26/03/2005
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Activités étrangères au Prodnov

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Activités étrangères au Prodnov

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants au Prodnov. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur du Prodnov, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Une histoire d’amour et d’anarchie


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Quelque part sur la banquise, à l’abri d’un iceberg solitaire qui trônait au milieu de l’eau comme une couronne, un homme était en train de se raser. Torse nu, la peau halée satinant aux reflets de la lumière sur la glace, il achevait de donner à sa barbe un aspect droit et carré avec la concentration d’un barbier professionnel. Vilhelmi n’était pourtant pas un homme du genre à prendre soin de son apparence, en temps normal. A quoi bon d’ailleurs ? La moitié de son existence, il la passait dans la clandestinité, avec pour seule compagnie sa petite équipe de bras cassés, une bande de pharois tout aussi crasseux que lui, camouflés jusqu’au nez par d’épaisses couches de fourrure et de laine pour les préserver du froid glacial des mers du Nord. C’était à peine si ses camarades auraient pu le reconnaitre, en le croisant dans la rue, tant son pif avait passé de temps sous un cache-nez plutôt qu’à découvert.

Pourtant ce jour-là, en se réveillant, Vilhelmi avait ressenti ce besoin impérieux de se faire beau. Une espèce de honte sourde et de répugnance à l’idée d’apparaitre comme à son habitude, la barbe folle et les mains pleines de cambouis à force de traficoter le moteur de sa navette pour lui donner du jus lorsqu’ils naviguaient au milieu des morceaux de glace. Il fallait dire aussi que ce jour-là n’était pas un jour comme les autres : ce jour-là, Vilhelmi avait rendez-vous. Un dîner aux chandelle, à l’ombre des icebergs, perdu au milieu de l’océan, dans le creux d’une nuit perpétuelle, seulement illuminés par la flamme de leur réchaud et la lumière blafarde des lanternes militaires dont ils se servaient pour se repérer dans l’obscurité. N’était-ce pas romantique ?

Il avait rencontré Georgy l’année précédente, lors d’une halte à Merengrad pour récupérer une cargaison de flingues à destination de Kotios. Un simple arrêt qui ne devait pas durer plus de trois jours, le temps d’embarquer les caisses de marchandises et de signer les papiers avec les représentants de la Merenelävät. A cette époque, Vilhelmi n’était encore que second dans l’équipage de la Cellule Édouard Alarie, un groupe alors encore un peu mineur de la Fraternité des mers du Nord, plus tenté par la contrebande que la piraterie pure et dure. Ca convenait à Vilhelmi, il avait toujours préféré la discrétion et la ruse plutôt que les affrontements directs et corrompre des douaniers ou faire pression sur des bureaucrates lui semblait bien plus rentable que de se lancer, mitrailleuse au poing, à l’assaut de navires cargos étrangers, fussent-ils ressortissants de pays autoritaires.

En tant que second de la Cellule, Vilhelmi avait ainsi pour fonction d'organiser tout l’aspect « ressources humaines » de leur petite entreprise. Il devait évidement gérer l’équipage, avec l’aide du quartier-maître, mais également choyer leurs informateurs et partenaires à terre à base de cadeaux, petits services et visites régulières de courtoisie pour s’assurer que les affaires roulaient bien comme il fallait et que tout ce petit monde restait loyal, sinon aux valeurs, au moins à l’argent. C’est dans ce contexte que Vilhelmi avait rencontré Gregory, un informateur potentiel de la Fraternité qui travaillait comme policier à Merengrad. Du même âge que lui, une quarantaine bien conservé, il avait immédiatement semblé sinon sympathique ou moins intrigant à son interlocuteur pharois. Les deux hommes avaient passé une soirée ensemble, discuté boulot dans un lutharovien parfois un peu approximatif et le courant passant avait célébré leur accord autour d’un verre de vodka, tradition oblige, et bientôt roulé sous la table complètement ivre mort. Le lendemain, la tête douloureuse, Vilhelmi avait fait ses adieux à son nouveau camarade et repris la mer en compagnie du reste de l’équipage.

D’une manière assez nouvelle pour le Second de la Cellule Édouard Alarie, Gregory ne lui sortit pas de la tête. Alors qu’il avait rencontré un bon paquet de types tout au long de sa vie, et rarement des tendres, celui-ci lui avait paru bizarrement sympathique. Le Lutharovien avait de l’humour, un humour noir de flic, des manières un peu brusques mais prévenantes quand il remplissait leurs verres et une espèce de sourire tendre qui contrastait avec un visage dur de policier. Se disant que ça lui passerait sans doute, Vilhelmi s’était concentré sur le boulot mais au bout d’une semaine il dû se rendre à l’évidence, Gregory lui avait bel et bien tapé dans l’œil. Ma foi, il avait déjà eu des aventures, bien sûr, mais jamais une qui parvienne à l’obséder alors qu’il ne s’était pourtant encore strictement rien passé. D'ailleurs, le Lutharovien ne lui avait a priori donné aucun signe qu'il pouvait être intéressé. Ne sachant s’il devait être contrarié ou exalté, le Pharois acheva la mission dans un état de fébrilité agaçante et se résolut à confier ses états d’âme à Orvokki qui avant d’être sa capitaine était surtout une amie.

L’anarchiste ne manqua pas de se foutre de sa gueule en apprenant que le « terrible » Vilhelmi souffrait de maux d’amour puis après lui avoir collé une tape sur l’épaule lui assure qu’on retournerait à Merengrad dès que possible. En cela elle tenue parole : un mois plus tard, ils étaient de retour en Lutharovie et Vilhelmi s’empressa de reprendre contact avec son indicateur. Les retrouvailles furent un peu étranges, légèrement maladroite, mais il devint rapidement évident que les deux hommes avaient en commun leur émoi. Ils n’étaient pas de la trempe qui se confie tendrement autour d’œillades polissonnes et timides mais trouvèrent leur bonheur en jouant aux cartes, fumant cigares et vidant bouteilles, avant de se décider à aller danser dans un club underground de Merengrad tenu par deux lutharoviens aux airs patibulaires. La soirée finit chez Gregory et en buvant leur café le lendemain matin, les deux hommes convinrent tous deux que leur relation débutait ici.

Pendant l'année qui suivit, ils se virent par intermittences. D'abord une fois toutes les deux ou trois semaines lors d'escales de repos pour l'équipage, puis drastiquement moins. L’insurrection et la prise de Kotios avait mobilisé tous les effectifs de la Fraternité durant plusieurs mois et ce fut non sans regrets que Vilhelmi fut obligé de s’éloigner quelques temps de Merengrad et des mers du Nord pour remplir son devoir révolutionnaire. Il contenait cependant d’échanger avec Gregory, l’avantage d’être à Kotios était qu’il n’avait plus besoin de garder son téléphone éteint en permanence pour éviter les traçages des autorités autoritaires. Ils purent donc s’appeler souvent et se promettre de se revoir dès que possible à chaque fois. Ce fut pendant cette période que Vilhelmi, traversé d’un surprenant élan de romantisme venant de lui, promis à son compagnon une soirée en amoureux, sous le regard pudique des grands icebergs.

Le projet enthousiasma Gregory mais dut encore attendre le retour du Pharois dans la région. Nouvellement nommé capitaine, la Cellule Édouard Alarie avait pour rôle prioritaire de réveiller les anciens réseaux de la Fraternité dans la région en vue de reprendre possession du terrain, délaissé le temps de la guerre civile francisquienne. Désormais à la tête de l’équipage, Vilhelmi avait désormais les mains libres pour jongler entre ses nouvelles fonctions et sa belle histoire d’amour. Revenu au large de la Lutharovie, il avait de nouveau revu Gregory et renouvelé sa promesse : ils dîneraient aux chandelles devant les icebergs. Le projet avait finalement pu voir le jour un mois plus tard, amenant le capitaine à se raser ce matin-là, sous l’œil mi-goguenard mi-attendri de l’équipage. Les pharois auraient beau jouer les durs, ils n’en restaient pas moins un peuple romantique, pétris de grands récits d’amour aventureux et dans les mers gelées du Nord, tout était bon pour se réchauffer un peu le cœur, même à la flamme des histoires des autres.

Observant sous toutes les coutures l’angle de sa mâchoire dans son petit miroir, Vilhelmi était presque satisfait du résultat quand le bruit d’une course étouffée par la neige lui parvint. Se retournant, il aperçut le quartier-maître, un bonhomme rougeaud et bedonnant répondant au nom d’Eerik, dévaler en se cassent à moitié la gueule la pente d’un monticule de neige derrière lequel ils avaient installé le camp. Par une telle température, tout le monde prenait bien soin de superposer les couches de vêtements si bien que courir tenait de la gageur, aussi Vilhelmi observa d’un air interrogateur son subordonné haleter vers lui en se demandant ce qui pouvait bien motiver une telle précipitation.

- Capitaine, crachota l’autre en tentant de reprendre son souffle, un na… un navire prodnovien.

Vilhelmi hésita entre sourire et grincer des dents. C’était plutôt rare de croiser du monde dans ce secteur, la Fraternité l’avait d‘ailleurs choisi pour cette raison : cela faisait une parfaite base arrière pour ses gars. Qu’un bateau s’aventure dans cette zone signifiait en toute logique qu’il devait soit être perdu, soit chercher à être discret, après tout, les pirates étaient nombreux à mouiller dans le coin et les récentes attaques menées par la Cellule Rillette – c’était cette abrutie de Kyllie qui avait choisi le nom – contre des navires vogimskan avait mis tout le monde un peu sur les nerfs. Vilhelmi hésita une seconde. Allait-il compromettre son histoire d’amour pour la Révolution ? La question ne se posait pas, il aurait les deux.




Le soir venu, à la lueur du réchaud, Gregory et Vilhelmi dînaient ensemble, sur le pont du navire prodnovien, à l’ombre des grands icebergs de la mer du Nord.
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Chev au Prodnov


Myshelov Kliment Dmitrievich, dit « Chev », regardait passer les Prodnoviens dans les rues de Monorosk. Il jeta sa cigarette sur le sol, avant de l'écraser, et se remit à écrire des lignes dans son carnet. Ce Vogimskan était un ancien ami de Sineag Buiseid, qui était devenue la Consule du Damann. Elle lui en avait fait voir de toutes les couleurs, et depuis le jour où elle avait quitté le Vogimska, Chev était en perdition.

Aujourd'hui, il avait tant réfléchi qu'il en avait rejeté son ancienne idéologie marxiste. Les idées de Sineag, ce qu'on appelait le Buiseidisme, avaient fini par le convaincre, et il se devait de les propager. Il avait commencé à mettre à l'écrit son idéologie maintenant proche de celle de Sineag, et avait entamé un voyage à travers les pays communistes orientaux. Il connaissait le Vogimska - il était né là-bas -, et, maintenant, il voulait se renseigner sur le Prodnov. Combien de Prodnoviens Chev réussira-t-il à enrôler dans sa lutte pour un meilleur Communisme, le Buiseidisme ?

Mais il se demandait aussi jusqu'où Sineag réussirait-elle à amener le Communisme au Damann ? Entourée de libéraux, cela allait-être compliqué. Chev, toujours en regardant les passant marcher, se dit-alors qu'au-delà de propager le Buiseidisme, il devrait peut-être amener les pays communistes à rejoindre Buiseid dans sa lutte pour instaurer une République socialiste à Eilean Mor, l'île des Celtes.
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