29/08/2005
18:21:06
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[PRESSE] Affaires nationales et bulletins officiels

7833
Akai Kagami
Le Miroir Rouge, définitivement radical.


Albel. Signature d'un "Pacte anti-bolchévique"

Encore un remous inquiétant des dictatures oligarchiques dont on subodore déjà que, sous prétexte de protéger une quelconque liberté, elles tueront sans distinction tout ce qui s'oppose à leur système bourgeois, sans jamais faire le tri entre les États ouvriers dégénérés et les rares cas de socialisme démocratique. La Réaction, face au changement, fait ce qu'on attend d'elle : elle réagit.

Mouais.

Commençons par un peu de sémantique, voulez-vous ?

À l'origine le terme « bolchevique », loin d'être l'insulte surannée favorite de toute la réaction, dont les idées comme le vocabulaire semblent dater d'il y a plus d'un siècle à un point tel qu'on se demande s'il reste encore du moisi autour des os, désignait simplement dans certaines des langues de l'est eurysien la majorité. Vous êtes bolchevique, lecteurs Kah, en ça que vous êtes la population majoritaire au sein d'un contexte donné. Mais admettons. Après tout ce serait faire du mauvais esprit que de nier l'utilisation politique du terme dans la communication officielle ou la nomenclature de quelques mouvements révolutionnaires (pas tous particulièrement bien inspirés). Il est donc naturel de constater que c'est à cette notion historique que se réfère Albel. Le Communisme, la terreur rouge qu'on a décidé de nommer, par méconnaissance totale du sujet, sous un terme parapluie ne désignant à l'origine que quelques-uns de quelques-partis dans quelques pays.

C'est aussi nier toute la contribution historique des révolutions précédentes. Nous pouvons imaginer que pour ces oligarques empattés toute révolution serait socialiste, y compris celle du Kah, ou leur donner le bénéfice du doute.

En tout cas il n'est pas étonnant de constater qu'il est tout particulièrement historique pour Albel de s'opposer à la majorité, si plus finement qu'au sein d'une dictature classique, comme le font toutes les républiques bourgeoises dont nous connaissons bien le fonctionnement. Le vrai pacte Anti-bolchévique, mes amis, anti-majorité, c'est la république libérale. Elle n'a de république que l'absence d'hérédité (et encore, nous savons bien comment fonctionne la reproduction sociale) et de libérale que l'économie, pensée comme organe d’accumulation et de maintien du pouvoir. Le terme libéral désignant chez nos amis les imbéciles une doctrine économique qui s'opposerait à l'étatisme, au lieu du désir plus général de liberté et d'obtensibilité de cette dernière.

Car c'est le cœur du sujet, pour Albel et pour d'autre, comme nous le savons bien. Ces États de la réaction qui se drapent de la liberté pour mieux s'essuyer avec au sortir des toilettes.

Concernant le pacte, maintenant, que contiennent ses articles ?

L'Article premier définit les termes. Le bolchevisme, la majorité, c'est le marxisme. Un outrage envers la nature – dit la capitaliste qui étiole chaque réglementation pour mieux la violer – et la liberté des peuples. Sur ce point nous noteront et signifieront que le marxisme a donné des dictatures, comme nous le savons et comme en témoigne certains des Etats voisins au Kah. Elle a donné des dictatures et quelques authentiques expériences démocratiques. Qu'a donné leur « libéralisme », pour sa part ? De la bourgeoisie, de l'accumulation des richesses, des ouvriers mourant quotidiennement dans leurs usines de mort, privés de droit, d'éducation et de la moindre chance d'évolution. On est en plein régime voltairien. Une majorité régnant et profitant d'un grand nombre soumis. Ils ne sont pas en mesure de parler de liberté des peuples.

Quant à la notion d'Ordre naturel et d'Intégrité des États elle tient du discours fasciste classique et nous ne nous fatigueront pas à y répondre tant il est évident pour une population éduquée que l'Ordre naturel n'existe pas sinon dans la bouche des dirigeants qui la désigne pour justifier leurs décisions, et que l'intégrité des États n'est que le résultat regrettable de la désunion des hommes. Même leurs textes sacrés et religieux, sur lesquels ils aiment tant jurer et se reporter, qui est la base de toute leur prétendue morale, l'admet.

C'est d'autant plus flagrant qu'enfin, ce premier article, reconnaît le but final, de ce pacte. Les régimes socialistes, faisant parfois fit de toute morale révolutionnaire et oubliant ce qu'elles défendent, s'allient. Les dictatures pactisent avec les démocraties. Idée absurde puisque les deux devraient s'opposer, mais enfin : les républiques socialistes peuvent-elles s'épuiser à lutter contre leurs sœurs dégénérées et stupides quand on sait que les libéraux sans éthiques, sans vision et n'attendant que leur mort, rodent dans l'ombre, prêts à déchirer leurs rêves d'un coup de poignard ? Non ! C'est, car la bourgeoisie n'attend que de tuer le peuple que le peuple doit s'unir, y compris avec ceux qui sous prétexte de le défendre l'écrasent dans le sang ! Nous pourrons régler la question des dictatures générées et gerbantes une fois le cas des crypto-fascistes et de la haute bourgeoisie dynastique réglé.

Alors existe l'internationale, sur laquelle nous avons de bonnes et de très mauvaises choses à dire. Et Albel, prenant conscience que l'unité du socialisme bon comme dangereusement mutant signifie que ces pays ne peuvent plus être malmenés, décide d'ériger une alliance de destruction.

Voyons maintenant la forme de cette entreprise de destruction.

L'Article premier est assez peu remarquable. Partage d'intelligence militaire et politique, comme nous l'attendions. Sous prétexte de luter contre l'international on se donne le droit de surveiller n'importe qui dans n'importe quel pays et de qualifier quiconque demande une amélioration de sa condition de dangereux marxiste à surveiller ; L'autoritarisme a besoin d'un ennemi intérieur et extérieur pour prospérer.

L'Article second indique que les nations signataires devront collaborer et mettre en place une stratégie que nous imaginons évolutive pour contrer les tentatives d'obtention par la population majoritaire de droits sociaux. L'aspect inquiétant et qu'il n'est toujours pas précisé si cette stratégie agira sur le territoire des régimes bourgeois signataires, ou sur l'ensemble de notre planète. Absence de précision dans laquelle nous lisons en creux la réponse à la question.

L'Article troisième indique clairement la création d'un État-major coalise. Ou plutôt d'une commission de liaison entre les nations signataires, semblant aller de soi considérant les articles précédents – était-il seulement utile de préciser la forme organisationnelle du pacte dans ce traité ? Probablement. Mais le fait en si peu de mot c'est amorcer la démarche sans chercher à l'achever.

Le dernier Article, enfin, assume pleinement que le Pacte a vocation à s'étendre. Chaque nation se jugeant menacée par un changement social d'ordre historique, la moindre dictature pathétique, le moindre régime personnel dirigé depuis seize générations par la même famille dont la consanguinité intellectuelle et culturelle n'est plus à prouver, pourra ainsi rejoindre le pacte et jouir de l'aide de ses pairs à travers le monde si, par mégarde, le peuple venait à demander des droits.

Alors, qu'en penser.

Que ce pacte n'est en lui-même qu'un document mais que nous savons bien quel est l'esprit général d'Albel. Nous connaissons leurs positions, leurs discours, leurs lois. À cette lumière nous pouvons interpréter ce texte pour ce qu'il est. Peut-être, à ce jour, la plus grande menace jamais proférée à l'intention du peuple. En tout cas une promesse de guerre et d'interventionnisme. Les gouvernements ayant signé ce traité se rendent coupables de conjuration et de meurtre. Si pas de suite, dans un avenir qui ne saurait se montrer, sinon inéluctable, prévisible. Ces pays promettent la guerre et se congratulent mutuellement de leur décision courageuse. Désormais, plus aucune avancée sociale, plus aucun acte de courage prolétaire, plus aucune revendication légitime ne saurait être faite sans être fixée par ce « Pacte », puis malmenée à l'envie.

Plus grave encore : désormais, les républiques socialistes ou d'inspirations utopiques seront obligées de faire alliance avec les États ouvriers générés et autres bureaucraties mutantes, par simple esprit de conservation la dictature au nom du prolétariat aura le loisir de s'allier avec les authentiques expériences libertaires. Car c'est ça où être laissé à la merci de ces va-t-en-guerre.

Ce pacte, en bref, est le début d'une nouvelle guerre dont l'intensité saura sans doute tous nous étonner. Albel et sa clique ont empoisonné le puits des relations internationales, de l'idéologie et de la libération des peuples.

Au nom d'une hypothétique liberté ils envisagent de l'assassiner.

Comme nous l'attendions de la part de la Réaction. A défaut d'être surpris, nous sommes simplement las, et exprimons notre sincère amitié aux prolétaires de tout les pays.
Citoyens de toute nation, unissez-vous.

Plus que jamais.
10500
Akai Kagami
L’Observateur du bien Commun, Bulletin officiel et quotidien du Parlement Général.



Sur la Question du réarmement des Communes, portées par le Comité de la Volonté Publique par l’intermédiaire du Citoyen MAYHUASCA.

Le Citoyen arrive au Parlement Général à 16H20. Son apparition provoque un certain tumulte rapidement calmé par l’action du premier orateur le citoyen Choque Caipa. L’ordre du jour suit son cours jusqu’à 16H50 où la question du réarmement, avancée par le Comité de la Volonté Publique le 01/04/2004 est à nouveau discutée ; Le citoyen MAYHUASCA se rend à la tribune centrale.

C. MAYHUASCA : Camarades et citoyens, s’il m’est désagréable de le rappeler je crois qu’il est nécessaire de dire, une fois encore, qu’être membre d’un Comité quel qu’il soit ne nous exclus pas de la Députation. Nous avons été nommés par les Communes via votre intermédiaire pour concentrer leurs ambitions au sein d’une même volonté. Parole de centralisateurs, dira-t-on, mais l’essentiel est le suivant : si nous ne passons plus l’essentiel de notre temps au sein de ces nobles murs, nous savons pour autant ce qui s’y passe. Je sais ainsi, chaque bruit de couloir, négociation, discours et avis que chacun peut émettre. Ce qui est attendu de moi comme des autres membres de chaque comité, en vertu de notre mission de représentation et du respect de la souveraineté populaire, tel que le précise la charte constitutionnelle mise en place lors de la Grande Révolution.

Aussi oui, je sais. Il aurait fallu être aveugle et sourd pour ne pas savoir. Savoir ce qui se dit, ce qui se prétend. Les paroles odieuses que l’on murmure entre les bancs de la députation. Les craintes justifiées, aussi.

C. ROJES : Et quelles sont-elles, ces paroles, Aquilon ?

(Rires.)

C. MAYHUASCA : Dois-je rappeler aux Horlogers leurs propres mots ? Mais non. Car nous allons bien en débattre et que le Comité entend bien jouir de vos conseils et opinions. Allons à l’essentiel et laissez-moi vous expliquer ce projet ; Après quoi, citoyen, vous serez bien capable de vous répéter si nécessaire.

Le Comité le propose. Le Réarmement doit être à l’ordre du jour.

(Chahut. Le citoyen attend.)

Le réarmement. Parfaitement. Ô réarmement, perfide serpent, poison des cœurs dirait-on. J’ai entendu prétendre qu’on ne s’armait pas en prévision de la paix mais enfin, les Communes seules ne sont-elles pas à l’initiative de toute action de l’Union ? Et représentants des Communes, ne savez-vous pas qu’elles ne désirent que la paix ? Leur donner les moyens de la guerre n'en fera pas es assassins !

Je sais pourtant d’où viennent ces réactions. Il est attendu que l’évocation des armes vous pousse dans des retranchements épidermiques. Moi-même, j’enrage des extrémités auxquelles nous pousse le monde. La vérité s’accorde mal du rêve révolutionnaire et nous devons de fait en prendre acte.

Alors je sais. Je sais bien ce que nous craignons tous. En Deux siècles de révolution, et deux siècles de crises ; Politiques, économiques diplomatiques et – bien souvent – à l’avant-garde de nos problèmes, l’armée. Celle qui refusa de désarmer le Daïmio. Qui installa Sukaretto à l’aide des bourgeois. Qui tenta tant et tant de nous soumettre au Capital. L’armée incarne l’usage de la force. L’usage de la force la coercition. La coercition ce que nous avons éliminé du Grand Kah. Alors oui, je vois bien que l’on peut penser que mettre la militarisation à l’ordre du jour, c’est en fait mettre la fin de l’Union à l’Ordre du Jour. Le Comité s’envisagerait-il junte ? Pensons-nous seulement en avoir le droit ? Et pourquoi aurions-nous même besoin de remilitariser l’Union ? Des questions légitime auxquelles je vais répondre, et-…

C. XIULT-TRAN : T’as bien intérêt, camarade !

C. MAYHUASCA : Mais tout à fait. (Il attend avant de reprendre.) Il y a plus de cinquante ans la Révolution était menacée par le Coup des impérialistes. La Famille Sukaretto, financée par des intérêts étrangers dont nous tairons encore ici l’origine par souci de décence, a renversé les comités, attaqué les commune et placé un nouveau maître chien au sommet du Kah, tentant le rétablissement de l’État et de la coercition. Nous savons comment cette histoire se termine : dans le sang, la nausée et les morts. Dans la régénération, aussi, de la Révolution par le biais d’un nouveau Cycle. Kah est une roue. (Les députés reprennent en cœur.) Qu’avons-nous appris de cette période ; Qu’on fait nos aïeux ? Ils ont fermé la nation au monde. Puis l’ont reconstruit ; Plus important encore : ils ont pardonné de telle façon qu’une Sukaretto, descendante directe de cette famille dont on pourrait croire le sang maudit tant sa lignée s’est opposée à l’Idéal, a été élue par cette chambre même au Comité. Alors quoi ? Sommes-nous coupables d’avoir pardonné à la fille des monstres ? Pensons-nous finalement que le sang fait les maux plus que l’éducation ? Alors nous serions tous coupables de trahison, l’ayant nommé d’un commun accord tout comme vous m’avez nommé, et la citoyenne Actée, et le citoyen Suchong. Et d’autres.

Le Kah ne détruit pas. Nous le savons bien. Le Kah analyse, pardonne, inclus. La militarisation du Kah ne veut pas dire la réinstallation d’une force armée centralisée fonctionnant sur le modèle de celles qui nous ont tant et tant trahit. La remilitarisation du Kah signifie l’analyse des erreurs du passé et l’adaptation de nos objectifs et des méthodes pour les remplir à la situation présente et à ce que nous considérons êtres notre Idéal.

Quel est notre idéal, je crois que vous me détromperez si je fais erreur. Notre idéal est celui de la paix. Celui de la liberté. Du respect. De l’union et du bien commun par le bien individuel.

Quel est le contexte de notre idéal ? Celui d’un monde dur, traître. Nous sommes entourés d’ennemis idéologiques. Au nord de notre position la première puissance mondiale, d’un capitalisme effroyable. Plus au nord des républiques, oligarchies pathétiques dont la constitution même tient notre pensée en crime. Au sud l’esclavage. À l’est la monarchie. A l’ouest la république prolétarienne qui n’a de républicaine que l’oligarchie et de prolétarienne que le sang qu’elle presse dans son étau. Nous sommes entourés de peuples qui, observant notre idéal, décideront pragmatiquement de ne pas faire affaire avec nous. S’ils ont plus intérêts à nous écraser, ils le feront. Notre modèle menaçant par sa simple existence les présupposés des leurs.

Or c’est parce que nous voulons la paix, spécifiquement, qu’il nous faut estimer ce qui se passera en cas de guerre. Oui citoyenne ?

C. ZUHEN : Les milices communales ne suffiraient pas à nous défendre ? (Elle hésite, car on veut la faire taire.) Puis-je continuer ?

C. MAYHUASCA : Je vous en prie citoyenne.

C. ZUHEN : Ce que vous dites nous le savons bien. L’Union est un modèle unique et notre histoire le montre : un modèle en danger constant. Nos ennemis sont nombreux et sans aller jusqu’à prétendre qu’ils complotent sans cesse contre nous, ce serait grotesque, je crois que nous comprenons tous pourquoi vous désirez rendre le fait de coopérer avec le Grand Kah préférable pour eux que la solution consistant à prendre ce qu’il aurait à offrir par la force. Le Comité a pour mission d’être nos yeux et nos oreilles sur les affaires du monde et de proposer aux communes la manière dont il faudrait coordonner leurs actions. En ça je ne crois pas que nous puissions considérer que vous vous avancez en proposant de mettre la militarisation à l’ordre du jour. Je suis moi-même contre ce projet pour les raisons que je vais exposer mais je tiens à le dire, nous avons été pour beaucoup très sévère avec vous, au nom de la députation je tiens à m’en excuser.

(Quelques chuchotements d’assentiment. Quelques rires, aussi.)

Donc. Comme vous le dite, le Coup de 50 a été réglé par un nouveau cycle révolutionnaire et, comme vous le dites, le Kah a pardonné. Mais le Kah a aussi pardonné l’idée d’armée ! Vous faites comme si nous avions brûlé les fusils et les avions, broyés les navires et rejeté le mot « soldat » pour le ranger avec celui de monarque. Mais c’est tout à fait faux, puisque nous avons les milices. Elles n’ont jamais été dissoutes depuis la révolution et chaque commune le désirant possède la sienne. Tenez, vous le savez bien, la plus grande de ces milices étant la Protection Civile qui a arrêté il y a peu les synarchistes ! Cette même arrestation qui a poussé à la proposition du comité ! Alors nous avons une force armée. Prendre le Kah serait déjà pour toute force étrangère une opération complexe.

C. MAYHUASCA : La Protection civile est une force communale qui, contrairement aux milices, est équipée, entraînée et active. Mais elle n’est pas une force armée. C’est une force de maintien du bien commun dont l’activité ne saurait être au mieux que supplétive à celle d’une authentique force armée. Ce qu’il nous fait ce sont des professionnels de la guerre. Laissez-moi terminer, des professionnels de la guerre comme la Garde d’Axis Mundis.

(Brouhaha et chahut. Un citoyen indéterminé lance le cri de "centralisateurs". Les députés centralisateurs s’offusquent. Le premier orateur appel au retour au calme. Le citoyen Mayhuasca attend à la tribune.)

C. MAYHUASCA : Mais je ne suis pas un centralisateur ! Personne ici n’aime notre système autant que moi, la liberté autant que moi ! N’ai-je pas été nommé sur les valeurs que je représente depuis toujours dans mon action ? N’ai-je pas fidèlement rendu à la nation la somme de ses intentions, représenté les communes de façon à organiser le bien commun ? Vous est-il donc si inacceptable d'envisager que nos conclusions, que ce que nous voyons, serait en fait là encore destiné à la seule collectivité ? Alors ! Vous nous avez nommé pour ça ! Pour le bien commun. Et maintenant vous nous reprochez de vouloir le défendre ! Alors ! Alors, enfin, c’est bien vous qui nous avez nommé. Si vous ne voulez plus du Comité... Si vous ne reconnaissez plus le bien des communes dans ses conclusions… Je vous le demande bien clairement : mettez-y fin ! Et élisez ceux et celles qui, vous semble-t-il, représenteront mieux l’intérêt national !

C. HUALTAYAN : Citoyen ! Le Comité a toute notre confiance ! (Des approbations fusent.) Nous ne doutons pas de ses intentions. Mais la porte que vous voulez ouvrir a déjà été ouverte par le passé sans jamais faire entrer quoi que ce soit de bon.

C. MAYHUASCA : Alors adaptons ! Je sais ce qui vous angoisse. La Garde d’Axis Mundis répond au Comité seul. Mais la Garde sert à défendre la Commune spéciale. C’est un corps de défense. C’est aussi depuis plus d’un demi-siècle le seul exemple de force militarisée professionnelle de notre nation. Une garde similaire pourrait être mise en place dans l’essentiel des communes supérieure, pour commencer. Dirigée à chaque fois par les communes qui pourraient ainsi inclure les besoins et ravitaillement des soldats dans la planification d’ensemble. Pour éviter le factionnalisme les soldats pourraient être des volontaires de toute commune mis au service d’autres.

C. ZHEN : Ce qui retirerait toute forme de réel contrôle aux Communes.

C. HUALTAYAN : Propos d’anti-unioniste !

C. ZAN NEK : Peut-être, mais ça demanderait aussi de revoir toute la planification économique, de revoir à la baisse l'augmentation du niveau de vie, d'empiéter sur le bien-être national.

C. MAYHUASCA : Au profit de sa survie ! Mais j'entends ces avis, et nous savons comment cela se réglerera. Dans un premier temps, établissez vos commissions et prévenez vos communes. Le Comité prendra les mesures nécessaires. Le reste dépend désormais de la députation de l'union et du consensus qu’elle établira. Mais puisque ça ne tient en fait qu’à ça : ne percevez pas notre demande comme celle d’une remilitarisation du Grand Kah. Percevez-la comme celle d’un réarmement des communes. Et le Kah nous guide en cas de guerre. (Mouvement prolongé d’assentiment.)

(Comme ne certaine agitation succède au discours du citoyen; la séance est à nouveau suspendue.)
7809
Akai Kagami
Le Miroir Rouge, définitivement radical.


Albel. Signature d'un "Pacte anti-bolchévique"

Encore un remous inquiétant des dictatures oligarchiques dont on subodore déjà que, sous prétexte de protéger une quelconque liberté, elles tueront sans distinction tout ce qui s'oppose à leur système bourgeois, sans jamais faire le tri entre les États ouvriers dégénérés et les rares cas de socialisme démocratique. La Réaction, face au changement, fait ce qu'on attend d'elle : elle réagit.

Mouais.

Commençons par un peu de sémantique, voulez-vous ?

À l'origine le terme « bolchevique », loin d'être l'insulte surannée favorite de toute la réaction, dont les idées comme le vocabulaire semblent dater d'il y a plus d'un siècle à un point tel qu'on se demande s'il reste encore du moisi autour des os, désignait simplement dans certaines des langues de l'est eurysien la majorité. Vous êtes bolchevique, lecteurs Kah, en ça que vous êtes la population majoritaire au sein d'un contexte donné. Mais admettons. Après tout ce serait faire du mauvais esprit que de nier l'utilisation politique du terme dans la communication officielle ou la nomenclature de quelques mouvements révolutionnaires (pas tous particulièrement bien inspirés). Il est donc naturel de constater que c'est à cette notion historique que se réfère Albel. Le Communisme, la terreur rouge qu'on a décidé de nommer, par méconnaissance totale du sujet, sous un terme parapluie ne désignant à l'origine que quelques-uns de quelques-partis dans quelques pays.

C'est aussi nier toute la contribution historique des révolutions précédentes. Nous pouvons imaginer que pour ces oligarques empattés toute révolution serait socialiste, y compris celle du Kah, ou leur donner le bénéfice du doute.

En tout cas il n'est pas étonnant de constater qu'il est tout particulièrement historique pour Albel de s'opposer à la majorité, si plus finement qu'au sein d'une dictature classique, comme le font toutes les républiques bourgeoises dont nous connaissons bien le fonctionnement. Le vrai pacte Anti-bolchévique, mes amis, anti-majorité, c'est la république libérale. Elle n'a de république que l'absence d'hérédité (et encore, nous savons bien comment fonctionne la reproduction sociale) et de libérale que l'économie, pensée comme organe d’accumulation et de maintien du pouvoir. Le terme libéral désignant chez nos amis les imbéciles une doctrine économique qui s'opposerait à l'étatisme, au lieu du désir plus général de liberté et d'obtensibilité de cette dernière.

Car c'est le cœur du sujet, pour Albel et pour d'autre, comme nous le savons bien. Ces États de la réaction qui se drapent de la liberté pour mieux s'essuyer avec au sortir des toilettes.

Concernant le pacte, maintenant, que contiennent ses articles ?

L'Article premier définit les termes. Le bolchevisme, la majorité, c'est le marxisme. Un outrage envers la nature – dit la capitaliste qui étiole chaque réglementation pour mieux la violer – et la liberté des peuples. Sur ce point nous noteront et signifieront que le marxisme a donné des dictatures, comme nous le savons et comme en témoigne certains des Etats voisins au Kah. Elle a donné des dictatures et quelques authentiques expériences démocratiques. Qu'a donné leur « libéralisme », pour sa part ? De la bourgeoisie, de l'accumulation des richesses, des ouvriers mourant quotidiennement dans leurs usines de mort, privés de droit, d'éducation et de la moindre chance d'évolution. On est en plein régime voltairien. Une majorité régnant et profitant d'un grand nombre soumis. Ils ne sont pas en mesure de parler de liberté des peuples.

Quant à la notion d'Ordre naturel et d'Intégrité des États elle tient du discours fasciste classique et nous ne nous fatigueront pas à y répondre tant il est évident pour une population éduquée que l'Ordre naturel n'existe pas sinon dans la bouche des dirigeants qui le désigne pour justifier leurs décisions, et que l'intégrité des États n'est que le résultat regrettable de la désunion des hommes. Même leurs textes sacrés et religieux, sur lesquels ils aiment tant jurer et se reporter, qui est la base de toute leur prétendue morale, l'admet.

C'est d'autant plus flagrant qu'enfin, ce premier article, reconnaît le but final, de ce pacte. Les régimes socialistes, faisant parfois fit de toute morale révolutionnaire et oubliant ce qu'elles défendent, s'allient. Les dictatures pactisent avec les démocraties. Idée absurde puisque les deux devraient s'opposer, mais enfin : les républiques socialistes peuvent-elles s'épuiser à lutter contre leurs sœurs dégénérées et stupides quand on sait que les libéraux sans éthiques, sans vision et n'attendant que leur mort, rodent dans l'ombre, prêts à déchirer leurs rêves d'un coup de poignard ? Non ! C'est car la bourgeoisie n'attend que de tuer le peuple que le peuple doit s'unir, y compris avec ceux qui sous prétexte de le défendre l'écrasent dans le sang ! Nous pourrons régler la question des dictatures dégénérées et gerbantes une fois le cas des crypto-fascistes et de la haute bourgeoisie dynastique réglé.

Alors existe l'internationale, sur laquelle nous avons de bonnes et de très mauvaises choses à dire. Et Albel, prenant conscience que l'unité du socialisme bon comme dangereusement mutant signifie que ces pays ne peuvent plus être malmenés, décide d'ériger une alliance de destruction.

Voyons maintenant la forme de cette entreprise de destruction.

L'Article premier est assez peu remarquable. Partage d'intelligence militaire et politique, comme nous l'attendions. Sous prétexte de luter contre l'international on se donne le droit de surveiller n'importe qui dans n'importe quel pays et de qualifier quiconque demande une amélioration de sa condition de dangereux marxiste à surveiller ; L'autoritarisme a besoin d'un ennemi intérieur et extérieur pour prospérer.

L'Article second indique que les nations signataires devront collaborer et mettre en place une stratégie que nous imaginons évolutive pour contrer les tentatives d'obtention par la population majoritaire de droits sociaux. L'aspect inquiétant et qu'il n'est toujours pas précisé si cette stratégie agira sur le territoire des régimes bourgeois signataires, ou sur l'ensemble de notre planète. Absence de précision dans laquelle nous lisons en creux la réponse à la question.

L'Article troisième indique clairement la création d'un État-major coalisé. Ou plutôt d'une commission de liaison entre les nations signataires, semblant aller de soi considérant les articles précédents – était-il seulement utile de préciser la forme organisationnelle du pacte dans ce traité ? Probablement. Mais le faire en si peu de mot c'est amorcer la démarche sans chercher à l'achever.

Le dernier Article, enfin, assume pleinement que le Pacte a vocation à s'étendre. Chaque nation se jugeant menacée par un changement social d'ordre historique, la moindre dictature pathétique, le moindre régime personnel dirigé depuis seize générations par la même famille dont la consanguinité intellectuelle et culturelle n'est plus à prouver, pourra ainsi rejoindre le pacte et jouir de l'aide de ses pairs à travers le monde si, par mégarde, le peuple venait à demander des droits.

Alors, qu'en penser.

Que ce pacte n'est en lui-même qu'un document mais que nous savons bien quel est l'esprit général d'Albel. Nous connaissons leurs positions, leurs discours, leurs lois. À cette lumière nous pouvons interpréter ce texte pour ce qu'il est. Peut-être, à ce jour, la plus grande menace jamais proférée à l'intention du peuple. En tout cas une promesse de guerre et d'interventionnisme. Les gouvernements ayant signé ce traité se rendent coupables de conjuration et de meurtre. Si pas de suite, dans un avenir qui ne saurait se montrer, sinon inéluctable, prévisible. Ces pays promettent la guerre et se congratulent mutuellement de leur décision courageuse. Désormais, plus aucune avancée sociale, plus aucun acte de courage prolétaire, plus aucune revendication légitime ne saurait être faite sans être fixée par ce « Pacte », puis malmenée à l'envie.

Plus grave encore : désormais, les républiques socialistes ou d'inspirations utopiques seront obligées de faire alliance avec les États ouvriers dégénérés et autres bureaucraties mutantes, par simple esprit de conservation la dictature au nom du prolétariat aura le loisir de s'allier avec les authentiques expériences libertaires. Car c'est ça où être laissé à la merci de ces va-t-en-guerre.

Ce pacte, en bref, est le début d'une nouvelle guerre dont l'intensité saura sans doute tous nous étonner. Albel et sa clique ont empoisonné le puits des relations internationales, de l'idéologie et de la libération des peuples.

Au nom d'une hypothétique liberté ils envisagent de l'assassiner.

Comme nous l'attendions de la part de la Réaction. A défaut d'être surpris, nous sommes simplement las, et exprimons notre sincère amitié aux prolétaires de tout les pays.
Citoyens de toute nation, unissez-vous.

Plus que jamais.
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Billet d’opinion de la très estimée Citoyenne Xi-Chiang, fondatrice du Syndicat des Brigades, publié dans différents journaux et lu dans différentes communes.

https://i.pinimg.com/564x/09/8d/1d/098d1d8466881480ff85f8231c628ab4.jpg
"J'ai pas passé quinze ans dans la jungle et dix sur les barricades pour être reléguée au charnier sitôt la paix acquise !" - Citoyenne Dolores Xi-Chiang, "la Bulldozer de Kanosa"


Des jeunes gens assassinés par le fascisme. Les démocraties libérales écarquillent vaguement les yeux, sans plus.

C’est en quelque-sorte la continuation de ce que certains avaient commencés à ressentir avec la signature de ce foutu pacte anti-rouge, où sous prétexte de tuer un tyran on cire allègrement les pompes d’un autre, et sans aller jusqu’à faire une échelle des maux – les classifications douteuses c’est un truc de chemise brune – il faut bien admettre qu’en l’état, les caudillos du marxisme ont tués moins de gosses étrangers arrivés chez eux que les croûtons desséchés du nationalisme à Papa. Les gosses éliminés, lavés, lapidés et effacés des registres en interne ? Autre sujet, sur lequel on finira bien par revenir, quelle que soit sa couleur une dictature reste une saloperie. Mais ! C’est qu’il faut les voir, ces dictateurs de tout poil. Personne ne s’emmerde à bouger son cul quand ils tuent chez eux, mais enfin, maintenant c’est dit, ils ont tué de l’étranger ! L’affaire devient internationale, on a enfin le droit de parler du désastre en cours et de se pencher sur la question sans qu’on nous accuse de regarder où l’on ne devrait pas.

Alors regardons donc. Les autres avaient initié le Pacte Anti-bolchevik, pris d’une soudaine inspiration et d’une sainte terreur pour leurs oligarchies respectives. C’est qu’il fallait bien trouver une raison de limiter le droit de grève et de surveiller les syndicats. Nos collègues du vieux continent, similaire à une paire de couille qui ne sert plus, dans laquelle s’agite tout à la fois les pulsions de vieillards frustrés et le marasme consanguin d’idées restées trop longtemps entre elles, commençant sérieusement à fermenter, nous a pondu une autre alliance d’un goût tout à fait différent et même, si on oublie de la regarder avec attention, d’un goût tout à fait convenable.

En bref, nous parlons bien de cette fameuse alliance Boréale. Nouveau coup de génie des oligarchies libérales qui arrivent en l’espace d’une semaine à donner le bâton pour se faire battre puis l’opportunité qui va bien avec. On les en remercie. Même plus besoin de les couvrir de ridicule, elles le font toute seule avec la grâce ultime qu’on leur connaît bien.

Quel était le propos, qu’en savons nous, que pouvons-nous vous en dire ?

Pas assez à notre goût, hélas ! Mais suffisamment pour en tirer les conclusions qui s’imposent, et heureusement.

L’initiative vient du Makt. Nos petits oisillons pensent qu’il s’agissait à la base du coup classique du pacte économique visant à péter les droits douaniers comme un bourreau péterait les chevilles de sa victime, en préambule du massacre total. On leur souhaite bien du plaisir pour trouver un accord, aux roitelets des pays signataires. C’est un véritable casse social et on le sait bien : puisque les produits des nations pactisants pourront s’écouler sans surveillance il faudra ruiner les droits sociaux, les salaires et de même les coûts de production pour rester compétitif. Une bagarre de nantis dont on connaît déjà le résultat ! Le capital fera ses gros chiffres et la population dormira sur ce qu’on voudra bien lui laisser : avec un peu de chance de la paille, dans le pire des cas des bancs anti-sans abris. Quelle chance pour ce continent vieillissant que les vieilles recettes capitalistes soient encore d’usage ! Et quelle chance pour les nations signataires d’être en si bonne compagnie, car regardons enfin qui, de ce que nous avons entendu, a été convié aux discussions.

– Le Makt, qui a organisé la sauterie.
– L'Althenlant, sans surprise vu sa position.
– Le Walserreich, qu’on pensait au-dessus de ça.
– L'Empire Latin Franc, qu’on ne présente plus.

Nos petits oisillons prétendent aussi que les gars du Syndicat Pharois auraient eut le bon goût de s’abstenir malgré une invitation très formelle. Est-ce par réalisme social ? Par incorruptibilité idéologique et politique ? Ou pour d’autres raisons ? Nous ne pouvons que théoriser, faute d’informations claires. Mais on tient quand-même pour sûr que le Makt, à l’origine de cette conjuration, est signataire du superbe Levier Fasciste, du Facilitateur d’Autoritarisme par excellence, le Pacte anti-bolchevik. On se rappelle bien comme certains journaux Pharois avaient réagis à sa signature ; Alors peut-être que nos frères les pêcheurs du nord ne voulaient pas que leur hareng salé alimente les conserveries d’Albel par un truchement inévitable, les amis de mes amis étant, comme on le sait bien…

Mais revenons plutôt sur cette Alliance Boréale dont on attend avec grande attention la signature officielle pour avoir grand plaisir à expliquer la stupidité profonde de ses closes et les désastres qu’elles annoncent.

C’est qu’il y a comme un problème éthique concernant ce pacte. Dont on sait bien qu’il a sans doute été défendu à base des gargouillements habituels sur la paix régionale, la sécurité, l’échange, la compréhension culturelle, etc. C’est qu’il inclut une nation bien Brune comme on les hait, qui nous a fait dans la foulée la preuve de son immanquable crasse. L’Empire Latin Franc. (Peut-être qu’ils lui donneront le titre de scandinave d’honneur une fois le pacte signé ?)

On pourrait croire en nous lisant que nous prenons les évènements à la légère – la distance aidant – mais nous sommes furieux, mortifiés de rage et en empathie totale avec les familles victimes de cette construction nationale sordide. Comme nous le disions, ce pacte à peine en cours de signature que des enfants Pharois sont capturés par les chiens de l’empereur. Nous comptons à ce jour un mort. Le bilan pourrait s’alourdir. Nous entretenons peu d’espoir du contraire.

La dictature, c’est le règne de l’arbitraire et de la folie. On le sait bien. Et dans ces disciplines, l’empereur nous a fait une preuve irréfutable de son impayable talent sans parler de son grand humour : tout son règne étant une mauvaise blague. Maintenant c’est sûr, l’alliance boréale travaille à la paix dans la région et nous avons hâte de voir les Républiques libérales regarder leur nouveau meilleur ami tuer deux enfants de plus, puis gronder les pharois s’ils venaient à éprouver un minimum de colère légitime. On le sent bien venir, le retournement de veste absolu de ces uns et autres qui signent des pactes contre les prétendues dictatures rouges, se claquent la bise sous prétexte de protéger les droits du citoyen et du marché, et regardent sans ciller leurs alliés s’adonner à des actes de barbaries gerbant. C’est qu’ils s’en foutent, les grands pontes libéraux. Ils sont là pour faire du chiffre. Alors vos gosses assassinés, vous savez...

Oh nous ne serions pas surpris que tout se passe exactement comme ça. Et tout au contraire nous serions bien surpris (mais très soulagés) de voir la situation se régler de façon un tant soit peu sensée.

De toute façon, l’un des gosses est mort. Lukaas, comme ils l'appelaient. Il est déjà trop tard pour les familles, et pour l’empire. Maintenant le monde entier peut juger de son génie diplomatique, de la justesse de ses lois, de l’absolu modèle de vertu qu’il compose. Même les plus hypocrites seront bien forcés de le faire par décence élémentaire. Et les nations de l’alliance Boréale, dans tout ça ?

Vont-elles s’éloigner des tueurs d’enfant, ou leur tapoter l’épaule comme à un vieux frère ?
Nous sommes bien curieux de le savoir, ça, tiens.

En tout cas, pour le moment c’est sûr, chaque parent est un pharois, chaque tueur un franc

Post-Scriptum :

C'est avec une grande émotion que mes oisillons m'ont rapportés la mort des deux otages. Après le petit citoyens Luukas, c'est Joonas, Raakel. Morts. Arrachés gratuitement à la vie. Il n'y aura pas forcément de procès, mais la foule a une mémoire. Personne n'oubliera, je crois, ce que l'empire représente.

Qu'il aille au diable, lui et ceux qui marchent à ses côtés. Nos condoléances aux familles.
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Akai Kagami
Le Miroir Rouge, définitivement radical.


Remilitarisation des Communes : vers un militantisme armé ?

Presque 150 jours après l'approbation par le Parlement général du plan de remilitarisation des Communes, syndicats et républiques du Grand Kah, nous avons rencontré le citoyen-général Atl Mikami pour faire le point sur la nouvelle force armée de l'Union.

Mouais.

Il est encore tôt le matin lorsque nous arrivons sur le terrain du Grand Renouveau, gigantesque ensemble architectural logé au creux de Tlacuahian, pudiquement séparé de la ville par des parterres d'herbes et une haie sauvage de faux-poivrier. On peut y accéder par divers routes, le plus simple restant encore de prendre l'avenue Liberté, courant directement de l'aérodrome aux lieux. Passer par la Voie Syndicale, traversant toute l’agglomération en passant par sa gare centrale, est aussi une option viable. À notre approche nous sommes accueillis par deux agents de la protection civile émergeant d'un corps de garde moderne. Ils nous saluent, sourient quand nous leur présentons nos laissez-passer puis nous indiquent la direction d'un parking vide à l'exception d'autobus banalisés, de l'autre côté des haies. Désormais nous pouvons apercevoir les monuments, plus ou moins éloignés. Le Grand terrain de manœuvre, celui de parade – cerné de ses tribunes – le vieux stade antique, le plus récent – encore en travaux. Quelques pyramides finement entretenues, ponctuant le paysage. Après quelques minutes un homme vient à notre rencontre en nous saluant. Il est assez grand, propre sur lui, porte un uniforme que nous n'avons encore jamais vu, se rapprochant un peu de la tenue cérémonielle de la Garde d'Axis Mundis. Nous comprenons qu'il s'agit d'un des hommes de la nouvelle armée de l'Union, ce qu'il nous confirme tout en nous demandant de le suivre : le général nous attend.

C'est une sensation inhabituelle, celle de traverser un lieu dédié à l'effervescence quand il est au plus vide. Nous nous disons que dans la mémoire collective du Kah, la strucutre sera bientôt immortalisée pleine de vie, d'un public venu observer les grandes cérémonies civiles et militaires auxquelles on la promet. Mais pour le moment il n'y a que nous, parcourant les couloirs vides du Grand autel de la Roue. Tribune néoclassique aux proportions d'immeuble – plus de vingt mètres de haut, presque quatre cents de large. Témoin du génie et de l'ambition du projet porté par le Comité de Volonté Publique. Alors que nous arrivons dans le couloir menant aux tribunes des officiels, au sommet de la structure, nous remarquons comme un piédestal de musée, entouré d'une cage de verre. Sous celle-là, un étendard relativement ancien, soigneusement plié de façon à présenter à l'observateur l'éternelle Roue du Kah. Nous comprenons qu'il s'agit d'un des drapeaux dressé lors de la dernière révolution. Notre guide nous fait signe de continuer, prenant tout de même le temps de commenter l'objet : « Ils voulaient consacrer les lieux ». Il nous précise ensuite qu'un prêtre juge devait bientôt venir honorer l'éternel recommencement. Enfin, nous sortons. Dehors, c'est une sensation d'immensité qui nous accueille : Le terrain de parade est un vaste carré de plusieurs milliers de mètres cube, entouré de part en part par un prolongement du Grand autel, couvert de tribunes, et traversé par un chemin de granite élégant liant bâtiment à l'espace d'où d'éventuels soldats en manœuvres devraient entrer sur le terrain. On devine à son bout un petit temple à l'Être Suprême, la Volonté populaire commune. Quelques soldats défilent aux ordres d'officiers. Ils sont peut-être cinq milles, armes en mains, dans leurs uniformes de cérémonie. Faisant preuve de la coordination qu'on attend d'eux. Nous notons que les uniformes changent d'un groupe à l'autre : si la plupart des recrues sont en vert, il se trouve des rangées en blanc, en bleu, en rouge. Un homme d'âge mûr est installé à la Tribune, un peu excentré. Sa tenue est aux couleurs de la Garde d'Axis Mundis et nous comprenons ainsi qu'il s'agit de notre hôte : le citoyen Atl Mikami, général de son état, plus haut gardé de l'appareil militaire de l'Union. Pour être honnête le citoyen est moins intimidant qu'attendu, dégageant une espèce d'aspect sympathique qui colle bien avec son image de gardien efficace mais réservé des libertés communes. Nous nous installons à ses côtés sur son invitation et pouvons commencer l'interview.

Nous commençons par l'interroger sur les lieux. L'architecture, la taille du complexe. Des critiques avaient déjà avancé que l'ensemble pouvait faire penser aux délires pharaoniques mis en place par les pays totalitaires pour flatter leurs armées. On lui demande s'il s'agit de ça. La question est soigneusement impertinente, la réponse du général, claire : Non. Il fronce les sourcils, mais nous offre tout de même un sourire aimable. Ce n'est pas pour flatter ni même honorer l'armée. L'architecte à horreur des guerres, il faudra que vous la rencontriez, nous dit-il. Cependant elle voulait honorer les soldats. Pas l'Armée en tant qu'institution, mais bien les hommes et femmes qui la composent. Le général ne nie pas l'aspect symbolique des lieux, semble réfléchir puis nous confesse ensuite, souriant : j'admets que le tout a un côté un peu religieux. L'architecte voulait s'inspirer des stades antiques d'Ullamaliztli, ou encore des hippodromes hellènes. Vous savez, ajout-t-il le plus grand stade antique du continent peut accueillir quelque 150 000 spectateurs. Celui-là – il indique un le grand stade encore en travaux, dont nous devinons le sommet entouré de grues de l'autre côté des gradins, devrait pouvoir en héberger 400 000. Il se passe une main sur le front et hausse les épaules, nous laissant le loisir d'en conclure ce qu'on veut en déclarant le plus prosaïquement du monde : nous avions aussi besoin d'un terrain de manœuvre adapté aux effectifs prévus de la Garde.

La Garde. Ce sera donc bel et bien le nom de cette nouvelle force armée. Il acquiesce ; comme si nous n'avions pas suivi les débats parlementaires sur le sujet. C'est ça, la Garde. Car il ne s'agira pas du bras armé d'un impérialisme, d'une force armée, mais bien d'une garde. Garde de la Révolution. Garde de la Liberté, du Kah et tutti quanti. En pratique cet aspect se répercutera aussi sur son organisation en comparaison aux armées habituelles. Toute son organisation sera basée sur celle de la Garde d'Axis Mundis. En la matière elle fait vraiment office de modèle. Nous utilisons déjà la démocratie interne, la hiérarchie non-contraignante, la décentralisation des corps - avec par exemple l'appuie du Syndicat des Brigades - l'esprit d’Élan…

Le terme a son importance, désignant traditionnellement un fanatisme courageux, une forme de chevalerie et d’entêtement dans le fait d'aller au bout de ses convictions. Le général fait en fait référence à une vieille doctrine de la Révolution voulant que chaque citoyen soit un soldat, et chaque soldat un héros individuel et communautaire. En bref, la Garde du Kah sera un organe comme un autre de la volonté du Kah, et non un outil froid détaché de son esprit pur. Nous demandons au général de confirmer notre interprétation, il acquiesce puis reprends.

Pour le moment les recrues répondent à nos attentes sur ce sujet, comme sur tous les autres. Nous avons vingt mille futurs soldats en formation, et à quelques exceptions notables ils correspondent tous aux attentes. La plupart d'entre eux sont issues de la Protection civile, nous confie-t-il en observant les femmes de la première division progresser sur le champ de manœuvre. Quelques confrères d'un autre journal se positionnent pour les photographier. Nouveau sourire, qui s'accompagne d'un petit acquiescement. Le général prend ensuite un air grave. La guerre est un métier d'homme, si on en croit les régimes réactionnaires. Pourtant plus de la moitié des citoyens ayant rejoint la Garde à l'occasion de sa création et de sa première extension sont des femmes. J'espère que les étrangers verront ces photos. Après tout nos ennemis sont pour la plupart des régimes qui confinent tout ce qui n'est pas masculin et fermement homosexuel à des rôles de second plan.

Pas le Kah, donc.

La réponse le fait sourire. Bien-sûr que non. Nous reprenons, l’interrogeant cette fois sur l'équipement qu'utilisera la future Garde. A-t-il été décidé de faire appel à des fournisseurs étrangers ? Il secoue la tête. C'est vrai, équiper une armée de terre, de l'air et une marine a un coût. C'est vrai aussi que le Kah a un léger retard à rattraper en ce qui concerne les technologies de pointe, et que la démilitarisation forcenée ayant suivie la dernière révolution handicape gravement les efforts matériels. Cependant il est essentiel, dans sa doctrine, de conserver une parfaite indépendance en matière de production d'équipement. Actuellement les troupes au sol ne manquent pas de fusils et d'équipement tactique, du matériel visant à répondre à l'absence d'aviation de combat à proprement parler est en préparation et une flotte logistique est en cours de construction. Il faudra du temps pour remplir tous les objectifs d'armement, mais le Kah avance sur la bonne voie, et considérant ses besoins actuels, n'a pas besoin de se presser plus que de raison. Pour l'heure l'industrie militaire représente un poids de près de 2 % du PIB annuel de l'Union, un chiffre qui sera amené à stabiliser vers 4 % selon les prévisions des Comités. Il s'agit d'abord de créer une armée de défense du territoire, puis de l'équiper de façon à pouvoir intervenir de façon limitée sur des terrains et espaces étrangers, en cas de besoin. Une éventuelle armée d'invasion ? L'idée n'évoque rien au général. Il botte en touche : Si les Communes le demandent. Ça ne serait pas sage, cependant.

C'est vrai. Le Kah vise à défendre ses acquis. Pas à les mettre en jeu dans d'éventuelles guerres totale. Pourtant les risques sont là : l'Union est entourée d'ennemis. Au nord, au Sud, sur d'autres continents. Là encore le général botte en touche : un adversaire idéologique n'est pas nécessairement un ennemi.

Et concernant les fronts plus pressant ? Le Varanya ? La question préoccupe les communes, et il semble logique de se demander si l'armée du Kah participera ou non au conflit. La réponse tombe, comme une évidence : Ce n'est pas à la Garde de décider ce que l'Union lui demandera, mais le Varanya est dors et déjà dans l’œil des Comités, alors qui sait.

Il se retourne pour fixer les recrues. Elles s'alignent face à la tribune, saluant rangée après rangée. Les officiers dirigeants la manœuvre se placent devant les formations, attendant un signe que le général leur donnera finalement, se levant et se plaçant sur un prolongement de la tribune pour les saluer d'un geste sec. Les futurs gardes pivotent alors, comme un seul homme, et quittent le terrain.

Lesquels de ces hommes et femmes mourront sur un sol étranger, ou en défendrant héroïquement le Kah ? Une chose est sûre, l'heure n'est plus à la paix naïve et désarmée.
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Akai Kagami
Le Regard, une autre vision du monde.


Le livre kah-tanais à la conquête du monde.

Depuis la réouverture du Kah à l'internationale, son secteur culturelle d'une étonnante vivacité se répand dans de nouveaux marchés. Après le cinéma, la littérature, et un phénomène de société que l'on pensait incompatible avec les mœurs de consommation étranger : le canhoxtli.

Mouais.

« C'est bien simple, nous avons doublé nos ventes, et ce n'est qu'un début. », a affirmé le citoyen Canhoxtli, représentant du syndicat intercommunal d'édition de la Grande Corne. Jusque-là les activités du syndicat consistaient essentiellement à soutenir les auteurs des communes participantes et à fournir un tirage adéquat aux œuvres de ces derniers. Cependant, et au même titre que toute l'économie de l'Union, le secteur culturel prend le pas de la mondialisation. « Techniquement nous pourrions continuer produire et diffuser en autarcie. C'est assez confortable et les ventes sur le sol confédéré suffisent à assurer le fonctionnement du syndicat. Sans parler des fonds communaux. Mais après tout pourquoi se priver, maintenant que nous pouvons exporter officiellement sans que ça ne devienne une gabegie administrative… Et c'est qu'il y a un public pour ça ! » Ce que le syndicat intercommunal qualifie lui-même de « changement de niveau » ne s'est cependant pas fait sans heurt : d'importants fonds durent être déployés pour négocier avec les éditeurs nationaux étrangers, ou pour parfois créer de toute pièce des structures d'importations. La formation de traducteurs pouvant efficacement faire passer un texte du syncrelangue à un autre parlé s'avéra aussi être un sujet complexe. « Heureusement, » nous confia Sélène Marquise, en charge de la question dans le syndicat, « de plus en plus d'étudiants brillants apprennent le syncrelangue. Ceux qu'on débauche à la sortie des universités sont à la fois curieux et doués. » Passé les balbutiements inévitables, cependant, la machine est bel et bien en marche, et des textes originaires du Grand Kah s'exportent aux quatre coins du monde. Des éditions traduites de classiques politiques et philosophiques à destination d'universitaires et des lettrés, bien-entendu, des textes autochtones tels que les quinze grands classiques ou la Doctrine du Combat, les classiques romantiques, gothiques, néoréalistes, réalistes-magiques, irrationalistes... Pourtant, et malgré le très important répertoire littéraire kah-tanais, la plus grosse part des ventes à l'étranger n'est pas exactement composée de grands classiques...

« Nous avons de bons auteurs. » Insiste Canhoxtli. « Certains diraient même de grands auteurs, qui ont été récompensés dans plusieurs pays, qui jouissent d'une très sérieuse réputation dans les milieux de la littérature et de l'édition. Mais ce qui se vend le mieux, en fait, ce sont les canhoxtli. »

Les Canhoxtli, contraction de canahuac – fin, léger – et amoxtli – livre. Aussi surnommés pulps, romans de gare ou encore light novel selon les éditions et les pays. Ce sont ces formats légers, produits en très grande quantité dans un but de pure distraction assez éloignée des objectifs littéraires des principaux auteurs des syndicats. À la grande surprise de ceux-là, cependant, ce sont bien ces éditions sans prétention qui ont le plus gros succès. Lorsque nous évoquons le sujet auprès de notre hôte, il sourit d'un air amusé avant d'acquiescer.

« Vous devez comprendre qu'à la base ça n'a pas vocation à être exporté. Ce sont des fictions d'amateurs, de gens qui écrivent un peu pour le plaisir. Dans d'autres pays elles seraient publiées dans des magazines spécialisés mais ça ne nous coûte pas vraiment plus cher d'en faire des éditions papier. Le pulp ne vaut vraiment rien. Avec le temps c'est devenue une véritable institution. Dans les années cinquante les canhoxtli ont commencés à être accompagnés d'illustrations, pour mimer le succès qu'avait eut Treize Meurtres, d'Animata Williams. » Un classique, le premier canhoxtli à avoir accompagné chaque chapitre d'une illustration, dessinée pour la première édition de Treize Meurtres par le maître surréaliste Stephen Kodoha, professeur de Shigenori Hashino qui révolutionna la bande dessinée kah-tanaise en lui donnant ses codes pré-modernes. « Dans les années soixante les syndicats se sont rendu compte que les canhoxtlis représentaient un bon moyen de trouver de nouveaux auteurs à succès, et ont organisé de plus en plus de concours, appel à texte. Quelques auteurs prolifiques finissent par faire la transition et ralentissent pour écrire des romans plus classiques, mais la majorité ne le font pas. Puis il y a aussi ceux qui s’organisent eux-mêmes en syndicats uniquement orientés autour de ce style bien particulier. De manière générale ça a toujours été un bon moyen de financer des projets plus ambitieux ou risqués, et comme tout le monde peut écrire du pulp, c'était aussi un bon moyen d'expression pour des gens qui n'avaient pas le temps ou l'envie de développer leurs talents d'écriture. Mais de là à les vendre à l'étranger !... »

Comme lui, des dizaines d'autres représentants et représentantes de syndicats nous tiennent les mêmes propos. Exporter les canhoxtli ? Impossible. Chaque pays a sa littérature pulp, bon marché. Pourquoi donc des lecteurs alguarenas voudraient lires des romans de gare kah-tanais ? Les faits, pourtant leurs donnent tort. La plupart des démarcheurs étrangers étaient venus pour la haute littérature, et sont repartis les bras chargés d'édition bon marché. Pour le moment les canhoxtli s'écoulent principalement dans les pays du Paltoterra et d'Aleucie, mais un important marché serait en voie d'être ouvert au Nazum, et on parle de futurs accords avec des maisons d'édition eurysiennes. Une explosion des ventes achevant de transformer la structure jusque-là locale des syndicats littéraires en véritables béhémoths de l'édition, on parle même d'adaptations télévisées et cinématographique des textes ayant le plus de succès. « Si les gens ont aimé le lire, ils aimeront les voir adaptés pour le cinéma. ». Un bon moyen d'exporter la production audiovisuelle de l'Union ? Peut-être. Mais pas partout, malgré un tableau des plus positifs, tout n'est pas exactement parfait. Canhoxtli nous le concède.

« Les textes de science-fiction et de fantasy s'exportent assez bien et sans problèmes. Mais les textes plus classiques ont du mal. C'est curieux, non ? Les comités de censure de certains pays nous refusent obstinément toutes nos tranches de vie et nos romances. Je ne peux pas citer de nom, mais on nous a dit une fois pour un même texte qu'il était « contre-révolutionnaire », puis, dans un autre pays, de la propagande communiste ! Les gens n'arrivent simplement pas à assimiler que nous décrivons simplement notre quotidien. C'est dommage, je suis sûr qu'une littérature terre à terre pourrait faire beaucoup de bien aux habitants de ces pays. Vous savez, leur présenter un autre modèle de société. On ne révolutionne pas tout avec des grands discours. Mais bon. Déjà on leur vend nos textes de fantasy. Plus inoffensifs, probablement. » Puis, concluant avec un grand sourire. « Et puis les jeunes adorent. »

En attendant c'est bien une certaine vision du monde qui fait le trajet dans ces petits livres de poche. À la conquête du monde, bien qu'on ne s'y attendait pas.
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Akai Kagami
Le Regard, une autre vision du monde.


Thylacine Corporation s'installe sur le sol de l'Union, et déchaîne les passions.

Avec l'installation d'un site à fonctionnement capitaliste au sein du district supérieur de Kuotshima, certains redoutent un recul de l'idéal démocratique tandis que d'autres se félicitent d'un nouveau succès du modèle Kah-tanais. Qu'en penser ?

Mouais.

Résultat inattendu pour certains, conclusions satisfaisantes pour d'autres, après de longs mois de négociation et d'échanges entre les différents partis concernés, la Convention générale, le district de Kuotshima, leurs représentants et les envoyés de la société Thylacine a enfin été autorisée de financer l'ouverture d'un site sur le sol de l'Union. Résultat d'un long feuilleton politico-économique où se mêlèrent les intérêts économiques, diplomatiques et démocratiques de l'Union, l'installation d'un site de production de matériel médical de pointe au sein de l'Union a en tout cas su réveiller les passions, dans un pays où les sujets économiques éveillent rarement les foules. C'est que l'exception représentée à ce jour par Thylacines et sa décision de s'installer au sein du Grand Kah interroge. Là où certains se félicitent que le sol des communes puisse attirer des sociétés au nom prestigieux, malgré les difficultés liées au modèle Kah-tanais de protection de la démocratie et des citoyens, d'autres craignent qu'il ne s'agisse là que d'une première étape dans un plan de colonisation de l'Union par des intérêts étrangers capitalistes.

C'est par exemple l'avis du citoyen Espoir, membre du Club des Splendides – mouvement radical, radical et communaliste dans son appréciation du Kah. « C'est n'importe quoi. On laisse des intêréts étrangers s'installer sur le sol de l'Union. On crée une situation où les citoyens sont soumis à un actionnariat, où ce même actionnariat possède les moyens de production, créer des richesses qui lui seront utiles à lui et non-pas au peuple. On laisse entrer un petit bout de capitalisme, et demain c'est toute l'armée des bourgeois, des grands patrons, des financiers à la con (sic) qui viendront coloniser l'Union. Le Kah est une idéologique unique, un système qui brille par son caractère unique. Ce n'est pas en trahissant la Roue au nom d'un je ne sais quoi pragmatique qu'on arrivera à faire voir la lumière aux pays voisins.

Le peuple de l'Union avait-il besoin que l'on ouvre un nouveau site de production médical ? Non, sinon les commissariats les auraient ouverts. Ce site de production ira-t-il alimenter des marchés socialistes, à des prix raisonnables ? Non. Sa production sera vendue de manière capitaliste, dans l'irrespect des besoins des peuples, exporté dans des conditions délétères pour l'environnement. C'est un renoncement de la part de la Convention générale et du Comité Estimable. Un scandal à tous les niveaux ».

L'avis du citoyen espoir ne fait cependant pas l'unanimité. L'un des principaux porteur du projet, le citoyen-délégué Wilxhem du dictrict supérieur de Kuotshima, défend ainsi le projet comme suit :

« Nous n'exporterons pas la doctrine Kah-tanaise en suivant les schémas des nations qui ont raté l'exercice. Ces grandes renfermées, soi-disant républiques, soi-disant sociales. Il est nécessaire de montrer aux habitants du monde libéral – nous ne parlons pas ici des propriétaires et capitalistes qui savent déjà que le Kah leur est fermement opposé, mais aux citoyens de tout pays qui peuvent percevoir en nous l'équité, la liberté individuelle d'être, de penser et de faire, la démocratie réelle, il faut montrer à ceux-là que le Kah est une nation ouverte. Il convient de ne pas tenir une position diplomatique d'impotence et d'inaction. L'ouverture de cette usine n'est pas un renoncement au capitalisme. L'usine en question suivra le fonctionnement démocratique et syndicaliste de toutes les autres industries installées dans le District supérieur. Il s'agit d'une franchise, si vous voulez. La production ne revient pas aux communes – qui n'en ont pas besoin – mais aux investisseurs. C'est un compromis qui ne change rien au fonctionnement démocratique du lieu de production et permettra d'employer un certain nombre d'experts, ingénieurs, chercheurs, ouvriers de pointe, qui n'auraient pas forcément trouvé un travail satisfaisant dans le domaine de la santé du fait de la faible demande interne et du redémarrage lent de notre industrie d'exportation. La richesse produite profitera aussi aux communes d'implantation. Voyez ça comme un investissement du monde capitaliste au profit du monde démocratique. Nous produisons pour d'autre, à notre façon. 

 Quant au fait que les capitalistes y gagnent aussi cela n'a rien de révoltant : sans nous, ne pensez-vous pas qu'ils se seraient installés ailleurs ? Au moins, en s'installant chez nous, ils ouvrent la porte. Font sauter un barrage idéologique, un faux dilemme de leur côté : Oui, le Grand Kah est une nation fréquentable. On aura plus de mal à nous cracher dessus si on donne les gages d'une société ouverte. Désormais c'est à nous et à nos partenaires de prouver que ce partenariat peut fonctionner, que notre système n'est pas aussi fou qu'ils aiment le penser. Par cet intermédiaire, nous saurons montrer aux habitants de leurs pays respectifs la réalité du Grand Kah. On les séduira en s'ouvrant à eux, par en se refermant. Ça a toujours été notre modèle, finalement. »

La question promet de hanter les murs de la Convention Générale et des conseils communaux pour de longs mois. Reste à voir ce qu'il en découlera, et dans quelle mesure l'Union peut s'ouvrir aux investissements étrangers sans pour autant trahir ses engagements. Pour rappeler les mots du citoyen Aquilon Mayhuasca, coordinateur à la théorie politique et rapporteur de la Volonté Publique auprès du Parlement, « Ni la démocratie, ni le respect de la nature, ni le rejet des autorités injustes ne sont remises an cause par ce partenaire. Il tient désormais de notre effort collectif d'assurer que la situation ne soit pas comprise ou interprétée comme un précédent ouvrant la porte à tous les délitements du rêve Kah-tanais ».
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Akai Kagami
Le Miroir Rouge, définitivement radical.


Coalition Damaniste Kah-tanaise : L'Union passe à l'offensive.

Après cent jours de tractation, de préparation et de jugement, l'Union déclare enfin la CDK et son occupation du territoire illégale. Les observateurs nationaux craignent le début d'un nouveau conflit interne opposant le Kah à ses composantes réactionnaires.

Mouais.

L'affaire aura pris du temps, mais c'est maintenant officiel. La Magistrature a, par l'intermédiaire de son échelon le plus élevé, condamnée la Coalition Damaniste Kah-tanaise et ses cadres dans un inventaire de crimes et délits qui aurait quelque-chose d'assez poétique s'il ne faisait pas état des souffrances infligées à des communes de l'Union. Parmi les accusations les plus notables prononcées par les prêtres-juges on peut ainsi noter que le mouvement et ses leaders sont reconnu coupable :

– D'occupation illégale de territoire communal,
– De formation illégale de milice armée,
– D'irrespect de trente-deux closes de la Charte constituante,
– D'expropriation illégale de citoyens du Kah,
– De monarchisme absolu,
– De non-respect des règles de laïcité imposées aux autorités régionales,
– D'illégitimité à représenter quoi que ce soit,
– D'illégitimité à utiliser de la force,
– D'illégitimité à rendre la justice,
– D'héberger des individus interdits de séjour au sein des communes occupées,
– De non-respect du principe de collégialité,
– De non-respect du principe de communalisme,
et la liste est encore longue.

Un inventaire qu'on pourrait trouver absurde sans le cumul des peines, permettant par l'addition de tout ces crimes qui, on le sait composent simplement un crime plus grand qu'est celui de l'action terroriste, de charger le mouvement, ses membres et tous ceux lui étant apparenté de peines puissantes et ne laissant pas la place au doute quant à leur sort.

Le plus difficile, nous confit un individu proche du dossier, a été de définir s'il fallait considérer la Coalition comme une commune ne respectant pas ses obligations ou comme un groupe armé occupant le territoire. La première position était défendue par les avocats de la CDK, très au fait des lois et de la Charte constituante de l'Union, et qui manœuvraient pour obtenir le soutien de certains des délégués les plus décentralisateurs de la Convention Générale. La seconde position permet pour sa part de mener des actions plus directes et de justifier une intervention instantanée de la Protection Civile, conformément aux précédents légaux existants.

En effet, ce n'est pas la première fois qu'un groupe armé ouvertement réactionnaire occupe une partie de notre Grand Kah. On se souvient des guérillas fascistes et monarchistes, écrasées après plusieurs décennies de lutte acharnée, laissant pour seul héritage les cicatrices d'un conflit civil, des régions appauvris et un important corpus légal permettant à la Magistrature et aux Communes de se montrer beaucoup moins démunis contre leurs émules qu'elles ne l'ont été lors de l'apparition soudaine de ces mouvements jouant avec les lois et droits accordés aux communes.

Certains critiques notent que la condamnation aurait pu venir du Comité de Volonté Public, mais l'Estimable a été forme pour ouvrir le Kah, en conséquence il ne s'intéresse presque qu'aux affaires extérieures et techniques. Les cents jours séparant la proclamation réactionnaire du CDK de cette condamnation traduisent le transfert de responsabilité depuis les communes touchées aux communes supérieures jusqu'à la Magistrature. Ce n'est pas un dysfonctionnement de l'Union mais la simple conséquence de son système démocratique combiné à une certaine intelligence des leaders guérilleros, qui firent en sorte d'éviter toute action les mettant directement en cause. Il fallait un jugement pour permettre une opération contre eux. C'est désormais chose faite.


L'action de l’égide sera dirigée par le Commissaire Inquisiteur Liam Aragon Ixazaluoh. L'Homme de Bien, qui avait déjà participé à l'enquête ayant amenée à la condamnation du CKD, est bien connu pour son profil particulier. Comparé à un Protecteur de la Révolution, à ça près que le titre ne lui a jamais été délégué, il est principalement spécialisé dans les affaires de corruption et de conflits d’intérêt politique, ce qui ne doit pas faire oublier son passé révolutionnaire et ses longues années de combat contre les guérilleros fascisant et les terroristes réactionnaires, années qui lui auront laissé les terribles cicatrices que nous connaissons bien. Sollicité par les médias du pays, il a accepté de communiquer sur l'opération en cours.

Je tiens déjà à dire que je réfute absolument les termes de rébellion. Il ne s'agit pas d'un groupe propre au Grand Kah rejetant son ordre dans un soudain élan populaire. Il ne s'agit pas non-plus d'une sécession qui, dans vocabulaire légal de l'Union, qu'utilise l’Égide, se traduit pas une votation de la part d'une majorité de la population, suivant un certains nombres de règles et de pratiques acceptées par toutes les communes lors de leur inclusion ou fondation.

Non. Ce que nous observons est une pure occupation illégale du territoire par un groupe religieux aux ambitions évangélisatrices et aux moyens militarisés. Cette occupation n'est pas une première historique, et nous savons déjà comment y réagir. Il n'y a pas de débats à avoir. Nous ferons notre travail.

Pour l'heure la Protection Civile se déploie. Nous avons déjà ordonné à la Coalition de se dissoudre d'elle-même et à ses cadres de se rendre. Bien entendu nous n'avons pas reçu de réponse, ces individus ne reconnaissent pas notre autorité.

Il y aura de la violence, et je le déplore. Il y aura des morts, et cette région déjà touchée par le passé devra encore une fois compter sur la solidarité si chère à l'Union pour se redresser. Si ces damannistes sont intelligents ils se cacheront dans les montagnes et la jungle, l'affaire pourrait durer plusieurs années en ce qui concerne le fait de les éliminer pour de bon.

Concernant les villages occupés, nous les libéreront. Une grande partie de la population a déjà évacuée dans les mois suivant l'occupation illégale de leur terre. Nous ferons le nécessaire pour éviter que ces terroristes ne fassent le moindre mal à nos citoyens. Cette opération doit être comprise comme une intervention de police en situation potentielle de prise d'otage. Selon nos informateurs et nos agents la Coalition n'est pas suffisamment équipée pour nécessité une intervention de la Garde.

Pour conclure je tiens à rappeler le caractère anecdotique de la nature religieuse de ce mouvement. Toute religion institutionnalisée est par essence réactionnaire, mais tous les pratiquants religieux ne le sont pas. La Protection civile ne tolérera aucun débordement anti-damanistes, aucune attaque contre les lieux de culte, aucune insulte envers les druides. Cette affaire est entre le Grand Kah et un groupe terroriste.

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