Staïglad, République libre du Prodnov,
Quelque part dans les rues de la ville à la sortie de l'aéroport.
Tirer son épingle du jeu
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Cela faisait désormais quelques heures que l'astre solaire s'était levé dans toute sa gloire afin de baigner une Staïglad renaissante de sa douce lumière, un agrément plus qu'appréciable qui venait réchauffer autant les coeurs que les esprits après chaque nuit glaciale dans cette région au nord de l'Eurysie où les nuits n'étaient guère agréables pour tous depuis les troubles récents. Et même la chaleur du jour n'était suffisante bien souvent afin de tenir au chaud les corps de tous et chacun, particularité de la région et de sa proximité avec le pôle nord dira-t-on, quoi qu'il en soit les locaux n'étaient guère dérangés par ce climat quelque peu rudes, après tout ils avaient appris au fil des siècles à vivre avec et à s'adapter en conséquence. Une adaptation qui se traduisait entre autre sur la mode vestimentaire, les tenues lourdes associés à des fourrures imposantes, des chapka ainsi que des bottes solides étaient communes, c'était même la norme la plus élémentaire par ici.
Aussi, l'on pouvait comprendre que des regards interloqués s'associent très vite à des expressions de surprise laissant les bouches grandes ouvertes tant ce qui se voyait était étonnant. Les locaux n'en croyaient pas leurs yeux, voilà que dans la vague massive d'arrivée du monde entiers une énième mascarade improbable se mêlait au lot. Tout droit sortie d'un feuilleton d'époque d'Extrême-Orient mêlant autant mysticisme que tradition, voilà que des individus hauts en couleurs émergeaient de l'aéroport, une partie arborant une collection indécente de riches robes, tuniques et autres atours en soie finement taillée et tout aussi richement décorés par ce de véritables virtuoses de la couture qui rendraient jaloux même les plus prestigieux tailleurs d'Occident. Des yeux avisaient pouvaient d'ailleurs voir que ces dernières avaient-été ajustés ou plus exactement modifiés afin de se voir octroyer des renforcements à base de cuir et de fourrures, assurément afin d'être adaptés aux températures relativement basses de la région, ce qui tendait à dire que ces gens là qui débarquaient tel des saltimbanques et des touristes dans la région savaient un tant sois peu où ils mettaient les pieds. Ceci dit, il ne s'agissait nullement là d'individus intervenant pour quelques organismes privés ou particulier, en soit l'on devinait bien qu'ils étaient à la solde de l'un de ces empires traditionnels du Nazum, c'était là un fait certains au vue des accoutrements, mais la certitude se basait surtout sur leurs accompagnants.

"Monsieur Li", l'une des têtes de cette étrange délégation arborant une tenue traditionnelle Ushong.
En effet, aux côtés de ces étranges personnages arborant des accoutrements multicolores et assez étranges, une allure plus connue, plus "classique" dirait-on ou tout du moins plus moderne et occidentalisé que celles de leur homologue tout en distinguant leurs statuts et permettant des les identifier. Sans y aller par quatre chemin, même le plus idiot des opossum quand bien même ces animaux n'avaient pas d'âme ni d'esprit ou quelque intelligence que ce soit pouvait parfaitement reconnaître dans ces autres individus des militaires. Qu'il s'agisse des bottes aussi noire que l'obscurité, des uniformes bien plus mornes et austère que le carnaval accompagnant, ou même des couvres-chefs, casquettes d'officier pour certains et bérets écarlates pour d'autres, l'on ne pouvait définitivement se tromper sur ce point. Cependant, personne ne savait vraiment à qu'elle nation s'apparentait ces étrangers exotiques et personne n'en avait cure à dire vrai en l'état. Après tout, les locaux avaient mieux à faire que de s'intéresser aux raisons de la présence de ces gens là, au même titre que de l'ensemble de tout ces magnats étrangers qui avaient flairés la bonne affaire. La présence massive de drôles d'oiseaux au sein de Staïglad était devenue au cours des derniers jours monnaie courante à un tel point que si les émerveillements et étonnement subsistaient encore un tant sois peu chez certains, dans l'ensemble personne ne s'exclamait plus réellement à chaque nouveau visage qui apparaissait à la sortie de l'aéroport.

Toujours est-il que les considérations des habitants de Staïglad ne semblait pas non plus réciproquement intéresser les étrangers. Ces derniers s'en venaient dans les faits du très lointain et surtout excessivement archaïque Empire des Ushong contrôlé par la dynastie des Xin depuis désormais plusieurs siècles. Archaïque pourquoi donc ? Simplement car l'Empire Céleste bien qu'extrêmement ancien et prestigieux n'a en fin de compte jamais totalement quitté ses origines, et ce sur tous les points. Traditionnel à l'excès, conservateur plus que de raison, ses instances régnantes avaient de toute évidence raté le train de la modernité sur bien des aspects tant et si bien que ce n'était pas une exagération que de dire que nombreux étaient ceux dans le pays à vivre encore au moyen-âge. Une réalité qui convenait bien à la plupart des notables et des grands du pays, la Cour Impériale dans toute sa diversité et sa décadence se félicitait de cet état de fait et rechignait tel un enfant gâté à faire la moindre concession à toute forme d'évolution quelconque, l'administration impériale pour sa part, soucieuse des privilèges de sa caste s'était enfoncée encore plus qu'auparavant dans le formaliste et la lourdeur bureaucratique à un tel point que même la poste Fortunéenne trouverait les procédés indigestes, un exploit en somme. De facto, un obstructionnisme latent et parfois bien malgré lui faisait barrage à de nombreuses tentatives de réformes, une véritable plaie. Et que dire du trône impérial ? Tenu par un enfant, la Régence avait déjà bien du mal à assoir son autorité, les luttes d'influences étaient quotidiennes et l'Impératrice Douairière n'avait guère d'yeux que pour son impérial fils, entendant faire de lui une figure puissante disposant de tous les outils pour régner par la grâce du mandat céleste. Guère d'un grand secours en somme même si nécessaire pour l'avenir.
En fin de compte le fardeau de la marche forcée vers la modernité revenait de façon assez étonnante à l'armée, ou plutôt à la jeune génération d'officiers ayant fait leurs classes à l'étranger, de fils de riches bourgeois bloqués par la stagnation, de négociants prospères ayant vu le monde et plus généralement à l'univers artistique et à tous les expatriés Ushong vivant à l'étranger. Ces derniers s'étaient tous rassemblés derrière la bannière de l'étendard écarlate, l'unique force armée se battant selon les standards de l'ère et disposant de son propre groupuscule un tant sois peu politique visant à faire pression au sein de la Cité interdite afin de mettre en échec les conservateurs et les obstructionnisme et permettre une marche forcée vers la modernité, aussi lente et éprouvante soit-elle. La clique des Wang, du nom de son dirigeant, le Maréchal impérial Wang Shao qui avait su s'imposer par son charisme, ses idées et surtout la force de ses fusils et de ses mitrailleuses comme visage d'une armée nouvelle et d'un avenir radieux pour l'Empire en tant qu'égal des grandes nations du monde actuelle. Un statut vraisemblablement perdu depuis longtemps.
C'est d'ailleurs dans la digne lignée de cette volonté que aujourd'hui les représentants de ladite Clique se trouvent au Prodnov, et non pas pour une aventure hasardeuse, bien loin de là car il s'agit là des fruits d'une réflexion minutieuse de la part des hautes sphères des Wang. De fait, c'était là une occasion en or qui ne se présenterait pas systématiquement que d'investir au sein de cette nation décapitée qu'était le Prodnov. Tandis que les puissances de l'ONC et de l'Union Albienne secondés par le Liberalintern s'opposaient plus ou moins avec violence sur divers domaines, ces derniers ne prêtaient guère attention aux Outsiders. Certains pans stratégiques de l'économie avaient été ciblé dans cette gueguerre idéologique, mais d'autres avaient complètement été délaissé et terrible ironie, c'était précisément les domaines que la Clique des Wang avait décidé de prendre pour cible car les plus utiles à leurs projets.
En d'autres termes, les investissements qui allaient être réalisés devaient permettre de s'ingérer dans les secteurs ferroviaires et universitaires du Prodnov Renaissant. Pourquoi donc ? Afin de "rattraper le retard", c'étaient là les termes cru et communs employés par le Maréchal mais qui en disait long. Et la logique en soit n'était pas mauvaise. Même si le Prodnov n'était pas le plus avancé des pays du monde, il fonctionnait tout de même sur des standards un tant sois peu contemporains autant dans son économie que dans son fonctionnement politique, son système d'éducation ou même son armée. Et même si la nation était brisée après les récents évènements ayant menée à sa fracture, les individus savant mis sur le carreau, ceux qui disposaient des connaissances, des savoirs, de l'expertise et en somme de tout ce que l'on pouvait attendre d'un homme moderne étaient encore là. Plus encore, dans l'ensemble ces gens là étaient toujours sur la touche laissant vacants de nombreux postes, de nombreux secteurs de leur manne humaine. C'est là que les fonds de la clique des Wang entrent en scène, remettre sur pied ces secteurs clés permettrait de disposer d'un certains contrôle sur ces derniers et de facto dans la foulée d'un relatif contrôle sur les savoirs associés... Ce dont l'Empire avait réellement besoin en somme car des ressources, les Xin en avaient, mais ils ne savaient pas comment les exploiter ni ne disposaient des techniques ou des gens qualifiés pour le faire, c'était là tout l'enjeu de ce "voyage d'affaire" emmené par la Clique des Wang. Créer un terreau propice au démarchage de talent, à l'acquisition de méthodes et de savoirs, mais aussi au polissage de jeunes prometteurs au sein de l'Empire qui ne pouvait briller en demeurant là bas éternellement. Une oeuvre sur la durée donc et parfaitement réalisable sous réserve de s'appliquer.
C'est d'ailleurs avec ces considérations en fond que les discussion entre les membres de la délégation semblaient porter. Deux voix toutefois s'élevaient au dessus des autres, l'une d'un jeune homme dont l'on devinait l'âge être situé entre la vingtaine et la trentaine et qui au delà d'arborer une tunique traditionnelle aux teintes écarlates et mauves se démarquait surtout un large éventail en plumes de paon qu'il arborait dans l'une de ses mains et qui faisait pour ainsi dire assez... Tâche. Clairement il s'agissait là d'un accessoire d'apparat pur car il n'en avait aucune utilité avec le climat local. Les excès de la mode dira-t-on.
Monsieur Li - Les rapports ne mentaient pas. Cet endroit est aussi déplorable en esthétique que l'on pouvait s'y attendre.
Des regards acérés, inquisiteurs, dispersés ça et là qui inspectaient la moindre bâtisse et ce peu importe les largeurs de chacune, les détails étaient soigneusement photographiés par la mémoire du dénommé Monsieur Li, qui était pour sa part le fils d'un richissime bourgeois ayant fait sa fortune dans le transport de denrées par voie fluviale et navale principalement. Ce dernier, désireux d'étendre ses affaires vers l'intérieur du pays avait été aisément convaincu de prendre part à l'aventure financière si cela pouvait lui permettre de ne point avoir à se contenter des routes de terres mal entretenus ne couvrant même pas toute la campagne de l'Empire.
Colonel So Wenong - Et pourtant, ils demeure bien plus avancée que la mère-patrie des Ushon. Que peut-on donc en déduire ?
Représentant du Maréchal Wang Shao, le Colonel So Wenong était pour ainsi dire l'un des officiers les plus haut gradés de l'armée de l'étendard écarlate, en temps normal jamais il n'aurait-dû prendre part à un tel voyage, pour autant tout était exceptionnel en somme dans cette affaire et en digne homme de confiance de la Clique, il avait reçu des ordres clairs et précis l'enjoignant à piloter cette "mission" économique d'une main de fer. Entre autre, il était là autant afin de servir de garde-fou et rappeler à tous ses compatriotes leurs objectifs et ce qu'il y avait à en tirer que pour d'autres affaires moins assumée. Après tout, étudier comment poser des rails n'était pas la seule occasion sur ce vaste laboratoire humain qu'était devenu le Prodnov. Assurément y avait-il d'autres choses à faire et des personnes à rencontrer.
Monsieur Li - Qu'il va nous falloir être efficace afin de ne plus avoir à subir les railleries à l'internationale. Et potentiellement dispenser quelques conseils en architecture.
Le Colonel se surprit à sourire légèrement face à cette petite boutade avant de se ressaisir.
Colonel So Wenong - Je ne suis pas certains que les natifs se soucient grandement de l'état de leur façade à l'heure actuelle. Cependant, ils gagneraient certainement à recevoir quelques cargaisons de riz des plaines de la Yontzu. Ils sont plus maigres que des dogues en période de disette et ont le regard hagard.
Le ton se voulait partiellement ironique, véridique quand aux pénuries des lieux, mais assassin dans un autre sens vis à vis de l'état de l'Empire des Xin qui subissait plus souvent qu'on ne le pensait des disettes dans certaines parties du pays dû aux difficultés d'approvisionnement. Référence que Monsieur Li avait parfaitement saisi et à laquelle il se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête.
Monsieur Li - Les rails feront de bien plus amples bénédiction que les implorations du Fils du Ciel aux nuages. Et tant qu'à parler des rails, où avons-nous rendez-vous déjà ?
Le militaire arqua un sourcil, passant sa main droite dans sa barbe afin de se donner un air de réflexion ce alors qu'il savait très bien où ils se rendaient.
Colonel So Wenong - A l'université locale, ou plutôt ce qu'il en reste, c'est à dire pas grand chose, à peine quelques salles occupés et pouvant encore accueillir des cours. Les gens n'ont guère plus le coeur à étudier, cela peut se comprendre lorsque la bâtisse est trouée de toute part après avoir été délaissé pendant des années. Mais que voulez vous, les casernes ont bon dos, bien meilleur que les bancs de l'école.
Son compatriote ne pu retenir un soupir désapprobateur alors qu'il jetait un regard vers les cieux grisâtre, espérant y trouver sait-on jamais un signe quel qu'il soit.
Monsieur Li - Décidément je ne comprendrais jamais les Eurysiens, ils ont la chance de posséder toutes les connaissances du monde et des merveilles de technologie et ne savent les apprécier à leurs juste valeur. C'est déconcertant. Etait-ce déjà ainsi de votre temps lorsque vous avez fait vos classes au Jashuria ?
L'officier signifia une réponse négative de la tête.
Colonel So Wenong - Les Jashuriens savent apprécier l'éducation à sa juste valeur. Ils tiennent ça des Fortunéens. Il faut croire que seuls le passage à travers des heures sombres permet ceci. Et quitte à parler d'heures sombre, évitez de faire mention plus que nécessaire des troubles récents auprès de nos interlocuteurs. Inutile de les renvoyer à leurs erreurs, converser d'emplois, de salaires et de toutes ces commodités qu'ils recherchent plus que tout actuellement suffira à les convaincre de notre bonne foi.
Monsieur Li - Soit, laissons donc les autres puissances se donner corps et âmes pour des luttes intestines éphémères, nous bien mieux à faire.
Toute la délégation acquiesça et poursuivit sa route. La messe était pour ainsi dire dites, le Prodnov était devenu un terrain de jeu entre les puissances et il n'y avait pas de raisons alors que les plus grands hypocrites et impérialistes de ce temps s'affrontaient que l'Empire des Xin ne tire pas son épingle du jeu. Seul le temps dirais ce que cette aventure allait donner.