

Dans les instituts alguarenos où l’on travaille les greffes de peau sur les personnes gravement brûlées on ne parle que de ça. A l’étage de l’un d’eux, nos caméras tombent sur un patient allité, à l'apparence mi-homme, mi-poisson, si bien qu’un gamin s’apparentant manifestement à un enfant de sa famille, lui demande s’il est une sirène. Si les enfants se laissent aller aux songes les plus extrapolés pour justifier cette scène hors norme, le monde médical affiche un discours plus rationnel à notre approche, vantant une technique révolutionnaire et paradoxalement présente depuis des millénaires. L’apparence déshumanisée de ces patients est donc liée à l’application d’une peau de poisson, le tilapia paltoterrano, Longtemps assimilée à un rebut par le grand public, la peau de poisson vient de trouver une première honorabilité auprès de la communauté scientifique, intéressée depusi quelques années déjà par ce produit dont les remèdes de grands-mères venaient énoncer les louanges aux jeunes et moins jeunes alguarenos.
“Dire que nous avons découvert un bandage à base de peaux de poisson est faux, car exception faite de l'aseptisation, le produit à l’arrivée est sensiblement identique au produit de départ” prévient avec une certaine modestie la doctoresse Berta Carvisquez, des laboratoires Vircello. Le tilapia paltoterrano est effectivement un poisson consommé depuis de longue date au sein de l’archipel, et son utilisation a donc longtemps été éprouvée, à des finalités diverses, par les alguarenos issus des colons hispaniques, mais particulièrement par les natifs eux-mêmes. “Le bandage à base de peaux de poisson est paradoxalement le plus ancien et le plus prometteur des instruments de soins rencontrés à ce jour…”
Comble de ce paradoxe, la peau du tilapia a longtemps été utilisée par facilité et souci d’économiser des deniers, en évitant de requérir à un médecin et ses onguents. Aujourd’hui revenue à la mode, elle pourrait bien se vendre chèrement, la médiatisation et les thèses scientifiques se cumulant, autour de ce bandage aux propriétés presque miraculeuses.
“La composition de la peau du tilapia présente une quantité marquée de collagène, plus encore qu’il nous est permis d’en trouver dans la peau humaine elle-même” nous explique la doctoresse. “Outre sa composition, la peau de l'animal a des propriétés très prisées pour ce type de produit, telles que sa résistance, son étanchéité et même son degré d’humidité. Elle est supérieure en bien des points à la peau humaine et constitue de ce fait, un débouché sérieux, dans le traitement des patients souffrant de graves brûlures.” Outre ces caractéristiques techniques, la scientifique est venue insister sur la composition de la peau du poisson, naturellement efficace dans la prévention des infections et, compte tenu de son taux d’humidité naturellement supérieur à celle de la peau humaine, sur son endurance après la pose, qui permet de conserver le bandage sur une durée prolongée, là où celle d’un bandage synthétique avec une application de pommade, oblige à des changements plus réguliers.
Des premières expérimentations terrains réalisées, les patients qui sont porteurs de brûlures au second degré, notamment marquées par la présence de cloques et de rougeurs sur les mains, peuvent cicatriser en moins de 10 jours. Pour les blessures un peu plus profondes, avec cette fois la destruction de terminaisons nerveuses, il est effectivement nécessaire de multiplier les applications de bandages à base de peaux de poisson mais le délai de guérison trouve là encore un raccourci sans commune mesure avec les résultats relatifs aux bandages synthétiques, qui ont surtout l’inconvénient d’être à refaire chaque jour. A titre d’illustration, les chercheurs peuvent citer l’état de guérison constaté, sur des plaies profondes qui auraient normalement dû cicatriser en 6 ans, et se sont trouvées guéries après seulement 3 mois. L’efficacité d’un tel produit est inespérée, au regard des autres moyens existants pour des finalités identiques.
Les peaux du tilapia ont effectivement l’avantage de mieux adhérer à la peau qu’un quelconque bandage synthétique, ce qui contribue très largement à prévenir la contamination des plaies et à maintenir leur humidification.
“Les peaux de tilapia offrent des conditions inégalées pour favoriser la guérison, toutfois il faut se donner les moyens à cela et stériliser celles-ci avant chaque application. C’est peut-être la seule condition sine qua non, pour permettre une utilisation sans mauvaise surprise de cette technique” prévient la spécialiste de santé. L’essai médical se concluant positivement, des scientifiques aimeraient maintenant accélérer la coopération avec les industriels de la pharmaceutique, pour permettre une production à grande échelle, de ce nouvel atout phare dans la guérison des plaies et des brûlures.
En matière de greffe et actes chirurgicaux assimilés, nombreux sont les spécialistes qui soulignent l’avenir prometteur de la peau du tilapia, à laquelle les cellules humaines adhérent et se trouvent boostées dans leur régénération. “La peau du poisson est appliquée sur la zone brûlée à greffer, les cellules humaines environnantes sont stimulées, se régénèrent, pour finalement remplacer la peau animale.” La greffe de peau de poisson devient alors, au fil du temps, invisible, remplacée par les cellules humaines.