

A Aserjuco, les sessions parlementaires se suivent mais ne se ressemblent pas, après que l'une d'elles se soit ouverte hier par un débat à l'initiative du député fédéral et chef de file de la coalition de la Ligue Souverainiste, Ulvèz Perogalata. Dès les premières minutes de son discours, l'homme désormais gratifié du statut de figure de proue au sein du premier parti d'opposition alguareno, s'est illustré par une intervention aussi virulente que maîtrisée. Et tandis que le président du Parlement Fédéral donnait, d'une voix formelle, le coup d'envoi de cette séance, le député Perogalata a bondi aux sens propre et figuré sur l'occasion, pour dénoncer "le dédain de la présidence fédérale de Luis Saragoza-Medina, qu'il accuse de bloquer le dialogue parlement depuis maintenant plusieurs mois. Peu de mises au vote relatives à des propositions structurantes, avec les questions économiques et sociales en tête, s'en est trop pour le délégataire du peuple crédité de plus de huit millions de voix lors des précédentes élections. Une lenteur qu'il n'hésite plus à comparer avec de l'arrogance de la part du pouvoir en place, ciblant directement la majorité présidentielle incarnée par le MPF et ses alliés de l'UCR.
Un coup d'éclat qui a pris tout le monde de court, à commencer par la majorité présidentielle et le Vice-Président Valentino Irenez, dans l'oeil du cyclone après le dépôt d'une série d'amendements ayant bloqué la mise au vote des premières mesures économiques et sociales de la Ligue Souverainiste, à commencer par un projet de loi visant le contrôle strict de la monnaie et prévoyant le maintien aux coffres d'une quantité d'or plus importante qu'actuellement. Un projet de loi qui, dans les proportions définies, interdirait une part conséquent des projets de revente de l'or national. Dans l'ombre des amendements massivement déposés par la majorité présidentielle, se trouvent également les projets de vote en lien avec la réduction substantielle de l'impôt à destination des petites et moyennes entreprises relevant d'une production issue d'un savoir-faire national. Une préférence nationale qui dérange la majorité présidentielle, craignant de voir un mauvais signal pour les entreprises étrangères qui entendent investir sur le territoire alguareno mais se trouveraient en position de concurrence déloyale face à des entreprises identifiées comme relevant d'un savoir-faire national.
Se drapant sous une volonté de ne pas décourager la concurrence étrangère installée sur le sol alguareno, ni d'interrompre les processus de vente de ressources aurifères sur les marchés internationaux, la majorité présidentielle joue la montre, couvrant peut-être les entreprises étrangères ayant entamé des transactions pour s'installer sur le territoire alguareno, en sus des particuliers fortunés engagés dans un processus d'acquisition de matières aurifères. Les projets de loi portés par Ulvèz Perogalata et aujourd'hui chahutés par la majorité présidentielle, sont peut-être les vrais maux de notre société, tandis qu'on s'offusque d'un manque de rondeurs dans les échanges parlementaires à Aserjuco. La Manifestación Popular Federal (MPF), est pointée du doigt et depuis la cible des critiques les plus vives d'Ulvèz Perogalata. Si bien que face à ces attaques, les bancs du gouvernement ont d'abord opposé ce que l'on pourrait qualifier de silence tendu, avant que plusieurs députés de la majorité ne répliquent fermement, accusant Ulvèz de "populisme incendiaire".
Un chaos parlementaire généralisé ou presque, quand vous opposez les deux partis principaux à la tête de la politique nationale. De quoi amener l'intervention du président de séance, afin de rétablir le calme, au sein d'un hémicycle à la tension pour le moins palpable. Les députés du MPF et de ses alliés à l'instar de l'UCR se sont ainsi levés pour protester contre "une prise de parole intempestive" et un "outrage" fait aux processus parlementaires eux-mêmes, dans lesquels le dépôt d'amendement, fut-il multiple, est "recevable". Les extrêmes, en incluant aussi largement ceux de la gauche qu'est le GCCO (Grupo Confederal por la Clase Obrera), ont applaudi mollement et avec ironie le report des votes, un sourire néanmoins vissé aux lèvres, heureux de voir la majorité bousculée sur ses certitudes. "C'est un électrochoc nécessaire, notre démocratie est en crise. On ne peut pas suspendre les projets des représentants du peuple au travers de manoeuvres parlementaires fallacieuses visant à déplacer des virgules" s'est justifié l'homme politique, malheureux second aux dernières élections présidentielles fédérales. L'évènement fait ici office de passe d'armes au sommet de l'institution parlementaire qui illustre les crises profondes de notre pays et le mal donné à notre démocratie, incapable de se mouvoir pour mettre au vote les projets de loi attendus par le Peuple. Cet évènement sonne alors comme un appel à la défiance, autour de l'écran de fumée entamé par la présidence fédérale, pour court-circuiter une volonté de changement amorcé lors de la présidentielle et confirmé pendant les législatives.
"La colère de Perogalata est aussi légitime et cohérente que l'orage venant après une chaleur étouffante prolongée. Il est le leader, le lanceur d'alerte dont a besoin notre pays. Son intervention vise à renseigner le Peuple sur ce qu'il se passe présentement dans les institutions chargées de le représenter. Nulle chaos, nul populisme, juste les besoins de transparence et de vérité dus à nos fonctions" explique Andrés Villanueva, député de la Ligue Souverainiste. "Ulvèz Parogalata n'est pas un showman mais la voix montante d'une politique pour le Peuple, en redonnant de la visibilité aux mécanismes et biais qui s'y trouvent." Et il est vrai que la vision partagée autour de son intervention fait mouche auprès de certains arrondissements, réinvestis depuis peu dans la politique et soucieux de ne pas se voir priver d'une volonté de changement, par une oligarchie multidécennale.
Sommé de s'expliquer sur ces propos, Ulvèz Perogalata persiste et signe, pas plus tard encore que ce matin, où lors d'une courte allocution devant la presse présente à son entrée au Parlement Fédéral, "Oui j'ai haussé le ton, j'ai tapé du poing sur la table, car trop d voix sont étouffées, à commencer par celle du Peuple. Il nous faut redonner de la vie au débat parlementaire, de la vie au débat démocratique alguareno... L'heure est trop grave pour qu'il en soit autrement. Le Peuple doit savoir et s'offrir les moyens de bouger les lignes. Je ne suis qu'un lanceur d'alerte, le Peuple saura mieux que quiconque ce qu'il est bon de faire." Dans le même couloir menant aux bancs du Parlement Fédéral, plusieurs députés de l'Unión de Ciudadanos Responsables (UCR), membres de la coalition présidentielle, affichent leur dédain et leur gêne. Les journées passées à l'assemblée parlementaire fédérale sont actuellement sujettes à de nombreux rebondissements, tous guidés par le désir ainsi que le devoir d'informer dont Ulvèz Perogalata entend se faire l'incarnation. Une voix forte, une vision audacieuse et une pensée citoyenne, pour que le pays puisse enclencher les réformes dont il a besoin et souhaitant par conséquent surmonter la crise actuelle. Les manoeuvres politiques du MPF, perçues comme viles par la Ligue Souverainiste doivent prendre fin dans la rue, de la bouche même d'Ulvèz Perogalata qui entend "soumettre au peuple la trajectoire politique ambitionnée pour le pays", fut-elle si nécessaire au besoin d'un référendum.
Il reste donc à déterminer si cette situation politique est de nature à alimenter une réforme institutionnelle ou une crise politique plus grande. Les prochaines semaines seront révélatrices de l'orientation envisagée, tandis que les leaders de la Ligue Souverainiste entendent déjà alerter et mobiliser la rue face à ce qu'ils considèrent comme un hold up institutionnel et une entrave au débat parlementaire. D'autres prônent un retour à l'apaisement et entendent profiter de la sortie d'Ulvèz Perogalata pour débuter des discussions constructives qui permettrait de rompre l'immobilisme parlementaire né d'une surproduction d'amendements disjointes, afin d'alourdir les processus de votes et rendre caduques les calendriers initialement convenus à celui-ci. Mais Ulvèz Perogalata l'affirme déjà sans ambage, le débat ne se veut pas économique et procédural mais existentiel, pour dynamiser le processus parlementaire et accélérer la mise au vote d'un plus grand nombre de projets de loi. Une manière pour Ulvèz Perogalata, manière bien à lui convenons en, de rappeller que les électeurs alguarenos peuvent légitimement attendre de cette affaire plus de représentativité, de dignité, d'aspirations, amorcées par la refonte de certains éléments procéduraux aujourd'hui à même de mettre à l'arrêt le débat parlementaire fédéral.