

Affectée par la disparition soudaine et brutale de son père, le Prince Mutarrif ibn Saadin, celle qui demeure la fille aînée parmi dix enfants, se doit malgré tout de tenir le cap, dans l’intérêt de sa famille, des communautés beïdanes et du Kodeda. Une situation compliquée, pour laquelle la presque quadragénaire ne souhaite aucune complaisance, préférant évoquer ce que sa famille avait accompli jusqu’ici et s'évertuer à accomplir tout le reste pour les mois ainsi que les années à venir. S’érigeant en modèle sociétal moderne et novateur, Safya bint Saadin signe de sa bouche, des encouragements chaleureux à destination de toutes les femmes du pays, désireuses de se hisser au-delà de la condition qu’il pouvait leur être prédestinée, se voulant l’exemple "contre nature" d’une ascension réussie et tournée vers l’intérêt commun.
“Il est aujourd’hui plus que nécessaire et grand temps, que toutes les femmes kodedanes qui me regardent ou m’entendent, comprennent qu’appartenir au genre féminin et à la famille de ceux qui engagent les initiatives et entreprennent, est possible. J’en suis la preuve et dédie chacune des secondes à venir de ma vie, à vous le démontrer quotidiennement, en refusant l’inflation et la dévaluation économique pour fatalité, en portant au sommet de leur développement, chacun des atouts issus des bénédictions divines données par le DIeu unique à notre terre, Al-Wahhāb, qu'il soit exalté et glorifié”.
Bien qu’elle déclare jouer dans l’intérêt collectif, Safya bint Saadin a également préciser croire en l’action individuelle, enjoignant chaque homme et chaque femme à s’engager, dans le combat permanent contre la vie chère et le déclassement progressif du Kodeda, voire de l’Empire listonien tout entier, sur les marchés internationaux. “J’aspire à un Kodeda où chacune croira en sa valeur ajoutée, en son action individuelle, toutes les femmes de ce pays doivent savoir qu’être une femme et une entrepreneure est possible et ô combien légitime. Alors qu’on se le dise, vous ne naissez jamais entrepreneures, vous le devenez. Et pour le devenir, il vous appartient de le décider !” Ferme et décisive malgré des pensées permanentes pour son père disparu, cette personnalité d’exception a bien voulu s’entretenir avec notre journal, pour relater un chemin atypique qui est peut-être aujourd’hui à un carrefour-clé, de l’évolution de la région pour les dix ou vingt prochaines années…
Première femme à diriger un clan beïdane, Safya bint Saadin n’a pas arrêté d’aligner les étoiles dès son plus jeune âge, pour s’offrir ce que beaucoup parmi la société civile identifieraient comme l’opportunité d’une vie. Après avoir suivi un parcours universitaire reconnu au sein des meilleurs universités de sciences économiques dans la métropole listonienne, la femme est rentrée “au pays” pour mettre à profit ses connaissances là où elles seraient les plus percutantes et pour le compte de ses parents. “C’est comme si intérieurement, j’avais su dès mon enfance, que de grandes responsabilités m'appelaient aux heures les plus sombres que traversent ma famille et derrière elle le Kodeda.” Il est vrai qu’entre le déclin économique de l’Empire listonien, son recul politique au sein des régions ultramarines, et finalement la disparition de la figure paternelle qui lui a, de ses propres mots, “appris des enseignements, de ceux dont la valeur n’est pas connue des plus grandes écoles de ce monde…”
Faisant ses premières armes en gestion d’entreprise au contact de son père, qui la nomme au contrôle de gestion d’une de ses holdings installée à l’étranger, puis désormais au Kodeda, Safya bint Saadin se laisse ainsi le temps de faire l’autopsie du fonctionnement et de l'économie d’une organisation, une phase d’expérimentation qui durera près de quinze ans. Une situation délicate pour celle qui doit apprendre à composer avec son nom et redoubler d’efforts face à quiconque, pour s’affranchir durablement des idées reçues qui vont quotidiennement la heurter, la cabosser, évoquant une prise de fonction indue, uniquement motivée par une filiation avantageuse. Un contexte anxiogène, qui positionne toujours Safya bint Saadin en dehors de toute zone de confort.
Une situation peu enviable, qui va pourtant cette jeune femme au sommet de son expertise, lui conférant une solide expérience reconnue de ses pairs et des autres membres du clan Saadin. Une technicité ainsi qu’une personnalité appréciées, pour celle qui commence déjà à porter sur elle le modernisme, à mesure que son père lui fournit des missions nouvelles, tantôt dirigée dans les finances, tantôt dans la direction et le pilotage d’un comité d’entreprise.
Retour sur l’interview détaillée de Safya bint Saadin, devant plusieurs journalistes des médias ahsas jayid, Renegados ou encore El Boletin.
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Journaliste Tawfeeq Hosein (journal ahsas jayid): Merci de nous rejoindre à cette conférence de plein air. Avant toute chose, pouvez-vous si vous le souhaitez, nous parler de vous Safya bint Saadin? C’est-à-dire de votre parcours et de la façon dont vous pensez avoir pu vous imposer dans votre milieu?
Safya bint Saadin : Oh tout d’abord, je commencerai par me définir assez simplement comme une femme afaréenne, une femme authentique, de père kodedan, et de mère varanyenne. Après et pour en revenir à ma situation, il est vrai que je sois également la première femme à la tête du clan Saadin, à la tête d’un clan beïdane tout court, une étape nouvelle pour l’histoire de mon pays et de ma communauté mais sur laquelle je ne souhaite pas m’éterniser car la priorité est pour moi ce que l’on fait de ce positionnement. Si j'ai été positionnée à la tête de ma famille, c’est parce qu’il y a de profondes attentes autour de moi. De ce fait, devenir la prmière femme à prendre la tête d’un clan beïdane ne devrait jamais être une finalité en soi, mais seulement la première marche d’une étape pour accomplir quelque chose de plus grand encore. J’ai évolué dans un environnement complexe, où la place des femmes n’était pas là où se trouvait la mienne. De plus, ma filiation directe avec le Prince Mutarrif ibn Saadin, mon père, m’a obligé à me surpasser, à me légitimer partout où je posais le pied. Je pense avoir réussi à ma place parce que je n’ai jamais rien considéré pour acquis, tout simplement…
Depuis toute jeune, j’ai étudié pour préparer mon avenir au sein de la famille, un avenir que je m’imaginais passé à vérifier la bonne tenue des comptes familiaux. Et aujourd’hui pourtant, il m’appartient de prendre les décisions qui s’imposent, de passer d’une situation de contrôle à une posture de décisionnaire. Ce n’est pas simple mais quand vous mesurez la hauteur des enjeux derrière, vous vous donnez les moyens et j’imagine que vous devenez, par conséquent, quelqu’un de meilleurs car c’est un environnement où être bon ne suffit pas.
Aujourd'hui, après cette étape et à bien des égards, cette épreuve, je suis convaincue de plusieurs choses :
- ma “réussite”, malgré une conjoncture favorable, se lie à un important travail et à une confiance soi,
- que rien n’est acquis et qu’il appartient à chaque homme ou femme désireux de réussir, d’afficher la plus grande détermination vers des objectifs graduels, qui démarrent dès l’entrée en formation, en s’imposant avec un niveau d’exigence élevé vis-à-vis de vous-même,
- ma conviction, qu’indépendemment de mon sexe, l’effort fourni et le résultat obtenu sont les seules bases tangibles sur lesquelles fonder la légitimité des leaders. Ma filiation n’a jamais été et ne sera jamais, un facteur de réussite dans mes entreprises, ainsi que mes projets, présents et futurs.
Journaliste Regina Abasto (radiotélévisé Renegados): Votre clan, ancien mais assez nouveau dans le paysage politique kodedan, a-t-il un bilan à faire valoir et une projection de court et moyen termes, à présenter à nos spectateurs?
Safya bint Saadin : Rappelons en premier lieu, à quel point il nous est difficile d’évoquer le bilan de nos investissements au Kodeda sans évoquer le recul constant de l’inflation depuis notre arrivée.
En effet, notre première réussite en tant qu’acteur économique local, aura été l’importance des moyens, financiers, humains et médiatiques, déployés pour faire baisser l’inflation ayant touché le Kodeda, et après lui, l’Empire listonien tout entier. Nous avons commencé à redonner de l‘attractivité au Kodeda en réduisant le coût des investissements sur son territoire, en réorientant gratuitement la formation des ouvriers et employés de certains secteurs, aujourd’hui trop concurrentiels pour permettre la vente de produits rentables. Avec ces formations, ces personnes pourront rejoindre des secteurs en tensions où la demande est forte, la production rare, réduisant de facto le coût de certaines marchandises et autres biens manufacturés, faute de disponibilité.
Nous allons poursuivre cette voie pour les années à venir car au-delà des tensions communautaires, politiques et même sociales, qui peuvent toucher le pays, l’ennemi numéro dans le quotidien des kodedans reste l’inflation et son tribut journalier pour la santé économique de notre pays.
Deuxièmement, point essentiel à notre action, le développement d’une certaine cohésion sociale à l’ensemble du territoire. Car s’il est vrai que la situation économique de l’Empire listonien et de ses provinces ultramarines s’est compliquée, aggravée au regard de la politique étrangère pratiquée sous Costa, assimiler la sortie de crise du Kodeda à une distanciation avec l’administration impériale est un dangereux raccourci. Des mauvais choix ont été faits sous l’égide du ministre aux affaires étrangères Costa et il nous appartient aujourd’hui de renouer les liens qui se sont desserrés à l’international. C’est aussi dans ce but que je m’évertue à restaurer la capacité commerciale du Kodeda, notamment sur ses infrastructures aéroportuaires dont nous avons cette année remporté un appel pour entreprendre les travaux de réaménagement. Voulu par mon père, ce projet m’est dicté par le cœur et l’esprit comme une condition sine qua non pour favoriser le repositionnement régional du Kodeda.
Les Saadin, dont je m’estime avec une sincère humilité, la digne héritière, sont dévoués aux intérêts du Kodeda, tournés vers l’inclusion du territoire au commerce afaréen et international. Notre famille est, indépendamment des états, l’acteur économique le plus présent et solvable au sein de la région, après et vous l’avez précédemment dit, il est également à ce jour l’un des acteurs, si ce n’est le seul, impliqué dans le fléchissement de l’inflation locale. En tout cas le seul à présenter face à vous, des retombées probantes.
En dépit d’une inflation particulièrement impactante pour l’économie impériale, le Kodeda a démontré, sous notre impulsion la plus vive, sa capacité à réfréner une spirale déclinante, en faisant reculer, courbes et données à l’appui, l’inflation sévissant dans la région. Malgré les obstacles et les malheurs qui touchent aujourd’hui ma famille, les Saadin sont avant tout des acteurs désireux de souffler un vent favorable pour la région et après elle, l’Empire, avec des résultats économiques pour bilan, qui n’ont pas été vus depuis maintenant plus d’un an...
Journaliste Regina Abasto (radiotélévisé Renegados): Vous nous évoquez vos réussites, et les obstacles géopolitiques qui froissent l’avenir économique kodedan, parlez-nous je vous prie de vos difficultés quotidiennes personnelles, en temps que femme.
Safya bint Saadin : Ne vous y méprenez pas, au Kodeda, la femme occupe depuis toujours un positionnement clé dans la société civile, même dans la prise de décisions. Seulement voilà, cet état de fait est jusqu’ici limité à la sphère privée, au huis clos familial. La difficulté qu’a été la mienne, a justement été de prendre place publiquement, dans la prise de décision autour des activités économiques de notre famille. Ma légitimité était là, car oeuvrer dans le contrôle de gestion m’a déjà permis de dresser des analyses et des diagnostics porteurs d’aides à la décision au sein de la stratégie d’entreprise, mais malgré ce “pedigree” certains de mes collaborateurs ou de mes interlocuteurs externes à l’organisation, ont continué de douter.
Il importe de ne pas subir et de se comporter comme la dirigeante que l’on souhaite afficher. Je vous mentirais si je vous disais qu’aucun collaborateur n’a démissionné après ma succession, j’ai également dû signer quelques ruptures conventionnelles et accords à l’amiable, pour des collaborateurs compétents mais plus en phase avec la vision d’entreprise que j’ai à proposer. C’était peut-être bien ça la difficulté notoire, remplacer des collaborateurs compétents par d’autres collaborateurs au moins aussi compétents mais surtout porteurs de valeurs semblables à celles prônées par ma direction.
En définitive, voilà le défi d’une femme entrepreneure, faire face aux comportements dirons-nous… singuliers de plusieurs personnes appartenant à mon environnement professionnel. Du reste, il n’y a qui ne puisse être mentionné sous ce même registre. Mais pensez bien qu’être “la fille de” n’est pas franchement un atout dans chaque circonstance.
Journaliste Paxco Ilcalaya (journal El Boletin) : Et justement, pensez-vous que l’émergence ou la résurgence de l’Afarée à l’international, passera inéluctablement par un leadership renforcé autour des femmes?
Safya bint Saadin : L’Afarée, peut-être exception faite de l’Althalj, ne profite effectivement pas assez des compétences de sa jeunesse et de sa population féminine. La mondialisation croissante que nous connaissons offre un accès privilégié aux sciences et aux savoirs du monde entier, et pour les appréhender, la femme n’est pas plus écervelée qu’un homme. *rires* La femme n’est pas qu’une infirmière destinée à changr un bandage et à toiletter une personne âgée, une vendeuse ou une serveuse mignonne destinée à flatter le client et à le fidéliser.
Journaliste Paxco Ilcalaya (journal El Boletin) : Très clair je vous remercie mais dans ce cas, Comment voyez-vous la conjoncture, voire même la trajectoire économique du Kodeda au sein du continent afaréen?
Safya bint Saadin : La crise économique de grande ampleur qui a secoué l’Empire listonien n’est pas terminée et ment bien mal celui qui vous en affirmerait le strict opposé. Cependant, j’ai bon espoir que les kodedans se saisissent plus régulièrement et plus franchement des opportunités offertes par la mondialisation, en commençant par se former sur de nouveaux métiers encore pénuriques sur notre continent. Ces compétences, sont un investissement, un pari sur l’avenir, au même titre qu’un chèque en blanc destiné à accompagner tel ou tel projet. C’est pourquoi ma famille a initié et continuera de faire vivre notre enseigne de formation gratuite à tous les stagiaires, grâce à un financement sur donations et cotisations, des entreprises souhaitant recruter des profils pénuriques à leur sortie de cursus.
En plus de cette mesure qui, nous ne voilons pas la face, est de l’ordre du moyen terme, nous avons rapidement réagi en dispensant des aides économiques aux acteurs industriels locaux afin qu’ils puissent reconvertir et équiper leurs outils de travail, vers les activités de production en réelles situations de demandes sur les marchés internationaux. Avec notre soutien, le Kodeda affiche déjà des résultats satisfaisants dans le recul du contexte inflationniste qui nous assomme depuis quelques années déjà. Nous avons bon espoir de poursuivre notre travail, afin d’atténuer dans de plus larges proportions, la perte de compétitivité de notre outil industriel ainsi que la baisse du pouvoir d’achat des ménages kodedans. Notre démarche est la bonne, le cap doit être maintenu, pour escompter rapidement et durablement, acter la relance économique du Kodeda.
Fin de la conférence télévisée, les journalistes présents sont remerciés tandis que le service de sécurité se charge d'évacuer Safya bint Saadin, qui part rejoindre en un endroit plus privé, différents investisseurs étrangers engagés depuis de longues dates auprès de la famille.
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