26/09/2020
17:36:18
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Activités étrangères en Saint-Marquise - Page 6

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Le petit jet privé se posa à l'aéroport John Mont-Law dans un sifflement suraigu. Une silhouette menue vêtue d'une strict jupe-tailleur, en descendit, encadrée par deux femmes athlétiques. Le trio ne s'attarda pas sur le tarmac et se dirigea rapidement vers la zone internationale du bâtiment. Une quatrième femme et deux douaniers de haut rang les accueillit. La femme de droite tendit trois passeports aux hommes de l'aéroport qui après un rapide examen les lui rendit. Le quator prit immédiatement la direction de la zone taxi et grimpa dans une berline du corps diplomatique.

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Le véhicule puissant ne tarda pas à disparaître dans la circulation, discrètement suivi par deux berlines noires.
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TRACT DU CONSEIL DES EXILÉS DE KARTY – À DESTINATION DE SAINT-MARQUISE

SAINT-MARQUISE, DÉFENDS LES DROITS DE L’HOMME !

Karty a fait disparaître 50 000 de ses propres citoyens.

Femmes, hommes, enfants.
Arrachés à leurs foyers. Déchus de leur citoyenneté.
Chassés de leur propre terre.

Le 10 juillet 2014, une purge politique a effacé 50 000 vies d’un trait de plume.

Le régime kartien a spolié leurs biens, détruit leurs documents, brisé leurs familles.
Son crime ne peut être ignoré. Son crime ne doit pas être oublié.


SAINT-MARQUISE, VOUS QUI VOUS TARGUEZ DE DÉFENDRE LES LIBERTÉS, SAUREZ-VOUS FERMER LES YEUX ?

Votre gouvernement entretient des relations diplomatiques avec Karty.
Votre Président, Joshua Andrew Caleb, adresse ses condoléances à son gouvernement.

Mais qu’en est-il des 50 000 condamnés à l’errance ?
Qui pleure leur disparition ?

Le Saint-Empire de Karty a trahi ses propres citoyens.
Le régime que vous saluez a condamné à l’exil des milliers de familles pour leur seule faute d’avoir cru en la liberté.


NOUS APPELONS LA RÉPUBLIQUE DE SAINT-MARQUISE À PRENDRE POSITION !

Nous, exilés kartiens, exigeons :

  • Que le gouvernement saint-marquois reconnaisse officiellement l’exil forcé des 50 000 comme un crime politique.
  • Que toute relation diplomatique avec Karty soit conditionnée au respect des droits fondamentaux et à la réhabilitation des exilés.
  • Que Saint-Marquise refuse d’être complice d’un régime qui bafoue les libertés fondamentales.

VOUS NE POUVEZ PAS RESTER NEUTRES

Saint-Marquise se veut une nation de justice, une terre de démocratie et de liberté.
Alors prouvez-le.

Ne vous contentez pas de diplomatie creuse.
Ne légitimez pas un gouvernement criminel.

Si aujourd’hui Karty peut expulser 50 000 de ses propres citoyens, qui sera le prochain ?


LA MÉMOIRE DES 50 000 VIVRA

Nous sommes les exilés.
Nous avons tout perdu, mais nous avons encore nos voix.

Nous sommes la honte d’un régime qui pensait pouvoir nous faire disparaître.
Nous sommes la cicatrice que Karty ne pourra jamais effacer.

Saint-Marquise, faites le choix de l’Histoire.

SOUTENEZ LES EXILÉS ! REJETEZ L’OPPRESSION !


TRACT DU CONSEIL DES EXILÉS DE KARTY
Distribué à Mont-Law, République de Saint-Marquise – Décembre 2015
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Saint-Marquise complice de la déportation de milliers de Pravoslaves ?



Le Tsarat de Pravoslavvny a récemment fait exclure 17 000 de ces concitoyens. Des minorités religieuses aux communautés LGBT, plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont été inhumainement déracinés de leur sol par les autorités pravoslaves. Alors que des pays comme Velsna, Caratrad ou Tanska se sont mobilisés diplomatiquement et via un déploiement naval pour militer contre ces actes inhumains, plusieurs gouvernement dont celui de Saint-Marquise se sont rendus complices de ces déportations en se proposant d'accueillir volontairement ces milliers de victimes directement auprès du gouvernement pravoslave avant même que celui ne décide la déportation des populations.

Si l'acte est louable dans l'intention de venir en secours aux populations civiles opprimées dans la région, le faire par un soutien tacite donné au gouvernement en acceptant de recevoir des milliers de déportés à des milliers de kilomètres de chez eux provoquera sans aucune surprise la fin de cultures locales.

C'est ainsi le scénario d'un déracinement complet, s'ajoutant aux atteintes multiples aux droits humains pour les minorités aujourd'hui religieuses et LGBT mais demain ethniques, qui se dessine aux confins de l'Eurysie. Peuplée par 27 millions d'habitants, la Pravoslavvny pourrait connaitre à l'avenir un netoyage ethnique complet visant à ressembler à ce que le pouvoir local appelle une Terre Sainte. Et par l'accueil volontaire des déportés avant même les mesures de déportations, Saint-Marquise ne fait qu'encourager le gouvernement local à poursuivre ces manœuvres.

Cette nouvelle pause aussi évidemment la question de l'accueil pour ces populations. Si Saint-Marquise dispose bien heureusement de moyens économiques et financiers élevés, ce sont les questions sociales, culturelles, linguistiques qui se posent alors que le retour sur leur terre des habitants reste plus que jamais incertain en dépit des actions diplomatiques Vellsniennes et Tansko-Caratradaises.

Là où l'ouest eurysien semble connaitre une forme d'accalmie à la suite de la mort du dictateur Lorenzo, la crise entre Slaviensk et le Navgrokra-sovonograd et désormais la déportation des minorités de Pravoslavvny fait de cette région une véritable poudrière à laquelle vient se mêler les évidentes intrigues et intérêts commerciaux de certains de ce monde.
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Privatisations : tout doit disparaître !
Jouez, vous gagnerez peut-être !

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Ce message est le dernier que vous recevrez de nos brouteurs.
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Ortega sera présente au Grand Marché de Villecorn


Désormais confirmé par la concernée mais Ortega Mara sera effectivement présente à la prochaine édition du Grand Marché de Villecorn.
À l'occasion, elle devrait mener une représentation mais aussi, l'artiste san youtienne devrait accorder une interview à la presse saint-marquoise.

Pour nos amis saint-marquois qui liront ces lignes, Ortega Mara est la numéro 1 de la chanson au San Youté, c'est l'artiste la plus écoutée du pays avec plusieurs récompenses nationales et internationales.
Elle s'est notamment fait connaître en 2018 avec le succès de ”Sallia” et à exploser en 2019 en remportant le concours de chant Aleuvision.

À l'heure actuelle, nous ne disposons d'aucune information sur la représentation d’Ortega mais nous savons que cette dernière devrait apporter une grande visibilité à l'événement puisque de nombreuses compagnies aériennes du San Youté ont déjà rencontré plusieurs réservations pour l'événement et les san youtiens devrait être présent.

Par Mariasel Lafonta
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S'approprier la vie

Brûler un monde jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une trace

Quand la Wallace corporation s'empare d'une région, les terres sont remembrées et rationalisées sous les standards de la Wallace corp, on parle de "wallacement du paysage"

Cinq voitures se succèdent au milieu des immenses openfields qui recouvrent désormais des milliers et des milliers d'hectares de la région. Il paraît qu'il fut un temps où certains fossés étaient des ruisseaux, où ces plaines étaient recouvertes de prairies, de forêts, de tourbières, qu'elle était parcourue par des bandes pomawsuwines en hiver. Il paraît aussi qu'à une autre époque, la région avait été transformée en petite fermes familiales qui survivaient sur cette plaine en allant vendre leur récolte au village le plus proche. Partout, aujourd'hui c'est des openfields. Et les jeunes de la région, ils partent en ville, ces champs à perte de vue les dépriment trop. Quelle qu'ait été l'histoire de cette région, elle est désormais quasiment invisible. Cette région, c'est devenu quelques fermes familiales résistantes et endettées qui devraient bientôt disparaître, et un océan de propriétés destinées à fournir un retour sur investissement, même plus tant opérées par des fermiers que par des employés précaires sous emploi court. Passer dedans, c'est impressionnant. Des carrées de différentes couleurs qui se succèdent, à perte de vue. Les cinq voiture se dirigent vers un point bien précis : l'adresse d'une casse à l'entrée de Saint-Zotique, envoyée par "courriel" par un ouvrier du coin. Le Soleil est quasiment couché, l'ouvrier leur a demandé d'arriver à la nuit tombée. Quelques personnes dans les voitures regardent le coucher de soleil, alors que d'autres dorment un peu à leur place. L'un des conducteurs est occupé à manger l'un des derniers sandwiches triangles restant dans la voiture, en continuant de regarder la route, dans la voiture de derrière, les deux personnes au-devant sont prises dans une discussion sur le récent braquage de la réserve stratégique de sirop d'érable.

Les cinq voitures arrivent à la casse, l'une après l'autre, dans l'obscurité des phares allumés. Dans la cabine du bureau, deux personnes se lèvent et sortent. Les voitures se garent dans la place de terre battue près de l'entrée et du bureau. Puis, une équipe de seize personnes sortent dans l'air frais, majoritairement des Gardox. Les deux personnes de la casse se regardent, et l'un des autochtones s'avancent. Il s'agit de Samaqkikco, graphiste payée à la tâche (et souvent en visibilité à son grand désarroi) qui a rencontré "de bons amis" ces dernières années et a eu l'occasion de se former au piratage. Elle semble visiblement connaitre l'une des personnes venues les accueillir, l'ouvrier, Christophe Lemieux, ancien fermier de la région qui vit toujours ici, mais travaille dans une usine agroalimentaire à une heure d'ici. Ce dernier la présente à son compagnon, en anglais, le compagnon en question se nomme Elliott Shields, c'est lui qui gère la casse, et il est fiable d'après Christophe.

Il conseille d'ailleurs à Samaqkikco et à toute l'équipe d'éviter de trop se montrer au village, les trois quarts sont des gros racistes qui peuvent vraiment appeler les flics pour rien, ce à quoi Samaqkikco réponds "comme partout" en soupirant. Les remarques de Pâles sur les Gardox qui trainent dans la rue ou qui ne respectent pas telle ou telle règle de vie en société qui n'ont été fixées que par des Pâles, ou pire, qui "élèvent leurs enfants en gang" plutôt que de privilégier le cadre de la bonne vieille famille nucléaire monogame, elle en a eu son content.

Christophe indique son pick-up en disant de déposer dans la partie ouverte tout ce que l'équipe voulait emporter dans la maison, et pendant que l'équipe commence à tout transférer, invite Samaqkikco dans le bureau de la casse.

"Tu avais quelque chose à me dire en privé"
"Oui, le reste de l'équipe, sauf June, n'est pas au courant de l'autre partie de l'action, et ne doivent pas l'être pour qu'on ne puisse pas leur mettre la pression en cas d'interrogatoire"
"Il me semblait que c'était plus gros que l'action elle-même, c'est lié à mon boulot dans l'usine ? Vous voulez saboter un truc ?"
"Alors, c'est là que ça se complique. Le truc en question n'est pas tout à fait prêt et pourrait te griller à l'heure actuelle, il va nous falloir un peu de temps pour le coder"
Elle sort une clé USB.
"Le coder ! С’est de la cyberattaque ? Vous voulez faire quoi ?"
"Installer une backdoor"
"Pour quelque chose plus tard, j'imagine"
"Dans les heures qui suivent, quelqu'un y accède par l'intranet de l'entreprise, et installe un ensemble de virus. Ces derniers travaillent en synergie, et ne vont rien faire pendant quelques semaines"
"Attends, c'est vraiment pas juste une attaque là"
"Si, mais destiner à durer dans le temps. Le cassage de champs et d'usines qu'on entreprends aujourd'hui est parfait pour ça, parce que ça va aussi faire diversion. Dans les semaines qui suivent, le siège social va renforcer la sécurité en prévision des prochaines attaques physiques, pas informatiques, leurs ordinateurs et leurs logiciels de machinerie ne serait pas forcément leur priorité"
"Et après quelques semaines ?"
"Des machines cassent alors que tout a l'air de bien se passer, les pièces ont l'air de s'user trop vite, et on a beau changer de fournisseur, rien n'y fait. Des fois, une panne de courant ou une machine en rade arrête la production pendant des heures, voire des jours, et pendant des mois, les équipes de la Wallace vont chercher de l'équipement défectueux. Les coûts de maintenance augmentent et pèsent sur la capacité de l'entreprise à rester compétitive, et là, on a d'autres trucs de prévu"
"C'est une opération énorme que vous préparez là ! Ça dépasse ce que j'avais en tête" Il est un peu hésitant, mais finit par demander : "Vous faites quoi ensuite ?"
"Ensuite, je ne peux rien te dire précisément, c'est dangereux à savoir... Disons qu'on va essayer de mettre l'entreprise sous pression et si possible, les pousser à l'erreur, à partir de là, on peut les mettre en crise, et chaque crise nous permet de surenchérir pour provoquer une cascade"
"Mais... C'est pas juste de la militance là, c'est une... Le mot qui me vient, c'est guerre"
"C'est une révolution qu'on essaye de monter. On veut renverser le capitalisme, c'est pas un secret. Surtout quand c'est une entreprise vraiment apeurante qui est en train de prendre le contrôle de toute la bouffe du pays"
Beaucoup de choses ont l'air de passer par la tête de Christophe, dont le fameux « c’est pas réaliste » mais la réponse qui en sort est :
"Je peux la prendre ? Je vous installe ça demain"
Christophe est tremblant de peur face à ce qu'il vient d'accepter, voire de proposer, il percute à quel point il a été affecté par l'honnêteté des les réponses de Samaqkikco. Elle aurait pu omettre assez de détails pour qu'il accepte le travail sans qu'il ait la moindre idée de ce qu'il faisait, ou qu'il refuse de le faire en l'état, au lieu de ça, elle vient de lui dire qu'il est associé à une opération de long terme qui pourrait s'échelonner sur plusieurs années pour faire tomber une des entreprises les plus puissantes du pays. Il imagine à peine le bordel économique que pourrait causer dans la région, une crise à la Wallace Corporation. Elle contrôle la majeure partie des fermes de la région, si l'entreprise ne tenait plus, ce serait maintenant une bonne partie du pays qui prendrait une crise. L'entreprise est devenue un de ces mastodontes que l'état serait obligé de protéger pour ne pas finir à genoux.
"Comme dit, ça risque de te griller. On n'arrive pas à faire une élévation de privilège qui tienne la route, il ne suffit pas de la brancher pour que ça charge, et c'est un problème"
"De un : je suis prêt à me faire virer pour ça, la Wallace peut crever. De deux : tu imagines bien que je suis pas la seule personne qui soutient votre cause à l'usine, pas de trouble, j'aurais du soutien, s'il faut le faire en mode admin, je le fais"
Samaqkikco est prise un peu de court, elle ne s’attendait clairement pas à voir Christophe aussi radicalisé, elle prend quelques secondes avant de répondre "laisse-moi au moins coder ce soir les instructions pour effacer tes traces le plus possible"

Une fois les voitures déchargées et le pick-up chargé, Christophe part à sa maison après avoir laissé l'adresse à Samaqkikco, Eliott repart aussi chez lui. L'équipe déambule dans la rue comme des silhouettes venues faire la fête chez un ami vers la maison de Christophe quelques rues plus loin. Deux enfants jouent dans un jardin pas très loin, mais sinon, la rue est vide. L'équipe prends vers le Sud, puis première rue à droite, puis seconde à gauche, passe derrière l'église, continue encore, et trouve une maison blanche avec une toiture à la mansart : c'est l'adresse indiquée. Samaqkikco monte les quelques marches qui mène à la porte, se trouve éclairée par deux lampes sur les côtés, et sonne, met son visage à bonne distance du judas de la porte d'entrée. La porte s'ouvre, Christophe leur fait signe d'entrer.

Tout le monde est au salon, certains ont des boissons chaudes entre les mains, la femme de Christophe fait un petit signe de la main, un peu timide, en lançant un "Coucou, moi c'est Julianne", aux seize personnes qui se tiennent dans la pièce dans des positions variées.
Christophe invite chaque personne à se présenter.


Samaqkikco commence, puis vient :

Nucihket, il était employé dans un centre d'appel et vient de se faire licencier il y a un mois. Il était mal payé, et ce n’est pas allé en s'arrangeant. Donc, pour le moment, il compte sur l'aide d'amis

Sasewamugwa est employé-e dans l'hôtellerie, et a participé aux événements de Moses. Iel peint des natures mortes à ses heures perdues et aime bien dormir

Emlsigtmat a étudié l'ingénierie électronique, puis a passé cinq ans dans la rue. Il a reçu l'aide d'associations de lutte pour le droit au logement, et a décidé par la suite de s'engager davantage politiquement, il a rejoint le militantisme autochtone après des expériences assez douloureuses de discrimination au travail

Gaqtugwewe a fait du tennis en compétition étant plus jeune et n'est jamais montée très haut. Elle est assez fêtarde (donc si vous avez besoin de quelqu'un pour faire la fête, invitez-là), et aime bien les comédies musicales. Sinon, elle est poissonnière à Golton et tire le tarot de temps en temps.

Mathis est mineur, et aussi un membre des Chasseurs depuis les années 80'. Il a vu des paysages se transformer drastiquement en quelques années, et a progressivement perdu toute confiance dans le gouvernement. Il aime faire de longues marches nocturnes à l'occasion, quand il ne passe pas la fin de semaine avec ses filles. Il a perdu toute confiance dans le gouvernement au fil des années et s'est radicalisé avec le temps. Là où il est aujourd'hui, il ne l'aurait jamais imaginé il y a même un an.

June est la seule Pâle de l'équipe. Et aussi celle qui, avec Samaqkikco, dispose de bonnes connaissances en piratage informatique. Elle est autiste et s'excuse d'avance si elle n'arrive pas à bien s'exprimer ou à être claire. Elle a été mise à son adolescence en hôpital psychiatrique et en est partie plusieurs années après sa majorité, sur sa demande et après beaucoup, beaucoup trop de procédures. Elle tapine pour se faire un revenu et s'est pris de passion pour les jeux vidéo, puis l'informatique, et a commencé à intégrer des groupes de hackers en se faisant reconnaître en ligne, avant d'être mise en relation avec des militants autochtones.

Mimsit se décrit un peu comme "la folle aux explosifs", elle a une fascination qu'elle sait être malsaine pour la chimie et a donc préféré faire des études de jardinerie. Bon, elle a tenu trois mois comme jardinière pour riches, et en est partie en miettes en se disant "plus jamais ça". Elle est habituée des manifs et y a rencontré son chum, et aussi son deuxième chum, quelques mois après (Julianne tente de masquer son étonnement en comprenant qu'elle les fréquente en même temps, sans très bien réussir). Elle a retrouvé un travail pour la municipalité de Villecorn depuis peu, et tente de louer près de son lieu de travail, ce qui n'est pas simple.

Hunter est charpentier, engagé au départ dans l'écologie radicale, puis l'antispécisme, pour passer à la lutte décoloniale, parfois avec son grand-père et sa femme (Blake, juste à côté). Il est très fort aux échecs, mais n'aime pas trop la compétition, et donc, fait surtout des parties en ligne. C'est aussi un énorme métalleux qui se passionne pour l'émergence du métal autochtone en Aleucie.

Blake a travaillé dans la petite enfance avant de faire un burn out et de se retrouver sans emploi. Donc, pour le moment, elle fait de longues marches en ville et en forêt tant qu'elle le peut. C'était au départ une écoféministe matérialiste qui participait à des groupes d'action, avant d'en partir à la suite de divergences sur "certaines questions de société" (les milieux écoféministes ont pris un tournant assez essentialiste à Saint-Marquise avec le temps) et a commencé à s'intéresser au militantisme gardox après ça.

Awt est poète. Elle a souvent l'impression que le monde se fracasse dans sa tête. Son mari est parti quand elle est tombée enceinte, et elle s'est retrouvée avec un enfant à sa charge. Elle a traîné quelques années dans les milieux new-age, et a même été voyante en ligne. Aujourd'hui, elle a encore du mal à s'en défaire, mais a pris quelques traumatismes des mécanismes d'emprise qu'elle finissait par ressentir à l'époque. Elle aime bien les romans à l'eau de rose, et la fraise au chocolat.

Salawapu étudie les arts graphiques, et prépare son job d'été comme assistant de terrain dans une station de recherche dans la région de Grandlake. Il va peut-être adopter un chat dans les prochaines semaines. Ce que le monde qui l'entoure était en train de devenir lui faisait assez peur pour qu'il se dise qu'il doive tout tenter pour l'améliorer, et il voulait renouer avec son identité métisse autochtone, qui n’était pas un sujet dont on parlait réellement dans la famille, donc, il s'est rapproché des militants gardox.

Melody a été bénévole dans une banque alimentaire pendant des années avant d'être tannée de servir de pansement pour les politiques défaillantes de l'état, et s'est donc tourné vers le militantisme. Elle est au chômage depuis déjà quelques temps, et survit en bonne partie grâce à sa connaissance des rouages de l'administration et des aides sociales saint-marquoises. Elle a déjà fourni de l'aide juridique à des immigrants et a participé à des réseaux de soutien aux travailleuses du sexe. Elle fait aussi de l'ornithologie en amateur et agace parfois ses proches à se déconcentrer d'une conversation pour identifier un chant d'oiseau.

Welgwija est à la retraite et aime aller pêcher à l'occasion. Quand il a enfin eu le temps libre qu'il espérait, il souhaitait pouvoir partir en voyage avec sa femme, et était en train de chercher un travail pour pouvoir se payer des voyages dans le monde entier. Quand les récents mouvements autochtones ont émergé, il était assez sceptique, puis à force d'entendre les propos réacs de certains de ses amis pâles, il s'est dit qu'heureusement que des jeunes avaient ramené la décolonisation au centre des débats. Il a décidé de rejoindre la lutte à son tour, et s'est depuis, quelque peu radicalisé

Weltoqsit est issu d'une des communautés autochtones qui avaient prospéré dans les années 70'. Il a vu beaucoup d'utopies se terminer en désillusions. Il est aujourd'hui postier, et est passé par toute une phase complotiste. Il a réellement cru que les gouvernement aleuciens tentaient de cacher des technologies extra-terrestres issues de vaisseaux spatiaux écrasés, que les élites se rencontraient pour planifier les prochains mouvements géopolitiques du monde, que le Saint-Marquois était une langue inventée dans les dernières années pour contrôler l'esprit des Saint-Marquois, et que Saint-Marquise n'était pas censé être sur le continent mais sur l'île de Norland, et que le gouvernement avait tenté de masquer ce fait. Il en est depuis largement assez revenu, et s'applique à s'attaquer aux oppressions claires et vérifiées.

Olelomuhtomon a longtemps été dealer de cannabis à Villecorn, et en connaît très bien les rues, et certains réseaux clandestins, et la prison également. Elle a longtemps voulu être astronome, mais n'a jamais eu l'occasion de faire des études. Elle a échoué déjà à l'école à vrai dire. Elle essaye de se refaire une vie, mais est refusée de partout (compliqué quand on n’a pas d'expérience professionnelle légale à mettre sur son CV). Elle tente de fonder son entreprise, administrativement, c'est compliqué, elle tente aussi de rencontrer des gens sur un site de rencontre, c'est aussi compliqué. Elle est tombée sur le milieu militant autochtone un peu par hasard et y est resté car elle y trouvait enfin des amis.

Tant d'esprits sont morts sur ces terres

La dernière présentation faite, dans la pièce, personne ne parle. Julianne se sent terriblement gênée. Elle est en train de calquer qu’il y a chez elles un groupe d’anticapitalistes radicaux sur le point d’aller détruire des installations, et qui sont, tout simplement des gens. Et elle a accepté ça ! Et pas simplement pour Christophe. Non, elle aussi, elle prend une participation dans tout ça. Il y a trois mois, elle s’imaginerait simplement vouloir refaire une vie tranquille. Elle tient à sa tranquillité, sa routine, son confort, et pourtant, elle aussi a changé. Ce à quoi elle participe, lui fait peur. Elle voudrait oublier ça, retourner à sa journée, mais ça, ça impliquerait aussi d’ignorer ce que le monde était en train de devenir. Et ça, quand bien même elle ferait tout pour l’ignorer, Christophe ne la laisserait pas faire. Lui, il en parle de la Wallace Corporation, de l’extension et du remembrement des fermes, de la mort des villages ruraux, de la faillite des mêmes petites entreprises qui mettaient déjà les fermes familiales en faillite quelques années plus tôt. Et du monde effrayant qui s’annonce, où une ou quelques entreprises contrôleront ce que l’on pourra manger, en échange de quoi, une consolidation telle que l’état protègerait les intérêts de la Wallace Corporation à tout prix, pour éviter que des gens ne meurent de faim. Un monde où une politique d’entreprise un beau jour pourrait changer durablement les écosystèmes de régions entières, enfumer les villages sous des nuages de pesticides puis les remplacer par leurs installations, ou les mettre sous leur tutelle, leur imposer leurs marques. L’agriculture familiale est sur le point de mourir, et l’État a laissé faire. La ferme sur laquelle elle avait grandi, ainsi que celle avec laquelle elle avait partagé sa vie de couple, elles n’existaient plus, la plupart des gens auxquels elle tenait avaient été dépossédés de leur vie, et l’État a laissé faire. Elle se sent un peu solidaire avec ces Gardox effrayants en face d’elle. Elle commença à se livrer.

"Avant d’être ici, on était fermiers. J’ai grandi dans une famille de fermiers, et j’ai marié un fermier, et on faisait la fête avec tout le village après les moissons. Je suis triste de voir ce que le village est devenu. Mon fils est parti en ville, il ne reviendra pas ici, et il a raison. On s’est fait déposséder de notre terre, et de notre vie, et pour beaucoup…"

Mimsit ne peut s’empêcher de s’énerver un peu
"Peut-être que vous devriez pas oublier que les premières personnes à s’être fait déposséder de leur terre et de leur vie dans l’histoire, c’est nous. Dans un autre monde, c’est vous qu’on combattrait, et j’ai jamais vu de fermiers soutenir les autochtones avant que d’autres plus gros qu’eux ne les dépossède de leur terre à leur tour. Alors, maintenant que tout ça, ça vous concerne, cool, on est alliés, vous nous accueillez, merci beaucoup, mais vous vivez sur une terre qu’on nous a volé, pour vous. Si vous voulez qu’on s’entende à la longue, n’espérez pas récupérer ce que vous avez perdu, ça vous était pas dû à la base. On veut décoloniser, pas sauver les bonnes petites familles de colons"

"On ne peut pas défaire le passé…" Elle se rends compte qu’à continuer dans cette direction, elle est en train de tendre un peu toute l’équipe. Elle est en train de s’aventurer sur un terrain qu’elle ne connais pas, qu’elle n’a pas vraiment pris le temps de connaître. Elle reprend :
"Pardon, tu as raison de dire qu’on ne peut pas juste revenir au temps de mon enfance. Je me dis que ça peut vous être utile de raconter comment on en est arrivé à cette situation, je vais faire de mon mieux pour vous raconter comment ça marche"

Elle prend une gorgée de café avant de continuer.

"En fait, même avant que la Wallace Corporation ne devienne vraiment un gros truc, on était ben stretch ici. On était mis en concurrence par les entreprises de transformation pour vendre au moins cher possible, et d’année en année, on devait baisser le prix de notre récolte. Et donc, pour être rentable, il fallait une récolte soit plus grande, soit plus chère. On fait selon ce qu’on sait faire et comment on est équipés, donc on ne va pas changer complètement notre production d’une année sur l’autre, donc, la plupart du temps, on va essayer d’avoir une plus grande récolte. Pour ça, on n’a pas une journée infinie, donc il fallait qu’on trouve un moyen de récolter plus au temps travaillé. Donc on investissait, de plus en plus, dans de nouvelles semences plus productives, dans des produits phytosanitaires, et dans des machines de plus en plus performantes, pour récolter plus de surface avec le même temps. Et pour vraiment utiliser les nouvelles machines à leur plein potentiel, il fallait aussi de nouvelles terres, qui étaient souvent à la famille du coin qu’on connaissait, et il fallait saisir la moindre occasion de prendre une terre. Et ça pouvait vraiment être violent. Quand quelqu’un mourrait dans une famille de fermiers, t’avais même pas le temps de commencer ton deuil que tu étais envahi de propositions de rachat pour ta ferme, ou au moins, tel ou tel champs. Et ensuite, une fois qu’on avait tout, on était enfin rentable à nouveau, mais on avait une dette abyssale à rembourser, avant que les prix de notre récolte ne baissent trop, et que l’on doive investir une somme encore plus importante pour se mettre à jour"

Elle passe quelques secondes sans rien dire. Clairement que parler de tout ça évoque des choses en elle.

"Depuis les années 90’, on a vu apparaître des petites entreprises, financées par je ne sais quel fonds d’investissement, qui rachetaient toutes les terres disponibles, à un prix qu’aucun fermier ne pouvait payer, et faisait les investissements, et n’employaient que des gens au salaire minimum quand il fallait du travail. Leur modèle économique, c’était de baisser les coûts de production avant tout le monde, et d’utiliser leur réseau qu’on avait pas pour trouver des accords avec telle ou telle entreprise pour vendre des quantités importantes de grains, de légumes, et de fruits qu’on aurait pas pu produire à un tarif un peu plus cher, mais avec une garanti d’homogénéité, de qualité, bref, un processus de standardisation pour l’industrie. Ça a mis la plupart des familles de fermiers dans le rouge, et on a essayé de s’organiser pour se mettre ensemble et proposer nos accords, ou même pour viser des marchés du bio ou du luxe, bref, on s’adapte. Et puis, au fil du temps, la Wallace Corporation s’est mise à racheter les sites de transformation. En fait, avant même de racheter les fermes, ils ont établi un monopsone dans toute la région. Ils se sont imposé comme les uniques clients et ont demandé des prix juste indécents que même les entreprises agricoles qu’on avait du mal à concurrencer ne pouvaient pas suivre. Et on était déjà si mal qu’on avait aucun moyen de s’en sortir. Et ils se sont mis à racheter des fermes dans toute la région. Il y avait même des agents de la Wallace qui allaient de ferme en ferme pour proposer un rachat. Et leur argumentaire était que globalement, on avait le choix entre vendre la ferme maintenant et rembourser notre dette avec et refaire notre vie, ou rester sur notre ferme, et voir les dettes s’accumuler jusqu’à la banqueroute où la Wallace rachèterait la ferme à la banque. Et on a essayé de dire à l’Etat qu’il y avait un problème, qu’on avait besoin d’aide, même le maire en a parlé. Mais l’État n’a pas pris notre parti, il a soutenu la Wallace. Il les a subventionné jusqu’à ce que l’entreprise prenne des proportions hors de contrôle"

Elle a les larmes à l’œil

"Désolée, mais il faut que ça sorte : notre voisin, Spencer, il est mort il y a deux mois, et son ex-femme nous a invité à l’enterrement, et elle nous a jamais dit comment il était mort. C’est sa fille qui nous l’a raconté : elle l’a retrouvé pendu. Le chum, il avait pas supporté de se retrouver sans sa ferme, il arrivait pas à s’adapter à sa nouvelle vie, il s’était retrouvé seul parce que ses amis d’avant, ils sont partis, ils se sont disputés, ou ils arrivaient juste pas à maintenir le lien parce que les rythmes de vie avaient trop changé, il s’est juste pendu"

Elle est en train d’éclater en sanglot

"Il s’est pendu, et l’État subventionne la Wallace, et le village, c’est l’ombre de ce qu’il était, et ma famille, elle se déchire, plus personne s’entend, on se hait, et on devrait pas, mais on arrive juste à plus rien ! Ma meilleure amie était fermière, et j’ai fait de la marde, et elle veut plus me parler, elle est toute seule à déprimer ! Et je veux pas qu’elle se pende !"

Dans la pièce, personne ne parle, Christophe est en train de lui refaire un café, décaféiné, bien chaud, de quoi apaiser un peu Julianne, ce n’est pas la première fois qu’elle la voit pleurer. Et lui aussi, a envie de s’effondrer certains jours, et c’est Julianne qui le soutient. Au bout d’un moment, elle reprend plus calmement.

« Bienvenus chez nous. Vous restez autant que vous voulez et je vous file tout ce qu’il faut, j’ai aucun problème avec ça. Juste, brûlez la Wallace »

« Pour ça, compte sur nous » réponds Mathis


Tout le monde est couché depuis quelques heures, et il fait nuit noire. Sauf deux personnes : Samaqkikco et June. Elles sont à la table de la cuisine, sous la lumière, œil fixé à l'écran de leurs ordinateurs. Elles finissent le code de la backdoor, à essayer d'identifier toutes les traces que Christophe pourrait laisser en l'exécutant en mode administrateur. Samaqkicko fouille un ordinateur de test en essayant de trouver toute preuve que la backdoor a été implantée, et surtout, par elle. June a les yeux rivés sur son écran, prise dans une lecture de débogage. C’est à ce moment que Gaqtugwewe se montre dans le salon. Elle n’arrive pas à fermer l’œil, et vient donc tenir compagnie aux deux développeuses.

"Ça code dur ?"
"Ce code a l'air tellement pas fini, j'ai honte !"
"Au pire, tu patches après deux ans comme la moitié des jeux qui sortent en ce moment"
"L'optimisation est aux fraises, ça va ramer"
"C'est quoi que vous codez d'ailleurs ?"
"Un mod pour Alkuth !"
"En d'autres termes, circulez, il y a rien à voir"
"En d'autres termes, on a plusieurs organisations qui collaborent sur un gros projet, il a été décidé de pas vous compromettre, donc, c'est un mod pour Alkuth, tu sait pas tout, moi non plus"
"Une initiative des Chasseurs ?"
"Les Chasseurs ne font pas dans le modding, et tu sais probablement mieux ce qu'ils feront que moi, la, on parle plutôt d'une cellule du Mouvement pour la Souveraineté Autochtone qui elle-même collabore avec le groupe de modders donc June et moi faisons partie"
"J'ai toujours trouvé que c'était pas une bonne idée de collaborer avec le MSA, je veux bien que dans les Spectres, on soit pas les plus family friendly, mais eux, c'est des fous furieux, le genre à entraîner des milices pour affronter les flics au fusil d'assaut. Je me demande s’ils cherchent pas la guerre civile, et soyons clairs, c'est une ligne rouge à pas franchir"
"Autant, je suis pas d'accord sur tout avec eux, autant, ça reste des gens avec qui mènent une lutte décoloniale, et avec qui on peut collaborer. J'ai déjà vu quelques connards qui parlent d'exterminer tous les Pâles, c'est absolument pas des camarades, et ils hésiteraient pas à buter aussi beaucoup d'entre nous, le MSA est pas du tout dans cette optique, il faut doser"
"Sur les collaborations, je suis les décisions de la majorité, mais là, vraiment un gros doute sur ce choix. Votre groupe de hackers devrait aussi s'en dissocier"
"Se désunir, c'est pas non plus une bonne idée. Je respecte leur engagement, et leur radicalité, et leur volonté de changer les choses, c'est pas comme si l’État nous écoutait après tout"
"Si la question est de savoir qui gagnerait un combat armé, on égalera jamais l'état à ce jeu. Et même si c'était le cas, je voudrais pas être gouvernée par le groupe qui gagne au concours de qui tape le plus fort. On veut juste pas avoir l'armée sur notre dos"
"On est d'accord, mais c'est à eux qu'il faut le dire. Je ne me désolidariserait pas d'eux"
"Les flics finiront pas nous traiter comme les complices qu'on est, c'est les pires alliés qu'on puisse avoir"
"C'est pas une guerre civile qu'on est en train de préparer là. Et c'est pas eux qui savent coder. Leurs histoires de milices, je m'en mêle pas"
"T'es naïve si tu crois que la police fera la différence"
"Pour eux, une manifestation tranquille, c'est déjà du terrorisme, on se fera arrêter, même en criant le plus fort possible non, mais en fait, on est fins ! Donc ce que pensent les polices et les Pâles de nos alliés, je m'en calisse !"
"Désolée de dire ça, hein, mais on se bat contre plus puissant que nous, il va falloir qu'on le calque. Ce qu'on veut, c'est reprendre le pouvoir sur nos terres, pas terminer héroïquement nos vies dans une prison. On manque déjà bien assez de gens comme ça"
"Tu comptes rediscuter les choix d'alliance ici ce soir avec nous deux en train de coder ? A la veille d'une opération conjointe ? Parce que pour les prochains jours, on va pas revenir dessus, le débat peut attendre la semaine prochaine, non ?"
"Vous codez je ne sais même pas quoi pour eux ! Ici, avec nous ! Et on nous en parle même pas ! Oui, j'ai le droit de revenir dessus"
"Je ne sais pas non plus ce que tu fais à côté. June fait de l'antipsy, je participe pas à son groupe, elle me dit pas toutes ses actions !"
"Sauf que là, on parle de l'opération à laquelle on participe"
"Pour ce qui est des Spectres, c'est celle d'après-demain, enfin, de demain, notre mod n'en fait pas partie"
"Alors qu'est-ce que tu l'apportes ici ? Et pourquoi on s'associe à eux ? Complètement que c'est lié !"
"Bon, tu veux savoir quoi ?"
"Ce que vous êtes en train de préparer"
"Tu est sûr de chez sûr de vouloir l'entendre ? Tu sais que tu prends beaucoup plus de risques qu'avec ce qu'on est venus faire !"
"Non, mais vas-y, balance"
"L'autre partie de l'attaque"


Le soleil ne s’est pas encore levé, la maison est sous la lumière des lampes, Christophe est en train de verser l’eau dans un bol de gruau, June et Samaqkikco sont à moitié ensommeillées et cette dernière a laissé une clé USB à côté d’elle, Olelomuhtomon et Nucihket sont à la table en train de manger des œufs en regardant un article sur les dernières dingueries impérialistes de William Brighton sur un téléphone. Julianne est sur le canapé devant la télé avec un bol de céréales à regarder « Secrets de famille », une émission de réalité scénarisée de TSMlife diffusée très tôt le matin. Le titre de l’épisode de ce matin est « Le vrai visage de mon mari », dans lequel une femme découvre qu’en fait, son mari la trompe avec sa patronne pour obtenir une promotion, et le confronte pour son égoïsme, amenant à la remise en question du mari, le tout dans un jeu d’acteur inoubliable. Gaqtugwewe est sur un fauteuil à côté du canapé, en train de jouer à Alkuth.

Christophe se pose à table avec le gruau encore fumant, et prends la clé USB :
"C’est elle ?"
"C’est elle. Une fois que tout est installé, et que tu l’as éjecté, n’oublie pas d’effacer le log, tu sais comment faire ? "
"C’est le moment où tu me montre ?"
Samaqkikco vient donc s’assoir à côté de lui, avec son ordinateur, et entreprends de lui montrer comment effacer une entrée de l’historique des activités.
"N’efface pas tout l’historique, seulement les dernières vingt minutes, ou depuis que tu es entré, un ordinateur sans historique, ce serait louche. D’ailleurs, dans l’historique des modifications, je t’y emmène, pareil, efface l’entrée graphdriverupdate : c’est la backdoor ! Besoin d’un post-it ?"
"Non, ça risque plus de me sortir du bois qu’autre chose, je m’en souviendrais : installer le logiciel, éjecter la clé, effacer une partie de l’historique des activités, effacer la dernière entrée graphdriverupdate de l’historique de modification, et après… Me déconnecter ?"
"Oui, et tu notes l’heure sur un papier que tu peux ramener, je pourrais effacer la trace de ta déconnexion, s’il y en a, c’est quelque chose que certaines entreprises enregistrent"
"Venant de la Wallace Corp, ça devrait pas poser de trouble : leur cybersécurité est complètement poche ! Si tu peux faire une erreur sur un ordi, quelqu’un à la Wallace est là pour la faire"
"On peut être surpris. Même les pires entreprises des fois, ils peuvent penser à UN truc, et c’est dessus qu’on tombe »


Une manif se prépare, toujours

Toute l'équipe est réunie dans la pièce à vivre, pour préparer l'équipement, et les sandwiches du lendemain. Près de la table, sont alignées plusieurs cagettes de cocktails Molotov prêts à être lancés, des sacs sont progressivement remplis de tout ce qu'il faudra pour passer le lendemain : eau, nourriture, trousses de secours, talkie-walkies, foulards, papiers à référence plus numéro de l'avocat en cas d'arrestation, batteries, piles, serviettes hygiéniques, masques FFP2, cartes, lampes torches, gants. Et pendant ce temps, passe de la musique.

Melody et Olelomuhtomon se prennent la main, c'est la première fois qu'ils se rencontrent hors ligne, qu'ils ne sont pas séparés par des centaines de kilomètres. Il semblerait qu'ils se connaissent très bien. Weltoqsit est tellement heureux de voir à quel point le militantisme gardox a rapproché des gens qui ne se seraient jamais connus autrement. C'est la première fois depuis qu'il est dans le mouvement qu'il a l'impression de voir une communauté aussi organisée à l'échelle du pays entier. Une décennie plus tôt, il y avait des réseaux de soutien local, mais rien de comparable à ce qu'il y a de disponible actuellement.

Pour le coup, c'est lui qui prends la parole, pour expliquer à quoi s'attendre demain, il posa une carte de la région sur le sol :
"Ceci, c'est les alentours de Villecorn. Et là où il y a de grosses croix, c'est c'est des fermes que l'on sait appartenir à la Wallace, et les polygones rouges, c'est des champs que l'on sait appartenir à la Wallace. On est onze, il faut donc faire des choix. Et on choisit là où ça va être vu. On a choisi donc deux fermes près de Villecorn, plus deux autres en plan B si l'une est bloquée. On arrive, et on casse tout, mais pas exactement tout, il y a des points stratégiques, est-ce que vous savez lesquels ?"

Mimsit prends la parole très vite : "J'en ai déjà fait de ce genre d'opérations. Quand tu veux faire mal, le plus cher, c'est les véhicules. Vraiment, cramer les camions, tracteurs, moissonneuses, c'est des millions de livres qui partent en fumée"

"Oui, un bon coktail Molotov dans un camion, ça fait très mal ! Le second poste de perte important, c'est le temps. Une heure de manque à gagner dans une usine, c'est colossal. On va cramer un jour de récolte pour la Wallace, et elle va pas aimer !"

Une idée traverse la tête de Salawapu : "Leurs papiers"

"Leurs papiers ? Tu sais qu'ils ont des sauvegardes de la plupart de leurs données importantes ?"

"Sur leurs ordinateurs ? Exposé à... Samaqkikco et June ? Justement, tu as déjà vu à quoi ça ressemble l'informatique dans une entreprise ? "

Nucihket se souvient : "Quand j'ai travaillé dans un Six-Seven à Coast-Hafen, je me souviens que la pointeuse était buggée, et pointait non pas à l'heure où l'on pointe nous-même, mais dans le passé ou dans le futur ! Donc le directeur appelle le service informatique qui après quelques mois a appelé la compagnie qui gère le logiciel d'horaire, qui, globalement, a dit qu'elle prend le problème en charge. Depuis, et ça a pris une bonne année le problème a été patché, et le patch fait juste crasher tout le système, et si par chance, on arrive à l'utiliser, ça pointe toujours à des heures aléatoires, tout le monde accepte que l'informatique de magasin est une blague à ce stade"

Derrière, Julianne commente : "Je vous confirme, c'est pas mieux à la Wallace !"

"Voilà, pendant que l'entreprise se débat avec son propre service informatique pour retrouver des documents quand même importants, des chiffres de récoltes par exemple, elle ne peut pas concentrer son temps et ses ressources ailleurs. Il serait même possible que l'entreprise décide de sacrifier un peu de sa sécurité pour éviter des blocages"

"Si tu savais le nombre d'entreprises où les mots de passe de logiciels importants sont en clair dans un mail ou un fichier, parce qu'un jour, il a fallu le communiquer à une nouvelle personne et que gérer les accès de dizaines ou de centaines d'employés, ça créé pleins de situations chiantes. !"

"Donc, les véhicules, le temps, les papiers et... Les communications ! Téléphones, ordinateurs, tout ce qui permet à l'entreprise d'avoir une idée précise de ce qu'il se passe. Si les premières communications informeront la Wallace, une fois le matériel de communication cassé, les employés ne sont pas sensés avoir leur téléphone portable avec eux, les plus zélés l'utiliseront pour appeler l'entreprise, mais ne sauront pas exactement quoi communiquer. On gagne du temps et créé de la panique"

"C'est en général le directeur qui le gère, et il a son téléphone"

"On le sort"

"On n'aura pas non plus le soutien de tous les employés pour le sortir de la ferme"

"Attends, je réfléchis..."

"On a un brouilleur" rappelle Samaqkikco

"C'est vrai ! Mais il faudra le maintenir, la personne qui opère le brouilleur n'est pas au sabotage"

"On gagne assez de temps pour compenser la "main d’œuvre manquante"

"Donc, on brouille d'abord, et on entre ensuite !"

"Quasiment en même temps, on n'est pas sensé donner des indices de notre présence dix minutes avant notre arrivée"

"Si on brouille leurs communications, on brouille aussi les nôtres"

"Une fois qu'on est à l'intérieur, pas besoin, c'est simplement les personnes au brouillage, un peu à l'extérieur, je passerai les chercher quand on changera de ferme ou partira"

"Bon, enfin, avant de partir : imaginons que les polices sont là, et nous arrêtent, on dit quoi ?"

"Je n'ai rien à déclarer et je suis prête à coopérer"

"Oui, et vous refusez quoi"

"Les menottes ?"

"Ça, malheureusement, tu ne peut pas vraiment refuser. Refuser un test de drogue ou d'alcool est aussi un motif de condamnation d'ailleurs"

"La garde à vue ? Genre, c'est un emprisonnement sans procès"

"Oui, mais pas le choix, et résister peut jouer contre toi"

"Bon, vas-y, dis nous ce qu'on doit refuser !"

"La comparution immédiate : en général, si vous tombez en comparution immédiate, vous serez déclaré coupable"

"Si la police nous prends, on sera présumé coupable, parce que la justice, c'est des racistes"

"Dans le cas d'un vrai procès, c'est plus complexe, et si on n'aura pas les meilleures cartes en main, on peut au moins tenter de se défendre. En comparution immédiate, ne compte pas dessus"


Quand détruire et construire se confondent

Saint-Zotique est un village campagnard de la région de Villecorn. A une époque, c'était un petit village de fermier. L'église en son centre témoigne de sa fondation par des communautés francophones catholanes, elle est actuellement désaffectée. Il reste une dizaine de maisons habitées, une vingtaine d'autres maisons témoigne de l'existence passée d'autant de familles. La casse est à l'entrée du village. L'épave de l'école tient toujours debout, elle a été fermée en 2008, dans l'indifférence générale : est-ce qu'il reste un quelconque jeune à éduquer par ici ? Une station service tenue par une famille du coin sert les véhicules de passage, et constitue le principal magasin du village si l'on doit acheter à manger sans utiliser la voiture pour se rendre au SMmart de Camp-Michoux, à une heure de route. C'est aussi le garage si un véhicule doit être réparé. Le plus grand bâtiment du village est un hangar de la Wallace Corporation remplie de machinerie agricole obsolète que la compagnie a récupéré dans les fermes qu'elle a acquis et stocke là en attendant de trouver un repreneur. La plupart des services du village sont fournis par les voisins, il n'y a même plus réellement de plombier, d'électricien ou de serrurier qui dessert le village. La collecte des ordures est intermittente, et tout le monde sait que les poubelles peuvent s'accumuler pendant deux semaines par moment avant que des éboueurs ne viennent les ramasser. Une coupure de courant ou d'Internet ici peut durer plusieurs jours, et tout le monde se méfie de l'eau courante. La maintenance des canalisations n'a clairement pas été faite depuis longtemps. L'évacuation des eaux usées se fait par des fosses sceptiques, et l'ancienne station d'épuration du village n'est plus fonctionnelle, il faut faire appel à des prestataires de Villecorn pour les évacuer, et étant donné leurs délais il vaut mieux être prévoyant et les appeler avant que le réservoir soit plein. Le chauffage est électrique, et les températures atteignent souvent les -20 °C en hiver, tous les habitants disposent donc de générateurs au cas où le courant venait à couper (et ça arrive régulièrement en pleine tempête de neige), et la station service approvisionne aussi le carburant pour les générateurs du village. Un terrain se trouve près de l'église, c'est ce qui se rapprochait le plus d'une "place du village", elle n'est plus réellement fréquentée depuis des années. Au nord du village, se trouve un terrain vague, les ados s'y embrassaient à l'abri des regards, mais il est aujourd'hui trop envahi par la végétation pour être accessible. Autour, l'on trouve principalement de grands champs de blé, de maïs, de patate. Fin juin, les récoltes ont lieu, et des norias de camions traversent régulièrement le village, accentuant l'usure d'une route dont les nids-de-poule attendent une réparation depuis longtemps. Une fois par semaine, ici, passe le courrier, bien que les services postaux puissent décider une semaine de ne pas passer, souvent pour des raisons météorologiques, parfois pour cause de grève ou de jour férié. Un gros bâtiment effondré marque l'ouest du village, l'ancienne coopérative agricole, qui témoigne de ce que l'agriculture a pu être fut un temps dans la région.


"Alexis, voilà Samaqkikco et June, c'est elles qui veulent pirater la compagnie"

"Mais, pourquoi ?"

Samaqkikco réponds : "Parce que la Wallace est... En fait, c'est vraiment, la colonisation, dans ce qu'elle a de plus absolue, nue, brutale. Une compagnie qui met les gens à ses pieds en contrôlant les terres. Ces terres, c'est celles des Pomawsuwinuwoks, et il n'y a pas de décolonisation si on ne décalisse pas la Wallace d'icitte"

"Je comprends rien à vos histoires de luttes identitaires, mais je vais pas vous dénoncer"

"Oui, je l'amène ici parce qu'il m'a vu sur l'ordinateur, et a compris qu'il se passait quelque chose. Il a demandé à vous voir, donc j'ai accepté"

"C'est très bien, merci Alexis de ne pas nous dénoncer"

"Bienvenue, j'ai à peu près zéro loyauté pour l'entreprise, et actuellement, ça leur pendait au nez. J'ai pas envie de m'impliquer plus dans ces affaires, juste comprendre assez ce qu'il se passe pour pas me retrouver en mauvaise posture. Par contre, s'il y a des morts, je vous dénonce, on se comprends ?"

"Vu ce qu'on souhaite faire, on va pas tuer des gens nous-même. S'il y a des morts, ce sera sur décision de l'entreprise, et dans ce cas, s'il vous plaît, ne nous dénoncez pas à eux"

"Là, va falloir m'expliquer"

"On parle de la Wallace corp. On peut pas menacer l'entreprise qui possède la nourriture du pays et espérer aucune conséquence, c'est pas facile à prédire, mais il y en aura"

"Et vous le faites de même"

"Oui, attendre serait tout aussi dangereux"

"Et en parler au gouvernement"

"C'est eux qui ont fait de la Wallace ce qu'elle est aujourd'hui, et le jours où ils comprendront qu'il y a un problème et essaieront de démonter la Wallace, ce sera peut-être plus possible, et personne ne voudra être le politicien qui a plongé Saint-Marquise dans la crise"

"C'est paranoïaque en crisse, mais je peux pas dire que c'est faux non plus. J'ai vu comment ils ont juste acheté une région en quelques années, si des gens peuvent prendre le pays, c'est eux"

"Ils ne comptent pas arrêter leur expansion, si la Wallace tient le pays, ils continueront dans le reste du monde"

"Dans quoi je me suis embarqué moi coudonc ? J'ai l'impression de rêver avec 40 °C de fièvre ! Je vais rentrer chez moi, me réveiller demain, et rien c'est passé ce soir"

"Merci, sincèrement"

"Me grillez juste pas"

"Jamais"

"Bonne fin de semaine !"

"De même"


La capacité d'une entreprise à travailler la terre, réduite en cendres

Le premier endroit choisi est un ensemble de silos en ruine que la Wallace a jugé peut profitable à démolir. De là, l'on a vue sur la ferme de la Wallace en contrebas, à même pas cent mètres, Samaqkikco et June sont assises sur la passerelle qui passe entre les sommets des silos, Samaqkikco tire sur la corde, June bloque, et à-coup par à-coup, le brouilleur est hissé au sommet de l'installation. Mathis en bas tient aussi une partie de la corde, pour ne pas que l'appareil ne tape contre la paroi de métal de l'ancien silo, qui porte encore le logo de l'ancienne coopérative à laquelle elle appartenait, la Société des Agriculteurs de la région de Villecorn. Le moi d'août est globalement le plus sec, et ça se sent aujourd'hui. Le Soleil se lève à peine, les ouvriers sont sur le point d'échanger entre l'équipe de nuit et l'équipe du matin, et des moissonneuses sont en train de rentrer à la ferme. Il fait encore frais, et l'équipe d'activistes sont encore dans la cour du silo, à l'abri des regards de la ferme dont les employés ont autre chose à faire que de se méfier du groupe qui s'est installé dans les ruines d'à-côté. Ce ne serait pas la première fois que des habitants du coin essaient de tromper l'ennui en faisant n'importe quoi dans les ruines après tout ! La ferme est petite, mais assez symbolique : c'est l'une des ces fermes que la Wallace a racheté de force aux fermiers du coin.

Les deux femmes sur la passerelle prennent délicatement le brouilleur pour le hisser par-dessus la rambarde, et sans réellement échanger de mot, l'installent et le paramètrent. Pendant, ce temps, l'équipe en bas finit ses planifications de dernière minute. Et puis, enfin, le groupe au sol part, ce qui est le signe qu'attendait Samaqkikco pour allumer le brouilleur. Désormais, la ferme est isolée de l'extérieur. Alors, les deux femmes discutent. De leur vie, de leurs traumas d'enfance, de leur relation conflictuelle avec leur famille, avec l'état, avec la religion, avec le monde du travail, avec les institutions médicales, avec ce qui est supposé être le bon sens. Alors qu'en bas, les employés sortent de manière organisé, et qu'une fumée commence à monter. Les machines agricoles supposées entrer dans la ferme restent sur la route, et la circulation en est gênée. Des bruits de bris s'entendent dans la ferme, alors que le Soleil, bas, étends ses longues ombres sur toute la scène striée de noir. Le vent est léger, et une odeur de bois, de plastique et de carburant brûlé se fait sentir. Les flammes commencent à sortir de la porte d'un hangar, et alors, que l'équipe de casseurs sort de la ferme, le hangar en question s'effondre complètement. Les deux femmes entreprenne de descendre le brouilleur sans encore l'arrêter, et fixent donc la batterie au brouilleur à l'aide de la corde, en espérant que ça tienne. Puis elles descendent le tout pendant que les autres se dépêchent de tout déposer dans les voitures et de se préparer à partir. L'appareil est déposé délicatement au sol, puis la corde est détachée et lâchée, les deux femmes descendent alors que les voitures commencent à partir. Mathis et Emlsigtmat transportent le brouilleur dans le coffre du pick-up qu'utilise Mathis. Samaqkikco et June arrivent en courant et s'installent à la hâte sur leur siège passager. Mathis appuie sur l'accélérateur et la voiture part à toute vitesse. L'on s'arrache de la première cible, quitte à passer sur la route à contre-sens pour éviter les véhicules bloqués sur la route. Mathis est survolté. On l'a fait ! Ça y est, une ferme de la Wallace, pour la première fois, est immobilisées par des combattants des premières nations du territoire ! L'entreprise qui veut coloniser le monde, rencontrera tous les autochtones sur son chemin. Les deux femmes, qui n'ont pas été de ce spectacle, sont beaucoup plus calmes. Elles ont fait fonctionner du matériel informatique, tout simplement, leur spectacle viendra bientôt.

La seconde ferme est une construction nouvelle et elle est immense. On dirait plus un complexe industriel qu'une ferme. Mathis descend les femmes et le brouilleur près d'une formation rocheuse à près d'une cinquantaine de mètre des murs de la ferme. Alors que l'appareil est à nouveau allumé et transporté entre les roches, plusieurs voitures sont garées aux entrées de la ferme pour la bloquer. Cette fois, l'équipe procède réellement à une évacuation organisée, qui prends une bonne demi-heure, avant de faire le moindre sabotage. Une personne en costume tente de passer un appel. Plusieurs des ouvriers manifestent leur soutien aux casseurs. Des véhicules et des papiers sont mis en feu, des réservoirs d'engrais ouverts, les pesticides sont laissé intacts, car trop dangereux à manipuler. Des conduites d'eau sont cassées pour inonder les locaux, des convoyeurs mis hors d'usage, des palettes de fruits et de légumes renversées, et pleins de trucs divers et variés cassés. Le long de la route, remonte plusieurs cars, transportant des équipes de gens en uniforme. La réponse arrive finalement. Des hommes débarquent devant la ferme, ils sont armés. Ce n'est pas la police. Non, en fait, ils ressemblent plus... A des briseurs de grève. Leur arrivée est en tout cas très bien noté par les ouvriers, une bonne partie est agitée et absolument pas contente de voir ces gens ici. L'un des hommes armés est en train de frapper un ouvrier au sang. Alors que pendant ce temps, les autochtones tentent de fuir, et June prends la main de Samaqkikco : il faut courir !


"Qu'est-ce qu'il s'est passé ! C'est quoi que cette catastrophe ?"

"Une entreprise qui voit toute communication d'une ferme disparaître, pendant une heure, et quand le contact revient, la ferme est à moitié détruire, et puis, une ferme beaucoup plus importante perds toute communication, tu es étonné que des gens de la compagnie aient connecté les points ?"

"Et ils auraient appelés la police ! On sait qu'on risque l'arrestation. Mais ça, c'était pas la police !"

"A ce stade, qui va empêcher la compagnie de faire appel à des "détectives" ?"

"C'est des fous furieux ! Tabarnak ! Comment la police peut laisser faire ?"

"Qui peut encore contrôler ces régions ?"

"On dirait... Carnavale ! Saint-Marquise n'est pas Carnavale !"

"Où sont Welgwija et Olelomuhtomon ?"

"On a pas pu les sauver à temps, mais la Wallace ne pouvait pas non plus les capturer. Ils sont à l'hôpital. Olelomuhtomon a appelé, il va bien, Welgwija, non, il est pas tout jeune et a été sévèrement battu, il risque d'y laisser la peau"

"Je pensais pas regretter les flics un jour"

"Et les fermes ?"

"Au moins, là-dessus, on a réussi, la première est incapacitée pour des mois, la seconde, ils ont pas maîtrisé l'incendie, des bâtiments entiers sont en ruine, dans l'idéal, on serait aussi allé aux champs, mais continuer dans ces conditions aurait été dangereux"

"On ne pourra pas recommencer aussi facilement"

"Au moins, maintenant, ils vont être obligés de payer une sécurité, de l'argent qui ne peut pas être utilisé ailleurs"

"C'est doux-amer comme victoire"

"Malheureusement, le monde est violent, quand on veut le rendre plus juste, on paie le prix fort. En général, on gagne pas sans amertume"

"Est-ce qu'on a changé quelque chose ? Est-ce que ça valait qu'on ait deux des nôtres proche de la mort ?"

"J'en sais rien, mais si on baisse les bras, il n'y a plus d'espoir. On reprendra nos terres. Un jour, on reprendra nos terres, et on y vivra, et plus jamais personne ne décidera si on peut manger ou à quoi le paysage devrait ressembler à notre place"
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