La Qari Ijja Shenna n'avait jamais été aussi impliquée directement dans une crise outre-Althalj, et ce, depuis celle ayant opposés militairement les Tamurt n Althalj à l'Aricie en 2006.
Les programmes télévisés Althaljirs avaient passé en boucle la déclaration de la Qari Ijja Shenna sur le mercenariat armé et sa condamnation stricte au sein de l'Althalj Alkabir.
Et c'est sur cette dernière désignation que reposait la portée du message en lui même.
L'Althalj Alkabir était un concept de Tamurt n Althalj élargi, d'un ensemble de peuples Althaljirs, ou non Althaljirs, sous un même dôme de convergence, sous divers aspects transcendants les limites traditionnelles étatiques. Afin d'éviter un rejet conceptuel par un usage maladroit de la langue, une mauvaise compréhension par une sémantique outre-Althalj, l'Althalj Alkabir était généralement désignée sous le terme "d'Afarée de l'Ouest".
Le discours, au poing fermé, de la veille, était semble-t-il complété par une allocution publique et trans-nationale de la Qari Ijja Shenna, dirigeante et porte-parole des Tamurt n Althalj.
Le message était adressé au Kodeda tout particulièrement, puis au PIK et enfin aux nations impliquées dans la catastrophe que l'Althalj souhaitait éviter.
Les mots ne permettent pas toujours de toucher les coeurs et faire chavirer les convictions qui sont nôtres, à toutes.
Les certitudes établies par le cheminement de l'Histoire et de ses expériences personnelles ne peuvent être ébranlées par le discours d'une femme,
Aussi proche soit-elle,
Aussi inquiète soit-elle,
Aussi peinée soit-elle,
Par une situation qui ne semble pas s'apaiser ou qui ne souhaite pas que cela soit le cas.
La réalité du quotidien attise les tensions, la colère qui au fond de son être ne fait que grandir avec le temps et se dévoile de plus en plus lorsque le coeur pense que l'heure est venue,
Que le destin bouleverse nos vies, pour toujours et peut être pour ce que nous pensons être le meilleur.
Je me dois toutefois d'essayer de faire entendre la raison et de protéger ou épargner ce qui peut encore l'être.
...
Le coeur dicte, mais en ce jour, c'est à la raison qu'il faut faire confiance.
La raison fait hésiter, car elle empêche aux émotions de fausser, d'accélérer le destin qui est nôtre.
Les Tamurt n Althalj... Je... vous implore de ne pas écouter votre coeur.
Kodedanes et Kodedans,
Quelque soit votre relation avec les instances influentes de votre contrée,
Ecoutez la raison et ne franchissez pas l'irréversible.
N'écoutez pas les affabulations et prédicateurs de la violence.
L'Afarée de l'Ouest souffre avec vous de voir l'opportunisme empoisonner les coeurs et renverser avec égoïsme et égocentrisme, plutôt que de porter les valeurs qui sont nôtres, femmes et hommes en Afarée.
Justice sera rendue à ceux qui ont parsemé la folie de la violence sur vos terres.
Deux voies nous furent données ; la violence de Caïn ou la non-violence d’Abel.
Rappelons-nous des conséquences et du remugle de la première.
Le dialogue est toujours possible et c'est avec le temps que votre génération prodiguera un futur meilleur pour vos familles, vos enfants, vos amies, vos voisines."
ﻭَﻋَﻠَﻴﻜُﻢ ﺍَﻟﺴَّﻠَﺎﻡُ
Une communication avait été faite avec le Parti Indépendantiste Kodedan en privé afin de permettre à un message personnel d'être transmis.
Les Tamurt n Althalj s'inquiétaient d'actions physiques et violentes dans les jours ou semaines à venir et souhaitaient que le PIK fasse preuve de réserve autant que possible.
Une étrange danse des nations se jouait au sein du Kodeda et la population locale et régionale allait pâtir de l'opposition de trois blocs, allant de "l'ancien monde" à ceux de la révolution ou de la convoitise.
Les discussions en cours entre l'Althalj et différents partis, de cette danse nauséabonde, visaient à contenir autant que possible l'excès de tensions en cours et la possible explosion de violences qui pourraient en découler.
L'éradication du mercenariat armé semblait être une tâche crève-coeur pour l'Althalj qui n'avait plus le choix que d'agir et affirmer les préceptes de la Bienveillance en Afarée de l'Ouest.
Il n'était toutefois pas à l'ordre du jour de rentrer dans une situation de conflit inter-nations, par l'entremise d'une crise localisée.
Le risque de s'embourber et d'être tirée vers le fond était néanmoins bien réel et la Maktaba et la Sororité le savaient.
