs, est en hausse constante grâce à une croissance qui fera jalouser nombre d'entre vous et je le comprends parfaitement. Oui, le Grand Ling a une croissance de 8,95 %, elle aussi en hausse. Un indice de développement humain de 0,51 alors qu'à titre indicatif la Poëtoscovie est à 0,49. Soit dit en passant, nos amis nordistes sont à 0,59. Une force de monnaie à 22 %, contre 20 % pour les Poëtoscovites avec pas moins de 1247 milliards de dollars internationaux en volume d'échanges réalisés avec notre devise. C'est 35 milliards de plus que l'Empire Burujoa et 113 milliards de plus que les Poëtoscovites. Rien que sur le marché des devises monétaires, l'Empire se place dix-huitième tandis que les Poëtoscovites sont vingt-et-unième.

Alors, nous pourrions parler des volumes des échanges de marchandises, du nombre d'entreprises lingoises cotées en bourse, du nombre d'entreprises lingoises leaders internationales de leurs domaines, de la balance commerciale et tout un tas d'autres choses propres à l'économie qui nous feraient tous très bien dormir cette nuit, mais rien qu'avec ces chiffres, vous avez la démonstration de l'absurdité chronique auquel nous faisons face avec la nation littéraire. Pour toutes ces raisons, dont la principale reste les carnavalais, nous devons bouder très officiellement ce sommet risible.


Armoiries du Grand Ling.

Note pour les joueursTous les chiffres proviennent de l'excellent outil Mondus Economy réalisé par Arobase. Je le remercie pour ce travail ! ♥️
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