
Le Miroir Rouge, définitivement radical.
Quatre jours après le début de l'Opération de Maintien de la Paix au Mokhai, un détachement militaire loduarien débarque au Mokhai en vue de défendre son dictateur. L'Union dénonce une aventure impérialiste.

Axis Mundis, 13 Mai 2005 – Dans une annonce choquante, le rapporteur de la Convention Générale a rendu public un rapport faisant état du déploiement de troupes Loduariennes dans la région du Mokhai. Selon ce rapport, l’objectif défendu par les forces de Geraert-Wojtkowiak serait de soutenir le dictateur Aoki Saburo et de maintenir son pouvoir sur la région qu’il a largement participé à ruiner. Une décision décrite comme injustifié voir incompréhensible par les représentants de certains clubs, et entrant quoi qu’il en soit en opposition frontale avec les objectifs de l’Opération de Maintien de la Paix au Mokhai, débutée dimanche dernier avec l'approbation des communes unies.
Cette situation pourrait entraîner une rupture historique entre la Loduarie et l’Union, mettant un terme à cinq années de collaboration que l’on pensait pourtant destinée à continuer. Rappelons que la Convention Générale a toujours refusé de statuer sur la situation politique de Loduarie, lui épargnant les critiques réservées aux régimes eurycommunistes les plus ouvertement dégénérés et éloignés de l’idéal socialiste. Un équilibre maintenu malgré les nombreux accidents caractérisant la diplomatie Loduarienne et son apport particulier à la scène internationale, largement justifié par deux aspects : l'alignement de la Loduarie sur l'initial socialiste et son caractère démocratique, qui bien que très imparfait présentait selon les comités diplomatiques un large potentiel d'évolution.
Deux aspects largement remis en cause par la situation. Une séance exceptionnelle de la convention générale a été convoquée à l’appel du Comité de Volonté Public : au programme, statuer sur la politique Loduarienne et sur l’avenir des relations bilatérales entre la république et l’Union. Certains pointent du doigt, en plus de la situation au Mokhai, la récente promulgation de l’état de Dictature Militaire sur l’ensemble du territoire Loduarien. La suspension des droits civiques et la concentration totale des pouvoirs aux mains du premier secrétaire du parti passent mal auprès de l’opinion publique kah-tanaise et d’une part importantes de leurs délégués à la Confédération. Certains iraient jusqu’à dire que le « régime a enfin tombé le masque », selon la formule désormais d’usage dans les couloirs d’Axis Mundis. Tomber le masque. Et à quelles fins ?
La question est de savoir quelles sont les options à la portée de la Convention Générale pour calmer le jeu ou éviter que cette éventuelle rupture ne se fasse d’une façon contraire aux intérêts kah-tanais. Le plus gros point de tension reste la situation au Mokhai. Certaines voix dans les mouvements radicaux appellent déjà au déploiement de forces d’intervention dans la région. « Les loduariens sont loin de chez eux », nous dit la très estimée Citoyenne Xi-Chiang, fondatrice du Syndicat des Brigades. « Ils ont déjà une guerre à mener. Qu’ils la mènent ; et n’en provoquent pas d’autres. » Derrière les déclarations plus ou moins menaçantes se cachent aussi une certaine incompréhension : pourquoi ? Pourquoi la Loduarie a-t-elle décidé de s’opposer frontalement au Grand Kah ? Quelle logique anime la politique du parti communiste loduarien ? Que croit-il pouvoir gagner en ouvrant un nouveau front au Nazum ? Loin de ses sphères d’influence, loin de toutes ses bases logistiques ? Face à une coalition internationale comptant l’une des plus importantes puissances militaire de la planète ? Tout ce qu'on entrevoie, c'est la possibilité d'une guerre perdue. De vies gaspillées, et de matériel éloigné des fronts menaçant directement la Loduarie.
C'est aussi pour ça que certains veulent croire au quiproquo. Le citoyen Malesherbes, du Club de l'Avant-Garde est l'un de ceux-là.
« l’OMPM s’est construite de façon très discrète, de chancellerie à chancellerie. Peut-être que la Loduarie travaillait ses propres dossiers avec Aoki Saburo. Peut-être que contrairement à l’Union, ils n’ont pas été contactés par l’opposition politique ». Et à certains d’acquiescer : peut-être que la Loduarie va se rendre compte de son erreur, ou joindre ses efforts à ceux de l’Union. Peut-être.
Mais le problème reste entier : la Loduarie soutient le régime Saburo du fait même de son intervention. C'est à dire soutient un dictateur entretenant un régime de terreur avéré à l'aide de milices politiques. La Loduarie soutient un modèle kleptocratique usurpant la bannière du socialisme. Valide l’existence d’une dictature dont les fondations reposent sur un tas de cadavres, civils innocents et victimes politiques : la première mission du volet militaire de l'OMPM était l'arrêt immédiat des crimes contre l'humanité perpétré par les milices politiques. La Loduarie s'opposera-t-elle à cette mission ? Sur quelles bases ?
La (petite) légitimité du modèle loduarien, dans le monde de la pensée socialiste, émanait de son rapport particulier au fascisme et de la lutte à mort qui avait opposé le régime eurycommuniste actuellement en place à son prédécesseur. Nous pouvons désormais constater que le socialisme loduarien est un socialisme sans empathie et sans intelligence, qui semble accepter les crimes les plus violents et se féliciter du fascisme le plus ouvert pour autant que ce dernier soit rouge.
Il reste encore un certain espoir pour la Loduarie. Tout semble indiquer que l’objectif principal de la Convention générale, dans cette affaire, et de permettre un retrait tactique pacifique des forces Loduariennes et éviter l’incident militaire. Les pensées du peuple kah-tanais sont, comme cela a été répété durant la séance de présentation du rapport sur les activités au Mokhai, avec les habitants du Nazum. Dans le cadre de l’OMPM et de ce qui a été voté avant sa mise en place, le premier objectif des forces kah-tanaises dans la région est de permettre la construction d’un Mokhai véritablement indépendant, démocratique et conforme aux ambitions populaires. Une guerre, même juste, même visant à protéger ces objectifs, serait un désastre humanitaire retardant longuement le développement de la région. C’est peut-être sur cette base seule que les loduariens déployés pourront rentrer chez eux. Car pour les chasser, l'Union et ses partenaires prendraient le risque de punir le Mokhai.