
Sommet afaréen : le géant... Aux pieds d'argile ?
Anargyros Zervatos | 22/12/2003

Le continent afaréen reste encore un espace à la marge de la mondialisation et cultivant les extrêmes.
Entre la société tribale de la République « directe » du Banairah, le régime communiste de la République Socialiste des Nets’amerēti, la monarchie héréditaire du Royaume d'Aubrane et la monarchie constitutionnelle de la Principauté de Cémétie, nul n'aurait penser un jour pouvoir réunir les quatre puissances afaréennes autour d'une seule et même table de négociation. Pourtant, c'est à l'initiative de la Centrafarée - autre nom des Nets’amerēti - que les quatre États ont accepté de dépêcher des émissaires diplomatiques à des fins d'entente continentale : un défi majeur, quand on sait les grandes divergences idéologiques, géopolitiques et culturelles entre les puissances régionales.
Quatre pays, mais aussi quatre paradigmes : comment concilier le tribalisme et l'élection directe du chef d'État banairais, en plus de l'absence d'existence d'organe parlementaire, avec la démocratie constitutionnelle cémétéenne ? Le monopartisme de la « démocratie socialiste » de Centrafarée avec le pluralisme parlementaire et politique de la Principauté de Cémétie ? Bien que le pragmatisme soit de mise au sein des institutions diplomatiques princières, toute harmonisation internationale, régionale et continentale semble compromise par les trop nombreux écarts. Les diplomates afaréens risquent de se casser les dents à plus d'une reprise : l'on sait également l'anticommunisme ambiant dans la société cémétéenne.
Au vu des conditions politiques actuelles, un quelconque rapprochement politique ou même économique entre les États afaréens semble également peu probable : d'une part la culture de l'interventionnisme économique chez les autorités communistes des Nets’amerēti représente une menace monopolistique de taille face à tout libre-échange, le secteur public nets'afaréen pouvant largement menacer les secteurs privés des trois autres États ; et une potentielle ouverture de l'économie centrafaréenne au secteur privé semble tout aussi incongrue. Mais supposons une compatibilité pourtant inexistante entre les économies nationales : comment penser le libre-échangisme hors de tout libéralisme ?
En outre, l'instabilité propre aux régimes du continent afaréen ne semble pas véritablement avoir quitté aucun des quatre États en question, la possibilité d'un effondrement d'un quelconque accord n'étant pas exclue, au détour d'un coup d'État ou d'une révolution soudaine. La nécessité d'un raffermissement des valeurs communes, de la légitimité des régimes concernés et d'un développement économique individuel semble une condition préalable à toute entente internationale dépassant le simple pacte commercial mercantiliste. « Dans une démocratie directe, personne ne peut être omnipotent, pas même le souverain : tel est le message que les votants ont fait passer. Ils ont décidé qu’ils ne pouvaient pas se substituer à la justice et au parlement. C'est un signe de maturité démocratique ».